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Beaucoup de Juifs demeuraient à Alexandrie. C'est dans cette ville que fut
écrite la version des Septante, et comme les traducteurs étaient Juifs, le
dialecte alexandrin qu'ils parlaient dut se modifier sous lent, plume pour
pouvoir s'assimiler les pensées et les tournures de phrases hébraïques. C'est
cette langue, ainsi élaborée, qui devint plus tard aussi la langue du Nouveau-
Testament. C'est une espèce de grec hébraïsant. On y trouve des mots et même
des phrases d'une provenance tout-à-fait étrangère, de l'araméen, du latin, du
persan, de l'égyptien; quelquefois c'est une orthographe nouvelle, ou des mots
anciens pris dans un sens nouveau, ou bien encore c'est l'influence de l'esprit
juif et chrétien qui modifie dans un sens spirituel l'emploi de mots, communs
dans la langue ancienne, mais qui depuis longtemps étaient hors d'usage.
On peut citer ainsi les mots
Abba (Marc, XIV, 36. Rom., VIII, 15),
Haceldama (Actes, I, 19),
Boanergès (Marc, III, 17),
Racha (Matth., V, 22), qui appartiennent à l'araméen;
- Des mots latins (Matth., X, 29; XVIII, 28; V, 26; XVII, 25; XXVII, 27, 65; XXVI,
53. Marc, XV, 39. Luc, XIX, 20. Jean, II, 15. Actes, XIX, 12);
- Des phrases latines (Matth., XII, 14. Marc, XV, 15. Luc, XII, 58. Actes, XVII,
9);
- Des mots persans (Matth., XXVII, 32. Actes, VIII, 27. Matth., II, 1. Marc, VI,
11. Luc, XXIII, 43) (paradis signifie, en perse, un jardin plein d'arbres
délicieux);
- Des expressions égyptiennes (Matth., XXVII, 59. Luc, XXIV, 12).
(Voyez sur ce sujet, et quant aux particularités du style du Nouveau-
Testament, Planck, son traité sur ce sujet, et les grammaires de Winer en
allemand, et de Stuart en anglais.)
Il résulte évidemment de ce qui précède que l'étude du grec classique ne suffit
pas pour l'intelligence du Nouveau-Testament, et l'on peut dire qu'un lecteur
qui n'aurait d'autre secours qu'une de nos traductions ordinaires pour
déchiffrer le grec de l'original y réussirait mieux encore, dans la plupart des