Page 274 - LES DEUX BABYLONES

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Dans la Rome païenne on pratiquait la même coutume. Licinius, empereur
romain, avant de se battre avec Constantin, son rival, convoque une réunion de
ses amis dans un bois épais, offre des sacrifices à ses dieux et leur allume des
cierges ; en même temps dans son discours il leur déclare que s'ils ne lui font pas
remporter la victoire sur Constantin son ennemi et le leur, il se verra forcé
d'abandonner leur culte et de ne plus allumer de cierges en leur honneur
Dans les processions païennes à Rome, les cierges figuraient partout. Dans ces
solennités, (dit le Dr. Middleton invoquant l'autorité d'Apulée), dans ces
solennités le magistrat en chef siégeait souvent en robe de cérémonie, assisté des
prêtres en surplis avec des cierges à la main, portant sur un trophée ou
"thensa"
,
les statues de leurs dieux revêtues de leurs plus beaux vêtements. Ils étaient
ordinairement suivis de l'élite de la jeunesse en vêtements de toile blanche ou en
surplis, chantant des hymnes en l'honneur des dieux dont ils célébraient la fête,
accompagnés de personnes de toute sorte qui étaient initiées à la même religion ;
tous avaient à la main des flambeaux ou des cierges
Or, cette coutume
d'allumer des lampes et des cierges en plein jour est si entièrement et si
exclusivement païenne que nous trouvons des écrivains chrétiens comme
Lactance au IVe siècle, qui montrent l'absurdité de cette pratique, et se moquent
des Romains
"qui allument des cierges pour Dieu comme s'il vivait dans
l'obscurité
. Si cette coutume avait déjà tant soit peu pénétré chez les
chrétiens, Lactance ne l'aurait jamais tournée en ridicule comme une coutume
particulière au paganisme. Mais ce qui lui était inconnu à l'Église chrétienne au
commencement du IVe siècle commença bientôt après à s'y introduire, et forme
aujourd'hui l'une des particularités les plus frappantes de cette communion qui se
vante d'être la mère et la maîtresse de toutes les Églises.
Si Rome emploie à la fois les lampes et les cierges dans les cérémonies sacrées,
il est certain cependant qu'elle attribue à ces derniers, bien plus encore qu'à tout
autre objet, une vertu extraordinaire. Jusqu'à l'époque du Concile de Trente, voici
comment elle priait la veille de Pâques, à la bénédiction des cierges :
"Nous
t'invoquons dans tes oeuvres, sainte veille de Pâques, et nous offrons très
humblement ce sacrifice à ta Majesté : voici un flamme qui n'a point été souillée
par la graisse ou la chair, qui n'a pas été profanée par une huile impure : nous
t'offrons avec des coeurs soumis, pleins d'un entier dévouement, une flamme