Page 165 - LES DEUX BABYLONES
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Article 2 - Prêtres, moines et nonnes
Si la tête est corrompue, les membres doivent l'être aussi. Si le pape est essentiellement païen, son clergé
peut-il avoir un autre caractère? Si ce clergé a emprunté ses ordres à une source entièrement corrompue, ces
ordres doivent participer à la corruption de leur source. On peut le conclure en dehors de toute preuve
spéciale; mais l'évidence sera aussi complète pour le caractère païen du clergé que pour ce qui regarde le pape
lui-même. Sous quelque aspect que nous regardions le sujet, cette conclusion s'impose.
Il y a un contraste frappant entre le caractère des ministres du Christ, et celui du clergé papal. Lorsque Christ
a envoyé ses disciples, c'était "pour paître son troupeau, pour paître ses agneaux", et cela, avec la Parole de
Dieu, qui lui rend témoignage, et contient les paroles de la vie éternelle. Lorsque le pape ordonne son clergé,
il lui commande de défendre, sauf dans certaines circonstances, la lecture de la parole de Dieu en langue
vulgaire, c'est-à-dire dans une langue que le peuple peut comprendre. Il leur donne bien une mission, mais
laquelle? Elle est indiquée dans ces étonnantes paroles: "Recevez le pouvoir de sacrifier pour les vivants et
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pour les morts !" Peut-il y avoir un plus grand blasphème? Quoi de plus opposé au seul sacrifice de Christ
"par lequel il a amené pour toujours à la perfection ceux qui sont sanctifiés" (Hébreux X, 14). C'est la vraie
fonction caractéristique du clergé de la papauté! Lorsqu'il se souvenait que ce pouvoir lui avait été conféré
dans ces propres termes au moment où on l'ordonna pour la prêtrise, Luther exprimait en frissonnant son
indignation: "Comment la terre ne s'est-elle pas entrouverte, comment n'a-t-elle pas englouti celui qui
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prononçait ces paroles et celui à qui elles s'adressaient?" Le sacrifice que le clergé papal a le pouvoir d'offrir,
comme un "vrai sacrifice propitiatoire" pour les péchés des morts et des vivants, est exactement le sacrifice
non-sanglant de la messe, qu'on offrait à Babylone longtemps avant qu'il n'en fût question à Rome.
Le célibat du clergé
Or, Sémiramis, l'original véritable de la reine chaldéenne du ciel, à laquelle on offrit d'abord le sacrifice non-
sanglant de la messe, étant, dans sa personne, le type de l'impureté, accordait en même temps la plus grande
faveur à cette espèce de sainteté qui regarde avec mépris la sainte loi de Dieu sur le mariage. Les mystères
auxquels elle présidait étaient des scènes de la plus vile dépravation, et cependant les ordres les plus élevés
de la prêtrise étaient voués au célibat, comme à une vie de sainteté particulière et supérieure. Quelque étrange
que cela puisse paraître, la voix de l'antiquité attribue à cette misérable reine l'invention du célibat du clergé,
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et cela sous une forme extrêmement sévère . Dans quelques pays, comme en Égypte, la nature humaine
réclama ses droits, et quoiqu'on demeurât fidèle en général au système de Babylone, le joug du célibat fut
aboli, et on permit aux prêtres de se marier. Mais tous ceux qui connaissent l'antiquité savent que, lorsque le
culte de Cybèle, la déesse Babylonienne, fut introduit dans la Rome païenne, il y fut introduit sous sa forme
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primitive, avec son clergé célibataire . Quand le pape s'appropria tant de traits particuliers au culte de cette
déesse empruntés à la même source, il introduisit dans le clergé, de sa propre autorité, l'obligation expresse
du célibat. L'introduction d'un pareil principe dans l'Église chrétienne avait été clairement prédite comme une
grande marque d'apostasie, "les hommes, est-il écrit, se sépareront de la foi, enseignant des mensonges par
hypocrisie, ayant leur conscience cautérisée, défendant de se marier" (I Timothée IV, 1-3). Les effets de cette
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innovation furent désastreux . Les annale de toutes les nations où le célibat des prêtres a été introduit,
montrent qu'au lieu de contribuer à la pureté de ceux qui y étaient condamnés, il les a plongés, au contraire
1
MERLE D'AUBIGNÉ, La Réformation, vol. I. B. II, ch. IV, p. 171.
2
MERLE D'AUBIGNÉ, vol. I, p. 171.
3
AMMIANUS MARCELLINUS: "Semiramis teneros mares castravit omnium prima", liv. XIV, ch. 6, p.
26.
4
PAUSANIAS, liv. VII, ch. 17, p. 587; KENNETT, liv. II, ch. VII, Les Décemvirs, etc
5
Voir Lumière de la Prophétie, ch. I, p. 28 et ch. IV; p. 114 et JEWELL, Les Réformateurs anglais, p.
228.