Traité sur la prédestination des saints

PAR AURELIUS AUGUSTIN (354-430),

PASTEUR DE HIPPO, AFRIQUE DU NORD.

Jean leDuc

Décembre 2025

 

 

Mise en pages par

Jean leDuc et Alexandre Cousinier

 

***

LE PREMIER LIVRE. 1

SOMMAIRE DU TRAITÉ
« SUR LA PRÉDESTINATION DES SAINTS ».

CHAP. 1

 [I.]—INTRODUCTION.

CHAP. 2.

— DANS QUELLE MESURE LES MASSILIENS 3 SE RETIRENT DES PÉLAGIENS.

CHAP. 3

[II.]—MÊME LE COMMENCEMENT DE LA FOI EST UN DON DE DIEU.

CHAP. 4.

—SUITE DE CE QUI PRÉCÈDE.

CHAP. 5.

—CROYER, C'EST PENSER AVEC CONSENTEMENT.

CHAP. 6.

—PRÉSOMPTION ET ARROGANCE À ÉVITER.

CHAP. 7

[III.]—AUGUSTIN CONFESSE QU’IL S’ÉTAIT AUTREFOIS ERREUR CONCERNANT LA GRÂCE DE DIEU.

CHAP. 8

[IV.]—CE QU'AUGUSTIN ÉCRIVAIT À SIMPLICIANUS, LE SUCCESSEUR D'AMBROSE, ÉVÊQUE DE MILAN.

CHAP. 9

[V.]—LE BUT DE L'APÔTRE DANS CES PAROLES.

CHAP. 10.

—C'EST LA GRÂCE DE DIEU QUI DISTINGUE PARTICULIÈREMENT UN HOMME D'UN AUTRE.

CHAP. 11

[VI.]—QUE CERTAINS HOMMES SONT ÉLUS EST PAR LA MISÉRICORDE DE DIEU.

CHAP. 12

[VII.]—POURQUOI L'APÔTRE A DIT QUE NOUS SOMMES JUSTIFIÉS PAR LA FOI ET NON PAR LES ŒUVRES.

CHAP. 13

[VIII.]—L'EFFET DE LA GRÂCE DIVINE.

CHAP. 14.

—POURQUOI LE PÈRE N’ENSEIGNE PAS À TOUS AFIN QU’ILS VIENNENT AU CHRIST.

CHAP. 15.

—CE SONT LES CROYANTS QUI SONT INSTRUCTIONS DE DIEU.

CHAP. 16.

—POURQUOI LE DON DE LA FOI N'EST PAS DONNÉ À TOUS.

CHAP. 17

[IX.]—SON ARGUMENT DANS SA LETTRE CONTRE LA PORPHYRIE, SUR LA RAISON POUR LAQUELLE L'ÉVANGILE EST PARU SI TARD DANS LE MONDE.

CHAP. 18.

—L'ARGUMENT PRÉCÉDENT APPLIQUÉ AU MOMENT PRÉSENT.

CHAP. 19

[X.]—EN QUEL ÉGARD LA PRÉDESTINATION ET LA GRÂCE DIFFÈRENT.

CHAP. 20.

—DIEU A-T-IL PROMIS LES BONNES ŒUVRES DES NATIONS, ET NON LEUR FOI, À ABRAHAM ?

CHAP. 21.

—IL EST ÉTONNANT QUE LES HOMMES PRÉFÈRENT SE FIER À LEUR PROPRE FAIBLESSE PLUTÔT QU'À LA FORCE DE DIEU.

CHAP. 22.

—LA PROMESSE DE DIEU EST SÛRE.

CHAP. 23

[XII]—ILLUSTRATIONS REMARQUABLES DE LA GRÂCE ET DE LA PRÉDESTINATION CHEZ LES ENFANTS ET EN CHRIST.

CHAP. 24.

—QUE NUL N’EST JUGÉ SELON CE QU’IL AURAIT FAIT S’IL AVAIT VÉCU PLUS LONGTEMPS.

CHAP. 25

[XIII.]—IL EST POSSIBLE QUE LES ENFANTS BAPTISÉS SE SOIENT REPENTIS S'ILS AVAIENT VÉCU, ET LES NON BAPTISÉS NON.

CHAP. 26

[XIV.]—RÉFÉRENCE AU TRAITÉ DE CYPRIEN « SUR LA MORTALITÉ ».

CHAP. 27.

—LE LIVRE DE LA SAGESSE ACQUIERT DANS L'ÉGLISE L'AUTORITÉ DES ÉCRITURES CANONIQUES.

CHAP. 28.

—TRAIT DE CYPRIEN « SUR LA MORTALITÉ ».

CHAP. 29.

—LES AGISSEMENTS DE DIEU NE DÉPENDENT PAS DES MÉRITES CONTINGENTS DES HOMMES.

CHAP. 30

[XV.]—L'EXEMPLE LE PLUS ILLUSTRANT DE PRÉDESTINATION EST JÉSUS-CHRIST.

CHAP. 31.

— CHRIST PRÉDESTINÉ À ÊTRE LE FILS DE DIEU.

CHAP. 32

[XVI.] — LA DOUBLE APPEL.

CHAP. 33.

—IL EST AU POUVOIR DES HOMMES MÉCHANTS DE PÉCHER; MAIS FAIRE CECI OU CELA PAR LE MOYEN DE CETTE MÉCHANCETÉ EST AU POUVOIR DE DIEU SEUL.

CHAP. 34

[XVII.]— L'APPEL SPÉCIAL DES ÉLUS N'EST PAS PARCE QU'ILS ONT CRU, MAIS AFIN QU'ILS PUISSENT CRU.

CHAP. 35

[XVIII.]— L'ÉLECTION A POUR BUT LA SAINTETÉ.

CHAP. 36.

—DIEU A CHOISI LES JUSTES; NON CEUX QU'IL A PRÉVUS COMME ÊTRE PAR EUX-MÊMES, MAIS CEUX QU'IL A PRÉDESTINÉS DANS LE BUT DE LES RENDRE TELS.

CHAP. 37.

—NOUS AVONS ÉTÉ ÉLUS ET PRÉDESTINÉS, NON PAS PARCE QUE NOUS ALLIONS ÊTRE SAINTS, MAIS AFIN QUE NOUS PUISSIONS L'ÊTRE.

CHAP. 38

[XIX.]—QUEL EST L'AVIS DES PÉLAGIENS ET QUEL EST L'AVIS DES SEMI-PÉLAGIENS CONCERNANT LA PRÉDESTINATION.

CHAP. 39.

—LE COMMENCEMENT DE LA FOI EST UN DON DE DIEU.

CHAP. 40.

[XX]—TÉMOIGNAGE APOSTOLIQUE SUR LE COMMENCEMENT DE LA FOI QUI EST UN DON DE DIEU.

CHAP. 41.

—AUTRES TÉMOIGNAGES APOSTOLIQUES.

CHAP. 42.

—TÉMOIGNAGES DE L'ANCIEN TESTAMENT.

CHAP. 43

[XXI.]—CONCLUSION.

Notes

Auteur

 

***

LE PREMIER LIVRE. 1

ADRESSÉ À PROSPER ET HILARY. 2

AD. 428 OU 429.

Dans cet ouvrage, la vérité de la prédestination et de la grâce est défendue contre les semi-pélagiens, c'est-à-dire ceux qui, sans pour autant se détacher totalement de l'hérésie pélagienne, soutiennent que le commencement du salut et de la foi vient de nous-mêmes ; de sorte que, par la vertu, en quelque sorte, de ce mérite initial, nous obtenons les autres bienfaits de Dieu. Augustin démontre que non seulement la croissance, mais aussi le commencement même de la foi, est un don de Dieu. Sur ce point, il ne nie pas avoir autrefois pensé différemment, et que, dans certains écrits mineurs, antérieurs à son épiscopat, il se soit trompé, notamment dans l'exégèse, qui lui est reprochée, des propositions de l'épître aux Romains. Mais il souligne qu'il fut par la suite convaincu principalement par ce témoignage : « Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? », qu'il démontre devoir être compris comme un témoignage concernant également la foi elle-même. Il affirme que la foi doit être comptée parmi les autres œuvres, ce que l'Apôtre réfute, car il anticipe la grâce divine lorsqu'il déclare : « non par les œuvres ». Il déclare que la grâce ôte la dureté du cœur et que tous ceux que le Père enseignent à Christ viennent à lui ; mais que ceux qu'il enseigne, il les enseigne par miséricorde, tandis que ceux qu'il n'enseigne pas, il ne les enseigne pas par jugement. Il explique que le passage de sa cent deuxième épître, question 2, « Du temps de la religion chrétienne », invoqué par les semi-pélagiens, peut être interprété sans porter atteinte à la doctrine de la grâce et de la prédestination. Il expose la différence entre la grâce et la prédestination. De plus, il affirme que Dieu, dans sa prédestination, connaissait d'avance ses desseins. Il s'étonne que les adversaires de la prédestination, qui prétendent ne pas vouloir dépendre de l'incertitude de la volonté divine, préfèrent s'en remettre à leur propre faiblesse plutôt qu'à la force de la promesse de Dieu. Il souligne clairement qu'ils abusent de cette autorité : « Si tu crois, tu seras sauvé. » Que la vérité de la grâce et de la persévérance resplendit dans le cas des enfants sauvés, qui ne se distinguent par aucun mérite propre de ceux qui périssent. Car il n'y a aucune différence entre eux, car ils connaissent d'avance les mérites qu'ils auraient acquis s'ils avaient vécu plus longtemps. Que ce témoignage est rejeté à tort par les adversaires comme étant non canonique, argument qu'il a avancé pour les besoins de cette discussion : « Il a été enlevé pour éviter le mal », etc. Que l'exemple le plus illustre de la prédestination et de la grâce est le Sauveur lui-même, en qui un homme a obtenu le privilège d'être le Sauveur et le Fils unique de Dieu, en étant uni à lui par le Verbe coéternel avec le Père, sans aucun mérite préalable, ni par les œuvres ni par la foi. Que les prédestinés sont appelés par une vocation particulière, propre aux élus.et qu'ils ont été élus avant la fondation du monde ; non pas parce qu'ils étaient connus d'avance comme des hommes qui croiraient et seraient saints, mais afin que, par cette élection même de grâce, ils puissent l'être, etc.

SOMMAIRE DU TRAITÉ
« SUR LA PRÉDESTINATION DES SAINTS ».

1. Introduction
2. Dans quelle mesure les massiliens se retirent-ils des pélagiens ?
3. Même le commencement de la foi est un don de Dieu.
4. Suite de ce qui précède
5. Croire, c'est penser avec conviction
6. Présomption et arrogance à éviter
7. Augustin confesse s'être trompé auparavant au sujet de la grâce de Dieu
8. Lettre d'Augustin à Simplicianus, successeur d'Ambroise, évêque de Milan
9. Le but de l'apôtre dans ces paroles
10. C'est la grâce de Dieu qui distingue particulièrement un homme d'un autre.
11. Que certains hommes soient élus est une grâce de Dieu.
12. Pourquoi l’apôtre a-t-il dit que nous sommes justifiés par la foi et non par les œuvres ?
13. L'effet de la grâce divine
14. Pourquoi le Père n'enseigne pas à tous ceux qui viennent au Christ
15. Ce sont les croyants qui sont instruits par Dieu.
16. Pourquoi le don de la foi n'est pas accordé à tous
17. Son argumentation dans sa Lettre contre Porphyre, quant à la raison pour laquelle l'Évangile est parvenu si tard au monde
18. L'argument précédent appliqué au présent
19. En quoi la prédestination et la grâce diffèrent-elles ?
20. Dieu a-t-il promis à Abraham les bonnes œuvres des nations, et non leur foi ?
21. Il est étonnant que les hommes préfèrent se fier à leur propre faiblesse plutôt qu'à la force de Dieu.
22. La promesse de Dieu est certaine.
23. Illustrations remarquables de la grâce et de la prédestination chez les enfants et en Christ
24. Que personne ne soit jugé selon ce qu'il aurait fait s'il avait vécu plus longtemps.
25. Il est possible que les enfants baptisés se seraient repentis s'ils avaient vécu, et les non-baptisés non.
26. Référence au traité de Cyprien « Sur la mortalité »
27. Le Livre de la Sagesse obtient dans l'Église l'autorité de l'Écriture canonique.
28. Traité de Cyprien « Sur la mortalité »
29. Les actions de Dieu ne dépendent d'aucun mérite contingent des hommes.
30. L'exemple le plus illustre de la prédestination est Jésus-Christ.
31. Christ prédestiné à être le Fils de Dieu
32. La double vocation
33. Il est du pouvoir des hommes mauvais de pécher ; mais faire ceci ou cela par le moyen du mal ne dépend que de Dieu.
34. L’appel particulier des élus n’est pas dû à leur foi, mais au fait qu’un grand nombre d’entre eux croient.
35. L'élection a pour but la sainteté
36. Dieu a choisi les justes, non pas ceux qu'il prédestinait à exister par eux-mêmes, mais ceux qu'il a prédestinés à le devenir.
37. Nous avons été élus et prédestinés, non pas parce que nous allions être saints, mais afin que nous le soyons.
38. Quelle est la position des pélagiens, et celle des semi-pélagiens, concernant la prédestination ?
39. Le commencement de la foi est un don de Dieu
40. Témoignage apostolique sur le fait que la foi est un don de Dieu à son origine
41. Autres témoignages apostoliques
42. Témoignages de l'Ancien Testament
43. Conclusion

CHAP. 1

 [I.]—INTRODUCTION.

Nous savons que dans l’Épître aux Philippiens, l’apôtre dit : « Il ne m’est pas pénible de vous écrire les mêmes choses, et c’est même une sécurité pour vous » [Phil. 3.1]. Pourtant, ce même apôtre, écrivant aux Galates, lorsqu’il constata avoir accompli parmi eux, par son ministère de prédication, ce qu’il jugeait nécessaire, il dit : « Que personne ne me cause de travail pour le reste » [Gal. 6.17], ou, comme on le lit dans de nombreux codex : « Que personne ne me trouble. » Mais bien que je confesse que cela me trouble que la parole divine, dans laquelle est prêchée la grâce de Dieu (qui n'est absolument pas grâce si elle est accordée selon nos mérites), si grande et si manifeste soit-elle, ne soit pas accueillie, néanmoins, mes très chers fils, Prosper et Hilary, votre zèle et votre affection fraternelle – qui vous rendent si réticents à voir un seul frère dans l'erreur, au point de souhaiter qu'après tant de livres et de lettres de ma part sur ce sujet, je vous écrive de nouveau d'ici – je vous aime plus que je ne saurais le dire, bien que je n'ose affirmer que je vous aime autant que je le devrais. C'est pourquoi, voici, je vous écris à nouveau. Et bien que non pas en votre présence, je poursuis par votre intermédiaire ce que je croyais avoir suffisamment accompli.

 

CHAP. 2.

— DANS QUELLE MESURE LES MASSILIENS 3 SE RETIRENT DES PÉLAGIENS.

Car, à la lumière de vos lettres, il me semble voir que ces frères pour lesquels vous manifestez un souci pieux ne tiennent pas compte de l'opinion poétique qui affirme : « Chacun est son propre espoir », et tombent ainsi sous la condamnation qui est déclarée, non pas poétiquement, mais prophétiquement : « Maudit soit tout homme qui met son espoir en l'homme », [Jér. [Phil. 3.15.] Il faut traiter ceux qui sont dans l’ignorance de la prédestination des saints, comme l’apôtre l’a fait avec eux. Mais ils tiennent de cette parole : « Si vous êtes dans l’ignorance de quelque chose, Dieu vous le révélera », s’ils marchent dans la voie qu’ils ont atteinte. C’est pourquoi l’apôtre, après avoir dit : « Si vous êtes dans l’ignorance de quelque chose, Dieu vous le révélera », ajoute : « Néanmoins, poursuivons notre chemin vers la vérité que nous avons atteinte. » [Phil. 3.16.] Et ces frères à nous, pour lesquels votre pieuse affection est si attentive, sont parvenus avec l'Église du Christ à la conviction que le genre humain naît affligé du péché originel et que nul ne peut être délivré de ce mal si ce n'est par la justice du Second Homme. De plus, ils ont confessé que la volonté des hommes est anticipée par la grâce de Dieu et reconnu que nul ne peut se suffire à lui-même pour commencer ou achever une bonne œuvre. Ces convictions, auxquelles ils sont parvenus et qu'ils demeurent fermes, les distinguent abondamment de l'erreur des pélagiens. Par ailleurs, s'ils persévèrent dans ces convictions et supplient Celui qui donne l'intelligence, s'ils ont une opinion différente concernant la prédestination, Il le leur révélera également. Exerçons néanmoins sur eux l'influence de notre amour et le ministère de nos paroles, selon le don qu'il nous a fait, Lui qui nous a demandé de lui dire dans ces lettres ce qui est juste et profitable. à eux. Car comment savoir si, par ce service que nous leur rendons dans l'amour gratuit du Christ, notre Dieu ne voudra pas par hasard accomplir ce dessein ?

 

CHAP. 3

[II.]—MÊME LE COMMENCEMENT DE LA FOI EST UN DON DE DIEU.

Il me faut donc d'abord démontrer que la foi qui fait de nous des chrétiens est un don de Dieu, si je peux le faire plus en détail que je ne l'ai déjà fait dans tant de volumes si nombreux et si volumineux. Mais je vois que je dois maintenant répondre à ceux qui prétendent que les témoignages divins que j'ai avancés à ce sujet servent à nous assurer que nous possédons la foi par nous-mêmes, mais que son accroissement vient de Dieu ; comme si la foi ne nous était pas donnée par Lui, mais seulement accrue en nous par Lui, du fait du mérite qu'elle ait pris naissance en nous. Ainsi, il n'y a là aucune divergence avec l'opinion que Pélage lui-même fut contraint de condamner dans le jugement des évêques de Palestine, comme en témoignent les mêmes Actes : « Que la grâce de Dieu est donnée selon nos mérites », ⁵ si ce n'est pas par la grâce de Dieu que nous commençons à croire, mais plutôt qu'à cause de ce commencement nous est ajouté une foi plus pleine et plus parfaite ; C’est pourquoi nous offrons d’abord à Dieu le commencement de notre foi, afin qu’il nous donne aussi en plus ce qu’il nous demande fidèlement, ainsi que tout ce que nous lui demandons par ailleurs.

 

CHAP. 4.

—SUITE DE CE QUI PRÉCÈDE.

