Page 812 - La Sainte Bible, qui contient le Vieux et le Nouveau Testament. Edition nouvelle, faite sur la version de Genêve, reveüe et corrigée, enrichie, outre les anciennes notes, de toutes celles de la Bible flamande, de la plus-part de celles de M. Diodati, & de beaucoup d'autres ; de plusieurs cartes curieuses, et de tables fort amples, pour le soulagement de ceux qui lisent l'Ecriture sainte. Le tout disposé en cet ordre, par les soins de Samuel Des Marets, docteur & premier professeur en theologie, en l'université provinciale de Groningue & d'Ommelande, & de Henry Des Marets son fils, ministre du S. Evangile, en l'eglise françoise de Delft
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Chap . II. ECCLESIASTE .
d'inftrumens de mufique,voire plufieurs
auquel j'ai travaillé fous le foleil , dau-
harmonies de toutes fortes d'inftrumens:
tant que je le laifferai à l'homme " qui
60 C. quime fucceders
àla couronne: Il veutdi-
9 Et me fuis fait grand, & fuis accreu fera apres moi.
réquela confolation d'un-
plas que tous ceux qui ont efté devant 19 " Et quifçait s'il fera fage ou fol ?
hommequi ades enfans,
aufquels ilfemble revivre
33 C. la fagcffe de la moi à Jerufalem : & ma fapience 34a neantmoins il fera feigneur 62 de
quelle Dieu m'avoitpar- tout & feperpetuer , eft fort
traverfée par l'incertitude
mon travail , auquel j'ai travaillé , &
ticulierement gratifié. perfeveré avec moi.
34 H. étoit, c. demeu- de deleur vertu, fans laquel
roit & continuoit con-
10 Bref , je n'ai rien refufé à mes ce en quoij'ai eftéfage fous le foleil. Ce- le ils perdront & ruine-
ront tout ceque le pere
ftamment avec moi , c. yeux de tout ce qu'ils ont demandé , & la auffi eft vanité. aura fait.
richefles & de pouvoir, je de n'ai efpargné aucune joye à mon cœur 61 Roboam, fils & fuc-
bien que j'eufletant
20 Parquoi 63 je me fuis mis à faire
: ceffeur de Salomon, perdit
deffaifi de ma fageffe ,
defa fuis pourtant pas car mon cœur s'eft réjouï 35 de tout mon
que mon cœur perdift toute efperance la plus grand' part de fon
royaume par fon impru
mais j'ai toujours conti- labeur : & 36 ç'a efté tout ce que j'ai eu
nué de gouverner mon de tout le travail auquel j'avois travaillé dence &par la folic , Rois
ch. 12. Et il fe peut en
royaumejuftement&fa de tout mon labeur. fous le foleil,
quelqueforterecueillir de
gement. Conferefus y.3.
35 C. desbiens, queje 11 Mais ayant avifé à toutes mes cu-
21 Car il y a tel homme duquel le bien preffenti & remar-
es que Salomon avoit
m'étois acquis par mon vres que mes mains avoyent faites , &
induftrie & par mon tra- à travail a efté 6s apres fapience , fcience , qué que Roboam ne fe
prendroit pasbien enl'ad-
vail.
tout le travail auquel je m'èftois travail- & adreffe , lequel neantmoins le laiffe miniftration du royaume
36 H.& F. cela a été ma léen les faifant : voila , tout eftoit vanité, & au gouvernement du
portiondetoutmontravail, à celui , qui n'y a point travaillé , comme
peuple.
c. que tout cequ'ilavoit & 37 rongement d'efprit , 38 tellement eftant 67 fapart. Cela auffi eft vanité &
profité de la peine qu'il 62 C.de tout le bien
68 & detoutes les belles &
s'étoit donnée, n'avoit que l'homme n'a aucun avantage de ce 'grande fafcherie. grandes chofes quej'ai a-
été qu'une réjouiflance C
d'un moment & pafla- qui eft fous le foleil. 22 Car qu'eft-ce que 69 l'homme quis , fait & amaffé par
a mon travail & par mes
gere. Voi fous chap. 5. 12 Puis je me fuis mis à voir tant
. 17. de tout fon travail , & du rongement de foins , y employant l'a-
dreffe & l'induftrie que
40
37 Voi fusch.1.14 . fapience, que fottifes, & folie : (4 ° car où fon cœur , dont il fe travaille fous le fo- leSeigneur m'adonné.
