Page 620 - La Sainte Bible, qui contient le Vieux et le Nouveau Testament. Edition nouvelle, faite sur la version de Genêve, reveüe et corrigée, enrichie, outre les anciennes notes, de toutes celles de la Bible flamande, de la plus-part de celles de M. Diodati, & de beaucoup d'autres ; de plusieurs cartes curieuses, et de tables fort amples, pour le soulagement de ceux qui lisent l'Ecriture sainte. Le tout disposé en cet ordre, par les soins de Samuel Des Marets, docteur & premier professeur en theologie, en l'université provinciale de Groningue & d'Ommelande, & de Henry Des Marets son fils, ministre du S. Evangile, en l'eglise françoise de Delft
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LE LIVRE
DE JO B
ARGUMENT.
E livre s'appelle le livre de Job , homme tres-celebre &fortfaint , duquel l'histoire tres-memorable eft ici reprefentée , touchantfesgrandes
épreuves , fon invinciblepatience , fafoi infurmontable & l'heureufefin detoutes fes afflictions. Nous difons que c'eftfon Hiftoire ; parse
qu'ilcontient un recit veritable dechofes effectivement arrivées , & non pas uneparabole morale, ou unefictionpoëtique , de ce qui pourroit
arriver: Cequiparoîtpar la specificationfi exactedesperfonnes , des peuples , des pais quifont ici mentionnés , &fur toutpar letémoi-
gnagedu Prophete Ezechiel , chap. 14. 14. & del'ApôtreS. Jaques , chap . 5.11 . quiparlent tous deux de Job , comme d'un hommefort
eftimé , & qui avoit tellement vêcu au monde, qu'ily avoit étéfort agreable à Dieu, & aux autres hommes unriche patron de Pieté& de
Vertu. Plufieurspenfent qu'il aitfleuri au tems des Patriarches , oulors queles enfans d'Ifraël étoyent encore en Egypte , ou du moins lors quepour s'achemi-
ner aupaïspromis , ils voyageoyent audefertfous la conduite de Moyfe , qui eftcreudequelques-uns avoir été l'auteur & l'écrivain de céte hiftoire; dela-
quellele recit eft conçu enprofe , mais les difcours qui yfont reprefentés , fontdécrits en vers heroïques , convenables à la dignité à la gravitédufujet.
Ce livre commence par la defcriptiondel'infignepieté probitéde Job, & del'état heureux &fleuriffant defa maison, & defes enfans ; à quoifejoint
le trifte & lugubre recit de diverfes horribles calamités qui, par l'impulfion de Satan , &fous lafainte& libredifpenfation & permiffion du Seigneur , luifur-
vinrent à l'impourveu , enfes biens , enfes enfans , enfonpropre corps , jusques aux infultes de fa propre femme : Et en tout cecifa patienceheroique fe
roidit s'affermitcomme une palme inflexible, fous cefaixfipefant, y acquiefcant en filence à la volonté duSouverain. Encetrifte état il eft vifitépar
trois defes amis, hommes illuftres & confiderables , pourfe condouloir avec lui le aonfoler: Et d'abord ilsfe taifent , & nedifent mot , comme ravis &
pâmésd'étonnementfur lagrandeur defes miferes l'amertumedefes afflictions. Mais lui venant enfinpar l'infirmité defa chair à s'échaper en de grandes
plaintes ,jufques àmaudirelejour defa naiſſance , fes amis en prirent occafion d'entrer en difcours avec lui: Ils le reprenent d'aborddefa trop grande impa-
tience,&parcequ'ils s'appuyentfur lajusticede Dieu , felon laquelle il nelaiffepoint les méchans impunis , & l'y veulent ramener , ils entrent en cefujet
avec luienunegrande importante conteftation : Carpaffans dela thefe à l'hypothefe , ils l'accufent d'hypocrifie & d'impieté , batiffans en partie , fur la
