LES SOUFFRANCES ET LA MORT

DE

JÉSUS-CHRIST

par Jean leDuc

Décembre 2025

 

 

Mise en pages par

Jean leDuc et Alexandre Cousinier

 

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LES ANCIENNES PROPHÉTIES

 

L'AGONIE DANS LE JARDIN DE  GETHSÉMANI

 

JUDAS LE TRAITRE CONNAISSAIT LE LIEU

La condamnation du Sanhédrin

 

JÉSUS DEVANT PILATE POUR SON EXÉCUTION

 

HORREUR DE LA FLAGELLATION ET CRUCIFIXION

 

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LES ANCIENNES PROPHÉTIES

    MATTHIEU xxvii, 46.

Bien avant que notre Sauveur béni ne se manifeste en chair et en os, les circonstances particulières de son humiliation et de sa mort furent révélées aux anciens prophètes, qui les firent connaître au peuple. Il n'existe pas de preuve plus irréfutable de la messianité du Christ que l'accomplissement, en lui, de toutes les prophéties le concernant, des plus petites aux plus grandes. Ainsi, par exemple, Esaïe, qui vécut environ huit cent trente ans avant la venue du Christ, annonça qu'il serait méprisé et rejeté des hommes, homme de douleurs et familier avec la souffrance; qu'il serait blessé pour nos transgressions et brisé pour nos iniquités; qu'il serait compté parmi les transgresseurs et qu'il offrirait sa vie en sacrifice pour le péché. Zacharie, quant à lui, prédit expressément que le Christ serait livré pour trente pièces d'argent et que cet argent servirait à acheter un champ de potier. Et David, mort plus de mille ans avant la naissance du Christ, a prophétisé de son jeûne dans le désert; de sa mise en accusation et de sa condamnation par l'instigation de faux témoins; de sa flagellation, de sa crucifixion et de son ensevelissement; et de même de sa résurrection d'entre les morts et de son ascension au ciel.

Et, de même que les écrits des Évangélistes et des Apôtres constituent le meilleur commentaire de l'Ancien Testament, en consultant leurs récits des souffrances du Christ et en les comparant aux anciennes prophéties, nous constaterons que chaque événement correspond aux prédictions avec une précision remarquable. Je suis persuadé que l'une des principales raisons de la prolifération des déistes et des infidèles à notre époque est que ces hommes ne prennent jamais la peine de lire les Écritures, ou que, s'ils y jettent un coup d'œil par hasard, ils le font avec légèreté et négligence. Leurs préjugés, d'une part, et leur manque d'attention, d'autre part, les rendent imperméables à toute démonstration et aveugles à la vérité, aussi éclatante soit-elle.

 

L'AGONIE DANS LE JARDIN DE  GETHSÉMANI

Or je ne fais que mentionner ceci, mon but principal étant d'éclairer les circonstances de la crucifixion de notre Seigneur, telles que nous les trouve relatées par Matthieu. Le chapitre précédent, parmi d'autres détails émouvants, nous informe de son agonie et de sa prière au jardin de Gethsémani (littéralement: lieu du pressoir). Ce jardin, ou champ, était un lieu isolé au pied du mont des Oliviers, à environ huit cents mètres à l'est de Jérusalem. Comme saint Luc nous l'apprend, notre Seigneur avait coutume de s'y retirer occasionnellement; c'était un lieu peu fréquenté, et donc propice à la prière et à la méditation. Et maintenant, sachant que sa mort était proche, après avoir institué la Cène et fait ses adieux solennels à ses disciples, il se rendit de nouveau au jardin de Gethsémani afin de passer quelques instants en supplication à son Père ou nature divine céleste, et ainsi mieux se préparer à endurer le poids des souffrances qu'il allait bientôt subir. C’est donc là que les tourments de son âme et l’intense ferveur de ses prières provoquèrent cette sueur de sang dont il est question dans l’Évangile selon saint Luc.