38 H. &F. & il n'y a 63 C.qu'enfin il ené-
point d'avantagefous lefo en viendroit l'homme qui voudroit aller leil? toitlà revenu , de n'avoir
leil, c. qu'on n'en peut apres + le roi en ce qui a efté déja fait ?) 23 Car tous lesjours nefontque 7° dou- pas eu le moindre con-
trouver aucun dans les
tentementdetoutcequ'il
chofes vifibles &paffage- 13 Et j'ai veu que la fapience a
leurs , & fon occupation que chagrin : s'étoit aquis par fontra-
res d'ici bas, & que per-
vail; & parconfequentde
fonne n'en peut retirer beaucoup d'avantage par-deffus la folie, mefmes la nuict fon cœur ne repofe ferefoudre à nes'enplus
vouloirfoucier.
aucun folide profit. Voi commela lumiere a beaucoup d'avanta- point. Cela aufli eft vanité.
Tus ch. 1.3.
64 C. il nefefautpoint
b Eccl.1.17. & 7.23. ge par-deffus les tenebres. 24 d71 N'est-ce pas donc 72 le bien de étonner que cela me få-
39 C.jeme fuis appli- che ; veu qu'il n'y
qué à confiderer & exa- 14 43 Le fage a fes yeux en fa tefte , & l'homme 73 qu'il mange & boive , & faffe fonnede que hoy aper-
minerdeprésce que c'eft le fol 44 chemine en tenebres : mais j'ai que 74 fon ame 75jouiffe du bien 76 en fon dition,quine fût forttri-
tantdelafageffe, quede
fte de fçavoir que fon
45
la folie,commeayant ef- bien connu auffis qu'un mefme acci- travail ? 77 de fait j'ai veu que cela eft de bien tomberoit dans les
fayé de l'une & de l'au- mains d'un étranger.
tre,pourfçavoir à laquel dent aviendra 46 à eux tous. la main de Dieu .
65 Ou, enfapience, ou,
lefe devroit la preference. avecfapiente, c. qui aufé
40 Ou , car comment 15 47 Pourtant ai-je dit en mon cœur, 25 Car 78 qui en mangera , &
qui de toute induftrie , pour
aquerir du bien.
pourroit un homme, qui Il + m'aviendra ainfi comme au fol : 79 s'en fentira pluftoft que moi ?
viendroit apres le Roi, faire 66 Aff. fon travail, c.
cequidéjaa étéfait ? Où, 49 dequoi donc me fervira-t'il alors d'a- 26 Car Dieu donne à celui " qui
tout lebien qu'il a aquis
& amaffépar fontravail.
car que feroitl'homme qui voir efté plus fage ? Parquoi j'ai dit en lui plaift , fapience , fcience , & joye : 67 Aff . de l'heritier ou
viendraapres le Roi ? Cela
a déja été fait : Ou , car mon coeur que so cela auffi eftoitvanité. mais il donne 32 au pecheur occupation du fuccefleur.
qu'est-cequedesautres hom- 68 H. & F. grand mal,
83
mes, pourpouvoirenfuivre 16 st Car il ne fera point 2 de me- à recueillir & affembler :
le Roi ? fontce deja afin que ce- c. vexation , peine &dé-
84
Roque
par le ils ont fait : moire à tousjours du fage non plus que la foit donné à celui qui lui plaiſt. plaifir , comme Matt. 6.
*
C'efttoûjours pourdire, du fol : pource que déja ésjours qui fui- Cela auffi eft vanité , & rongement Ecclef.1.3. & 3.9.
S'il y a quelqu'un qui 69 Ou, cet homme-là,
penfe ,que moi , qui ai é- vent tout s'oublie : 53 & comment le fa-. d'efprit. duquel il eft parlé au y.
té un Roi puiffant, fi ma- preced. & qui eft con-
gnifique & fi fage , n'ai ge meurt-il 4 ainfi que le fol ? traint de laiffet tout ce
pas bien tout connu & qu'il a aquis à un autre. 70 C. pleins de trifteffe & d'affliction. Voi Job 14. 1.
tout experimenté , & par 17 Pourtant s ai-je haï cette vie : à d Ecclef. 3. 12, 22. & 5. 18. & 8.15. 71 C. que toute l'utilité & l'avantage
ainfi qu'il y peut enco- caufe que les chofes qui fe font faites que l'homme peut retirer de fon travail legitime , c'eft qu'il s'en faffe bien à foi-méme ,
re avoir quelque autre & qu'il s'en donne un legitime & honête contentement , pendant qu'il vit : Bien que
moyen de parvenir en ce fous le foleil 7 m'ont dépleu , dautant nul ne le puifle que par une grace & benediction particuliere du Seigneur. D'autrespen-
fent
que ceci ne foit dit que felon le jugement corrompu de l'homme , & les difcours
monde, &parleschefes que tout eft vanité , & rongement d'e-
¡y qu'on a coûtume de faire , à caufe des communs evencimens de céte vie ; veu que le
vrai & le folide repos , comme Salomon l'avoit experimente , procede du Seigneur. D'au-
licité ; il fe trompe fort, fprit.
