Page 962 - Dictionnaire de la Bible J.A. Bost

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Si l'on rassemble les traits communs aux démoniaques dont parle l'Écriture, on y voit le résultat d'un
singulier mélange d'affections morales, et d'affections physiques antécédentes. La possession apparaît
comme un châtiment.
En premier lieu, elle présuppose toujours un certain degré de culpabilité morale, de désordre, non que
l'âme ait par méchanceté recherché le mal comme mal, mais asservie à un corps sensuel, elle s'est adonnée
sous son empire aux plaisirs des sens et particulièrement à la volupté, tout en résistant intérieurement à
des péchés qui lui répugnaient, qui la dégoûtaient. L'étincelle du bien n'était point éteinte; profondément
ensevelie, elle fumait encore et n'attendait pour se rallumer que le moment où l'âme, retrouvant la
conscience de son affreux état, soupirerait après la délivrance.
— Il résultait de cet état moral, et c'est un second trait caractéristique des démoniaques, un
affaiblissement général de l'organisme et notamment du système nerveux; et plus l'influence des nerfs sur
les facultés est grande, plus cet affaiblissement devait réagir d'une manière fâcheuse sur l'organisme
intellectuel, et sur l'harmonie de la vie intérieure tout entière. Ce désaccord moral, cette désorganisation,
devait se produire avec d'autant plus de force que le malheureux avait davantage le sentiment qu'il était
la seule cause de son malheur, qu'il était l'auteur de son mal, et que ce qu'il avait fait, il ne lui était pas
possible de le défaire. Le méchant, celui qui a vécu dans des péchés extérieurs plutôt qu'intérieurs, qui n'a
pas ruiné son corps par le mal, conserve un certain équilibre de ses facultés; il peut, comme Judas, être
poussé au désespoir et au suicide, mais non à la folie qui suppose de violents combats entre la conscience
et l'esprit de ténèbres.
— À côté de cet état de faiblesse morale et physique, on remarque chez les possédés les maladies qui
découlent ordinairement d'un état semblable: des crampes, des courbatures, Luc 13:11; cf. 16; des attaques
épileptiques, Luc 9:39; Matthieu 17:15; le mutisme et la surdité, Matthieu 9:32; 12:22, provenant, non
d'une destruction des organes, mais de la paralysie continue, ou momentanée, des nerfs ou des muscles
qui communiquent à la langue ou à l'oreille; surtout enfin une mélancolie touchant à la folie et parfois à la
fureur, Matthieu 8:28; Marc 5:2; Luc 8:27: après leur guérison, ils sont appelés sages, en bon sens, Marc
5:15; Luc 8:35. À ce point de vue, l'opinion rationaliste qui voit dans les possédés des malades, Matthieu
4:24; 8:16; 15:22; Actes 8:7; Luc 8:2, se justifie parfaitement sans qu'il soit même nécessaire de recourir à
toutes les citations de la médecine ancienne et moderne; mais elle est fausse en ce qu'elle ne considère que
le côté extérieur, matériel du mal, tandis que l'Écriture va jusqu'à la cause première de la maladie, la
possession du pécheur par un esprit malin, impur.
— En quatrième lieu, tous ces démoniaques semblent aspirer vers la délivrance, ils semblent attendre
même la guérison; ils se présentent, non comme les plus méchants, mais comme les plus malheureux des
hommes, et s'il n'y a en eux qu'une étincelle de désir, d'espérance ou de foi, elle suffit à les rendre
capables de recevoir les forces d'en haut que Jésus est venu leur apporter. Chez le méchant endurci, qui a
laissé le péché prendre possession de son âme et de son corps, on ne trouve pas cette réceptivité; le lieu de
la guérison n'existe plus. Chez les possédés, on voit la lutte entre le bien et le mal sous sa forme la plus
hideuse, mais enfin c'est une lutte, et jusqu'à ce qu'elle soit terminée, il n'y a ni vainqueur, ni vaincu. La
foi reste donc en germe dans leur cœur, et c'est à ce germe que peut se rattacher leur guérison.
— Remarquons encore que la conscience individuelle semble par moments se fondre chez eux sous
l'influence ennemie de l'esprit des ténèbres. Ils parlent du point de vue des démons; le possédé parle
comme s'il était possesseur, ou plutôt celui-ci parle par l'organe du premier, sans toutefois pouvoir jamais
étouffer sans retour la conscience individuelle du malheureux, qui continue de se faire entendre par
moments. Cet état rappelle l'extase, la plénitude de l'esprit, les langues étrangères de saint Paul, 1
Corinthiens 14, où l'individualité était nécessairement effacée par l'influence puissante de l'esprit de
vérité et de sainteté. On ne doit donc pas se représenter le possédé comme une espèce d'être double, mais
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