Mais pourquoi n’entendons-nous pas plutôt, à l’inverse, ces paroles : « Qui lui a donné le premier, et il lui sera rendu ? Car c’est de lui, par lui et en lui que sont toutes choses » ? [Rom. 11.35]. Et de qui donc vient notre foi, sinon de lui ? Car cela n’est pas exclu lorsqu’il est dit que d’autres choses viennent de lui ; mais bien : « C’est de lui, par lui et en lui que sont toutes choses. » Or, qui peut dire que celui qui a déjà commencé à croire ne mérite rien de celui en qui il a cru ? Il en résulte que, pour celui qui mérite déjà, on dit que d’autres choses sont ajoutées par une rétribution divine, et ainsi que la grâce de Dieu est donnée selon nos mérites. Et cette affirmation, lorsqu’on la lui présenta, Pélage la condamna lui-même, afin de ne pas être condamné. Que quiconque souhaite éviter cette opinion condamnable comprenne que les propos de l'apôtre sont entièrement vrais : « Il vous a été donné, par grâce pour Christ, non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui. » [Phil. 1.29] Il montre que les deux sont des dons de Dieu, puisqu'il affirme que les deux ont été donnés. Et il ne dit pas : « croire en lui plus pleinement et parfaitement », mais : « croire en lui ». Il ne dit pas non plus qu'il avait obtenu miséricorde pour être plus fidèle, mais « pour être fidèle » [1 Cor. 7.25], car il savait qu'il n'avait pas d'abord donné à Dieu le commencement de sa foi, pour ensuite la recevoir en retour ; mais qu'il avait été rendu fidèle par Dieu, qui avait aussi fait de lui un apôtre. Car les débuts de sa foi sont relatés, et on les connaît très bien car ils sont lus dans l'Église à une occasion propice pour les mettre en évidence: comment, s'étant détourné de la foi qu'il détruisait, et s'y opposant avec véhémence, il fut soudainement converti par une grâce plus puissante, par la conversion de Celui à qui le prophète avait dit, comme à Celui qui accomplirait précisément cela : « Tu nous ramèneras et tu nous vivifieras. » [Psaume 85.6.] Ainsi, non seulement celui qui refusait de croire est devenu un croyant de bon gré, mais, de plus, celui qui était persécuteur a subi la persécution pour la foi qu'il persécutait. Car il lui a été donné par le Christ « non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui ».

 

CHAP. 5.

—CROYER, C'EST PENSER AVEC CONSENTEMENT.

C’est pourquoi, louant cette grâce qui n’est donnée selon aucun mérite, mais qui est la cause de tous les mérites, il dit : « Ce n’est pas que nous soyons capables de penser quoi que ce soit par nous-mêmes, mais notre capacité vient de Dieu. » [2 Cor. 3.5.] Que ceux qui pensent que la foi commence par nous-mêmes et que Dieu la complète y réfléchisse bien. Car qui ne voit pas que penser précède croire ? Car nul ne croit rien sans avoir d’abord pensé que cela soit à croire. Car si soudaines et si rapides que soient certaines pensées qui précèdent la volonté de croire, et si celle-ci les suit aussitôt, comme en conjonction immédiate, il est nécessaire que tout ce qui est cru le soit après avoir été pensé ; bien que la croyance elle-même ne soit rien d’autre que penser avec assentiment. Car ce ne sont pas tous ceux qui pensent qui croient, puisque beaucoup pensent afin de ne pas croire ; mais quiconque croit, pense, — pense en croyant, et croit en En matière de religion et de piété (dont parlait l'apôtre), si nous sommes incapables de penser par nous-mêmes, mais que notre capacité vient de Dieu, nous sommes également incapables de croire par nous-mêmes, car cela est impossible sans réflexion. Notre capacité, par laquelle nous commençons à croire, vient de Dieu. C'est pourquoi, comme nul n'est capable par lui-même d'entreprendre ou d'achever une bonne œuvre – et vos frères, comme vous l'avez écrit, le reconnaissent déjà –, de sorte que, tant au commencement qu'à l'accomplissement de toute bonne œuvre, notre capacité vient de Dieu, nul n'est capable par lui-même d'entreprendre ou de mener à bien la foi ; notre capacité vient de Dieu. Car si la foi n'est pas une affaire de pensée, elle est vaine; et nous sommes incapables de penser par nous-mêmes, mais notre capacité vient de Dieu.

 

CHAP. 6.

—PRÉSOMPTION ET ARROGANCE À ÉVITER.

Frères et sœurs bien-aimés de Dieu, prenez garde de ne pas vous élever contre Dieu en prétendant accomplir ses promesses. La foi des nations n'a-t-elle pas été promise à Abraham, « et lui, rendant gloire à Dieu, crut pleinement que ce qu'il avait promis, il était aussi capable de l'accomplir » ? [Romains 4.20]. C'est pourquoi Dieu fait la foi des nations, lui qui est capable d'accomplir ses promesses. De plus, si Dieu fait naître en nous la foi, agissant merveilleusement dans nos cœurs pour que nous croyions, y a-t-il lieu de craindre qu'il ne puisse pas tout accomplir ? L'homme s'arroge-t-il pour autant les premiers éléments de cette grâce, dans l'espoir de mériter de recevoir de Dieu le reste ? Voyez si, de cette manière, on obtient autre chose que la grâce de Dieu accordée d'une façon ou d'une autre, selon nos mérites, et que, dès lors, la grâce cesse d'être grâce. Car, sur ce principe, elle devient une dette, et non un don gratuit. Car il est dû au croyant que sa foi soit accrue par le Seigneur, et que cette foi accrue soit le salaire de la foi commencée ; or, il n’est pas précisé, lorsqu’on affirme cela, que ce salaire est accordé aux croyants non par grâce, mais par obligation. Et je ne vois nullement pourquoi tout ne serait pas attribué à l’homme – car celui qui a pu créer par lui-même ce qu’il n’avait pas auparavant peut lui-même accroître ce qu’il a créé – si ce n’est qu’il est impossible de réfuter le témoignage divin le plus manifeste, par lequel la foi, source de la piété, est aussi un don de Dieu : tel est le témoignage que « Dieu a donné à chacun une mesure de foi » [Romains 12.3], et celui-ci : « Que la paix soit avec les frères, et l’amour avec la foi, de la part de Dieu le Père et du Seigneur Jésus-Christ » [Éphésiens 6.23], et d’autres passages semblables. L'homme, donc, ne voulant pas résister à de tels témoignages clairs, et désirant néanmoins avoir le mérite de croire, s'allie en quelque sorte avec Dieu pour s'attribuer une part de la foi et lui en laisser une autre ; et, plus arrogant encore, il prend la première part pour lui et lui donne la suivante ; et ainsi, dans ce qu'il dit appartenir aux deux, il se fait le premier et Dieu le second !

 

CHAP. 7

[III.]—AUGUSTIN CONFESSE QU’IL S’ÉTAIT AUTREFOIS ERREUR CONCERNANT LA GRÂCE DE DIEU.

Ce n’est pas ainsi que pensait ce pieux et humble maître – je parle du bienheureux Cyprien – lorsqu’il disait : « Il ne faut se glorifier de rien, puisque rien ne nous appartient en propre. » 6 Et pour le démontrer, il prit l’apôtre comme témoin, en disant : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu ? » [1 Cor. 4.7]. C’est principalement par ce témoignage que j’ai moi-même été convaincu lorsque j’étais dans une erreur semblable, pensant que la foi par laquelle nous croyons en Dieu n’est pas un don de Dieu, mais qu’elle vient de nous-mêmes, et que par elle nous obtenons les dons de Dieu, par lesquels nous pouvons vivre avec tempérance, justice et piété en ce monde. Car je ne pensais pas que la foi fût précédée de la grâce de Dieu, de sorte que par elle nous serait donné ce que nous pourrions demander utilement, si ce n’est que nous ne pouvions croire si la proclamation de la vérité ne la précédait pas ; Mais je croyais que notre consentement à la prédication de l’Évangile était de notre propre initiative, qu’il venait de nous-mêmes. Cette erreur est d’ailleurs suffisamment mise en évidence dans quelques-uns de mes écrits antérieurs à mon épiscopat. Parmi ceux-ci figure celui que vous avez mentionné dans vos lettres, 7dans lequel se trouve un exposé de certaines propositions de l'Épître aux Romains. Finalement, alors que je rétractais tous mes petits ouvrages et que je consignais cette rétractation par écrit – tâche à laquelle j'avais déjà consacré deux livres avant de me consacrer à vos lettres plus longues –, lorsque, dans le premier volume, j'arrivai à la rétractation de ce livre, je dis alors ceci : « J'examine également ce que Dieu aurait pu choisir en celui qui n'était pas encore né, celui qu'il avait désigné comme serviteur de l'ancien ; et ce qu'il aurait pu rejeter en ce même ancien, lui aussi encore à naître ; c'est à son sujet que le témoignage prophétique est consigné, bien que déclaré bien plus tard : « J'ai aimé Jacob, et j'ai haï Ésaü » [Mal. 1.2,3. Cf. Rom. 9.13]. » Je poursuivais mon raisonnement jusqu'à dire : « Dieu n'a donc pas choisi les œuvres de quiconque en présumant de ce qu'il leur donnerait lui-même, mais il a choisi la foi, présumant qu'il choisirait précisément celui dont il savait d'avance qu'il croirait. » Lui, à qui il donnerait le Saint-Esprit, afin que, par les bonnes œuvres, il obtienne aussi la vie éternelle. Je n'avais pas encore cherché avec soin, ni trouvé, quelle est la nature de l'élection par grâce, dont l'apôtre dit : « Un reste est sauvé par l'élection de grâce » [Romains 11.5]. Or, ce n'est assurément pas la grâce si elle est précédée de mérites ; de peur que ce qui est donné maintenant, non par grâce, mais par dette, ne soit payé aux mérites plutôt que donné librement. Et j'ai ensuite ajouté : « Car le même apôtre dit : « Le même Dieu qui opère tout en tous » [1 Corinthiens 12.6], mais il n'a jamais été dit : « Dieu croit tout en tous ». » Puis il ajouta : « Ainsi donc, ce que nous croyons nous appartient en propre, mais le bien que nous faisons vient de celui qui donne le Saint-Esprit à ceux qui croient. » Je n’aurais certainement pas pu dire cela si j’avais su que la foi elle-même compte parmi les dons de Dieu qui sont accordés par ce même Esprit. L’une et l’autre nous appartiennent donc par le choix de notre volonté, et pourtant toutes deux sont données par l’Esprit de foi et d’amour. Car la foi n’est pas seule, mais, comme il est écrit : « L’amour avec la foi, de la part de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus-Christ. » [Éph. 4.23.] Et ce que j'ai dit un peu plus loin : « Car il nous appartient de croire et de vouloir, mais il lui appartient de donner à ceux qui croient et veulent la puissance d'accomplir de bonnes œuvres par le Saint-Esprit, par lequel l'amour est répandu dans nos cœurs », est vrai en effet ; mais, par la même règle, les deux appartiennent aussi à Dieu, car Dieu prépare la volonté ; et les deux appartiennent aussi à nous, car ils ne sont réalisés que par notre bonne volonté. Et ainsi, j'ai dit ensuite : « Parce que nous ne sommes pas capables de vouloir si nous ne sommes pas appelés ; et lorsque, après avoir été appelés, nous voulons vouloir, notre volonté ne suffit pas, ni notre course, à moins que Dieu ne nous donne la force de courir et ne nous conduise là où il nous appelle » ; et j'ai ajouté : « Il est donc clair que cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde.« Que nous fassions de bonnes œuvres », cela est tout à fait vrai. Mais j'ai découvert peu de choses concernant l'appel lui-même, qui est conforme au dessein de Dieu ; car tel n'est pas l'appel de tous ceux qui sont appelés, mais seulement des élus. C'est pourquoi, ce que j'ai dit un peu plus loin : « Car, de même que chez ceux que Dieu élit, ce ne sont pas les œuvres mais la foi qui sont à l'origine du mérite de faire de bonnes œuvres par le don de Dieu, de même chez ceux qu'il condamne, l'incrédulité et l'impiété sont à l'origine du mérite du châtiment, de sorte que, même comme châtiment, ils font de mauvaises œuvres », j'ai dit la plus pure vérité. Mais que le mérite même de la foi soit un don de Dieu, je n'ai ni songé à l'examiner, ni ne l'ai dit. Et ailleurs, je dis : « Car celui sur qui il a pitié, il l'amène à faire de bonnes œuvres, et celui qu'il endurcit, il le laisse faire de mauvaises œuvres ; mais cette miséricorde est accordée au mérite préalable de la foi, et cet endurcissement s'applique à l'iniquité préalable. » Et cela est bien vrai. Mais il aurait fallu se demander si le mérite de la foi ne provient pas de la miséricorde de Dieu, c'est-à-dire si cette miséricorde se manifeste en l'homme uniquement parce qu'il est croyant, ou si elle se manifeste aussi afin qu'il puisse croire. Car nous lisons dans les paroles de l'apôtre : « J'ai obtenu miséricorde pour être croyant » [1 Corinthiens 7.25]. Il ne dit pas : « Parce que j'étais croyant. » Par conséquent, bien que la miséricorde soit accordée au croyant, elle lui est aussi accordée afin qu'il puisse croire. C'est pourquoi, ailleurs dans le même livre, j'ai dit très justement : « Car si c'est par la miséricorde de Dieu, et non par les œuvres, que nous sommes appelés à croire, et qu'il nous est donné, à nous qui croyons, de faire le bien, alors il ne faut pas refuser la miséricorde aux païens » – bien que j'aie alors moins insisté sur cet appel donné selon le dessein de Dieu.Ou bien est-il aussi manifesté qu'il puisse être croyant ? Car nous lisons dans les paroles de l'apôtre : « J'ai obtenu miséricorde pour être croyant. » [1 Corinthiens 7.25]. Il ne dit pas : « Parce que j'étais croyant. » Par conséquent, bien que cela soit donné au croyant, il lui a aussi été donné d'être croyant. C'est pourquoi, ailleurs dans le même livre, j'ai dit très justement : « Car si c'est par la miséricorde de Dieu, et non par les œuvres, que nous sommes appelés à croire, et qu'il nous est donné, à nous qui croyons, de faire de bonnes œuvres, il ne faut pas refuser la miséricorde aux païens » ; bien que j'aie alors moins insisté sur cet appel donné selon le dessein de Dieu. Ou bien est-il aussi manifesté qu'il puisse être croyant ? Car nous lisons dans les paroles de l'apôtre : « J'ai obtenu miséricorde pour être croyant. » [1 Corinthiens 7.25]. Il ne dit pas : « Parce que j'étais croyant. » Par conséquent, bien que cela soit donné au croyant, il lui a aussi été donné d'être croyant. C'est pourquoi, ailleurs dans le même livre, j'ai dit très justement : « Car si c'est par la miséricorde de Dieu, et non par les œuvres, que nous sommes appelés à croire, et qu'il nous est donné, à nous qui croyons, de faire de bonnes œuvres, il ne faut pas refuser la miséricorde aux païens » ; bien que j'aie alors moins insisté sur cet appel donné selon le dessein de Dieu.8

 

CHAP. 8

[IV.]—CE QU'AUGUSTIN ÉCRIVAIT À SIMPLICIANUS, LE SUCCESSEUR D'AMBROSE, ÉVÊQUE DE MILAN.

Vous voyez clairement quelle était alors mon opinion concernant la foi et les œuvres, bien que je m'efforçais de vanter la grâce de Dieu ; et je constate que nos frères partagent encore cette opinion aujourd'hui, car ils n'ont pas pris autant de soin à progresser avec moi dans mes écrits qu'ils en ont pris à les lire. Car s'ils l'avaient fait, ils auraient trouvé cette question résolue selon la vérité des Saintes Écritures dans le premier livre des deux que j'ai écrits au tout début de mon épiscopat à Simplicianus, de bienheureuse mémoire, évêque de l'Église de Milan et successeur d'Ambroise. À moins, peut-être, qu'ils n'aient pas connu ces livres ; auquel cas, veillez à ce qu'ils les connaissent. J'ai parlé pour la première fois de ce premier livre dans le second livre des Rétractations. Voici ce que j'ai dit : « Parmi les livres auxquels j'ai travaillé comme évêque, les deux premiers sont adressés à Simplicianus, président de l'Église de Milan, qui succéda au bienheureux Ambroise. Ils traitent de diverses questions, dont deux sont rassemblées dans le premier livre, tirées de l'Épître de Paul aux Romains. La première concerne ce qui est écrit : « Que dirons-nous donc ? La loi est-elle péché ? Certainement pas ! » [Rom. 7.7], jusqu'au passage où il dit : « Qui me délivrera de ce corps de mort ? La grâce de Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur. » » [Rom. 7.24.] J'y ai commenté ces paroles de l'apôtre : « La loi est spirituelle, mais moi je suis charnel », [Rom. 7.14.] et d'autres passages où la chair est présentée comme étant en conflit avec l'Esprit, comme si l'on décrivait un homme encore sous la loi, et non encore établi sous la grâce. Car, bien plus tard, j'ai compris que ces paroles pouvaient même être (et l'étaient probablement) celles d'un homme spirituel. La dernière question de ce livre est tirée du passage où l'apôtre dit : « Et non seulement cela, mais aussi Rebecca conçut d'un seul acte, de notre père Isaac », [Rom. 9.10.], jusqu'au passage où il dit : « Si le Seigneur des armées ne nous avait pas laissé une descendance, nous serions comme Sodome, nous serions semblables à Gomorrhe. » [Rom. 9.29.] Dans la résolution de cette question, j'ai certes œuvré en faveur du libre arbitre humain, mais la grâce de Dieu a triomphé, et je n'ai pu qu'atteindre le point où l'apôtre semble avoir dit avec la plus grande vérité : « Car qui te distingue ? Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifies-tu comme si tu ne l'avais pas reçu ? » [1 Cor. 4.7.] C'est aussi ce que le martyr Cyprien a voulu souligner lorsqu'il l'a résumé en ce titre : « Nous ne devons nous glorifier de rien, puisque rien ne nous appartient. » 9C’est pourquoi j’ai dit précédemment que c’est principalement grâce à ce témoignage apostolique que j’avais été convaincu, alors que je pensais autrement à ce sujet ; et Dieu me l’a révélé tandis que je cherchais à résoudre cette question, lorsque j’écrivais, comme je l’ai dit, à l’évêque Simplicianus. Ce témoignage de l’apôtre, lorsqu’il dit, pour réprimer l’orgueil de l’homme : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » [1 Corinthiens 4.7], ne permet donc à aucun croyant de dire : « J’ai la foi que je n’ai pas reçue. » Toute l’arrogance de cette réponse est absolument réfutée par ces paroles apostoliques. De plus, il est même impossible de dire : « Bien que ma foi ne soit pas parfaite, j’en ai le commencement, par lequel j’ai d’abord cru en Christ. » Car ici aussi, la réponse est : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu ? »

 

CHAP. 9

[V.]—LE BUT DE L'APÔTRE DANS CES PAROLES.