grandeurdefesfouffrances , enpartiefur quelques propos d'impatience & demurmure qui lui échapoyent : IlspreffentprincipalementqueDieu nepunit
que lesméchans, & qu'ilenvoyeau contrairefes meilleuresbenedictions auxgens de bien: Surquoi, confideré qu'il étoit attaquéfifenfiblement , dechû & dé-
pouillé detoutes lesprecedentes meilleures benedictions du Ciel, & enveloppé d'horribles calamités , quipar l'infirmité humaine , excitée& irritéedeplus
par leurscuifansreproches , luiarrachoyent quelquefois desdifcours trop pleins de chaleur & gueres bien digerés , ils entiroyent ensemble céte defavanta-
geufe & prejudiciableconfequence, qu'ildevoit avoir étéou unimpietres-profane , ouun tres-diffimulé hypocrite. Ils alleguent & mettent en avantquantité
debelles d'excellentesfentences ,pourprouverleurfentiment : Mais bien qu'ellesfuffent tres- veritables en elles-mémes , & quant à lajustice legalede Dieu
quienfespunitions fuppofe toujours lepeché; elles nepouvoyentpourtant s'appliquer convenablement ni à laperfonne ni à la condition deJob. Mais luife de-
fend courageufement de leur accufation, & fe maintient enfa confcience innocent de l'impieté del'hypocrifie qu'on lui reproche, & protefte quefa viepaf-
feen'a aucunement ététernie ni de l'un ni de l'autre deces crimes. Etquant aufondementfur lequelfes amis bâtiſſoyent une accufationfifanglante, illerefute
par l'experiencejournaliere , qui verifieque fouvent le Seigneur en ce monde exerce lesgens de bien par de rudesépreuves , & que les méchans aucontraire y
jouiffent debeaucoup deprofperité , &font plûtôt comblées debenedictions exterieures que vifités degrandes afflictions : Tellement que s'appuyantfur le témoi-
gnage & lefeauirreprochable de l'EspritdeDieu enfa confcience , ilaffure courageusement de n'étre de n'avoir jamais été ni impie ni hypocrite. Ilavonë
biende nepouvoirfubfifter devant la fouveraine Majefté de l'Eternel , tant au regarddefapuiffance abfoluë , n'étant quant à foi qu'une foible infirme
creature ; qu'auregard defonjufte & feverejugement , fereconnoiſſant unpovre & miferablepecheur , qui de mille articlesfur lesquels Dien auroit le droit de
l'examiner , nepourroitpoint répondre à unfeul : Et neanmoins ilfouhaitte qu'à l'égardde la caufequifetraittoit entrefes amis & lui, ilpleut à Dieu d'en
connoître,del'examiner lajuger au trône defajuftice ; tant il étoitfortementperfuadé enfoncœur defapietéfansfeinte, & defafincere probité confide-
réedans l'alliancedegrace. Cependant on ne peutnier , qu'étant irritéparles difcours offenfans , inconfiderés & injurieux defes amis, il neſeſoit laiſséaller à
degrands emportemens , & n'aitparlépar-fois de Dieu , defa Providence & defajustice , moins convenablement & moins reveremment qu'il ne falloit : Et
onpeut dire les amis de Job defendoyent tres-bien avecde tres-fortes verités une fort mauvaisecause; & que lui au contrairedefendoitpar-fois af-
que
fésmal,&pardes mouvemens eccentriques, une tres-bonne caufe : Et en cétefiene defenfe ilne le quitepoint àfes trois amis; qui ceffans de lui répondre , Elihu
prendlaparoleaulieu d'eux , & luirepart d'unautrefaçon qu'ils n'avoyentfait: Car ilne l'accufepasproprement d'avoir auparavant mal vêcu, mais ille
cenfurede quelquespropos exceffifs & mal digerés , qui lui étoyent échapés enfa conference avec les autres ; commefi leSeigneur lui avoit fait tort, en le
traittantfi rudement &pour des caufesfecretes , qui n'étoyent connues qu'àfafeulefouveraine fageffe. C'estpourquoi Elihu le convie à l'humilité , ¿àla
