Page 810 - La Sainte Bible, qui contient le Vieux et le Nouveau Testament. Edition nouvelle, faite sur la version de Genêve, reveüe et corrigée, enrichie, outre les anciennes notes, de toutes celles de la Bible flamande, de la plus-part de celles de M. Diodati, & de beaucoup d'autres ; de plusieurs cartes curieuses, et de tables fort amples, pour le soulagement de ceux qui lisent l'Ecriture sainte. Le tout disposé en cet ordre, par les soins de Samuel Des Marets, docteur & premier professeur en theologie, en l'université provinciale de Groningue & d'Ommelande, & de Henry Des Marets son fils, ministre du S. Evangile, en l'eglise françoise de Delft
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LE        LIVRE                 DE






                     L'ECCLESIASTE,


                                                                      OU        DU




                                     PRECHEUR,


                                                               appellé en Hebreu



                                             KOHE                               LETH                         .




                                                                      1
                                                           ARGUMENT.

                                    Lufieursfçavansfont perfuadés que Salomon a écrit ce livre étant déja fort vieux & fur la findefa vie , apres s'étre long-tems écarté
                                     du droit chemindela pieté  dela vertu, & s'étre enfin repenti & converti au Seigneur. (Voi ce que nous avons remarqué 2 Chron. 11.
                                    furle v. 17.) Ily declare par l'inſpiration du S. Efprit , & devant toute l'Eglife de Dieu , le regret  le déplaifir qu'il avoit conçû defa
                                     viepaffée, en ladeteftant comme n'ayant été que pure vanité, incapable de donner à perfonne quelque veritable repos ou quelque folide
                          P contentement d'efprit , beaucoup moins de le mener à la jouiffance du fouverain bien & dufalut eternel: Etfon but eft pareillement de
                                    conduiretous les autrespar fon exemple à lapieté  à laprobité. Pour cet effet , ildécritpremierement en breftout le cours de fa vie , & ce
                          enquoiilavoit principalement établi ſonplaifir & fa fatisfaction. Etpuis il rapporte auffi d'avoirpris garde à la conduite & à la converſation des mortels,
                            examinéce àquoi ils s'étudient & s'attachent avecplus d'application,  reconnu quele tout n'eft autre chose que vanitémélée deplufieurspenſées crimi
                         nelles & impies: Ildeclare deplus, que le monde,fon étre ,fesbiens,fesplaifirs,fes accidens &fes ordres, étant tout-à-fait vicieux & corrompuspar la vanité
                         que lepeché'y a introduit , puis que touty eftpaffager enfa durée, incertain en fa conduite , inégal en fa teneur , dénué d'unefelicité durable , le fage n'y
                         doitpoint affeoirfes efperances , niy mettrefon cœur ,pour endefirerpaffionnément lesbiens , oupenfer encorriger ou évitertous les defordres & tous les maux:
                         mais ilfedoit éjouirmoderément,fans chagrin& fans avarice, bienqu'avecfoin && diligence, enfa legitime vocation,en lajouissancepaffagere desbenedictions
                         qu'ilaura reçues de la main liberale du Seigneur ; conformantfesfentimens, & fes mouvemens dejoye ou de trifteffe , àla varietédes tems & des accidens
                         quifurvienent encéte vie, par la difpenfationdela toute-fage & toute-puiffante Providence de Dien , qui gouverne tout cet univers felon qu'il lui plaît ;
                         fans queles chofes s'yfaſſentſimplement à l'avanture & quela conduite enfoit absolument hafardeufe , commepluſieurs ſe l'imaginentfauffement. Enfin il
                         exhorteleshommesde fe remettre à la conduite de la veritable Sageffe, encraignant Dieufincerement , lui obeiſſant fidelement ,  s'appliquant conftam
                         ment à toute forte de bonnes œuvres ; fepropofant toûjours devant lesyeux, fur toutpendant qu'ilsfont encorejeunes , vigoureux & debonfens , l'incertitu
                          dodecéte vie , la certitude de la mort , la terreur dujugement inévitable de Dieu ,  lesjoyes de l'eternité: Tellement que ce livre fe peut nommer à bon
                          droit, le trefor des enfeignemens de la vrayefelicité & dufouverain bien de l'homme. Quant à cequi enconcernel'inscription , ils'appelle Koheleth enHe
                         breu,& Ecclefiaftes en Grec : Le mot de Koheleth, qui ne fetrouve qu'en celivre , vient de Kahal , quifinifie autant qu'aſſembler , ou convoquer ; telle
                          ment que Koheleth , vaudroit autant qu'une ame ou uneperfonne , qui convoque & raſſemble les autres : Car auffi tous les hommes font deleur nature des
                          brebis éparfes & égarées ; mais Dieu envoyefesferviteurs, comme de bons berger:pour les raffembler : Quelques-unspenfent que cefoit l'un des noms propres
