plutôt comme un individu en la puissance d'un autre, se débattant sous sa main malfaisante et obtenant
quelques moments lucides où il reparaît comme libre avec son individualité personnelle.
— Sixièmement enfin, la possession est toujours accompagnée, chez ses victimes, d'une espèce de seconde
vue, d'une capacité de pressentiment plus grande, d'une clairvoyance somnambule, qui leur fait
reconnaître en Jésus l'influence qu'il doit exercer sur le règne des esprits, Luc 8:38; cf. 8:2; 11:24; ce
phénomène concorde avec l'idée que nous avons admise, que les affections nerveuses sont le fondement,
la Base de la possession en tant que maladie et dans sa partie physique, et l'histoire du magnétisme
animal montre combien la faculté de seconde vue s'unit facilement et naturellement à une grande
surexcitation nerveuse. On comprend aussi de cette manière les divers langages des possédés, qui tantôt
jettent un coup d'oeil vif et profond dans le sanctuaire de la vérité, tantôt mêlent à leurs paroles de
grossières rêveries, des mots qui n'ont point de sens; ils rappellent, par le décousu de leurs discours, ces
fous dont quelques sentences, pour être frappantes de vérité, brillantes dans une nuit de ténèbres, n'en
sont pas moins, au milieu de toutes celles qui les entourent, un douloureux témoignage du désordre
affreux qui règne dans leur intelligence.
Les Juifs rapportaient comme Jésus, à l'influence de mauvais esprits, plusieurs de ces cas de maladie,
Actes 5:16; 10:38. Flavius Josèphe, pour sa part, mais ce n'est qu'une opinion individuelle, pensait que
c'étaient les âmes des méchants qui, craignant de se rendre au lieu de leur supplice, cherchaient à
s'emparer du corps d'un vivant pour y habiter. Chasser les démons hors du corps des possédés, les
exorciser, était le seul remède à ces terribles affections, cf. Matthieu 12:27; Luc 9:49; Actes 19:13. Jésus, par
une parole, opérait le miracle, mais les Juifs avaient aussi des exorcistes, et ceux-ci, au dire de Flavius
Josèphe, se servaient de formules magiques qu'ils disaient avoir été données par Salomon, et qui étaient
en rapport avec certaines racines ou certaines pierres. Comme on avait remarqué que les crises de la
possession variaient avec les phases de la lune, au moins chez certaines personnes, et qu'elles paraissaient
se rattacher à la lunaison, l'on avait donné à ces malheureux le nom de lunatiques, cf. Matthieu 4:24;
17:15.
On distinguait l'obsession de la possession, la première étant une action extérieure et non intérieure du
démon sur le corps ou sur l'esprit: à peu près, dit Calmet, comme un importun qui suit et fatigue un
homme dont il a résolu de tirer quelque chose. Ainsi Saül, qui était de temps en temps animé d'un
mauvais esprit, était regardé comme obsédé et non comme possédé, 1 Samuel 16:23; c'est également une
obsession du démon Asmodée qui faisait mourir les maris de Sara, fille de Raguel, Tobie, 3:7-9.
Cependant cette distinction des Juifs est peut-être arbitraire, et les caractères qui distinguent l'obsession
de la possession, ne sont pas tellement définis, qu'on puisse décider à laquelle de ces deux affections
doivent appartenir certains faits où l'on reconnaît cependant l'influence du mauvais esprit; si
l'intermittence constituait l'obsession, elle se retrouvait pourtant chez des hommes que l'Évangile appelle
possédés, Matthieu 4:24; 17:15.
La frappante analogie qui se présente entre les cas de possession rapportés par l'Évangile et plusieurs
maladies connues, a séduit bien des théologiens et leur a fait admettre une explication dite naturelle, la
négation de la possession. Les forces prodigieuses de certains fous dans leurs moments de folie, la
misanthropie d'autres individus qui ne veulent se laisser approcher de personne, tant de gens qui se
croient changés en loups, en chapeaux, en beurre, qui se croient rois ou princes, d'un autre côté, les
épileptiques avec toutes les horreurs de leur mal, toutes ces choses dont on peut trouver la cause
prochaine dans un dérangement physique, un échauffement des intestins, une irritation de la bile, une
lésion du cerveau, une affection des nerfs, paraissent tenir de si près à l'organisme qu'on en est venu à
méconnaître l'action, plus éloignée parce qu'elle est plus profonde, des méchants esprits.
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