Page 824 - La Sainte Bible, qui contient le Vieux et le Nouveau Testament. Edition nouvelle, faite sur la version de Genêve, reveüe et corrigée, enrichie, outre les anciennes notes, de toutes celles de la Bible flamande, de la plus-part de celles de M. Diodati, & de beaucoup d'autres ; de plusieurs cartes curieuses, et de tables fort amples, pour le soulagement de ceux qui lisent l'Ecriture sainte. Le tout disposé en cet ordre, par les soins de Samuel Des Marets, docteur & premier professeur en theologie, en l'université provinciale de Groningue & d'Ommelande, & de Henry Des Marets son fils, ministre du S. Evangile, en l'eglise françoise de Delft
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L      E





                          CANTIQUE
                                                                       DES





                                    CANTIQUES
                                                                          DE


                                                    ALOM
                                                                                              O
                                                                                    MON .
                                              S

                                                           ARGUMENT.

                                     Auteur ou l'Ecrivain de ce livre c'eft Salomon , fous l'inspiration de l'Esprit de Dieu : Il fe nommepar excellence le Cantique des Can-
                                     tiques , parceque c'est le plus relevé detous ceux que ce fage Roi compofa durant la vie , & une espece d'Epithalame ou dechant nuptial
                                     tiffis dediverfespieces , aufujet dumariagefpirituel que Jefus Chrift a daigné contracter avecfon Eglife : Auffi contient-il une forme de
                                     dialogue entre J.CHRIST , comme l'Epoux,  l'Eglife comme l'Epouse , fous l'image , ou du moins à l'occafion dumariage contractéen-
                          L
                                     tre Salomon  lafille de Pharao , ainsique le Pfeaumequarante & cinquième : Mémes ici intervienent quelquefois les amis & les pa-
                                     ranymphesdel'Epoux d'unepart , & de l'autre les compagnes & les bonnes amies de l'Epoufe. Par les amis de l'Epoux fepeuvent entendre
                          les bons, les vrais  lesfaints Prophetes du Vieux Teftament , les Apôtres du Nouveau , &generalement tous lesfideles Pafteurs , Docteurs & Defenfeurs
                          de l'Eglife : Etfous le nom des compagnes de l'Epouse , tous ceux qui confeffentfincerement le nom deJefus Chrift & quiprofeffent convenablementfave-
                          rité: Maisfous ceux de l'Epoux  de l'Epoule fereprefentent icipar des paroles fleuries & figurées , lagrande amour du Seigneur J. Chrift envers fon
                          Epoufe, qui eft l'Eglife ,  lesgrands bien-faits qu'elle enreçoit , & combien l'Epouse , fafainte Eglife , Janguit & foûpire apres lui fon cher Epoux , pourlui
                          étre eternellementjointedans le ciel : Auffi fe reprefente en ce livre quelle eft la condition & la conftitution de l'Eglifede J. CHRIST fur la terre , fes de-
                          voirs, fes vertus ,fes taches & fes defauts. Les maîtres desJuifs ne vouloyent pas que perfonne lut les troispremiers chapitres de la Genefe , lecommen-
                          cement & lafin d'Ezechiel ,  ce Cantiquedes Cantiques , qu'iln'eût atteint l'âgedetrenteans: Et bien qu'ily eut en cela de lafuperftition , toutefois ce
                          n'eft pasfanscaufe que nousfommesfifoigneusement avertis par tous les Docteurs anciens , tant dela Synagogue que de l'Eglife , qu'ilfefaut deffaifir de tou-
                          tes affectionsfenfuelles & charnellespour vaquer à la due meditation de ce livre; & quepour en comprendre lesprofonds mysteres avec fruit & confolation,
                           ilyfaut apporterun entendement mâle & bien éclairé , des pensées ſpirituelles & de faintes affections : Carbien que les façons de parler qui s'y employent,
                          foyent tiréesdesaffections tendres & honêtes quiforment & qui lient les bons & les faints mariages enla terre, & fervent méme indirectement à les recom-
                           mander, neanmoins puis que le S. Efprit nous propofefous céte idée des myfteres fi relevés , ilfe faut biengarder de les fouillerpar unfens charnel & cor-
                          rompu : C'estpourquoi quiconque voudraprofiter à bon efcient en la lecture de ce beau Cantique, ily doit apporter une vrayepureté de cœur  une ametoute
                           embrafee de l'amourde7. Chrift, & ily trouvera en ce cas beaucoup d'instruction & de confolation: Aureftepar les éclairciffemens que nousjoignons ici au
                           texte , nous nepretendonspoint rejetter les plus amples explications ni les commentaires lesplus diffus , qui s'enpourroyent publier , mais nous voulons feule-
                           ment aiderleLecteur à l'intelligence de ce qui s'y lit , autant qu'ilſemble requis & neceſſairepour fon edification.