Bien qu'il fît tard dans la nuit et que la saison fût exceptionnellement froide, cette sueur était comme de grosses gouttes de sang tombant à terre, prélude à sa crucifixion imminente, où le flot écarlate ne coulerait plus goutte à goutte, mais jaillirait en torrents de son corps blessé. La prière que notre Seigneur prosterna dans le jardin fut: « Ô mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi; toutefois, non pas ma volonté, mais la tienne. » Comme s'il avait dit: « Si l'homme pécheur peut être sauvé sans ma souffrance, que je ne souffre pas; mais si l'humanité doit se perdre, à moins que je ne meure, que ta volonté soit faite. Je me contente d'endurer le châtiment qui leur est dû, si ta justice ne peut être satisfaite autrement. Que tout le poids de ta colère repose sur moi, afin que mon peuple soit pardonné et son âme sauvée. »

Cette prière du Christ nous apporte une réponse à une question que certains ont osé poser: l’humanité pécheresse n’aurait-elle pas pu être pardonnée, et n’aurait-il pas été possible de trouver un autre moyen de salut que la mort du Christ ? À cela, avec tout le respect dû à la sagesse divine, nous pouvons répondre sans hésiter: non. Si un autre chemin vers notre rédemption avait pu être imaginé, la prière du Christ, qui implorait que, dans ce cas, la coupe s’éloigne de lui, aurait certainement été exaucée. Il n’est même pas raisonnable de penser que le Christ aurait assumé notre nature, vécu une vie de souffrances et subi une mort atroce si cela n’avait pas été absolument nécessaire, et si un sacrifice moindre aurait pu suffire à notre salut.

 

JUDAS LE TRAITRE CONNAISSAIT LE LIEU

Notre Seigneur béni avait à peine terminé sa prière et s'était relevé de terre lorsqu'une multitude de soldats, composés en partie de Juifs et en partie de gardes du temple, vint l'arrêter. Judas était le chef de cette troupe. Il est possible qu'ils l'aient cherché à Jérusalem et, ne l'y ayant pas trouvé, Judas, sachant que Gethsémani était un lieu où il se rendait fréquemment, y conduisit la foule. Le traître leur avait auparavant donné un signal, disant: « Celui que j'embrasserai, c'est lui, saisissez-le. » Le Fils, Dieu lui-même, ainsi appréhendé, fut conduit de Gethsémani à Jérusalem, les mains liées derrière le dos, et amené devant le Sanhédrin juif, présidé par Caïphe, le grand prêtre. Là, devant toute la cour, notre Seigneur affirma résolument la dignité de sa personne et la divinité de sa mission. Il avait entendu en silence le témoignage de ceux qui portaient de faux témoignages contre lui. Il refusa de se disculper de leurs calomnies malveillantes, les jugeant indignes de son attention; sachant que sa mort était nécessaire, tant pour accomplir le décret de Dieu que pour obtenir la rédemption de son peuple d'élus. Il préféra souffrir plutôt que de se défendre.

La condamnation du Sanhédrin

Mais puisque les accusations portées contre lui par les faux témoins, à supposer même qu'elles fussent vraies, n'étaient pas capitales et ne pouvaient lui coûter la vie, les membres du Sanhédrin, assoiffés de sang, espéraient qu'en le persuadant de parler, ils pourraient lui soutirer des paroles qui se retourneraient contre lui et leur fournir un prétexte plausible pour le condamner. Le grand prêtre, au nom des autres, l'adjura donc, par le Dieu vivant, de leur dire s'il était le Messie et le Fils, Dieu lui-même. Sur quoi, en partie par respect pour le nom de son Père ou nature divine en lui, par qui il avait reçu cet adjuration, et en partie par crainte que son silence ne soit interprété comme un reniement de sa messianité, notre Seigneur répondit: « Tu l'as dit », c'est-à-dire: « Tu as raison, JE SUIS le Fils, Dieu lui-même. » Ajoutant: « Néanmoins, je vous le dis, désormais vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance et venant sur les nuées du ciel. » Comme s’il avait dit: « Bien que vous siégiez maintenant comme juge et que je me tienne devant vous comme un criminel, le temps viendra où les rôles seront totalement inversés. Vous qui, aujourd’hui, me regardez avec horreur et mépris, vos yeux mêmes me verront venir au dernier jour pour juger l’humanité, non pas comme je le parais maintenant, humble, pauvre et abandonné, mais revêtu d’une gloire incréée, doté d’une puissance infinie et accompagné d’innombrables armées d’anges adorateurs. Et, aussi sûrement que je me tiens maintenant à votre barre, vous serez traduits en justice et condamnés à la mienne. »

