LE ROMANTISME DE LA CHRONOLOGIE BIBLIQUE

Explication du sens et démonstration de la vérité de chaque affirmation chronologique contenue dans le texte hébreu de l'Ancien Testament.

 

Volume I.

LE TRAITÉ.

PAR LE

Rév. MARTIN ANSTEY, BD, MA (Londres).

***

CONTENU.

 

Dévouement.

AVANT-PROPOS.

PRÉFACE DE L'AUTEUR.

 

VOLUME I. — LE TRAITÉ.

 

INTRODUCTION.

Chapitre 1.

Portée, méthode, point de vue et sources.

Autres textes et versions

Vestiges littéraires anciens

Inscriptions monumentales antiques

Littérature classique de la Grèce et de Rome

Observations et calculs astronomiques

Les chronologues anciens et modernes

Chapitre 2.

Fiabilité du témoignage.

Chapitre 3.

Canons de crédibilité

 

PÉRIODE I. — LES PATRIARCHES — Genèse.

Chapitre 4.

Patriarches antédiluviens : Adam à Noé

Chapitre 5.

Lien entre Noé et Sem : L'âge de Noé à la naissance de Sem

Chapitre 6.

Chronologie comparée : d'Adam à Noé

La version hébraïque, la Septante et la version samaritaine

Théophile, Africain et Josèphe

Chapitre 7.

Patriarches post-diluviens : de Sem à Abraham

Chapitre 8.

Lien entre Terah et Abraham : L'âge de Terah à la naissance d'Abram

Chapitre 9.

Chronologie comparée : de Sem à Abraham

La version hébraïque, la Septante et la version samaritaine

Théophile, Africain, Eusèbe et Josèphe

L'évolution et l'origine de l'homme

L'archéologie et l'antiquité de l'homme

La critique biblique et les débuts de l'histoire de l'homme

Chapitre 10.

Patriarches hébreux : Abraham, Isaac, Jacob et Joseph

Chapitre 11.

Lien entre Joseph et Moïse : De la mort de Joseph à la naissance de Moïse

Chapitre 12.

Chronologie comparée : d'Abraham à Moïse

Égypte : La stèle de Merenptah

Babylone : La Stèle de Khammurabi

 

PÉRIODE II. — LA THÉOCRATIE — De l'Exode à 1 Samuel 7.

Chapitre 13.

Israël en Égypte, de la naissance de Moïse à l'Exode

Chapitre 14.

Les quarante années passées dans le désert

Chapitre 15.

Guerre de Sept Ans : De l'entrée en Canaan au partage du pays

Chapitre 16.

Lien entre Joshua et les juges : partage des terres avec Cushan

Chapitre 17.

Les juges, y compris Samuel

Chapitre 18.

Lien entre Eli et Saül : la mort d’Eli et l’élection de Saül

Chapitre 19.

Chronologie comparée : de Moïse à Samuel

Les 480 ans de 1 Rois 6 1

Égypte : Le pharaon de l'Exode

***

PÉRIODE III. — LA MONARCHIE — Samuel 8 à 2 Rois 23.

Chapitre 20.

Saül, David et Salomon

Chapitre 21.

Israël et Juda jusqu'à la chute de Samarie

Première période : De Roboam à Jéhu

Deuxième période : De Jéhu à la chute de Samarie

Chapitre 22.

Juda, de la chute de Samarie à la captivité

Chapitre 23.

Chronologie comparée : de Saül à la captivité

Égypte : L'inscription de Shishak à Karnak

Moab : La pierre de Moab

Assyrie : Les inscriptions cunéiformes assyriennes

Salmanazar II (III)

Tiglath-Pileser III (IV)

Salmanazar IV (V)

Sargon II

Sennachérib

Esar-Haddon

Ashur-bani-pal

Le canon éponyme assyrien

 

PÉRIODE IV.

DOMINATION DES GENTILS — 2 Rois 24 à Esther.

Chapitre 24.

La captivité

Chapitre 25.

Le retour

Cyrus

Assuérus (Esdras 4) = Cambyse

Artaxerxès = Pseudo-Smerdis.

Darius Hystaspes = Artaxerxès (Esdras 6-Néh. 13) = Assuérus (Est.)

Chapitre 26.

Chronologie comparée : La captivité et le retour

Les tablettes Egibi

Le cylindre de Nabonide

La tablette de Cyrus et le cylindre de Cyrus

La grande inscription de Behistun de Darius Hystaspes

Inscriptions perses postérieures

Josèphe

Les apocryphes de l'Ancien Testament

Auteurs grecs : Hérodote, Ctésias et Xénophon

Darius Hystaspes = Artaxerxès (Esdras 6- Néh. 13)

Darius Hystaspes = Assuérus (Est.)

 

CONCLUSION.

Chapitre 27.

La naissance du Messie selon Daniel

Chapitre 28.

Chronologie comparée : La naissance du Messie selon Ptolémée

 

Dévouement.

À mon cher ami

Révérend G. CAMPBELL MORGAN, DD

à qui des conférences inspirantes sur

« La bibliothèque divine dans l’histoire humaine »

Je retrace la genèse de ces pages, et dont la connaissance intime et l'exposition inégalée de la Parole écrite rendent audible aux oreilles humaines la Voix vivante du Dieu vivant,

Je dédie ce livre.

L'AUTEUR. 3 octobre 1913.

 

AVANT-PROPOS.

Par le révérend G. Campbell Morgan, DD

C’est avec plaisir, mais aussi à contrecœur, que j’ai consenti à préfacer ce livre avec quelques mots de ma main.

Cette réticence tient au fait que l'ouvrage est si clairement présenté que toute description de la méthode ou du but en guise d'introduction serait superflue.

Le plaisir que procure cet ouvrage tient au fait qu'il est le fruit de notre étude du mouvement historique dans l'œuvre rédemptrice de Dieu telle qu'elle se manifeste dans l'Ancien Testament, menée à l'École biblique de Westminster. Alors que je donnais des conférences sur ce sujet, j'ai eu la chance de bénéficier de la collaboration de M. Martin Anstey pour une série de conférences consacrées à ces dates. Mon travail consistait à aborder de vastes thèmes, en négligeant en grande partie les dates. Il s'est consacré à ces dernières, et le résultat est ce volume, précieux pour l'enseignant biblique, de par son exhaustivité et sa précision.

L'étude biblique consiste à étudier la Bible. Il existe de nombreuses méthodes et approches ; aucune n'est dénuée de valeur ; toutes, lorsqu'elles sont menées en profondeur plutôt qu'en surface, contribuent à renforcer la conviction quant à l'exactitude des récits.

Ce phénomène est particulièrement marqué dans les services qui sont accessoires plutôt qu'essentiels.

Si, dans un domaine comme celui des dates — qui semble purement accessoire et d'une nature si générale que peu se sont donné la peine d'y prêter une attention particulière —, la méthode d'une étude approfondie démontre que ces références apparemment accessoires sont néanmoins exactes et harmonieuses, alors un témoignage précieux est rendu à l'intégrité des écrits.

M. Anstey s'est consacré à ce travail avec un soin et une érudition remarquables. Le résultat est fascinant et révèle de façon presque saisissante l'harmonie du schéma biblique.

La méthode employée a consisté en une étude indépendante des écrits eux-mêmes, avec un esprit ouvert et la détermination de ne rien cacher ni de rien justifier.

Seul l'étudiant attentif et patient saura apprécier la valeur de cet ouvrage ; et tous ceux qui le étudieront avec reconnaissance envers l'auteur, dotés d'un esprit ouvert et honnête, pourront le vérifier ou le corriger. J'ose affirmer que, dans ce processus, les corrections seront peu nombreuses et la vérification constante.

Chapelle de Westminster,

Porte de Buckingham, SO,

le n octobre 1913.

 

ό τολμών τι παραλάσσειν των γεγραμμενων απ' άργης, ούκ εν ο δ ω αλήθειας ίσταται.

Celui qui tente de modifier une quelconque partie des Écritures, par paresse ou par incapacité, ne se trouve pas sur le chemin de la Vérité.

Épiphane Contre les hérésies, Livre I.

 

PRÉFACE DE L'AUTEUR.

Les études présentées dans les pages qui suivent ont été entreprises afin d'établir et de présenter la chronologie exacte de chaque événement daté relaté dans l'Ancien Testament. L'objectif de l'auteur est de produire une chronologie de référence qui indique avec précision la date exacte de chaque événement, dans la mesure où celle-ci peut être déduite du texte lui-même.

Aucune autre date n'est mentionnée. Toutes les dates approximatives ou estimées sont omises car inexactes. Toutes les dates probables ou conjecturales, déduites de reconstitutions spéculatives de la situation historique et non garanties par le texte lui-même, sont rejetées comme invérifiables. Toutes les dates avérées, mais provenant d'autres sources – telles que l'histoire profane et les découvertes modernes – sont exclues des chapitres consacrés à la chronologie de l'Ancien Testament. Elles apparaissent uniquement dans les chapitres sur la chronologie comparée et dans les Tables chronologiques (tome II). La chronologie présentée ici s'appuie sur Flavius ​​Josèphe, sans toutefois s'y soumettre. Elle est, dans une certaine mesure, confirmée par les résultats des découvertes modernes, tels que consignés dans les Guides des antiquités babyloniennes, assyriennes et égyptiennes publiés par les autorités du British Museum, mais elle repose sur ses propres fondements et n'est dépendante d'aucune de ces sources.

La chronologie est une branche de l'histoire. À ce titre, elle est régie par les lois qui déterminent la validité des résultats obtenus par la démarche scientifique et l'enquête historique. Elle est également une branche des mathématiques appliquées, et les mathématiques sont une science exacte. Dans une chronologie véritablement scientifique, aucune date n'est admise si sa véracité n'est pas démontrée. Cette conception des limites de la discipline explique l'absence de la mention « ? » après chaque date dans les tables chronologiques, ainsi que le ton parfois dogmatique, voire euclidien, avec lequel sont exprimées les conclusions de cette méthode. Comme les mathématiques, la chronologie possède ses axiomes, ses postulats et ses définitions, dont le plus important et le plus fondamental est la fiabilité du témoignage de témoins honnêtes, compétents et contemporains, tels que ceux dont le témoignage est conservé dans les annales de l'Ancien Testament.

 

INTRODUCTION.

Chapitre I.

Portée, méthode, point de vue et sources.

Le but du présent ouvrage est d'établir une chronologie standard de la période couverte par les écrits de l'Ancien Testament.

Outre le texte massorétique hébreu de l'Ancien Testament, il existe de nombreuses autres sources fournissant des données pour l'établissement d'une chronologie de cette période, dont les principales peuvent être classées comme suit : —

I. Autres textes et versions tels que (1) la Septante (LXX) ou version grecque de l'Ancien Testament, et (2) le Pentateuque samaritain.

2. Les vestiges littéraires antiques, tels que les fragments de Sanchoniathon de Phénicie, de Bérose de Chaldée et de Manéthon d'Égypte qui nous sont parvenus ; les traditions nationales de l'histoire perse conservées dans les écrits du poète persan Firdusi ; les livres apocryphes de l'Ancien Testament ; les œuvres de l'historien juif Josèphe et le traité talmudique Sedar Olam.

3. Des inscriptions monumentales anciennes sur des rochers, des temples, des palais, des cylindres, des briques, des stèles et des tablettes, et des écrits sur des rouleaux de papyrus, mis au jour par des découvertes modernes au cours des derniers temps.

4. La littérature classique de la Grèce et de Rome.

5. Observations et calculs astronomiques, en particulier les éclipses de Soleil, les éclipses de Lune et les levers de Sirius, l'étoile du chien, avec le Soleil.

6. Les œuvres des chronologues anciens et modernes.

Les résultats obtenus à partir de l'une quelconque de ces sources doivent, s'ils sont exacts, être cohérents avec les résultats obtenus à partir de chacune des autres sources.

Le but du présent ouvrage est de procéder à un examen critique exhaustif des données contenues dans la première de ces sources seulement, et d'en élaborer et d'en construire une chronologie standard des événements de l'Ancien Testament, dans la mesure où cela peut être obtenu à partir des données chronologiques qui sont intégrées au texte massorétique hébreu de l'Ancien Testament, et indépendamment de toute aide qui pourrait être tirée d'une autre source.

Les résultats ainsi obtenus seront comparés à chaque étape avec ceux obtenus à partir des données fournies par les autres sources mentionnées ci-dessus. Toutefois, tandis que les données fournies par le texte hébreu de l'Ancien Testament font l'objet d'un examen critique exhaustif, chaque étape de la série étant étudiée scientifiquement et rigoureusement établie conformément aux lois reconnues de la preuve historique, les données fournies par ces autres sources ne sont pas traitées de la même manière, mais sont laissées à l'étude par d'autres chercheurs dans ces différentes branches de la recherche chronologique.

L'établissement d'une chronologie standard du texte hébreu de l'Ancien Testament est une condition préalable à l'interprétation correcte des résultats obtenus dans d'autres domaines d'étude chronologique, car, sans cela, aucune comparaison véritable et sûre ne peut être faite entre les dates données dans l'Ancien Testament et celles obtenues d'autres sources.

La méthode adoptée repose sur l'observation rigoureuse et l'induction historique scientifique. Chaque fait rapporté est accepté sur la base de l'autorité du texte qui le contient. Chaque livre de l'Ancien Testament est examiné avec soin, et chaque énoncé chronologique qu'il contient est méticuleusement consigné. Après avoir ainsi rassemblé tous les énoncés pertinents du texte et procédé à une induction complète de tous les faits, un schéma chronologique est construit, dans lequel chaque événement daté de l'Ancien Testament est dûment placé à sa place. Aucun fait n'est sélectionné au détriment d'autres. Aucune tentative n'est faite pour concilier des énoncés apparemment contradictoires par des corrections conjecturales du texte. Le schéma n'est pas conçu pour répondre aux exigences d'une théorie particulière, mais tous les énoncés relatifs à la chronologie sont rassemblés et interprétés les uns par rapport aux autres de manière à former un tableau complet et harmonieux des événements, dans lequel l'ensemble des faits pertinents contenus dans l'Ancien Testament sont présentés et expliqués à la lumière des relations temporelles qui les unissent.

On s'efforce de présenter les résultats obtenus de manière claire et concise, au moyen de diagrammes, de graphiques, de tableaux et d'autres représentations visuelles. La clarté de la compréhension est considérée comme aussi importante que l'exactitude et la précision de l'exposé pour une présentation satisfaisante de ce sujet complexe et ardu. On cherche ainsi à obtenir un résultat à la fois conforme aux Écritures et rigoureux sur le plan scientifique, tout en étant facile à comprendre.

Le présent essai traite exclusivement du texte hébreu de l'Ancien Testament tel qu'il nous est parvenu des mains des Massorètes. Ce texte possède une origine et une histoire, et notre compréhension de cette origine peut influencer notre appréciation de sa valeur et de son autorité. L'auteur n'aborde pas ici la question de l'auteur, de la datation et de la composition des différents livres de l'Ancien Testament, ni celle de l'intégrité du texte et des diverses sources dont il est issu. De même, toutes les questions relatives à la conservation et à la transmission du texte sont laissées de côté, le seul but de l'auteur étant d'établir et de dégager du texte, tel qu'il nous est parvenu, le schéma chronologique qui y est contenu. L'authenticité des sources et l'exactitude du texte dans son état de conservation actuel sont tenues pour acquises. Les résultats de cette étude feront autorité dans les limites de l'autorité accordée au texte lui-même. Les éléments fournis par le texte sont traités conformément aux exigences de la méthode scientifique moderne. Un soin particulier a été apporté à garantir, pour chaque étape de la Chronologie, la valeur d'une preuve ou d'une démonstration historique, afin que chaque induction ultérieure puisse se fonder sur une base scientifique assurée.

L’autorité à accorder aux résultats obtenus à partir des six autres sources mentionnées ci-dessus est celle des témoins corroborants ou contradictoires, et non celle du verdict d’un jury, ni celle de la déclaration d’un juge.

Les résultats obtenus à partir du témoignage de ces autres témoins peuvent être comparés à ceux obtenus à partir des annales de l'Ancien Testament, mais ils ne doivent pas être érigés en norme de vérité établie, ni utilisés pour corriger le témoignage du témoin principal.

(1) Autres textes et versions.

1. La Septante (LXX) est une traduction des Écritures hébraïques de l'Ancien Testament en grec hellénistique. Elle fut réalisée à Alexandrie, en Égypte, par portions successives, le Pentateuque étant la première partie traduite. La traduction de l'œuvre complète prit environ 70 ans (250-180 av. J.-C.). Elle fut entreprise sous le règne de Ptolémée II Philadelphe, roi d'Égypte (284-247 av. J.-C.). Elle fut traduite par des Juifs alexandrins, et non palestiniens, et fut l'œuvre de plusieurs traducteurs indépendants, ou groupes de traducteurs, séparés par des intervalles de temps considérables. Ce fut l'œuvre d'hommes qui ne partageaient pas cette vénération quasi superstitieuse pour la lettre de l'Écriture, qui caractérisait les Juifs de Palestine. Un Juif palestinien n'aurait jamais osé ajouter, retrancher ou altérer une seule lettre du texte original. Les traducteurs de la Septante, au contraire, sont connus pour leurs tendances hellénistiques, voire modernisatrices, leur désir de simplifier et d'éclaircir les difficultés, leur pratique de modifier le texte afin d'en supprimer ce qu'ils considéraient comme des contradictions apparentes, et, d'une manière générale, leur volonté d'adapter leur version aux conceptions en vigueur à l'époque, de façon à la rendre conforme aux savoirs et à la culture de l'époque. D'où les ajouts centenaires aux vies des patriarches, destinés à rapprocher la chronologie des conceptions de l'Antiquité alors en Égypte. À l'instar du critique moderne, le traducteur de la Septante n'hésitait pas à « corriger » le récit et à « amender » le texte pour lui faire dire ce qu'il estimait qu'il devait dire.

2. Le Pentateuque samaritain est un document vénérable écrit dans l'écriture hébraïque pointue très ancienne, qui semble avoir été utilisée (1) à l'époque de la pierre de Moab, qui date du IXe siècle avant J.-C., (2) à l'époque de l'inscription de Siloé, qui date du VIIe siècle avant J.-C., et (3) à l'époque des Maccabées, c'est-à-dire au IIe siècle avant J.-C. Le manuscrit, qui est très ancien, est conservé dans le sanctuaire de la communauté samaritaine à Naplouse (Sichem). Ce texte modifie le texte hébreu conformément aux conceptions en vigueur chez les descendants de la population métissée introduite en Samarie par les rois d'Assyrie, de Sargon (2 Rois 17, 24 ) au VIIIe siècle avant J.-C. jusqu'au « grand et noble Asnapper » (Esdras 4, 10 ), probablement Assurbanipal, au VIIe siècle avant J.-C. Il remplace « Ebal » par « Garizim » dans Deutéronome 27, 4, porte les traces d'une perspective restrictive plutôt qu'élargie, et représente les tendances qui prévalaient chez les Samaritains du IXe au IIe siècle avant J.-C. S'il n'est pas aussi ancien que la Septante, son auteur a pu avoir sous les yeux à la fois le texte hébreu original et la version grecque de la Septante, et a pu choisir sa propre voie, puisant tantôt dans l'un, tantôt dans l'autre, selon ses propres préférences et son propre point de vue. Mais il est plus que probable que le Pentateuque samaritain soit beaucoup plus ancien que la Septante, et qu'il ait été traduit de l'hébreu en samaritain à l'époque d'Ézéchias, au VIIIe siècle avant J.-C. (Voir Le Pentateuque samaritain et la critique moderne, par J. Iverach Munro, MA, 1911).

La pensée moderne, imprégnée d'idéaux grecs plutôt qu'hébraïques, tend à surestimer l'autorité de la Septante par rapport à l'hébreu. Nombre d'érudits la considèrent comme la traduction d'un texte hébreu différent de celui conservé dans nos Bibles hébraïques. Or, les variations observées s'expliquent aisément par des adaptations de l'hébreu original visant à satisfaire les conceptions des Juifs hellénisés d'Alexandrie. Les différences dans l'ordre des livres, les omissions et les ajouts témoignent d'un changement de perspective. Si la structure et le contenu principal de la Septante demeurent identiques à ceux de l'hébreu, les modifications suffisent à indiquer qu'il s'agit d'une traduction du même original, produite dans le nouveau monde de la culture grecque, et non d'une traduction d' un original différent, issu de l'ancien monde de la religion hébraïque. La chronologie patriarcale de la Septante s'explique, d'après l'hébreu, par le désir des traducteurs d'allonger la chronologie et de graduer la durée de vie des patriarches ayant vécu après le Déluge, afin de rendre le raccourcissement de la vie humaine progressif et continu, plutôt que soudain et brutal. La chronologie patriarcale samaritaine s'explique également d'après l'hébreu. Son concepteur allonge la chronologie des patriarches après le Déluge et gradue la durée de leur vie dans toute la liste, avant et après le Déluge. Il en résulte un résultat curieux : à l'exception d'Énoch, de Caïnan (dont la vie dépasse celle de son père de seulement cinq ans) et de Réu (dont l'âge au décès est identique à celui de son père), tous les patriarches, d'Adam à Abraham, meurent quelques années plus jeunes que leur père. Ceci explique pourquoi la chronologie des années précédant le Déluge est réduite de 349 ans. Peut-on imaginer quelque chose de plus manifestement artificiel ? La Septante et le Pentateuque samaritain peuvent prendre place à la barre des témoins, mais il n'y a pas de place pour eux sur le banc des juges.

(2) Vestiges littéraires anciens.

Il existe de nombreux vestiges littéraires antiques en dehors de la littérature classique grecque et romaine, mais peu ont été conservés. Un recueil de ces vestiges, connu sous le nom de Fragments antiques de Cory, a été réalisé et publié par Isaac Preston Cory en 1832.

1. On attribue à Sanchoniathon la rédaction d'une Histoire de la Phénicie. Il aurait vécu sous le règne de Sémiramis, reine d'Assyrie et épouse de Ninus, fondateur mythique de Ninive avec lui. Elle aurait vécu vers 2000 av. J.-C., ou, selon d'autres sources, vers 1200 av. J.-C. Sanchoniathon est cité par Porphyre (233 av. J.-C.), opposant au christianisme, dans sa critique des écrits de Moïse. Porphyre affirme que Sanchoniathon était contemporain de Gédéon (1339 av. J.-C.). Ses écrits furent traduits en grec par Philon de Byblos sous le règne d'Hadrien (76-130 ap. J.-C.). Philon était originaire de Byblos, cité maritime de la côte phénicienne. Il jouissait d'une grande réputation d'honnêteté, mais certains érudits pensent que son œuvre est un faux ; d'autres croient qu'il fut lui-même dupé par un faussaire. Selon Philon de Byblius, Sanchoniathon était originaire de Béryte, en Phénicie. Son Histoire phénicienne est considérée comme l'un des témoignages les plus authentiques des événements antérieurs au Déluge, parmi les écrits païens. Elle débute par une cosmogonie légendaire, relatant la naissance des deux premiers mortels, nés du Vent (Esprit) et de son épouse Baau (Ténèbres). Elle évoque la Chute, la maîtrise du feu, l'invention des huttes et des vêtements, l'origine de l'agriculture, de la chasse, de la pêche et de la navigation, ainsi que les débuts de la civilisation humaine. Sanchoniathon livre un récit singulier des descendants de Caïn. Son histoire des descendants de Seth s'apparente à une version idolâtre du récit de la Genèse. L'ensemble du système de Sanchoniathon est un jargon confus et incompréhensible, puisant dans (1) les mythologies égyptienne et grecque, et (2) une tradition déformée du récit de la Genèse. Il est fort probable que ce texte ait été forgé par Porphyre ou Philon de Byblius afin de soutenir le paganisme déclinant et de freiner la propagation rapide du christianisme aux IIe et IIIe siècles de notre ère. Sanchoniathon aurait également écrit une histoire du Serpent, à laquelle il attribuait une nature divine. Ces fragments, attribués à Sanchoniathon, à Philon de Byblius ou à tout autre auteur, nous sont parvenus grâce aux écrits d'Eusèbe.

2. Bérose était un prêtre chaldéen de Bélus, à Babylone. Il vécut à l'époque d'Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.). Vers 268 av. J.-C., il rédigea en grec une histoire de la Babylonie, de la création jusqu'à son temps. Seuls des fragments de son œuvre nous sont parvenus. Ils nous ont été transmis par Apollodore (144 av. J.-C.), Polyhistor (88 av. J.-C.), Abydène (60 av. J.-C.), Flavius ​​Josèphe (37-103 apr. J.-C.), Africanus (220 apr. J.-C.) et Eusèbe (265-340 apr. J.-C.), qui en donnent des versions variées. Bérose puisa les éléments de son histoire dans les archives du temple de Bélus à Babylone. Son récit de la création du monde, des dix générations avant le Déluge et des dix générations après, présente des similitudes avec le récit mosaïque de la Genèse. Le premier homme, Alorus, était babylonien. Le dixième, Xisuthrus, correspond à Noé, sous le règne duquel Bérose situe le Déluge. Les dix rois précédant le Déluge occupent une période de 120 saris (en hébreu עשי  — dix, une décade), soit 1 200 ans, chacun comprenant 360 jours, pour un total de 432 000 jours. Les Chaldéens, par la suite, ont porté cette durée à 432 000 ans afin de renforcer l'idée d'ancienneté de leur règne. Sous le règne du premier roi, Alorus, un animal intelligent nommé Cannes surgit de la mer Rouge et apparut près de Babylone sous la forme d'un poisson à tête humaine, et dont la queue était munie de pieds humains. Voici le récit de Bérose concernant Noé, qui apparaît également sous le nom de Xisuthrus. Alorus, le Nimrod de la Genèse et fondateur de Babylone, est placé à la tête de la dynastie des dix rois, dont Xisuthrus, ou Noé, est le dixième. Xisuthrus construit un navire, y embarque sa famille, ainsi que toutes sortes d'animaux et d'oiseaux. Lorsque les eaux se retirent, des oiseaux sont lâchés du navire à trois reprises, tout à fait à la manière du Noé biblique. L'humanité part d'Arménie et voyage vers la plaine de Shinar, suivant le cours de l'Euphrate. Là, Nimrod, aspirant à la souveraineté universelle du monde, construit la Tour et la ville de Babel. Les bâtisseurs sont dispersés et la Tour est détruite. On y trouve une référence à Abraham, ainsi qu'un récit détaillé des règnes des rois de Babylone, depuis Nabopollasar, qui renversa l'empire assyrien, jusqu'à Nabuchodonosor et la destruction du Temple de Jérusalem. Bérose mentionne également Mérodaque le Malin, Nériglissoorus, Laborosoarchodus et Nabonnedus. La dix-septième année du règne de ce dernier, à la fin des soixante-dix années de désolation de Jérusalem, Cyrus sortit de Perse avec une grande armée et s'empara de Babylone.

3. Manéthon, de Sébennytos en Égypte, était un prêtre égyptien érudit. À la demande de Ptolémée Philadelphe, roi d'Égypte (284-247 av. J.-C.), il rédigea, vers 258 av. J.-C., en grec, un ouvrage sur les antiquités égyptiennes, s'appuyant sur des documents anciens conservés par les prêtres égyptiens. L'ouvrage lui-même est perdu, mais des fragments nous sont parvenus grâces de Flavius ​​Josèphe, de l'Africanus et d'Eusèbe. Il contient une liste des 31 dynasties des rois d'Égypte, depuis Ménès, premier roi et fondateur de la civilisation égyptienne, jusqu'à la conquête de l'Égypte par Cambyse (529-521 av. J.-C.). Sa valeur à des fins historiques et chronologiques est problématique, car (1) les récits de l'œuvre qui nous ont été transmis par Africanus et Eusèbe contiennent des contradictions dans presque toutes les dynasties, (2) les listes sont incomplètes et (3) nous n'avons aucun moyen de déterminer lesquelles des dynasties sont consécutives ou successives, et lesquelles sont coexistantes ou contemporaines.

4. Le poète épique persan Fivdusi (931-1020 ap. J.-C.) est né au Khorassan. Il a écrit l'histoire de la Perse en vers, des temps les plus reculés jusqu'en 632 ap. J.-C. Il ne s'agit pas d'une chronologie, ni même d'un récit historique. C'est une mise en forme poétique des traditions nationales légendaires de la Perse. Le caractère non critique du poète et le caractère non historique de son œuvre se manifestent notamment par le fait que les règnes des quatre premiers rois de la seconde dynastie, ou dynastie kaianienne, sont calculés comme suit :

La valeur unique du poème de Firdusi provient du fait qu'il rassemble et préserve la tradition perse nationale de la chronologie de la période entre Darius Hystaspes et Alexandre le Grand (485-331 av. J.-C.), tout comme le traité talmudique Sedar Olam rassemble et préserve la tradition juive nationale de la chronologie de la même période.

