Mais Job obtient sa grâce, Dieu lui pardonne, lui accorde la grâce de ses amis, et lui rend au double tout
ce qu'il a perdu. Le livre se compose de trois parties:
1.
le prologue, chapitre 1 et 2;
2.
le corps du livre, discours et action, la partie poétique, 3-41;
3.
dénouement et épilogue, chapitre 42.
Il y a beaucoup de rapports entre l'idée dominante du livre de Job, et celle qui règne dans la plupart des
tragédies grecques. Le contraste du bien et du mal; l'inégalité de la récompense; les luttes de l'existence
humaine dans toute sa fragilité, avec les coups du sort, voilà le but sublime de l'ancienne tragédie: c'est
également celui de Job, mais avec cette différence que les Grecs, suivant la nature de leur religion, nous
montrent l'idéal de l'humanité (Sophocle lui-même nous indique l'idéal de la tragédie quand il dit qu'il a
décrit les hommes tels qu'ils devraient être, et qu'Euripide les a décrits tels qu'ils sont), tandis que dans
Job l'homme est dépeint avec ses misères, n'occupant qu'un rang inférieur; Dieu et ses perfections sont
mis au premier rang, et forment l'objet principal de tout le livre; toute la gloire revient à Dieu et à lui seul.
Du reste, ressemblance dans la forme, même choix des objets, même caractère dramatique des personnes;
le fait présenté n'est plus un fait individuel, c'est une affaire publique, la propriété de la nation: même
distinction exacte des personnes, et partant même intérêt, parce que ce ne sont plus des caractères
ordinaires, mais les représentants d'un certain nombre d'hommes et d'idées. Enfin, même beauté de
langage, de poésie, dont les beautés varient comme dans les drames grecs, et même profondeur des idées.
Le contenu du livre est-il une fable ou une histoire? Cette question a souvent été décidée d'une manière
trop exclusive; les uns ont voulu tout nier, les autres ont voulu regarder jusqu'aux moindres détails
comme des faits, et les moindres paroles comme ayant été réellement prononcées. Les uns et les autres
ont mis en avant de bonnes raisons. On peut faire valoir contre la vérité historique,
1.
le caractère poétique du livre, qui indique une fiction: on ne peut pas imaginer que les amis de
Job aient improvisé des réponses en vers aussi bien faits, et dans un ordre aussi admirable. Ce que
Schultens dit du caractère national des Arabes et de leur facilité à improviser en vers, n'est pas suffisant
pour expliquer la richesse de la poésie des discours de ce livre. Dans la bouche de Job, ces improvisations
sont encore moins probables.
2.
Le prologue même, et l'épilogue, qui sont en prose, ne peuvent pas être pris à la lettre; la scène
dans les cieux, et le conseil de Dieu, sont une fiction. Les chiffres sont ronds: après son rétablissement, Job
retrouve le double de ce qu'il a perdu; cette précision est également le fait du narrateur! Enfin la manière
égale et calme dont tout est raconté ne convient pas à l'histoire, et l'on voit que celui qui raconte tient
moins à l'exactitude historique qu'à l'impression générale.
3.
Le nom de Job est symbolique; soit qu'on le fasse dériver de l'arabe, il signifie se repentir, soit
qu'on le dérive de l'hébreu, il signifie un homme qui est attaqué, comme Job, de toutes sortes de maux.
— Voici, d'un autre côté, les arguments qu'on invoque pour prouver que l'histoire de Job n'est pas un
conte fait à plaisir, mais un fait réellement arrivé:
1.
Quelques circonstances, quelques notices historiques, la généalogie d'Élihu, 32:2, la patrie
désignée de Job et de ses amis, 1:1; 2:11.;
2.
le témoignage d'Ézéchiel, chapitre 14:14,16,20; cf. Jacques 5:11, où Job est cité comme un
personnage historique;
3.
la tradition; ainsi les Septante et la Peschito racontent toute sa généalogie en voyant Job dans le
Jobab de Genèse 36:33. (cependant les Septante ayant copié la Peschito, ne font pas un témoignage à part).
4.
On montre encore en Orient le sépulcre de Job, mais malheureusement en cinq endroits
différents, à Neva ou Nava, sur la route de Damas, non loin de Jérusalem; à Hems (Hamath), en Syrie; à
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