L’idée, cependant, qu’ils entretiennent, « que ces paroles, “Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?”, ne peuvent être dites de cette foi, parce qu’elle est restée dans la même nature, bien que corrompue, qui était à l’origine saine et parfaite », ¹⁰On perçoit que ces paroles n'ont aucune force dans le but recherché, si l'on considère les raisons pour lesquelles l'apôtre les a prononcées. Car il était soucieux que personne ne se glorifie de l'homme, des dissensions étant apparues parmi les Corinthiens, chacun disant : « Moi, je suis de Paul », un autre : « Moi, je suis d'Apollos », un autre : « Moi, je suis de Céphas » [1 Cor. 1.12]. Il poursuivit en disant : « Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages ; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes ; Dieu a choisi les choses viles du monde, les choses méprisables, celles qui ne sont rien, pour réduire à néant celles qui existent, afin que nul ne se glorifie devant Dieu » [1 Cor. 1.27]. L'intention de l'apôtre est ici sans équivoque : s'opposer à l'orgueil humain et que nul ne se glorifie de l'homme, et donc que nul ne se glorifie de lui-même. Enfin, après avoir dit « que nul ne se glorifie devant Dieu », afin de montrer en quoi l’homme doit se glorifier, il ajouta aussitôt : « C’est par lui que vous êtes en Jésus-Christ, qui est devenu pour nous sagesse de la part de Dieu, justice, sanctification et rédemption, afin que, selon ce qui est écrit : Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur. » [1 Cor. 1.30.] Son intention se poursuivit jusqu'à ce qu'il les réprimande en disant : « Car vous êtes encore charnels ; puisque vous avez parmi vous de l'envie et des querelles, n'êtes-vous pas charnels, et ne vous comportez-vous pas comme les hommes ? L'un dit : "Moi, je suis de Paul", et l'autre : "Moi, je suis d'Apollos". N'êtes-vous pas des hommes ? Qu'est-ce donc qu'Apollos, et qui est Paul ? Ce sont des ministres par qui vous avez cru ; à chacun selon ce que le Seigneur a donné. J'ai planté, et Apollos a arrosé ; mais c'est Dieu qui a fait croître. Ainsi, celui qui plante n'est rien, ni celui qui arrose, mais Dieu qui fait croître. » [1 Cor. 3.3 et suivants] Ne voyez-vous pas que le seul but de l'apôtre est que l'homme soit abaissé, et Dieu seul exalté ? En effet, pour tout ce qui est planté et arrosé, il affirme que ni celui qui plante ni celui qui arrose ne sont rien, mais Dieu qui donne la croissance. Le fait même que l'un plante et l'autre arrose, il ne les attribue pas à eux-mêmes, mais à Dieu, lorsqu'il dit : « À chacun selon ce que le Seigneur a donné ; j'ai planté, Apollos a arrosé. » C'est pourquoi, persévérant dans la même intention, il en vient à dire : « Que personne donc ne se glorifie en l'homme » [1 Cor. 3.21], car il avait déjà dit : « Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur. » Après ces points et quelques autres qui s'y rattachent, sa même intention se poursuit dans ces paroles : « Frères, j'ai appliqué ces choses à moi-même et à Apollos, par une figure de style, afin que vous appreniez par notre exemple que nul ne s'enorgueillisse contre l'autre, au-delà de ce qui est écrit. Car qui te divise ? Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? Si tu l'as reçu, Pourquoi te glorifies-tu comme si tu ne l'avais pas reçu ? [1 Cor. 4.6.]

 

CHAP. 10.

—C'EST LA GRÂCE DE DIEU QUI DISTINGUE PARTICULIÈREMENT UN HOMME D'UN AUTRE.

Dans ce passage où l'apôtre exprime clairement son intention, en s'élevant contre l'orgueil humain afin que nul ne se glorifie en l'homme mais en Dieu, il me semble absurde de supposer que Dieu puisse parler de dons naturels, qu'il s'agisse de la nature humaine entière et parfaite, telle qu'elle lui fut donnée à l'origine, ou des vestiges, quels qu'ils soient, de sa nature dégradée. Car est-ce par de tels dons, communs à tous les hommes, que les hommes se distinguent les uns des autres ? Or, il dit d'abord: « Qui te distingue ? » puis ajoute: « Et toi, qu'as-tu que tu n'aies reçu ? » Car un homme, orgueilleux face à un autre, pourrait dire: « Ma foi me distingue », ou « Ma justice », ou toute autre chose de ce genre. En réponse à de telles idées, le bon maître dit: « Et toi, qu'as-tu que tu n'aies reçu ? » Et de qui sinon de Celui qui te distingue des autres, à qui Il n'a pas donné ce qu'Il t'a donné ? « Or, si tu l'as reçu, dit-il, pourquoi te glorifies-tu comme si tu ne l'avais pas reçu ? » Se soucie-t-il, je vous le demande, d'autre chose que de dire que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur ? Or, rien n'est plus contraire à ce sentiment que de se glorifier de ses propres mérites comme s'il les avait acquis par lui-même, et non par la grâce de Dieu – une grâce qui, pourtant, distingue les bons des méchants et n'est pas commune aux bons comme aux méchants. Que la grâce qui fait de nous des êtres vivants et raisonnables, et qui nous distingue du bétail, soit attribuée à la nature ; que celle qui, parmi les hommes, distingue les beaux des laids, ou les intelligents des stupides, ou toute autre chose de ce genre, soit également attribuée à la nature. Mais celui que l'apôtre réprimandait ne s'enorgueillissait pas, par opposition au bétail, ni par opposition à tout autre homme, en raison d'un quelconque don naturel que l'on pourrait trouver même chez le pire des hommes. Mais il s'attribuait, et non à Dieu, un don précieux lié à une vie sainte, et il s'en enorgueillissait. lorsqu'il méritait d'entendre la réprimande : « Qui t'a empêché de croire ? Qu'as-tu que tu n'aies pas reçu ? » Car si la capacité d'avoir la foi est innée, est-il aussi inné de la posséder ? « Car tous les hommes n'ont pas la foi » [2 Thessaloniciens 3.2], bien que tous les hommes aient la capacité d'avoir la foi. Mais l'apôtre ne dit pas : « Qu'as-tu la capacité d'avoir, cette capacité d'avoir que tu n'as pas reçue ? », mais il dit : « Qu'as-tu que tu n'as pas reçu ? » Par conséquent, la capacité d'avoir la foi, 11La capacité d'aimer est inhérente à la nature humaine ; mais la foi, tout comme l'amour, est une grâce accordée aux croyants. Cette nature, qui nous confère la capacité d'avoir la foi, ne distingue donc pas les hommes les uns des autres, mais la foi elle-même différencie le croyant de l'incroyant. Ainsi, lorsqu'il est dit : « Car qui te distingue ? Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? », si quelqu'un ose répondre : « J'ai la foi par moi-même, je ne l'ai donc pas reçue », il contredit frontalement cette vérité manifeste, non pas parce que croire ou ne pas croire ne relève pas de la volonté humaine, mais parce que chez les élus, la volonté est préparée par le Seigneur. De plus, le passage : « Car qui te distingue ? Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? » se réfère précisément à cette foi qui réside dans la volonté de l'homme.

 

CHAP. 11

[VI.]—QUE CERTAINS HOMMES SONT ÉLUS EST PAR LA MISÉRICORDE DE DIEU.

« Beaucoup entendent la parole de vérité ; mais certains croient, tandis que d’autres contredisent. Les premiers veulent croire, les seconds ne veulent pas. » Qui ne le sait pas ? Qui peut le nier ? Or, puisque chez certains la volonté est préparée par le Seigneur, et chez d’autres elle ne l’est pas, nous devons assurément pouvoir distinguer ce qui vient de la miséricorde de Dieu et ce qui vient de son jugement. « Ce qu’Israël recherchait, dit l’apôtre, il ne l’a pas obtenu, mais l’élection l’a obtenu ; et les autres ont été aveuglés, comme il est écrit : Dieu leur a donné un esprit de contrition, des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre, jusqu’à ce jour. Et David dit : Que leur table devienne un piège, un châtiment et une pierre d’achoppement pour eux ; que leurs yeux s’obscurcissent, afin qu’ils ne voient pas ; et qu’ils courbent toujours le dos. » [Rom. 11.7.] Ici réside la miséricorde et le jugement : la miséricorde envers les élus qui ont obtenu la justice de Dieu, et le jugement envers les autres qui ont été aveuglés. Or, les premiers, parce qu’ils l’ont voulu, ont cru ; les seconds, parce qu’ils ne l’ont pas voulu, n’ont pas cru. Ainsi donc, la miséricorde et le jugement se manifestaient dans les volontés elles-mêmes. Assurément, une telle élection est une grâce, et non le fruit des mérites. Car il avait été dit auparavant : « C’est pourquoi, même dans ce temps-ci, le reste est sauvé par l’élection de la grâce. Et si c’est par grâce, ce n’est plus par les œuvres ; autrement la grâce ne serait plus la grâce. » [Rom. 11.5.] Par conséquent, les élus ont obtenu ce qu’ils ont obtenu gratuitement ; rien de ce qu’ils auraient pu donner auparavant, et qui leur aurait été donné de nouveau, ne l’a précédé. Il les a sauvés pour rien. Mais pour les autres qui ont été aveuglés, comme cela est clairement déclaré, ce fut en récompense. « Tous les chemins du Seigneur sont miséricorde et vérité. » [Psaume 25.10.] Mais ses voies sont insondables. Aussi, la miséricorde par laquelle il délivre gratuitement et la vérité par laquelle il juge avec justice sont également insondables.

 

CHAP. 12

[VII.]—POURQUOI L'APÔTRE A DIT QUE NOUS SOMMES JUSTIFIÉS PAR LA FOI ET NON PAR LES ŒUVRES.

On pourrait toutefois dire : « L’apôtre distingue la foi des œuvres ; il affirme, certes, que la grâce ne provient pas des œuvres, mais il ne dit pas qu’elle ne provient pas de la foi. » Cela est vrai. Or, Jésus déclare que la foi elle-même est l’œuvre de Dieu et nous ordonne de la pratiquer. Car les Juifs lui demandèrent : « Que devons-nous faire pour accomplir l’œuvre de Dieu ? » Jésus leur répondit : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. » [Jean 6.28]. L’apôtre distingue donc la foi des œuvres, tout comme Juda est distingué d’Israël dans les deux royaumes hébreux, bien que Juda soit Israël. Et il affirme que l’homme est justifié par la foi et non par les œuvres, car la foi est le premier don, duquel découlent d’autres choses, qualifiées d’œuvres, par lesquelles l’homme peut vivre dans la justice. Car il dit lui-même : « C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » [Éph. 2.8]. Autrement dit : « Et en disant “par la foi”, il faut savoir que la foi elle-même ne vient pas de vous, mais est un don de Dieu. » « Ce n’est point par les œuvres », dit-il, « afin que personne ne s’élève. » Car on dit souvent : « Il méritait de croire, car c’était un homme bon avant même de croire. » Ce qui peut être dit de Corneille [Actes 10], puisque ses aumônes furent acceptées et ses prières exaucées avant même qu’il n’ait cru au Christ ; et pourtant, sans une certaine foi, il ne donna ni ne pria. Car comment aurait-il pu invoquer celui en qui il n’avait pas cru ? Mais s’il avait pu être sauvé sans la foi du Christ, l’apôtre Pierre n’aurait pas été envoyé comme architecte pour le reconstruire ; bien que, « Si le Seigneur ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain. » [Psaume 127.1.] Et il nous est dit : « La foi vient de nous-mêmes ; le reste, ce qui concerne les œuvres de justice, vient du Seigneur », comme si la foi n’appartenait pas à l’édifice, comme si, dis-je, les fondations n’appartenaient pas à l’édifice. Mais si cela lui appartient en premier lieu et surtout, celui qui cherche à édifier la foi par la prédication travaille en vain, à moins que le Seigneur, dans sa miséricorde, ne l’édifie de l’intérieur. Par conséquent, toutes les bonnes œuvres que Corneille a accomplies, avant, pendant et après sa conversion, doivent être attribuées à Dieu, de peur que quiconque ne s’enorgueillisse.

 

CHAP. 13

[VIII.]—L'EFFET DE LA GRÂCE DIVINE.

Ainsi, notre seul Maître et Seigneur lui-même, après avoir dit ce que j'ai mentionné plus haut : « L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé », dit un peu plus loin dans ce même discours : « Je vous l'ai dit, vous aussi vous m'avez vu et vous n'avez pas cru. Tous ceux que le Père me donne viendront à moi. » [Jean 6.36]. Que signifie « viendront à moi » au lieu de « croiront en moi » ? Mais c'est un don du Père que cela soit possible. De plus, peu après, il dit : « Ne murmurez pas entre vous. Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire ; et je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : « Tous seront instruits. »de Dieu. Quiconque a entendu parler du Père et a reçu son enseignement vient à moi. [Jean 6.43.] Que signifie : « Quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi », sinon qu’il n’y a personne qui, ayant entendu le Père et reçu son enseignement, ne vienne à moi ? Car si quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi, assurément quiconque ne vient pas n’a pas entendu le Père ; car s’il avait entendu et reçu son enseignement, il viendrait. En effet, personne n’a entendu et reçu son enseignement sans venir ; mais quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient, comme le déclare la Vérité. Cet enseignement, par lequel le Père est entendu et enseigne à venir au Fils, est bien éloigné des sens de la chair. Le Fils lui-même y est engagé, car il est sa Parole par laquelle il enseigne ainsi ; et il ne le fait pas par l’oreille de la chair, mais par le cœur. L’Esprit du Père et du Fils y est également engagé ; et lui aussi enseigne, et n’enseigne pas séparément, puisque Nous avons appris que les actions de la Trinité sont indissociables. Et il s'agit assurément du même Esprit Saint dont l'apôtre dit : « Nous aussi, nous avons le même Esprit de foi. » [2 Cor. 4.13.] Mais cela est surtout attribué au Père, car c'est de Lui qu'est né le Fils unique, et c'est de Lui que procède le Saint-Esprit. Il serait fastidieux de développer davantage ce point ; et je pense que mon ouvrage en quinze livres sur la Trinité qu'est Dieu vous est déjà parvenu. Cette instruction par laquelle Dieu est entendu et enseigne est, dis-je, bien éloignée des sens de la chair. Nous voyons que beaucoup viennent au Fils parce que beaucoup croient au Christ, mais nous ignorons quand et comment ils ont entendu cela du Père et comment ils l'ont appris. Il est vrai que cette grâce est extrêmement secrète, mais qui doute qu'il s'agisse de grâce ? Cette grâce, donc, qui est secrètement accordée dans les cœurs humains par le don divin, n'est rejetée par aucun cœur endurci, car elle est donnée afin d'abord d'ôter la dureté du cœur. Lorsque donc le Père est entendu au fond de soi et enseigne, de sorte qu'un homme vient au Fils, il enlève le cœur de pierre et donne un cœur de chair, comme dans le Déclaration du prophète : Il l'a promis. Car Il fait d'eux des enfants et des vases de miséricorde qu'Il a préparés pour la gloire.

 

CHAP. 14.

—POURQUOI LE PÈRE N’ENSEIGNE PAS À TOUS AFIN QU’ILS VIENNENT AU CHRIST.

Pourquoi donc n’enseigne-t-il pas à tous afin qu’ils viennent à Christ, sinon parce que tous ceux qu’il enseigne, il les enseigne par miséricorde, et ceux qu’il n’enseigne pas, il ne les enseigne pas par jugement ? Puisque : « Il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. » [Romains 9.18]. Mais il fait miséricorde lorsqu’il donne de bonnes choses. Il endurcit lorsqu’il rend la pareille. Ou si, comme certains préfèrent les distinguer, ces paroles sont aussi les siennes lorsque l’apôtre dit : « Tu me dis donc : », de sorte qu’on puisse considérer qu’il a dit : « C’est pourquoi il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut », ainsi que celles qui suivent, à savoir : « De quoi se plaint-on encore ? Car qui résiste à sa volonté ? », l’apôtre répond-il : « Ô homme, ce que tu as dit est faux » ? Non ; Mais il dit : « Ô homme, qui es-tu pour contester avec Dieu ? L’objet façonné dit-il à celui qui l’a façonné : Pourquoi m’as-tu fait ainsi ? Le potier n’a-t-il pas autorité sur l’argile issue de la même masse ? » [Romains 9.28 et suivants] et la suite, que vous connaissez bien. Pourtant, d’une certaine manière, le Père enseigne à tous les hommes à venir à son Fils. Car ce n’est pas en vain qu’il a été écrit dans les prophètes : « Et tous seront instruits de Dieu. » [Jean 6.45] Et après avoir lui aussi établi ce témoignage, il ajouta : « Quiconque a entendu parler du Père et a reçu son enseignement vient à moi. » De même que nous parlons à juste titre lorsque nous disons, au sujet d'un professeur de littérature qui est seul dans une ville : « Il enseigne ici la littérature à tous », non pas que tous les hommes apprennent, mais qu'il n'y a personne qui apprenne la littérature là-bas sans apprendre de lui, de même nous disons à juste titre que Dieu enseigne à tous les hommes à venir au Christ, non pas parce que tous viennent, mais parce que nul ne vient autrement. Et pourquoi il n'enseigne pas à tous les hommes, l'apôtre l'a expliqué, dans la mesure où il estimait que cela devait être expliqué : « Voulant manifester sa colère et montrer sa puissance, il a supporté avec une grande patience des vases de colère, préparés pour la perdition, afin de faire connaître la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde qu'il a préparés pour la gloire. » [Romains 9.22]. C'est pourquoi « la parole de la croix est une folie pour ceux qui périssent ; mais pour ceux qui sont sauvés, elle est la puissance de Dieu. » [1 Corinthiens 19.23]. 1.18.] Dieu enseigne à tous ceux qui sont ainsi amenés au Christ, car Il veut que tous soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Et s'Il avait voulu enseigner à ceux pour qui la parole de la croix est une folie de venir au Christ, ceux-ci seraient venus sans aucun doute aussi. Car Il ne trompe ni n'est trompé lorsqu'Il dit : « Quiconque a entendu parler du Père et a reçu son enseignement vient à moi. » N'allez donc pas croire que quelqu'un qui a entendu parler du Père et a reçu son enseignement ne vienne pas à moi.

 

CHAP. 15.

—CE SONT LES CROYANTS QUI SONT INSTRUCTIONS DE DIEU.

