Des paroles de paix lui furent annoncées: «Tes prières et tes aumônes sont montées en mémoire devant
Dieu; et après lui avoir ordonné de faire venir l'apôtre Pierre dont il lui indiqua la demeure, l'ange se
retira d'auprès de lui. Corneille aussitôt appelle deux de ses serviteurs, et un soldat craignant Dieu, qu'il
charge d'aller trouver saint Pierre à Joppe, chez Simon le corroyeur. Ce que durent être, pendant deux
jours d'attente, les sentiments intérieurs du pieux mais ignorant capitaine, on ne saurait le dire: mais
l'apparition de l'ange semblait lui indiquer que la visite de Pierre serait aussi quelque chose de surnaturel,
de divin; il attendait cet homme miraculeux qui devait lui indiquer le chemin du salut, et il l'attendait
avec une sorte de vénération, bien légitime à quelques égards, puisque lui, païen, n'était que ténèbres en
comparaison du messager de lumière, mais vénération qui devait se rapporter à la lumière elle-même et
point à l'humble et timide porteur du flambeau sacré. Aussi lorsqu'arriva l'apôtre que Dieu lui-même, par
une vision correspondante, avait préparé à descendre sans hésiter chez le centenier de Césarée, il trouva
la salle remplie des parents et des amis de Corneille, et celui-ci venant au-devant de Pierre, se jeta à ses
pieds et l'adora. L'apôtre, dont les soi-disant successeurs exigent pour eux-mêmes l'adoration des fidèles
(voir l'ouvrage catholique de M. Magnin, sur la Papauté, p. 434, 435), releva Corneille en lui disant: Lève-
toi, et moi aussi je suis homme. Puis s'étant informé du motif pour lequel ils l'avaient fait venir, saint
Pierre ayant confessé ses répugnances particulières, et la crainte qu'il avait eue de mal faire en descendant
auprès d'eux, mais la manifestation divine qui l'y avait décidé, leur raconta en peu de mots l'histoire pour
eux inconnue, du Christ qui était venu sur la terre, naître, vivre, souffrir et mourir pour réconcilier avec
Dieu son père les pécheurs condamnés, pour les sauver par son sang, et pour être au dernier jour le juge
des vivants et des morts. Pendant que l'apôtre parlait, les païens qui l'écoutaient reçurent la foi; ils crurent
aux merveilles de la miséricorde divine, ils acceptèrent le salut gratuit que Jésus leur avait mérité sur la
croix; le Saint-Esprit descendit alors sur eux; ils parlèrent diverses langues et glorifièrent Dieu. Les
chrétiens d'entre les Juifs qui avaient accompagné Pierre à Césarée, furent étonnés de voir les grâces
divines être accordées à ces étrangers en la même mesure qu'elles l'étaient aux chrétiens de l'ancien
peuple; mais Pierre comprit que la paroi mitoyenne était rompue, que dès ce moment la circoncision ou
l'incirconcision n'était plus rien; il ne se fit donc aucun scrupule de les baptiser, et de demeurer avec eux
plusieurs jours. Ce fut la première église d'entre les païens, le premier pas du Christianisme en dehors du
cercle judaïque, en dehors des limites du peuple extérieur dont Dieu, pendant quelques siècles, avait fait
le dépositaire de ses oracles, et l'objet visible de ses soins et de son amour; ce fut un moment solennel que
celui où le vase de l'ancienne sacrificature déborda pour la première fois, pour se répandre en torrents de
bénédictions sur les peuples qui n'étaient point appelés du nom de l'Éternel; et certes les anges du ciel
s'en réjouirent.
Quant à Corneille lui-même, l'histoire sainte n'en reparle plus, et les traditions qui le font évêque, les unes
de Césarée, les autres d'Ilion, les autres de Scepsis, ne nous apprennent rien, non plus que celles qui le
font martyr.
(De toutes évidences, Corneille, qui était «d'une cohorte de la légion appelée italique», retourna chez-eux dans le
territoire nommé Italique, qui en ce temps était un territoire situé au Nord-Ouest du pays moderne de l’Italie, et
fonda l'Église Italique d'où sont sortit les Vaudois. L'Épitre aux Hébreux semble avoir été écrite par Timothée dans
le district de l'Italie, lorsque l'apôtre Paul s'y rendit lors de son voyage vers l'Espagne et la Grande Bretagne. Le
manuscrit de Sonnini du chapitre 29 du livre des Actes, récemment découvert, indique que Paul fut capturé par les
Romains lors de son retour de Grande Bretagne et amené à Rome pour être exécuté. Il y a aussi la forte possibilité
que l'Église Italique était impliquée directement vers l'an 160 dans la traduction en Latin des textes originaux Grec
d'Antioche dans ce qui est devenu l'ancienne version latine dite Vestus Itala, dont le texte fut corrompu
partiellement par après par Jérôme dans sa Vulgate Latine avec des lectures en provenances des Codex d'Alexandrie
des œuvres d'Origène dans son Hexaples ou Bible à six colonnes.)
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CORROYEUR,
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