Loin d'être affecté par ces paroles terribles, ni par la solennité majestueuse avec laquelle, sans aucun doute, notre Seigneur les prononça, le grand prêtre se réjouit d'entendre cette déclaration, car il pouvait désormais, avec une certaine éloquence, le condamner pour un prétendu blasphème. Le grand prêtre hypocrite et manipulateur (comme un vrai alexanian) déchira ses vêtements, ce qui, chez les anciens, était le signe le plus fort d'horreur et d'indignation. Puis, s'adressant à l'assemblée, il s'écria: « Il a blasphémé ! Que nous faut-il encore de témoins ? Voyez, vous avez maintenant entendu son blasphème; qu'en pensez-vous ? » Ce à quoi ils répondirent tous: « Il est coupable de mort. »

À peine la sentence prononcée, l'assemblée entière, abandonnant toute décence et toute retenue, se mit à déchaîner sa fureur sur le malheureux innocent. Il est dit: « Alors ils lui crachèrent au visage et le rouèrent de coups », c'est-à-dire qu'ils le frappèrent à coups de poing, d'autres à coups de paume, ou, pour traduire plus précisément, à coups de bâton. Autrement dit, ceux qui, gênés par la foule, ne pouvaient l'approcher suffisamment pour le frapper à mains nues, se penchèrent et le frappèrent avec leurs bâtons. Certains auteurs ajoutent que, non contents de cela, ils lui arrachèrent la barbe et les cheveux. Alors s'accomplit pleinement cette prophétie d'Isaïe, relative au Messie : « J'ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, mes joues à ceux qui m'arrachaient les cheveux, et je n'ai point caché mon visage à la honte et aux crachats. » Ainsi, ils continuèrent d'exercer leur cruauté sur le Seigneur de la vie, pendant tout le reste de la nuit.

 

JÉSUS DEVANT PILATE POUR SON EXÉCUTION

Au matin, comme le relate le début du chapitre suivant, les grands prêtres et les anciens se concertèrent contre Jésus pour le faire mourir. Ils décidèrent ensemble de la mort à lui infliger et comment persuader Pilate, le gouverneur romain, de ratifier et d'exécuter la sentence qu'ils avaient prononcée la veille. Ils résolurent de le livrer au magistrat séculier, d'une part parce que, tributaires de l'empereur romain, ils n'avaient que peu de pouvoir sur la vie et la mort, et d'autre part parce qu'ils pressentaient l'indignation du peuple, témoin des miracles du Christ et de la sainteté de sa vie, à l'idée de sa mise à mort. Aussi, les grands prêtres et les magistrats choisirent-ils de le livrer à Ponce Pilate, afin que l'opprobre de sa mort ne retombe pas sur eux, mais sur les Romains. Pour lui ôter toute possibilité de survie, ils convinrent de l'accuser de haute trahison. et de l'accuser à Pilate, comme ennemi de la personne et du gouvernement de César.

Ils le conduisirent donc, enchaîné, devant le tribunal et, après avoir remis leur rapport, Pilate, s'adressant à Jésus, lui demanda: « Es-tu le roi des Juifs ? », sous-entendant: « Tu as entendu ce qui est reproché contre toi; es-tu coupable ? Es -tu le roi des Juifs ? Est-il possible que tu te présentes comme roi, toi qui sembles si pauvre, méprisé et honteux ? » Le Christ, souffrant, répondit, comme il l'avait déjà fait devant le synode juif: « Tu le dis », c'est-à-dire: « Tu as raison de me qualifier de roi; je le suis, même au sens temporel, étant un descendant direct de David. » Saint Jean nous apprend que le Seigneur ajouta: « Mon royaume n'est pas de ce monde », signifiant : « Bien que je sois, par filiation, le roi légitime du peuple juif, je renonce volontairement à faire valoir mes droits temporels. » Je n'ai jamais recherché la pompe ni la grandeur extérieures; mon dessein, en venant au monde, étant d'établir un royaume spirituel, un royaume de grâce, dans le cœur des hommes élus; de les sauver de l'esclavage du péché et de Satan; de les éclairer à la connaissance des vérités à propos du salut; de les rendre spirituellement heureux ici-bas et éternellement dans l'au-delà.