« Pourquoi, disent-ils, n’enseigne-t-il pas à tous les hommes ? » Si nous répondons que ceux qu’il n’enseigne pas refusent d’apprendre, on nous rétorque : « Que devient alors ce qu’on lui dit : “Ô Dieu, ramène-nous, et redonne-nous la vie” ? » [Psaume 80.7]. Ou encore, si Dieu ne rend pas disposés ceux qui ne le sont pas, sur quel principe l’Église prie-t-elle, selon le commandement du Seigneur, pour ses persécuteurs ? Car c’est ainsi que le bienheureux Cyprien [ 14 ] voulait aussi qu’on comprenne que nous disons : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », c’est-à-dire que, comme pour ceux qui ont déjà cru et qui sont, pour ainsi dire, le ciel, ainsi en est-il pour ceux qui ne croient pas et qui, de ce fait, sont encore la terre. Que demandons-nous donc dans nos prières pour ceux qui refusent de croire, sinon pour que Dieu agisse en eux afin qu’ils le veuillent ? L’apôtre dit d’ailleurs : « Frères, le bon désir de mon cœur et ma prière à Dieu pour eux, c’est leur salut. » [Romains 10.1]. Il prie pour ceux qui ne croient pas – pour quoi donc, sinon pour qu’ils croient ? Car c’est le seul moyen d’obtenir le salut. Si la foi de ceux qui prient précède la grâce de Dieu, la foi de ceux pour qui l’on prie, afin qu’ils croient, précède-t-elle aussi la grâce de Dieu ? – puisque c’est précisément ce qui est demandé pour eux : que la foi elle-même soit accordée à ceux qui ne croient pas, c’est-à-dire à ceux qui n’ont pas la foi. Lorsque l’Évangile est prêché, certains croient, d’autres ne croient pas ; mais ceux qui croient à la voix du prédicateur qui vient du dehors entendent la voix du Père qui vient du fond du cœur, et ils reçoivent son enseignement. Tandis que ceux qui ne croient pas, entendent extérieurement, mais intérieurement n'écoutent ni n'apprennent ; c'est-à-dire qu'il est donné aux premiers de croire, mais pas aux seconds. Car « nul ne vient à moi, dit-il, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire » [Jean 6.44]. Et cela est dit plus clairement par la suite. Car peu de temps après, alors qu'il parlait de manger sa chair et de boire son sang, quelques-uns de ses disciples dirent : « Cette parole est dure ; qui peut l'entendre ? » Jésus, sachant en lui-même que ses disciples murmuraient à ce sujet, leur dit : Cela vous scandalise-t-il ? [Jean 6.60 et suivants]. Et peu après, il dit : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie ; mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » [Jean 6.63 et suivants] Et aussitôt l’évangéliste dit : « Car Jésus savait dès le commencement qui étaient les croyants, et qui le trahirait ; et il dit : C’est pourquoi je vous ai dit que nul ne peut venir à moi si cela ne lui est donné par mon Père. » Ainsi, être attiré à Christ par le Père, et écouter et recevoir son enseignement afin de venir à Christ, c’est recevoir du Père le don de croire en Christ. Car ce ne sont pas ceux qui ont entendu l’Évangile qui se sont distingués de ceux qui n’ont pas entendu, mais les croyants de ceux qui n’ont pas cru, par celui qui a dit : « Nul ne vient à moi si cela ne lui est donné par mon Père. »

 

CHAP. 16.

—POURQUOI LE DON DE LA FOI N'EST PAS DONNÉ À TOUS.

La foi, donc, tant à son commencement qu'à son accomplissement, est un don de Dieu ; et que nul n'en doute, à moins de vouloir s'opposer aux Écritures saintes les plus claires, que ce don est accordé à certains et non à d'autres. Mais la raison pour laquelle il n'est pas accordé à tous ne doit pas troubler le croyant, qui croit que tous sont tombés d'un seul et même péché, et que cette condamnation est sans aucun doute la plus juste ; de sorte que même si nul n'en était délivré, il n'y aurait aucune raison valable de blâmer Dieu. Il est donc clair que c'est une grande grâce pour beaucoup d'être délivrés, et de reconnaître chez ceux qui ne le sont pas ce qui leur serait dû ; afin que celui qui se glorifie ne se glorifie pas de ses propres mérites, qu'il voit égalés chez les condamnés, mais du Seigneur. Mais pourquoi Il délivre l'un plutôt que l'autre ? — « Ses jugements sont insondables, et ses voies impénétrables. » [Rom. 16:18] 11.33.] Car il vaut mieux, dans ce cas, entendre ou dire : « Homme, qui es-tu pour contester avec Dieu ? » [Rom. 9.20.] plutôt que d’oser parler comme si nous pouvions savoir ce qu’il a choisi de garder secret. Puisque, de plus, il ne saurait vouloir l’injustice.

 

CHAP. 17

[IX.]—SON ARGUMENT DANS SA LETTRE CONTRE LA PORPHYRIE, SUR LA RAISON POUR LAQUELLE L'ÉVANGILE EST PARU SI TARD DANS LE MONDE.

Mais ce dont vous vous souvenez, c'est que j'ai dit dans un certain petit traité que j'ai écrit contre Porphyre, sous le titre Le Temps de la religion chrétienne, J’ai dit cela pour éviter d’aborder plus longuement et plus en détail la question de la grâce ; bien que sa signification, qui pourrait être développée ailleurs ou par d’autres, n’ait pas été totalement omise, même si je n’avais pas voulu l’expliquer à cet endroit. Car, entre autres choses, j'ai répondu ainsi à la question posée de savoir pourquoi le Christ est venu si tard : « Par conséquent, je dis, puisqu'ils n'objectent pas au Christ que tous ne suivent pas son enseignement (car ils reconnaissent eux-mêmes que cela ne saurait être contesté, ni à la sagesse des philosophes, ni même à la divinité de leurs propres dieux), que répondront-ils si – laissant de côté cette profondeur de la sagesse et de la science divines où se cache peut-être un dessein divin bien plus secret, sans préjuger d'autres causes que les sages ne peuvent discerner – nous leur disons seulement ceci, par souci de concision : le Christ a voulu apparaître aux hommes et que sa doctrine soit prêchée parmi eux, au moment et à l'endroit où il savait que certains croiraient en lui. Car, en ces temps et en ces lieux où son Évangile n'était pas encore proclamé, il savait d'avance que tous seraient à sa prédication. » Nombreux furent ceux qui, non pas tous, mais beaucoup qui, en sa présence corporelle, refusèrent de croire en lui, même après la résurrection des morts par lui ; tels sont ceux que nous voyons aujourd'hui, nombreux à qui, bien que les déclarations des prophètes à son sujet soient accomplies par de telles manifestations, ils persistent à refuser de croire et préfèrent résister par leur ruse humaine plutôt que de se soumettre à l'autorité divine si claire, si limpide, si élevée et si sublimement manifestée, tant que l'entendement humain demeure limité et faible face à la vérité divine. Dès lors, comment s'étonner que le Christ ait su, dans les siècles passés, que le monde était si rempli d'incrédules qu'il ait raisonnablement refusé d'apparaître ou de se faire prêcher à ceux qui, comme il le savait d'avance, ne croiraient ni à ses paroles ni à ses miracles ? Car il n'est pas incroyable que tous, à cette époque, aient été ainsi ; depuis sa venue jusqu'à nos jours, nous nous étonnons de voir tant d'incrédules. Et pourtant, depuis le commencement de l'humanité, tantôt plus sournoisement, tantôt plus manifestement, selon ce que la Divine Providence jugeait opportun, il y a eu… Il n'y eut ni échec de la prophétie, ni manque de ceux qui crurent en Lui ; aussi bien d'Adam à Moïse que parmi le peuple d'Israël lui-même, qui, par un mystère particulier, était un peuple prophétique ; et parmi d'autres nations avant même sa venue en chair. Car si certains sont mentionnés dans les livres hébraïques sacrés, dès l'époque d'Abraham – ni de sa lignée, ni du peuple d'Israël, ni de la communauté étrangère parmi le peuple d'Israël – qui, néanmoins, participèrent à leur sacrement, comment ne pas croire qu'il y en eut d'autres ailleurs, parmi d'autres peuples, ici et là ?Bien que nous n'en trouvions aucune mention dans les mêmes sources ? Ainsi, le salut de cette religion, par lequel seul le vrai salut est véritablement promis, n'a jamais fait défaut à celui qui en était digne ; et celui à qui il a fait défaut n'en était pas digne. Et depuis le commencement de la propagation de l'humanité jusqu'à la fin, l'Évangile est prêché, aux uns pour une récompense, aux autres pour le jugement ; et ainsi, ceux à qui la foi n'a pas été annoncée étaient connus d'avance comme ceux qui ne croiraient pas ; et ceux à qui elle a été annoncée, bien qu'ils ne fussent pas de ceux qui croiraient, sont donnés en exemple aux premiers ; tandis que ceux à qui elle est annoncée et qui doivent croire sont préparés pour le royaume des cieux et la compagnie des saints anges.15

 

CHAP. 18.

—L'ARGUMENT PRÉCÉDENT APPLIQUÉ AU MOMENT PRÉSENT.

Ne voyez-vous pas que mon désir était, sans aucun préjugé quant au dessein caché de Dieu, ni pour d'autres raisons, de dire ce qui semblait suffisant concernant la prescience du Christ, afin de convaincre les païens incrédules qui avaient soulevé cette question ? Car quoi de plus vrai que le Christ savait d'avance qui croirait en lui, et à quel moment et en quel lieu ? Mais quant à savoir s'ils devaient avoir la foi par eux-mêmes, ou s'ils la recevraient par don de Dieu – autrement dit, si Dieu les connaissait seulement d'avance, ou s'il les avait aussi prédestinés –, je n'ai pas jugé nécessaire à ce moment-là de m'enquérir de la question ni d'en discuter. Par conséquent, ce que j'ai dit, « que le Christ voulait apparaître aux hommes à cette époque et que sa doctrine devait être prêchée parmi eux, sachant et où il savait qu'il y avait des gens qui croiraient en lui », peut aussi se dire ainsi : « Que le Christ voulait apparaître aux hommes à cette époque et que son Évangile soit prêché parmi ceux qu'il savait et où il savait qu'il y avait des gens qui avaient été élus en lui avant la fondation du monde. » Mais comme, si l'on disait cela, le lecteur serait tenté de poser des questions sur les points qui, à présent, doivent nécessairement être abordés avec plus d'approfondissement et de rigueur, compte tenu de la mise en garde contre les erreurs pélagiennes, il m'a semblé qu'il convenait de se contenter de dire brièvement ce qui suffisait à l'époque, laissant de côté, comme je l'ai dit, la profondeur de la sagesse et de la connaissance de Dieu, et sans préjuger d'autres raisons, sur lesquelles il me semblait plus opportun de débattre non pas alors, mais ultérieurement.

 

CHAP. 19

[X.]—EN QUEL ÉGARD LA PRÉDESTINATION ET LA GRÂCE DIFFÈRENT.

De plus, ce que j'ai dit : « Que le salut de cette religion n'a jamais manqué à celui qui en était digne, et que celui à qui il manquait n'en était pas digne », – si l'on en discute et que l'on se demande d'où peut venir la dignité humaine, nombreux sont ceux qui répondent : par la volonté humaine. Mais nous disons : par la grâce divine, ou prédestination. Par ailleurs, la seule différence entre la grâce et la prédestination est que la prédestination prépare à la grâce, tandis que la grâce est le don lui-même. Ainsi, lorsque l'apôtre dit : « Ce n'est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ par de bonnes œuvres » [Éph. 2.9,10], il s'agit de la grâce ; mais ce qui suit – « que Dieu a préparées, afin que nous les pratiquions » – relève de la prédestination, qui ne peut exister sans prescience, bien que la prescience puisse exister sans prédestination. Car Dieu connaissait d'avance, par prédestination, les choses qu'il allait accomplir, d'où il est dit : « Il a fait les choses qui doivent arriver » [Ésaïe 46.11]. De plus, il est capable de connaître d'avance même les choses qu'il ne fait pas lui-même, comme tous les péchés, quels qu'ils soient. Car, bien qu'il en existe qui soient en quelque sorte des péchés, au point d'être aussi la conséquence de leurs propres péchés, d'où il est dit : « Dieu les a livrés à un esprit réprouvé, pour faire des choses indignes » [Romains 1.28], ce n'est pas dans un tel cas le péché qui appartient à Dieu, mais le jugement. Par conséquent, la prédestination du bien par Dieu est, comme je l'ai dit, la préparation de la grâce ; et cette grâce est l'effet de cette prédestination. C'est pourquoi, lorsque Dieu a promis à Abraham, dans sa descendance, la foi des nations, en disant : « Je t'ai établi père d'une multitude de nations » [Genèse 1.28], il a fait de lui le père d'une multitude de nations. 17.5.] C’est pourquoi l’apôtre dit : « C’est donc par la foi que la promesse, selon la grâce, s’accomplissait pour toute la descendance » [Rom. 4.16]. Il n’a pas promis par la force de notre volonté, mais selon sa propre prédestination. Car il a promis ce qu’il ferait lui-même, et non ce que les hommes feraient. En effet, bien que les hommes accomplissent les bonnes œuvres qui se rapportent au culte de Dieu, c’est lui-même qui les pousse à faire ce qu’il a commandé ; ce ne sont pas eux qui le poussent à accomplir ce qu’il a promis. Autrement, l’accomplissement des promesses de Dieu ne dépendrait pas de sa puissance, mais de celle des hommes ; et ainsi, ce que Dieu a promis à Abraham lui aurait été donné par les hommes eux-mêmes. Abraham, cependant, ne crut pas ainsi, mais « il crut, rendant gloire à Dieu, que ce qu’il a promis, il est aussi capable de l’accomplir » [Rom. 4.21]. Il ne dit pas « pour prédire » – il ne dit pas « pour savoir d’avance » ; Car Il peut aussi prédire et connaître d'avance les actions des étrangers ; mais il dit : « Il est aussi capable d'agir » ; et ainsi il ne parle pas des actions des autres, mais des siennes propres.

 

CHAP. 20.

—DIEU A-T-IL PROMIS LES BONNES ŒUVRES DES NATIONS, ET NON LEUR FOI, À ABRAHAM ?

Dieu aurait-il promis à Abraham, par hasard, à sa descendance, les bonnes œuvres des nations, promettant ainsi ce qu'il accomplit lui-même, sans pour autant promettre la foi des païens, que les hommes acquièrent par eux-mêmes ? Mais, en promettant ce qu'il fait lui-même, savait-il d'avance que les hommes manifesteraient cette foi ? L'apôtre, en effet, ne parle pas ainsi, car Dieu a promis à Abraham des enfants qui suivraient les traces de sa foi, comme il l'affirme très clairement. Mais s'il a promis les œuvres, et non la foi des païens – car celles-ci ne sont bonnes que si elles sont le fruit de la foi (car « la vie juste vient de la foi » [Hab. 2.4], « Tout ce qui n'est pas de la foi est péché » [Rom. 14.23] et « Sans la foi, il est impossible de plaire » [Héb. 11.6]) –, il est néanmoins en pouvoir de l'homme que Dieu accomplisse sa promesse. Car si l'homme n'accomplit pas ce qui, sans le don de Dieu, lui appartient, il n'obtiendra pas de réponse divine, c'est-à-dire s'il n'a pas foi en lui-même. Dieu n'accomplit pas lui-même ce qu'il a promis, à savoir que les œuvres de justice lui sont données par Dieu. Ainsi, la capacité de Dieu à accomplir ses promesses ne dépend pas de lui, mais de l'homme. Et si ni la vérité ni la piété ne nous interdisent de le croire, croyons avec Abraham que ce qu'il a promis, il est aussi capable de l'accomplir. Mais il a promis une descendance à Abraham ; or, cela est impossible sans la foi, c'est pourquoi il donne aussi la foi.

 

CHAP. 21.

—IL EST ÉTONNANT QUE LES HOMMES PRÉFÈRENT SE FIER À LEUR PROPRE FAIBLESSE PLUTÔT QU'À LA FORCE DE DIEU.

Certes, lorsque l’apôtre dit : « C’est donc par la foi que la promesse s’accomplit selon la grâce » [Rom. 4.16], je m’étonne que les hommes préfèrent s’en remettre à leur propre faiblesse plutôt qu’à la force de la promesse de Dieu. Mais dis-tu: « La volonté de Dieu à mon égard m’est incertaine » ? Quoi donc ? Ta propre volonté à ton égard t’est-elle certaine ? Et ne crains-tu pas : « Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber » ? [1 Cor. 10.12] Puisque l’une et l’autre sont incertaines, pourquoi l’homme ne confie-t-il pas sa foi, son espérance et son amour à la volonté la plus forte plutôt qu’à la plus faible ?

 

CHAP. 22.

—LA PROMESSE DE DIEU EST SÛRE.

« Mais, disent-ils, lorsqu’il est dit : “Si tu crois, tu seras sauvé”, l’une de ces choses est requise, l’autre est offerte. Ce qui est requis est au pouvoir de l’homme, ce qui est offert est au pouvoir de Dieu. » 16 Pourquoi les deux ne sont-ils pas au pouvoir de Dieu, aussi bien ce qu’il commande que ce qu’il offre ? Car il est demandé de donner ce qu’il commande. Les croyants demandent que leur foi augmente ; ils demandent pour ceux qui ne croient pas que la foi leur soit donnée ; ainsi, tant dans son accroissement que dans son commencement, la foi est un don de Dieu. Mais il est dit ainsi : « Si tu crois, tu seras sauvé », de la même manière qu’il est dit : « Si par l’Esprit vous faites mourir les actions de la chair, vous vivrez. » [Rom. 8.13.] Car dans ce cas aussi, de ces deux choses, l’une est requise, l’autre est offerte. Il est dit : « Si par l’Esprit vous faites mourir les actions de la chair, vous vivrez. » Il nous est donc demandé de mortifier les œuvres de la chair, mais la vie nous est offerte. Est-il donc convenable de dire que mortifier les œuvres de la chair n'est pas un don de Dieu, et de ne pas le confesser comme tel, simplement parce que nous l'entendons nous demander, avec la vie offerte en récompense si nous l'accomplissons ? À bas cette idée, approuvée par ceux qui reçoivent et défendent la grâce ! C'est l'erreur condamnable des pélagiens, que l'apôtre fit aussitôt taire en ajoutant : « Car tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu » [Rom. 8.14]. Nous ne devions donc pas croire que nous mortifions les œuvres de la chair non par l'Esprit de Dieu, mais par le nôtre. Et de cet Esprit de Dieu, il parlait d'ailleurs en disant : « Toutes ces choses, c'est le même et unique Esprit qui les produit, distribuant à chacun ce qui lui appartient, comme il le veut. » [1 Cor. 12.11.] Et parmi toutes ces choses, comme vous le savez, il a aussi mentionné la foi. De même que la mortification des œuvres de la chair est un don de Dieu, et qu'elle nous est pourtant demandée, la vie nous étant offerte en récompense, de même la foi est un don de Dieu, bien que lorsqu'il est dit : « Si tu crois, tu seras sauvé », la foi nous soit demandée, et le salut nous soit offert en récompense. Car ces choses nous sont à la fois commandées et présentées comme des dons de Dieu, afin que nous comprenions que nous les accomplissons et que Dieu nous y incite, comme il le dit très clairement par le prophète Ézéchiel. Car quoi de plus clair que lorsqu'il dit : « Je vous ferai faire » ? [Ézéch. 36.27.] Prêtez attention à ce passage de l'Écriture, et vous verrez que Dieu promet qu'il les fera accomplir ce qu'il leur ordonne. Il ne reste certes pas silencieux quant aux mérites, mais aussi quant aux mauvaises actions de ceux à qui Il montre qu'Il rend le bien pour le mal, précisément en les incitant désormais à accomplir de bonnes œuvres, en leur faisant accomplir les commandements divins.

