Page 611 - La Sainte Bible, qui contient le Vieux et le Nouveau Testament. Edition nouvelle, faite sur la version de Genêve, reveüe et corrigée, enrichie, outre les anciennes notes, de toutes celles de la Bible flamande, de la plus-part de celles de M. Diodati, & de beaucoup d'autres ; de plusieurs cartes curieuses, et de tables fort amples, pour le soulagement de ceux qui lisent l'Ecriture sainte. Le tout disposé en cet ordre, par les soins de Samuel Des Marets, docteur & premier professeur en theologie, en l'université provinciale de Groningue & d'Ommelande, & de Henry Des Marets son fils, ministre du S. Evangile, en l'eglise françoise de Delft
P. 611

étrangers.
                Feftin d'Affuerus.                                                                                                 254.

                                                      LE               LIVRE





                                                                                                                   .
                              DESTHER



                                                         ARGUMENT.

                                  E livre porte le nom d'Eſther , à cauſequ'ily eft principalement parlé d'elle , &comment legrand roi Aſſuerus ayant repudié Vafçti ſa
                                  femme, par unegrande colere , parce qu'elle avoit refuséde venirfurfon commandement enune compagnie de tous les Grands de Perfe & de
                                  Mede qu'ilavoitprés defoi, ilchoifit Efther, parmi ungrand nombred'autresjeunesfillesfort belles , qu'on avoit ramaſſé à Sufan,pour
                                  étrefa femme,& Reine d'unfigrand empire , faisant àſon honneur unfort celebre& tres-magnifiquefeftin. Durant ce mariage d'Esther
                                  avecAlluerus l'infolent &fuperbe Haman , piqué contreMardochée , cousin  nourriffier d'Efther , de ce qu'il ne vouloitpas lui deferer
                                  l'honneurdel'adoration , que tous les autres Grands luirendoyent à laporte du Roi , refolut de faire perirenunjour avec Mardochée &
                      enhaine delui , tous les Juifs qui étoyent difperfespar les cent  vingt-fept provinces de l'empire d'Affuerus , & ménageapour cela les depéches & les or-
                      dres du Roi , dequi ilpoffedoit l'oreille  lafaveur. Mais lors qu'en cétedétreffe , tous lesJuifs à Suſan , oui-même la Reine Eſther , & les dames & de-
                      moiselles defa maifon, s'addrefferent à l'Eternel parjeûne &par oraiſon , ilpleutauSeigneur d'exaucerleurs prieres , & nonfeulement d'empécherle def-
                     feinfanglant &cruel d'Haman , mais mémede lefaire reiffirtout aurebours : Car ilfut obligé par le commandement du Roi , derendre à Mardochée
                      Les bonneurs qu'ilfedeftinoit àfoi-même, &pendu enfuite auméme gibet de cinquante coudées , qu'il avoit faitplanter pour l'autre; qui vint au con-
                      traire engrande confiderationprés du Roi , &fut élevé àdegrandes dignités , & onpermit auxFuifs de defendre leur vie , & defe vanger de leurs en-
                      nemis: Ce qui étantfait , lesJuifs celebrerentpar tout unefetefortfolennelle, & cecinonpaspour unefeule fois ; carEfther & Mardochée ordonnerent
                     quecela fe feroit tous les ans , aujour appellé Purim, en memoire de céte grande , inopinée & miraculeuse delivrance que Dieu avoit octroyée àfon
                     peuple , aumémetems qu'il n'y avoitfelon le monde qu'une apparence certainederuine & dedeftruction. Céte hiftoire tres-remarquable enplufieurs chefs,
                     &fur toutpourcontenir un illuftretableaude la Providenceparticuliere de Dieuen la confervation&protectiondesfiens , couchée par écritfous l'inſpiration
                     de l'Esprit deDieu par Mardochée lui-même , contient les evenemens de vingt ans ou environ,felonlefentiment de quelques-uns , bienque d'autres encon-
                     tentmoins , &ferestreignent à douze.
