Quelque respect que l'on doive avoir pour le témoignage d'Hérodote, et quelque haute antiquité que l'on
puisse accorder, d'après cet historien, à la pratique de cette cérémonie chez les Syriens, chez les
Phéniciens, chez les Éthiopiens, et surtout chez les Égyptiens; quel que puisse être en outre l'accord d'un
certain nombre de théologiens (Celse, Julien l'Apostat, Michaélis, Bauer, Winer, Cellérier fils), et tout en
admettant, avec Hævernick (Einleitung, p. 320), que les Égyptiens, surtout dans la caste sacerdotale,
connurent de bonne heure la circoncision, il nous est impossible d'admettre non seulement ce que
prétend Winer, qu'Abraham et Moïse aient emprunté cette coutume aux Égyptiens (!), mais même ce
qu'affirme Cellérier, que la circoncision fût déjà connue sur la terre à l'époque où l'Éternel l'imposa à son
peuple, comme marque particulière et distinctive. «L'Écriture, dit Calmet, nous parle de l'institution de la
circoncision d'Abraham comme d'une chose toute nouvelle. Elle nous dit que c'est le sceau de l'alliance
que Dieu fait avec ce patriarche.» Et comment la circoncision aurait-elle été un caractère qui distinguât
Abraham et sa race du reste des peuples, si elle eût été commune aux Égyptiens et aux Éthiopiens, aux
Phéniciens et à tant d'autres peuples qui l'ont pratiquée autrefois?
— On comprend que les Arabes, les Sarrasins, les Ismaélites, tous issus d'Abraham et jaloux sans doute
de la prospérité qui semblait s'attacher à la branche d'Isaac, aient adopté par esprit d'imitation, par une
fausse dévotion, ou par un faux calcul d'intérêt, une cérémonie matérielle qui ne leur devait apporter
aucune des bénédictions divines dont elle était le garant, mais qui a pu non seulement ne pas leur nuire,
mais même avoir pour eux quelqu'un de ces avantages charnels qui la font encore estimer en Orient, et
qui furent probablement aussi présents à l'esprit du divin Législateur qui l'établit. Les Samaritains s'y
soumirent en acceptant le joug de la loi mosaïque, et c'est d'eux sans doute que veut parler Hérodote
lorsqu'il mentionne les Phéniciens comme se faisant circoncire, car cette dernière petite nation que l'on
pouvait facile confondre avec quelqu'une de celles qui l'entouraient, ne paraît pas avoir jamais connu cet
usage. Les Édomites, quoique descendants d'Abraham, ne reçurent la circoncision que lorsque vaincus
par Jean Hyrcan, ils reçurent en même temps la loi de Moïse. Quant aux Égyptiens, nous l'avons dit déjà,
la circoncision leur fut connue de bonne heure, mais elle ne fut jamais chez eux d'un usage général et
indispensable; les prêtres seuls y étaient obligés. Quelques-uns (Cellérier) répugnent à croire que les
Égyptiens aient emprunté une cérémonie aussi importante au peuple pauvre et méprisé qui lui
construisait ses pyramides, ses palais et ses temples; mais l'on sait que souvent le vainqueur emprunte au
vaincu ses mystères comme sa langue; et d'ailleurs, si l'on ne veut pas admettre cette supposition, rien
n'empêche de penser avec Bochart que c'est des Arabes que les Égyptiens ont reçu la circoncision.
— De nos jours encore cette coutume est généralement répandue dans presque tous les pays chauds, et
sans faire une longue énumération des rapports des voyageurs modernes, nous nous bornerons à
mentionner les divers faits suivants auxquels on pourrait aisément en joindre beaucoup d'autres. La
circoncision est en usage dans tous les pays musulmans. Les nègres mahométans de l'intérieur de la
Guinée la pratiquent vers l'âge de quatorze ou quinze ans, dans un jour solennel où sont appelés comme
à une revue tous les jeunes gens qui doivent la subir. Chez les Galles, voisins de l'Abyssinie, on ne
circoncit que les hommes faits. À Madagascar, la solennité de la circoncision est (ou était) la plus grande
fête de toute l'île, accompagnée de sacrifices, d'abstinences, de jeux, de combats, déjeunes et de
processions. À Socotora, un natif que l'on aurait trouvé incirconcis eût été condamné à avoir les doigts
coupés. Les Abyssins, bien qu'ils soient depuis des siècles passés à un christianisme qui depuis longtemps
n'existe plus guère qu'à l'état de mort, ont conservé la circoncision, soit comme ancienne coutume, soit
comme précaution hygiénique. Les filles sont en diverses contrées circoncises comme les hommes, en
Abyssinie, dans le royaume de Bénin, en Guinée, dans le Pégu, au-delà du Gange, chez les Cophtes et
chez les Hottentots. Il serait trop long de raconter en détail, ou même en abrégé, tout ce que font encore
tant d'autres peuples païens, blancs, rouges ou noirs, habitants des Philippines ou du Mexique, sauvages
ou demi-civilisés; se disant sages ils sont devenus fous, et l'on aurait peine à croire en combien de façons
ils ont modifié l'institution primitive donnée aux Hébreux; la contrefaçon des choses saintes n'est jamais
chose sainte.
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