 

CHAP. 23

[XII]—ILLUSTRATIONS REMARQUABLES DE LA GRÂCE ET DE LA PRÉDESTINATION CHEZ LES ENFANTS ET EN CHRIST.

Mais tout ce raisonnement, par lequel nous affirmons que la grâce de Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur est véritablement grâce, c'est-à-dire qu'elle n'est pas accordée selon nos mérites, bien que cela soit clairement affirmé par le témoignage des déclarations divines, pose une difficulté, chez ceux qui pensent être privés de tout zèle pour la piété s'ils ne peuvent s'attribuer quelque chose qu'ils donnent d'abord pour en être récompensés, concernant la condition des adultes, qui exercent déjà leur libre arbitre. Mais lorsqu'il s'agit des nourrissons, et du Médiateur entre Dieu et les hommes lui-même, Jésus-Christ, il n'est plus question d'affirmer des mérites humains antérieurs à la grâce de Dieu, car les premiers ne se distinguent pas des autres par des mérites antérieurs qui justifieraient qu'ils appartiennent au Libérateur des hommes ; pas plus que lui-même, étant homme, n'est devenu Libérateur des hommes en vertu de mérites humains antérieurs.

 

CHAP. 24.

—QUE NUL N’EST JUGÉ SELON CE QU’IL AURAIT FAIT S’IL AVAIT VÉCU PLUS LONGTEMPS.

Qui peut entendre que des nourrissons, baptisés dès leur plus jeune âge, sont condamnés à quitter cette vie en raison de leurs mérites futurs, et que d'autres, non baptisés, sont condamnés à mourir au même âge parce que leurs mérites futurs sont connus d'avance ? Mais en réalité, Dieu ne récompense ni ne condamne en eux leur vie bonne ou mauvaise, mais ne leur accorde aucune vie ?L’apôtre, en effet, a fixé une limite que la suspicion imprudente de l’homme, pour le dire avec douceur, ne doit pas franchir, car il dit : « Nous comparaîtrons tous devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive selon ce qu’il aura fait par son corps, soit en bien, soit en mal. » [2 Cor. 5.10.] « Fait », dit-il ; et il n’ajoute pas : « ou aurait voulu faire ». Mais je ne sais d’où vient cette pensée qui pourrait venir à l’esprit de tels hommes, que les mérites futurs des enfants (qui ne se réaliseront pas) devraient être punis ou honorés. Mais pourquoi dit-on qu’un homme doit être jugé selon ce qu’il a fait par son corps, alors que beaucoup de choses sont faites par l’esprit seul, et non par le corps, ni par aucun de ses membres ? Et pour la plupart, des choses d'une telle importance qu'un châtiment tout à fait juste serait dû à de telles pensées, comme par exemple – sans parler d'autres – : « L'insensé dit en son cœur : Il n'y a point de Dieu » [Ps. 14.1]. Que signifie donc : « Selon ce qu'il a fait par le corps », sinon selon ce qu'il a fait pendant le temps où il était dans ce corps, de sorte que l'on puisse comprendre « par le corps » comme signifiant « durant toute la durée de la vie corporelle » ? Mais après la mort, nul ne retournera dans ce corps, si ce n'est lors de la résurrection finale, non pour faire valoir des mérites, mais pour recevoir la récompense des bonnes actions et subir le châtiment des mauvaises. Durant cette période intermédiaire entre la mort et la réincarnation, les âmes sont soit tourmentées, soit en paix, selon leurs actions durant leur vie corporelle. Et à cette période de la vie corporelle s'applique également ce que les pélagiens nient, mais que l'Église du Christ confesse : le péché originel. Selon que ce péché soit affranchi par la grâce de Dieu ou non par son jugement, lorsque les enfants meurent, ils passent, soit par le mérite de la régénération du mal au bien, soit par le mérite de leur origine mauvaise au mal. La foi catholique le reconnaît, et même certains hérétiques, sans contradiction, y souscrivent. Mais, au comble de l'étonnement, je ne parviens pas à comprendre comment des hommes, dont l'intelligence, comme vos lettres le montrent, n'est nullement méprisable, ont pu penser qu'un homme devait être jugé non selon les mérites qu'il a eus pendant sa vie terrestre, mais selon ceux qu'il aurait eus s'il avait vécu plus longtemps. Et je n'oserais croire à l'existence de tels hommes, si je pouvais me permettre de vous contredire. Mais j'espère que Dieu interviendra, afin que, lorsqu'ils seront avertis, ils comprennent aussitôt que si les péchés qui, comme on l'a dit, auraient dû être commis, peuvent à juste titre être punis par le jugement de Dieu chez ceux qui ne sont pas baptisés, ils peuvent aussi à juste titre être remis par la grâce de Dieu chez ceux qui sont baptisés.Car quiconque affirme que les péchés futurs ne peuvent être punis que par le jugement de Dieu, mais ne peuvent être pardonnés par sa miséricorde, devrait considérer le tort qu'il fait à Dieu et à sa grâce ; comme si le péché futur pouvait être connu d'avance et ne pouvait être évité.18 Et si cela paraît absurde, c’est une raison de plus pour accorder de l’aide à ceux qui seraient pécheurs s’ils vivaient plus longtemps, lorsqu’ils meurent prématurément, au moyen de cette cuve où les péchés sont lavés.

 

CHAP. 25

[XIII.]—IL EST POSSIBLE QUE LES ENFANTS BAPTISÉS SE SOIENT REPENTIS S'ILS AVAIENT VÉCU, ET LES NON BAPTISÉS NON.

Mais si, par hasard, ils prétendent que les péchés sont remis aux pénitents et que ceux qui meurent en bas âge ne sont pas baptisés parce qu'il est prévu qu'ils ne se repentiraient pas s'ils vivaient, alors que Dieu a prévu que ceux qui sont baptisés et meurent en bas âge se seraient repentis s'ils avaient vécu, qu'ils observent et constatent que, dans ce cas, ce ne sont pas les péchés originaux qui sont punis chez les enfants qui meurent sans baptême, mais les péchés que chacun aurait commis s'il avait vécu ; et aussi, chez les enfants baptisés, ce ne sont pas les péchés originaux qui sont effacés, mais leurs propres péchés futurs s'ils vivaient, puisqu'ils ne pourraient pécher qu'à un âge plus mûr ; mais que certains étaient prévus comme ceux qui se repentiraient, et d'autres comme ceux qui ne se repentiraient pas, c'est pourquoi certains ont été baptisés, et d'autres sont décédés sans baptême. Si les pélagiens osaient affirmer cela, leur négation du péché originel les dispenserait de chercher, pour les enfants hors du royaume de Dieu, un lieu de bonheur indéterminé. Ils seraient convaincus qu'ils ne peuvent accéder à la vie éternelle car ils n'ont ni mangé la chair ni bu le sang du Christ, et que, pour ceux qui sont sans péché, le baptême, donné pour la rémission des péchés, est falsifié. Ils prétendraient en effet qu'il n'y a pas de péché originel, mais que ceux qui sont libérés du péché dès leur plus jeune âge sont baptisés ou non selon leurs mérites futurs, s'ils survivent, et que, selon ces mêmes mérites, ils reçoivent ou non le corps et le sang du Christ, sans lesquels la vie est impossible. Ils seraient baptisés pour la véritable rémission des péchés, bien qu'ils n'aient hérité d'aucun péché d'Adam, car seuls les péchés dont Dieu savait d'avance qu'ils se repentiraient leur sont pardonnés. Ainsi, avec la plus grande facilité, ils plaidaient et obtenaient gain de cause, niant l'existence du péché originel et affirmant que la grâce de Dieu n'est accordée que selon nos mérites. Or, il est assurément très facile de constater que les mérites futurs des hommes, qui n'existeront jamais, ne sont en aucun cas des mérites : c'est pourquoi même les pélagiens ne pouvaient l'affirmer ; et à plus forte raison ne devraient-ils pas l'affirmer. Car je constate avec consternation que ceux qui, avec nous, au nom de l'autorité catholique, condamnent l'erreur de ces hérétiques, n'ont pas perçu ce que les pélagiens eux-mêmes ont jugé parfaitement faux et absurde.

 

CHAP. 26

[XIV.]—RÉFÉRENCE AU TRAITÉ DE CYPRIEN « SUR LA MORTALITÉ ».

Cyprien a écrit un ouvrage intitulé Sur la mortalité , 19Ce passage, connu et approuvé par beaucoup et presque tous ceux qui apprécient la littérature ecclésiastique, affirme que la mort n'est pas seulement avantageuse pour les croyants, mais même bénéfique, car elle les soustrait aux risques du péché et les assure de la sécurité de ne pas pécher. Mais quel est l'avantage de cela, si même les péchés futurs, non encore commis, sont punis ? Il argumente pourtant avec force et pertinence que les risques de pécher ne manquent pas dans cette vie et qu'ils ne persistent pas après la mort; il cite également ce témoignage du livre de la Sagesse : « Il fut enlevé, de peur que la méchanceté n'altère son intelligence. » [Sg 4,11]. J'ai aussi présenté cet argument, bien que vous ayez dit que vos frères l'avaient rejeté au motif qu'il ne provenait pas d'un livre canonique ; comme si, même en faisant abstraction de l'attestation de ce livre, le sens même de l'enseignement que je souhaitais en tirer n'était pas clair. Quel chrétien oserait nier que le juste, s'il était emporté prématurément par la mort, trouverait le repos éternel ? Que quiconque l'affirme, et quel homme de foi sincère pourrait le contester ? De plus, si l'on disait que le juste, s'il abandonnait la justice dans laquelle il a longtemps vécu, et venait à mourir dans l'impiété après y avoir vécu, non pas un an, mais un seul jour, il subirait le châtiment dû aux méchants, sa justice n'ayant plus aucun pouvoir pour le sauver, quel croyant oserait contredire cette vérité évidente ? Enfin, si l'on nous demandait si, s'il était mort alors qu'il était juste, il aurait encouru le châtiment ou le repos éternel, hésiterions-nous à répondre : le repos éternel ? C'est pourquoi il est dit, quel que soit celui qui le dit : « Il a été enlevé, de peur que le mal n'altère son intelligence. » Car il était dit cela au sujet des risques de cette vie, non au sujet de la prescience de Dieu, qui connaissait d'avance ce qui allait arriver, et non ce qui n'arriverait pas – c'est-à-dire qu'il lui infligerait une mort prématurée afin qu'il soit soustrait à l'incertitude des tentations ; non pas qu'il pécherait, puisqu'il ne devait pas demeurer en proie à la tentation. Car, concernant cette vie, nous lisons dans le livre de Job : « La vie de l'homme sur la terre n'est-elle pas une tentation ? » [Job 7.1]. ​​Mais pourquoi accorder à certains d'être soustraits aux périls de cette vie alors qu'ils sont justes, tandis que d'autres, justes jusqu'à leur chute, sont maintenus dans les mêmes risques durant une vie plus longue ? Qui a connu la pensée du Seigneur ? Et pourtant, il est permis de comprendre de cela que même les justes qui conservent un caractère bon et pieux, jusqu'à la maturité de la vieillesse et jusqu'au dernier jour de leur vie, ne doivent pas se glorifier de leurs propres mérites, mais du Seigneur, puisque Celui qui a arraché le juste à la brièveté de la vie, de peur que le mal n'altère son intelligence, Il protège lui-même le juste tout au long de sa vie, afin que le mal n'altère pas son discernement. Mais pourquoi aurait-il laissé le juste chuter ici-bas, alors qu'il aurait pu le retirer auparavant ? Ses jugements, bien que parfaitement justes, demeurent insondables.

 

CHAP. 27.

—LE LIVRE DE LA SAGESSE ACQUIERT DANS L'ÉGLISE L'AUTORITÉ DES ÉCRITURES CANONIQUES.

Et puisque les choses sont ainsi, le jugement du livre de la Sagesse ne saurait être rejeté, car depuis si longtemps, ce livre mérite d'être lu dans l'Église du Christ, par tous les lecteurs de cette Église, et entendu par tous les chrétiens, des évêques jusqu'aux plus humbles laïcs, pénitents et catéchumènes, avec la vénération due à l'autorité divine. Car assurément, si je devais, parmi ceux qui m'ont précédé dans le commentaire des Saintes Écritures, présenter une défense de ce jugement – ​​que nous sommes aujourd'hui appelés à défendre avec plus de soin et d'abondance qu'à l'ordinaire contre la nouvelle erreur des pélagiens, à savoir que la grâce de Dieu n'est pas accordée selon nos mérites, mais gratuitement à qui elle est donnée, car elle ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde ; Mais que, par un juste jugement, elle n'est pas donnée à qui elle n'est pas donnée, car il n'y a point d'injustice en Dieu ; – si donc je devais présenter une défense de cette opinion à partir des commentateurs catholiques des oracles divins qui nous ont précédés, assurément ces frères pour qui je m'exprime maintenant y souscriraient, car vous l'avez laissé entendre dans vos lettres. Dès lors, pourquoi nous pencher sur les écrits de ceux qui, avant l'apparition de cette hérésie, n'avaient point besoin de connaître une question aussi difficile à résoudre, alors qu'ils l'auraient sans aucun doute fait s'ils y avaient été contraints ? C'est pourquoi ils ont abordé brièvement, et superficiellement, leur conception de la grâce divine dans certains passages de leurs écrits ; mais ils se sont longuement attardés sur les points qu'ils défendaient contre les ennemis de l'Église, et sur les exhortations à toutes les vertus permettant de servir le Dieu vivant et vrai en vue d'atteindre la vie éternelle et le vrai bonheur. Mais la grâce de Dieu, ce qu'elle peut accomplir, se manifeste naturellement par sa fréquente mention dans les prières ; car ce que Dieu ordonne de faire ne serait pas demandé à Dieu, s'il ne pouvait pas donner lui-même l'ordre de le faire.

 

CHAP. 28.

—TRAIT DE CYPRIEN « SUR LA MORTALITÉ ».

Mais si quelqu'un souhaite s'instruire des opinions de ceux qui ont traité de ce sujet, il lui convient de préférer à tous les commentateurs le livre de la Sagesse, où il est écrit : « Il fut enlevé, afin que le mal n'altère pas son intelligence. » Car d'illustres commentateurs, même à l'époque des apôtres, le préféraient à leurs propres yeux, considérant que lorsqu'ils s'en servaient comme témoignage, ils croyaient n'utiliser qu'un témoignage divin. Et il apparaît certainement que le bienheureux Cyprien, pour vanter les mérites d'une mort précoce, soutenait que ceux qui mettent fin à cette vie, où le péché est possible, sont soustraits aux risques du péché. Dans le même traité, il dit entre autres : « Pourquoi, lorsque vous êtes sur le point d'être avec le Christ et que vous êtes assurés de la promesse divine, ne vous réjouissez-vous pas d'être appelés au Christ et d'être libérés du diable ? » Et ailleurs, il dit : « Les garçons échappent au péril de leur âge instable. » Et ailleurs, il dit encore : « Pourquoi ne nous hâtons-nous pas de courir pour revoir notre pays et saluer nos proches ? Nombreux sont ceux qui nous sont chers qui nous y attendent : une foule dense et nombreuse de parents, de frères et de fils nous languissent, déjà assurés de leur propre sécurité, mais toujours soucieux de notre salut. » Par ces paroles et d'autres semblables, ce maître témoigne clairement et sans équivoque, à la lumière la plus pure de la foi catholique, que les périls du péché et les épreuves sont à craindre jusqu'à la mort, mais qu'ensuite nul ne subira de telles souffrances. Et même s'il n'avait pas témoigné ainsi, quel chrétien pourrait douter de cela ? Comment, dès lors, n'aurait-il pas été avantageux pour un homme qui a dévié, qui finit sa vie misérablement dans ce même état de déviation, et qui subit le châtiment mérité par de tels hommes, — comment, dis-je, n'aurait-il pas été du plus grand et du plus grand avantage pour un tel homme d'être arraché par la mort à cette sphère de tentations avant sa chute ?

 

CHAP. 29.

—LES AGISSEMENTS DE DIEU NE DÉPENDENT PAS DES MÉRITES CONTINGENTS DES HOMMES.

Ainsi, à moins de nous livrer à des disputes inconsidérées, la question est réglée pour celui qui est enlevé afin que le mal n'altère pas son discernement. Le livre de la Sagesse, qui mérite depuis si longtemps d'être lu dans l'Église du Christ, et dans lequel ce passage est lu, ne doit pas subir d'injustice parce qu'il s'oppose à ceux qui, se méprenant sur les mérites des hommes, en viennent à contester la grâce manifeste de Dieu. Cette grâce se manifeste surtout chez les enfants, et lorsque certains d'entre eux, baptisés ou non, atteignent la fin de leur vie, ils témoignent suffisamment de la miséricorde de Dieu et de son jugement : sa miséricorde est gratuite, son jugement est une dette. Car si les hommes étaient jugés selon les mérites de leur vie, mérites que la mort les a empêchés d'acquérir, mais qu'ils auraient acquis s'ils avaient vécu, cela ne serait d'aucun avantage pour celui qui est enlevé afin que le mal n'altère pas son discernement. Il ne serait d'aucun avantage pour ceux qui meurent en état de déchéance spirituelle de mourir avant. Et aucun chrétien n'oserait l'affirmer. C'est pourquoi nos frères, qui avec nous, au nom de la foi catholique, s'attaquent au fléau de l'erreur pélagienne, ne devraient pas, au point de favoriser l'opinion pélagienne selon laquelle la grâce de Dieu est accordée selon nos mérites, tenter (ce qu'ils ne peuvent oser) d'invalider un sentiment vrai, clairement et depuis l'Antiquité chrétien : « Il a été enlevé au ciel afin que le mal n'altère pas son discernement », et de construire une idée que nous pensons, je ne dis pas que personne ne croirait, mais que personne n'oserait imaginer, à savoir que tout défunt serait jugé selon les actes qu'il aurait accomplis s'il avait vécu plus longtemps. Assurément, ce que nous affirmons apparaît ainsi clairement et incontestable : la grâce de Dieu n'est pas accordée selon nos mérites. de sorte que les hommes ingénieux qui contredisent cette vérité sont contraints de dire des choses qu'il faut rejeter de l'oreille et de la pensée de tous les hommes.