Pilate, pleinement convaincu de l'innocence de notre Sauveur et du fait que les Juifs n'avaient d'autre motif de le poursuivre que l'envie et la malice, aurait souhaité le libérer. Mais les grands prêtres, insistant mensongèrement sur le fait que le Christ, s'il était laissé en vie, usurperait le trône de Juda et mettrait fin au gouvernement romain, Pilate consentit à ce qu'il soit crucifié, de peur que, s'il l'acquittait, il ne soit accusé à tort auprès de l'empereur d'encourager un homme accusé de trahison. Mais, comme Pilate agissait ainsi contre sa conscience et craignait davantage l'empereur que Dieu, sa prétendue prudence ne lui apporta rien. Car, comme l'histoire nous le rapporte, à peine cinq ans après la crucifixion de notre Sauveur, ce que Pilate redoutait le plus lui arriva. Il tomba en disgrâce auprès de Tibère, qui l'exila. Là, il mit fin à ses jours en se donnant la mort. Et, en effet, il arrive souvent que ceux qui cherchent à plaire aux hommes par des actes répréhensibles et sacrifient leur bonne conscience pour préserver l'estime du monde manquent leur but ; et, en troquant la faveur de Dieu contre celle des hommes, ils perdent souvent les deux.

Pilate, bien que poussé par l'insistance des Juifs à condamner Jésus, fit néanmoins tout son possible pour le sauver sans les offenser. Il proposa donc cet expédient: comme il était d'usage de leur livrer un criminel lors de la solennité annuelle de la Pâque, il souhaitait qu'ils choisissent le Christ. Mais les grands prêtres et les chefs du peuple s'écrièrent à l'unanimité : « Non pas celui-ci, mais Barabbas ! » L'hypocrisie des Juifs était en cela flagrante. Ils avaient juste auparavant feint d'accuser notre Seigneur d'être un ennemi de l'État. Leur objectif était double: 1. Rendre la mort du Christ inévitable, la trahison étant toujours considérée comme un crime impardonnable dans les pays soumis aux Romains ; 2. Accuser le Christ de défection et insister sur son exécution visait à se présenter comme des amis de l’État et bienveillants envers l’empereur romain. Mais leur demande de libération de Barabbas prouve qu’il ne s’agissait que d’une dissimulation. Barabbas s’était en effet rendu coupable de trahison; il avait formé un parti à Jérusalem et fomenté une rébellion. Celle-ci, réprimée par la vigilance de Ponce Pilate, avait conduit à l’arrestation de Barabbas, instigateur de l’insurrection, et de deux de ses complices, probablement les deux larrons crucifiés avec le Christ. Les autres s’étaient enfuis.

 

HORREUR DE LA FLAGELLATION ET CRUCIFIXION

Les Juifs ayant exigé la libération de Barabbas, Pilate leur demanda ce qu'il devait faire du Christ. Ils répondirent: « Qu'il soit crucifié. » Pilate ordonna alors qu'il soit flagellé. On ignore s'il agit ainsi uniquement par respect pour les lois romaines, qui exigeaient que tout condamné à la crucifixion soit d'abord flagellé, ou si, en flagellant notre bienheureux Rédempteur, il espérait le sauver, pensant qu'un spectacle aussi macabre pourrait émouvoir ses persécuteurs et les satisfaire sans avoir à le mettre à mort. Lequel de ces deux motifs incita Pilate à le flageller reste incertain. Quoi qu'il en soit, il fut flagellé par les soldats romains, et ce avec une extrême sévérité.

Dans ces conditions, lorsqu'un condamné à mort devait être flagellé, ses bras étaient attachés à une colonne pour l'empêcher de se débattre. Si le condamné était accusé d'un crime particulièrement grave, quatre soldats se tenaient derrière lui, chacun muni d'un fouet composé de plusieurs fils de fer auxquels étaient fixés des clous et des crochets. Chaque soldat devait frapper à tour de rôle, et ainsi de suite jusqu'à ce que le criminel soit presque mort d'hémorragie et de souffrance. Les soldats cessaient alors de le flageller et le conduisaient au lieu d'exécution. Tout cela fut sans doute infligé au Christ dans toute sa rigueur, et c'est pourquoi David, prophétisant sur le Christ, dit: « Les laboureurs ont labouré mon dos », et, non satisfaits de cela, ils le transportèrent de la colonne à la salle du préteur, où le Sauveur mutilé et presque mourant fut exposé aux insultes et aux railleries des gardes impitoyables.