& ne pourra jamais en 58 tres même l'entendent negativement , & traduifent , Ce n'est pas le bien de l'hommequ'il
trouver autrement que 18 J'ai auffi haï " tout mon travail, mange & boive , c. qu'il cherche tout fon plaifir & toute fa fatisfaction en cela , comme
ce que je dis; & chacun s'il ne vivoit que pour manger & boire , au lieu qu'il ne doit manger & boire quepour
le foûtien & la confervation de fa vie , auffi long-tems qu'il plaît à Dieu de la lui con-
fe peutbien ici repofer fur maparole: Méme les particuliers doivent continuer à faire ce
tinuer.
qu'ils ontcommencé, & fuivreletrainde vie qu'ils ont unefois pris, & n'ont pas le moyen de 72 Aff. quant à ce qui concerne les biens temporels & céte vie perifla
fairedenouveaux eflais ; c'eftpourquoi il mefautcroite en mes experiences ; ayant puvarier ble. 73 C. qu'il jouifle avec refignation à lavolonté de Dieu , du bien qu'il en a
defaçonde vivre&effayerde tout, pour en trouveruneà laquelle je mepûfle arrêter & l'en- reçû , en fe dépouillant de toute inquietude & de tout foin inutile. 74 C. lui-
feigner aux autres. 41 C. moi: Ilveutdire , qui peut faire ce quej'ai fait , moi qui en ái meme. 75 H. faffe voir à fon ame le bien , c. la profperité ; retirant quelque dou-
eu le moyen , étant un fi puiffant Roi. 42 C. bien quetoute nôtreoccupation nefoit ceur & quelque fruit de fon travail. 76 Ou, de fon travail , c. de fes biens.
quevanité,j'ai neanmoins trouvé que la prudence & la ſageſle humaine, encore que nôtre fou- 77 C. j'ai reconnu effectivement que cela, méme est un don particulier de Dieu , que
verainbien ne s'ytrouve pas , cftfanscomparaifon beaucoup meilleure que la folie , & lui eft chacun n'a point , aff. de demeurer content de ce qu'on a reçû de fa main liberale, &
autantpreferable que la lumiere aux tenebres, entant qu'ellefert pour nous adreffer & condui- ainfi d'en ufer gayement & avec action de graces. 78 C.au cas que quelque plus
reauxaffaires de cete vie. 43 C. quela fagefle eftàl'ame,ce que l'oeil cft aucorps, pour l'a-
grand avantage le peut retirer de ces biens temporels , qui l'auroit pu plus aifément ou
dreffer & leguider, & que le fageeftbien avile en toutefaconduite, & agit toûjours prudem- mieux quemoi Ou, qui doit étre plus foigneux de jouir de fes biens que moi ? Ou ,
ment & avec citconſpection , au lieu que lefol eftdépourveu defens , & agit temerairement & qui pourra parlerde ces chofes par fon experience , mieux quemoi ? Voi fus y. 12.
