— Voir: Coré;
mais ils le firent dans le même esprit que leur maître, et avec le même succès, la même force et la même
fraîcheur, jusqu'aux temps qui suivirent l'exil, quoique l'on remarque parmi les grands chantres de cette
époque, ces traces de fatigue ou d'épuisement qui accompagnent toujours la décomposition d'une
nationalité, l'épuisement d'un pays qui va mourir.'On ne saurait déterminer jusqu'à quel point la poésie
lyrique fut appliquée par les Hébreux à des sujets profanes, à chanter l'amour, la joie ou l'amitié; il n'est
pas même établi qu'elle ait jamais perdu son caractère purement religieux, et Winer, qui insiste sur
l'existence d'une poésie profane lyrique des Hébreux, ne nous parait pas avoir prouvé que Tholuck, en la
niant, soit aveuglé par une «pédantesque partialité.» Les passages qu'il cite, Ésaïe 9:2; Jérémie 7:34; 25:10;
48:33; Amos 6:5; ne prouvent pas nécessairement ce qu'il croit y voir.
Le recueil des poésies appartenant au genre lyrique comprend:
a.
Des chants et des hymnes adressés à Dieu, soit comme dominateur du monde, Psaumes 8 et 104,
soit comme chef de la nation, Psaumes 47, 66, 67 et 75, soit comme providence particulière par rapporta
quelques événements de l'histoire nationale, Psaumes 46, 48, 75, etc. Un grand nombre de ces chants
étaient spécialement affectés au culte public, Psaumes 15:24; 68:81, etc., et l'on a cru pouvoir distinguer,
dans plusieurs, des chœurs et des voix seules s'entre-répondant; le psaume 118 serait à cet égard
l'exemple le plus frappant, et les divers essais qui ont été faits pour retrouver la suite et le caractère des
interlocuteurs (notamment le Cantique de la Victoire, de M. Bost), montrent que c'est un travail à la fois
facile, intéressant, utile et instructif. Il faut se rappeler, d'ailleurs, que les psaumes se chantaient
ordinairement par le maître-chantre, et que les chœurs, généralement parlant, n'intervenaient que pour
certains répons, comme cela se voit encore dans les synagogues, et comme pour les prières on en trouve
aussi des exemples dans les Églises romaine et épiscopale.
b.
Des complaintes, élégies, et lamentations, ayant pour objet les malheurs des individus, ou ceux
de la nation, quelque fois l'un et l'autre ensemble, cf. 2 Samuel 1, Lamentations 1-5,; Psaumes 7, 44, 50,
102, 109, etc. Le recueil des Psaumes peut-être considéré comme une anthologie de la poésie lyrique des
Hébreux; il renferme des morceaux des deux genres que nous venons d'indiquer. On a voulu voir la trace
d'un troisième genre dans
c.
Le Cantique des Cantiques; les rationalistes en ont conclu à l'existence d'une poésie érotique chez
les Hébreux, et Winer répète ici l'un de ses mots favoris, c'est que la pédanterie dogmatique ou historique
peut seule ne pas admirer dans ce cantique un chant d'amour empreint de toute l'ardeur des passions de
l'Orient.
Quant à la poésie didactique, elle paraît avoir pris naissance dans les proverbes, les dictons populaires,
les sentences profondes, les énigmes; on a toujours remarqué, en effet, que ces résumés de la sagesse
universelle affectaient volontiers une forme figurée et un certain rythme qui les fissent ressortir dans la
mémoire et dans l'imagination, et nulle part cette sagesse populaire n'est plus riche, plus ancienne, plus
profonde que dans l'Orient. Le livre de Job est la plus ancienne apparition de ce genre de poésie; des
sages s'entretiennent comme dans le Makemath des Arabes; leurs paroles ne s'élèvent pas toujours fort
haut, mais la conclusion du livre est l'expression d'une sagesse, peut-être peu étendue, mais sûre, morale,
et ferme. Salomon forme une seconde époque, 1 Rois 10; ses Proverbes réunis en recueil, avec les
sentences de quelques autres sages, l'Ecclésiaste, et un certain nombre de Psaumes, sont ce qu'il y a de
plus caractéristique en ce genre dans la poésie hébraïque, Psaumes 1, 133, 32, 50, etc.; on trouve
quelquefois aussi dans les prophètes quelques oracles émis en forme de sentences, ou de paraboles, 2
Samuel 12:1-4. Ésaïe 5:1-6. Les discours de Jésus portent presque tous le même caractère, et montrent
combien ce genre était encore conforme à l'esprit des Juifs e son temps. Et l'on n'a pas de peine à
comprendre que lorsque la poésie venait donner une forme vivante, brillante, à des pensées déjà fortes en
elles-mêmes, pleines dans leur brièveté, sublimes dans leur simplicité, elles exaltassent l'enthousiasme
religieux, et produisissent des impressions tout à la fois rapides et durables, sur le génie des Hébreux.
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