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sectateurs. Mais dès que Sa Majesté se fut retirée pour dîner, quelques
personnes de la foule, qui avaient jeté sur toute cette affaire un mauvais regard,
s'approchèrent de l'idole, comme pour aider à la porter, et prenant la civière sur
leurs épaules, commencèrent à s'agiter, pensant faire tomber l'idole ; mais le cas
avait été prévu, et prévenu par les clous de fer qui la rattachaient à la civière.
Quelqu'un se mit à crier : « À bas l'idole, à bas l'idole ! » Sans plus tarder, on la
jette à terre. Tout d'abord les amis des prêtres firent quelques fanfaronnades ;
mais quand ils virent la faiblesse de leur dieu, l'un d'eux le prit par les talons et
lui frappant la tête contre la chaussée, laissa là le malheureux Dagon sans tête et
sans mains, et lui dit : « Honte à toi, jeune Saint-Giles, ton père aurait résisté à
de pareils coups ! » Là-dessus, les apôtres et les moines s'enfuirent plus vite qu'à
Pinkey Cleuch. On les vit en proie à une de ces terreurs subites que ces hommes-
là n'éprouvent guère d'ordinaire dans ce royaume (en Angleterre) ; ils jettent à
terre les croix, les surplis, les chapeaux à cornes et les couronnes. Les frères gris
sont haletants, les prêtres essoufflés prennent la fuite ; heureux celui qui le
premier arrive à sa demeure, car jamais dans ce royaume on ne vit une frayeur
si soudaine depuis la génération de l'Antéchrist
!"
Une telle procession et idoles chez un peuple qui avait commencé à étudier et à
aimer la Parole de Dieu n'inspire que de l'indignation et du mépris. Mais dans les
pays de la papauté, chez un peuple tenu soigneusement dans les ténèbres, ces
processions sont l'un des moyens favoris employés par l'église romaine pour
s'assujettir ses sectateurs. Les longues processions avec des statues que les
hommes portent sur leurs épaules, les vêtements somptueux des prêtres, les robes
diverses des nombreux ordres de moines et de religieuses, avec le concert des
bannières flottantes et les sons perçants de la musique, tout cela est bien propre,
si l'on n'y regarde pas de trop près, à amuser l'esprit mondain, à satisfaire l'amour
du pittoresque, et quand les émotions qu'on a ainsi provoquées sont rehaussées
par les mots de piété et de religion, à servir les projets de despotisme spirituel.
Aussi la papauté a-t-elle toujours largement usé de ces spectacles. Aux jours de
joie elle a cherché à consacrer au service de ses idoles l'allégresse et l'excitation
produite par ces processions, et aux jours de douleur elle a usé du même moyen
pour faire pousser aux foules qui se pressent à ces processions les gémissements