                                            CHAPITRE PREMIER.
                                                                                 3 › Pour l'odeur de tes excellens par-  9 Ou, commeF.tesbui
                                                                                      ΤΟ                                Lesfontbonnespour l'odeur:
                                      En ce chapitre nous est d'abord décrit comment l'Eglife languitares  fums ,  ton nom eft comme  un parfum
                                    lagracede J. Chrift, v. 1 , &c. Combien eft chetive & méprisable ſa                 Et par les huiles precieu-
                                    condition exterieure, mau fabeauté eft au dedans , s . Le peril qu'elle  efpandu : 12 pour ce t'ont aimé 13 les fes , ou les excellenspar-
                                                                                                                        fums, & lesbaumesodo-
                                    courtparmiles faux freres , 6. Son affectueuse attentedeJ. Chrift, 7.
                                    Confolation&inftruction deJ.Chrift à fon Eglife, 8, Joyeinfignede l'E-  filles.     rans ,fe doivent entendre
                                    pouse,pourl'amourqueJ.Chrift luiporte, 12. Le bonplaifir que J.Chrift               les dons fpirituels de l'E-
                                                                                 4 14Tire moi , ¹s que nous courions
                                    prend enfonEglife, 15. & l'amour reciproque de l'Eglife pour lui, 16.               fpritdeDieu, qui fecom-
                     1 Ainfi H. c. le Canti-  I  Le Cantique des Cantiques  qui  apres toi .  16 Apres quele Roi  m'aura in- pasent fouvent à cela ,
                                       I                                                                                comme Pf. 45. 8. Ela.61.
                    quefouverain & tres-ex-                                                                 b
                                                                               troduite en 17 fes cabinets ,  nous nous v.1.1 Jean 2. 27.
                    cellent, tant à caufe du eft de Salomon.                                                             10 Entens le nom , la
                    fujet qui s'y traite, que de  G     U'il + mebaife ' des                                            perfonne & lacharge fa-
                                                             4
                    fonftile fort fleuri & fort  23                            lutaire de Jefus Chrift , felon qu'il s'eft revelé en l'Evangile.  11 Il femble que Sa-
                    exquis: Les AnciensJuifs                    6
                                                         baiſers  de fa bou-   lomon ait ici égard à cenom de Meffie, c. le Chrift ou l'oint de Dieu , qui a été oint
                    comparant les trois livres
                                                                               tres-abondamment du S. Efprit , non feulement pour foi , mais aufli pour nous , & afin
                    facrés qui portent le nom            che: car 7 tes amours  que céte onction odorante defcendit de deffus lui , qui eft le chef, fur tous les membres
                    de Salomon,aux trois par-                 8
                                                         afont  plus agreables  de fon corps. Voi Pf. 133. 2. & Jean 1. 16. Et ce precieux nom s'eft épandu fortabondam-
                    ties du Temple qu'il a-
                                                                               ment apres l'afcenfion du Seigneur , puis qu'il s'eft communiqué de Jefus Chrift à tous les
                    voit bâti , ont dit que les                                Chrétiens.  12 Ou, pour ce t'aiment les vierges , c. que toutes les ames fideles , qui
                                                         quele vin.