La chronologie de cette période n'a jamais été établie avec précision. La chronologie communément admise, bien qu'universellement acceptée, dépend de la liste des rois et du nombre d'années qui leur sont attribuées dans le Canon de Ptolémée. Ptolémée (70-161 ap. J.-C.) était un grand génie de la construction.

Auteur du système astronomique de Ptolémée, il fut l'un des fondateurs de la géographie. Cependant, en matière de chronologie, il n'était qu'un compilateur et un architecte tardif, non un témoin direct ni un historien contemporain, puisqu'il vécut au IIe siècle après J.-C. Il demeure la seule autorité en matière de chronologie pour cette période. Ses travaux ne sont corroborés par aucune autre source. Ils sont contredits tant par les traditions nationales perses conservées dans le Firdusi que par les traditions nationales juives conservées dans le Sedar Olam, et par les écrits de Flavius ​​Josèphe.

Il a toujours été considéré comme imprudent de s'écarter de Ptolémée, et ce pour cette raison. Son Canon, ou Liste des règnes, est le seul lien qui unit la dernière année de Darius Hystaspe, 485 av. J.-C., à la première année d'Alexandre le Grand, ainsi :

 

Les rois perses selon le canon de Ptolémée.

ROIS PERSES.

RÈGNES.

ÉPOQUE NABONNASSARIENNE.

av. J.-C.

CONNUMÉRAIRE.

JULIEN.

Cyrus

a régné pendant 9 ans à partir de

210

538

538

Cambyse

a régné pendant 8 ans à partir de

219

529

529

Darius Ier Hystaspe...

a régné pendant 36 ans à partir de

227

521

521

Xerxès.........

a régné pendant 21 ans à partir de

263

485

486

Artaxerxès Ier.

Longimanus...

 

a régné pendant 41 ans à partir de

 

284

 

464

 

465

Darius II. Nothus

a régné pendant 19 ans à partir de

325

423

424

Artaxerxès II. Mnémon

a régné pendant 46 ans à partir de

344

404

405

Artaxerxès III. Ochus...

a régné pendant 21 ans à partir de

390

358

359

Arogus ou Arses...

a régné pendant 2 ans à partir de

411

337

338

Darius III. Codomannus

a régné pendant 4 ans à partir de

413

335

336

Alexandre le Grand…

a régné — ans de

417

331

332

 

207

 

 

 

De ces 207 années de l'Empire médo-perse, il faut déduire les deux premières années de la corégence de Cyrus avec Darius le Mède. Il reste donc sept années de règne de Cyrus seul, dont la première, en 536 av. J.-C., est « la première année de Cyrus, roi de Perse » (2 Chroniques 36, 22 ), durant laquelle il proclama la liberté pour les Juifs de retourner à Jérusalem. Il reste ainsi 205 ans pour la durée de l'Empire perse proprement dit.

Dans la Table des rois perses de Ptolémée, toutes les années juliennes, de Xerxès à Alexandre le Grand inclus, sont conjuguées. Il faut donc les élever d'une unité pour obtenir l'année julienne de début de règne. Ptolémée se base sur l'année égyptienne, imprécise, de 365 jours. L'année julienne, quant à elle, dure précisément 365 jours et un quart. Si Ptolémée n'avait jamais écrit, la chronologie profane serait restée jusqu'à nos jours dans un état d'ambiguïté et de confusion, totalement inintelligible et inutile. Il aurait été impossible, d'après les écrits grecs ou toute autre source, hormis les Écritures elles-mêmes, de déterminer le lien véritable entre chronologie sacrée et profane, pour un seul cas avant la chute de l'Empire perse, la première année du règne d'Alexandre le Grand. Ptolémée n'ayant aucun moyen d'établir précisément la chronologie de cette période, il a fait de son mieux avec les sources à sa disposition pour en composer une. Il était un grand astronome, un grand astrologue, un grand géographe et un grand concepteur de systèmes synthétiques. Mais il ne disposait pas de données suffisantes pour combler les lacunes ni pour fixer les dates de la chronologie de cette période ; il dut donc recourir au calcul des éclipses. C’est ainsi que, non par des preuves ou des témoignages historiques, mais par la méthode du calcul astronomique et l’identification conjecturale des éclipses observées avec celles calculées, Ptolémée a établi la chronologie de cette période de l’histoire du monde, chronologie qui, par la suite, a été transmise par Eusèbe et Jérôme et qui a depuis lors été universellement acceptée. Elle est contredite (1) par les traditions nationales perses, (2) par les traditions nationales juives, (3) par le témoignage de Flavius ​​Josèphe, et (4) par les preuves contradictoires d'événements aussi bien authentifiés que la conférence de Solon avec Crésus et la fuite de Thémistocle à la cour d'Artaxerxès Longimanus, ce qui rend la chronologie communément admise impossible. Mais l'esprit humain ne peut demeurer dans un doute perpétuel. Il existait un système unique, élaboré par Ptolémée. Il n'y en avait pas d'autre, si ce n'est celui révélé dans les prophéties de Daniel. Ainsi, bien que l'astronomie ptolémaïque ait été renversée par Copernic au XVIe siècle, la chronologie ptolémaïque demeure en vigueur jusqu'à nos jours. Il n'existe qu'une seule alternative. La prophétie de Daniel 9, 24-27 fixe la période entre le moment où est donné l'ordre de retourner à Jérusalem et de la rebâtir (la première année du règne de Cyrus) et la mort du Messie (en l'an 30 ap. J.-C.) à 483 ans. Si cette chronologie est exacte, il ne reste que 123 ans, au lieu des 205 ans indiqués dans le Canon de Ptolémée, pour la durée de l'Empire perse.

  Daniel. Ptolémée.
Empire perse (de Cyrus à Alexandre le Grand) 123 ans 205 ans
Empire grec (d'Alexandre le Grand à l'an Ier) 331 ans 331 ans
  454 " 536 "
De l'an 1 apr. J.-C. à la crucifixion, en 30 apr. J.-C. 29 " 29 "
  483 " 565 "

une différence de 82 ans.

Par conséquent, la chronologie reçue ou ptolémaïque, aujourd'hui universellement acceptée, doit être abrégée de ces 82 années. L'erreur de Ptolémée provient probablement du fait qu'il a attribué trop d'années, et peut-être trop de rois, à la dernière partie de la période de l'Empire perse, dans le schéma qu'il a élaboré à partir de données diverses et contradictoires.

Nous devons choisir entre l'astrologue païen et le prophète hébreu.

D’autres interprétations ont été données de la date de « la diffusion du commandement de retourner et de rebâtir Jérusalem » (Dan. 9 25 ).

L'évêque Lloyd, auteur des dates bibliques en marge de la version autorisée, calcule les 483 ans à partir du congé accordé à Néhémie pour reconstruire les murs de Jérusalem la 20e année du règne d'Artaxerxès, qu'il identifie à Artaxerxès Longimanus (Néh. 2 1 ), et pour que l'accomplissement corresponde à la prophétie sur la base du calcul erroné de la chronologie ptolémaïque, il doit raccourcir l'intervalle en comptant par années de 360 ​​jours chacune.

Le Dr Prideaux calcule les 483 ans à partir de la date du retour d'Esdras la 7e année d'Artaxerxès (Longimanus), Esdras 7 1-28.

Scaliger estimait que les 70 semaines de Daniel commençaient la 4e année du règne de Darius Nothus, en 420 avant J.-C., et se terminaient à la destruction de Jérusalem, en 70 après J.-C.

D'autres ont calculé les 483 ans à partir de la promulgation du commandement la 2e année de Darius Hystaspes (av. J.-C. 519) pour construire le Temple (Esdras 4 24 5 1 — 6 15 ).

Mais le véritable point de départ des 70 semaines, et donc aussi des 483 ans, est incontestablement la 1ère année de Cyrus (Dan. 9, 2 Chron. 36 20-23, Ezra 1 1-4, Isa. 44 28, 45 1-4.13 ), et aucune autre époque n'aurait jamais été suggérée si le décompte des années n'avait pas été perdu et reconstitué à tort à partir des calculs astronomiques conjecturaux de Ptolémée.

Il serait de loin préférable d'abandonner la chronologie ptolémaïque et d'intégrer les événements aux 483 années de la prophétie hébraïque.

Le fait fondamental à retenir est que la chronologie moderne repose sur les calculs de Ptolémée, tels que publiés dans son Canon ou Liste des règnes. Or, puisque le fondement de la chronologie grecque par conjecture, sur lequel repose le Canon de Ptolémée, est instable, l'ensemble de cette chronologie l'est tout autant. Ptolémée peut être cité comme témoin, mais il ne saurait être considéré comme un juge. Il ne peut se substituer à une cour d'appel suprême. Enfin, il ne peut servir de référence pour corriger la chronologie du texte de l'Ancien Testament.

5. Les livres apocryphes de l' Ancien Testament sont utiles pour comprendre l'interprétation donnée aux livres de l'Ancien Testament à des époques ultérieures, mais ils ne font pas autorité. Le premier livre d'Esdras est utile pour comprendre comment l'auteur a interprété le récit d'Esdras. Sir Isaac Newton affirme : « Je considère le livre d'Esdras comme la meilleure interprétation du livre d'Esdras. » L'ordre de succession des rois de Perse mentionnés après Cyrus dans Esdras 4, à savoir (1) Darius Hystaspe, (2) Assuérus (= Xerxès), (3) Artaxerxès (= Longimanus), est aujourd'hui partagé par de nombreux biblistes.

Dans Esdras 3.1-2, 2.30 (cf. Esdras 4.5 ), l'Assuérus d'Esther est identifié à Darius Hystaspe. Cette identification est reprise par l'archevêque Ussher et par l'évêque Lloyd (Esther 1.1, note marginale de la Bible du roi Jacques), la date indiquée (521 av. J.-C.) correspondant à l'accession au trône de Darius Hystaspe. Voir les Annales d'Ussher, sous l'année du monde 3484. Ussher identifie également l'Assuérus d'Esther à Artaxerxès d'Esdras 7.1 – Néhémie 13.6, ainsi qu'à Darius Hystaspe (Esdras 6.14 ). Tout porte à croire que cette double identification est correcte.

Le deuxième livre d'Esdras est sans intérêt chronologique. Dans le livre de Tobit, Cyaxère le Mède, qui prit Ninive avec le père de Nabuchodonosor (également appelé Nabuchodonosor), est identifié à Assuérus. Dans Bel et le Dragon, Darius le Mède, prédécesseur de Cyrus, est identifié à Astyage.

Il règne une grande confusion quant à l'usage des noms Cyaxère et Astyage. Comme l'explique Sir Isaac Newton : « Hérodote a inversé l'ordre des rois Astyage et Cyaxère, faisant de Cyaxère le fils et successeur de Phraortès, et le père et prédécesseur d'Astyage, tandis que selon Xénophon, l'ordre de succession des rois de Médie est le suivant : (1) Phraortès, (2) Astyage, (3) Cyaxère, (4) Darius le Mède, après quoi vient (5) Cyrus le Grand, fondateur de l'Empire perse. » Le témoignage de ces différentes autorités est déroutant et source de confusion. Elles doivent toutes être citées comme témoins, mais en aucun cas leurs récits ne sauraient prévaloir sur le texte de l'Ancien Testament.

6. Flavius ​​Josèphe (37-103 ap. J.-C.), le célèbre historien des Juifs, était un Juif cultivé, pharisien et issu d'une bonne famille. Il se rendit à Rome en 63 ap. J.-C. et, lorsque la guerre juive éclata, il mena les Juifs de Galilée contre les Romains. Finalement, il se rendit. Sa vie fut épargnée, mais il fut enchaîné pendant trois ans. Il gagna la faveur de Vespasien, puis celle de Titus, auprès duquel il exhorta ses compatriotes à se rendre. Après la chute de Jérusalem, il vécut comme pensionné romain jusqu'à sa mort en 103 ap. J.-C. Ses trois œuvres majeures sont : (1) Les Antiquités judaïques (publiées en 93 ap. J.-C.), une histoire du peuple juif depuis la Création jusqu'à l'époque de Néron, sans conteste le témoignage le plus précieux de l'histoire ancienne après l'Ancien Testament, dont il dépend presque entièrement pour ce qui concerne les récits de ce dernier. (2) Les Guerres des Juifs (publié en 75 ap. J.-C.), le récit de la destruction de Jérusalem par Titus, en 70 ap. J.-C. (3) Contre Apion (écrit en 93 ap. J.-C.), un appendice à ses Antiquités, et une défense de ses déclarations dans cet ouvrage concernant la très grande ancienneté de la nation juive.

Ces trois ouvrages majeurs contiennent de précieux éléments chronologiques, mais les chiffres qu'ils contiennent sont peu fiables. Ils ne sont pas toujours cohérents entre eux, ont parfois été copiés avec négligence, et dans d'autres cas, « corrigés » par ses éditeurs hellénistiques afin de les harmoniser avec ceux de la Septante. Par ailleurs, il faut admettre que la chronologie n'était pas le point fort de Josèphe et, n'étant pour lui qu'un sujet secondaire, il n'a pas toujours fait preuve d'une grande rigueur dans ses calculs. Son chiffre initial pour la période allant d'Adam au Déluge était probablement de 1656 ans, comme dans le texte hébreu. Cependant, ses éditeurs hellénistiques ont (1) « corrigé » l'âge des patriarches en ajoutant six centenaires conformément aux chiffres de la Septante, puis (2) « corrigé » le total en transformant le millier de 1656 en un 2, ce qui donne 2656, alors que le total correct, après modification, serait de 2256. Pour la période allant de Sem à la soixante-dixième année de Térah, le nombre donné est de 292 ans, comme dans le texte hébreu, mais les nombres attribués aux patriarches ont de nouveau été « corrigés » par ses éditeurs au moyen des centenaires de la Septante, et par conséquent, leur total est de 993 au lieu de 292. Il en résulte que la chronologie de Josèphe, dans son état actuel, est d'une grande confusion. Néanmoins, son histoire est… Étant donné qu'il s'agit d'un historien de premier ordre, et puisque son récit des dernières années de l'Empire perse concorde avec celui des traditions persanes nationales incorporées dans le poème de Firdusi, et avec celui des traditions juives nationales conservées dans le Sedar Olam, il témoigne contre la chronologie persane plus longue de Ptolémée, aujourd'hui universellement acceptée, et en faveur de la chronologie plus courte du prophète Daniel.

Voici le récit de Josèphe sur les monarques de l'Empire perse :

1. Cyrus.  
2. Cambyse = Artaxerxès d'Esdras 4 7-23.
3. Darius Hystaspes. Deuxième année, pose des fondations du temple.
    9e année, Temple terminé.
4. Xerxès = Artaxerxès d'Esdras 7 1 -8 36.
    La 25e année, Néhémie vint à Jérusalem.
    28e année, les murs de Jérusalem sont achevés.
5. Cyrus (fils de Xerxès), appelé par les Grecs Artaxerxès, et identifié à Assuérus d'Esther.
6. Darius, le dernier roi, contemporain de Jaddoua et d'Alexandre le Grand.

Au total, Josèphe ne mentionne que six monarques au lieu des dix de Ptolémée. Parmi ces six monarques, le dernier est contemporain de Jaddua, fils de Johannan, lui-même fils de Joiada. Ainsi, Jaddua était contemporain d'Alexandre le Grand, et son père (ou son oncle), fils de Joiada, était contemporain de Néhémie, qui le poursuivit (Néhémie 13, 28 ). Par conséquent, entre Néhémie et le fils de Joiada, qu'il poursuivit, et Alexandre le Grand, il n'y a qu'une seule génération. Ptolémée, quant à lui, avance un intervalle de cent ans, voire de cent cinquante ans si l'Artaxerxès de Néhémie est bien Darius Hystaspe.

On peut certes rejeter la chronologie de Josèphe, mais sa succession des grands prêtres et des rois de Perse constitue un argument de poids contre la liste donnée par Ptolémée, et en faveur de la chronologie plus courte du prophète Daniel et du livre de Néhémie.

7. Le Sedar Olam Rabbah, c'est-à-dire la « Grande Chronique du Monde », communément appelée « Grande Chronique », est un traité talmudique juif contenant la chronologie du monde telle que les Juifs la concevaient. Il traite des temps bibliques et se poursuit jusqu'au règne d'Hadrien (76-138 ap. J.-C.). On attribue sa rédaction à Rabbi José ben Chaliptha, qui vécut peu après le début du IIe siècle ap. J.-C. et fut le maître de Rabbi Juda Hakkodesh, auteur de la Mishna. D'autres affirment qu'il date de 832 ap. J.-C. et qu'il fut certainement écrit après le Talmud de Babylone, car il contient de nombreuses fables qui en sont tirées.

Le Sedar Olam Zeutah, c'est-à- dire la « Petite Chronique du Monde », communément appelée la « Chronique Mineure », aurait été écrit en 1123 après J.-C. Il s'agit d'une courte chronique des événements de l'histoire depuis le début du monde jusqu'à l'an 522 après J.-C.

Les deux traditions reprennent celle relative à la durée de l'Empire perse. Selon cette tradition, « la dernière année du règne de Darius Hystaspe, les prophètes Aggée, Zacharie et Malachie moururent, et l'esprit de prophétie s'éteignit alors parmi les Enfants d'Israël. Ce fut l'obstruction, ou le scellement, des visions et des prophéties annoncées par le prophète Daniel (Daniel 9, 24 ). » La même tradition rapporte que le royaume perse prit fin la même année, car il s'agirait du Darius vaincu par Alexandre le Grand. L'Empire perse n'aurait alors duré que 52 ans, durée qu'ils calculent ainsi :

Darius le Mède régna… 1 an
Cyrus.. 3 ans
Cambyse (qu'ils identifient à Assuérus, qui épousa Esther) 16 "
Darius (qui sera forcément le fils d'Esther) 32 "
Total 52

Ce dernier Darius, disent-ils, était l'Artaxerxès qui envoya Ezra et Néhémie à Jérusalem pour rétablir l'état des Juifs, car ils nous disent qu'Artaxerxès était le nom courant des rois perses, comme celui de Pharaon l'était chez les Égyptiens.

Nous pouvons maintenant dire avec le Dr Prideaux dans son ouvrage Historical Connection of the Old and New Testaments, publié en 1858 et dont est tiré l'extrait ci-dessus, que « cela montre à quel point ils connaissaient mal les affaires de l'Empire perse », et que « leur compatriote, Josèphe, dans le récit qu'il fait de cette époque, ne semble guère mieux informé à ce sujet », ou bien, nous pouvons tirer la conclusion inverse, que Josèphe connaissait mieux l'histoire de son propre pays que Ptolémée.

Combien de temps dura l'Empire perse ? Nous pourrions interroger les Perses eux-mêmes, et ils nous répondraient qu'ils ne possèdent aucun document relatif à cette période, tous ayant été détruits par les invasions grecques et musulmanes. Ils conservent cependant certaines traditions nationales, vagues et fluctuantes, rassemblées dans une épopée de Firdusi, qui nous apprennent que la succession des monarques perses fut la suivante : (1) Darius Hystaspe, (2) Artaxerxès Longimanus, (3) la reine Homaï, mère de Darius Nothus, (4) Darius Nothus, fils illégitime d'Artaxerxès Longimanus, et (5) Darius, vaincu par Alexandre le Grand. Tous les rois ayant régné entre ces deux Darius sont omis.

Ou bien, nous pouvons interroger les Juifs, qui nous diront que l'Empire perse n'a duré que 52 ans, du règne de Cyrus à celui d'Alexandre le Grand. Nous pouvons aussi consulter Ptolémée, qui déterminera la durée de cette période et établira une liste de rois grâce à des calculs astronomiques et à des conjectures sur les éclipses observées et calculées ; nous obtiendrons alors un Empire perse d'une durée de 205 ans. Mais si nous prenons en compte le récit de Néhémie et les années mentionnées par le prophète Daniel, nous constaterons que l'Empire perse a perduré pendant 123 ans.

Les Juifs l'ont ramené à 52 ans. « Certains d'entre eux », dit Sir Isaac Newton, « prirent Hérode pour le Messie et furent dès lors appelés Hérodiens. Ils semblent avoir fondé leur opinion sur les 70 semaines, qu'ils calculaient à partir de la première année de Cyrus. Mais par la suite, en appliquant la prophétie à Theudas et Judas de Galilée, et enfin à Bar Cochab, ils semblent avoir raccourci le règne du royaume de Perse. » Ceci explique pourquoi les Juifs ont sous-estimé la durée de l'Empire perse et montre qu'à l'origine, ils la calculaient à environ 123 ans.

De la première année de Cyrus à la première année d'Alexandre le Grand = 123 ans
De la première année d'Alexandre le Grand à Hérode (331-334 av. J.-C.) 327 ans
De la première année de Cyrus à la naissance du Christ 450

Si donc les mages venus d'Orient avaient entendu parler de la prophétie de Daniel et avaient tenu un compte précis des années, et si les Juifs de Palestine attendaient également le Messie au moment même de sa naissance (4 av. J.-C.) au motif que cela se produisait alors dans les 33 ans précédant les 483 ans prédits dans Daniel pour son apparition, et que c'était donc le moment pour lui de naître, cela indiquerait qu'ils considéraient le temps entre la première année de Cyrus et la naissance du Christ comme une période de 450 ans. Et puisque les 327 années (de 331 à 4 av. J.-C.) entre Alexandre le Grand et la naissance du Christ ont très probablement été calculées avec précision par les Grecs, car ils ont commencé leur chronologie par les Olympiades moins de 60 ans après la mort d'Alexandre, il reste exactement 123 ans pour la durée de l'Empire perse, et cela raccourcit la chronologie ptolémaïque communément admise de 82 ans, car 205 - 123 = 82, ce qui correspond à l'année exacte indiquée pour ces événements dans la chronologie de l'Ancien Testament, telle que développée dans ces pages. En effet, la première année de Cyrus est en l'an 3589 du calendrier grégorien, d'où 3589 + 483 = 4071 (en comptant les années), pour la Crucifixion. Et comme le Christ avait environ 30 ans lorsqu'il commença son ministère, et que celui-ci dura trois ans, il naquit en l'an 3589 du calendrier grégorien. 4038, soit exactement 450 ans après la première année du règne de Cyrus, le Christ étant né quatre ans avant le début de l'ère chrétienne. Or, 450 ans avant la date réelle de la naissance du Christ correspond à 454 av. J.-C. La véritable date de la première année du règne de Cyrus est donc 454 av. J.-C., et non 536 av. J.-C., ce qui fausse la chronologie de cette période de 82 ans.

On pourrait objecter qu'à la bataille de Marathon, livrée en 490 av. J.-C., Darius Hystaspe fut vaincu par les Grecs, et que la chronologie grecque, établie par les Olympiades à partir de 776 av. J.-C., ne saurait être erronée de 82 ans. Mais c'est précisément là le point litigieux. Les Grecs n'ont effectué aucun calcul lors des Olympiades, et ils ne disposaient d'aucun document chronologique précis avant soixante ans après la mort d'Alexandre le Grand. Tout ce qui précède relève de la conjecture, du calcul par générations et autres subterfuges, et non du témoignage de sources contemporaines.

Le Sedar Olam peut donc être appelé comme témoin, et il ne doit pas être écarté du tribunal par les objections soulevées par les Grecs, mais il doit être appelé uniquement comme témoin, et non comme arbitre ou juge.

(3) Inscriptions monumentales anciennes.

Les inscriptions monumentales antiques sur les rochers, les temples, les palais, les cylindres, les briques, les stèles et les tablettes, ainsi que les écrits sur rouleaux de papyrus, mis au jour par les découvertes modernes récentes, constituent l'une des sources les plus précieuses. Ces données ne servent pas à corriger les données bibliques, mais à établir une chronologie propre à la période couverte par les écrits de l'Ancien Testament. Les témoins sont extrêmement nombreux et, correctement interprétés, ils peuvent être considérés comme authentiques, même si des erreurs peuvent aisément se glisser dans la pierre ou sur les rouleaux de papyrus, tout comme dans les manuscrits hébraïques. On ne saurait prétendre, en aucun cas, que les découvertes récentes ont établi, ou puissent établir, l'infaillibilité que l'érudition moderne refuse au pape et à la Bible. Les monuments eux-mêmes peuvent comporter des erreurs, et il leur arrive d'en commettre. Il se peut qu'ils relatent, et c'est parfois le cas, les mensonges et les vanités de tyrans ambitieux. Ils peuvent être mal déchiffrés, mal interprétés ou mal compris, en relation avec d'autres événements.

Il est fondamental, et il ne saurait être trop souligné, que l'interprétation actuellement donnée à la chronologie des monuments est prédéterminée par la présomption, de la part de l'interprète, de la validité de la chronologie ptolémaïque communément admise.

S'il était prouvé que cette chronologie est surestimée de 82 ans, les monuments témoigneraient de la véracité de la chronologie révisée de la même manière qu'ils témoignent aujourd'hui de la véracité des dates ptolémaïques. L'interprète du témoignage des monuments prend la chronologie ptolémaïque comme prémisse. Elle figure donc nécessairement dans sa conclusion, mais cela ne prouve pas pour autant sa véracité.

Une illustration permettra de clarifier la situation. Les papyrus araméens Sayce-Cowley, découverts à Assuan en 1904 et publiés en 1906 par Robert Mond, sont datés avec une grande certitude entre 471 ou 470 et 411 avant J.-C. Le papyrus A porte la mention « la 14e (15e ?) année de Xerxès ». Cette date est interprétée, et il est formellement établi, qu'il s'agit de l'année 471 ou 470 avant J.-C. Or, dans le Canon de Ptolémée, l'année de Xerxès est fixée à 485 avant J.-C. Sa 14e année correspond donc à 471 avant J.-C., et sa 15e à 470 avant J.-C.

Dans les Trois documents araméens sur papyrus d'Éléphantine ( Drei Aramaische Papyrus Urkunden aus Elephantine), publiés par le professeur Sachau de Berlin en 1907, la date indiquée dans le texte original est « le mois de Marcheschwan de la 17e année de Darius ». Cette date est interprétée comme se référant à Darius Nothus, dont la date est donnée dans le Canon de Ptolémée (en tenant compte du fait que l'année de Ptolémée compte 365 jours) comme étant 424 av. J.-C. Sa 17e année serait donc 408 ou peut-être 407 av. J.-C. Avec cette interprétation, tirée uniquement du Canon de Ptolémée, le document est donc daté de 408-407 av. J.-C.

Dans les deux cas, les interprètes ont tenu pour acquis la véracité de la chronologie du Canon de Ptolémée et se sont empressés d'interpréter ou de corriger les dates données dans Néhémie à la lumière de ces « découvertes modernes ». Le professeur Sachau, par exemple, tire aussitôt des conclusions chronologiques du fait que « Délaja et Schelemja, fils de Sanaballat, Pékah de Samarie » sont mentionnés aux versets 29 et 30 et, dans son commentaire, s'exclame : « Les Juifs d'Éléphantine n'auraient-ils donc rien su de Néhémie et de son œuvre majeure ? Ou bien la querelle avec Sanballat avait-elle été si longtemps oubliée depuis le retour de Néhémie à Babylone, vers 433 av. J.-C., que la communauté juive d'Éléphantine s'est crue capable de négliger ces faits ? »

L'hypothèse de la véracité du Canon de Ptolémée est parfaitement légitime, pourvu qu'on garde à l'esprit qu'il s'agit d'une hypothèse et non d'une conclusion. Cependant, toute tentative visant à fixer la date de Néhémie à partir des références aux fils de Sanballat dans les documents de Sachau est invalide. Le raisonnement est fallacieux : il présuppose d'abord la véracité de la chronologie ptolémaïque, puis en déduit cette véracité pour la prouver. C'est corriger le texte hébreu de Néhémie de Ptolémée en utilisant le témoignage d'un témoin (Ptolémée) pour trancher contre celui de l'autre (le texte hébreu de Néhémie), alors que le point essentiel est de savoir lequel de ces deux témoins est crédible. Il est donc inexact d'affirmer que la date de Néhémie est fixée par ces découvertes modernes à Assouan, sans même parler de la question soulevée par le professeur Margoliouth quant à leur possible authenticité. Tous les faits contenus dans les documents assaunis s'intègrent à la chronologie révisée qu'impose le texte hébreu, aussi facilement, voire plus facilement, qu'à la chronologie ptolémaïque communément admise. Il est primordial de se rappeler que le point litigieux porte sur la véracité de l'un ou l'autre des deux témoins contradictoires : l'Ancien Testament hébreu et Ptolémée. Il serait absurde de tenter de trancher la question en présumant d'abord la véracité d'un témoin, puis, sur cette base, en rejetant l'autre.