 

CHAP. 30

[XV.]—L'EXEMPLE LE PLUS ILLUSTRANT DE PRÉDESTINATION EST JÉSUS-CHRIST.

De plus, la plus brillante Lumière de la prédestination et de la grâce est le Sauveur lui-même, le Médiateur entre Dieu et les hommes, l'homme Christ Jésus. Et, je vous prie, par quels mérites antérieurs, qu'ils soient d'œuvres ou de foi, la nature humaine qui est en lui s'est-elle procurée pour être ainsi ? Qu'on réponde à cette question, je vous en supplie. Cet homme, comment a-t-il mérité cela — d'être élevé par le Verbe coéternel au Père en une seule personne, et d'être le Fils unique de Dieu ? Était-ce parce qu'il possédait une quelconque bonté auparavant ? Qu'a-t-il fait auparavant ? Que croyait-il ? Qu'a-t-il demandé pour atteindre cette excellence ineffable ? N'est-ce pas par l'acte et l'acceptation du Verbe que cet homme, dès sa naissance, est devenu le Fils unique de Dieu ? Cette femme, pleine de grâce, n'a-t-elle pas conçu le Fils unique de Dieu ? N’est-il pas né Fils unique de Dieu, du Saint-Esprit et de la Vierge Marie, non par la convoitise de la chair, mais par la grâce particulière de Dieu ? Fallait-il craindre qu’en vieillissant, cet homme ne pèche de son plein gré ? Ou bien sa volonté n’était-elle pas libre pour autant ? Et n’était-elle pas d’autant plus libre qu’il lui était impossible de devenir l’esclave du péché ? Assurément, en lui, la nature humaine – c’est-à-dire notre nature – a reçu tout particulièrement ces dons admirables, et tous ceux qui lui sont propres, sans aucun mérite préalable. Que celui qui ose répondre à Dieu dise : « Pourquoi pas moi ? » Et s’il entend : « Homme, qui es-tu pour contester Dieu ? » [Rom. 9.10.] Qu'il ne se retienne pas à ce stade, mais qu'il redouble d'impudence et dise : « Comment se fait-il que j'entende : Qui es-tu, ô homme ? Puisque je suis ce que j'entends, c'est-à-dire un homme, et Celui dont je parle n'est autre que lui ? Pourquoi ne serais-je pas, moi aussi, ce qu'il est ? Car c'est par la grâce qu'il est tel et si grand ; pourquoi la grâce serait-elle différente alors que la nature est commune ? Assurément, Dieu ne fait point acception de personnes. » Je dis, non pas quel chrétien, mais quel fou dirait cela ?

 

CHAP. 31.

— CHRIST PRÉDESTINÉ À ÊTRE LE FILS DE DIEU.

C'est pourquoi, en Celui qui est notre Chef, qu'apparaît la source même de la grâce, d'où, selon la mesure de chacun, Il se répand à travers tous ses membres. C'est par cette grâce que tout homme, dès le commencement de sa foi, devient chrétien, et c'est par cette même grâce qu'un seul homme, dès son origine, est devenu Christ. C'est aussi du même Esprit que le premier est né de nouveau, et c'est par ce même Esprit que s'opère en nous la rémission des péchés, et c'est par cet Esprit qu'il a été accompli qu'il n'ait point de péché. Dieu savait assurément d'avance qu'Il ferait ces choses. Telle est donc la même prédestination des saints qui a resplendi le plus particulièrement dans le Saint des saints ; et qui, parmi ceux qui comprennent véritablement les déclarations de la vérité, peut nier cette prédestination ? Car nous avons appris que le Seigneur de gloire lui-même a été prédestiné, dans la mesure où l'homme est devenu Fils de Dieu. Le docteur des Gentils s'exclame, au début de ses épîtres : « Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour l'Évangile de Dieu (qu'il avait promis d'avance par ses prophètes dans les Saintes Écritures) concernant son Fils, né de la lignée de David selon la chair, prédestiné à être Fils de Dieu avec puissance, selon l'Esprit de sanctification par la résurrection des morts. » [Rom. 1.1 et suivants] C'est pourquoi Jésus a été prédestiné, afin que celui qui devait être Fils de David selon la chair soit aussi, par la puissance de l'Esprit de sanctification, Fils de Dieu, parce qu'il est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. Il s'agit de cette incarnation ineffablement accomplie de l'homme par Dieu le Verbe, afin qu'il puisse être véritablement et justement appelé à la fois Fils de Dieu et Fils de l'homme – Fils de l'homme en raison de l'homme qu'il a élevé, et Fils de Dieu en raison du Dieu unique engendré qui l'a élevé, permettant ainsi de croire en une Trinité et non en une Quaternité. Un tel transport de la nature humaine était prédestiné, si grand, si sublime et si élevé qu'il n'y avait point d'exaltation plus grande – de même que, pour nous, la divinité ne pouvait se dépouiller plus humblement qu'en assumant la nature humaine avec la faiblesse de la chair, jusqu'à la mort sur la croix. Ainsi, comme cet homme unique était prédestiné à être notre Chef, de même, étant nombreux, nous sommes prédestinés à être ses membres. Que les mérites humains, perdus par Adam, se taisent ici, et que règne la grâce de Dieu qui règne par Jésus-Christ notre Seigneur, le Fils unique de Dieu, l'unique Seigneur. Que celui qui trouve en nous les mérites qui ont précédé cette génération particulière, cherche en nous, ses membres, les mérites qui ont précédé notre régénération multiple. Car cette génération n'a pas été donnée en récompense au Christ, mais offerte en don ; afin qu'il naisse, c'est-à-dire de l'Esprit et de la Vierge, détaché de toute emprise du péché.Ainsi, notre nouvelle naissance d'eau et d'Esprit ne nous est pas accordée par mérite, mais gratuitement. Si la foi nous a conduits à la source de la régénération, nous ne devons pas pour autant croire que nous avons d'abord donné quoi que ce soit pour que la régénération du salut nous soit rendue en récompense. Car Dieu nous a fait croire en Christ, qui a créé pour nous un Christ en qui nous croyons. Il fait en les hommes le commencement et l'accomplissement de la foi en Jésus, lui qui a fait de Jésus l'initiateur et le consommateur de la foi ; [Hébreux 12.2]. Car c'est ainsi, comme vous le savez, qu'il est appelé dans l'épître adressée aux Hébreux.

 

CHAP. 32

[XVI.] — LA DOUBLE APPEL.

Dieu appelle en effet de nombreux enfants prédestinés, pour en faire les membres de son Fils unique prédestiné. Cet appel ne s'adresse pas à ceux qui refusaient d'entrer dans le mariage, car c'est par cet appel que les Juifs, pour qui la crucifixion du Christ est une abomination, et les païens, pour qui la crucifixion du Christ est une folie, étaient également appelés. Mais par cet appel, il appelle les prédestinés que l'apôtre a distingués lorsqu'il a dit prêcher le Christ, sagesse et puissance de Dieu, à ceux qui étaient appelés, Juifs comme Grecs. Car il dit ainsi : « Mais à ceux qui sont appelés » [1 Cor. 1.24], afin de montrer qu'il y en a qui ne sont pas appelés ; sachant qu'il existe un appel certain pour ceux qui sont appelés selon le dessein de Dieu, qu'il a connus d'avance et prédestinés à être conformes à l'image de son Fils. Et c'est à cet appel qu'il faisait référence lorsqu'il disait : « Non par les œuvres, mais par celui qui appelle ; il lui a été dit : L'aîné servira le plus jeune. » [Rom. 9.12.] A-t-il dit : « Non pas par les œuvres, mais par celui qui croit » ? Au contraire, il a ôté cela à l’homme, afin de tout remettre à Dieu. C’est pourquoi il a dit : « Mais par celui qui appelle », non pas par un appel quelconque, mais par l’appel qui amène un homme à croire.

 

CHAP. 33.

—IL EST AU POUVOIR DES HOMMES MÉCHANTS DE PÉCHER; MAIS FAIRE CECI OU CELA PAR LE MOYEN DE CETTE MÉCHANCETÉ EST AU POUVOIR DE DIEU SEUL.

De plus, c'est à cela qu'il faisait allusion lorsqu'il a dit : « Les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables. » [Rom. 11.29]. Considérons aussi un instant le sens de cette parole. Car lorsqu'il eut dit : « Frères, je ne veux pas que vous ignoriez ce mystère, afin que vous ne soyez pas sages par vous-mêmes : une partie d'Israël est tombée dans l'aveuglement, jusqu'à ce que la plénitude des païens soit entrée, et qu'ainsi tout Israël soit sauvé, selon qu'il est écrit : De Sion viendra un sauveur, qui détournera de Jacob l'impiété ; et voici l'alliance que je fais avec eux, lorsque j'enlèverai leurs péchés » [Rom. 11.25 et suivants], il ajouta aussitôt, et il faut bien comprendre : « Quant à l'Évangile, ils sont certes vos ennemis ; mais quant à l'élection, ils sont aimés à cause de leurs pères. » [Rom. 11.26]. 11.28.] Que signifie : « Quant à l’Évangile, ils sont certes vos ennemis », sinon que leur inimitié, par laquelle ils ont mis Christ à mort, était sans aucun doute, comme nous le voyons, un avantage pour l’Évangile ? Et il montre que cela s’est produit par la volonté de Dieu, qui savait tirer profit même des mauvaises choses ; non pas pour que les instruments de colère lui soient utiles, mais pour que, par son bon usage d’eux, ils soient utiles aux instruments de miséricorde. Car que pourrait-on dire plus clairement que ce qui est dit : « Quant à l’Évangile, ils sont certes vos ennemis » ? Il est donc dans le pouvoir des méchants de pécher ; mais que, par leur méchanceté, ils fassent ceci ou cela ne dépend pas d’eux, mais de Dieu, qui dissipe les ténèbres et les gouverne ; de sorte que, même ce qu’ils font contre la volonté de Dieu ne s’accomplit que si c’est la volonté de Dieu. Nous lisons dans les Actes des Apôtres que, lorsque les Juifs les eurent renvoyés et qu'ils furent revenus auprès de leurs amis, ils leur rapportèrent les paroles importantes que les prêtres et les anciens leur avaient adressées. Tous, d'un commun accord, élevèrent la voix vers le Seigneur et dirent : « Seigneur, tu es Dieu, créateur du ciel, de la terre, de la mer et de tout ce qui s'y trouve. Par la bouche de notre père David, ton saint serviteur, tu as dit : Pourquoi les nations s'agitent-elles et les peuples méditent-ils des choses vaines ? Les rois de la terre se sont soulevés et les princes se sont ligués contre le Seigneur et contre son Christ. Car, en vérité, Hérode, Pilate et le peuple d'Israël se sont ligués dans cette ville contre ton saint enfant Jésus, que tu as oint, pour accomplir tout ce que ta main et ton dessein ont prédestiné. » [Actes 4.24 et suivants] Voyez ce qui est dit : « En ce qui concerne l’Évangile, ils sont certes ennemis à cause de vous. » Car la main et le dessein de Dieu ont prédestiné que les Juifs hostiles accomplissent les actes nécessaires à l’Évangile, pour notre salut. Mais que dit-il ensuite ? « En ce qui concerne l’élection, ils sont aimés à cause de leurs pères. » Car ces ennemis qui ont péri dans leur inimitié, Et ceux de ce même peuple qui périssent encore dans leur opposition au Christ, sont-ils donc élus et aimés ? Quelle absurdité ! Qui est assez insensé pour affirmer une telle chose ? Pourtant, ces deux expressions, bien que contradictoires – « ennemis » et « aimés » – s’appliquent, non pas aux mêmes hommes, mais au même peuple juif, à la même descendance charnelle d’Israël, dont certains appartenaient à l’apostasie et d’autres à la bénédiction d’Israël lui-même. L’apôtre avait déjà expliqué ce sens plus clairement en disant : « Ce qu’Israël a acquis par ses propres efforts, il ne l’a pas obtenu ; mais l’élection l’a obtenu, et les autres ont été aveuglés. » [Romains 11.7]. Or, dans les deux cas, il s’agissait bien du même Israël. Ainsi, lorsque nous entendons : « Israël n’a pas obtenu » ou « Les autres ont été aveuglés », il faut comprendre que ce sont nos ennemis qui nous ont été acquis. Mais là où il est dit : « que l’élection l’a obtenue », il faut comprendre les bien-aimés à cause de leurs pères, à qui ces choses avaient assurément été promises ; car « les promesses ont été faites à Abraham et à sa descendance » [Galates 3.16]. C’est de là aussi que, sur cet olivier, est greffé l’olivier sauvage des païens. Or, il convient par la suite de se référer à l’élection, dont il est dit qu’elle est accordée par grâce et non par dette, car « il y a eu un reste par l’élection de grâce » [Romains 11.5]. Cette élection l’a obtenue, les autres étant aveuglés. Quant à cette élection, les Israélites étaient bien-aimés à cause de leurs pères. Car ils n’ont pas été appelés de l’appel dont il est dit : « Beaucoup sont appelés », mais de celui par lequel sont appelés les élus. Après avoir dit : « Quant à l’élection, ils sont aimés à cause de leurs pères », il ajouta ces paroles qui furent à l’origine de cette discussion : « Car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables », c’est-à-dire qu’ils sont fermement établis et immuables. Tous ceux qui reçoivent cet appel sont dociles à l’enseignement de Dieu ; et aucun d’eux ne peut dire : « J’ai cru afin d’être ainsi appelé », car la miséricorde de Dieu l’a devancé, puisqu’il a été appelé ainsi afin qu’il croie. Car tous ceux qui sont dociles à l’enseignement de Dieu viennent au Fils parce qu’ils ont entendu le Père et ont reçu son enseignement par le Fils, qui dit très clairement : « Quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi. » [Jean 6.45]. Or, aucun de ceux-là ne périt, car « de tout ce que le Père lui a donné, il ne le perdra point. » [Jean 6.39]. Quiconque est de ceux-là ne périt point ; et nul d’entre eux ne périt. C’est pourquoi il est dit : « Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils avaient été des nôtres, ils seraient certainement restés avec nous. » [Jean 2.19.]Bien que les termes « ennemis » et « bien-aimés » soient contradictoires, ils s’appliquent non pas aux mêmes personnes, mais au même peuple juif et à la même descendance charnelle d’Israël, dont certains appartenaient à l’apostasie et d’autres à la bénédiction d’Israël. L’apôtre avait déjà expliqué ce sens plus clairement en disant : « Ce qu’Israël a acquis par ses propres efforts, il ne l’a pas obtenu ; mais l’élection l’a obtenu, et les autres ont été aveuglés. » [Rom. 11.7]. Or, dans les deux cas, il s’agissait du même Israël. Ainsi, lorsque nous entendons : « Israël n’a pas obtenu » ou : « Les autres ont été aveuglés », il faut comprendre les ennemis pour notre bien ; mais lorsque nous entendons : « que l’élection l’a obtenu », il faut comprendre les bien-aimés pour leurs pères, à qui ces choses avaient été assurément promises ; car « les promesses ont été faites à Abraham et à sa descendance » [Gal. 16.17]. 3.16.] C'est aussi sur cet olivier que l'olivier sauvage des Gentils est greffé. Or, il nous faut maintenant nous rallier à l'élection, dont il est dit qu'elle est une grâce et non une dette, car « il y a eu un reste par l'élection de la grâce » [Rom. 11.5.]. Cette élection l'a obtenu, les autres étant aveuglés. Quant à cette élection, les Israélites étaient aimés à cause de leurs pères. Car ils n'ont pas été appelés de l'appel dont il est dit : « Beaucoup sont appelés », mais de celui par lequel sont appelés les élus. C'est pourquoi, après avoir dit : « Quant à l'élection, ils sont aimés à cause de leurs pères », il ajouta ces mots qui sont à l'origine de cette discussion : « Car les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables », c'est-à-dire qu'ils sont fermement établis et immuables. Tous ceux qui appartiennent à cet appel sont dignes d'enseignement de Dieu ; Aucun d’eux ne peut dire : « J’ai cru afin d’être appelé ainsi », car la miséricorde de Dieu l’a devancé, parce qu’il a été appelé ainsi afin qu’il croie. En effet, tous ceux qui sont capables d’apprendre de Dieu viennent au Fils parce qu’ils ont entendu le Père et ont reçu son enseignement par le Fils, qui dit très clairement : « Quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi. » [Jean 6.45] Or, aucun de ceux-là ne périt, parce que « de tout ce que le Père lui a donné, il ne le perdra point. » [Jean 6.39] Quiconque est de ceux-là ne périt point ; et personne qui périt n’est d’eux. C’est pourquoi il est dit : « Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils avaient été des nôtres, ils seraient certainement restés avec nous. » [Jean 2.19]Bien que les termes « ennemis » et « bien-aimés » soient contradictoires, ils s’appliquent non pas aux mêmes personnes, mais au même peuple juif et à la même descendance charnelle d’Israël, dont certains appartenaient à l’apostasie et d’autres à la bénédiction d’Israël. L’apôtre avait déjà expliqué ce sens plus clairement en disant : « Ce qu’Israël a acquis par ses propres efforts, il ne l’a pas obtenu ; mais l’élection l’a obtenu, et les autres ont été aveuglés. » [Rom. 11.7]. Or, dans les deux cas, il s’agissait du même Israël. Ainsi, lorsque nous entendons : « Israël n’a pas obtenu » ou : « Les autres ont été aveuglés », il faut comprendre les ennemis pour notre bien ; mais lorsque nous entendons : « que l’élection l’a obtenu », il faut comprendre les bien-aimés pour leurs pères, à qui ces choses avaient été assurément promises ; car « les promesses ont été faites à Abraham et à sa descendance » [Gal. 16.17]. 3.16.] C'est aussi sur cet olivier que l'olivier sauvage des Gentils est greffé. Or, il nous faut maintenant nous rallier à l'élection, dont il est dit qu'elle est une grâce et non une dette, car « il y a eu un reste par l'élection de la grâce » [Rom. 11.5.]. Cette élection l'a obtenu, les autres étant aveuglés. Quant à cette élection, les Israélites étaient aimés à cause de leurs pères. Car ils n'ont pas été appelés de l'appel dont il est dit : « Beaucoup sont appelés », mais de celui par lequel sont appelés les élus. C'est pourquoi, après avoir dit : « Quant à l'élection, ils sont aimés à cause de leurs pères », il ajouta ces mots qui sont à l'origine de cette discussion : « Car les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables », c'est-à-dire qu'ils sont fermement établis et immuables. Tous ceux qui appartiennent à cet appel sont dignes d'enseignement de Dieu ; Aucun d’eux ne peut dire : « J’ai cru afin d’être appelé ainsi », car la miséricorde de Dieu l’a devancé, parce qu’il a été appelé ainsi afin qu’il croie. En effet, tous ceux qui sont capables d’apprendre de Dieu viennent au Fils parce qu’ils ont entendu le Père et ont reçu son enseignement par le Fils, qui dit très clairement : « Quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi. » [Jean 6.45] Or, aucun de ceux-là ne périt, parce que « de tout ce que le Père lui a donné, il ne le perdra point. » [Jean 6.39] Quiconque est de ceux-là ne périt point ; et personne qui périt n’est d’eux. C’est pourquoi il est dit : « Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils avaient été des nôtres, ils seraient certainement restés avec nous. » [Jean 2.19]« Et les autres furent aveuglés. » [Rom. 11.7.] Or, dans les deux cas, il s'agissait du même Israël. Par conséquent, lorsque nous entendons : « Israël ne l'a pas obtenu » ou « Les autres furent aveuglés », il faut comprendre les ennemis, à cause de nous ; mais lorsque nous entendons : « que l'élection l'a obtenu », il faut comprendre les bien-aimés, à cause de leurs pères, à qui ces choses avaient été assurément promises ; car « les promesses ont été faites à Abraham et à sa descendance » [Gal. 3.16.], d'où, aussi, dans cet olivier est greffé l'olivier sauvage des païens. Or, par la suite, nous devons certainement nous rallier à l'élection, dont il est dit qu'elle est par grâce et non par dette, car « il y a eu un reste par l'élection de grâce ». [Rom. 11.5.] Cette élection l'a obtenue, les autres étant aveuglés. Quant à cette élection, les Israélites étaient aimés à cause de leurs pères. Car ils n'ont pas été appelés de l'appel dont il est dit : « Beaucoup sont appelés », mais de celui par lequel les élus sont appelés. C'est pourquoi, après avoir dit : « Quant à l'élection, ils sont aimés à cause de leurs pères », il ajouta ces paroles qui ont suscité cette discussion : « Car les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables », c'est-à-dire qu'ils sont fermement établis et immuables. Tous ceux qui appartiennent à cet appel sont dociles à l'enseignement de Dieu ; et aucun d'eux ne peut dire : « J'ai cru afin d'être ainsi appelé », car la miséricorde de Dieu l'a devancé, parce qu'il a été ainsi appelé afin qu'il croie. Car tous ceux qui sont dociles à l'enseignement de Dieu viennent au Fils parce qu'ils ont entendu le Père et ont reçu son enseignement par le Fils, qui dit très clairement : « Quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi. » [Jean 6.45.] Mais parmi ceux-là, aucun ne périt, car « de tout ce que le Père lui a donné, il ne le perdra point ». [Jean 6.39.] Quiconque est de ceux-là ne périt donc point ; et personne qui périt n’était d’eux. C’est pourquoi il est dit : « Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils avaient été des nôtres, ils seraient certainement restés avec nous. » [Jean 2.19.]« Et les autres furent aveuglés. » [Rom. 11.7.] Or, dans les deux cas, il s'agissait du même Israël. Par conséquent, lorsque nous entendons : « Israël ne l'a pas obtenu » ou « Les autres furent aveuglés », il faut comprendre les ennemis, à cause de nous ; mais lorsque nous entendons : « que l'élection l'a obtenu », il faut comprendre les bien-aimés, à cause de leurs pères, à qui ces choses avaient été assurément promises ; car « les promesses ont été faites à Abraham et à sa descendance » [Gal. 3.16.], d'où, aussi, dans cet olivier est greffé l'olivier sauvage des païens. Or, par la suite, nous devons certainement nous rallier à l'élection, dont il est dit qu'elle est par grâce et non par dette, car « il y a eu un reste par l'élection de grâce ». [Rom. 11.5.] Cette élection l'a obtenue, les autres étant aveuglés. Quant à cette élection, les Israélites étaient aimés à cause de leurs pères. Car ils n'ont pas été appelés de l'appel dont il est dit : « Beaucoup sont appelés », mais de celui par lequel les élus sont appelés. C'est pourquoi, après avoir dit : « Quant à l'élection, ils sont aimés à cause de leurs pères », il ajouta ces paroles qui ont suscité cette discussion : « Car les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables », c'est-à-dire qu'ils sont fermement établis et immuables. Tous ceux qui appartiennent à cet appel sont dociles à l'enseignement de Dieu ; et aucun d'eux ne peut dire : « J'ai cru afin d'être ainsi appelé », car la miséricorde de Dieu l'a devancé, parce qu'il a été ainsi appelé afin qu'il croie. Car tous ceux qui sont dociles à l'enseignement de Dieu viennent au Fils parce qu'ils ont entendu le Père et ont reçu son enseignement par le Fils, qui dit très clairement : « Quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi. » [Jean 6.45.] Mais parmi ceux-là, aucun ne périt, car « de tout ce que le Père lui a donné, il ne le perdra point ». [Jean 6.39.] Quiconque est de ceux-là ne périt donc point ; et personne qui périt n’était d’eux. C’est pourquoi il est dit : « Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils avaient été des nôtres, ils seraient certainement restés avec nous. » [Jean 2.19.]Les Israélites étaient aimés à cause de leurs pères. Car ils n'avaient pas été appelés de l'appel dont il est dit: « Beaucoup sont appelés », mais de l'appel des élus. C'est pourquoi, après avoir dit : « Quant à l'élection, ils sont aimés à cause de leurs pères », il ajouta ces paroles qui ont suscité cette discussion : « Car les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables », c'est-à-dire qu'ils sont fermement établis et immuables. Tous ceux qui appartiennent à cet appel sont dociles à l'enseignement de Dieu ; et aucun d'eux ne peut dire : « J'ai cru afin d'être ainsi appelé », car la miséricorde de Dieu l'a devancé, puisqu'il a été appelé ainsi afin qu'il croie. Car tous ceux qui sont dociles à l'enseignement de Dieu viennent au Fils parce qu'ils ont entendu le Père et ont reçu son enseignement par le Fils, qui dit très clairement : « Quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi. » [Jean 6.45]. Mais aucun de ces hommes ne périt, car « de tout ce que le Père lui a donné, il ne le perdra pas ». [Jean 6.39.] Quiconque est de ceux-là ne périt point ; et personne qui périt n’était de ceux-là. C’est pourquoi il est dit : « Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils avaient été des nôtres, ils seraient restés avec nous. » [Jean 2.19.]Les Israélites étaient aimés à cause de leurs pères. Car ils n'avaient pas été appelés de l'appel dont il est dit : « Beaucoup sont appelés », mais de l'appel des élus. C'est pourquoi, après avoir dit : « Quant à l'élection, ils sont aimés à cause de leurs pères », il ajouta ces paroles qui ont suscité cette discussion : « Car les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables », c'est-à-dire qu'ils sont fermement établis et immuables. Tous ceux qui appartiennent à cet appel sont dociles à l'enseignement de Dieu ; et aucun d'eux ne peut dire : « J'ai cru afin d'être ainsi appelé », car la miséricorde de Dieu l'a devancé, puisqu'il a été appelé ainsi afin qu'il croie. Car tous ceux qui sont dociles à l'enseignement de Dieu viennent au Fils parce qu'ils ont entendu le Père et ont reçu son enseignement par le Fils, qui dit très clairement : « Quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi. » [Jean 6.45]. Mais aucun de ces hommes ne périt, car « de tout ce que le Père lui a donné, il ne le perdra pas ». [Jean 6.39.] Quiconque est de ceux-là ne périt point ; et personne qui périt n’était de ceux-là. C’est pourquoi il est dit : « Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils avaient été des nôtres, ils seraient restés avec nous. » [Jean 2.19.]