                     Proverbes reffembloyent                                   font comme les vierges chaftes & fages dont l'Eglife univerfelle fe compofe , font atti-
                     au Parvis , l'Ecclefiafte au                              rées à aimer ardemment Jefus Chrift , à caufe des dons du S. Efprit communiqués au Fils
                    lieu Saint,& ceCantiqueau lieuTres-faint. Auffi eft-il leplus divin & le plus relevé de tous ceux  fans meſure , & dont il leur fait part par la predication de fa Parole , 2 Corint. 2. 14, 16.
                     qu'ilcompofajamais 1 Rois 4.32. & il ſemble étre compofe de plufieurs Cantiques particuliers  13 Ou , les vierges  Et fouvent les élûs & les fideles font accomparés en l'Ecriture à
                     quife rapportent tous à un méme but.Voi Gen.9.25.& ce quiy eft annoté.  2 C.touchant
                                                                               des vierges , comme Matt. 25. 1. 2 Corint. 11.2 . Apoc. 14. 1 , 4, 5. parce qu'ils fe doivent
                     lui,afl.nonpasle Salomon typique & figure,mais le mystique & figuré,qui eftJ.C.nôtre vrai Sa-  preferver foigneulement de toute paillardife fpirituelle , & de toute fouillure de corps
                     lomon & le Prince de la paix,prefiguré par le Salomondu tems pafle, enfa dignité & enfa gloire  & d'efprit , comme une honête fille n'a rien en plus grande recommandation , que fon
                     royale,enfa grandefagefle,& au foin qu'il fe donna de l'inftruction du peuple:On pourroit aufli  honneur & fa chafteté.  14 C. encline mon affection & mon cœur , à s'attacher
                     le nommer fimplement , le Cantique des Cantiqués deSalomon , pour dire que Salomon en a été  àtoi avec foi & dilection , & fais par la force de ton Efprit que je m'avance de la ter-
                     l'auteur & l'écrivain fous l'infpiration de l'Esprit de Dieu.  3 Ou, O qu'il me baifat! aff.J.C.  re au ciel , où tu habites , & où eft le but de ma vocation fupernelle : Nôtre coeur plus
                     mon Epoux: Car c'est l'Epoufe qui ouvreledifcours,c.l'Eglife de J.C. quifouhaite qu'en atten-  pefant que le fer , doit étre touché de l'aimant de Jefus Chrift pour étre attiré à lui :
                     dant lecomble de fa joye en l'accompliffement dece mariage fpirituel dans leciel , il viene par  Et céte attraction ne fefait point par violence ni par unecontrainte exterieure, comme quand
                     intervalle lui donner des nouvelles affurances defa grace , des gagesdefa prefence & de fon a-  on tire quelqu'un malgré foi hors de fa maifon : ni aufli comme une chofe inanimée ſe
                     mour, & defaintes infpirations defon Efprit , qui eft comme l'haleine dela bouche.  4 C.  meut par des machines , fans fe mouvoir elle- méme , ni par une fimple fuafion mora-
                     qu'il medeclare & montre fes plus tendres affections : Carles baifers mutuels ont été de tout  le , dont le fuccés foit remis à nôtre franc arbitre ; mais par une forte & une efficace
                     tems,des marques & destémoignages de civilité, d'amour & d'affection : Les hommes mémes  perfuafion de la grace victorieufe , & par les chaines fecretes de la Parole de Dieu ac-
                     à cefujet avoyent autrefois coûtume de s'entrefaluër par le baifer, Exod.4.27.& 13.7.Rom.16.  compagnée de la vertu interieure du S. Efprit, qui s'attachent à nos entendemens pour
                     16. & 1 Theff. 5. 26. J. Chriſt donc baife fon Epouſe , c. fon Eglife & chacun de fes fideles élûs,
                                                                               les eclairer , à nos affections pour les corriger , & à nos volontés pour les determiner ,
                     quandil lui montre & lui fait fentir la grandeur defon amour , & qu'il lui en infpire les afiu-  non ſeulement à fuivre volontairement Jefus Chrift , mais méme à courir alaigrement
                     rances parfon S.Efprit : Mais nous baifons Chrift, quand nous le reconnoiffons, nous l'embraf-
                                                                               apres lui. Voi Efa. 40. 31. Jerem. 31. 3. Jean 6. 44, 45. & 12. 32. Philipp 2. 13. Heb. 12.