De même, les dates attribuées par les érudits modernes aux monuments d'Égypte remontent bien au-delà de l'année de la création d'Adam, telle que fixée par le texte hébreu de l'Ancien Testament, soit 4038 ans avant la naissance du Christ, c'est-à-dire en 4042 avant J.-C. Ces dates monumentales reposent sur des hypothèses et des conjectures, et supposent la véracité du témoignage de Manéthon. Or, puisqu'un témoin ne peut réfuter un autre, Manéthon et les dates qui découlent de la véracité de son témoignage ne peuvent servir à prouver l'inexactitude des affirmations chronologiques de l'Ancien Testament.

Toutes les sources doivent être utilisées et onze témoins doivent être entendus, mais il faut se rappeler que le témoignage de l'Ancien Testament n'est pas réfuté par une interprétation du témoignage des inscriptions monumentales dont la validité dépend de la vérité du témoignage contradictoire de Manéthon.

De plus, l'ensemble des découvertes récentes en archéologie biblique tend à établir le texte de l'Ancien Testament comme un témoin irréfutable de la vérité. La stèle de Khammurabi, les tablettes de Tel-El-Amarna, la pierre de Moab, l'inscription de Behistun, les archives monumentales babyloniennes, assyriennes et égyptiennes en sont des exemples.

Le Canon éponyme assyrien, les découvertes de Layard, George Smith et Sir H. Rawlinson, et toutes les découvertes plus récentes de notre époque ( lorsqu'elles sont correctement interprétées) pointent dans la même direction.

(4) Littérature classique de la Grèce et de Rome.

La littérature classique grecque et romaine est la principale source de nos informations concernant la chronologie du monde civilisé.

Parmi les principaux historiens grecs et romains, que l'on peut considérer comme des témoins authentiques des faits de l'histoire contemporaine, par opposition aux simples chronologues ou compilateurs de dates dont les écrits reposent sur un fondement tout à fait différent, les suivants méritent une mention particulière : —

I. Les historiens grecs.

1. Hérodote, le « Père de l'Histoire » (484-424 av. J.-C.), né à Halicarnasse, auteur de la célèbre « Histoire » de la guerre d'invasion perse, depuis la première expédition de Mardonius, gendre et général de Darius Hystaspe, jusqu'à la défaite de la vaste flotte et de l'armée de Xerxès. Traduit par George Rawlinson.

2. Thucydide (471-401 ou 396 av. J.-C.), auteur de l' Histoire de la guerre du Péloponnèse, l'un des plus grands monuments de l'Antiquité. Traduit par Benjamin Jowett.

3. Xénophon (430 av. J.-C. – 357 av. J.-C.), essayiste, historien et chef militaire, fut nommé général des 10 000 Grecs qui rejoignirent l’expédition du prince perse Cyrus le Jeune contre son frère Artaxerxès Mncmon et furent vaincus à Counaxa (401 av. J.-C.). Xénophon est l’auteur de : (1) l’ Anabase, récit de cette expédition ; (2) la Cyropcédie, roman historique relatant l’éducation et la formation de Cyrus le Grand ; (3) les Helléniques, histoire des événements contemporains en Grèce ; et (4) les Mémoires ou Souvenirs de Socrate.

4. Polybe (204-122 av. J.-C.), l'un des 1 000 otages emmenés par les Romains après la conquête de la Macédoine, en 168 av. J.-C. Il fit la connaissance de Scipion l'Africain et écrivit une histoire de la Grèce et de Rome pour la période (220-146 av. J.-C.).

5. Denys d'Halicarnasse (70-76 av. J.-C.), essayiste, critique et historien. Il vécut à Rome pendant 20 ans (30-10 av. J.-C.), où il rassembla des documents pour sa Romaike Archaiologia, une histoire de Rome depuis les origines jusqu'à la première guerre punique.

6. Strabon (63 av. J.-C. – 21 apr. J.-C.), le célèbre géographe, naquit à Amasia, dans le Pont (Asie Mineure). Il fit ses études à Rome. Il voyagea de l'Arménie à l'Étrurie, et des rivages de la mer Noire jusqu'aux frontières de l'Éthiopie. Le quatrième livre de sa célèbre Géographie est consacré à la Gaule, à la Bretagne et à l'Irlande. Il écrivit également des Mémoires historiques et une Continuation de Polybe, mais ces deux ouvrages sont perdus.

Diodore de Sicile (actif vers 8 ap. J.-C.), originaire de Sicile, d'où son nom, était un historien de l'époque de Jules César et d'Auguste. Il voyagea beaucoup en Asie et en Europe et consacra trente ans à la rédaction d'une Histoire universelle du monde jusqu'à la guerre des Gaules de César. Seuls quinze de ses quarante ouvrages, ainsi que quelques fragments, nous sont parvenus.

8. Plutarque (50-120 ap. J.-C.), le plus apprécié et le plus lu des écrivains grecs. Il enseigna à Rome sous le règne de Domitien. Ses célèbres Vies parallèles d'écrivains grecs et romains, au nombre de 46, sont universellement connues et admirées. Ses essais et ses biographies sont empreints d'une grande sagesse morale. Ils inspirèrent certaines des plus grandes pièces de Shakespeare, ainsi qu'une grande partie de la littérature la plus noble des temps modernes.

9. Arrien (IIe siècle ap. J.-C.) servit dans l'armée romaine sous Hadrien et fut préfet de Cappadoce en 135 ap. J.-C. Il fut l'élève d'Épictète et composa un traité de philosophie morale. Ses œuvres les plus importantes sont : (1) son Histoire d'Alexandre le Grand, (2) un récit sur l'Inde et (3) une description des côtes de la mer Noire. Il écrivit également sur des sujets militaires et sur la chasse.

10. Lucien (120-200 ap. J.-C.), écrivain humoristique, né à Samosate, sur l'Euphrate, en Syrie. Il exerça comme avocat à Antioche, voyagea à travers la Grèce, l'Italie et la Gaule, et fut nommé procureur d'une partie de la Grèce. Il ridiculise la religion et la philosophie de son époque et brosse un tableau vivant de la vie sociale contemporaine. Il est l'auteur des Dialogues des dieux, de la Vente des philosophes, de Timon et d'autres œuvres. Ses célèbres Dialogues des morts visent à démontrer la vacuité de tout ce qui paraît le plus précieux à l'humanité.

11. Dion Cassius (mort en 155 av. J.-C.), le « dernier des anciens historiens » qui connaissait les règles de l'écriture historique, naquit à Nicée. Fils d'un sénateur romain, sa mère était grecque. Dion Cassius devint lui-même sénateur romain et fut nommé gouverneur de Pergame et de Smyrne. Il composa une histoire de Rome depuis l'époque d'Énée jusqu'à son temps.

12. Appien (IIe siècle ap. J.-C.), Grec d'Alexandrie, a écrit en grec une précieuse histoire de Rome. Contemporain de Trajan, d'Hadrien et d'Antonin le Pieux, il relate l'histoire de chaque nation conquise par Rome, ainsi que la guerre civile qui précéda la chute de la République. Il a conservé les écrits d'auteurs antérieurs aujourd'hui disparus.

II. Les historiens romains.

1. Cicéron (106-43 av. J.-C.), orateur, homme d'État, philosophe et homme de lettres. Consul en 63 av. J.-C., il déjoua la conjuration de Catilina. Exilé puis rappelé, il soutint Pompée contre César. Après la chute de Pompée, César le reçut en ami. Il se retira alors du monde littéraire et composa ses œuvres majeures. Après la mort de César, il prononça ses philippines contre Antoine, ce qui lui valut d'être proscrit et mis à mort par les soldats de ce dernier. Ses ouvrages De Amicitia, De Officiis et De Senectute invitent à la réflexion et offrent une lecture agréable.

2. Jules César (100-44 av. J.-C.), général, triumvir, dictateur et homme de lettres. En neuf ans (58-49 av. J.-C.), il démontra son génie militaire en soumettant la Gaule, la Germanie, la Bretagne et la majeure partie de l'Europe occidentale au joug romain. En 55 av. J.-C., puis en 52 av. J.-C., il envahit la Bretagne, d'où il se retira, pratiquement vaincu. César défendit la cause de la démocratie, Pompée celle de l'aristocratie. En janvier 49 av. J.-C., César franchit le Rubicon. Il chassa Pompée d'Italie et, en 48 av. J.-C., il le vainquit à Pharsale et fut nommé dictateur. Des pièces de monnaie furent frappées à son effigie et le titre d'Imperator fut ajouté définitivement à son nom. Avec l'aide de l'astronome grec Sosigène, il réforma le calendrier et introduisit l'année julienne, qui commençait le 1er janvier (709 av. J.-C. = 45 av. J.-C.), première année de l'ère julienne. L'année julienne comptait exactement 365 jours ; les trois premières années en comptaient 365, et un jour était ajouté tous les quatre ans, portant le total à 366. L'année julienne resta en vigueur jusqu'au 22 décembre 1582, date à laquelle elle fut de nouveau réformée par le pape Grégoire XIII, assisté du mathématicien Clavius. Pour le monde romain, cette date devint le 1er janvier 1583. L'année grégorienne ne fut introduite en Angleterre que le 3 septembre 1752, date qui devint le 14 septembre par une loi du Parlement. L'année grégorienne perd le jour supplémentaire des années bissextiles tous les siècles (1700, 1800, 1900, etc.), sauf lorsqu'elle est divisible par quatre (2000). Jules César était sur le point d'entreprendre une grande carrière de réorganisation économique et politique, digne d'un homme d'État, lorsqu'il fut assassiné par Brutus aux Ides de mars 710 apr. J.-C. (44 av. J.-C.).

3. Salluste (86-34 av. J.-C.), membre du Sénat romain. Exclu pour immoralité. Partisan de Jules César. Nommé gouverneur de Numidie. Il a écrit l'histoire de la conjuration de Catilina et de la guerre contre Jugurtha.

4. Tite-Live (59 av. J.-C. – 17 ap. J.-C.) vécut à Rome à la cour de son protecteur et ami Auguste. Il écrivit 142 livres d' Annales, une histoire de Rome, dont seuls 35 subsistent.

5. Cornelius Nepos (Ier siècle av. J.-C.), natif de Vérone et ami de Cicéron, est l'auteur du De Viris Illustribus. Il n'en subsiste qu'un fragment, et son attribution est contestée.

6. Tacite (54-117 ap. J.-C.), éminent historien romain. Nommé questeur, tribun, préteur et consul suffectus, son ouvrage De Situ Moribus ct Populis Germaniac constitue notre plus ancienne source d'information concernant les Germains. Ses Historiae, couvrant la période de 68 à 96 ap. J.-C., et ses Annales, couvrant la période de 14 à 68 ap. J.-C., sont des œuvres historiques de premier ordre. Elles dressent un tableau saisissant du déclin de la Rome impériale.

7. Suétone (né vers 70 av. J.-C.), avocat romain et secrétaire particulier de l'empereur Hadrien, a écrit des Vies des douze Césars, précieuses pour leurs anecdotes qui illustrent le caractère des empereurs.

C’est par les Grecs que nous avons reçu notre connaissance de l’histoire des grands empires et civilisations d’Orient. Même Sanchoniathon, Bérose et Manéthon nous sont parvenus grâce aux Grecs. Ce sont eux qui ont établi le cadre de la chronologie des âges civilisés du passé et y ont intégré tous les faits historiques qui nous sont parvenus par leur intermédiaire. Hormis la Bible, les traditions nationales, parfois vagues, des Perses et des Juifs plus tardifs, et les résultats directs des explorations modernes, toute notre connaissance chronologique nous parvient à travers le prisme grec. Ici comme partout ailleurs, c’est « tes fils, ô Sion, contre tes fils, ô Grèce » (Zacharie 9, 13 ). C’est Néhémie et Daniel contre Ptolémée et Ératosthène. C’est la chronologie hébraïque contre la chronologie hellénique. Et là, le Grec a pris l'ascendant sur l'Hébreu, car il lui a volé son Ancien Testament et a imposé sa propre chronologie grecque dans les archives hébraïques, hellénisant ainsi l'âge des patriarches hébreux dans la Septante grecque.

Devons-nous alors accepter le témoignage du Grec comme corrigeant ou invalidant celui de l'Hébreu ? Certainement pas. Que le Grec soit entendu comme témoin, mais qu'il ne prétende pas prononcer de sentence comme un juge. Les Fasti Hellenici de Clinton sont peut-être le traité de chronologie le plus précieux jamais produit. Mais il n'est pas infaillible. Clinton se réfère au Canon de Ptolémée ; Sayce, aux Monuments. Mais aucune de ces sources n'est compétente pour corriger l'Ancien Testament hébreu, qui doit être placé à la barre des témoins, à leurs côtés, et non sur le banc des accusés.

Pour commencer par le commencement, le point de départ de la chronologie grecque, la 1re Olympiade, 776 av. J.-C., dont dépend tout le reste, ne repose sur aucun fondement plus solide que celui de la tradition et des calculs par conjecture.

La première phrase des Tables de Clinton révèle le fondement de son raisonnement. Il affirme : « Censorinus situe la première Olympiade en l’an 1014 avant le consulat d’Ulpius et de Pontianus, soit en 238 apr. J.-C. (776 av. J.-C.). Solinus atteste que la 207e Olympiade eut lieu sous le consulat de Gallus et de Verannius. Ces derniers furent consuls en 49 apr. J.-C. Si les 207e Jeux se déroulèrent en juillet 49 apr. J.-C., 206 Olympiades, soit 824 ans, s’étaient écoulées, et les premiers Jeux eurent lieu en juillet 776. »

Mais Censorinus écrivit son De Die Natali en 238 ap. J.-C., et Solinus appartient également au IIIe siècle ap. J.-C. Ils ne sont donc pas des témoins contemporains, et nous ignorons dans quelle mesure leurs calculs relevaient d'hypothèses et de conjectures, ou dans quelle mesure ils reposaient sur des faits objectifs. Néanmoins, ce point a été érigé en premier maillon de la chaîne des siècles, une chaîne jetée en l'air, attachée non pas au solide fondement des faits établis, mais seulement à l'anneau fragile des calculs et des conjectures. Le Ganon de Ptolémée repose sur ce calcul. Eusèbe (264-349 ap. J.-C.) l'adopta et donna l'exemple en faisant correspondre les dates bibliques aux années de l'ère grecque. Eusèbe s'appuie sur Manéthon (IIIe siècle av. J.-C.), Bérose (IIIe siècle av. J.-C.), Abydène (IIe siècle av. J.-C.), Polyhistor (Ier siècle av. J.-C.), Flavius ​​Josèphe (37-103 apr. J.-C.), Céphalion (Ier siècle apr. J.-C.), Africanus (IIIe siècle av. J.-C.) et d'autres sources aujourd'hui disparues. La chronologie d'Eusèbe figure dans sa « Chronique ». Traduite par Jérôme, elle a été suivie par tous les auteurs ultérieurs jusqu'à nos jours.

Le seul lien infaillible entre la chronologie sacrée et la chronologie profane se trouve dans Jérémie 25,1 : « La quatrième année de Jojakim, qui était la première année de Nabuchodonosor. » Si les événements historiques avaient été numérotés à partir de ce point jusqu’à la naissance du Christ, ou inversement, nous aurions une chronologie parfaitement complète et satisfaisante. Mais il n’en a rien été. La durée entre la première année de Nabuchodonosor et la naissance du Christ était inconnue. Elle a été fixée par conjecture, avec l’aide de Ptolémée. Clinton la situe en 606 av. J.-C., Sayce en 604 av. J.-C., et à partir de cette date, les chronologues remontent jusqu’à Adam et poursuivent leur calcul jusqu’au Christ. La durée entre la première année de Nabuchodonosor et la naissance du Christ n’a été mesurée par aucune annale ni chronique d’événements datés et attestés. Elle fut initialement fixée par Ptolémée, au moyen de calculs et de conjectures, et les événements enregistrés ont été intégrés à cet intervalle par des chronologues calculateurs dans la mesure où le cadre fictif le permettait.

La première phrase de l'introduction de Sir Isaac Newton à sa Brève Chronique, depuis les premiers souvenirs des choses en Europe jusqu'à la conquête de la Perse par Alexandre le Grand, montre à quel point les premières années de l'histoire grecque furent fluides et indéterminées.

« Les Antiquités grecques », dit Newton, « regorgent de fictions poétiques, car les Grecs n'ont rien écrit en prose avant la conquête de l'Asie par Cyrus le Perse. »

L'incertitude quant à l'époque de la fondation de Rome et à l'ère qui en découle est aussi grande que celle qui entoure les débuts de l'histoire de la Grèce. Voici une liste des dates retenues par différents auteurs :

    av. J.-C.
Varro, Tacite, Plutarque, Dion, Aulus Gellius, Censorinus, etc.   753
Caton, Denys d'Halicarnasse, Solin, Eusèbe, etc.   752
Tite-Live, Cicéron, Pline et Velleius Paterculus 753 ou 752
Polybe   751
Fabius Pictor et Diodore de Sicile   747
L. Cincius   728

Une marge de 25 ans.

Ces incertitudes concernant la chronologie grecque et romaine, et le caractère tardif et purement conjectural du fondement sur lequel elles reposent, montrent combien il nous est impossible d'ériger la chronologie de la littérature classique de la Grèce et de Rome en norme permettant de corriger la chronologie de l'Ancien Testament hébreu.

Presque tous les grands empires d'Orient semblent avoir repoussé l'origine de leur histoire ancienne au VIIIe siècle.

  av. J.-C.
Babylone (époque nabonassaréenne) 747
Grèce (1re Olympiade) 776
Rome (Fondation de la Ville) 753
Lydia 716
Chine 781
Médias 711

Il peut être intéressant d'ajouter les remarques suivantes concernant l'origine de l'ère chrétienne vulgaire : —

Ce n'est qu'en 532 que l'ère chrétienne fut instituée par Denys le Petit, un Scythe de naissance et abbé romain. Il vécut sous le règne de Justinien (527-565). Refusant de lier ses cycles de dates à l'ère du tyran et persécuteur Dioclétien, qui débuta en 284, il choisit plutôt de dater les années à partir de l'incarnation de Jésus-Christ « afin que le commencement de notre espérance nous soit mieux connu et que la cause du salut de l'homme, à savoir la passion de notre Rédempteur, apparaisse avec plus de clarté ». L'année suivant celle où Denys le Petit écrivit ces mots à l'évêque Pétrone fut l'an 248 de l'ère dioclétienne. Ainsi, la nouvelle ère de l'Incarnation, telle qu'elle était alors calculée, correspondait à 284 + 248 = 532 ap. J.-C. Denys l'Ancien abhorrait, à juste titre, le souvenir de Dioclétien, car dès la première année de son règne, qui marque le début de l'ère dioclécienne, il fit enterrer vivants dans une grotte plusieurs chrétiens qui célébraient la sainte communion. C'est pourquoi l'ère dioclécienne fut parfois appelée l'ère des martyrs.

Denys l'Ancien situe la naissance de Jésus en l'an 753 du règne de Varron, soit l'an 45 de l'ère julienne. Il se base sur les propos de Luc selon lesquels « Jean-Baptiste commença son ministère la quinzième année du règne de Tibère » et « Jésus avait alors environ trente ans » (Luc 3, 1-2, 3 ). Tibère succède à Auguste le 19 août 767 du règne de Tibère. Sa quinzième année correspond donc à l'an 782 du règne de Tibère. En soustrayant l'année supposée de la Nativité, 753, on obtient 29 ans, soit 30 ans actuellement.

Or, selon Matthieu, le Christ est né avant la mort d'Hérode, c'est-à-dire, d'après les calculs des chronologues, avant 749. De ce fait, l'année de l'Incarnation, l'an 1 ap. J.-C., était fixée quatre ans trop tard. Pour remédier à cette erreur, il fallait situer la naissance du Seigneur en l'an 4 av. J.-C. On découvrit par la suite que l'erreur ne provenait ni des évangélistes, ni de Matthieu, ni de Luc, mais du fait que Tibère avait commencé à régner comme collaborateur ou associé d'Auguste quelques années avant la mort de ce dernier, et que la durée de son règne après la mort d'Auguste n'avait pas été de 26 ans, mais de 22. Ainsi, les difficultés furent résolues. L'ère de l'Incarnation fut maintenue et la naissance du Christ fut fixée à l'an 4 av. J.-C.

(5) Observations et calculs astronomiques.

Les observations et calculs astronomiques sont considérés par de nombreux chronologues comme les données les plus sûres et les plus fiables pour fixer les dates de divers événements. Les éclipses peuvent être calculées rétrospectivement et prospectivement. Elles se distinguent par le moment et le lieu où elles sont visibles, leur durée et le nombre de segments de la lune éclipsés. Elles ont donc été considérées comme un moyen de corriger et de déterminer les dates des événements auxquels elles se sont produites, et les résultats ainsi obtenus ont été revêtus d'une quasi-infaillibilité. La date de la naissance de Jésus-Christ est fixée grâce à une éclipse de lune rapportée par Flavius ​​Josèphe comme s'étant produite peu avant la mort d'Hérode.

Des tables d'éclipses ont été fournies par des chronologues et des astronomes de 753 av. J.-C. à 70 apr. J.-C., et une liste de 44 des plus remarquables d'entre elles (25 éclipses de soleil et 19 éclipses de lune) est donnée dans la Nouvelle analyse de la chronologie de Hales. La plus célèbre de ces éclipses est celle connue sous le nom d'« Éclipse de Thalès », car Thalès en avait prédit l'année. Elle a servi aux chronologues pour ajuster les différentes ères et les chronologies de l'Assyrie, de Babylone, de la Médie, de la Lydie, de la Scythie et de la Grèce. Mais elle s'est révélée être une source de controverses. Cinq éclipses différentes, survenues à autant de dates différentes, ont été identifiées par différents astronomes comme étant celle en question. Hérodote décrit cette éclipse comme ayant eu lieu la sixième année de la guerre entre les Mèdes et les Lydiens, sur le fleuve Halys, lorsqu'au cours d'une bataille acharnée, le jour fit soudainement place à la nuit. Les deux armées cessèrent le combat, un traité de paix fut conclu et scellé par un pacte matrimonial.

Cette « éclipse de Thalès » ainsi décrite par Hérodote a été identifiée aux cinq éclipses solaires distinctes suivantes, calculées astronomiquement : —

Il ressort de ce qui précède qu'il existe de nombreuses sources d'erreur dont il faut tenir compte avant d'attribuer au résultat chronologique obtenu l'infaillibilité propre à un calcul mathématique.

Il peut y avoir des erreurs d'observation de la part de l'historien, des erreurs de calcul de la part de l'astronome et des erreurs d'identification de la part du chronologue, qui pourrait conclure à tort que l'éclipse datée calculée par l'astronome est la même que celle décrite par l'historien. L'erreur qui consiste à attribuer à ces dates chronologiques déterminées astronomiquement l'infaillibilité d'un calcul mathématique est de supposer que la solidité d'une chaîne dépend de son maillon le plus fort, et non de son maillon le plus faible. Les calculs astronomiques peuvent être infaillibles et d'une précision manifeste au tic-tac d'une horloge près, mais cela ne garantit l'infaillibilité que d'un seul maillon de la chaîne, dont la solidité et la fiabilité ne peuvent être étendues aux autres maillons ni au résultat dans son ensemble. Nous ne pouvons donc pas, à partir des observations et des calculs astronomiques, obtenir les éléments nécessaires pour les utiliser comme critère de vérification de la véracité des énoncés chronologiques de l'Ancien Testament. À l'instar du témoignage des Monuments et de tous les autres témoins, le témoignage de l'Astronomie doit être entendu et jugé ; il ne doit pas prétendre juger le témoignage des autres témoins.

(6) Les chronologues anciens et modernes.

Les travaux des chronologues anciens et modernes nous sont d'une grande aide pour corréler les témoignages provenant de toutes les sources possibles permettant de recueillir des preuves.

Mais les chronologues ne sont pas infaillibles ; il leur arrive d’aboutir à des conclusions différentes et contradictoires, parfois ils se suivent comme un troupeau de moutons, chacun adoptant les conclusions de son prédécesseur ; parfois ils sont dominés par un schéma ou un plan dans lequel ils s’efforcent d’intégrer les faits, et dans cette entreprise, les faits sont parfois déformés. Les schémas millénaristes d’Ussher (ce prince des chronologues), et des premiers Pères de l’Église, le schéma septénaire de R.G. Faussett, développé dans son excellent et précieux ouvrage sur la Symétrie du Temps, la chronologie hypothétique des assyriologues et égyptologues modernes, construite de manière à s’accorder avec leur interprétation du témoignage des Monuments, la détermination des dates par la méthode de Ptolémée consistant à intégrer les faits à son système d’éclipses calculées, sont autant d’exemples du danger de tordre les faits pour les faire correspondre à la théorie du concepteur. La seule méthode sûre et véritable de chronologie consiste à prendre en considération l'ensemble des faits, à les peser un à un comme on pèse les preuves devant un tribunal, et à ne tirer que les conclusions justifiées par les lois de la preuve ou du témoignage, ou par les preuves historiques.

Un bref aperçu des principales œuvres de quelques-uns des chronologues les plus importants servira d'introduction appropriée à nos propres recherches. Ils peuvent être classés comme suit : — (1) Les premiers chronologues grecs et latins, (2) Les premiers chronologues chrétiens, (3) Les chronologues byzantins, (4) Le grand chronologue arménien, Abul-Faragus, (5) Les chronologues modernes.

I. Les premiers chronologues grecs et latins, du Ve siècle avant J.-C. à l'ère chrétienne.

1. Hellanicus (bbc 496), logographe grec, a établi une liste chronologique des prêtresses de Junon à Argos. Sa chronologie repose sur le principe d'attribuer un certain nombre d'années à chaque prêtresse, ou un certain nombre de prêtresses à un siècle.

3. Éphore (IVe siècle av. J.-C.), disciple d'Isocrate (436-338 av. J.-C.), fut le premier Grec à entreprendre la composition d'une histoire universelle. Il débute avec le retour des Héraclides dans le Péloponnèse (1103 av. J.-C.) et s'achève avec la vingtième année du règne de Philippe de Macédoine, père d'Alexandre le Grand.

3. Timée de Sicile (260 av. J.-C.) a écrit une histoire de la Sicile, sa terre natale. Il fut le premier à utiliser les Olympiades grecques comme base de chronologie. Comme il l'écrivit lors de la 129e olympiade, en 260 av. J.-C., les 128 olympiades précédentes ne constituent pas des chroniques contemporaines, mais des calculs chronologiques. Timée établit une comparaison entre le nombre d'éphores et de rois successifs à Sparte, d'archontes à Athènes et de prêtresses à Argos, les organisant selon son schéma chronologique des Olympiades. Il prolongea l'histoire jusqu'à son époque, et Polybe (204-122 av. J.-C.) commença là où il l'avait laissée.

4. Ératosthène (né en 276 av. J.-C.) est considéré comme le « père de la chronologie », et il est important de noter que sa méthode reposait sur la conjecture, et non sur le témoignage. Originaire de Cyrène, il était un homme de lettres sous les Ptolémées d'Égypte et conservateur de la célèbre bibliothèque d'Alexandrie sous le règne de Ptolémée IV. Évergète (246-221 av. J.-C.) découvrit l'obliquité de l'écliptique et écrivit d'importants ouvrages sur la géographie mathématique et les constellations. Il effectua la première mesure scientifique de la Terre, mais son résultat était erroné d'un sixième. Il fit du parallèle de Rhodes l'équivalent, en astronomie antique, du méridien de Greenwich. Sa Chronographie est un schéma précis de la chronologie générale. Il écrivit environ 100 ans après Alexandre le Grand et parvint à ses conclusions chronologiques en comptant environ 30 ou 40 ans pour chaque génération ou succession de rois, d'éphores ou de prêtresses, exagérant ainsi considérablement l'ancienneté des événements de l'histoire grecque.

5. Apollodore (IIe siècle av. J.-C.) suivit les traces d'Ératosthène. Il rédigea une chronique en vers des événements allant de la chute de Troie à son époque.

6. Ptolémée, auteur du Canon de Ptolémée (ou Claude Ptolémée, de son nom complet), mérite une attention particulière. Il est à l'origine du système astronomique ptolémaïque, ainsi nommé car tiré de ses œuvres. L'idée principale de ce système, ou théorie de l'Univers, était que la Terre était immobile et que tous les corps célestes tournaient autour d'elle à une vitesse constante. Ce système fut remplacé par le système copernicien au XVIe siècle.

Ptolémée vécut en Égypte au IIe siècle après J.-C., sous les règnes d'Hadrien et d'Antonin le Pieux. Astronome et géographe, il publia sa Géographie, un ouvrage en huit livres illustré d'une carte du monde et de 26 autres cartes. Il fut le premier à tenter de fonder l'étude de la géographie sur des bases scientifiques. Prenant Ferro, aux Canaries, comme point le plus occidental du monde, il le situait près de 7° trop à l'est et calcula ses longitudes à partir de ce point, tandis que ses latitudes étaient calculées à partir de Rhodes.