                                       CHAPITRE PREMIER.                   13
                                                                             de porphyre, demarbre, d'alebaftre,      13 Les noms H.de ces
                                                                                                                     pierresfontd'une finifica-
                                Le roiAffuerusfait un grandfestin à tous les Grands dupaïs, v.1 ,&c.  & 14 de marbre tacheté.  tion peu connuë: Il ya
                               commeà tout lepeuple de Sufan , s . La reineVaffti traitte de meme
                                                                             7 Et on bailloit à boire en vaiffelle bahatenl'Hebr.c. dupor-
                              toutes lesdames , 9. Le Roy veut que lareine Vafsti viene à lui , de-
                                                                                                                    phyre, ou du marbre rou
                               vant les Grands , &devanttout le peuple , 10. cequ'elle refuse , 12.  d'or , 15 qui eftoit de diverfes façons , & ge commepourpre.
                              àcause dequoielle eft repudiée, 13. pour fervir d'exemple & de miroir                  14 H.fochereth, qui eſt
                              à toutesles autres femmes , 17. Et fur cela une Loifepubliepar laquelle y  avoit du16 vin royal en abondance 17 fe- le nom d'une pierre ex-
                              chaque mari eft declarélemaitre & lefuperieur enfa maison, 22.                        quife , qu'on ne connoît
                                                                          lon la puiffance du roi.                  pas bien: Nos Interpre-
                On pourroit d'abord                     Ril avint au         8 Et la façon de boire fut telle "qu'on
                              I
             prefumer, que cedifcours                                                                               tes l'ont pris pour du
                                                                                                                    marbre tacheté de plu-
             commençant par une par-                    temps   2 d'Af-   avoit ordonné : on ne contraignoit per-   fieurs couleurs , tel qu'on
             ticule conjonctive , que
                                                                                             ¹
                                                                                                                    ros ; mais les F. l'ont tra-
             nous interpretons, or, ſe-                 fuerus , lequel   fonne : Car le roi   avoit ainfiexpreffé- apportoit de l'iflede Sci-
             roit une piece detachée
                                                        regnoit     de-   ment commandé 20 à tous fes maiftres duit,pierresexquifes.
             d'un plus grand œuvro :                                                                                 15 H. & les vaisseaux é
             Mais on remarque qu'en                     puis les Indes    d'hoſtel , qu'ils fiffent ſelon la volonté toyent diftingués des vaif-
             la langue H. céte particu-                                                                            feaux, c. qu'onlesprefen.
            le redonde fouvent , & ne                  jufques   en E-    21 de chacun.                             toit differens & dediverfe
            fert que de pur orne-                      thiopie      fur     9 Pareillement Vafçti la reine fit 22
                                                                                                                     16 H.
            ment, lors qu'on l'em-                                                                               le fabrique. vin duroyaume,
            ploye au commencement
                                                       cent vingt    &   feſtin des femmes 23 en la maiſon royale  c. fortexquis& delicieux.
            d'un difcours , pour exci-                                                                              17 H. felon la maindu
            ter l'attention du lecteur,                fept provinces:   qui eftoit au roi Affuerus.               roi, c.comme il convenoit
            ou de l'auditeur.
                                2 Ilavint , dis-je , en ce temps-là , que   10 Or 24 au feptiéme jour comme le     à la grandeur &à la maje-
             2 H. Achafverofch. F.                                                                                 fé d'un fi puiffant Mo-
            Abafveros:Bien que quel- le roi Affuerus + eftant aflis fur lethrone  roi avoit le cœur 25 gai de vin , 2 il com-  narque.