                          de Salomon , qui fut auffi appellé Jedidja ,  Lemuel ; ce qu'ils inferent méme de ce qu'étant d'une terminaison en apparencefeminine , ilſe joins
                         pourtant toujours àun verbemafculin , amar Koheleth : Tel eft auffi lefentiment deplufieurs hommes celebres entre les maitres desfuifs. Etquant autî
                         treGrec, cemot Ecclefiaftes , finifie proprement le Précheur : Ce quinefedoit pas prendre , commefi Salomon fe fût appliqué perfonnellement àprécher
                         devant lepeuple, (car cela étoitproprement de la chargedes Prophetes , des Sacrificateurs  des Levites ,) maisparcequ'ence livre ilpropofe à toute l'Egli
                         fe, commeunfermon excellent,  une homilie exquife , fournie d'inftructions & d'exhortations falutaires& degrandeedification. Bienqu'il fe puiffefaire
                         quelui-méme l'aitleu oufait lire auTemple devant tout le peuple. D'autres entendentpar l'Ecclefiafte , celuiqui fait undifcourspublic en l'Eglife , comme
                         faifoyent autrefois ceux qui confeffoyentpubliquement & devant tous lesfideles les pechés qu'ils avoyent commis , & proteftoyent folennellement de leur
                         repentance.
                                           CHAPITRE PREMIER.
                                                                                 4+ 10 Une generation paffe , & l'autre 10 Ou, Un fieclepaſſe&
                                                                                                                        l'autre fiecle vient : C'eſt
                                                                                                                         pourdire , que la mortà
                                    Tout estvanité& trouble , tant à l'égard des hommes mémes , que des generation vient ;  mais la terre " de
                                   chofesqui arrivent au monde , étant toutes incertaines , changeantes, &              laquelle tousfont tribu
                                   pleinesd'inquietude , v. 1 , 2, &c. Ce que le Précheurprouve parsa pro  meure tousjours ferme.  taires , eft legrand & uni
                                   pre experience , 12.
                                                                                 5 12 Le foleil auffi fe leve , & le foleil verfel argumentde la va
                                                                                                                         nité des chofes mondai
                   1 Si nous regardons la  I  Les paroles  du Preſcheur , fils de  fe couche , & 13 ahanne vers fon lieu , nes, puifque commetou
                   terminaifon du mot il                                                                                tela multitudedes hom
                                                                              d'où ilfe leve.
                   faudroittraduire , lapré- David , roi  àJerufalem.                                                    mes qui vivent mainte
                   chereffe, & le prendre pour 2  3         Anité des vani       6 14 Levent va vers le Midi , & tour   nant le meurt,auflimour
                                                                                                                         ront à leur tour tous
                   l'adjectifde l'ame , où de
                                                                              noye vers l'Aquilon , 15 il va tournoyant ceux quiviendront à les
                   Ia perfonne , ou de la fa                tez , dit le Pref  noye vers l'Aquilon ,
                                                                                                                        furvivre & à leurfucceder
                   geffe qui parloit par Salo
                   mon ; & comme fi c'é                     cheur    vanité   çà & là , 16 & retourne à fes circuits.    de fiecle en fiecle ; voilà
                   toit la fageffe méme qui                 des   vanitez        7 d Tous 7 les fleuves vont en la mer, pourquoi onne peutob
                                                                                                                        teniraumonde une feli
                   parlât en lui de toutes
                   lesaffections de fon cœur;                a4 tout est va   & la mer 18 n'en eft point remplie : les cité qui foit conftante &
                   mais parce que c'est l'at                                                                             durable.
                                                             nité.                      II Comme le centre demeure immobile à tous les mouvemens qui fefont au
                   tribut , l'epithete & le                                    c Pf.104.5.
                   nompropre de Salomon,  V                 3 bsQuel'avan-    tourdelui: Ce n'eft pas quela terre ne foit fujette à la vanité, comme les autres creatures Rom.
                   nous l'expliquons au ma                                    8.20,21 . & qu'elle ne doive pafler auffi-bien que leciel, Matt.24.3 5.Maisc'eftqu'eu égard à la
