Page 945 - Dictionnaire de la Bible de J.A. Bost 1849 - 2014

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l'accusèrent d'avoir affecté la royauté, Luc 23, Jean 18, Matthieu 27, Marc 15; les questions de Pilate à Jésus
sur la nature de sa royauté convainquirent le juge de l'innocence du prévenu, et comme celui-ci ajoutait:
Quiconque est de la vérité entend ma voix, Pilate lui adressa encore cette question pleine d'indifférence et
de mépris: Qu'est-ce que la vérité? et sans attendre la réponse il revint auprès des Juifs et leur dit: Je ne
trouve, aucun crime en lui. Les Juifs insistèrent de nouveau sur l'accusation de sédition et de crime de
lèse-majesté; mais Jésus refusa par deux fois de répondre à Pilate sur ce point. Un mot échappé à
l'impatience des Juifs apprit à Pilate que Jésus était Galiléen, et quoique rien ne l'empêchât de poursuivre
cette affaire, il résolut de la renvoyer à Hérode, soit pour s'en débarrasser, ou pour traîner en longueur,
soit pour renouer avec le tétrarque de la Galilée des relations qui avaient été interrompues ensuite peut-
être du massacre des Galiléens; les deux ennemis se réconcilièrent; mais Hérode renvoya Jésus devant le
tribunal de Pilate. Fort de l'opinion d'Hérode qui confirmait la sienne, il le déclare derechef innocent, et
propose aux Juifs de le faire fouetter; il l'absout et il le condamne tout ensemble, et par cette concession
faite aux Juifs, il leur prouve que sa conscience de juge a ployé devant les cris de leur multitude, et les
autorise à pousser leurs prétentions jusqu'au bout. Sa faiblesse fait la force des ennemis du Seigneur.
Cette offre est rejetée, et les historiens sacrés passent sans transition au choix que Pilate propose à la
multitude de leur relâcher Jésus ou Barrabas, Matthieu 27:15; Marc 15:6; Luc 23:17; Jean 18:39. Il est
évident que dans l'intervalle, effrayé des cris et des menaces d'un peuple qui l'appelle ennemi de César
s'il fait grâce à Jésus, Pilate a cédé, ou paru céder; mais il tente un nouvel expédient, illusoire à la vérité,
pour procurer la libération de l'innocent; il propose au peuple d'exercer son droit de grâce annuel en
faveur de cet homme dont tant de voix réclament le supplice; il espère peut-être donner une direction
nouvelle aux pensées de quelques-uns, du courage aux amis de l'accusé qui, n'osant le défendre
ouvertement, appuieraient sans crainte une mesure d'indulgence, du temps à d'autres de venir, car
évidemment il a dû y avoir un intervalle entre la proposition de grâce et l'espèce de votation qui devait
suivre, attendu que les personnes qui étaient appelées à se prononcer sur ce point n'étaient pas
nécessairement toutes présentes. Mais les cris: Ôte, ôte, crucifie! redoublent avec plus de force encore. En
ce moment, l'épouse de Pilate, Procla, ou Claudia Procula, lui fait dire de ne point prendre de part à la
condamnation de ce juste, car, dit-elle, j'ai beaucoup souffert aujourd'hui à son sujet dans mes songes,
Matthieu 27:19. Cet avis était trop d'accord avec les sentiments de Pilate pour qu'il le rejetât; il lutte
encore contre la foule; par deux fois il réitère sa conviction qu'aucune charge ne s'élève contre le prévenu,
il demande des preuves de son crime. On n'y répond que par de nouveaux cris. Las de cette lutte, il fait
fouetter Jésus, espérant satisfaire ainsi à la soif de sang de cotte multitude sauvage; il reparaît après
l'exécution, il voit Jésus couvert de sang et des insignes de la royauté, il le montre à la multitude, et répète
qu'il n'a trouvé aucun crime en lui. Ce spectacle sanglant porte ses fruits; le peuple se tait: les
sacrificateurs seuls et leurs employés recommencent leurs vociférations, et comme Pilate indigné s'écrie:
Prenez-le vous-mêmes et le crucifiez, ils persistent à vouloir couvrir leur responsabilité de celle de la
juridiction romaine, et ils articulent un nouveau sujet de plainte: d'après notre loi il doit mourir, car il
s'est fait fils de Dieu, cf. Deutéronome 13:5; 18:20.
C'était en effet là leur grief, le grief du sanhédrin, mais ce ne pouvait en être un devant une cour romaine:
s'ils le formulent, ce n'est plus pour demander à Pilate un jugement politique, c'est pour vaincre sa
résistance, et réduire son rôle à la confirmation d'un jugement ecclésiastique déjà rendu par l'autorité
compétente. À ce nom de fils de Dieu, qui rappelle au préteur païen les enseignements de sa mythologie,
des pensées se présentent, des souvenirs se réveillent peut-être dans l'esprit de Pilate: il avait remarqué la
tenue calme et extraordinaire du prévenu, et le songe de sa femme se joignant à la déclaration des Juifs, il
put croire qu'il y avait en effet quelque chose de surnaturel en Jésus, un demi-dieu peut-être; on sait
combien la superstition s'allie facilement à l'irréligion, et chez les plus grands des Romains, les deux
choses souvent n'en faisaient qu'une. Pilate croit que Jésus hésite à s'expliquer en public; il va l'interroger
en particulier dans le prétoire; d'où es-tu? lui dit-il. Pilate savait qu'il était de Galilée, cette question ne
pouvait donc se rapporter ni à sa ville, ni à sa patrie; elle se rapportait à sa naissance, à sa famille, et nous
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