Ptolémée naquit à Péluse, en Égypte. On situe généralement sa naissance en l'an 70 ap. J.-C., et il survécut à Antonin le Pieux, décédé en 161 ap. J.-C., ce qui lui conférerait l'âge de 91 ans. Cependant, les Arabes affirment qu'il mourut à 78 ans, auquel cas il serait né après 70 ap. J.-C. Il consigna ses observations à Alexandrie entre 125 et 140 ap. J.-C. Les détails authentiques de sa vie sont extrêmement rares. Les informations suivantes sont tirées du Tebrabiblos ou Quadripartite de Ptolémée, un ouvrage en quatre livres sur l'influence des astres, publié par J.M. Ashmand en 1822. Les Grecs considéraient Ptolémée comme un homme d'une grande sagesse et d'une profonde spiritualité, en raison de son immense érudition. Il possédait un esprit véritablement royal. Il corrigea le Catalogue des étoiles fixes d'Hipparque et établit des tables pour le calcul et la régulation des mouvements du Soleil, de la Lune et des planètes. Il rassembla les observations éparses et isolées d'Aristote, d'Hipparque, de Posidonius et d'autres sur l'économie du monde, et les intégra dans un système qu'il exposa dans son Megale Suntaxis (grec), le Grand Système ou Grande Construction, ouvrage divisé en treize livres et qui porte son nom : le système ptolémaïque. Tous ses travaux astronomiques reposent sur l'hypothèse que la Terre est immobile au centre de l'univers. Autour de la Terre, les corps célestes, étoiles et planètes, se meuvent sur des orbites solides, dont les mouvements sont tous dirigés par un primum mobile, ou premier moteur, qu'il décrit en détail dans le Grand Système. Il traite également, dans le même ouvrage, des mouvements du Soleil, de la Lune et des planètes, et fournit des tables permettant de déterminer leurs positions, latitudes, longitudes et mouvements. Il aborde les éclipses et la méthode pour les calculer. Il traite des étoiles fixes, dont il fournit un catalogue avec leurs magnitudes, latitudes et longitudes.

L'Ordre de Ptolémée, aussi erroné fût-il, permettait aux observateurs de donner une explication plausible des mouvements du soleil et de la lune, de prédire les éclipses et d'améliorer la géographie. Il représentait les phénomènes célestes réels, tels qu'ils apparaissent réellement à un spectateur sur terre.

En 827, le Grand Système fut traduit par les Arabes dans leur langue, et c'est ainsi qu'il fut diffusé en Europe. Il devint alors connu sous le nom d'« Al Magest » (Le Grand Œuvre). En latin, il devint « Magna Constructio » et en anglais, « The Great System », « The Ptolemaic System » ou « The Great Construction ».

Ptolémée était moins un auteur qu'un astronome de terrain. Sa Géographie n'est pas un traité de géographie, mais un exposé des principes et des instructions pour la construction d'une carte. Le Canon de Ptolémée est simplement un canon ou une liste de rois, avec les années de leurs règnes. Il n'est accompagné d'aucun traité explicatif. Il est généralement considéré comme le monument le plus précieux de la chronologie antique. Il utilise l'année égyptienne, ou année calendaire, de 365 jours. De ce fait, le jour de l'An est décalé d'un jour tous les quatre ans, et l'année 521 av. J.-C. (année julienne de 365 jours et un quart) comprenait le jour de l'An de deux années de l'année égyptienne, l'une le 1er janvier et l'autre le 31 décembre. Il s'agit des années 227 et 228 de l'ère nabonassaréenne de Ptolémée. Ptolémée attribue à chaque roi l'année entière du décès de son prédécesseur. Cette année est considérée comme sa première année de règne. Cyrus mourut et Cambyse commença à régner en 529 av. J.-C. Mais l'année entière est attribuée à Cambyse et est comptabilisée comme sa première année de règne. De même, Ptolémée ne tenait pas compte des règnes courts, inférieurs à un an. Ces mois impairs étaient inclus dans l'année du roi précédent ou suivant.

Ptolémée achève son Canon sous le règne d'Antonin le Pieux, durant lequel il vécut. Il fut poursuivi par Théon, son successeur à la chaire d'astronomie d'Alexandrie, puis par d'autres auteurs. Le point de départ fixe de Ptolémée est la nouvelle lune du premier jour du premier mois (Thot) de la première année de l'ère de Nabonassar.

Compte tenu de l'importance incomparable du Canon de Ptolémée, qui constitue le fondement même de la détermination de la date du début de notre ère vulgaire universellement acceptée, l'ère chrétienne commune, la liste est reproduite ici intégralement. Elle est extraite de l'exemplaire du British Museum des Tables chronologiques des règnes de C. Ptolemaeus, Théon, etc., par M. l'abbé Halma (publié à Paris en 1819).

LE CANON DE PTOLÉMY.

Table des règnes.

Des années de règnes avant Alexandre, y compris le sien.

Nabonassar

14

14

Mesesimordae

4

59

Nadins

2

16

Deuxième interrègne

8

67

Chinzar et Poros

5

21

Asaridine

13

80

Iloulaius

5

26

Saosdouchin

20

100

Mardocempad

12

38

Cinilanadan

22

122

Arcéen

5

43

Nabopollassar

21

143

Premier interrègne

2

45

Nabocolassar

43

186

Bilib

3

48

Iloaroudam

2

188

Aparanad

6

54

Nericasolassar

4

192

Rhegebel

je

55

Nabonad

17

209

Rois perses.

Cyrus

9

218

Artaxerxès II

46

389

Cambyse

8

226

Ochus

21

410

Darius I

36

262

Arogus

2

412

Xerxès

21

283

Darius III

4

416

Artaxerxès Ier

41

324

Alexandre de Macédoine

8

424

Darius II

19

343

 

 

 

Les années des rois macédoniens après la mort d'Alexandre.

Philippe

7

7

Ptolémée Épiphane

24

143

Alexandre II

12

19

,, Philomètre

35

178

Ptolémée Lagus

20

39

,, Évergètes

29

207

,, Philadelphie

38

77

,, Soter

36

243

,, Évergètes

25

102

Denys le Jeune

29

272

,, Philopator

17

119

Cléopâtre

22

204

Empereurs romains.

Auguste

43

337

Titus

3

404

Tibère

22

359

Domitien

15

419

Caius

4

363

Nerva

1

420

Claude

14

377

Trajan

19

439

Néron

14

391

Adrian

21

460

Vespasien

10

401

Aelius Antoninus

23

483

Voici la liste des œuvres de Ptolémée : —

i. E Megale Suntaxis (grec) = Magna Constructio = Almagest = Le Grand Système d'Astronomie. Ce fut son chef-d'œuvre. Il s'agit d'un traité d'astronomie, contenant tous les principes du système ptolémaïque.

2. Tetrabiblos (grec) = Quadripartite. Traité en quatre livres sur l'influence des astres. Traité d'astrologie entièrement païen.

3. Karpos (grec) ou Centiloquy, ou Livre des cent aphorismes ; un cinquième livre reprenant les idées des quatre précédents et leur servant de complément. À titre d'exemple, citons cet aphorisme : « L'amour et la haine diminuent l'importance des choses les plus importantes, tout en magnifiant les plus insignifiantes. »

4. Traité de la signification des étoiles fixes. Calendrier quotidien des levers et couchers d'étoiles, et des conditions météorologiques qui en résultent.

5. La Géographie.

6. Le Canon ou Table des Règnes donné ci-dessus.

Le Canon de Ptolémée est décrit dans l'article « Chronologie » de l' Encyclopædia Britannica, n<sup>e</sup> édition, comme « la seule source authentique de l'histoire de l'Assyrie et de la Babylonie avant les récentes découvertes de Ninive ». Cette affirmation reflète l'opinion aujourd'hui partagée par la plupart des chercheurs, mais il ne faut pas oublier que l'authenticité qui lui est ainsi attribuée s'applique également au récit biblique. On dit souvent que la liste assyrienne des éponymes confirme la partie assyrienne du Canon de Ptolémée et que cela devrait nous inspirer confiance pour le reste du Canon. Certes, mais partout où la liste assyrienne des éponymes confirme la partie assyrienne du Canon de Ptolémée, elle confirme aussi la partie assyrienne du récit biblique de l'Ancien Testament. Il est étonnant que les chercheurs ne le perçoivent pas. Il est d'autant plus étrange que, puisque le Canon de Ptolémée concorde avec la liste des éponymes assyriens là où le récit biblique le concorde également, on considère cela comme une preuve de l'authenticité du Canon de Ptolémée, mais non comme une preuve de l'authenticité du récit biblique. Or, on s'empresse de corriger cette lacune en se référant au Canon de Ptolémée pour les passages postérieurs où aucun document assyrien n'est mentionné, et à la liste des éponymes assyriens pour les passages antérieurs absents du Canon de Ptolémée. Si la concordance avec les documents assyriens authentifie le Canon de Ptolémée, elle authentifie également le récit biblique. Les trois sources concordent en tout point de convergence. Le récit biblique ne contredit pas formellement les archives assyriennes, mais il existe une période pour laquelle ces dernières sont absentes : les archives assyriennes contemporaines, de la 14e année du règne d’Amaziah (833 av. J.-C.) à la 35e année du règne d’Ozias (772 av. J.-C.), sont muettes. Selon Willis J. Beecher, cette période correspond à 61 ans, durant lesquels les seules archives assyriennes connues concernent les dix années de règne de Salmanazar III (IV), soit un vide de 51 ans entre les règnes des deux rois assyriens, Ramman-nirari III et Asshur-daan III. Les archives assyriennes omettent ces 51 années ; par conséquent, il faut soit omettre ces 51 années de l’histoire relatée dans le récit biblique, soit ajouter 51 années aux archives assyriennes, car les événements bibliques et assyriens concordent avant et après cette période.

Le canon de Ptolémée ne commençant qu'en 747 av. J.-C., soit 25 ans après la fin de cette période de 51 ans, il est illégitime d'affirmer que la concordance entre le canon éponyme assyrien et le canon de Ptolémée à une période ultérieure nous oblige à trancher en faveur des sources assyriennes et contre les sources bibliques à une période antérieure, car à cette période ultérieure, il existe la même concordance entre le canon éponyme assyrien et les sources bibliques qu'entre le canon éponyme assyrien et le canon de Ptolémée.

La véritable explication de la différence entre les archives assyriennes et les archives bibliques est probablement la suivante : l'Assyrie a été frappée par une catastrophe, et les 51 noms ont été soit perdus accidentellement, soit détruits intentionnellement. La chronologie plus longue des annales bibliques est étayée (1) par les récits bibliques des événements survenus durant ces 51 années, (2) par les longs nombres mentionnés par Flavius ​​Josèphe, (3) par la concordance entre la date égyptienne de l'invasion de Shishak, au temps de Roboam, et la date biblique de 978 av. J.-C., et non la date assyrienne de 927 av. J.-C., et (4) par l'explication donnée par Georgius Syncellus (vers 800 av. J.-C.), dans son Historia Chronographia, quant à la raison pour laquelle Ptolémée a commencé son Canon en 747 av. J.-C. et n'y a pas inclus la période antérieure où apparaît l'écart de 51 ans : les annales assyriennes de cette période auraient été falsifiées. Il déclare : « Nabonassar, roi de Babylone, ayant rassemblé les actes de ses prédécesseurs, les détruisit afin que le calcul des règnes des rois assyriens puisse être effectué à partir de ses propres écrits. » Il est fort probable que l'Assyrie ait été frappée par un désastre inconnu peu après le règne du puissant monarque Ramman-nirari III, au début de la période de 51 ans d'oubli. En effet, à son époque, les Assyriens percevaient un tribut de toute la région méditerranéenne, à l'exception de Juda, tandis qu'à la fin de cette période, sous le règne d'Assur-daan III, leur pouvoir sur cette région avait disparu et ils menaient une lutte acharnée pour le reconquérir.

En réalité, (1) les sources bibliques, assyriennes et ptolémaïques s'accordent sur une période centrale donnée ; (2) les sources bibliques et assyriennes divergent pour une période antérieure, à moins d'admettre une interruption de 51 ans, ce qui n'est pas le cas pour les sources ptolémaïques. Par ailleurs, (3) les sources bibliques (telles qu'interprétées par l'auteur) et ptolémaïques divergent pour une période postérieure, mais les sources assyriennes s'arrêtent à ce stade. Toute conclusion tirée de ces prémisses, selon laquelle la confirmation des données chronologiques de Ptolémée par la chronologie assyrienne impliquerait de rejeter le système scripturaire, est totalement injustifiée. L'authenticité du canon de Ptolémée est établie, par sa concordance avec le canon éponyme assyrien, de la même manière que l'authenticité des sources bibliques est établie par sa concordance avec le canon éponyme assyrien, et pas au-delà. Le point de désaccord entre le canon de Ptolémée et le récit biblique ne se situe pas à l'époque assyrienne, mais à l'époque perse.

Un autre fait doit être pris en compte. Ptolémée, contrairement aux historiens grecs et latins comme Hérodote et Tacite, ne témoigne pas de la véracité des événements contemporains. Il appartient au IIe siècle après J.-C., et le point litigieux concerne ses chiffres relatifs à la période de l'Empire perse, quelque 500 ans auparavant. Il n'écrit pas d'histoire ; il se contente de dresser une liste de noms et de chiffres. Il n'est pas un historien garant de la véracité des faits dont il a une connaissance personnelle, mais l'auteur d'un système visant à combler les lacunes de l'histoire qu'il a reçue et à dater les événements par des calculs astronomiques. Un tel témoignage ne saurait en aucun cas être comparé aux récits continus de témoins contemporains tels qu'Esdras, Néhémie et Daniel.

À la liste de ces six premiers auteurs grecs, il faut ajouter le nom de l'écrivain latin Censorinus.

7. Censorinus (238 ap. J.-C.) écrivit son ouvrage De die Natali en 238 ap. J.-C. À l'instar de Ptolémée, il compilait les dates et calculait les ères. Il fixa la date de la dernière période sothique antérieure à son époque, correspondant aux années 1321 av. J.-C. – 139 ap. J.-C. Ce calcul est utilisé par les égyptologues pour dater le règne de Merenptah, le pharaon de l'Exode. Ce passage est d'une importance capitale. Il est donc reproduit intégralement. Censorinus dit : —

« Les Égyptiens, dans l'établissement de leur année civile, ne tenaient aucun compte de la lune. En Grèce, l'année égyptienne est appelée « cynique » (en référence au chien), en latin « caniculaire », car elle commence avec le lever de l'étoile caniculaire (Sirius), à laquelle est fixé le premier jour du mois que les Égyptiens nomment Thot. Leur année civile ne comptait que 365 jours, sans intercalation. Ainsi, chez les Égyptiens, l'intervalle de quatre ans est plus court d'un jour que l'intervalle de quatre années naturelles, et une synchronisation complète n'est établie qu'au bout de 1461 ans » (Chapitre XVIII).

« Mais de ces ères, les débuts ont toujours lieu le premier jour du mois appelé Thot chez les Égyptiens, un jour qui, cette année (238 ap. J.-C.), correspond au VIIe jour des calendes de juillet (25 juin), tandis qu’il y a 100 ans, ce même jour correspondait au XIIe jour des calendes d’août (21 juillet), moment où l’étoile du chien a coutume de se lever en Égypte » (Chapitre XXI).

Ces informations sont utilisées par les égyptologues pour convertir l'année égyptienne vague de 365 jours en année julienne de 365 jours et un quart. En combinant le témoignage quelque peu douteux de Manéthon et les calculs des astronomes modernes, fondés sur les informations fournies par Censorinus, ils parviennent à dater le règne de Merenptah, pharaon de l'Exode. Cependant, la validité de ce résultat repose sur un nombre considérable d'hypothèses et ne peut être considérée que comme hypothétique ou provisoire.

Un autre calcul de Censorinus, d'une importance encore plus fondamentale, concerne la date de la première olympiade. Il la situe en 1014 ans avant le consulat d'Ulpius et de Pontianus, soit en 238 ap. J.-C. Sur ces 1014 années, 238 appartiennent à l'ère actuelle. Il reste donc 776 ans avant le début de notre ère, et par conséquent, la première olympiade est datée de 776 av. J.-C.

Le fragment est reproduit ici intégralement. Il est extrait des Fragments anciens de Cory.

Je ne traiterai pas de cette période que Varron appelle historique, car il la divise en trois parties. La première s'étend des origines de l'humanité jusqu'au cataclysme antique. La seconde, qui dure jusqu'à la première olympiade, est dite mythique, car c'est durant cette période que se seraient déroulés des exploits fabuleux. La troisième, qui s'étend de la première olympiade à nos jours, est dite historique, car les actions qui s'y sont déroulées sont relatées dans une histoire authentique.

« La première période, qu'elle ait eu un commencement ou qu'elle ait toujours existé, demeure indéterminée. La seconde période n'est pas non plus précisément définie, bien qu'on l'estime à environ 1600 ans. Entre le cataclysme d'Ogygès et le règne d'Inarchos, elle s'étend sur environ 400 ans, et de là jusqu'à la première olympiade, sur un peu plus de 400 ans. Certains auteurs ont tenté d'en déterminer la durée avec plus d'exactitude, car il s'agit des dernières années de la période mythique et les plus récentes de mémoire d'homme. Sosibios avance ainsi 395 ans, Ératosthène 407, Timée 417 et Orethrès 164. Nombre d'autres auteurs ont également des opinions divergentes, dont la diversité même témoigne de l'incertitude qui entoure ce sujet. »

Concernant le troisième intervalle, il y eut également quelques divergences entre les auteurs, bien qu'il se limite à une période de six ou sept ans. Varron, cependant, s'est penché sur l'obscurité qui l'entoure et, comparant avec sa sagacité habituelle les chroniques et annales de différents États, a calculé les intervalles manquants ou à ajouter en les recalculant à rebours, et est finalement parvenu à la vérité et l'a révélée. Ainsi, non seulement un nombre précis d'années, mais aussi de jours, peut être établi.

« Selon ces calculs, à moins que je ne me trompe grandement, l'année actuelle, qui porte le nom et le titre des consulats d'Ulpius et de Pontianus, est la 1014e depuis la première olympiade, en comptant à partir de l'été, période où se déroulent les Jeux olympiques ; mais depuis la fondation de Rome, elle est la 991e ; ceci se base sur les Palalia (21 avril), date à partir de laquelle les années sont calculées ab urbe condita. Quant aux années dites juliennes, elle est la 283e, en comptant à partir des calendes de janvier, jour à partir duquel Jules César ordonna que l'on commence l'année. Enfin, parmi les années dites augustéennes, elle est la 265e, en comptant également à partir des calendes de janvier de l'année où, le 16 des calendes de février (15 février), le fils du divin Jules César fut salué. » L'empereur et Auguste, sur motion de Numatius Plaucus, par le Sénat et le reste des citoyens, dans le consulat de lui-même pour la 7ème fois, et M. Vipsanus Agrippa.

« Mais les Égyptiens, qui deux ans auparavant avaient été réduits sous la domination du peuple romain, comptent 268 années augustéennes : car par les Égyptiens, de la même manière que par nous, certaines années sont enregistrées, et ils appellent leur ère l'ère de Nabonnagarius, et leurs années sont calculées à partir de la première année de son règne, dont l'année actuelle est la 986e.

« Les années philippines sont également utilisées et sont calculées à partir de la mort d'Alexandre le Grand. De là à nos jours, 562 ans se sont écoulés. Mais le début de ces années est toujours compté à partir du premier jour du mois que les Égyptiens appellent Thot, qui est tombé cette année le 7 des calendes de juillet (25 juin). En effet, il y a cent ans, sous le consulat d'Ulpius et de Brutius, ce jour tombait le 12 des calendes d'août (21 juillet), date à laquelle le Canicule se lève régulièrement en Égypte. De là, nous savons que de cette grande année mentionnée précédemment sous le nom de Canicule solaire ou Triétéris, appellation courante, l'année en cours est la centième. »

« J’ai pris soin de préciser le début de toutes ces années, afin que nul n’ignore les coutumes en la matière, qui sont tout aussi diverses que les opinions des philosophes. Certains la font commencer avec le solstice d’hiver, d’autres avec le solstice d’été ; d’autres encore la font commencer avec l’équinoxe de printemps ou d’automne. Certains aussi la font débuter avec le lever ou le coucher des Pléiades, mais beaucoup avec le lever de l’étoile du Chien. »

Ainsi, l'année 776 av. J.-C., telle que déterminée par Censorinus, est devenue le point central de la chronologie. Le schéma ou cadre étant établi au préalable, il ne restait plus qu'à y intégrer les faits, et toutes les dates, sacrées et profanes, ont été adaptées aux exigences de ce schéma.

Eusèbe accepta ce principe et y adapta la chronologie de l'Ancien Testament. Lui et Jérôme, qui traduisit son œuvre en latin, furent suivis par tous les auteurs ultérieurs. Tous adoptèrent ce principe, bien que leur application diffère légèrement. Eusèbe identifie l'année 776 av. J.-C. à la 49e année du règne d'Ozias. Ailleurs, il reprend Jules l'Africain et l'identifie à la 1re année du règne d'Achaz. Syncelle l'identifie à la 45e année d'Ozias. Clinton affirme qu'il s'agissait en réalité de la 33e année d'Ozias. Mais la méthode employée est la même, et grâce à Eusèbe, cette ère fut intégrée aux œuvres de tous les auteurs ultérieurs. Ainsi, l'intervalle de temps entre le début du règne de Cyrus comme seul roi et l'an de grâce 1 fut fixé d'avance à 536 ans au lieu de 454, comme l'indique Daniel. Il est important de noter que cette fixation des dates ne repose pas sur des témoignages contemporains comme celui de Jérémie 25: 1, où il est clairement indiqué que la quatrième année de Jojakim était la première année de Nabuchodonosor, mais sur un processus de calcul élaboré 1 000 ans après les faits, et reposant en définitive sur les calculs obscurs d’Ératosthène et de Timée, qui obtiennent leurs données en multipliant le nombre d’éphores, de rois, d’archontes ou de prêtresses par le nombre d’années pendant lesquelles ils imaginaient que chacun de ces officiers avait probablement occupé ces différentes fonctions.

II. Les premiers chronologues chrétiens.

Théophile d'Antioche (IIIe siècle ap. J.-C.) fut l'une des figures marquantes de l'Église primitive et le fondateur de l'école historique de théologie antiochienne, opposée à l'école allégorique de Clément et d'Origène d'Alexandrie. Selon Abulfaragi, il estima à 5197 ans la durée entre la Création et l'ère des Séleucides, soit 312 av. J.-C., ce qui situe la Création en 5509 av. J.-C., conformément au calendrier plus long de la Septante. Cependant, il calcule 330 ans entre la Création d'Adam et la naissance de Seth, et omet les deux années suivant le Déluge.

2. Julius Africanus (vers 220-230 ap. J.-C.), ambassadeur auprès d'Élagabole en 218 ap. J.-C., reconstruisit sa ville natale, Emmaüs, en 222 ap. J.-C., et mourut en 232 ap. J.-C. Il est l'auteur du Pentabiblos, un système chronologique débutant avec la Création d'Adam, qu'il date de 5500 av. J.-C., selon le calcul de la Septante. Il omet les deux années suivant le Déluge, une erreur très courante, et il calcule la mort de Péleg, dont il interprète le nom comme signifiant une grande division fondamentale du temps, précisément 3 000 ans après la Création. D'autres systèmes millénaristes situent généralement ce délai à 3 000 ans de la 130e année de Péleg, âge auquel il naquit son fils Réou, selon les chiffres de la Septante.

3. Clément d'Alexandrie (IIIe siècle ap. J.-C.) était un disciple de Pantène, fondateur de la célèbre école catéchétique d'Alexandrie et maître d'Origène. Érudit, il connaissait parfaitement l'ensemble de la littérature classique ainsi que les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il fut le fondateur de l'école allégorique d'interprétation biblique et l'auteur de remarquables défenses du christianisme contre les absurdités et les immoralités de la théologie païenne. Les quatre œuvres qui nous sont parvenues sont : (1)  « Exhortation aux Gentils », (2)  « Le Pédagogue », (3)  « Stromates » et (4)  « Quel est le riche qui est sauvé ? ». Parmi ses œuvres perdues, la plus importante, connue uniquement par des paraphrases fragmentaires chez d'autres auteurs, est son œuvre majeure intitulée « Hypotyposes », c'est-à-dire « Types » ou « Préfigurations ».

4. Eusèbe (265-340 ap. J.-C.) est le père de l'histoire ecclésiastique et l'homme le plus savant de son temps. Dans son Histoire ecclésiastique, il retrace l'histoire de l'Église chrétienne depuis la naissance du Christ jusqu'en 324. Ses ouvrages Preparatio Evangelica et Demonstratio Evangelica nous sont parvenus sous une forme incomplète. De son Chronicon, traité dans lequel il développe sa chronologie, nous possédons des fragments en grec et une traduction latine de Jérôme. Le nom d'Eusèbe est une figure incontournable de l'histoire de la chronologie. C'est Eusèbe qui, le premier, adopta l'hypothèse d'une ère pour les Olympiades grecques et, la tenant pour vraie, assimila les années qui y étaient mentionnées aux annales de l'Ancien Testament. Il créa ainsi une erreur de 82 ans, selon l'interprétation que j'en fais des Annales hébraïques, en plaçant la première olympiade 82 ans avant la réalité et en adaptant les événements historiques à la chronologie ainsi établie, au lieu d'adapter le cadre chronologique aux événements. L'importance d'Eusèbe réside dans le fait que son exemple et les chiffres qu'il a fournis ont été suivis depuis lors.

5. Épiphane (310-402 ap. J.-C.) naquit en Palestine. Il devint évêque de Constantia, à Chypre, en 367 ap. J.-C. Théologien de renom, érudit rigoureux et linguiste de talent, sa Réfutation de toutes les hérésies fit autorité en matière de défense du christianisme contre toutes les formes d'erreurs païennes, gnostiques et ariennes. C'est du premier livre de cet ouvrage que la devise du présent livre a été tirée, témoignant de la conviction de l'auteur que tout écart par rapport aux méthodes des sciences exactes, toute altération du texte massorétique ou toute variation par rapport aux paroles de la Vérité hébraïque ne peut que nous éloigner de la vérité. Épiphane accusa Aquila, d'abord païen, puis chrétien, et enfin juif renégat, d'avoir falsifié les Écritures dans sa traduction de l'Ancien Testament en grec (publiée en 128 ap. J.-C.) afin d'invalider les témoignages concernant le Christ.

6. Éphrem le Syrien (325-378 ap. J.-C.), théologien syrien né à Nisibe, se retira à Édesse où il vécut retiré du monde. Il écrivit en syriaque, mais ses œuvres ont été traduites en grec et en latin. Il adopta la chronologie de la Septante et accusa les Juifs d'avoir retranché 600 ans aux générations d'Adam, de Seth, etc., afin que leurs propres livres ne les convainquent pas que le Christ était déjà venu, son apparition pour le salut de l'humanité ayant été annoncée 5 500 ans plus tard. Éphrem se trompait sur ce point, car ce sont les traducteurs grecs de la Septante qui ont ajouté les six siècles à la chronologie du texte hébreu, et non l'inverse. La « prédiction » à laquelle il était fait allusion était la tradition quasi universelle des Juifs selon laquelle le monde durerait 7 000 ans, et comme l’homme fut créé le sixième jour et chuta par le péché, de même le Messie viendrait racheter le monde au sixième millénaire, entre 5 000 et 6 000 avant J.-C., et la date de la Création selon la Septante était 5508 avant J.-C.

7. Jérôme (340-420 ap. J.-C.), appelé en grec Hiéronyme, fut l'un des plus savants de l'Église primitive. Il étudia l'hébreu et passa quelques années dans une grotte à Bethléem, où il mena une vie de célibat et se consacra à la traduction de l'Ancien Testament en latin. Sa version, la Vulgate (397 ap. J.-C.), est considérée comme faisant autorité, ou canonique, dans l'Église catholique romaine depuis le concile de Trente (1545-1563). Parmi ses autres écrits figurent son ouvrage De Viris Illustribus, ses Dialogi contra Pelagianos et sa traduction latine de la Chronique d'Eusèbe, qui établit la chronologie de l'Europe occidentale jusqu'à l'époque de Bède. Eusèbe fut suivi par de nombreux auteurs jusqu'à nos jours.

III. Chronologues byzantins. Ceux-ci sont contenus dans le Corpus Scriptorum Historiae Byzantinae, une collection d'œuvres de divers auteurs, dont les trois principales sont les œuvres de Georgius Syncellus, de Johannes Malalas et du Chronicon Paschale.

