plutôt donnent une forme à une idée qui n'exprime que l'espace. L'Écriture ne nous donne, du reste,
aucune indication sur ce que sera la vie éternelle bienheureuse; les épithètes qui la caractérisent ne
peuvent aider à l'imagination. Ce sera une gloire souverainement excellente, un bonheur sans mélange,
mais de quelle nature? On ne saurait le dire.
De ce vague, de cette ombre qui entoure l'avenir, de ce mystère qui l'environne, et qui, s'interpose comme
un nuage entre nous et le bonheur, on a bien vue conclu au vague du bonheur lui-même, et l'on a fait du
ciel quelque chose de vaporeux, d'éthéré, de vague. On en est venu, involontairement, à identifier le ciel
des rachetés avec le ciel des astres et avec celui de l'atmosphère: les âmes nageront ou voleront dans
l'immensité. Le nuage qui nous sépare du ciel est devenu le ciel lui-même; le vague qui l'environne est
presque devenu la réalité. On a paru oublier la résurrection de la chair, du corps. Élie et Jésus s'élevant
dans les airs et montant aux deux, 2 Rois 2:11; Marc 16:19, Étienne voyant les cieux ouverts. Actes 7:55, les
fidèles enlevés au-devant du Seigneur en l'air, 1 Thessaloniciens 4:17, on a été conduit naturellement à
placer le ciel en l'air, et l'on a oublié d'abord, quant au langage, et vu les conditions actuelles de l'existence
de notre globe, qu'il était difficile de parler autrement; puis, et surtout, que la vie à venir ne commencera
que lorsque la terre et les cieux auront été détruits et renouvelés. Il va sans dire que nous n'avons pas la
prétention d'aborder ici un sujet trop fécond en hypothèses de tout genre; mais il peut être utile de
protester contre un point de vue qui ne tend à rien moins qu'à dissoudre complètement l'homme et la vie
éternelle à force de les spiritualiser. Ce ne sont évidemment pas là les idées que nous donnent les saints
livres, ni saint Paul quand il parle de la résurrection de la chair, ni saint Pierre quand il parle des
nouveaux cieux et de la nouvelle terre, ni saint Jean, dans les deux derniers chapitres de l'Apocalypse,
lorsqu'il décrit le séjour dés bienheureux dans la vie future. Que l'espace puisse servir de demeure aux
âmes en attendant la résurrection, c'est possible, nous ne pouvons rien en savoir; mais qu'après la
résurrection, lorsque les âmes auront revêtu de nouveaux corps, il continue d'en être de même, c'est ce
qui ne paraît pas sérieux. Il est à remarquer que si le paradis, le jardin d'Éden, n'est jamais appelé ciel, le
ciel, en revanche, est trois fois appelé paradis dans le Nouveau Testament,
— Voir: plus haut, et cf. surtout 2 Corinthiens 12:2,4; (où le troisième ciel est appelé paradis).
Et, si quelque chose nous paraît probable, c'est que la terre renouvelée sera le séjour de l'homme
renouvelé, comme la terre primitive a été le séjour de l'homme primitif, et la terre maudite celui de
l'homme maudit. Cette terre renouvelée (un autre astre si l'on veut, une autre planète, mais pas d'air, pas
de nuages), sera appropriée aux besoins de l'homme dans lequel l'image de Dieu aura été restaurée; cette
terre renouvelée sera ce qu'on appelle ordinairement le ciel, et les nouveaux cieux se rapporteraient à
l'espace, à l'atmosphère, ou aux rapports nouveaux dans lesquels cette terre bénie se trouvera avec les
astres du nouveau firmament. La mer n'existe plus, Apocalypse 21:1; avec un peu de géologie, on
comprend combien ce seul fait changera tout le mode de vivre actuel; une pareille terre mérite bien le
nom de nouvelle terre. Le soleil et la lune ne luisent plus sur la terre, 21:23; 22:3, il n'y aura plus là de nuit,
voilà les nouveaux cieux. La sainte Jérusalem descend du ciel, de devers Dieu, sur cette nouvelle terre,
qui nous est ainsi dépeinte comme le futur séjour de l'homme, et la clarté de Dieu l'éclairé, l'Agneau est
son flambeau. La main de Dieu qui a lancé la terre actuelle dans l'orbite qu'elle parcourt aujourd'hui,
peut-être au troisième jour de la création, peut-être après la chute, et qui, par deux fois déjà, au déluge, et
lors de la victoire de Josué, a modifié son cours, saura bien, quand l'accomplissement des temps sera
venu, l'arrêter de nouveau dans sa course, et d'un mot la placer ailleurs, et faire toutes choses nouvelles.
C'est à cette vision de la gloire éternelle qu'il faut rapporter ce que dit saint Paul, Romains 8:17-22, cf.
aussi Matthieu 19:28; Actes 3:21. Quant à ceux qui n'y verraient qu'une description de la splendeur du
millénium, ils pourront s'édifier sur ce sujet en lisant dans l'Essai de Vivien sur l'Apocalypse les pages 142
et suivant.
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