la première lui fut imposée, et deux concubines qu'il prit pour obéir à ses femmes. Ils ne trouvèrent, ni les
uns ni les autres, le bonheur dans ces demi-désordres. Les lois de Moïse supposent cet usage, sans
l'approuver ni le condamner, Deutéronome 21:16-17; Exode 21:8; Lévitique 18:18, et plusieurs exemples
de polygamie sont rapportés, ou du moins indiqués, dans les livres saints, principalement sous l'époque
des juges, Juges 8:30; 10:4; 12:9,14; 1 Samuel 1:2; 2 Samuel 3:7; 12:8. Le législateur avait néanmoins gêné,
par diverses restrictions et prescriptions, l'exercice de la polygamie, qu'il n'avait pas combattue
directement, peut-être parce qu'elle était le moindre de plusieurs maux entre lesquels il fallait choisir
pour faire l'éducation du peuple; elle était une forme adoucie de l'esclavage des femmes, un remède
contre des abominations communes chez les peuples orientaux. Les obstacles que la loi opposait aux
excès de la polygamie étaient de trois sortes:
1.
Il ne devait se trouver aucun eunuque dans le pays, Deutéronome 23:1; or, la polygamie sans
eunuques ne se rencontre nulle part: lorsque les maîtres sont obligés d'être eux-mêmes les gardiens de
leurs harems, ils sont peu tentés de les agrandir, et, lorsque les femmes peuvent toujours espérer de
trouver un époux, elles sont moins tentées d'aliéner leur liberté pour partager la couche d'une rivale.
2.
La souillure contractée par l'homme, Lévitique 15:18, devenait, pour celui-ci, une incommodité et
un fardeau insupportable lorsque le nombre de ses femmes se multipliait.
3.
Il était défendu d'avoir une femme privilégiée; l'homme leur devait à toutes, ainsi qu'à leurs
enfants, la même bienveillance, Exode 21:8, et, comme le cœur d'un homme ne peut pas facilement flotter
entre plusieurs, comme il a besoin de se fixer, comme, par conséquent, cette prescription de la loi ne
pouvait être observée que rarement et difficilement, les excès de la polygamie étaient réprimés d'autant.
Ajoutez que les jalouses rivalités des femmes d'un seul homme, qui sont presque une suite inévitable de
la polygamie, cf. 1 Samuel 1:6; 2 Chroniques 11:21, étaient, pour celui-ci une cause de chagrins
domestiques presque continuels, qui devaient lui faire désirer la suppression de la polygamie elle-même;
Elkana en est une preuve frappante. Il résultait de ces entraves que les Israélites, malgré l'espèce de
liberté dont ils jouissaient, se contentaient, en général, d'une seule femme, Proverbes 12:4; 19:14; 31:10, à
laquelle ils adjoignaient tout au plus, et cela contre la loi, deux concubines. Après l'exil, la monogamie
devint générale, et elle tendit à être toujours mieux comprise dans sa portée et dans son sens moral,
Ecclésiastique 26:1. Quant aux rois, il leur était défendu, par Deutéronome 17:17, d'avoir plusieurs
femmes. Cependant, nous voyons que la loi fut fréquemment éludée, et la plupart des rois, Saül, David,
Salomon, Roboam, Abija, jusqu'à Hérode le Grand, ont eu des sérails, quelques-uns même extrêmement
nombreux, plusieurs femmes, et un beaucoup plus grand nombre encore de concubines, 2 Samuel 5:13;
12:8; 1 Rois 11:3; 2 Chroniques 11:21; 13:21. Ils remplaçaient alors par des eunuques étrangers les hommes
qu'ils ne pouvaient pas se procurer en Judée,
— Voir: Eunuque.
— On peut remarquer la sagesse des entraves apportées par le législateur à une coutume qu'il voulait
déraciner sans l'arracher; les résultats ont été obtenus: Mahomet a combattu les excès de la polygamie de
manière à sanctionner le principe et à enraciner l'usage, lorsqu'il a limité à quatre (Coran 4:3) le nombre
des femmes légitimes qu'il est permis d'avoir, sans, du reste, rien statuer sur le nombre des concubines.
On appelle, en termes de scolastique, polygamie successive les secondes noces, et quelques auteurs,
d'accord avec l'Église grecque, ont cru que les passages 1 Timothée 3:2; Tite 1:6, interdisaient
positivement aux évêques et conducteurs d'églises les secondes noces. Au lieu de: mari d'une seule
femme, ils lisent alors: n'ayant été le mari que d'une seule femme; ils s'appuient sur ce que la polygamie
étant interdite aux chrétiens en général par Jésus, qui a ramené le mariage à son institution primitive,
Matthieu 19:5; cf. 1 Corinthiens 7:2, elle l'était, par conséquent, aux évêques, sans qu'il fût nécessaire de le
spécifier. Mais cette considération qui est la plus sérieuse de celles qu'on avance, perd de sa valeur si l'on
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