C'est là qu'ils tressèrent une couronne d'épines et la posèrent sur sa tête. Certains pensent qu'il s'agissait d'épines naturelles, mais il est plus probable qu'elles étaient artificielles, en fer, aiguisées et pointues comme de véritables épines. Afin que ces épines pénètrent plus profondément dans ses tempes, l'évangéliste ajoute qu'ils prirent un roseau et le frappèrent à la tête. Auparavant, ils lui avaient donné un roseau qu'ils l'avaient insulté en lui faisant tenir comme un faux sceptre. Ils lui arrachèrent ensuite ce roseau des mains et, avec celui-ci, le frappèrent à la tête, enfonçant pour ainsi dire les épines dans son front, ce qui lui causa une douleur atroce et un abondant saignement.

Je ferai remarquer que le mot que nous traduisons par « roseau » pourrait tout aussi bien être rendu par « canne » ou « bâton »; et il est fort probable qu'il s'agissait d'une canne de marche, car un coup porté avec un roseau fin aurait à peine été ressenti, et n'aurait guère mérité d'être mentionné dans le récit détaillé de souffrances aussi terribles. Le couronnement d'épines du Christ fut prophétisé près de mille ans avant son incarnation, notamment au chapitre deux du Cantique des Cantiques, où il est comparé à un lys parmi les épines. Lorsque les soldats eurent assouvi leur cruauté et infligé au Fils, Dieu lui-même, toutes les indignités qu'ils pouvaient imaginer, l'évangéliste nous dit qu'ils le conduisirent pour le crucifier. Ils craignaient peut-être qu'il ne meure sous leurs mains, et qu'ils soient alors privés du plaisir de le livrer en spectacle public et de le tourmenter sur la croix.

Comme il était d'usage pour ceux qui allaient être crucifiés de porter leur propre croix jusqu'au lieu d'exécution, saint Jean nous rapporte qu'ils firent de même pour le Seigneur. Il s'avança, dit l'Évangéliste, portant sa croix. Il traversa ainsi les rues de Jérusalem jusqu'à ce que ses épaules, si récemment déchirées par le fouet, et son corps, amaigri par le chagrin et affaibli par le jeûne, ne puissent plus supporter le poids de la croix. Certains auteurs rapportent, et ils considèrent cela comme assez probable, que le Christ, incapable de porter sa croix plus loin, s'évanouit sous son poids sur le chemin du Calvaire. Les gardes qui l'escortaient, craignant, comme auparavant, qu'il ne vive pas assez longtemps pour atteindre le lieu d'exécution, contraignirent un certain Simon de Cyrène à porter la croix à sa place. Arrivé enfin au Calvaire, les soldats, avant de le crucifier, lui firent boire du vinaigre mêlé de fiel. Il est difficile de déterminer s'ils ont agi par simple dérision ou par compassion, afin de le plonger dans une sorte de léthargie et de le rendre ainsi moins sensible à la douleur; toutefois, nous pouvons être sûrs que la providence divine l'a voulu ainsi, afin que s'accomplisse la prédiction des Psaumes: « Ils m'ont donné du fiel à manger, et quand j'ai eu soif, ils m'ont donné du vinaigre à boire. » Après cela, notre Seigneur fut dépouillé de ses vêtements et attaché à la croix.

La crucifixion antique se déroulait ainsi: la croix était posée à terre, et le condamné y était allongé, les bras étendus. S’il devait seulement être attaché à la croix, le bourreau se tenait prêt avec des cordes; s’il devait y être cloué, il se tenait prêt avec des clous et des marteaux. Les clous n’étaient jamais enfoncés directement dans la paume des mains, mais vers le bas de la main, près du poignet, car la douleur y est plus vive et les mains sont ainsi plus robustes. Les pieds du condamné étaient généralement croisés l’un sur l’autre, de sorte qu’un clou les traverse tous les deux. Une fois cela fait, la croix était soulevée du sol à l’aide de cordes, et son pied était fixé dans une fosse profonde creusée dans la terre.

