Page 101 - LES DEUX BABYLONES
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circoncision comme sceau de la justification par la foi bien qu'il fût encore incirconcis." (Romains IV, 11).
La circoncision ne devait donc pas faire d'Abraham un juste: il était juste déjà avant d'avoir été circoncis. Mais
elle devait le déclarer juste afin de lui mieux démontrer sa justice. Si Abraham n'avait pas été juste avant sa
circoncision, sa circoncision n'aurait pas été un sceau et n'aurait pu confirmer ce qui n'existait pas. Il en est
de même du baptême, c'est un sceau de la justification par la foi que l'homme possède avant d'être baptisé.
Car il est dit: "Celui qui croit et qui est baptisé sera sauvé." (Marc XVI, 16). Là où la foi existe, si elle est
sincère, c'est la preuve d'un coeur nouveau, d'une nature régénérée, et c'est seulement sur la profession de cette
foi et de la régénération, s'il s'agit d'un adulte, qu'il est admis au baptême. Même s'il s'agit d'enfants incapables
de faire profession de foi ou de sainteté, l'administration du baptême n'a pas pour but de les régénérer, ou de
les sanctifier, mais de les déclarer saints, c'est-à-dire propres à être consacrés, même dans l'enfance, au service
du Christ, comme toute la nation d'Israël, à cause de sa parenté avec Abraham, suivant la chair, était sanctifiée
pour le Seigneur. S'ils n'étaient pas saints dans ce sens figuré, ils n'étaient pas propres pour le baptême qui
est le sceau d'un état de sainteté. Mais la Bible les déclare saints, à cause de leur descendance de parents
croyants et cela même lorsqu'un seul des parents est fidèle: "Le mari infidèle est sanctifié par sa femme et la
femme infidèle est sanctifiée par son mari, - autrement vos enfants seraient impurs, tandis qu'ils sont saints."
(I Corinthiens VII, 14). Ils sont donc baptisés à cause de leur sainteté et pour la proclamer solennellement,
avec toutes les responsabilités qui en découlent. Cette sainteté cependant, est bien différente de la sainteté de
la nouvelle nature; et quoique le fait du baptême, si on le considère au point de vue scripturaire et qu'on
l'améliore en conséquence, soit dans la main de Dieu, un moyen important de faire de cette sainteté une
glorieuse réalité dans le sens le plus élevé du mot, cependant il n'assure pas nécessairement dans tous les cas
la régénération spirituelle. Dieu peut donner ou ne pas donner, suivant qu'il lui plaît, un coeur nouveau avant,
pendant ou après le baptême; mais il est évident que des milliers qui ont été baptisés sont encore irrégénérés;
ils sont encore exactement dans la même position que Simon le magicien qui, après avoir été baptisé par
Philippe, était encore "dans un fiel amer et dans les liens de l'iniquité" (Actes VIII, 23).
La doctrine de Rome, cependant, est que tous ceux qui sont canoniquement baptisés, quoique ignorants,
quoique immoraux, pourvu qu'ils croient implicitement à l'Église, et livrent leur conscience aux prêtres, sont
aussi régénérés que jamais ils pourront l'être, et que les enfants sortant de l'eau du baptême sont entièrement
purifiés du péché originel. Aussi voyons-nous que les missionnaires jésuites de l'Inde se vantent de faire des
convertis par milliers, en les baptisant simplement, sans leur donner la moindre instruction préalable, alors
qu'ils sont encore dans l'ignorance la plus complète des vérités du christianisme et sur leur simple promesse
d'être soumis à Rome. Cette doctrine de la régénération baptismale est aussi essentiellement Babylonienne.
On s'étonnera, peut-être, à l'idée que la régénération ait été connue dans le monde païen; mais qu'on aille
seulement dans l'Inde on trouvera aujourd'hui les bigots Hindous, qui n'ont jamais prêté l'oreille à une
instruction chrétienne, aussi familiarisés que nous-mêmes à cette expression et à cette idée. Les Brahmanes
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se vantent d'être des hommes nés deux fois et dans cette condition, ils se disent assurés d'un bonheur éternel.
Or, il en était de même à Babylone et la nouvelle naissance y était conférée par le baptême. Dans les mystères
Chaldéens, avant de donner aucune instruction, on demandait avant tout à ceux qu'on allait initier, de recevoir
le baptême en signe d'une obéissance aveugle et complète. Nous lisons dans des auteurs anciens un
témoignage direct du double fait du baptême et de sa signification. Dans certains rites sacrés des païens, dit
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Tertullien, faisant spécialement allusion au culte d'Isis et de Mithra, l'initiation se fait par le baptême . Le mot
initiation signifie clairement qu'il fait allusion aux mystères de ces divinités. Ce baptême se faisait par immersion.
Et il paraît que c'était une cérémonie difficile et périlleuse, car nous lisons que celui qui passait dans les eaux
de purification et subissait diverses épreuves nécessaires était admis, s'il survivait, à la connaissance des
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mystères . Il fallait pour affronter cette initiation un courage peu ordinaire. Il y avait cependant cette raison
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Voir Recherches asiatiques, vol. VII, p. 271.
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TERTULLIEN, De Baptismo, vol. I, p. 1204.
9 Elioe Comment, dans GREG. NAZ. Orat. IV. GREGORII NAZIANZENI, Opera, p. 245.