1. Georgius Syncellus (792 ap. J.-C.), moine et historien. Sa Chronographia contient un exposé précieux de la chronologie de l'école byzantine durant les siècles qui séparent les premiers Pères de l'Église du renouveau intellectuel des temps modernes, sous l'impulsion de Scaliger, qui dirigeait le département de chronologie. Syncellus nous a légué deux canons, ou listes de rois, d'une grande valeur : (1) le Canon astronomique, qu'il intitule « Les années depuis Nabonassar – selon le Canon astronomique ». Il s'agit précisément du Canon de Ptolémée, de la première année de Nabonassar à la dernière année d'Alexandre le Grand. (2) Le Canon ecclésiastique, qu'il intitule « Les années depuis Salmonasar, qui correspond également à Nabonassar selon le calcul ecclésiastique, jusqu'à Cyrus, et de là jusqu'à Alexandre de Macédoine ».

2. Johannes Malalas ou Malelas (IXe siècle après J.-C.), un autre historien byzantin, écrit une autre Chronographie.

3. Le Chronicon Paschale appartient également à ce groupe.

IV. Le grand chronologue arménien — Abulfaragus, Abulfaragi, Abul-Faraj, Gregory ou Bar-Hebraeus (1226-1266).

Ce célèbre historien, de son vrai nom Gregorius Bar-Hebraeus, a écrit un Compendium d'histoire universelle, de la Création du monde à 1273, intitulé Histoire des dynasties. Abulfaragus était un Juif arménien. Il fut formé à la médecine. Après sa conversion, il s'installa à Tripoli et devint le premier évêque de Guba (1246), puis évêque d'Alep. Bien qu'il fût un chef de la secte jacobite des chrétiens de Syrie, il était très admiré des auteurs musulmans, juifs et chrétiens. Il fut à la fois le plus érudit, le plus précis et le plus fidèle de tous les historiens syriens. Son histoire du monde contient de précieuses informations concernant les Sarrasins, les Tatars et la conquête de Gengis Khan. Autour de son nom s'est développée une abondante littérature, dont les titres occupent de nombreuses pages du catalogue du British Museum. C'est à Abulfaragus que l'on doit la reconstitution la plus juste de la dynastie sarrasine.

V. Les chronologues modernes.

Ils sont légion. Nous n'en retenons ici que quelques-uns parmi les plus importants. La plupart sont mentionnés dans l'article « Chronologie » de l' Encyclopædia Britannica (11e édition).

Joseph Scaliger (1540-1609) naquit à Agen, en France. Il étudia à l'Université de Paris et fut un homme d'un génie exceptionnel et d'une érudition consommée. Converti au protestantisme, il enseigna à Genève. Ses écrits marquent l'avènement d'une nouvelle ère en critique historique. Son œuvre monumentale, De Emendatione Temporum (publiée en 1596), posa les fondements de la chronologie moderne. Il se distingua par la brillance de son génie et l'étendue de son érudition. Il établit la période julienne de 7980 ans, de 4714 av. J.-C. à 3266 apr. J.-C., formée par la multiplication des cycles du soleil (28 ans), de la lune (19 ans) et de l'indiction (15 ans). La première année, le cycle du soleil était de 1 an, celui de la lune de 1 an et celui de l'indiction de 1 an. Ces trois cycles ne correspondront plus ainsi jusqu'à la fin du cycle. La période julienne n'a aucun lien avec l' année julienne ni l' ère julienne, qui tirent toutes deux leur nom de Jules César. Elle tire son nom de la famille Scaliger, dont le père s'appelait Jules César Scaliger. Joseph Scaliger a découvert la cause de la précession des équinoxes. Il a interprété la prophétie des 70 semaines de Daniel comme se terminant à la destruction de Jérusalem, en 70 apr. J.-C., et comme commençant par conséquent en 420 av. J.-C., la quatrième année du règne de Darius Nothus. Il a ajouté les 5 années omises par les Juifs, pour compléter les 430 années séparant la migration d'Abraham en Canaan de l'Exode.

2. Sethus Calvisius (1603 après J.-C.) était l'auteur d'une œuvre importante : qu'il a appelée l' Opus Chronologicum.

3. Dionysius Petavius ​​(Denis Petau, mort en 1583) était un chronologue de premier plan. Né à Orléans, il publia en 1627 son œuvre majeure, De doctrina temporum, suivie en 1630 d'une suite, puis en 1633-1634 d'un abrégé intitulé Rationarum Temporum. Catholique, son système est principalement utilisé dans l'Église romaine. Il était érudit en langues, versé dans l'histoire universelle, mathématicien compétent, astronome capable de calculer les éclipses, homme d'une patience et d'une industrie infatigables, et chronologue accompli. Il mit en évidence les erreurs du système ingénieux et fantaisiste de son rival Scaliger. Attaché à la vérité hébraïque, il réprouvait toute « amendement » ou déviation du texte massorétique. Il formula la mise en garde utile suivante contre la substitution d'hypothèses chronologiques et de conjectures invérifiables à la patiente décryptage du sens du Texte, dans lequel seul se trouve le témoignage des Anciens, unique fondement véritable de la chronologie scientifique : « De même qu'il n'est rien de plus facile, il n'est rien de moins tolérable, que de reporter sur les auteurs les plus anciens la faute de nos propres erreurs et de notre incompétence ; au contraire, il n'est rien de plus prudent et de plus souhaitable que d'accorder une grande importance à l'autorité et à la fidélité des Anciens, et de ne pas s'en écarter, sauf lorsque nous sommes avertis et convaincus par les indications les plus claires et les plus manifestement nécessaires de la vérité. »

4. James Ussher (1581-1656), archevêque d'Armagh, naquit à Dublin et fit ses études au Trinity College. Il fut ordonné prêtre en 1601 et acquit rapidement la réputation d'un prédicateur éloquent, tant à Dublin qu'à Londres. En 1607, il devint professeur de théologie au Trinity College de Dublin. Grâce à ses mérites exceptionnels, il gravit les échelons et devint archevêque d'Armagh en 1625, puis primat de toute l'Irlande en 1634. Son œuvre majeure est l' Annates Veteris et Novi Testamenti (1650-1654), traduite en 1658 sous le titre Les Annales du monde… jusqu'au début du règne de l'empereur Vespasien. Ussher était un érudit profond et l'une des figures les plus brillantes de l'Église d'Irlande. Il fut un généreux mécène de la littérature orientale. C'est à lui que l'on doit la publication du Pentateuque samaritain. Il a toujours reconnu la responsabilité des copistes dans l'Ancien et le Nouveau Testament, mais il s'est strictement conformé au texte massorétique de l'Ancien Testament, ce qui lui a permis d'élaborer un système de chronologie qui a résisté à l'épreuve du temps jusqu'à nos jours. Ses dates ont été révisées par William Lloyd, évêque de St. Asaph (puis évêque de Worcester), et publiées par lui en marge de sa Bible avec dates chronologiques et index. La « Bible de Lloyd » (publiée en 1701) est ainsi la première Bible publiée avec des dates marginales.

L'apport principal d'Ussher réside dans la correction de l'âge de Térah à la naissance d'Abraham, ramené de 70 à 130 ans. Il date la création du monde en l'an 4004 avant J.-C., une époque astronomique remarquable que La Place décrit comme « une époque où le grand axe de l'orbite terrestre coïncidait avec la ligne des équinoxes, et par conséquent où les équinoxes vrais et moyens étaient unis ». Ses principales erreurs sont son interprétation erronée de « la 480e année » dans 1 Rois 6,1, et sa datation erronée de l'accession au trône d'Ozias, la situant en la 15e année du règne de Jéroboam 13. Son système s'est principalement imposé dans l'Empire britannique et parmi les Églises réformées du continent, tout comme celui de Petavius ​​s'est imposé parmi les théologiens de l'Église de Rome. Ussher n'est pas infaillible, mais il a pleinement mérité l'estime universelle que ses travaux chronologiques lui ont valu.

5. Philippe Lobbe (fl. 1651) est l'auteur d'un traité intitulé Regia Epitome Historiae Sacrae et profanae.

6. Beveridge (actif en 1669) était un génie des mathématiques. Dans son ouvrage *Institutionum Chronologicarum libri duo*, il propose des règles pour ajuster la période julienne et l' hégéria musulmane à l'ère chrétienne.

7. Sir John Marsham (actif en 1672) est l'auteur du Chronicus Canon Egyptiacus Ebraicus et Graecus, une tentative érudite, perspicace et ingénieuse, mais infructueuse, de concilier les chronologies comparées des antiquités égyptiennes, hébraïques, phéniciennes et grecques. Il adopte une position intermédiaire entre Petavius ​​et Ussher. À la suite de Josèphe, et lui-même suivi par Sir Isaac Newton, il identifie le célèbre roi égyptien Sésostris au Sésac (ou Shishak) qui pilla le Temple sous le règne de Roboam.

8. Paul Pezron (fl. 1687), est l'auteur d'un ouvrage chronologique intitulé L'Antiquité des temps rétablie et défendu, publié en 1687. Quatre ans plus tard, il en publia une Défense.

9. Henry Dodwell (fl. 1701) a écrit un traité de chronologie technique intitulé De Veteribus Graicorum Romanorumque cyclis.

10. Sir Isaac Newton (1642-1727), l'illustre philosophe de la nature, naquit à Woolsthrope Manor, dans le Lincolnshire. Il fut le plus grand mathématicien des temps modernes. Il découvrit le binôme de Newton et la méthode des fluxions. En 1666, l'observation de la chute d'une pomme le mena à sa plus grande découverte : la loi de la gravitation universelle. L'année suivante, il découvrit la nature composée de la lumière. Il occupa la chaire de mathématiques de Cambridge pendant 33 ans. En 1699, il devint maître de la Monnaie. Il représenta son université au Parlement et fut élu président de la Royal Society, poste qu'il occupa pendant 24 ans. Il fut anobli en 1705. Il vécut jusqu'à l'âge de 80 ans et fut inhumé à l'abbaye de Westminster. L'évêque Burnet le décrivit comme « l'âme la plus pure qu'il ait jamais connue ». Sir Isaac Newton se passionna pour la chronologie et devint un fervent étudiant de cette discipline durant les 30 dernières années de sa vie. Il lut beaucoup et réfléchit profondément aux problèmes de la chronologie ancienne, et parvint à la conclusion que les Grecs et les Latins, tout comme les Babyloniens, les Assyriens et les Égyptiens, avaient grandement exagéré leur ancienneté par vanité nationale. Dans son œuvre majeure, «  La Chronologie des anciens royaumes corrigée », publiée à titre posthume en 1728, un an après sa mort, il s'efforça de construire un système sur des bases nouvelles, indépendant des chronologues grecs, dont il dénonça la méthode insatisfaisante de calcul par générations, règnes et successions, mettant à nu les fondements de leur chronologie et renversant ainsi les dates élémentaires des chronologies grecque, latine et égyptienne. Il réduisit la date de la prise de Troie de 1183 av. J.-C. à 94 av. J.-C. Il suivit Sir John Marshall en identifiant Sésostris à Shishak, dont il réduisit ainsi la date de 1300 av. J.-C. à 965 av. J.-C. Newton cite Thucydide et Socrate, le musicien Terpandre et le disque olympique de Lycurgue ; il utilise son calcul de la précession des équinoxes depuis Hipparque et substitue une durée de 20 ans à celle de la succession des rois de Sparte, au lieu de 33. On ne peut pas dire que Newton ait prouvé sa thèse, mais il a assurément anéanti la possibilité de considérer la chronologie grecque comme un fondement stable pour tout système chronologique pouvant servir de référence pour juger et corriger le témoignage de l’Ancien Testament. Or, cette chronologie conjecturale des Grecs constitue le fondement sur lequel repose le canon de Ptolémée, et le canon de Ptolémée est le seul obstacle à l'établissement de la chronologie de l'Ancien Testament.

11. Alphonse des Vignolles (actif en 1738) a écrit un traité de chronologie très précieux intitulé «  Chronologie de l'histoire sainte ». Des Vignolles, Jackson et Hales sont les principaux défenseurs d'un retour à la chronologie patriarcale longue, fondée sur la Septante, de préférence à la chronologie patriarcale plus courte du texte hébreu, adoptée antérieurement par Scaliger, Petavius ​​et Ussher, puis par Clinton. Le chanoine Rawlinson et la plupart des égyptologues adoptent la chronologie longue, ou proposent une date encore plus ancienne pour l'essor de la civilisation égyptienne, mais leur argumentation repose entièrement sur leur interprétation des témoignages de Manéthon et de Bérose, et sur les calculs astronomiques qui la sous-tendent.

12. N. Leuglet Dufresnoy (fl. 1744) est l'auteur de quelques dates très soigneusement compilées, intitulées Tablettes chronologiques de l'histoire universelle.

13. La congrégation bénédictine de Saint-Maur publia en 1750, en un seul volume in-quarto, son traité détaillé L'Art de vérifier les dates. Ce traité fut ensuite augmenté en 38 volumes in-octavo publiés entre 1818 et 1831.

14. John Jackson (actif en 1752), auteur des Antiquités chronologiques et disciple du perspicace et érudit Vossius, est le premier chronologue anglais de l'école moderne à rompre avec la certitude du texte hébreu, jusque-là acceptée par Scaliger, Petavius ​​et Ussher, pour adopter la chronologie plus longue de la Septante grecque. Son œuvre se distingue par son érudition et son ingéniosité. Elle révèle un esprit d'aventure et un goût pour le changement, et abonde en critiques ingénieuses et en « corrections conjecturales » des systèmes établis. Son erreur fondamentale réside dans l'introduction des 130 années du second Kaïnan, interpolées entre Arphaxad et Saladin, tirées de la version de la Septante de Genèse 11,13, où elles sont les seules présentes. Il adopta également l'erreur courante selon laquelle Térah avait 70 ans à la naissance d'Abraham, alors qu'Ussher avait prouvé qu'il en avait 130. Il fit un pas dans la bonne direction en rejetant l'interprétation d'Ussher concernant la durée de la période entre l'Exode et la quatrième année du règne de Salomon (1 Rois 6, 1), et en lui substituant 579 ans au lieu de 480. La durée correcte était de 594 ans. Il établit avec rigueur la date fondamentale de la destruction du Temple, la fixant à 586 avant J.-C.

15. John Kennedy (actif en 1752) était recteur de Bradley dans le Derbyshire. Son système est fondé sur le texte hébreu, qu'il a étudié en détail sous l'angle de l'astronomie. Sa nouvelle méthode d'établissement et d'explication de la chronologie biblique, basée sur les principes, les supports et les données astronomiques mosaïques tels qu'ils sont exposés dans le Pentateuque, développe les principes astronomiques suivis par Moïse et démontre leur supériorité sur les méthodes modernes d'intercalation des cycles métonique et callipique aux rectifications julienne et grégorienne de la durée de l'année. Il traduit des termes techniques hébraïques comme Tekuphath Hasshanah (l'équinoxe de printemps ou d'automne), explique que Moïse mesurait toujours le temps en années solaires et le calculait toujours en années lunaires. Il démontre comment le temps est mesuré par l'année hébraïque (Shanah), qui correspond à la révolution annuelle de la Terre autour du Soleil et comprend les quatre saisons, de ce fait immuable. Il explique également comment les Mognadim (traduits par « saisons »), les fêtes sacrées des Juifs (Pâque, Pentecôte et Fête des Tabernacles), sont rattachées à cette année solaire. Son exposé du récit du Déluge montre que Noé a passé exactement 365 jours dans l'arche et explique la méthode de calcul de Moïse, qui utilisait les mois de l'année lunaire tout en mesurant le temps selon l'année solaire. Dans son œuvre majeure, la Chronologie physiologique, un imposant volume in-quarto de 750 pages, il date la création de l'univers de l'an 4007 avant J.-C. Il postule l'infaillibilité du Texte hébreu, affirmant qu'« il n'a jamais été altéré dans sa chronologie par un Juif ou un païen, ni par hasard ni intentionnellement. Il n'est pas plus certain de l'existence du soleil et de la lune dans le ciel que de l'absence totale d'erreur d'impression ou de transcription juive dans les exemplaires actuels du Texte massorétique hébreu, au point de perturber le moins du monde sa chronologie. » Cette conception de l'infaillibilité du Texte massorétique hébreu, conjuguée à sa certitude quant aux résultats de ses calculs astronomiques rigoureux, explique le ton dogmatique qui caractérise ses travaux. Cette prétention à l'infaillibilité agace fortement les chercheurs modernes, qui apprécient la plus grande liberté que leur offre la méthode des hypothèses et des conjectures !

16. John Blair (actif en 1754) compte parmi les chronologues les plus méticuleux et les plus précis des temps modernes. Il publia sa Chronologie et Histoire du monde pour la première fois en 1754, puis en prépara une nouvelle édition considérablement augmentée, parue en 1857. Il utilise la méthode des tableaux et vise la précision des énoncés et l'exactitude des résultats.

17. Le principal Playfair de St Andrews, en Écosse (actif en 1784), nous a offert dans son Système de chronologie un traité technique et historique qui peut être considéré comme une amélioration de la Chronologie de Blair. Il commence par exposer les principes de cette science et définit soigneusement ses termes.

18. AHL Heeren (actif en 1799) est l'auteur d'un ouvrage en allemand intitulé * Handbuch der Geschichte der Staaten des Alterthums*. Publié en 1799, cet ouvrage se caractérise par l'exhaustivité, la rigueur et la modernité de son point de vue, qualités que l'on attend des auteurs allemands.

19. GG Bredow (fl. 1803) nous a donné un autre vade meccunt allemand sur le sujet, intitulé Handbuch der alten Geschichte, Geographic, und Chronologic. Il a été publié en 1803 et contient son Historische Tabellen.

20. William Hales (actif en 1809) est l'un des chronologues modernes les plus brillants et les plus éminents. La richesse, la variété et l'intérêt constant de son étude du sujet dans les quatre volumes in-octavo de sa Nouvelle Analyse de la Chronologie et de la Géographie, Histoire et Prophétie sont tout à fait remarquables. Cet ouvrage a été publié entre 1809 et 1814. Son objectif est un traitement exhaustif de la chronologie dans toutes ses branches, selon des principes à la fois bibliques et scientifiques. Il présente un exposé intéressant des éléments de la chronologie technique, un aperçu de l'histoire de la chronologie et des règles précieuses pour la chronologisation. Sa Chronologie de l'Ancien Testament traite de la période d'Adam à Hérode le Grand. Sa Chronologie du Nouveau Testament traite de la période d'Hérode le Grand à la destruction de Jérusalem, et comprend une explication des prophéties de Daniel et de l'Apocalypse, en lien avec l'histoire prophétique de l'Église. Dans son dernier volume, il passe en revue l'ensemble du champ de la chronologie profane, incluant les écrits de Sanchoniathon, Bérose, Manéthon, ainsi que les importantes œuvres historiques de Ctésias, Hérodote, l'historien perse Mirkhond, Ptolémée, Abulfaragus et Syncelle. À l'instar de Jackson, il adopte la chronologie plus longue de la Septante, mais rejette judicieusement la seconde chronologie de Caïnan. Il situe la Création en 5411 av. J.-C. Son approche est résolument moderne ; dans son traitement des Écritures, il allie révérence et intelligence, et ramène la vénération superstitieuse de la vérité hébraïque ou la prétendue pureté immaculée des éditions massorétiques du texte hébraïque au juste niveau d'un respect rationnel. Les raisons qui le poussent à rejeter la chronologie hébraïque plus courte et à privilégier la chronologie grecque plus longue de la Septante restent subjectives et peu concluantes. Son ouvrage contient une grande quantité de données chronologiques utiles, dont de nombreuses tables précieuses.

21. CG Zumpt (fl. 1819) est l'auteur des Annales Veterum Regnorum.

22. Buret de Longchamps (fl. 1821) nous a laissé de précieux Tableaux Historiques Chronologiques et Géographiques.

23. Henry Fynes Clinton (actif en 1824) est sans doute le plus compétent, le plus rigoureux et le plus complet de tous nos chronologues modernes. Ses Fasti Hellenici (1824-1834), ses Fasti Romani (1845-1850) et ses abrégés de ces deux ouvrages (1851-1853) sont absolument indispensables à quiconque souhaite approfondir le sujet. Son raisonnement est clair, ses sources nombreuses et son style mesuré. Ses trois volumes in-quarto des Fasti Hellenici constituent à eux seuls une bibliothèque. Sa chronologie contient peut-être moins d'erreurs que celle de tous ses prédécesseurs. Il détermine l’« abîme » entre Josué et les Juges (20 ans au lieu de 13) et celui de Samuel (32 ans au lieu de 20) par une estimation subjective, voire une conjecture, plutôt que par déduction à partir des données textuelles. Pour la période perse et grecque, de Cyrus à Jésus-Christ, il adopte les chiffres du Canon de Ptolémée au lieu de ceux du prophète Daniel. Comme la plupart des chronologues, il ne comprend pas la méthode biblique pour consigner la durée des règnes des rois d’Israël et de Juda. On peut lui reprocher d’affirmer que les chiffres donnés dans les Livres des Rois et des Chroniques sont parfois « corrompus » et doivent être rejetés. Mais, mis à part ces erreurs, qui rendent son ère pour la Création (4138 av. J.-C.) trop longue de seulement 96 ans, il demeure un guide des plus dignes et des plus judicieux.

24. Christian Ludwig Ier (actif en 1825) a produit dans son Handbuch der Mathematischen und technischen Chronologie un ouvrage précieux sur un sujet complexe. Ses recherches sur l'élaboration des calendriers utilisés par les différentes nations de l'Antiquité ont révélé une mine d'informations utiles. Son Lehrbuch der Chronologie, publié en 1831, est un manuel plus concis traitant du même sujet.

25. M. l'abbé Halma (actif en 1819) fait largement appel à Ideler dans son ouvrage majeur, Tables chronologiques des règnes de C. Ptolemaeus. Publié à Paris en 1819, cet ouvrage offre une remarquable présentation du Canon de Ptolémée, qu'il qualifie de « monument le plus précieux de la chronologie antique ».

26. Sir Harris Nicholas (actif en 1833) est l'auteur d'une précieuse Chronologie de l'Histoire (publiée en 1833).

27. Edward Greswell (fl. 1852) nous a laissé trois ouvrages importants et importants sur la chronologie technique. (1) Fasti Temporis Catholici (1852), (2) Origines Kalendariae Italicae (1854) et (3) Origines Kalendariae Hellenicae (1862)

28. BB Woodward & WLR Cates (fl. 1872) ont publié en 1892 une encyclopédie de chronologie très précieuse.

29. JC Macdonald (actif en 1897) a rassemblé dans ses Chronologies et Calendriers quelques curiosités intéressantes de la chronologie.

30. David Ross Fotheringham (actif en 1906) a écrit un petit manuel utile sur la chronologie de l'Ancien Testament.

D'autres ouvrages d'égale importance sont omis faute de place ou parce qu'ils ne traitent que d'un aspect particulier du sujet. Il convient toutefois de mentionner brièvement : (1) les Tables chronologiques de Benjamin Marshall (1713). Marshall était l'exécuteur testamentaire de l'évêque Lloyd, dont il suivait fidèlement les préceptes. (2) Le Lien historique entre l'Ancien et le Nouveau Testament du Dr Humphrey Prideaux. L'édition de 1858, révisée par J. Talboys Wheeler, contient un précieux exposé des autorités rabbiniques en matière de chronologie, par le Dr McCaul. (3) Les Inscriptions cunéiformes et l'Ancien Testament de Schrader, une œuvre monumentale, mais qui ne rend pas justice aux annales hébraïques. (4) Les Soixante-dix semaines de Daniel de Sir Edward Denny ; il est le premier à expliquer le principe du calcul de l'Anno Dei. (5) Palmoni, un essai visant à démontrer que chaque date biblique est une construction fictive, relevant moins de la réalité objective que de l'exercice de la faculté mythopoétique appliquée aux nombres. (6) L'Ordo Saeculorum d'Henry Browne, une excellente chronologie des Saintes Écritures, remontant du Christ à Adam et mettant en lumière les qualités mystiques des nombres des années employées dans l'administration divine des temps et des saisons. (7) La surprenante redatation des jours de Néhémie par Lumen dans son Prince de Juda. (8) Le Prince à venir de Sir Robert Anderson. (9) L'excellent petit ouvrage de 77 pages du chanoine Girdlestone, Outlines of Bible Chronology. (10) La Bible historique de Charles Foster Kent, qui interprète la chronologie conformément à la théorie critique supérieure de l'origine du texte, et enfin, mais non des moindres, deux œuvres d'un mérite exceptionnel, (11) Dated Events of the Old Testament de Willis Judson Beecher (1907), et (12) The Companion Bible, publié par Oxford University Press.

Chapitre II.

La fiabilité dU témoignage.

La science historique repose sur des fondements différents de ceux de la science naturelle. En matière de faits et d'événements passés, il n'existe qu'un seul type de preuve possible : non pas la preuve déductive, comme en mathématiques, ni la preuve inductive admissible en sciences naturelles, mais la preuve juridique, factuelle ou historique, telle qu'elle est requise devant un tribunal.

Si quelqu'un nie une vérité mathématique, cette vérité peut être démontrée de manière à imposer sa croyance. Si, par exemple, quelqu'un nie que deux et deux font quatre, ou que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux angles droits, ce ne sont pas les propositions elles-mêmes qui deviennent douteuses, mais la compétence ou la santé mentale de celui qui les nie.

Ou encore, s'il nie que l'oxygène et l'hydrogène se combinent dans certaines conditions pour former de l'eau, on peut l'emmener dans un laboratoire de chimie, où le fait est vérifié et une démonstration visuelle de sa vérité est donnée afin de le contraindre à y croire.

Mais lorsqu'il s'agit d'examiner les preuves et d'établir la véracité des événements passés, la situation est fondamentalement différente. Si quelqu'un nie l'existence d'Alfred le Grand, de Guillaume le Conquérant, de Napoléon, de Jésus-Christ, de Moïse, d'Abraham ou d'Adam, la seule preuve qu'il puisse apporter pour attester de leur existence passée est celle du témoignage. L'avocat « prouve » sa thèse en faisant comparaître ses témoins ; l'historien, en présentant des preuves monumentales, documentaires ou autres.

La fiabilité des témoignages est le postulat fondamental de toute histoire. Si ce postulat est remis en question, il devient impossible de progresser dans la science historique. Or, certains témoignages ne sont pas fiables, et il incombe à l'historien, ou au chronologue, d'examiner les preuves, d'évaluer la personnalité du témoin et de vérifier la fiabilité du témoignage rendu. Afin d'accomplir cette tâche, des règles précises ont été établies, définissant les limites dans lesquelles un témoignage peut être considéré comme digne d'acceptation et de crédibilité.

Un témoin crédible est à la fois honnête, compétent et au fait des dernières nouvelles.

Prenons l'exemple d'Alfred le Grand et des gâteaux qu'il aurait, dit-on, gâchés. L'histoire est peut-être vraie, peut-être pas, mais en tout cas, elle ne peut être prouvée. Car, lorsqu'on consulte les archives et qu'on examine les preuves, on constate qu'il n'existe aucun document, aucun témoin, aucun témoignage d'aucune sorte qui corrobore la véracité de cette histoire, jusqu'à celui de l'historien gallois Aser, qui non seulement n'était pas contemporain des faits, mais vécut plus de deux siècles plus tard. Il est certes tout à fait possible que l'histoire se soit transmise par la tradition sans embellissement ni exagération, et sans aucune autre forme d'écart par rapport à la vérité, mais l'absence de preuves ou de témoignages contemporains l'empêchera toujours d'être considérée comme un fait historique avéré.

La situation est tout à fait différente pour les auteurs du Nouveau Testament. C'étaient des hommes honnêtes et compétents, contemporains des événements qu'ils relatent. Lorsque les livres du Nouveau Testament furent finalement intégrés au Livre Saint, le critère de leur authenticité était de savoir s'ils avaient été écrits par un apôtre ou par un compagnon de l'un d'eux, c'est-à-dire par quelqu'un qui avait vécu les événements narrés. Les apôtres fondent la fiabilité de leur témoignage sur le fait qu'ils avaient eux-mêmes vu et entendu ce qu'ils rapportent. « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché de la Parole de vie… ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons » (1 Jean 1, 1-3 ). « Celui qui l'a vu en a rendu témoignage, et son témoignage est vrai » (Jean 19, 35 ). « Nous ne pouvons pas taire ce que nous avons vu et entendu » (Actes 4, 20 ). On insistait beaucoup sur le fait que, pour être apôtre, un homme devait être contemporain de notre Seigneur et témoin oculaire de la Résurrection : « Il faut donc que, parmi tous ceux qui nous ont accompagnés pendant tout le temps où le Seigneur Jésus allait et venait parmi nous… il en faille un qui soit désigné pour être avec nous témoin de la Résurrection » (Actes 1, 21-22 ).