Comme il s'agissait de la méthode générale de crucifixion, il ne fait aucun doute que notre Seigneur fut crucifié de cette manière. Certains affirment qu'après qu'il fut attaché à la croix, alors qu'on la fixait dans la terre, celle-ci s'écroula avec lui. Si cela est vrai, cela éclaire le passage du psaume 22 où David, parlant au nom du Christ, dit: « Tous mes os sont disloqués. » Et assurément, si la croix s'est effondrée avec lui, elle a dû le choquer et le disloquer, aggraver les plaies qu'il avait déjà reçues et ajouter à ses immenses souffrances. La croix étant de nouveau dressée, tandis que le Prince de la vie se vidait de son sang, les soldats qui avaient participé à son exécution s'amusèrent à tirer au sort, c'est-à-dire à lancer les dés pour savoir qui aurait ses vêtements. Ils accomplirent ainsi la prophétie de David: « Ils se partagèrent mes vêtements, et ils tirèrent au sort ma tunique. »

Mais bien que le bienheureux Jésus ait souffert avec une douceur invincible, il ne mourut pas sans avoir infligé au monde coupable de terribles marques de sa colère. En effet, au verset quarante-cinq, il est dit que depuis la sixième heure, soit environ midi, au moment où le Christ fut cloué sur la croix, les ténèbres régnèrent sur toute la terre jusqu'à la neuvième heure, c'est-à-dire jusqu'à environ trois heures de l'après-midi, voire un peu plus tard. Le soleil retira miraculeusement ses rayons et le ciel se couvrit de deuil tandis que Jésus, le Créateur, rendait l'âme sur la croix. Que ces ténèbres, accompagnées d'un tremblement de terre, ne se limitèrent pas à la Judée, mais s'étendirent sur toute la terre, est évident, tant d'après les récits des historiens païens que de tous les évangélistes.

Un fait remarquable, rapporté par certains auteurs anciens, est à noter qu'au moment de la crucifixion de notre Seigneur, à Héliopolis, en Égypte, à plus de 350 kilomètres de Jérusalem, un certain Denys, témoin de ces ténèbres surnaturelles, dit à un ami: « Soit Dieu souffre lui-même, soit il compatit avec celui qui souffre. » Ce Denys n'était alors qu'un philosophe païen, mais il se convertit par la suite, comme saint Paul, et mourut martyr pour la foi. Que les ténèbres qui enveloppèrent la terre entière à ce moment-là, et qui furent notamment visibles à Nicée, en Bithynie, à 1150 kilomètres de Jérusalem, furent miraculeuses; il est évident qu'elles n'étaient pas dues à une éclipse solaire naturelle, car elles ne se produisirent pas à la nouvelle lune, mais à la pleine lune, moment où une éclipse solaire est impossible. De plus, une éclipse ne dure que quelques minutes, tandis que cette obscurité a persisté pendant trois heures. Ajoutons à cela que l'obscurité était universelle, alors qu'une éclipse, même si elle peut être visible dans certains pays, n'est jamais visible simultanément dans tous les pays.

Notre Seigneur béni, après avoir souffert pendant près de trois heures sur la croix, non seulement dans son corps, mais aussi, et c'était plus terrible encore, dans son âme immaculée, ressentant la colère divine due à son peuple d'élus, laissa éclater ce cri poignant et amer: « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m'as-tu abandonné ? » Ou, comme il me semble plus juste de le traduire selon le Grec original: « Mon Dieu ! Mon Dieu ! à ceci tu m'as désigné ! », exprimant ainsi l'immense détresse à laquelle il avait été prédestiné avant la fondation du monde (1 Pierre 1:1,20) ! Le Christ a souffert pour nous , à notre place (comme notre substitut); le châtiment qui aurait dû s'abattre sur nous a été transféré sur lui. Et une partie de ce châtiment consistait en les manifestations intérieures du déplaisir divin. Celles-ci, le Rédempteur les ressentit, non pour un mal qu'il avait commis, mais pour les péchés d'autrui, qu'il a gracieusement pris sur lui pour expier. Si ce fut le moment où le Seigneur plut à Dieu (l'Esprit de sa nature divine qui résidait en lui et dont il était la forme visible et corporelle) de le briser et d'offrir sa vie en sacrifice pour le péché, et si le Dieu Très-Haut banda son arc contre lui comme un ennemi et se tint à sa droite comme un adversaire, on comprend aisément la profonde consternation du Rédempteur. Il n'est pas étonnant que son cœur, pourtant d'ordinaire d'une force invincible, se soit, en cette occasion, figé comme de la cire.