àbouleveüe entout fon fait. Voiunepareille expreflion fous ch. 8. 1. &Prov. 17. 24. 79 H. s'y hatera, afl d'en jouïr, d'en manger & de s'en fervir avec gayeté & conten-
44 C. qu'ilne fçait pas commentil doit diriger fes affaires, compoſerfes actions & ordonner tement d'efprit. 80 H. & F. il donne , aff. Dieu , comme nous le fuppleons : Lui
favie. 45 Aff. à l'égard des communs evenemens de lavie prefente , commefont les affi-
feul fait par fagrace cn l'ame des fiens , qu'ils jouiffent en céte vie du fruit de leur travail
Яtions , les douleurs , les maladies & la mort méme. Confere Pf. 49.11. 46 C. à l'un &
avec fatisfaction & tranquillité d'efprit : & il femble que Salomon impute ici fecretes
à l'autre,tantaufol qu'aufage. 47 C.j'en aiainfi difcourt en moi-méme,(commefus ch.1. ment à fes pechés d'avoir manqué de ce doux contentement , parmi une fi grande pro-
y.16.) enjugeant felon laconftitutiondes affaires & deschofes qu'onvoit journellement arri- fperité. 81 H. & F. qui eft bon devant ſa face , c. ou à celui à qui il lui plaît, &
ver. 48 C. je fuisfujet à l'affliction & aux miferes de lavie, & il faudra qu'enfin je meure,
felon qu'il le trouve bon : Ouplûtôt à celui qui lecraint , qui eft hommedebien, &qu'il
auffi-bien qu'unfol & que tous les autres hommes. 49 Ou, pourquoi me fuis-je donc alors connoit tel. 82 C.au mechant , qui luidefagrée & auquel il ne prend pointdeplai-
davantage appliquéa lafageffe? Ou , pourquoi donc aurai-je alors étéplus fage? c. dequoi m'aura fir. Voi de ce mot Pf. 1. 1. 83 Aff. des richeffes & des biens temporeis ; tellement
fervi de m'étreplusétudié à l'acquifition & à l'exercicede la fagefle humaine , que lesautres?
quel'avarice, toute criminelle qu'elle eft en elle-méme , tournedeplusen fupplice àl'avare,
Oupourquoi donc m'y appliquerois je plus, & dequoi me profitera-t-elle, puifque la mort me par lejufte & lefecret jugement deDieu. e Eccl. 3. 13. Prov. 28. 8. Job 27.16, 17.
doit auffi-bien accueillirqu'aucun autre? 50 C. toutecéte fageffe feculiere & civile.
84 H. &F. qui eft bon devant lafacede Dieu , c. en faprefence , & qui luieft agreable.
SI H. ln'y apoint dememoire dufage avec lefol en l'eternité: C'est pour confirmerce qui vient
85 Aff. de s'inquieter &fe travailler tant pour amaffer des richeffes , defquelles tu nepeux
d'étre dit: &le fens eft, quecommetous lesautres hommesfont mortels, auffiperit ordinaire-
pasjouir toi-meme , ni les laiflerà qui tu voudras ; &fans fçavoir , fi celui entre lesmains
mentavecletems la memoire de l'un auffi bien quede l'autre ; bien qu'il fe conferve en l'e- duquel elles tomberont apres toi , en ufera bien ou non.
fprit deplufieurscelle de ceux defquels les noms & les faitsfontcontenus en l'Ecuture ou dans
les hiftoires. 52 Aff.quantàl'état particulier de cétevie paflagere. Voi Prov. 10. 7.
53 C'eftune demande mélée d'admiration & d'indignation tout enfemble , comme s'il di-
CHA P. III.
foit , quec'est une chofe trifte & étrange , qu'un homme excellemment fage doive auffi-bien
mourir qu'unfol , & que fouvent il ait au jugement du mondeune pareillefin. L'Ecclefiafte enfeigne ici comment toutes choses ont au monde leur
54 Ou, avec lefol , c.auffi bien que lui. Voi Pf. 49.11, 12. ss C quela vie , quieft tems & leurcours,felon l'ordre qui leur est établi de Dieu, v. 1 , 2, &c.
de foi-même fi douce & fi defirée, lui avoit été à charge & à chagrin, en confiderantque toutes
d'oùilconcludque l'homme ne peut mieuxfaire, que dejouiravecjoye en
les actions enfont laborieuſes , & deftituées dufruit d'unevrayefelicité. 56 C. toutesles
céte viedes benedictions de Dieu & en beneficiantfon prochain , 12. Il
œuvres, les entrepriſes & les negotiations des mortels. 57 H. étoyent mal enmoi , ou,fur
parle enfuitede l'injustice qui regne fur les tribunaux d'où la justicefe
moi,ou, devant moi. 58 C.j'en ai eu de l'averſion & du degoût , aff. prenant garde à la va-
devoit rendre, 16, &c. Il montre encore que les hommes doiventmourir,
nitédesricheffes, & de l'amas des chofes qui s'acquierent avec grand' peine ; & principalement
auffi-bien que les bêtes , 18, 19. & que de cequiparoit exterieurement
àcaufe de l'incertitude de ceux qui les obtiendront & en heriterontapres nous.
enla mort d'eux & d'elles , ils nepeuvent connoitre que leurs ames font
59 C. toutmonbien , quej'ai amaffé & acquis avec inquietude & avec travail. immortelles, 19, &c. concluant comme deffus, v. 22.
I A tou-