 

CHAP. 34

[XVII.]— L'APPEL SPÉCIAL DES ÉLUS N'EST PAS PARCE QU'ILS ONT CRU, MAIS AFIN QU'ILS PUISSENT CRU.

Comprenons donc l’appel par lequel ils sont élus : non pas ceux qui sont élus parce qu’ils ont cru, mais ceux qui sont élus afin qu’ils croient. Car le Seigneur lui-même explique amplement cet appel lorsqu’il dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis. » [Jean 15.16]. En effet, s’ils avaient été élus parce qu’ils avaient cru, ils l’auraient certainement choisi eux-mêmes en croyant en lui, afin de mériter d’être élus. Mais il réfute complètement cette supposition lorsqu’il dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis. » Et pourtant, sans aucun doute, ils l’ont choisi eux-mêmes lorsqu’ils ont cru en lui. C’est pourquoi il dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis », uniquement parce qu’ils ne l’ont pas choisi pour qu’il les choisisse, mais parce qu’il les a choisis afin qu’ils le choisissent ; car sa miséricorde les a précédés par grâce et non par obligation. C’est pourquoi, alors qu’il était encore en chair et en os, il les a choisis d’entre les hommes, mais comme ceux qu’il avait déjà élus en lui avant la fondation du monde. Telle est la vérité immuable concernant la prédestination et la grâce. Car que signifie l’affirmation de l’apôtre : « Comme il nous a choisis en lui avant la fondation du monde » ? [Éph. 1.4]. Et assurément, si cela était dit parce que Dieu savait d’avance qu’ils croiraient, et non parce qu’il les rendrait croyants, le Fils s’opposerait à une telle prescience, comme celle dont il parle lorsqu’il dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis », car Dieu aurait plutôt dû prévoir précisément cela : qu’ils l’auraient choisi eux-mêmes, afin de mériter d’être choisis par lui. Ils ont donc été élus avant la fondation du monde selon cette prédestination, par laquelle Dieu connaissait d’avance ce qu’il ferait ; mais ils ont été élus d’entre les hommes par cet appel, par lequel Dieu a accompli sa prédestination. Ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés, et cet appel est conforme à son dessein. Il n'y a donc pas d'autres que ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ni d'autres que ceux qu'il a ainsi appelés, il les a aussi justifiés ; ni d'autres que ceux qu'il a prédestinés, appelés et justifiés, il les a aussi glorifiés, assurément pour cette fin qui n'a pas de fin. C'est pourquoi Dieu a élu les croyants ; mais il les a choisis pour qu'ils le soient, non parce qu'ils l'étaient déjà. L'apôtre Jacques dit : « Dieu n'a-t-il pas choisi les pauvres de ce monde, riches en foi et héritiers du royaume qu'il a promis à ceux qui l'aiment ? » [Jacques 2.5]. En les choisissant, il les enrichit donc en foi, comme il les fait héritiers du royaume ; car il est dit à juste titre qu'il choisit en eux ce qu'il a choisi, afin de le faire accomplir en eux. Je demande, qui peut entendre le Seigneur dire : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis », et oser dire que les hommes croient pour être élus ?lorsqu’ils sont plutôt élus à croire ; de peur qu’ils ne soient trouvés, contre le jugement de la vérité, avoir choisi le premier Christ, à qui Christ dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis » ? [Jean 15.16.]

 

CHAP. 35

[XVIII.]— L'ÉLECTION A POUR BUT LA SAINTETÉ.

Qui peut entendre l'apôtre dire : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les cieux en Christ ! En lui, il nous a choisis avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables devant lui. Dans son amour, il nous a prédestinés à être ses enfants adoptifs par Jésus-Christ, selon le dessein bienveillant de sa volonté. Il nous a témoigné sa faveur en son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption par son sang, le pardon des péchés selon la richesse de sa grâce, répandue abondamment parmi nous en toute sagesse et intelligence. Il a voulu nous révéler le mystère de sa volonté, selon son dessein bienveillant, qu'il avait formé en lui-même, pour le temps de la plénitude des temps, de rétablir en Christ toutes choses qui sont dans les cieux et sur la terre. En lui, nous avons aussi part, ayant été prédestinés selon ce dessein. Il met en œuvre toutes choses selon le conseil de sa volonté, afin que nous soyons à sa louange. » « Gloire » [Éph. 1.3 et suivants] — qui, dis-je, peut entendre ces paroles avec attention et intelligence, et oser douter d’une vérité aussi claire que celle que nous défendons ? Dieu a choisi les membres du Christ en lui avant la fondation du monde ; et comment aurait-il pu choisir ceux qui n’existaient pas encore, sinon en les prédestinant ? C’est pourquoi il nous a choisis en nous prédestinant. Choisirait-il les impurs et les souillés ? Or, si l’on pose la question de savoir s’il choisirait de tels êtres, ou plutôt les saints et les purs, qui peut demander à qui il répond, sans se prononcer d’emblée en faveur des saints et des purs ?

 

CHAP. 36.

—DIEU A CHOISI LES JUSTES; NON CEUX QU'IL A PRÉVUS COMME ÊTRE PAR EUX-MÊMES, MAIS CEUX QU'IL A PRÉDESTINÉS DANS LE BUT DE LES RENDRE TELS.

« C’est pourquoi, dit le pélagien, Dieu a connu d’avance, par le libre arbitre, qui serait saint et immaculé, et c’est pour cela qu’il les a élus avant la fondation du monde, selon cette même prescience qui lui permettait de savoir qu’ils le seraient. C’est pourquoi il les a élus, dit-il, avant même qu’ils existent, les prédestinant à être ses enfants, qu’il savait d’avance saints et immaculés. Certes, il ne les a pas faits ainsi ; il n’a pas non plus prévu qu’il les ferait ainsi, mais qu’ils le seraient. » Examinons donc les paroles de l’apôtre et voyons s’il nous a choisis avant la fondation du monde parce que nous allions être saints et immaculés, ou afin que nous le soyons. « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les cieux en Christ, comme il nous a choisis en lui avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et sans tache. » [Éph. 1.3.] Non donc parce que nous devions être ainsi, mais afin que nous le soyons. Assurément, cela est certain, assurément, cela est manifeste. Assurément, nous devions être ainsi parce qu'il nous a choisis, nous prédestinant ainsi par sa grâce. C'est pourquoi « il nous a bénis spirituellement dans les cieux en Jésus-Christ, comme il nous a choisis en lui avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et sans tache devant lui, nous prédestinant par amour à être adoptés comme ses enfants par Jésus-Christ ». Remarquez ce qu'il ajoute ensuite : « Selon le bon plaisir de sa volonté », dit-il ; afin que, dans un si grand bienfait de la grâce, nous ne nous glorifiions pas du bon plaisir de notre propre volonté. « En cela », dit-il, « il nous a témoigné sa faveur en son Fils bien-aimé », en cela, assurément, sa propre volonté, il nous a témoigné sa faveur. Ainsi, il est dit qu'il nous a accordé grâce par grâce, de même qu'il est dit qu'il nous a justifiés par la justice. « En lui », dit-il, « nous avons la rédemption par son sang, le pardon des péchés, selon la richesse de sa grâce, qui abonde parmi nous en toute sagesse et intelligence, afin de nous révéler le mystère de sa volonté, selon son bon plaisir. » Dans ce mystère de sa volonté, il a placé les richesses de sa grâce, selon son bon plaisir, non selon le nôtre, car celle-ci ne saurait être bonne sans qu'il y contribue lui-même, selon son bon plaisir. Mais après avoir dit : « Selon son bon plaisir », il ajouta : « qu’il a formé en lui », c’est-à-dire en son Fils bien-aimé, « dans la dispensation de la plénitude des temps, pour rétablir en Christ toutes choses, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre ; en lui nous aussi avons reçu un lot, ayant été prédestinés selon le dessein de celui qui opère toutes choses selon le conseil de sa volonté, afin que nous soyons à la louange de sa gloire. »

 

CHAP. 37.

—NOUS AVONS ÉTÉ ÉLUS ET PRÉDESTINÉS, NON PAS PARCE QUE NOUS ALLIONS ÊTRE SAINTS, MAIS AFIN QUE NOUS PUISSIONS L'ÊTRE.

Il serait fastidieux de discuter des différents points. Mais vous voyez sans aucun doute, vous voyez avec quelle preuve de déclaration apostolique cette grâce est défendue, en opposition aux mérites humains, comme si l'homme devait d'abord donner quelque chose pour en recevoir en retour. C'est pourquoi Dieu nous a choisis en Christ avant la fondation du monde, nous prédestinant à l'adoption, non pas parce que nous serions saints et immaculés par nous-mêmes, mais il nous a choisis et prédestinés afin que nous le soyons. De plus, il l'a fait selon le bon plaisir de sa volonté, afin que personne ne se glorifie de sa propre volonté, mais de la volonté de Dieu envers lui-même. Il l'a fait selon la richesse de sa grâce, selon sa bienveillance, qu'il a formée en son Fils bien-aimé, en qui nous avons part, ayant été prédestinés selon le dessein non pas du nôtre, mais du sien, qui opère toutes choses de telle sorte qu'il opère en nous la volonté même. De plus, il agit selon le dessein de sa volonté, afin que nous soyons à la louange de sa gloire. [Phil. 2.13.] C’est pourquoi nous crions que nul ne doit se glorifier de l’homme, et donc pas de lui-même ; mais que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur, afin qu’il soit à la louange de sa gloire. Car il agit lui-même selon son dessein, afin que nous soyons à la louange de sa gloire, et, bien sûr, saints et immaculés, dessein pour lequel il nous a appelés, nous prédestinant avant la fondation du monde. De ce dessein découle cet appel particulier des élus, pour lesquels il œuvre avec toutes choses au bien, parce qu’ils sont appelés selon son dessein, et « les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables ». [Rom. 11.29.]

 

CHAP. 38

[XIX.]—QUEL EST L'AVIS DES PÉLAGIENS ET QUEL EST L'AVIS DES SEMI-PÉLAGIENS CONCERNANT LA PRÉDESTINATION.

Mais nos frères, au sujet desquels nous parlons, affirment peut-être que les pélagiens sont réfutés par ce témoignage apostolique qui déclare que nous sommes choisis en Christ et prédestinés avant la fondation du monde, afin d'être saints et immaculés à ses yeux dans l'amour. Car ils pensent qu'« ayant reçu les commandements de Dieu, nous sommes, par le libre choix de notre volonté, rendus saints et immaculés à ses yeux dans l'amour ; et puisque Dieu l'a prévu », disent-ils, « il nous a donc choisis et prédestinés en Christ avant la fondation du monde ». Or, l'apôtre dit que ce n'est pas parce qu'il savait d'avance que nous serions ainsi, mais afin que nous le soyons par la même élection de sa grâce, par laquelle il nous a manifesté sa faveur en son Fils bien-aimé. Lorsqu'il nous a donc prédestinés, il connaissait d'avance son œuvre par laquelle il nous rend saints et immaculés. C’est pourquoi l’erreur pélagienne est justement réfutée par ce témoignage. « Mais nous disons », disent-ils, « que Dieu n’a rien connu d’avance qui nous soit propre, si ce n’est la foi par laquelle nous commençons à croire, et qu’il nous a choisis et prédestinés avant la fondation du monde, afin que nous soyons saints et immaculés par sa grâce et par son œuvre. » Mais qu’ils entendent aussi dans ce témoignage les paroles où il est dit : « Nous avons reçu beaucoup, étant prédestinés selon le dessein de celui qui opère toutes choses. » [Éph. 1.11.] C’est donc lui qui opère le commencement de notre foi, lui qui opère toutes choses ; car la foi elle-même ne précède pas cet appel dont il est dit : « Car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » [Rom. 11.29.] et dont il est dit : « Non par les œuvres, mais par celui qui appelle » [Rom. 9.12.] (bien qu’il aurait pu dire : « par celui qui croit »). et l’élection que le Seigneur a signifiée lorsqu’il a dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis. » [Jean 15.16]. Car il nous a choisis, non parce que nous avons cru, mais afin que nous croyions, de peur qu’on dise que c’est nous qui l’avons choisi les premiers, et que sa parole ne soit fausse (ce qui est loin d’être possible) : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis. » De même, nous ne sommes pas appelés parce que nous avons cru, mais afin que nous croyions ; et par cet appel irrévocable, il s’accomplit et se réalise que nous croyions. Mais il n’est pas nécessaire de répéter tout ce que nous avons déjà dit à ce sujet.