Le vinaigre et le fiel qu'on lui fit boire n'étaient pas aussi amers que la coupe de la colère de son Père; pourtant, pour son peuple d'élus, il la but jusqu'à la lie. Les clous qui lui transpercèrent les mains et la lance qui lui fendit le cœur n'étaient pas aussi acérés que les froncements de sourcils de son Père ou Esprit éternel; froncements qu'il supporta patiemment pour notre consolation. Il était couvert de blessures et torturé par la douleur; pourtant, tout cela était doux, clément, comparé aux agonies indicibles qui pénétraient son âme. Les premières ne lui arrachèrent aucune plainte; les secondes, de son cœur brisé, lui firent arracher cette exclamation passionnée: « Mon Dieu ! Mon Dieu ! à ceci tu m'as désigné ! » Paroles étonnantes ! Assurément, une détresse inimaginable, les prononça-t-il ! Assurément, c'est la vengeance, non des hommes, mais du ciel lui-même, qui les pressait ! Chaque syllabe de ces mots exprime ce que décrit le prophète: « Cela ne vous fait rien, vous tous qui passez ? Voyez, et regardez s'il est une douleur semblable à la mienne, dont le Seigneur m'a affligé au jour de son ardente colère. »

L'évangéliste ajoute que Jésus cria de nouveau à haute voix. Mais pourquoi à haute voix ? Pour montrer qu'il n'est pas mort sous la contrainte, mais volontairement. À l'approche de la mort, la parole fait souvent défaut; or, le Christ, à l'article de la mort, parla d'une voix claire et audible, preuve que, malgré les souffrances endurées dans sa nature humaine, cette nature était soutenue de manière surnaturelle par sa divinité, et que toute la cruauté des Juifs et des Gentils ne pouvait mettre fin à sa vie avant qu'il ne le veuille. Ayant donc, d'une voix forte et triomphante, remis son âme bénie entre les mains de son Père céleste, il rendit l'esprit; ou, pour le traduire littéralement, « il remit son esprit ».

Lorsqu'il sut qu'il avait accompli toutes les prophéties le concernant et qu'il avait suffisamment souffert pour obtenir le salut de son peuple d'élus, il se retira volontairement de la vie en ce monde. À peine cette scène importante fut-elle terminée, à peine les paupières du Rédempteur se fermèrent-elles, que la nature universelle sembla compatir avec son Seigneur défunt et, de façon miraculeuse, dénoncer la culpabilité sans pareille et la cruauté sans précédent de ses meurtriers. Le premier prodige qui suivit immédiatement sa mort fut la déchirure du voile du Temple. Les prêtres, ou du moins la plupart d'entre eux, assistaient à l'office divin au Temple pour offrir le sacrifice du soir, au moment même où le Christ expira; lorsque le voile de l'épaisseur d'un poing d'homme, ou magnifique rideau, qui séparait le Saint des Saints du reste du Temple, se déchira soudainement en deux du haut en bas. Et comme ce voile était fait de la tapisserie la plus riche et la plus solide, sa déchirure fut d'autant plus miraculeuse et témoigna de l'intervention immédiate de la divine Providence. Ce déchirement du voile signifiait que l'ère juive de la loi et ses ordonnances était désormais révolue, tous les symboles qui la composaient s'étant accomplis en Christ. C'était aussi un présage de la destruction imminente du peuple juif en tant que nation; et cela montrait également que, par la mort et le sacrifice du Christ, un chemin était ouvert aux pécheurs vers le ciel, dont le Saint des Saints était une image ; et que désormais, il n'y avait plus de différence entre Juif et non-Juif, le Christ ayant abattu le mur de séparation et acquis la vie éternelle pour tous les élus qui croient en lui, parmi toutes les nations sous le ciel.

