Page 324 - LES DEUX BABYLONES

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Mais ce fut surtout sous son aspect figuré, dans la purification et la régénération
des âmes, que le culte du feu agit efficacement sur le monde. Le pouvoir, la
popularité, l'adresse de Nemrod aussi bien que la nature séduisante du système
lui-même, lui permirent de répandre au loin la trompeuse doctrine. Il fut
représenté sous le nom bien connu de Phaéton
comme étant sur le point
d'embraser le monde entier, ou (sans la métaphore poétique) d'entraîner toute
l'humanité dans le culte du feu. La prédominance extraordinaire du culte du feu
dans les premiers âges du monde est établie par des légendes qui existent sur
toute la terre, et par des faits qu'on trouve dans presque tous les pays. Ainsi au
Mexique, les indigènes racontent que dans l'antiquité après le premier âge, le
monde fut complètement embrasé par le feu
Comme leur histoire,
semblable à celle des Égyptiens, était écrite en hiéroglyphes, il faut l'entendre
symboliquement. Dans l'Inde, il y a une légende tendant au même but, quoique
un peu différente dans la forme. Les Brahmanes disent qu'à une époque très
reculée de leur histoire, l'un des dieux brillait d'un éclat si insupportable, désolant
l'univers par ses rayons éblouissants, plus éclatants que mille mondes
que
sans un autre dieu plus puissant qui s'interposa et lui coupa la tête, cette
splendeur aurait eu les conséquences les plus désastreuses.
Dans les Triades Druidiques des anciens Bardes de la Grande-Bretagne, il y a des
allusions évidentes au même événement. Ils disent que dans l'antiquité
"il s'éleva
une tempête de feu qui fendit la terre jusqu'aux abîmes : nul n'échappa, excepté
la compagnie des élus, enfermés dans une enceinte par une porte solide, avec le
grand patriarche célèbre par son intégrité
, c'est-à-dire évidemment avec
Sem, le chef des fidèles qui conservèrent leur intégrité alors que tant d'autres
"firent naufrage quant à la foi et à la bonne conscience"
. Ces histoires se
rattachent toutes à la même époque et montrent la puissance de cette forme de
l'apostasie. Le purgatoire de la papauté et les feux de la veille de la Saint-Jean,
que nous avons déjà examinés, et bien d'autres pratiques qui se font encore de
nos jours, sont autant de restes de la même superstition. Il faut cependant
remarquer que le grand dragon rouge, ou le grand serpent de feu, est représenté
comme se tenant devant la femme à la couronne de douze étoiles, c'est-à-dire,
l'Église de Dieu,
"pour dévorer son enfant aussitôt qu'il naîtra"
. Or, ceci
s'accorde exactement avec le caractère du grand chef du système du culte du feu.
Nemrod, représentant du feu dévorant auquel on offrait en sacrifice des victimes
humaines et principalement des enfants, était regardé comme le grand mangeur
d'enfants. Bien qu'à sa première déification il fût mis à la place de Minus, ou
l'enfant, il fut naturellement le père de tous les dieux Babyloniens, puisque c'est