C’est sur ce fait également que saint Paul, qui (pour autant que nous le sachions) n’a jamais vu notre Seigneur aux jours de son humiliation, a fondé sa prétention à l’apostolat : « Ne suis-je pas un apôtre ? N’ai-je pas vu le Seigneur ? » (1 Cor. 9 1 ).

De même, les auteurs des autres livres du Nouveau Testament, les compagnons des Apôtres, ont insisté sur le fait qu'ils tenaient eux aussi les faits qu'ils rapportent de la bouche d'hommes qui étaient « témoins oculaires et ministres de la Parole » (Luc 1, 2 ). Toutes les conditions requises sont réunies. La véracité du témoignage des auteurs est « prouvée » de la seule manière dont un fait historique consigné peut l'être. Mais cette « preuve » n'est pas de nature à imposer la croyance. Car croire est, en définitive, un acte de volonté, une révélation de la personnalité et une mise à jour des présuppositions de l'esprit, qui rendent les preuves produites acceptables ou non concluantes.

Les événements relatés dans l'Ancien Testament sont plus anciens, mais les critères de crédibilité appliqués au Nouveau Testament le sont tout autant à l'Ancien. L'ancienneté des événements ne les dispense pas des exigences d'honnêteté, de capacité et de contemporanéité de l'auteur, mais il ne faut pas exiger le même niveau de preuve pour les récits de l'Antiquité que pour l'histoire moderne.

Il est raisonnable d'accorder plus de valeur aux témoignages transmis de génération en génération dans l'Antiquité qu'à ceux de notre époque, pour lesquels une exigence plus rigoureuse de preuves documentaires peut être formulée.

Selon le texte de l'Ancien Testament, Adam a vécu 243 ans avec Mathusalem. Mathusalem a vécu 98 ans avec Sem, et Sem a vécu 150 ans avec Abraham. La période entre Adam et Abraham est ainsi reliée par une chaîne de témoignages ne comportant que deux maillons intermédiaires. On peut comparer cela au témoignage transmis par la tradition depuis l'arrière-grand-père d'un homme, en passant par son grand-père et son père, jusqu'à sa propre génération.

L'époque d'Abraham fut une ère de civilisation avancée. Les hommes de son temps vivaient dans un monde où abondaient écoles, bibliothèques et livres. Selon le professeur A.H. Sayce, le niveau d'instruction à l'époque d'Abraham était tout à fait comparable à celui du peuple américain au milieu du siècle dernier. Les premiers témoignages écrits remontent à une époque antérieure à celle d'Abraham. Les archives familiales étaient sans doute conservées et transmises d'Abraham, Isaac et Jacob à Joseph, dont le « cercueil », c'est-à-dire l'arche ou le coffre (Genèse 50,26 ; cf. Exode 40,20 ; 2 Chroniques 24,11, où le même terme est traduit ainsi), contenait probablement d'autres reliques et objets de famille, outre les ossements de Joseph.

Lors d'une conversation avec un ami, l'auteur de ces lignes, affirmant l'authenticité des récits chronologiques des premiers chapitres de la Genèse, s'est heurté à l'objection suivante : « De toute façon, il n'y avait pas d'officiers d'état civil à cette époque. » Ce à quoi il a répondu : « C'est précisément ce que relate le cinquième chapitre de la Genèse. » Il pourrait avoir été recopié de la page de garde d'une ancienne Bible familiale patriarcale, ou d'un arbre généalogique. Les registres familiaux conservés de nos jours ne contiennent guère plus que des actes de naissance, de mariage et de décès, mais ils remontent plus loin que tous les autres documents conservés dans le coffre à souvenirs de famille.

Moïse fut l'exécuteur testamentaire de Joseph et le gardien des héritages antiques préservés par le peuple élu. Il rapporta des faits avec authenticité, et le livre de la Genèse porte des traces d'une œuvre originale, intégrant d'autres écrits authentiques plus anciens. De l'Exode jusqu'à la fin de l'Ancien Testament, qui s'achève dans les livres de Néhémie et de Malachie, tous les auteurs furent soit des témoins directs des événements relatés, soit ils puisèrent leurs informations dans des sources contemporaines authentiques.

Le fait que tous les auteurs de l'Ancien Testament aient bénéficié de l'inspiration divine confère une double sanction et une autorité surnaturelle à leurs écrits. En tant que simples témoins humains, et sans aucune inspiration divine, leurs témoignages seraient valables pour les périodes auxquelles ils ont figuré.

Le témoignage qu'ils rendent est unifié et indivisible ; il est continu et ininterrompu, de la période patriarcale à la période théocratique, puis à la période monarchique, en passant par la captivité, le retour, les scribes, les talmudistes et les massorètes. Les écrits de l'Ancien Testament ont été transmis de génération en génération, sans interruption, jusqu'à leur publication dans les Bibles hébraïques imprimées actuelles. Ils sont donc dignes d'être acceptés comme l'œuvre de témoins honnêtes, compétents et contemporains, dont le témoignage a été fidèlement préservé et dûment attribué à chaque génération successive, jusqu'à la nôtre.

 

Chapitre III.

cANONs de crédibilité.

Les annales hébraïques de l'Ancien Testament possèdent, dès les temps les plus reculés, un caractère historique bien défini, contrairement à celles des autres nations. Les antiquités grecques regorgent de fictions poétiques. Ils n'écrivirent rien en prose avant la conquête de l'Asie par Cyrus. « Leur époque », explique Sir Isaac Newton dans sa Chronologie des anciens royaumes révisée, « était divisée en trois parties. Celles antérieures au Déluge d' Ogygès étaient qualifiées d'« inconnues », faute de récit historique. Celles comprises entre le Déluge d'Ogygès et la première olympiade étaient qualifiées de « fabuleuses », car elles étaient empreintes de légendes. Celles postérieures à la première olympiade, en 776 av. J.-C., étaient qualifiées d'historiques, mais ils ne possédaient aucune chronologie des temps antérieurs à l'Empire perse », si ce n'est dans la mesure où ils en élaborèrent une par la suite, par déduction et conjecture. Les antiquités de toutes les autres nations se perdent elles aussi dans les brumes des légendes, mythes et fables antiques. Les systèmes religieux de la Grèce et de Rome, de l'Égypte et de l'Inde, de la Perse et d'autres nations d'Orient ne postulaient même pas de fondement historique. Plus on remonte dans leur histoire passée, plus elle devient obscure et incertaine.

Avec les Annales hébraïques, la situation est tout à fait différente. L'histoire du peuple commence par une époque très clairement définie, et le récit des 2369 premières années, la période couverte par le livre de la Genèse, est établi avec une telle précision que, pour ceux qui acceptent le texte hébreu, il n'existe aucune alternative à celle d'Ussher, telle qu'elle figure en marge de la version autorisée de nos Bibles françaises. Le récit chronologique se poursuit avec exactitude et peut être suivi sans hésitation à travers les siècles suivants. Ce n'est qu'avec les derniers livres d'Esdras et de Néhémie que les difficultés chronologiques s'accentuent, et ce n'est qu'après la fin du canon que le décompte des années devient totalement incertain.

Les annales de la nation hébraïque sont des récits authentiques d'auteurs contemporains. Le récit biblique est le récit de l'œuvre rédemptrice de Dieu. Ce récit s'inscrit dans une histoire humaine, mais il est de bout en bout une histoire miraculeuse.

Il ne s'agit pas seulement d'une histoire des événements extérieurs de la vie humaine. Elle est avant tout une histoire de Dieu et de son action au sein de l'histoire humaine. C'est pourquoi seuls des hommes inspirés par l'Esprit de Dieu pouvaient l'écrire, et seule la foi en la vérité de l'Apocalypse peut nous permettre de la comprendre. L'essence de l'Apocalypse est la rédemption, œuvre de Dieu accomplie, pour ainsi dire, au-delà du voile, et pourtant révélée à nous dans l'Écriture Sainte, comme un mouvement divin dans l'histoire humaine.

Nous retraçons l'histoire de manière ininterrompue, de la Création d'Adam à la Crucifixion. La chronologie biblique est une science exacte. Elle ne repose pas sur des hypothèses ni des conjectures. Elle s'appuie en définitive sur des preuves, ou témoignages, mais elle requiert parfois le recours à la méthode de l'induction historique scientifique.

Le caractère historique de l'Ancien Testament a été vigoureusement attaqué, dès l'essor de la critique historique, qui doit son origine à cela.

Le grand maître spirituel, Niebuhr, perdure jusqu'à nos jours ; mais le prétendu parallèle entre les récits anciens d'autres nations, avec leurs prodiges, leurs miracles, leurs apparitions divines, leurs mythes et légendes, et leurs personnages fictifs, n'existe pas réellement. Une enquête historique rigoureuse établit l'authenticité des faits et la réalité des personnes présentées dans les écrits de l'Ancien Testament, dans la mesure où ces faits peuvent être vérifiés par l'application des lois de l'histoire ou des canons de la vérité historique.

Ces canons sont d'application universelle. Ils sont judicieusement formulés par George Rawlinson dans sa conférence Bampton de 1859, intitulée « Les preuves historiques de la véracité des récits bibliques ». On peut les résumer brièvement comme suit :

Canon I. Lorsque le récit d'un événement dont nous disposons est l'écrit d'un contemporain, présumé être un témoin crédible et avoir eu les moyens d'observer le fait qu'il relate, ce fait doit être considéré comme ayant le premier degré de crédibilité, ou le plus haut degré. Un tel témoignage est équivalent à celui des témoins devant un tribunal.

Canon II. Lorsqu'un événement relaté est un événement que l'auteur peut raisonnablement tenir de témoins directs, il convient de le considérer comme probablement vrai, à moins qu'il ne soit en lui-même très improbable. Ce type de témoignage possède le second degré de crédibilité historique.

Canon III. Lorsque l'événement relaté est très ancien, postérieur à l'époque de son auteur, et qu'il n'y a aucune raison de croire qu'il l'a obtenu d'un écrit contemporain, mais plutôt d'une tradition orale, alors, si cet événement est d'une grande importance et d'une notoriété publique, s'il a affecté la vie ou la prospérité nationale – surtout s'il est de nature à avoir été immédiatement commémoré par l'établissement d'un rite ou d'une pratique –, alors il peut être considéré comme probablement vrai, du moins dans ses grandes lignes. Ceci, cependant, relève du troisième cas, et correspond à un degré de crédibilité historique relativement faible.

Canon IV. Lorsque les traditions d'un peuple sont corroborées par les traditions d'un autre... l'événement qui bénéficie de ce double témoignage acquiert ainsi une grande probabilité et, s'il n'est pas très improbable en soi, mérite pleinement d'être accepté.

Canon V. Les sources directes, telles que celles qui proviennent des acteurs des événements, les monuments publics inscrits, tels que ceux fréquemment érigés par les gouvernements et les rois, les documents d'État, tels que ceux contenus dans les livres d'Esdras et d'Esther, les autobiographies et les mémoires, méritent le plus grand crédit et constituent les sources historiques les plus fiables et les plus authentiques.

Canon VI. Les sources indirectes, fruits d'enquêtes et de recherches personnelles, doivent être considérées comme bien moins importantes et doivent être jugées selon l'opportunité, la compétence et la véracité de leurs auteurs.

Canon VII. Le témoignage cumulatif de deux ou plusieurs témoins indépendants d'un même événement augmente la probabilité de cet événement, non pas selon un rapport arithmétique, mais selon un rapport géométrique. « Sur la déposition de deux ou trois témoins », la parole rapportée par un tel témoin est « établie » (Deut. 19, 15 ).

Le chanoine Rawlinson met en garde contre l'élévation au rang de canon de la vérité historique, et contre la fausse présomption, aujourd'hui presque universellement répandue, de « l'inviolabilité de la chaîne des causes finies et de l'impossibilité des miracles ». Les événements ne sont pas auto-causés ni auto-entretenus, ne possèdent pas de pouvoirs qui échappent au contrôle de la volonté divine et n'agissent pas par leur propre force d'autodétermination ou par nécessité. Ils se produisent soit de manière intermédiaire, en obéissance aux lois de la nature, qui ne sont que de multiples expressions de la volonté de Dieu, soit immédiatement, par l'action directe et immédiate de Dieu, auquel cas ils sont qualifiés de miraculeux ou de surnaturels. Les textes sacrés eux-mêmes témoignent des événements miraculeux qu'ils relatent. Les principes de la critique historique ne nous contraignent pas à les rejeter, mais nous obligent à les accepter comme vrais.

Cette même vérité fondamentale est admirablement exprimée par H.F. Clinton dans son œuvre majeure, Fasti Hellenici, où il déclare : « L’histoire des Israélites est une histoire d’interventions miraculeuses. Leur sortie d’Égypte fut miraculeuse. Leurs fortunes, prospères ou malheureuses, dans ce pays, leurs servitudes et leurs délivrances, leurs conquêtes et leurs captivités, tout fut miraculeux. Toute leur histoire, de l’appel d’Abraham à la construction du second Temple, fut une succession de miracles. Les historiens sacrés s’attachent tellement à les décrire que peu d’autres événements sont consignés. Les faits et transactions ordinaires, qui constituent l’histoire civile des autres États, sont soit relatés très brièvement, soit totalement omis ; la mention incidente de ces faits étant toujours subordonnée à l’objectif principal qui est de relater les manifestations extraordinaires de la puissance divine. Pour ces raisons, l’histoire des Hébreux ne peut être traitée comme celle d’aucune autre nation ; et celui qui tenterait d’écrire leur histoire en la dépouillant de son caractère miraculeux se trouverait à court de matière. » Conformément à cet esprit, aucun historien du Livre Sacré ne relate la période où l'intervention miraculeuse cessa. Après la déclaration de Malachie annonçant l'envoi d'un messager pour préparer le chemin, le prochain événement consigné par un auteur inspiré est la naissance de ce messager. Mais aucun récit n'est fait de l'intervalle de quatre cents ans entre la promesse et son accomplissement. Or, cette période de plus de quatre cents ans entre Malachie et le Baptiste est, à proprement parler, la seule portion de toute la longue série des âges, de la naissance d'Abraham à l'ère chrétienne, qui puisse être considérée comme l'histoire de n'importe quelle autre nation.

Et maintenant, ayant défini la portée du sujet, expliqué la véritable méthode de traitement à employer et le point de vue à partir duquel il convient de l’envisager, ou la norme qui devrait guider nos décisions à son égard, nous sommes en mesure d’entamer notre propre étude du Roman de la Chronologie Biblique, en revendiquant uniquement au nom du Texte Hébreu cet élément fondamental de la justice commune : le droit d’être entendu, sans être réduit au silence, exclu du tribunal, « modifié », « corrigé » ou autrement empêché par des témoins faillibles dont le témoignage n’a pas plus de valeur que celui du Texte Hébreu de l’Ancien Testament lui-même.

 

PÉRIODE I. LES PATRIARCHES — Genèse.

Chapitre IV.

Les patriarches antédiluviens — D'Adam à Noé.

(an. hom. 1-1056.)

Le premier verset de la Genèse évoque la Création des cieux et de la terre, au commencement indéfini. À partir de ce point, nous pouvons dater l'origine du monde, mais non celle de l'homme. Car le deuxième verset relate une catastrophe : la terre devint ruine et désolation. Le verbe hébreu היה (hâyâh = être), traduit ici par « était », signifie non seulement « être », mais aussi « devenir », « avoir lieu », « arriver ». Lorsqu'un auteur hébreu fait une simple affirmation ou prédique l'existence de quelque chose, le verbe היה n'est jamais exprimé. Lorsqu'il l' est, il doit toujours être traduit par notre verbe «  devenir », jamais par le verbe « être », si l'on veut restituer la nuance exacte du sens du texte original. Les mots תהו לבהו (tohû va - bohû ), traduits dans la version autorisée par « sans forme et vide » et dans la version révisée par « désert et vide », devraient être rendus par tohû, ruine, et bohû, désolation. Ils ne représentent pas l'état des cieux et de la terre tels qu'ils furent créés par Dieu. Ils représentent uniquement l'état de la terre après sa création : « une ruine et une désolation ». Cette interprétation est confirmée par les paroles d'Isaïe 45.18 : « Il ne l'a pas créée en ruine ; il l'a formée pour être habitée (habitable, et non désolée). » Cela exclut la traduction de Gen. 1 2 dans la AV et la RV de manière aussi décisive que l'hébreu de Gen. 1 2 exige la traduction de hàyàh par le mot « devint » au lieu du mot « était », ou mieux encore « était devenu », la séparation du Vav du verbe étant la méthode hébraïque pour indiquer le plus-que-parfait.

La noble cathédrale, jadis un chef-d'œuvre d'art, où se pressaient des foules de fidèles, devient, au fil des siècles, une ruine délabrée. Abandonnée par ceux qui fréquentaient jadis ses cours sacrées, elle devient un lieu de désolation. De même, les paroles de Genèse 1: 2, « Et la terre devint informe et vide », visent à nous faire comprendre que le cosmos, jadis un tout beau et parfait, devint une « ruine » et un « lieu de désolation ». La cause de cette catastrophe ne nous est pas révélée, bien que certains interprètes spéculatifs l'aient liée à la chute de Satan. Nous ignorons la cause, le moment et la manière dont ce changement calamiteux s'est produit. Il n'y a aucun point commun entre l'hébreu tohù « ruine » et la conception grecque du chaos, la matière première primordiale, informe et brute dont le monde fut formé. Genèse 1: 2 ne décrit pas une étape du processus de la création, mais un désastre qui frappa la terre créée. La création originelle des cieux et de la terre est relatée dans Genèse 1.1. Le verset suivant, Genèse 1.2, décrit le désordre, la ruine et la désolation dans lesquels la terre tomba ensuite. Ce qui suit, dans Genèse 1.3-31, relate le rétablissement de l'ordre perdu par la parole créatrice de Dieu. Entre la création des cieux et de la terre « au commencement » (Genèse 1.1 ) et la catastrophe qui les plongea dans la « ruine » et la « désolation » (Genèse 1.2 ), s'inscrivent les innombrables ères nécessaires à la formation des différentes strates de la croûte terrestre et des vestiges fossiles qui y sont enchâssés.

La durée désignée par le mot hébreu « yom » ( jour), tel qu'il est employé dans ce chapitre, ne peut être déterminée avec certitude. Ce mot est fréquemment utilisé pour exprimer une longue période, voire une ère entière. Le temps nécessaire à l'accomplissement des six jours de travail est mentionné dans Genèse 2.4 comme « le jour où l'Éternel Dieu fit les cieux et la terre ». L'expression « il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le premier jour » (Genèse 1.5 ; répété en Genèse 1.8.13.19.23.31 ) semble suggérer un jour littéral, mesuré par la révolution de la Terre sur son axe. Toutefois, rien ne permet d'affirmer que l'auteur n'emploie pas ici les mots « soir et matin » au sens figuré, pour marquer le début et la fin de la période qu'il entendait désigner par le mot « jour ». Dans le même verset (Genèse 1.5 ), le mot « jour » est utilisé pour désigner une période encore plus brève : la partie du jour où il fait jour.

La tentative de répartir le travail des six jours en six ères géologiques, auxquelles elles correspondent approximativement, mais nullement avec exactitude, ne saurait expliquer de manière satisfaisante l'intention et la pensée de l'auteur. Il peut exister certaines analogies entre l'ordre de la Création tel que décrit au premier chapitre de la Genèse et l'ordre de formation des différentes strates de la croûte terrestre tel qu'interprété par le géologue, ainsi que dans l'ordre d'apparition des fossiles trouvés incrustés dans ces strates, car l'œuvre de Dieu forme un tout. Cependant, il existe aussi de grandes et manifestes divergences, si importantes et si évidentes que l'on ne peut affirmer que les deux séries soient parfaitement parallèles ou qu'elles correspondent parfaitement. L'interprétation naturelle du récit, pour qui reconnaît la grandeur de la puissance divine, est celle qui comprend ce chapitre comme le récit de la création du monde en six jours littéraux. mais on ne peut nier que le mot « jour » ait pu être utilisé par l’auteur au sens figuré, et qu’il ait voulu désigner une période plus longue correspondant à une ère géologique.

La création d'Adam eut lieu le sixième jour après la création de la lumière. Il reste incertain si ce sixième jour doit être interprété comme le sixième jour littéral, calculé en fonction du temps nécessaire à la révolution de la Terre sur son axe, ou comme une sixième ère géologique, car le texte hébreu ne permet pas de trancher entre l'interprétation la plus précise et la plus large du terme.

De même, la question abordée par Ussher dans ses Annales de l'Ancien et du Nouveau Testament, par Kennedy dans sa Nouvelle Méthode de Chronologie des Écritures, par RG Faussett dans sa Symmétrie du Temps, et par de nombreux autres auteurs, quant au mois, au jour et à l'heure exacts auxquels a commencé la première année de la vie d'Adam, que ce soit à l'équinoxe d'automne ou à l'équinoxe de printemps, ne peut être déterminée de manière décisive.

Les considérations suivantes laissent penser que le point de départ initial de l'année était l'équinoxe d'automne, et que celui-ci fut changé lors de l'Exode par ordre divin, pour l'équinoxe de printemps, du moins en ce qui concernait le peuple hébreu, tandis que d'autres nations ont pu continuer à calculer leur Nouvel An à partir de l'équinoxe d'automne, ou inventer leurs propres ères. Nous savons que les Juifs postérieurs ont hellénisé leur calendrier, introduisant le principe d'intercalation et utilisant à cette fin le cycle métonique grec de 19 ans, au lieu d'adhérer au principe mosaïque d'observation directe et de rejeter complètement les calculs astronomiques.

(1) L’ordre du « soir et du matin » qui formait le premier jour suggère par analogie la pertinence de faire commencer l’année également en automne.

(2) La saison automnale des récoltes, lorsque les fruits de la terre étaient mûrs, semble être le moment le plus approprié de l'année pour l'apparition de l'homme sur la terre qui avait été spécialement préparée pour lui.

(3) Le changement de « premier mois de l’année » en Abib ou Nisan, survenant au printemps (Exode 12.2, 13.4, Deutéronome 16.1 ), suggère que, jusqu’alors, le premier mois de l’année était celui qui suivait immédiatement l’équinoxe d’automne. Cette fixation d’Abib ou Nisan comme premier mois de l’année pourrait toutefois avoir constitué un retour au mode de calcul originel de la Création et un rejet du système égyptien de calcul, basé sur une année calendaire imprécise de 365 jours.

Ce n'est qu'au chapitre 5 de la Genèse que nous trouvons notre première date chronologique précise, ainsi que la liste complète des patriarches antédiluviens. Cette liste est la suivante. Nous adoptons le terme «  Anno Hominis » plutôt qu' « Anno Mundi », car, comme nous l'avons vu, le monde fut créé « au commencement ». Cela se situe des siècles avant la création d'Adam, véritable point de départ de toute chronologie. La date d'Ussher, 4004 av. J.-C., devrait être retirée de Genèse 1: 1 et placée en Genèse 1:26 ou Genèse 5: 1.

Les patriarches antédiluviens : de la Création au Déluge.

  ANNO HOMINIS.  
  o. Adam créa (Gen. 5. 1 ).
  130. Âge d'Adam à la naissance de Seth (Gen. 5. 3 ).
  130. Naissance de Seth.
  105. Ajouter l'âge de Seth à la naissance d'Enos (Gen. 5. 6 ).
  235. Énos est né.
  90. Ajouter l'âge d'Énos à la naissance de Caïnan (Gen. 5. 9 ).
  325. Né à Cainan.
  70. Ajouter l'âge de Caïnan à la naissance de Mahalaleel (Gen. 5. 12 ).
  395. Naissance de Mahalaleel.
  65. Ajouter l'âge de Mahalaleel à la naissance de Jared (Gen. 5. 15 ).
  460. Jared est né.
  162. Ajouter l'âge de Jared à la naissance d'Énoch (Gen. 5. 18 ).
  622. Naissance d'Énoch.
  65. Ajouter l'âge d'Énoch à la naissance de Mathusalem (Gen. 5. 21 ).
  687. Naissance de Mathusalem.
  187. Ajouter l'âge de Mathusalem à la naissance de Lamech (Gen. 5. 25 ).
  874. Né à Lamech.
  182. Ajouter l'âge de Lamech à la naissance de Noé (Gen. 5. 28 ).
  1056. Naissance de Noé.
  600. Ajouter l'âge de Noé au moment du Déluge (Gen. 7. 6 ).

An. hom.

1656. Le Déluge.

Cette liste généalogique a pour but d'établir une chronologie de la période allant d'Adam au Déluge. La lignée retenue est celle de Noé, protecteur de l'humanité, et celle du Messie promis, le Rédempteur. Il ne faut pas supposer que le fils mentionné à chaque génération soit toujours ou généralement l'aîné de son père. Cela n'est ni affirmé, ni suggéré, ni sous-entendu. Seth n'est certainement pas l'aîné d'Adam, ni Sem l'aîné de Noé, bien qu'il soit cité dans cette liste (Genèse 5:32 ) avant son frère aîné Japhet (Genèse 10:21 ). Moïse ne retient des registres généalogiques que les entrées relatives au peuple élu et aux autres peuples qui entrent en contact avec lui au cours de son histoire ultérieure. La lignée de Noé, Abraham, Isaac et Jacob est choisie car la promesse de la « Semence », en qui toutes les nations de la terre seront bénies, leur a été faite. Le thème central de l'Ancien Testament est le Rédempteur. Tous ses choix sont guidés par ce fait, et toutes ses omissions s'expliquent par lui.

Que l'intérêt du compilateur de ces Tables fût chronologique se déduit de l'attention méticuleuse qu'il porte à la chronologie, ainsi que de la précision et de la rigueur chronologique des indications relatives à l'âge de chaque patriarche. On peut également le déduire du fait que, bien qu'il mentionne les descendants de la lignée de Caïn, il n'établit aucune chronologie pour cette lignée ; son objectif chronologique est atteint si la succession des événements est consignée avec exactitude et exhaustivité selon l'unique ligne de succession qu'il adopte comme ère chronologique.

Le nombre d'années de la vie de chaque patriarche est mentionné, ainsi que les années précédant et suivant la naissance du fils cité, probablement pour démontrer, par cette double précision, que malgré l'extraordinaire longévité du patriarche, l'exactitude des chiffres est incontestable. Il n'y a aucune raison de douter que nos premiers ancêtres bénéficiaient d'une constitution physique plus robuste, ce qui leur permettait de vivre plus longtemps que les hommes d'aujourd'hui. Tenter d'interpréter les noms de ces hommes comme les éponymes de tribus ou de dynasties, ou de donner au mot « année » une signification différente de son sens habituel, ou encore de rejeter le récit comme mythique et les personnages qui y sont nommés comme fictifs, est une erreur de raisonnement. Elle résulte d'une analogie supposée, mais erronée, entre le récit biblique et les récits légendaires des origines d'autres nations, ou de la présomption gratuite que les choses ont toujours été et seront toujours telles qu'elles sont aujourd'hui. Nous avons la même autorité pour croire qu'Adam avait 930 ans lorsqu'il est mort que pour croire que Joseph avait 30 ans lorsqu'il s'est présenté devant Pharaon, et aucun lorsqu'il est mort.

Le récit n'affirme nulle part, et il ne faut pas l'interpréter comme impliquant, que chaque patriarche successif est né le jour même où son père atteignait l'âge mentionné à sa naissance. Puisque la liste est chronologique, il faut comprendre que les fractions d'année non mentionnées sont incluses dans l'âge du père. Moïse souhaitait que ses calculs soient à la fois précis et complets. Il calcule en années entières et inclut l'année entière de naissance du fils dans l'âge du père à la naissance de celui-ci. Les exemples de Mathusalem et de Noé le prouvent. L'âge de Mathusalem à sa mort est indiqué comme étant de 969 ans (Genèse 5:27 ), mais il n'avait que 968 ans, 1 mois et 17 jours, plus la fraction de l'année de sa naissance incluse dans la 65e année de son père Hénoch, lorsque le Déluge commença. L'âge de Noé lors du Déluge est fixé à 600 ans (Genèse 7.6 ), mais ce n'est que le 17e jour du deuxième mois de sa 600e année que les sources de l'abîme jaillirent (Genèse 7.11). Ces précisions sont données par Moïse afin d'expliquer les principes techniques sur lesquels repose la chronologie. Ceux qui y voient des « incohérences » se convainquent eux-mêmes : (1) d'une erreur d'interprétation ; et (2) d'attribuer à l'auteur l'erreur qu'ils ont eux-mêmes commise.