Le déchirement du voile n'était pas le seul prodige qui suivit. On raconte que la terre trembla si violemment que les rochers se fendirent, que les tombes s'ouvrirent et que de nombreux corps de saints ressuscitèrent; à la fois pour montrer que le Christ, par sa mort, avait vaincu la mort, et aussi comme un signe imminent de sa propre résurrection. Toutes ces circonstances extraordinaires firent trembler les soldats mêmes qui, peu de temps auparavant, l'avaient raillé et qui venaient d'être ses bourreaux, et qui dirent en tremblant de peur: « Vraiment, celui-ci était le Fils, Dieu lui-même. »

À quel point la contemplation de cet événement grandiose suscite-t-elle notre plus grande admiration, que le Fils, Dieu lui-même, si égal à nous, se soit ainsi abaissé jusqu'à la mort pour les pécheurs ? « Seigneur, qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui ? Ou le fils de l'homme, pour que tu daignes non seulement le visiter, mais aussi racheter sa vie en donnant la tienne ? »

S'il est une chose capable de susciter l'étonnement et d'enflammer notre gratitude, c'est bien ce mystère d'un renoncement suprême en notre faveur: Dieu manifesté en nous, et créé homme, pour verser son sang et mourir pour notre salut. Qu'il ait daigné être vendu pour trente sicles d'argent, soit trois livres et quinze shillings de notre monnaie; être arrêté et condamné comme un malfaiteur; être couronné d'épines acérées; être flagellé atrocement à la colonne sanglante; porter sa croix; être compté parmi les transgresseurs; être injurié par des soldats cruels et un peuple impitoyable; être déchiré par des clous torturants; être transpercé par une lance ennemie; et suspendu à l'arbre infâme, entre ciel et terre, indigne de l'un comme de l'autre, lui qui était le créateur et le protecteur de l'un et de l'autre. Quelle pensée peut atteindre, quelle langue peut exprimer, l'infinie richesse de son altruisme pour ses élus, qui l'a conduit à subir librement tout cela, uniquement pour le rendre heureux ! Bien plus, non seulement il l'a subi librement, mais il a même aspiré au moment de sa crucifixion: « J'ai un baptême, dit-il, un baptême de souffrances à recevoir; et comment pourrais-je être retenu jusqu'à ce qu'il soit accompli ? »

Comment ces considérations devraient-elles nous inciter, nous qui sommes son troupeau racheté, à avoir confiance en son expiation et à l'honorer par nos paroles et par nos actes ? « C'est pourquoi, frères saints, participants à l'appel céleste, considérez l'apôtre et le souverain sacrificateur de notre foi, Jésus-Christ. » Gardez fermement votre esprit fixé sur lui, qui est le Messager de l'alliance de grâce et l'exécuteur de ses conditions. Il n'est pas apparu dans ce monde terrestre uniquement pour révéler l'Évangile, car cela aurait pu être fait à un moindre coût que son incarnation et sa mort. N'importe quel ange aurait pu le proclamer, ou des prophètes l'annoncer, comme ils l'ont fait d'ailleurs, car « tous les prophètes rendent témoignage à Dieu ». Mais le Christ est venu obtenir le pardon, souffrir et obéir pour le salut du peuple d'élus de Dieu.

Rien d'autre ne saurait justifier l'extrême profondeur de son humiliation, ni correspondre à la dignité essentielle de sa personne, qui devait sanctifier son peuple par son propre sang et son sacrifice, une fois pour toutes, et intercéder pour lui par sa vie éternelle. Professez donc ouvertement, confessez et reconnaissez-le face à un monde hostile. Confessez votre culpabilité, comme le prêtre, sous la loi, confessait les iniquités d'Israël sur la tête du bouc émissaire. Rendez-lui grâce de tout votre cœur pour sa grande humilité, pour sa justice parfaite, pour son expiation complète, pour son intercession perpétuelle et pour la plénitude de sa grâce rédemptrice. N'oublions jamais que, par la miséricorde de l'alliance de Dieu, la justice du Christ a été acceptée comme notre paiement; que les souffrances du Christ ont été notre rançon; et que toute son obéissance jusqu'à la mort est notre délivrance libre, totale et définitive du châtiment.

Ces considérations reçues par la foi nous rempliront d'une joie ineffable et glorieuse; elles mettront dans notre bouche un cantique nouveau, une louange à Dieu, et nous ferons chanter. Ô mort, où est ton aiguillon ? Ô tombe, où est ta victoire ?

 

 

 

A Christ seul soit la Gloire