                     fons & nousnous aflujettiflons à lui , par unevive foi , par une ardentecharité , & par une foù-  Y. 1, 2.  15 Car nous ne pouvons ni aller ni courir que le Seigneur ne nous tire :
                     miffion volontaire : Nous ledevons baifercomme nôtreDieu, par une adoration religieufe , fe-
                                                                                Et il nenous tire point par fon Efprit , fans reaction de notre part ; mais il agit tellement
                     lon que l'adoration tirefon nom du baifer,&le baifer qui s'employoit autrefois par lesidolatres  fur nous , que nous agillons fous lui & fommes agis par lui : Car effectivement nous vou-
                     au culte de leurs Idoles, Job 31.27 . 1 Rois 19.18. Nous ledevons baifercomme nôtre Roi, ô-
                                                                               lons & nous courons ; mais nous courons & nous voulons , par la vertu & par l'ope-
                     tre Redemteur & nôtreSuperieur, pour lui faire foi & hommage de fes graces , en recevoir l'in-  ration de fa grace , qui ne force pas nos volontés , mais les flèchit , & nous rend vou-
                     veftiture delui, & nous aflujettir à fes ordres, Pi 2.12. Confere Gen. 41.40. Et nous ledevons
                                                                                lans de non voulans.  16 F. & d'autres , Le Roi m'a intreduite en fes chambres: Et
                     auffi baifer comme nôtre Epoux,pour lui approuver la verité & la fincerité de notre amour,qui  ce Roi c'eft Jefus Chrift , Roi de juftice & de paix Heb. 7. 2. figuré par Melchifedec
                      eft celafeul qu'il nous demande pour leprix &la reconnoiffancedu fien , 1 Cor. 16. 22.  & par Salomon.  17 On, chambres fecretes : Et fous ce nom , fi les paroles de l'E-
                      5 Ils s'exprimentau pluriel , pour finifier les abondamment excellentes richefles de grace , &  glife fe doivent entendre d'une prefente introduction , & qui s'obtiene dés cétevie, font
                     la multitude de biens & de benedictions queJ.C. communique & diftribue à fes élûs, Ephef.1.  finifiés les myfteres du royaume de J. Chrift , qui avoyenteté voilés & cachés durant le
                      .7,8,9, &c.  6 CarJ.C. declare aux fideles par la parole de fa bouche , la verité & la gran-  V. Tett. fous les ombres des ceremonies de la Loi ; au lieuque fous l'Evangile nous con-
                      deurdefa dilection: C'est pourquoi il eft dit Pf. 45.3. que grace eftépandue en fes levres , & les  templons , comme en un miroir , la gloire du Seigneur à face découverte , 2 Corint. 3. 18.
                      Apôtreslui difent par la bouchede S.Pierre,qu'il a les paroles de lavie eternelle.Jean 6.68.Voi  Voi auffi Rom. 16. 25. 1 Corinth. 2. 9, 10, 16. 2 Corinth. 1. 20. Heb. 8. 10, 11. Ou fi
                      fous ch.5.13,16. & Efa. 50.4.  7 Ou, tesdilections : Et ici l'Epoufe,qui avoit parlé premiere--  ces paroles , fe doivent entendre d'une introduction encore attendue , il faudra expliquer
    H                 mentde Chrift en tierceperfonne , lui adrefle directement fon difcours : Et ces amoursfe peu-  ces cabinets du royaume des cieux , où il y aplufieurs demeures preparées pour les fide-
                      vent entendre,tant de la dilection vehemente que l'Eglife a pourJ. C. & du plaifir qu'elle prend  les , Jean 14. 2. Et bien que nous y foyons deja introduits par l'efperance & par la foi Eph.
                      en l'amour de fon Sauveur & en la meditation de fes bienfaits , que de lagrande affection que  2.6. & que chaque fidele y foit introduit actuellement quant à fon ame incontinent apres
                      J.C. luiporte , dont les affurances & les fentimens produifent ces defirs ardens qu'elle reflent  fa mort Apoc. 14. 13. toutefois l'introduction enticic & univerfelle ne s'y fera qu'en la con-
                                                    8 Ou , meilleures , c. qu'elles valent mieux
                      enfon coeurpour lui.  a Cant. 4. 10.                      fommation des ficcles , & quand le dernier ennemi fera détruit , af: la mort , 1 Corint. 15.
                      quele vin , & que nul feftin delicieux : Et par le vin s'entendent tous les plaifirs & toutes les  b 1 Pier. 1. 8.
                                                                                y. 26.
                      delices de laterre. ConfereJug. 9. 13. Pf.104.15 .
                                                                                                                 efgaye-
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