Les tables des patriarches de Moïse, à l'instar du Canon des rois de Ptolémée, sont établies selon des principes astronomiques. L'ensemble de ces nombres constitue une suite ininterrompue d'années solaires tropicales et enregistre avec une précision astronomique le nombre de révolutions solaires entre la création d'Adam et la mort de Joseph. Aucun chronologue se basant sur le texte hébreu ne peut avancer ni diminuer d'une année par rapport à 2369. Adam vécut 930 ans. La première année de sa vie correspond à l'an 1 de l'Hégire. L'année de sa mort correspond à l'an 930 de l'Hégire. Seth naquit la 130e année de la vie d'Adam, soit l'an 130 de l'Hégire. Il n'est pas suggéré que les patriarches soient tous nés à l'équinoxe d'automne, ni le même jour du même mois. Les années sont entières et ne tiennent pas compte des fractions. L'année de naissance de Seth est comptabilisée par rapport à Adam. La 131e année de la vie d'Adam, soit l'année 131 du Livre d'Homère, est comptabilisée comme la 1re année de la vie de Seth. Par conséquent, nous pouvons conclure sans risque que le calcul des années par Moïse est inclusif, et que Noé est dit avoir 600 ans au début, et non à la fin de sa 600e année.

Les chiffres figurant dans cette liste généalogique témoignent d'une rigueur et d'une précision extrêmes. Ceci est confirmé par le fait que, depuis Ussher, aucun chronologue ayant adopté les chiffres du texte hébreu comme base de ses calculs n'a manqué de situer le Déluge en l'an 1656 du calendrier julien et la mort de Joseph en l'an 2369.

 

Chapitre V.

Le lien entre Noé et Sem.

(L'âge de Noé à la naissance de Sem = 502 ans).

AN. HOM. 1056-1558.

La chronologie ancienne des Écritures hébraïques se présente sous la forme d'une série d'énoncés liés entre eux, chacun couvrant une période définie. Entre chacune de ces périodes se trouve une rupture apparente, un manque de continuité. Une étude plus approfondie révèle que le lien entre les différentes périodes est toujours présent, mais qu'il faut le rechercher avec soin. Les cinq ruptures apparentes dans la continuité du récit chronologique sont les suivantes : —

1. Le lien entre Noé et Sem, qui détermine l'âge exact de Noé à la naissance de Sem, à savoir 502 ans.

2. Le lien Terah-Abraham, qui détermine l'âge exact de Terah à la naissance d'Abraham, à savoir 130 ans.

3. Le lien Joseph-Moïse, qui détermine le nombre exact d'années qui se sont écoulées entre la mort de Joseph, avec laquelle se termine la chronologie du livre de la Genèse (Gen. 50. 26 ), et la naissance de Moïse, avec laquelle commence la chronologie du livre de l'Exode (Exode 7. 7 ), à savoir 64 ans.

4. Le lien entre Josué et les Juges, qui détermine le nombre d'années écoulées pendant l'administration de Josué et des Anciens qui lui ont survécu, entre le partage du pays à la fin de la guerre de conquête de sept ans, avec laquelle se termine la chronologie du livre de Josué (Josué 14 7. 10 avec Nombres 10. 11. 12, 13 17. 20 ), et l'oppression de Cushan-Rishathaim de Mésopotamie, avec laquelle commence la chronologie du livre des Juges (Juges 3 8 ), soit 13 ans.

5. Le lien entre Éli et Saül, qui détermine le nombre d'années écoulées entre la mort d'Éli et le début du règne de Saül, soit 20 ans. Ceci est indiqué dans le résumé de 1 Samuel 7: 2.

Ces interruptions dans la chronologie sont comblées de diverses manières. Leur étude occupera cinq chapitres distincts de cet ouvrage. Elles constituent une série de problèmes chronologiques d'une difficulté croissante, mais un examen plus approfondi révèle toujours que les éléments nécessaires à l'établissement d'une chronologie exacte sont fournis, de sorte que nous ne sommes jamais réduits à des hypothèses ou des conjectures, et que nous n'avons jamais à nous appuyer sur les écrits de Flavius ​​Josèphe ou sur d'autres témoignages externes.

Dans ce chapitre, nous aborderons le lien entre Noé et Sem, c'est-à-dire la détermination de l'âge de Noé à la naissance de Sem. La solution consiste à inclure une date intermédiaire, celle du Déluge, à partir de laquelle nous remontons le temps jusqu'à la naissance de Noé, puis jusqu'à l'âge de Sem à la naissance de son fils Arphaxad.

Les deux passages de Genèse 5:32, « Noé avait cinq cents ans ; et Noé engendra Sem, Cham et Japhet », ne nous donnent aucune indication sur l'âge exact de Noé à la naissance de Sem. Sem est mentionné en premier car il est le membre de la famille qui intéresse principalement l'auteur.

L’Ancien Testament relate l’histoire de la Rédemption. Cette rédemption s’accomplit par le Messie, issu d’une lignée particulière. Il est progressivement désigné comme la « semence de la femme » (Genèse 3.15 ), la « semence d’Abraham » (Genèse 22.18 ), la « semence d’Isaac » (Genèse 26.4 ), la « semence de Jacob » (Genèse 28.14 ), « le Silo de la tribu de Juda » (Genèse 49.10 ) et la « semence de la maison de David » (2 Samuel 7.12-16 ).

Les références à d'autres familles et à d'autres peuples sont succinctes et accessoires. Le thème central de l'ensemble des Écritures de l'Ancien Testament est la venue du Rédempteur et la situation de la race dont il est issu. Les références à d'autres peuples ne sont introduites que dans la mesure où elles se rapportent au thème principal des Écritures de l'Ancien Testament prises dans leur ensemble.

Ceci explique pourquoi Sem est mentionné en premier parmi les fils de Noé. Il n'était pas l'aîné, car dans Genèse 10:21 ( un texte mal traduit dans la version révisée mais correctement traduit dans la version autorisée), Japhet est clairement présenté comme son frère aîné. De même, et pour la même raison, Abram est mentionné avant ses frères aînés, Nahor et Haran, dans Genèse 11:26 : « Térah vécut soixante-dix ans ; et il engendra Abram, Nahor et Haran. » De même, Isaac est placé avant Ismaël dans 1 Chroniques 1:28 : « Les fils d'Abraham, Isaac et Ismaël », bien qu'Isaac fût le cadet.

Nous déduisons l'âge de Noé à la naissance de Sem par induction à partir des faits relatés dans Genèse 7.6 et Genèse 11.10. Genèse 7.6 nous apprend que Noé avait 600 ans au moment du Déluge. Genèse 11.10 nous apprend que Sem avait 100 ans, deux ans après le Déluge. Par conséquent, Sem avait 98 ans au Déluge, c'est-à-dire 98 ans lorsque Noé avait 600 ans. Ainsi, Sem est né lorsque Noé avait 502 ans. Ceci nous permet de relier la chronologie des patriarches antédiluviens à celle des patriarches postdiluviens, et nous pouvons procéder de deux manières : soit en utilisant la date intermédiaire du Déluge, soit en utilisant l'âge de Noé à la naissance de Sem, que nous avons déduit mathématiquement des récits hébraïques.

Le lien entre Noé et Sem.

Première méthode.

AN. HOM.    
1056.   Naissance de Noé (voir chapitre 4).
502.   Ajouter l'âge de Noé à la naissance de Sem (Gen. 7. 6 avec 11. 10 ).
1558.   Sem est né.
100.   Ajouter l'âge de Sem à la naissance d'Arphaxad (Gen. 7. 6 avec 11. 10 ).
1658.   Arphaxad est né.

Deuxième méthode.

AN. HOM.    
1056.   Naissance de Noé (voir chapitre 4).
600.   Ajouter l'âge de Noé au moment du Déluge (Gen. 7. 6 ).
1656.   Date du déluge.
2.   Ajoutez les années après le Déluge, lorsque Arphaxad est né (Genèse 11:10 ).
1658.   Arphaxad est né.

 

La date du Déluge est considérée comme une époque, au même titre que la naissance d'un patriarche. Elle commence le 17e jour du 2e mois de la 600e année de l'âge de Noé. Noé demeura dans l'arche pendant une année entière, soit exactement 365 jours. Cependant, l'expression « deux ans après le déluge » en Genèse 11:10 ne doit pas être interprétée comme signifiant deux ans après la fin du déluge. Le déluge est considéré comme une époque, un point de départ temporel, à partir duquel la chronologie se poursuit, de la même manière qu'à partir de la naissance d'un patriarche.

La chronologie de l'année du Déluge éclaire d'un jour nouveau le calendrier hébraïque primitif. Le début du Déluge est daté du 17e jour du 2e mois de la 600e année de la vie de Noé (Genèse 7.11 ). L'arche s'est immobilisée le 17e jour du 7e mois (Genèse 8.4 ). L'intervalle de cinq mois entre ces deux dates est décrit comme un intervalle de 150 jours, chaque mois comptant 30 jours. Les Hébreux comptaient toujours 30 jours par mois, sauf lorsqu'ils observaient la nouvelle lune le 30, qui devenait alors le 1er jour du mois suivant. Moïse a peut-être suivi cet usage. Cependant, Kennedy interprète ses propos comme indiquant qu'il comptait 30 jours pour chacun des 11 premiers mois, et 24 jours, ou 25 jours le cas échéant, pour le 12e mois. Le récit de Kennedy concernant l'année du Déluge est le suivant. Les eaux diminuèrent continuellement jusqu'au premier jour du dixième mois, intervalle englobant les quatorze jours restants du septième mois et les deux mois suivants, soit 74 jours. Les eaux s'asséchèrent complètement le premier jour du premier mois de la 601e année, après un nouvel intervalle de 95 jours, comprenant un dixième mois de 30 jours, un onzième mois de 30 jours et un douzième mois de 24 jours, soit un total de 84 jours pour achever les douze mois de l'année lunaire, et 11 jours supplémentaires jusqu'au onzième jour du premier mois de la nouvelle année lunaire pour achever les 365 jours de l'année solaire, la 600e année de la vie de Noé.

À ce moment-là, Noé « ôta la couverture de l’arche et regarda, et voici, la surface du sol était sèche ». Il demeura néanmoins dans l’arche jusqu’au 27e jour du 2e mois de la nouvelle année lunaire, soit un intervalle supplémentaire de 46 jours, comprenant les 19 jours restants du 1er mois et les 27 jours du 2e mois de la nouvelle année lunaire, lorsqu’à l’ordre de Dieu, il sortit de l’arche dans laquelle il était resté exactement 365 jours.

À partir de ces éléments, Kennedy conclut que, dans le calendrier hébraïque primitif, le temps est mesuré selon l'année solaire de 365 jours, mais calculé en fonction de l'année lunaire de douze mois : onze mois de 30 jours et un douzième mois de 24 jours lorsque l'année lunaire (ou les 12 révolutions de la Lune) dure 354 jours, et 25 jours lorsqu'elle dure 355 jours. Les faits, tels que les conçoit Kennedy, peuvent être représentés graphiquement comme suit :

L'année biblique est l'année luni-solaire. Le temps est mesuré par les révolutions du soleil. Les fêtes sont réglées par les révolutions de la lune, et les relations avec l'année solaire sont ajustées non par des calculs astronomiques, mais par l'observation de l'état des récoltes et des phases de la lune. Le système ainsi obtenu était parfait et s'autorégulait. Il ne nécessitait ni correction périodique ni intercalation.

Selon Kennedy, Moïse mesurait le temps en années solaires. Il le calculait en fonction des mois et des jours des années lunaires, lesquels étaient rattachés aux années solaires. Du 17e jour du deuxième mois d'une année lunaire au 27e jour du deuxième mois de l'année lunaire suivante, il s'écoule 354 + 11 = 365 jours, soit une année lunaire complète et onze jours supplémentaires. Ces 365 jours correspondent invariablement soit à des fractions de deux années lunaires distinctes, soit à une année lunaire complète et une fraction d'une autre. Lorsque le dernier jour de l'année lunaire coïncide avec le dernier jour de l'année solaire correspondante, on parle d'une année de commensuration. Ce fut le cas de l'année 1655 du calendrier lunaire, la 599e année de la vie de Noé, l'année précédant le Déluge.

Lorsque le premier jour de l'année lunaire coïncide avec le premier jour de l'année solaire correspondante, on parle d'année de coïncidence. Ce fut le cas de l'année 1656, la 600e année de la vie de Noé. L'année du Déluge occupa 319 jours de l'année solaire 1656 et 46 jours de l'année solaire 1657, l'année suivant le Déluge. Elle occupa également 308 jours de l'année lunaire concomitante à l'année solaire 1656 et 57 jours de l'année lunaire concomitante à l'année solaire 1657. Une année de commensuration est toujours suivie d'une année de coïncidence.

Le soleil était désigné pour mesurer le temps ou les années. La lune, quant à elle, servait à réguler et à déterminer le retour périodique des « saisons », c’est-à-dire les fêtes établies et les assemblées solennelles (Gen. 1. 14, Psa. 104. 19 ).

La Shanah mosaïque (un mot qui, comme la Mishna, signifie répétition) désigne invariablement une année solaire tropicale véritable, comprenant les quatre saisons et revenant toujours au même point de l'écliptique. Ces fêtes étaient liées à l'année solaire, mais calculées et réglées selon les mois et les jours du cycle lunaire. Le premier mois était celui dont la pleine lune coïncidait avec le début de l'année solaire ou le suivait immédiatement, Tekuphath hasshanah = le retour de l'année (Exode 34.22, 1 Samuel 1.20, note marginale, 2 Chroniques 24.23, note marginale, Psaume 19.6 ).

De la Création à l'Exode, ce « début de l'année » était fixé à l'équinoxe d'automne, au mois de Tisri ; mais à partir de l'Exode, il fut transféré par ordre divin à l'équinoxe de printemps, au mois d'Abib, qui devait désormais être « le commencement des mois, le premier mois de l'année » (Ex. 12, 2 ; 13, 4 ). Voilà pour Kennedy.

La description du calendrier hébraïque par Sir Isaac Newton diffère quelque peu de celle de Kennedy. « Toutes les nations », dit-il dans sa Chronologie des anciens royaumes corrigée, « avant que la durée exacte de l'année solaire ne soit connue, comptaient les mois selon le cycle lunaire et les années selon l'alternance de l'hiver et de l'été, du printemps et de l'automne (Genèse 1.14, 8.22 ; Censorinus, chap. 19 et 20 ; Cicéron dans Verrem, Geminus, chap. 6). Pour établir leurs calendriers de fêtes, elles comptaient 30 jours par mois lunaire, en arrondissant à l'entier le plus proche, d'où la division de l'écliptique en 360 degrés. Ainsi, au temps du Déluge de Noé, lorsque la lune était invisible, Noé comptait 30 jours par mois. Mais si la lune apparaissait un ou deux jours avant le début du mois, le mois suivant commençait le premier jour de sa nouvelle apparition. Que les Israélites utilisaient l'année luni-solaire est incontestable. Leurs mois commençaient avec la nouvelle lune. Leur premier mois s'appelait Abib, en référence à l'épiaison du blé à cette époque. » Leur Pâque était célébrée à partir du quatorzième jour du premier mois, lorsque la lune était pleine. Si le blé n'était pas encore mûr pour l'offrande des prémices, la fête était reportée en ajoutant un mois intercalaire à la fin de l'année, et la récolte était rentrée avant la Pentecôte, et les autres fruits récoltés avant la fête du septième mois.

Cette intercalation n'est prévue nulle part dans la loi mosaïque, et n'est jamais mentionnée ni évoquée dans tout l'Ancien Testament. Elle découle néanmoins sans aucun doute du système. En effet, la révolution du soleil s'accomplit en 365,242242 jours, et celle de la lune en 29,530588 jours, de sorte que 12 lunes ne couvrent que 354 ou 355 des 365 jours de l'année. Le mois supplémentaire n'a pas été intégré au calendrier. Nous-mêmes, nous ne parlons jamais d'intercaler une 53e semaine dans notre année.

 

Chapitre VI.

Chronologie comparée. D'Adam à Noé.

Pour établir la chronologie des patriarches antédiluviens, les nombres utilisés dans l'Écriture sont notre seul guide. Les chiffres mentionnés ci-dessus sont ceux du texte hébreu massorétique de l'Ancien Testament.

D'autres nombres figurent dans la Septante (texte grec), et d'autres encore dans le Pentateuque samaritain. La somme des nombres dans la Septante est supérieure de 606 ans à celle du texte hébreu, tandis que celle de la version samaritaine est inférieure de 349 ans. Le caractère systématique des modifications, et non le fruit du hasard, démontre clairement que ces variations sont intentionnelles. La seule question qui se pose est donc de savoir laquelle des trois versions est l'original authentique, et laquelle est une version modifiée ou inventée.

Les figures sont ici placées côte à côte afin qu'elles puissent être facilement comparées et qu'un jugement puisse être porté sur leurs prétentions respectives à l'originalité.

LES PATRIARCHES ANTÉDLUVIENS.

Chronologie des versions hébraïque, de la Septante et samaritaine.

 

Hébreu.

Septante.

Samaritain.

 

Âge à la naissance du fils. 

Résidu. Total.

Âge à la naissance du fils. 

Résidu. Total. Âge à la naissance du fils. Résidu.

Total.

Adam 130 + 800 = 930 230 + 700 = 930 130 + 800 = 930
Seth 105 + 807 = 912 205 + 707 = 912 105 + 807 = 912
Énos 90 + 815 = 905 190 + 715 = 905 90 + 815 = 905
Caïnan 70 + 840 = 910 170 + 740 = 910 70 + 840 = 910
Mahalaleel 65 + 830 = 895 165 + 730 = 895 65 + 830 = 895
Jared 162 + 800 = 962 162 + 800 = 962 62 + 785 = 847
Énoch 65 + 300 = 365 165 + 200 = 365 65 + 300 = 365
Mathusalem 187 + 782 = 969 167 +

187 +

802

782

 = 969 67 + 653 = 720
Lamech 182 + 595 = 777 188 + 565 = 753 53 + 600 = 653

Noé (au Déluge)

600 + 

350 = 950

 600

    600  

 

Total

1656

   

2242

2262

    1307  

 

On retrouve les variantes suivantes chez les Pères de l'Église primitive, Théophile et Africanus, et dans les écrits de l'historien juif Josèphe.

LES PATRIARCHES ANTÉDLUVIENS.

Chronologie de Théophile, d'Africain et de Josèphe.

Âge à la naissance du fils.

Théophile.

Africanus.

Josèphe.

Adam....

230

230

230

Seth....

205

205

205

Énos....

190

190

190

Caïnan....

170

170

170

Mahalaleel....

165

165

165

Jared....

162

162

162

Énoch....

165

165

165

Mathusalem....

167

187

187

Lamech....

188

188

182

Noé (au Déluge)..

600

600

600

Total....

2242

2262

2256

Théophile s'accorde entièrement avec la Septante, c'est-à-dire avec les copies qui fixent l'âge de Mathusalem à la naissance de son fils à 167 ans, et qui commettent ainsi l'absurdité de faire survivre Mathusalem au Déluge pendant 14 ans. Il est suivi par Eusèbe, Augustin et Syncelle. Mais Africanus et Josèphe, ainsi que la Chronique pascale, Démétrius et Épiphane, suivent les copies de la Septante qui adoptent le chiffre hébreu original de 187 ans.

Théophile et Africanus suivent la Septante en fixant l'année de Lamech, à la naissance de son fils, à 188 ans, tandis que Josèphe, suivant le texte hébreu, donne le nombre de 182.

Une étude attentive de ces chiffres révèle que l'originalité appartient à la chronologie hébraïque à laquelle la Septante ajoute 606 ans, mais dont le Samaritain déduit 349 ans.

La principale différence entre le texte hébreu et la Septante réside dans l'ajout de cent ans à l'âge des six patriarches, Adam, Seth, Énos, Kaïnan, Mahalaleel et Hénoc, à la naissance de leurs fils. Ces cent ans sont ensuite soigneusement soustraits du reste afin que le total demeure identique dans chaque cas.

Jared et Mathusalem, déjà d'un âge avancé à la naissance de leurs fils, ne sont pas modifiés. Le cas de Lamech est exceptionnel : six années sont ajoutées à son âge avant la naissance de son fils, et trente ans sont retranchées du reste, de sorte que le nombre total d'années de sa vie est inférieur de 24 à celui indiqué dans le texte hébreu.

La modification de l'âge de Lamech, de 182 à 188 ans, s'explique comme suit. Africanus, à l'instar de la Septante, commence par un total de 2262 ans entre Adam et le Déluge. Il considère Péleg comme le personnage auquel se rattache la division millénaire du temps, mais il situe le point de cette division, ou l'époque de la 3000e année depuis la Création, à la mort de Péleg, et non, comme Théophile d'Antioche, à l'âge de 130 ans. Comme Théophile, il omet les deux années entre le Déluge et la naissance d'Arphaxad, une erreur très courante qui provient de la supposition erronée, mais très répandue, que Sem était le fils aîné de Noé et serait né lorsque son père avait 500 ans, au lieu de 502. Le calcul se poursuit alors comme suit :

Le projet millénaire d'Africanus.

De la Création au Déluge 2262
Arphaxad à la naissance de son fils 135
Salah 130
Eber 134
Péleg 130
Peleg, Résidu 209
  3000

Pour atteindre ce total, le premier élément doit être 2262, c'est-à-dire que le i8z de Lamech doit être modifié à 188.

La majorité des manuscrits de la Septante indiquent que Mathusalem avait 167 ans à la naissance de son fils, information confirmée par le Pentateuque samaritain qui mentionne 67 ans (toujours un siècle de moins que la Septante jusqu'à Lamech). Or, si Mathusalem avait 167 ans à la naissance de Lamech, Lamech 188 ans à la naissance de Noé, et Noé 600 ans lors du Déluge, Mathusalem aurait eu 955 ans à la date du Déluge. Puisqu'il vécut jusqu'à 969 ans, la Septante commet une aberration en faisant survivre Mathusalem au Déluge pendant 14 ans. Pour remédier à cette erreur, la modification de l'âge de Mathusalem à la naissance de son fils, ramené de 187 à 167 ans, fut annulée, et le nombre 187 fut rétabli.

L'effet net de ces modifications est d'allonger la durée du monde et de lui conférer une antiquité plus respectable. Les auteurs de la Septante étaient des Juifs vivant en Égypte, environ 250 à 180 ans avant Jésus-Christ. Ils connaissaient les prétentions extravagantes du clergé égyptien quant à l'ancienneté de la Bible. Ils souhaitaient moderniser leur conception de l'origine de l'humanité et la rapprocher des idées en vigueur dans les écoles d'Alexandrie, et c'est ce qu'ils firent en ajoutant quelque 606 ans à la chronologie hébraïque des patriarches ayant vécu avant le Déluge. Les Juifs de Palestine vouaient un profond respect à la lettre des Écritures et n'auraient jamais osé en altérer un seul mot. Flavius ​​Josèphe décrit leur vénération pour leurs Livres sacrés comme étant si grande que, « malgré le passage de tant de siècles, personne n'avait jamais osé y ajouter, en retrancher ou y modifier quoi que ce soit ». Il affirme qu’il était « inné chez chaque Juif de les considérer comme les préceptes de Dieu, de les respecter et, si nécessaire, de mourir joyeusement pour eux. »

Les traducteurs des Écritures hébraïques en grec, eux, n'éprouvaient pas de tels scrupules. Ils souhaitaient produire une version qui puisse convaincre les érudits d'Alexandrie, dont les traditions revendiquaient une antiquité si reculée que la chronologie des Écritures hébraïques paraissait insignifiante, voire méprisable. C'est pourquoi ils ajoutèrent 606 ans à la chronologie de la période précédant le Déluge, et 880 ans, un ajout similaire mais plus important, à celle de la période allant du Déluge à Abraham. La méthode et le motif de ces modifications sont parfaitement clairs.

L'irrégularité des chiffres hébraïques, compte tenu de l'incertitude notoire de la vie humaine, est une raison d'accepter le texte hébreu comme l'original authentique, tandis que la succession plus régulière des chiffres dans la Septante rend plus probable que la Septante ait été conçue comme une amélioration du texte hébreu, plutôt que l'inverse.

 

Chapitre VII.

Patriarches post-diluviens — De Sem à Abraham,

(an. hom. 1558-2008).

La chronologie des patriarches post-diluviens présente les mêmes caractéristiques que celles déjà rencontrées dans l'étude des patriarches anté-diluviens.

Le chapitre n de la Genèse nous fournit une liste de patriarches semblable à bien des égards à celle que nous avons étudiée au chapitre 5.

Les différences les plus notables sont : (1) la réduction de la durée de vie des patriarches en tête de liste, à environ la moitié de celle des patriarches ayant vécu avant le Déluge, et (2) une réduction supplémentaire, également à environ la moitié de la nouvelle norme de longévité, lorsqu'on atteint le nom de Péleg, qui figure quasiment au milieu de la liste. Les deux listes de patriarches, la liste antélivienne, d'Adam à Noé, et la liste postdiluvienne, de Sem à Abraham, contiennent le même nombre de noms, soit exactement dix dans chaque cas. Dans cette liste, l'auteur indique l'âge du patriarche à la naissance de son fils, ainsi que le reste de ses années de vie. La durée totale de vie du patriarche n'est pas mentionnée, contrairement à ce qui se passe pour les patriarches antéliviens.

Patriarches post-diluviens.

Du Déluge à la naissance d'Abram.

AN. HOM.  
1656.  Le Déluge — Sem âgé de 98 ans (Gen. 11 10 ) (voir Chapitre 5).
2.  Ajoutez les années après le Déluge, lorsque Arphaxad est né (Gen. 11 10 ).
1658.  Arphaxad est né. Sem a 100 ans.
35.  Ajouter l'âge d'Arphaxad à la naissance de Salah (Gen. 11 12 ).
1693.  Naissance de Salah.
30.  Ajouter l'âge de Salah à la naissance d'Eber (Gen. 11 14 ).
1723.  Né Eber.
34.  Ajouter l'âge d'Eber à la naissance de Péleg (Gen. 11 16 ).
1757.  Péleg est né.
30.  Ajouter l'âge de Peleg à la naissance de Reu (Gen. 11 18 ).
1787.  Reu est né.
32.  Ajouter l'âge de Reu à la naissance de Serug (Gen. 11 20 ).
1819.  Serug est né.
30.  Ajouter l'âge de Serug à la naissance de Nahor (le grand-père d'Abram) (Gen. 11 22 ).
1849.  Nahor, le grand-père d'Abram, est né.
29.  Ajouter l'âge de Nahor à la naissance de Terah (Gen. 11 24 ).
1878.  Terah est né.
130.  Ajouter l'âge de Terah à la naissance d'Abram (Gen. 11 26. 32, Gen.12 4, Actes 7 4 ).
2008.  Abram est né.

L'objectif de cette liste généalogique est de retracer la chronologie depuis la date du Déluge jusqu'à la naissance d'Abram.

 

Chapitre VIII.

Le lien entre Terah et Abraham.

L'âge de la Torah à la naissance d'Abraham = 130 ans.

Dans Genèse 11:26, nous lisons : « Térah vécut soixante-dix ans et engendra Abram, Nahor et Haran. » Nous avons déjà vu, dans le cas parallèle de Noé et de ses trois fils, que bien que Sem soit mentionné en premier, il n'était pas le fils aîné de Noé et qu'il ne naquit que deux ans après que son père eut atteint l'âge de 500 ans, comme indiqué dans Genèse 5:32.

Nous devons maintenant montrer que, de la même manière, Abram, bien que mentionné en premier, n’était pas le fils aîné de Térah et n’est né que soixante ans après que son père ait eu soixante-dix ans, comme indiqué dans Genèse 11. 26.

Nous reprenons le résultat obtenu dans notre chapitre précédent : Térah est né en 1878. D'après Genèse 11.32, nous apprenons que Térah avait 205 ans lorsqu'il mourut. Par conséquent, Térah mourut en 2083. D'après Actes 7.4, nous apprenons qu'à la mort de Térah, Abram quitta Haran.

Les paroles d'Étienne dans les Actes 7 explicitent ce qui est sous-entendu dans Genèse 11.27-12.5. Il est clair qu'Abram reçut deux appels distincts. En réponse au premier, il quitta Ur en Chaldée pour se rendre au pays de Canaan, mais s'arrêta à Haran où il demeura. En réponse au second appel, il quitta Haran pour se rendre au pays de Canaan, « et ils arrivèrent au pays de Canaan ».