                                                                                                                    18 C. que telle fut la
            ques -uns pretendentque de fon regnes à Sufan ville capitale :
            PAffuerus  mentionné                                         manda à Mehuman , Bizta , Harbona , Loi du feftin , NuL
            Efd. 4. 6. ait été Camby-                                                                              N'EST CONTRAINT :
            fesle fils & le fucceffeur  3 L'an troifiéme de fon regne , il fit  Bigtha , Abagtha , Zethar , & Carcas , pour dire d'une part , que
            de Cyrus ; la plus - part un feftin àtous les principaux feigneurs  27 les fept Eunuques qui fervoyent de-  perfonne n'étoit reflerré
            neanmoins penfent que                                                                                  ni limité à une certaine
            celui-ci , eft le grand xer de fes païs , & à tous les ferviteurs, telle-  vant le roi Affuerus ,      mefure de vin pour le re-
                                                                           11 " Qu'ils amenaffent Vafçti la rei- pas , comme autrement il
            xes , tant celebre en l'hi- ment que 7 la puiffance de Perfe & de Me-  II
            ftoire Gréque,(fils de Da-                                                                            fe pratiquoit aux feftins
           sinsHyßaper ,) & qui fut de , affavoir  les plus grands feigneurs &  ne devant lui , 29 avec la couronne roya- plus ordinaires , mais que
            nommé la terreur des                                                                                  chacunpouvoit boiretant
            Grees , lequel trainoit à gouverneurs des provinces eftoyent de-  le, pour faire voir  aux peuples & aux qu'ilvouloit ; cequi fer-
           fa fuite une armée de dix-
           fept cens niille hommes , vant lui :                         feigneurs fa beauté : Car elle eftoit  bel- voit à faire valoir la li-
                                                                                                                  beralité du Roi , qui fai-
           couvroit tout l'Hellefpont  Pour monftrer  les richeffes de la  leà voir.                              foit diftribuer le vin àfes
           de fes vaiffeaux , & joi-  4                                                                           conviésfans mefure: & da
           gnoit commepar unpont gloire de fon royaume , & la fplendeur    12 Mais Vafçti la reine refufa  de ve- l'autrecôté que perfonne
           l'Afie à l'Europe.
            3 H. depuis Hodujufques de l'excellence de fagrandeur , & cepar  nir à la parole du roi 32 portée  par les Eu- ne devoitforcerfoncom-
                                                                                                                  pagnon, en lui prefentane
  1
           en Cus.                                                                                                la coupe , à boire plus
                            plufieurs jours ;  afavoir cent quatre-     nuques : dont le roi femit en  fort  gran- qu'il nevouloit, &ainfi
            4 C. jouillant en repos,
           de tout ce grand Empire, Vingts jours.                      de colere , & fon indignation s'alluma     chacun devoitboire com-
           comine 2 Sam. 7. 1.                                                                                    me il voudroit, & laifler
                                 Et quand ces jours-là furent finis ,  dedans lui.                               boire lesautres autant ou
           s Ou, au palais de Su
          fan : Et il femble que le leroifit un feftin par fept jours , au par-
                                                                                                                 roit. peu qu'il leur plai-
          château, ou le palais & la                                      13 Alors le roi dit aux fages " ayans aufli
          vilie portoyent un méme Vis du jardin du palais royal , à tout le  connoiffance des temps :  ( Car ainfi  avoitfait une ordonnan-
                                                                                                                  19 H. avoitfondé, c. en
                       par-        10
          léfous ch.3.15.& 4.1,16.. peuple 1º qui fe trouva à Sufan ville ca-  ce formelle.  20 H.à touslesmaîtres , ou, chefs deſa maiſon.  21 H. d'homme &
          nom. Il en eft encorepat
          Cete ville de belle &a- pitale , depuis le plus grand juſques au  homme , c. qu'on devoit verfer &laiſſer boire à chacun autant de vin qu'il lui plairoit , &non
          greable fituation entre
                                                                      pas davantage.  22 Ainfi H. c. un feflin pour les femmes de qui les maris mangeoyent
           Affyrie , la Teife & la plus petit.                        avec le Roi : Car ce n'étoit pas la coûtume entre les Perfes , ni mémes autre-fois parmi d'au-
          Mede , étoit comme la
                                                                      tres nations , que les femmes fuflent mélées avec les hommes en leurs feftins ; mais
          Capitale de tout l'Em-  6 Les tapifferies de blanc, de verd &  ceux- ci les faifoyent feuls.  23 H. enlamaison duroyaume.  24. C'étoitle dernier
                                                                      bat, nefe fonde quefur leur imagination.
