Page 276 - Dictionnaire de la Bible J.A. Bost

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jours après et rentre une dernière fois, apportant dans son bec l'emblème de la paix et du salut, une
branche d'olivier.
— Nos versions portent, conformément au texte hébreu, au caldéen, à l'arabe et au samaritain, que «le
corbeau sortit allant et revenant, jusqu'à ce que les eaux se fussent desséchées sur la terre», tandis que les
Septante, le syriaque et la Vulgate, ainsi que bon nombre de Pères et de commentateurs, portent que «le
corbeau sortit et ne revint point.» De fortes raisons parlent sans doute en faveur de cette dernière leçon:
on se demande pourquoi, si le corbeau était rentré, Noé ne l'aurait pas lâché de nouveau, ainsi qu'il fit
plus tard avec le pigeon, et pourquoi il crut nécessaire de lâcher le pigeon lorsque l'absence prolongée du
corbeau devait lui indiquer suffisamment que cet animal avait su trouver un abri et de la nourriture sur la
terre. Mais, outre que les pourquoi ne sont guère une autorité, il est bien difficile d'accepter des variantes
au texte hébreu, et de s'éloigner ainsi de l'original.
Le corbeau joue encore un rôle dans l'histoire d'Élie. Ce prophète s'étant retiré par l'ordre de Dieu sur les
bords du Kérith, 1 Rois 17:3-5, il y fut nourri par des corbeaux «qui lui apportaient du pain et de la chair
le matin, du pain et de la chair le soir, et il buvait du torrent.» Mais toutes sortes d'explications, toutes
plus singulières les unes que les autres, et plus singulières que le fait même qu'elles voulaient expliquer,
ont été mises en avant pour ôter à cette histoire ce qu'elle a de surnaturel. Quelques-uns, comparant le
rocher de Horeb, Juges 7:25; Ésaïe 10:26, qui se trouvait dans la contrée de Bethsan à l'ouest du Jourdain,
et non loin du Kérith, ont supposé que les corbeaux (Horebim) d'Élie, n'étaient autres que les habitants
d'une ville de Horeb qui aurait existé près du rocher de ce nom, et que c'était à ces habitants que Dieu
aurait donné l'ordre de nourrir son prophète. D'autres, lisant Arabim au lieu de Horebim, pensent que ce
sont des Arabes du voisinage, qui, ignorant les persécutions d'Achab,'ou les bravant, auraient apporté
deux fois par jour au prophète, la nourriture dont il avait besoin. D'autres encore traduisent Horebin «des
marchands», des passants, des étrangers, qui irrégulièrement, et à mesure qu'ils arrivaient, auraient
fourni quelques vivres au vénérable et pieux solitaire. Toutes ces explications sont réfutées par ce seul
fait, qui semble mentionné tout exprès, que le prophète n'avait pour se désaltérer que l'eau du torrent, et
que lorsque le torrent fut à sec, le prophète dut se rendre ailleurs, chez une pauvre veuve païenne, pour
s'y mettre à la fois à l'abri des persécutions et à l'abri de la soif; si c'eussent été des hommes qui eussent
fourni à Élie le pain et la viande, ils auraient pu tout aussi bien, et sans plus de peine, lui apporter de
l'eau; des corbeaux ne le pouvaient pas.
On en doit donc rester à la traduction toute simple et tout ordinaire de nos versions, et l'on peut de deux
manières comprendre que des corbeaux aient été en effet les pourvoyeurs de l'homme de Dieu.
Supposons que l'asile du prophète fût un lieu de rochers, de montagnes et de solitudes: c'est là que les
oiseaux de proie font leurs nids, et qu'ils élèvent leur couvée, qu'ils nourrissent leurs petits; le prophète
aura pu sans peine s'emparer pendant leur absence, des provisions qu'ils apportaient deux fois par jour à
leur nichée, et Dieu aura employé un moyen naturel pour fournir à Élie une nourriture abondante et
régulière. L'histoire profane présente des exemples du même genre;
— Voir: Tite-Live 1, 4; Diod. de Sicile 2, 4; Justin 1, 4, et ailleurs.
Mais si l'on se rappelle que le Dieu du ciel est aussi le Dieu de la terre, de la nature, de l'homme et de tous
les êtres vivants, qu'il fait des vents ses anges et des flammes de feu ses ministres, qu'il tient dans sa main
les instincts et les volontés de tous les animaux, qu'il les dirige comme il le veut, et les fait agir en maître,
qu'il les conduisit dans l'arche, qu'il envoya un bélier pour remplacer Isaac, un lion pour déchirer le vieux
prophète, des ours pour venger Élisée, une baleine pour sauver Jonas, un poisson pour payer le tribut, un
âne pour l'entrée dans Jérusalem, on ne pourra méconnaître que l'approvisionnement miraculeux d'Élie
n'appartienne à cette classe de miracles.
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