repentance, parce que Dienufedegratuité & de mifericorde envers lespovres miferables qui fe confient en lui. Il demontre contre Jobque Dieu ne faitja-
mais d'injure àperfonne en lechâtiant,& qu'iln'eft contable ni refponfable à qui que cefoit defesactions ; & contre les autres amis de Job, que Dieu nepunit
pasfeulement les mechans , mais auffiquefouvent il chatie & vifite d'affliction lesgens de bien , & qu'il en a le droit : Iltire & deduitfespreuves dela na-
turemémede Dieu , qui est toutfage , tout-puiſſant , & toutjuste, &defafouveraine Majefté , par laquelle il obtient un empire inconteſtable fur toutes les
creatures, qui nepeut que s'accorder exactement aveclaperfection defa nature defon étre. Jobacquiefcant à cegrave diſcours , fetaitabfolument ; ¿os
alors l'Eternelapparoiffant enun tourbillon, cenfure Job d'avoirparlé inconfiderémentde lui, & leprouvetantparlesproprietés divines queparles œuvres
admirables , qui concernent en partie le gouvernement de l'Univers en gros en general, enpartie laproduction & la confervation de quelquesgrandes
merveilleuses creatures enparticulier. Apres céte cenfure, Job reconnoitfonpeché , donne à Dieu lagloire deuë àſajuſtice , & lui découvrela repentance
defoncœur. LeSeigneur blâme enfuiteles trois amis de Job , & leur enjoint de fe reconcilier avecfoi , par lesprieres de fonfidcleferviteur , lequel ilrétablit
enfonpremierétat , avec redoublement defes benedictions. Or il eftincertaincombien detems céte rude épreuve de Job dura. Les Hebreux penfent , qu'elle
continuaun andurant : D'autres enfont letermeplus court, &d'autres le fontplus long: Etil n'estpas besoin defçavoir ni de definir , ceque Dieu ne nous
a pas voulurovelerenfa Parole.
CHAPITRE PREMIER.
' craignant Dieu , & ſe deſtournant ‘ du s La vraye crainte de
Jobhommepieux & d'unefincereprobité,v.1. benit de Dieu en enfans, mal. Dieu est le commence-
enricheffes & en honneur, 2. eft a la follicitation de Satan, 6. & Par la ment & la base detoutes
permiffion de Dieu , 12. vifitépour fon épreuve par laperte de tousſes
biens, 13. & defes enfans, 18. Surquoi il témoigne également ce quieftde 2 Et lui nafquirent fept fils & trois les autres vertus, Ptov. 8 .
y.13 . & 15.33.Maispour-
fa douleur & defa confolation, & loue Dieude tout , 20. filles. tant ici cet eloge regarde
1 Ainfi H. ou, d'Urs. F. 3 Et 7 fon beftail eftoit de fept mille principalementlefervice
de Dieu & lesdevoirs de
Uz: Cepaïs étoit ainfi I Ly avoit un
appellé du nom d'un brebis , trois mille chameaux, cinq cens la premieretable.
6 C. de toutes lesfortes
perſonnage au
homme particulier : Et I
nous trouvons en l'Ecri- païs de Huts, couples de bœufs , & cinq cens afneffes, de peches qui fe cominet-
tent contre l'une & l'au-
ture , qu'ily eft fait men- & d'un labourage fort grand : Et ce per- tre table de la Loi : Ce
tion detroishommes ain- duquel le nom 10
fi nommés. Le premier 2 fonnage eftoit le plus grand de tous les qui fe doit entendre au-
tant que l'infirmite hu-
eftoit Job. Et
fut le fils d'Aram, petit Orientaux.
maine lepeut permettre,
filsde Sem , Gen. 10. 23. ce perfonnage-
Le fecondfut le fils aîné 4 Or fes fils alloyent feftinans en la & fans que ceci fedoive
tirer à une abfolue impec
là a eftoit
de Nachor , frere d'Abra- en- ic
cance , contre ce qui
maifon de chacun d'eux 11 à fon jour : fit, Rois 8. 46. Pl. 19.
ham , Gen. 22. 21. Le
troifiéme fut un des de- 12
tier & + droit , 8.