                   fculin.                                                    prefenteconftitution du monde , la terre ne pafle pas comme les chofes quiyfont & quiyvi
                                                            tage a   l'hom-
                    2 Car Jerufalem étoit                                     vent, bien qu'elle doive elle-méme pafler auffi enla confommation des ficcles. Voi Pf.102.27.
                                                            me de tout 'fon    & 104. 5. & 119.90. 2 Fier. 3. 10.  12 Il fembleque le but de ce y. & du ſuiv.foitde
                   la capitale de tout le
                   royaume , & le lieu de la travail, auquel il travaille  fous le foleil ?  dire quetout le travail de l'homme , tant du corps que de l'efprit , pourles chofes de ce mon
                   refidence de Salomon ,                                     de, le remplit d'inquietude & de foin , tellement qu'il y eft enune agitation continuelle,
                   auquel neanmoins toutes les douze tribus d'Ifraël obeïffoyent. Voi fous v.12.  3 C.vani  comme Dieu a affujetti le foleil , levent & les rivieres à un mouvement continuel , & par
                   rétres-vaine, & la plus grandevanité qui fe puifle concevoir , comme on ditle Roidesrois,pour  confequent ne lui peutconcilier une ferme & conftante felicité : Et en effetceux-là mémes
                   dire leplus puiffant de tous les Rois, & le Cantique des cantiques , pour dire leplus excellent de  qui pretendent que le foleil foit lecentre du monde , ne laiffentpas delui attribuer une agita
                   tous les cantiques. Voi Gen. 9.25 . & Levit. 2. 3. & les notes. Or le but du Sage eft de dire  tion perpetuelle.  13 Ou,balette,c. afpire ardemment à fon lieu: C'eft une metaforetiréede
                   quetoutes les chofes de laterre & du monde ne peuvent rien contribuer à nôtreveritablefeli  celui , qui court fi impetuculement &fi paffionnément vers le lieu ou la perfonne où il defire
                   cité.  a Pf . 62. 10.& 144.4.  4 C.hors de Dieu & de l'œuvre defa grace &de fa  d'etre , qu'il s'en met tout hors d'haleine. Voi Pf. 56. 2.  14 H. &F. Il va versleSud, &
                   conduite, defaverité, de fon efprit & defa vie ; enun mot tout ce qui arrive &tout ce qui fe  tournoye vers le Nord , aff. le foleil , depuis le tems qu'il montevers l'écreviffe , en partantdu
                   faitfouslefoleil,v. 3.  b Ecclef.2.22.& 3.9.  s C'est pour dire qu'il n'en a point du tout:  fignedu belier, & qu'il en redefcend au premier femeftrequi comprend le printems & l'été
                   Ou Querevient-il à l'homme ? aff. dont il puiffe obtenir un vrai repos de confcience & avoir  vers l'equinoxede la balance ; & qu'ayant pour l'autrefemeftre atteint labalance, ilpalleparle
                   unfolidecontentement d'efprit , en quoi confifte proprement la felicité , foit commencée en  chevreuil, lefolftice hyemal , pour remonter parfesdegrés à celui de l'été , durantl'automne &
                                                                                                                         15 H. Levent va circuif
                   cétevie ,foit confommée en l'autre : Et ainfi ordinairement en ce livre.  6 Ou, profit, ou,  l'hyver : Le vent va toujours circuiffant , & retourne àfes circuits.
                                                                              fant circuiffant , c. tournoyant enrond.  16 H.& F. & le vent retourne àfes circuits, afl. fouf
                   gain , ou, refidu &furabondant , aff . pour obtenir la vraye tranquillité defon ame, &parvenir  flanttantôt d'un côté, tantôt de l'autre.  d Job 38.8,9,10,11 . Pf.104.9,10.  17 F. Les
                   au fouverain bien.  7 C.le mondain , qui ne vit point en Dieu , & n'agit point parfon
                                                                              torrens, ou , ruiffeaux : Et fous ce nom fe doivent entendre toutesfortes d'eaux courantes & de
                   Elprit.  8 Le mot H.gnamal, finifie un travail penible tant du corps que de l'efprit , qui fe  18 Aff .tellement qu'ellefortedefes bornes, pourinonder laterre ; car ellede
                   donne aux affaires de céte vie.  9 C. qui concerne les chofespaflageres, periffables & in  rivieres.
                   ſtables de ce prefent fiecle; car l'efperance du fidele penetre jufques au dedans du voile, c. au  meure toûjours en un meine état , fe déchargeant autant de les eaux , en partie par lesconduits
                                                                              foûtertains , d'où fortent les fontaines & lesrivieres, en partiepar les exhalaifonsque le foleil
                   repos du troifiéme ciel, qui eftau deffus du foleil , comme l'auteur enfeigne au 5. & 12. chapp.
                   quenous trouvonsungrand avantage & lefouverain bien hors decemonde &aux chofes qui  en enleve inceflamment , qu'elle en reçoit par l'affluence & les embouchures des fleuves. Voi
                   appartienent à la droite connoiffance de Dieu.             Job 38. 10, 11. Pf . 104.9.
                                                                                                                fleuves
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