 

CHAP. 39.

—LE COMMENCEMENT DE LA FOI EST UN DON DE DIEU.

Enfin, dans ce qui suit ce témoignage, l'apôtre rend grâce à Dieu pour ceux qui ont cru ; non pas, certes, parce que l'Évangile leur a été annoncé, mais parce qu'ils ont cru. Car il dit : « En lui, après avoir entendu la parole de vérité, l'Évangile de votre salut, et après avoir cru, vous avez été scellés du Saint-Esprit promis, qui est le gage de notre héritage, pour la rédemption du peuple que Dieu s'est acquis, à la louange de sa gloire. C'est pourquoi, moi aussi, après avoir entendu parler de votre foi en Jésus-Christ, et au sujet de tous les saints, je ne cesse de rendre grâce à Dieu pour vous. » [Éph. 1.13 et suivants] Leur foi était nouvelle et récente, née de la prédication de l'Évangile ; l'apôtre, entendant parler de cette foi, rend grâce à Dieu pour eux. S'il rendait grâce à un homme pour quelque chose qu'il pensait ou savait ne pas avoir reçu, cela serait qualifié de flatterie ou de moquerie, plutôt que de véritable action de grâce. « Ne vous y trompez pas, car on ne se moque pas de Dieu » [Galates 6.7]. En effet, son don est aussi le commencement de la foi, à moins que l’action de grâce apostolique ne soit, à juste titre, considérée comme erronée ou fallacieuse. Qu’en est-il alors ? Cela n’apparaît-il pas comme le commencement de la foi des Thessaloniciens, pour laquelle, pourtant, le même apôtre rend grâce à Dieu lorsqu’il dit : « C’est aussi pour cela que nous rendons grâce à Dieu sans cesse, parce que, lorsque vous avez reçu de nous la parole que vous avez entendue de Dieu, vous l’avez reçue non comme une parole d’hommes, mais comme ce qu’elle est véritablement la parole de Dieu, qui agit efficacement en vous et en laquelle vous avez cru » [1 Thessaloniciens 2.13]. Pour quoi rend-il grâce à Dieu ici ? Assurément, ce serait vain et futile si Celui à qui il rend grâce n’avait pas accompli cette œuvre lui-même. Mais, puisque ce n’est pas vain et futile, Dieu, à qui il rend grâce pour cette œuvre, l’a certainement accomplie lui-même. Lorsqu'ils eurent entendu la parole de Dieu, ils la reçurent non comme une parole humaine, mais comme étant véritablement la parole de Dieu. Dieu agit donc dans le cœur des hommes par cet appel, selon son dessein, dont nous avons beaucoup parlé : que l'Évangile ne soit pas annoncé en vain, mais que, après l'avoir entendu, ils se convertissent et croient, le recevant non comme une parole humaine, mais comme étant véritablement la parole de Dieu.

 

CHAP. 40.

[XX]—TÉMOIGNAGE APOSTOLIQUE SUR LE COMMENCEMENT DE LA FOI QUI EST UN DON DE DIEU.

De plus, il nous est rappelé que le commencement de la foi est un don de Dieu, comme l'apôtre le souligne dans son Épître aux Colossiens : « Persévérez dans la prière, et veillez-y avec actions de grâces. Priez aussi pour nous, afin que Dieu nous ouvre la porte de sa Parole, pour annoncer le mystère du Christ, pour lequel je suis moi-même enchaîné, afin que je puisse le manifester comme je dois le faire. » [Col. 4.2 et suivants]. Comment la porte de sa Parole s'ouvre-t-elle, sinon lorsque le sens de celui qui l'écoute s'ouvre, afin qu'il puisse croire et, ayant fait un premier pas vers la foi, accueillir ce qui est déclaré et expliqué, en vue de l'édification d'une saine doctrine, de peur que, le cœur fermé par l'incrédulité, il ne rejette et ne repousse ce qui est proclamé ? C’est pourquoi il dit aux Corinthiens : « Mais je resterai à Éphèse jusqu’à la Pentecôte. Car une porte grande et manifeste m’est ouverte, et il y a beaucoup d’adversaires. » [1 Corinthiens 16.8]. Que peut-on comprendre d’autre ici, sinon que, lorsque l’Évangile y eut été prêché pour la première fois par lui, beaucoup avaient cru, et que de nombreux adversaires de la même foi s’étaient manifestés, conformément à cette parole du Seigneur : « Nul ne vient à moi, si cela ne lui est donné par mon Père » [Jean 6.66] et : « À vous, il est donné de connaître les mystères du royaume des cieux, mais à eux, cela n’est pas donné » ? [Luc 8.10]. Ainsi, une porte est ouverte pour ceux à qui elle est donnée, mais de nombreux adversaires se trouvent parmi ceux à qui elle n’est pas donnée.

 

CHAP. 41.

—AUTRES TÉMOIGNAGES APOSTOLIQUES.

Et de nouveau, le même apôtre dit au même peuple, dans sa deuxième épître : « Lorsque je fus arrivé à Troas pour l’Évangile du Christ, et qu’une porte m’eut été ouverte dans le Seigneur, je n’eus aucun repos dans mon esprit, parce que je n’y trouvai pas Tite, mon frère ; alors, après leur avoir fait mes adieux, je partis pour la Macédoine. » [2 Cor. 2.12,13]. À qui fit-il ses adieux sinon à ceux qui avaient cru, c’est-à-dire à ceux dans le cœur desquels la porte s’était ouverte pour sa prédication de l’Évangile ? Mais remarquez ce qu’il ajoute : « Grâces soient rendues à Dieu, qui nous fait toujours triompher en Christ, et qui répand par nous en tout lieu la bonne odeur de sa connaissance ! Car nous sommes pour Dieu une agréable odeur de Christ, parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent ; pour certains, nous sommes une odeur de mort qui mène à la mort, mais pour d’autres, une odeur de vie qui mène à la vie. » [2 Cor. 2.13]. [2.14 et suiv.] Voyez ce pour quoi ce soldat si zélé et cet invincible défenseur de la grâce rend grâce. Voyez ce pour quoi il rend grâce : que les apôtres soient une douce odeur du Christ pour Dieu, tant pour ceux qui sont sauvés par sa grâce que pour ceux qui périssent par son jugement. Mais afin que ceux qui comprennent mal ces choses ne soient pas irrités, il les avertit lui-même lorsqu'il ajoute ces mots : « Et qui est capable de telles choses ? » [2 Cor. 2.16]. Revenons-en à l'ouverture de la porte par laquelle l'apôtre signifiait le commencement de la foi chez ses auditeurs. Car que signifie : « Priez aussi pour nous, afin que Dieu nous ouvre la porte de la parole » [Col. 4.3], sinon une démonstration manifeste que même le commencement de la foi est un don de Dieu ? Car on ne le lui demanderait pas dans la prière si l'on ne croyait pas qu'il le donne. Ce don de la grâce céleste s'était répandu sur cette marchande de pourpre [Actes 16.14], à qui, comme le dit l'Écriture dans les Actes des Apôtres, « le Seigneur lui ouvrit le cœur, et elle fut attentive aux paroles de Paul », car elle avait été appelée ainsi afin de croire. Dieu agit dans le cœur des hommes, soit par son aide, soit par son jugement, de sorte que, même par leurs actions, s'accomplisse ce que sa main et son dessein ont prédestiné.

 

CHAP. 42.

—TÉMOIGNAGES DE L'ANCIEN TESTAMENT.

C’est donc en vain que les objections prétendent que ce que nous avons prouvé par le témoignage des Écritures, tiré des livres des Rois et des Chroniques, n’est pas pertinent au sujet dont nous parlons : 21 par exemple, que lorsque Dieu veut que soit fait ce qui ne devrait être fait que par les hommes qui le veulent, leurs cœurs sont disposés à le vouloir, disposés, c’est-à-dire par sa puissance, qui, d’une manière merveilleuse et ineffable, agit aussi en nous pour nous donner cette volonté. Qu’est-ce que cela, sinon se taire et contredire en même temps ? À moins, peut-être, qu’ils ne vous aient donné une raison pour l’opinion qu’ils ont adoptée, raison dont vous avez préféré ne pas parler dans vos lettres. Mais quelle peut être cette raison, je l’ignore. Puisque nous avons démontré que Dieu a agi sur le cœur des hommes et a orienté la volonté de ceux qu'il a choisis jusqu'à établir Saül ou David comme rois, ne pensent-ils pas que ces exemples sont pertinents ? En effet, régner sur terre n'est pas la même chose que régner éternellement avec Dieu. Supposent-ils donc que Dieu incline la volonté de ceux qu'il veut à l'obtention de royaumes terrestres, mais non à celle d'un royaume céleste ? Or, je crois que c'est bien au royaume des cieux, et non à un royaume terrestre, qu'il est dit : « Incline mon cœur vers tes préceptes » [Psaume 119.36], ou encore : « L'Éternel dirige les pas de l'homme, il veut sa voie » [Psaume 37.23], ou bien : « La volonté de l'Éternel est préparée » [Proverbes 18.24]. 8. voir LXX.] ou : « Que notre Seigneur soit avec nous comme avec nos pères ; qu’il ne nous abandonne pas, qu’il ne se détourne pas de nous ; qu’il incline nos cœurs vers lui, afin que nous marchions dans toutes ses voies » [1 Rois 8.57,58]. Ou : « Je leur donnerai un cœur pour me connaître, et des oreilles pour entendre » [Baruch 2.31]. Ou : « Je leur donnerai un autre cœur, et je leur donnerai un esprit nouveau » [Ézéchiel 11.19]. Qu’ils entendent aussi ceci : « Je donnerai mon Esprit en vous, et je vous ferai marcher dans ma justice ; vous observerez mes ordonnances et vous les mettrez en pratique » [Ézéchiel 36.27]. Qu’ils entendent : « Les pas de l’homme sont dirigés par le Seigneur, et comment l’homme peut-il comprendre ses voies ? » [Proverbes 18.18]. 20.24.] Qu’ils entendent : « Chacun se croit juste, mais l’Éternel dirige les cœurs. » [Proverbes 21.2.] Qu’ils entendent : « Tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent. » [Actes 13.48.] Qu’ils entendent ces passages, et tous les autres que je n’ai pas mentionnés, où il est déclaré que Dieu prépare et transforme la volonté des hommes pour le royaume des cieux et la vie éternelle. Et réfléchissez à la contradiction que représente le fait de croire que Dieu œuvre à la volonté des hommes pour l’établissement de royaumes terrestres, tandis que les hommes œuvrent à leur propre volonté pour parvenir au royaume des cieux.

 

CHAP. 43

[XXI.]—CONCLUSION.

J'ai beaucoup parlé, et peut-être aurais-je pu depuis longtemps vous convaincre de ce que je souhaitais, et je m'adresse encore à des esprits si intelligents comme s'ils étaient obtus, pour qui même l'excès est toujours insuffisant. Mais qu'ils m'excusent, car une nouvelle question m'y contraint. Car, bien que dans mes précédents petits traités j'aie démontré par des preuves suffisamment appropriées que la foi était aussi un don de Dieu, on a trouvé ce motif de contradiction : ces témoignages étaient certes utiles pour montrer que l'accroissement de la foi était un don de Dieu, mais que le commencement de la foi, par lequel un homme croit d'abord en Christ, venait de l'homme lui-même et n'était pas un don de Dieu ; or, Dieu exige cela afin que, une fois cela accompli, d'autres dons puissent suivre, en quelque sorte en vertu de ce mérite, et que ce soient là les dons de Dieu ; et qu'aucun d'eux ne soit donné gratuitement, bien qu'en eux soit proclamée la grâce de Dieu, qui n'est grâce que par sa gratuité. Et vous voyez combien tout cela est absurde. C’est pourquoi j’ai décidé, autant que faire se peut, de démontrer que ce commencement même est un don de Dieu. Et si je l’ai fait plus longuement que ne l’auraient souhaité ceux pour qui je l’ai fait, je suis prêt à en recevoir le reproche, pourvu qu’ils reconnaissent néanmoins que, malgré cette longueur excessive, malgré le dégoût et la lassitude de ceux qui comprennent, j’ai fait ce que j’ai fait : c’est-à-dire que j’ai enseigné que même le commencement de la foi, ainsi que la continence, la patience, la justice, la piété et le reste, sur lesquels ils ne sont pas en désaccord, est un don de Dieu. Que ce soit là la fin de ce traité, de peur qu’une trop grande longueur ne l’offense.

Notes

Ce traité constitue la première partie d'un ouvrage dont la seconde partie est intitulée « Sur le don de persévérance ».
Les deux ouvrages, De la prédestination des saints et Du don de persévérance , furent mentionnés dans deux longues lettres, l'une de Prosper et l'autre d'Hilaire, informant Augustin du soulèvement semi-pélagien en Gaule méridionale et le suppliant instamment de l'aider à le combattre. Ces lettres portent les numéros 225 et 226 dans le recueil des lettres d'Augustin. Prosper commençait alors sa brillante carrière de défenseur de l'augustinisme en Gaule méridionale. Hilaire était également un laïc et il est possible qu'on l'identifie à celui qui, bien plus tôt, avait écrit à Augustin au sujet des Pélagiens de Sicile (voir la lettre 156) et à qui fut adressée la longue lettre 157. — W.
Le parti auquel Augustin s'oppose ici avait son principal centre à Marseille, et est donc appelé « Massiliens ». Prosper, dans sa lettre, les appelait reliquiæ Pelagianorum , c'est-à-dire « les restes des Pélagiens ». Ils sont aujourd'hui le plus souvent appelés « Semi-Pélagiens ».—W.
Virg. Énéide , xi. 309.
Sur les actes de Pélage , chap. 30.
Cyprien, Témoignages à Quirinus , Livre 3, chap. 4 ; Les Pères anténicéens , vol. 5, p. 528.
Lettre d'Hilaire, n° 226 dans le recueil des Lettres d'Augustin.
Rétractations , Livre 1, chap. 23, n° 3, 4.
Cyprien. Test . Livre 3. ch. 4 ; voir Les Pères anténicéens , p. 528. Rétractations d'Augustin , II. i. 1.
Voir l'Épître d'Hilaire ( Épîtres d'Augustin , 226).
Bernard affirme alors, dans son traité De la grâce et du libre arbitre , chap. I : « Dieu est l’auteur du salut. Le libre arbitre n’en est que capable. » Voir aussi De l’appel des païens , livre II, chap. 2, et Fulgence, De l’incarnation et de la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ , chap. 22, 23 et 24.
Selon les manuscrits du Vatican, on lit : « Le premier qui a voulu », et en dessous : « Le second qui n’a pas voulu ».
Ou encore, « dociles envers Dieu ».
Traité chypriote sur la prière du Seigneur.
Épîtres d'Augustin , 102, chapitres 14 et 15.
Voir la lettre d'Hilaire dans les Lettres d'Augustin , 226, chap. 2.
Voir la lettre de Prosper dans les Lettres d'Augustin , 225, chap. 5.
Prænosci possit, nec possit ignosci.
Cyprien, Œuvres des Pères anténicéens , vol. vp 469.
Cyprien, Sur la mortalité , comme ci-dessus.
Lettre d'Hilaire dans les Lettres d'Augustin , 226, sec. 7.
 

Auteur

Saint Augustin - (354-430), évêque d'Hippone et « Docteur de l'Église »

Considéré par la plupart des érudits comme la figure la plus importante de l'Église occidentale antique, saint Augustin naquit à Tagaste, en Numidie (aujourd'hui Annaba, en Algérie). Sa mère était chrétienne, mais son père demeura païen jusqu'à un âge avancé. Après une enfance plutôt banale, seulement troublée par un vol de poires, Augustin explora divers courants philosophiques avant de se convertir au christianisme à trente et un ans. À dix-neuf ans, la lecture de l'Hortensius de Cicéron fit naître en lui une fascination pour les questions et les méthodes philosophiques qui l'accompagnerait toute sa vie. Après quelques années de manichéisme, il fut attiré par les positions plus sceptiques des philosophes académiques. Bien que tenté par le christianisme à son arrivée à Milan en 383, il se tourna d'abord vers le néoplatonisme. Durant cette période, Augustin eut un enfant d'une liaison. Cette période d'exploration, y compris ses excès de jeunesse (peut-être quelque peu exagérés), est relatée dans l'œuvre la plus lue d'Augustin, les Confessions .

Durant sa jeunesse, Augustin avait étudié la rhétorique à Carthage, discipline qu'il utilisa pour obtenir un emploi d'enseignant à Carthage, puis à Rome et à Milan, où il rencontra Ambroise, à qui l'on attribue la conversion d'Augustin et qui le baptisa en 387. De retour dans son pays natal peu après sa conversion, il fut ordonné prêtre en 391 et devint évêque d'Hippone en 396, poste qu'il occupa jusqu'à sa mort.

Outre les Confessions , l'œuvre la plus célèbre d'Augustin est son De Civitate Dei ( Sur la Cité de Dieu ), une étude des relations entre le christianisme et la société séculière, inspirée par la chute de Rome aux mains des Wisigoths en 410. Parmi ses autres écrits, on compte de nombreuses critiques acerbes de diverses hérésies : Contre Faust, le manichéen ; Sur le baptême ; Contre les donatistes ; et de nombreuses attaques contre le pélagianisme et le semi-pélagianisme. Il a également écrit des traités sur la Trinité ; Sur la foi, l'espérance et la charité ; Sur la doctrine chrétienne ; et quelques dialogues de jeunesse.

Saint Augustin apparaît comme un fervent défenseur de l'orthodoxie et de l'épiscopat comme seul instrument de dispensation du salut. À la lumière des recherches ultérieures, on peut le considérer comme un trait d'union entre l'Antiquité et le Moyen Âge. Un examen de sa vie et de son œuvre révèle cependant un homme d'action, attentif aux préoccupations pratiques des Églises qu'il a servies.

 

 

A Christ seul soit la Gloire