& ¹² envoioyent convier aufli leurs trois 3.13.1Jean 1. .
ſcendans d'Efau , Gen. 36.28 . Le premierfut lepere des premiers habitans de laThraconite, ap- foeurs 13 7 Ou, fon avoir, fcs
pellée autrementde Huts Aufitis,comme qui diroit Ufithis.Quelques interpretes penfentqu'ilfoit pour manger & boire avec biens. Voi du mot H. zi
ici parlé de ce païs-là,qui depuis fit partie de celui d'Ifraël. D'autres penfent que ceci fedoive en eux . kneh, Gen. 4. 20.
tendre d'uneprovince particuliere de la Syrie , qui tira céte fiene denomination dufecond Uts : 8 Le mot H. ne finifie
Maisplufieursjugent queç'ait été une contrée de l'idumée, ou del'Arabie,qui ait reçû fon nom pas feulement des brebis , mais auffi des chevres & des agneaux, c. toute forte de menubétail,
du troifieme Uts, Efavite, lequel y habita avecfes defcendans, Lam. 4.21 .Voi Jer. 25.20 . Or cé- fur tout quand il le diftingue du gros bêtail , & s'oppofe aux betes de fomme. Voi Gen.12.16.
tecirconstance & lesfuivantes fontici ajoûtées pourverifier que c'eft une veritable hiftoire , ar- & Levit . 1. 2. 9 Ou , d'ungrand nombre d'esclaves , comme Gen. 26.14. 10 Ou,
rivée effectivement felon qu'il fe recite ici,& Ezech. 14.14.Jaq.5.11. 2 H. Ijob.Voi Ezech. ceux de l'Orient. H. les enfans d'Orient , c. ceux qui demeuroyent à l'Est de la Paleſtine. Con
14.14,20.Jaq.5.11. a Job 2.3. 3 Ou,fincere, c. fans fraude & fans feinte tant en fere Gen. 29. 1. Jug. 6. 3. & voi ce qui s'y remarque. Quelques-uns veulent que les Ara
fa foi & faconfiance envers Dieu , qu'en fa charité & enfa conduite envers & aveclesprochains. bes foyent ici nommés Orientaux , cu égard à la fituation de tout l'hemifphere , &par op.
Voide ce méme mot Gen. 6. 9. 4 Ainfi H. ou, juste , afl. envers fes prochains ; car pofition aux peuples de l'Oüeft , ou de l'Occident. 11 C. àfon tour, & quand l'ordre
ce mot concerne ici principalement les devoirs de la feconde table dela Loi , & par-fois il fi- le touchoit , de regaler les autres : Car ils gardoyent entr'eux pour le fetoyer , & entrete-
nific particulierement la beneficence, comme Pf.112.9. & 2 Cor.9. 9,10. Aufli les H. appellent nit par ce lien la dilection mutuelle , quelque ordre convenable ; & il fe peut faire que le
Tadik , c. jufte, celle des Planetes que les autres appellent Jupiter, parce qu'on pretend , quece tour dechacun écheoit au jourdefa naiflance: Car aufliJob appelle fon jour , le jour defå nail-
foitun aftre benin & bien-faifant. Bien qu'on le puiffe prendre plus generalement , pour expri- fance, fous chap. 3. 1. 12 Afl. quelques uns de leurs domestiques pourconvier
13 C.pour le réjouir & faire
merunhomme qui demeure conftamment audroit chemin de fon devoir , fans s'en détourner leurs foeurs à ces feftins : Et de méme au . fuiv.
ni à droite ni à gauche , & s'éloignant de tous les détours & les faux-fuyans , par lesquels il s'en bonne chere cufemble , en marque & en témoignage de leur fainte & fraternelle union,
pourroit égarer: Ainfi fous ch. 4. 7. & 8.6. & 17.8 . Voiaufli Pf.7.11. Pf. 133. 1.
5 Puis