         Perfe depuis  Roisde 11 de pourpre, tenoyent avec des cordes de  jour de ce feftin royal ; mais ce que les Rabbins pretendent que c'étoit le jour du Sa-
                                                                                                      25 H. bon. Voi de cet effet du vin Pf.104.
             depuis Cyrus , eu-
         rent & leurs fepulcres & fin lin & d'efcarlate à des anneaux d'ar-  .15.  26 H. & F. ildit , c. il leur enjoignit.  27 Ou, lesfept chambellans : Et
         leur refidence plus ordi-                        12          il femble que les Perfes affectoyent en beaucoup derencontres ce nombre de fept, comme
         naire.
                          gent , & des piliers de marbre :  les licts  il eftaufliquelque-fois myfterieux en l'Ecriture, & enbien & en mal : Orvoi de ces Officiers
          6 H. F. &                                                   & de ce nom Gen. 37. 36.  28 Le Roi futplus incité parle vin que par la raifon à vou-
         tom fe Fined'autres,à eftoyent d'or & d'argent fur un pavement  loir faire venir la Reine devant lui ; mais elle aufli refufa de venir plátót par infolence &
                      "
        gneurs & ferviteurs, c. à                                    par caprice, quepar la honte & la pudeur , qui eft d'ailleurs le veritable omnement de ce
        toute la Cour.                                               fexe.   29 H. avec la couronnedu royaume.  30 Aff. qui alors étoyent à Sufan :
                       7 Quelques-uns l'interpretent l'armée , comme fi Xerxes l'eut convo-
        qué là pour quelque grande expedition : On le peut aufli reftreindre aux Chefs & Capitai-  Car ilpretendoit que la beauté de fa femme , faifoit une partie de fa grandeur & de fa gloi-
        nesde l'armée, & à céte multitude de grands , qui en faifoit lafieur & la force , comme  re, dont il faifoit en ce rencontre une oftentation particuliere.  31 H. bonne de re-
        ont fait nos tradu&curs.  8 Voi Dan. 1. 3.  9 C. l'opulence & lamagnificen-  gard.  32 H. en la main des Eunuques : Et ainfi au . 15. c. par leur miniftere, com-
        ce de fon excellent & grand royaume.  10 C'est plus dire , que s'il y avoit habitant
                                                                     me Exod. 9. 35. Voice qui y eft noté.  33 C. experimentés & fçavans , bien verſes en
        a Sufan , parce que plufieurs furent de ce feftin , qui n'etoyent pas bourgeois de Sufan ,  l'histoire anciene & en la conduite des affaires. Confere 1 Chron. 12. 32. où il y a unepareil-
        & n'y demeuroyent point.  11 F. de bleu celefte.  12 Ou , lescouches , felon la  le façon de parler. Quelques uns en font des Aftrologues , qui par les régles de leur art fai-
        coûtume des Perfes , & de plufieurs nations ancienes . qui prenoyent leur repas , non pas
                                                                     foyent profeffion dedire en quel point de tems chaque chofe fe devoit entreprendre , pour
        étant aflis à table commenous , mais ctantconches fur depetits hats. Voi fous ch . 7.8 . Ezech.  avoir unbon fuccés : Et fansdoute que les Magesdes Perfes meloyent fouvent cesvanités am
        23.41. Amos 2, 8. & 6.4 .
                                                                     refte de leur Philofophie & de leur fageffe.
                                                                                 Vu 2                     com-
   606   607   608   609   610   611   612   613   614   615   616