La traduction de ce passage dans la Bible du roi Jacques (AV) est erronée à deux égards : (1) l’insertion du mot « avait » dans la phrase « Or l’Éternel avait dit à Abram » en Genèse 12.1 est inexacte et trompeuse. Rien dans le texte hébreu ne la justifie. Elle laisse entendre au lecteur qu’il n’y a eu qu’un seul appel au lieu de deux. (2) La division en chapitres rompt la continuité du récit, dans lequel le lien entre Genèse 11.32 et Genèse 12.1 est direct et immédiat. Le texte devrait se lire ainsi : — ·

« Térah mourut à Haran, et l’Éternel dit à Abram : Quitte ton pays, ta famille et la maison de ton père, pour aller dans le pays que je te montrerai… Abram partit donc, comme l’Éternel le lui avait dit ; et Abram avait soixante-quinze ans lorsqu’il quitta Haran. » Genèse 11.32-12.4

La continuité du récit nous permet d'affirmer qu'à la mort de Térah à l'âge de 205 ans, Abram quitta Haran à l'âge de 75 ans et se rendit au pays de Canaan. Or, si Abram avait 75 ans lorsque Térah en avait 205, il s'ensuit qu'Abram est né lorsque Térah avait 130 ans. Nous étions donc fondés à ajouter, à la fin de la liste des patriarches post-diluviens, les chiffres correspondant au dernier nom de la liste, à savoir celui d'Abram.

AN. HOM.

 
1878.  Naissance de Térah (voir chapitre 7).
130.  Ajouter l'âge de Terah à la naissance d'Abram (Gen. 11 26. 32, Actes 7 4, Gen. 12 4 ).
2008.  Naissance d'Abram.

La naissance tardive d'Abram dans la vie de son père explique qu'il n'ait que dix ans de plus que sa demi-nièce Sarah (ou Isca) (Genèse 11, 29 ) et qu'il soit donc en âge de l'épouser, bien qu'il appartînt à une génération antérieure. Sarah épousa Abram, le frère cadet de son père Haran. De même, Milca, la sœur de Sarah, épousa Nahor, le frère de son père Haran. Abram était probablement le fils de Térah d'une seconde épouse. Si tel est le cas, cela expliquerait comment Abram a pu dire à Abimélec : « Elle est la fille (petite-fille) de mon père Térah, mais pas la fille (petite-fille) de ma mère. » Ainsi :

La découverte de l'âge de Térah à la naissance d'Abram est à mettre au crédit de l'archevêque Ussher. Elle constitue l'une des principales améliorations de son système et témoigne de la finesse de son intelligence et de la justesse de sa compréhension de la chronologie des affirmations contenues dans le texte des Saintes Écritures.

 

Chapitre IX.

Chronologie comparée — De Sem à Abraham.

Le tableau des patriarches post-diluviens, avec leur âge à la naissance de leurs fils et le nombre d'années restantes de leur vie, tel qu'il est donné dans le texte hébreu, a été manipulé dans la Septante et dans le Pentateuque samaritain, de la même manière que le tableau des patriarches anté-diluviens l'avait été par eux.

Le premier tableau ci-dessous compare les données hébraïques, de la Septante et samaritaines concernant l'âge de chaque patriarche antédiluvien à la naissance de son fils, le reste de ses années et la durée totale de sa vie. Cette troisième colonne figure dans le Pentateuque samaritain, mais est absente des versions hébraïque et de la Septante ; elle est donc ajoutée ici entre parenthèses à titre de comparaison.

Le deuxième tableau présente une vue comparative des chiffres adoptés par les premiers Pères de l'Église et par Josèphe.

 

VUE COMPARATIVE DES PATRIARCHES POST-DILUVIENS

Selon les textes hébraïques, de la Septante et samaritains.

 

HÉBREU. SEPTUAGINT.

          SAMARITAIN.

 

Âge à la naissance du fils.  Résidu. Total. Âge à la naissance du fils.  Résidu. Total. Âge à la naissance du fils.  Résidu. Total.

Sem (après le Déluge)

[98]+2+ 500 = (600) [98]+2+ 500 = (600) [98]+2+ 500 = 600
Arphaxad 35 ans et plus 403 = (438) 135 + 400 = (535) 135+ 303 = 438
Caïnan  —   —   —  130+ 330= (460)  —   —   — 
Salah 30+ 403 = (433) 130+ 330= (460) 130+ 303 = 433
Eber 34+ 430 = (464) 134+ 270 = (404) 134+ 270 = 404
Péleg 30+ 209 = (239) 130 + 209 = (339) 130+ 109 = 239
Réu 32+ 207= (239) 132+ 207 = (339) 132+ 107 = 239
Serug 30+ 200= (230) 130+ 200= (330) 130+ 100 = 230
Nahor 29 + 119 = (148) 79+

179+

125= 204

304

79 + 69 = 148
Térah, jusqu'à la naissance d'Abram 130+ 75 = (205) 70+ 135 = (205) 70 + 75 = 145
Total 352 942 (sic) 942
  Ajouter un deuxième Caïnan 130          
    1072          
  Ajouter un complément à Nahor 100          
    1172          

 

VUE COMPARATIVE DES PATRIARCHES POST-DILUVIENS

Selon les Pères chrétiens primitifs, Théophile, Africain et Eusèbe, et l'historien juif Josèphe.

Âge du patriarche à la naissance de son fils.

 

THÉOPHILE.

AFRICAIN.

Eusèbe.

JOSÉPHE.

Sem après le Déluge..

_

_

0

12

Arphaxad....

135

135

135

135

Caïnan....

 —

 —

 —

 —

Salah......

130

130

130

130

Héber.....

134

134

134

134

Péleg......

130

130

130

130

Reu.....

132

132

132

135

130

Sérug......

130

130

130

132

Nahor......

75

79

79

120

Térah jusqu'à la naissance d'Abram

70

70

70

70

Total....

936

940

942

993

Il nous faut maintenant examiner le poids et la valeur relatifs des témoignages des sources suivantes : l’Hébreu, la Septante, le Samaritain, les Pères de l’Église et Josèphe. Toutes les autorités omettent le second Caïnan, à l’exception de la Septante. Théophile omet les deux années suivant le Déluge et ramène la durée de vie de Nahor de 79 à 75 ans. Africanus omet également les deux années suivant le Déluge, mais s’accorde par ailleurs avec la Septante. Eusèbe donne 135 ans pour Reu, mais comme il porte le total à 942 ans, il s’agit nécessairement d’une erreur pour 132. Josèphe est le seul à fixer l’intervalle entre le Déluge et la naissance d’Arphaxad à 12 ans au lieu de 2. Il ajoute également 41 ans à la vie de Nahor, portant sa durée de vie à 120 ans au lieu de 79, ce qui ajoute au total 51 ans à la Septante. Chronologie de la période. Il inverse également les chiffres pour Reu 130 au lieu de 132, et Serug 132 au lieu de 130.

Il ne faut pas accorder au témoignage des Pères de l'Église une autorité disproportionnée. Leur autorité ne s'ajoute pas à celle de la Septante ; elle est l'autorité même de la Septante, affaiblie par la manipulation du texte par les Pères afin de l'adapter à leur chronologie millénariste. Si l'on admet le témoignage de Flavius ​​Josèphe, on dispose, en faveur de la chronologie la plus longue avant le Déluge, de deux témoins : la Septante et Josèphe ; après le Déluge, de trois témoins : la Septante, Josèphe et le texte samaritain, le témoignage des Pères étant, dans chaque cas, inclus dans celui de la Septante. Il existe deux chronologies alternatives pour la période allant d'Adam à la naissance d'Abram.

 

VUE COMPARATIVE DES CHRONOLOGIES PATRIARCALES LONGUE ET COURTE.

Alternatives. Avant le Déluge. Après le Déluge. Total.
L'HÉBREU soutenu par le SAMARITAN avant le Déluge 1656 352 2008
La Septante et Josèphe soutenus par le Samaritain après le Déluge 2256 993 3249

L'intervalle entre la création d'Adam et la naissance d'Abram était soit de 2008, soit de 3249. Le texte samaritain concorde avec l'hébreu avant le Déluge, et avec la Septante et Josèphe après le Déluge.

L'incertitude ne provient pas d'un manque de témoignages, comme c'est le cas pour la chronologie ancienne de la Grèce et de nombreux autres pays où les dates sont incertaines faute de preuves conservées. Elle résulte d'un conflit entre deux autorités différentes, et il nous appartient de trancher. De l'avis de l'auteur, les preuves en faveur de l'originalité du texte hébreu et du caractère dérivé de la Septante sous l'influence hellénistique qui prévalait à Alexandrie (où la version de la Septante a été réalisée entre 250 et 180 av. J.-C.) sont accablantes.

Clinton affirme que l'objection à la chronologie abrégée du texte hébreu, fondée sur l'hypothèse d'une population humaine insuffisante, disparaît lorsqu'on comprend mieux le sujet. « Une armée de Mèdes », dit-il, « occupa Babylone vers 2233 av. J.-C., et c'est le point culminant auquel tout récit profane authentique peut nous conduire. » Selon la chronologie de Clinton, cela se situe « 250 ans après le Déluge », date à laquelle « la population de la Terre se chiffrerait en millions ». Les traducteurs du texte hébreu en grec (la Septante) avaient une raison très claire d'allonger la chronologie. L'histoire des Chaldéens par Bérose et l'histoire des Égyptiens par Manéthon furent publiées à peu près à la même époque, et elles revendiquaient une antiquité très reculée pour le début de leurs récits respectifs. Il était donc naturel que les traducteurs de la Septante… Il faudrait compléter la chronologie de la période par les ajouts des centenaires et par l'insertion du second Caïnan, afin de ramener l'époque de la Création et du Déluge à une antiquité respectable, de sorte qu'elle puisse se comparer plus favorablement à celle revendiquée pour Babylone et l'Égypte.

Comme il n'existe aucun précédent dans l'Antiquité où l'âge des patriarches à la naissance de leurs fils serait aussi bas que 30 à 35 ans, il semble probable que le texte hébreu donne les âges réels des patriarches post-diluviens, tels qu'ils étaient en réalité.

La Septante et les copistes samaritains, au contraire, adaptent les chiffres et donnent les âges de 130 à 135 ans, préservant ainsi l'apparence d'une diminution progressive plutôt que brutale des âges des patriarches post-diluviens à la naissance de leurs fils, et en même temps ajoutant 6 siècles et demi à leur chronologie, repoussant ainsi la date d'Adam de 650 ans de plus que la date à laquelle elle est donnée dans le texte hébreu.

D'autres traces d'innovation et d'artifice apparaissent dans la somme des durées de vie des patriarches. Celles-ci ne sont plus exprimées explicitement, mais elles se calculent aisément. Un coup d'œil aux troisièmes colonnes des trois divisions du tableau de la page 80 révèle que, malgré l'irrégularité considérable du texte hébreu, les éditeurs de la Septante et des textes samaritains ont gradué les chiffres de telle sorte que la durée de vie de chaque patriarche successif soit presque toujours légèrement plus courte, ou en tout cas pas plus longue, que celle de son prédécesseur. Ainsi, selon le texte hébreu, la vie d'Éber est plus longue que celle de Saladin, et celle de Térah est considérablement plus longue que celle de Nahor. À Péleg, on observe un autre raccourcissement brutal de la durée de vie humaine, d'environ 400 à 200 ans, semblable à celui observé chez les patriarches nés immédiatement après le Déluge, qui passent d'environ 800 ans avant le Déluge à 400 ans.

Selon le calendrier hébraïque, Arphaxad et Saladin vécurent tous deux 403 ans après la naissance de leurs fils. Si le plan adopté par les éditeurs ou les copistes de la Septante, dans le cadre du calendrier antélivien, avait été appliqué ici, la durée de vie restante d'Arphaxad et de Saladin aurait été réduite à 303 ans, et la chronologie n'en aurait pas été affectée.

Mais les rédacteurs de la Septante semblent avoir eu deux motivations, à savoir deux types distincts de critiques, ou de personnes susceptibles de formuler des objections plausibles au texte hébreu, à concilier. Ils doivent non seulement étendre la chronologie de la période en ajoutant six siècles et demi aux chiffres donnés dans le texte hébreu, mais aussi établir une réduction progressive de la durée de vie humaine, minimisant ainsi la chute brutale de l'âge des patriarches Arphaxad et Péleg, et prolongeant la vie de Nahor, mort, selon le texte hébreu, à l'âge relativement jeune de 148 ans. Ils fixent donc le reste de la vie d'Arphaxad à 400 ans, tandis que celui de Saladin est ramené à 330 ans. Selon le texte hébreu, le reste de la vie d'Éber est de 430 ans, portant son total à 464 ans, tandis que Péleg, qui vient ensuite sur la liste, n'a vécu que jusqu'à 209 ans. Afin d'atténuer la chute brutale de 464 à 209 ans dans l'échelle de la longévité humaine, le reste de la vie d'Éber, initialement de 430 ans, est ramené à 270 ans. Les restes de vie de Péleg, Réu et Serug, selon le texte hébreu, sont également ramenés à 270 ans. Le texte indique respectivement 209, 207 et 200 ans. Cependant, la réduction de la durée de vie humaine dans le cas d'Eber a été si importante et si soudaine qu'aucune déduction supplémentaire n'est possible ; ces années restantes sont donc conservées. Nahor ne vit pas assez longtemps pour satisfaire aux exigences du schéma ; il reçoit donc 56 années supplémentaires pour que son âge soit à un an de celui de Terah. Parmi celles-ci, 50 sont attribuées à son âge à la naissance de son fils, et les 6 restantes sont ajoutées au reste de ses années. Si Nahor ne reçoit que 50 années supplémentaires à la naissance de son fils, au lieu des 100 années habituellement accordées à chacun de ses prédécesseurs, c'est parce que l'ajout d'un siècle entier irait à l'encontre de l'idée, voulue par le créateur, du déclin progressif du niveau de vie humain. Pour d'autres raisons, les chiffres furent par la suite modifiés à 179, soit 150 ans de plus, afin de faire concorder la chronologie avec les présupposés des Chiliastes, ou chronologues millénaires. L'effet cumulatif de toutes ces modifications est que la liste donnée dans la Septante présente un déclin soigneusement gradué du niveau de vie humain, contrairement à ce que l'on observe dans la nature : irrégulier, abrupt et saisissant.

Il est impossible de fournir une explication rationnelle de la dérivation des chiffres hébraïques à partir de la Septante en supposant que ceux de la Septante soient les originaux. Les compilateurs du texte hébreu auraient pu, en théorie, retrancher les six siècles et demi s'ils avaient souhaité raccourcir la chronologie, mais aucun motif ne peut leur être attribué. Même s'ils avaient ainsi réduit la chronologie de cette période, on ne peut expliquer leur intervention concernant les vestiges des patriarches post-diluviens, qui n'ont aucune incidence sur la question chronologique. La réduction soudaine de moitié de la durée de vie humaine dans le cas d'Arphaxad, comparée à la durée de vie des patriarches ayant vécu avant le Déluge, et la nouvelle réduction soudaine de moitié à l'époque de Péleg, sont non seulement inexplicables, mais même si l'on pouvait démontrer qu'il s'agissait de l'œuvre d'un inventeur capricieux ou d'un faussaire conscient, les résultats obtenus seraient totalement gratuits. Dans le cas des nombres hébraïques, nous avons une liste irrégulière, ne révélant aucune trace de manipulation ou d'artifice. Dans le cas de la Septante, nous avons des preuves indéniables d'un double motif : (1) l'allongement de la chronologie et (2) la gradation du déclin de la durée de la vie humaine, afin de rendre le schéma plausible et acceptable pour la « sagesse des Grecs ».

De même, l'auteur du plan samaritain manipule les chiffres du texte hébreu selon ses propres préférences. Dans le tableau des patriarches post-diluviens, il adopte la chronologie la plus longue, ajoutant les six siècles et demi à l'hébreu à l'instar de la Septante, mais il nuance encore plus le déclin du niveau de vie, chaque patriarche successif, y compris Eber et Térah, mourant presque toujours plus jeune que son père.

L'argument avancé en faveur de la chronologie plus longue de la Septante et des versions samaritaines, selon lequel l'âge de la puberté à une période donnée de l'histoire humaine doit être proportionnel à la durée de vie ordinaire de cette période, est une supposition gratuite, totalement dépourvue de témoignage et contredite par les faits rapportés dans l'Ancien Testament. En effet, à l'époque de Jacob, Lévi et Kehath, l'âge de la puberté était le même qu'aujourd'hui, soit environ 14 ou 15 ans, mais la durée de vie moyenne était presque le double de celle de 60 ans et 10 ans actuellement, puisque Jacob vécut jusqu'à 147 ans, Lévi jusqu'à 137 ans et Kehath jusqu'à 133 ans.

L'introduction d'un second Caïnan entre Arphaxad et Saladin, dans la Septante, ajoute 130 ans à la chronologie déjà longue de cette version. Il s'agit sans aucun doute d'un ajout apocryphe au texte hébreu. Le motif était sans doute en partie le désir d'allonger la chronologie, mais la manière dont cela a été fait mérite d'être expliquée. Il est possible que la volonté d'établir une seconde liste de dix patriarches, du Déluge à Abraham, correspondant à la liste des dix patriarches d'Adam à Noé, explique l'insertion de ce nom supplémentaire. Dans ce cas, il semblerait que l'auteur de ce nom ait ignoré que la liste des patriarches du Déluge à Noé, telle qu'elle figure dans le texte hébreu de Genèse 11, 10-26, contient déjà dix noms et ne peut être réduite qu'à neuf si l'on omet le nom de Sem.

L'origine et le motif de l'insertion du nom de Caïnan et de ses 130 ans entre Arphaxad et Saladin sont amplement expliqués par l'énumération des années de la période d'Adam à Péleg donnée dans les écrits du chronologue chrétien Théophile (évêque d'Antioche de 176 à 186 ap. J.-C.).

À son époque, les principaux auteurs de l'Église chrétienne étaient imprégnés de l'idée de six millénaires, qu'ils considéraient comme divisés en deux périodes égales de 3 000 ans chacune, à partir de la 130e année de la vie de Péleg, lorsqu'il engendra son fils Reu. Le nom de Péleg signifie « division ». Voici le calcul des 3 000 ans de cette période selon Théophile : il ajoute d'abord 100 ans à la vie d'Adam à la naissance de Seth. La période d'Adam au Déluge s'élève ainsi à 2 362 ans, au lieu de 2 262 selon la Septante. Il ajoute ensuite les années d'Arphaxad (135), de Saladin (130), d'Éber (134) et de Péleg (130) à la naissance de leurs fils, ce qui porte le total à 2 891 ans.

Ce calcul, on le remarquera, tout comme celui d'Africanus, omet totalement les deux années séparant le Déluge de la naissance d'Arphaxad. La réduction de l'âge de Mathusalem de 187 à 167 ans peut s'expliquer par un double motif. Il s'agissait en partie de rapprocher l'âge de Mathusalem à la naissance de son fils de celui des patriarches qui l'ont immédiatement précédé, et en partie de dissimuler, et ainsi d'empêcher la découverte, de la fraude liée à l'ajout apocryphe du second Caïnan, dont le nom est tiré de la liste des patriarches antédiluviens de la Genèse 5.9.

Le reste de l'histoire ne saurait être mieux raconté que dans le traité posthume de John Gregorie, MA, aumônier de Christ Church, Oxford, intitulé « La réfutation du second Caïnan », où la question est présentée ainsi : —

À l'époque de Théophile, l'intervalle entre Adam et Phalèc était de 2 891 ans : il ne fallait y ajouter aucune année. Pour éviter toute supercherie, ils retranchèrent d'abord 20 ans au total de Mathusalem, et tandis que Théophile l'avait estimé à 187 ans, ils le fixèrent à 176 ans, comme on le trouve encore dans certaines copies. L'intervalle entre Adam et Phalèc était alors de 2 871 ans. Ceci fait, ils insérèrent un nouveau Caïnan, lui attribuant 130 ans, ce qui, ajouté au total précédent, donne précisément 3 000 ans entre Adam et la 130e année de Phalèc.

Ce n'est que plus tard que l'on découvrit que cette réduction de l'âge de Mathusalem, à la naissance de Lamech, de 187 à 167 ans (les 20 années étant ajoutées aux 969 années restantes), impliquait l'absurdité de lui faire survivre au Déluge pendant 14 ans. Le nombre fut alors rétabli à 167. Par conséquent, les copies de la Septante varient entre les deux nombres, certaines donnant 187 et d'autres 167.

La présence de ces différentes lectures dans la Septante, contrairement à l'absence de lectures variées dans le texte hébreu, constitue un argument supplémentaire en faveur de l'originalité de l'hébreu et du caractère dérivé de la Septante.

De nombreux autres arguments peuvent être avancés pour prouver le caractère fallacieux de l'ajout du second Caïnan.

(1) Il est omis du texte massorétique hébreu, ainsi que du texte samaritain, ainsi que de toutes les anciennes versions et targums de Gen. 11 12.

(2) Il est omis du texte hébreu des deux passages 1 Chroniques 1 18.24, et également de nombreuses copies de la version LXX de ce passage, bien que 21 copies collationnées par le Dr Parsons le contiennent, au verset 18, et 6 copies le contiennent au verset 24.

(3) Josèphe omet Caïnan dans sa liste des patriarches post-diluviens, et Philon fait de même par implication, car il compte dix générations avant le Déluge d'Adam à Noé, et dix générations après le Déluge de Sem à Abraham, ce qui ne laisse aucune place pour Caïnan dans le deuxième groupe.

(4) Bérose (av. J.-C. 284) et Eupolème (av. J.-C. 174) représentent Abraham comme vivant dans la 10e génération après le Déluge, alors que si le nom de Caïnan avait été inclus, Abraham aurait vécu dans la nème génération après le Déluge.

(5) Origène marque le nom de Caïnan d'un obélisque dans sa copie de la LXX, pour marquer son rejet de celle-ci comme n'étant pas authentique.

(6) Eusèbe l’exclut en ne comptant que 942 ans entre le Déluge et Abraham, et en cela il est suivi par Épiphane et Jérôme.

(7) Le nom est manifestement une invention tardive des Chiliastes, qui ont calculé leur chronologie par périodes de mille ans, et lorsque les faits étaient tenaces, ils en inventaient d'autres, et ont ainsi conservé leur théorie.

La date d'insertion du nom de Caïnan dans la Septante (Genèse 11, 12 ; 1 Chroniques 1, 18, 24 ) est sans importance. Démétrius, contemporain de Ptolémée Philopator (222-204 av. J.-C.), est cité par Polyhistor comme ayant calculé 1070 ans entre le Déluge et la naissance d'Abraham, et incluant systématiquement les deux années entre le Déluge et la naissance d'Arphaxad dans la période précédant le Déluge. La Septante, quant à elle, fixe cette période à 942 ans sans Caïnan, soit 1072 ans avec. Il ressort donc clairement des 1070 + 2 ans de Démétrius que le nom de Caïnan figurait dans la copie de la Septante qu'il utilisait. Ceci ne fait toutefois que confirmer l'ancienneté de cette erreur.

Le fait que le nom du second Caïnan figure dans la généalogie de Marie, la mère de notre Seigneur, en Luc 3.36, s'explique aisément. La Bible, telle qu'elle était entre les mains du peuple à l'époque de notre Seigneur, était la Septante. La Septante était pour eux ce que notre Bible autorisée est pour nous. Des érudits comme Paul, et des étudiants de la Parole comme notre Seigneur et ses apôtres, avaient également accès au texte hébreu, mais Luc, le seul auteur non juif d'un livre du Nouveau Testament (Colossiens 4.10-14 ) et celui dont l'Évangile était spécifiquement destiné à un lecteur grec (Luc 1.3 ), utilisait et citait naturellement la version grecque courante, et si l'exemplaire de la Septante était disponible… Le texte qu'il utilisait contenait l'ajout erroné du nom du second Caïnan ; cette erreur se reproduirait bien sûr dans son Évangile, de la même manière que toute erreur de traduction dans la version autorisée serait reproduite par n'importe quel laïc occupant une chaire moderne et ne connaissant que les Écritures dans la version autorisée.

Il est tout à fait possible, bien sûr, que Luc n'ait jamais écrit le mot Cainan dans Luc 3 36, car il est omis dans le Codex Bezae, le grand manuscrit oncial de Cambridge du VIe siècle, mais le poids de l'autorité traditionnelle penche en faveur de l'hypothèse qu'il ait tiré le mot de sa copie de la Septante, car il apparaît dans tous les grands manuscrits onciaux, א ΑΒ L ΓΔΛΠ, etc., à l'exception du Codex Bezae D, bien qu'il soit orthographié Cainam au lieu de Cainan dans certains d'entre eux.

Il nous reste à expliquer l'ajout alternatif de 100 ans à la vie de Nahor à la naissance de son fils. On y perçoit une fois de plus l'influence de l'idée dominante de mesurer la distance entre les grandes époques du récit biblique en millénaires. Si l'on peut supposer que le Chiliastre, insatisfait de la modification de l'âge de Nahor, passé de 29 ans dans le texte hébreu à 79 ans dans les copies originales de la Septante, savait que Térah avait 130 ans et non 70, cette modification tardive de 79 à 179 ans est expliquée de manière satisfaisante par R.G. Faussett dans son ouvrage * Symmetry of Time*. M. Faussett considère que l'ajout de 100 ans supplémentaires à la vie d'Adam à la naissance de Seth, portant son âge à 330 ans au lieu de 230, était inacceptable. La période allant d'Adam au Déluge est rétablie et s'élève à 2 262, comme dans le schéma d'Africanus. Nous procédons ensuite comme suit : — ·

Schéma millénaire expliquant l'âge de Nabor — 179.

D'Adam au Déluge......

2 262

Sem après le Déluge......

2

Arphaxad..........

135

Interpolation de Cainan......

130

Salah...........

130

Eber..........

134

Péleg..........

130

Reu..........

132

Sérug..........

130

Nahor 794100 ־........

179

Térah..........

130

À l'appel d'Abraham…

75

À l'Exode....... 430

 

3 999

 

Ceci, auquel on ajoute l'année du Déluge, que certains considèrent comme une année supplémentaire indépendante des années précédentes et suivantes, constituerait les 4 000 ans complets, et expliquerait ainsi l'ajout des 100 années supplémentaires à l'âge de Nahor à la naissance de Térah.

Ces adaptations millénaires de la chronologie des Écritures ont largement contribué à discréditer la chronologie. Seul un strict respect du texte original et une interprétation conforme aux lois de l'histoire permettent de restaurer la crédibilité et la vérité de cette science. Il convient donc d'examiner avec la plus grande rigueur le témoignage de témoins honnêtes, compétents et contemporains. L'identification des dates de la dédicace du Temple de Salomon et de la naissance du Christ aux années 3000 et 4000 de notre ère doit être scrupuleusement étudiée, et les faits ne doivent en aucun cas être déformés pour parvenir à ce résultat.

Triple attaque contre la chronologie biblique.

Trois autres branches d'étude ont une incidence directe sur la chronologie de cette période et doivent être brièvement, mais très insuffisamment, mentionnées ici.

Dans les départements de géologie et de biologie évolutive, on a soutenu que l'origine de l'homme devait être située dans un passé lointain et obscur, plusieurs centaines de milliers d'années avant la date qui lui est attribuée par toute interprétation des plus anciens documents historiques qui nous sont parvenus.

Dans les départements d'archéologie et d'anthropologie, il a été soutenu que l'ancienneté de l'homme devait être datée d'une période beaucoup plus ancienne que les 6000 ans qui lui sont attribués dans la chronologie d'Ussher, telle que donnée par l'évêque Lloyd en marge de notre version autorisée, un schéma chronologique qui ne se trompe pas de plus de 38 ans par rapport à celui qui est intégré au texte hébreu, et également d'une période beaucoup plus ancienne que les 7500 ans environ requis par la chronologie plus longue de la Septante.

Au sein du département de critique biblique, le caractère historique du témoignage des premiers chapitres de la Genèse a été remis en question ; ceux-ci ont été considérés comme une compilation tardive de mythes et de légendes, le produit de l'imagination humaine primitive et de l'action de la faculté mythopoétique primitive de l'homme sur une connaissance rudimentaire du monde extérieur.

1. L'évolution et l'origine de l'homme.

(1) Biologie évolutive.

Concernant la théorie évolutionniste de l'origine de l'homme, il convient de souligner que, malgré sa large acceptation par les autorités reconnues du monde universitaire actuel, elle demeure une hypothèse non prouvée. Cette théorie repose principalement sur : (1) des analogies structurales observées et admises entre le squelette du singe anthropoïde et celui de l'homme ; (2) des correspondances observées et admises entre des parties homologues, telles que la nageoire d'un poisson, l'aile d'un oiseau, la patte antérieure d'un quadrupède et le bras de l'homme ; et (3) des stades de développement analogues observés et admis chez l'embryon humain, correspondant aux stades de développement illustrés par la classification des différents membres du règne animal, selon leur évolution sur l'échelle du vivant, telle que déterminée par les principes de l'anatomie comparée. La correspondance entre les séries ontogéniques ou embryonnaires, taxonomiques ou d'histoire naturelle, et phylogéniques ou géologiques ou évolutives est admise. Mais l'erreur de la théorie de l'évolution réside dans l'inférence qu'on en tire. En réalité, ces parties homologues prouvent seulement un Créateur commun, non un ancêtre commun ; un Auteur commun, non une origine commune. Deux œuvres d'art parfaitement semblables peuvent être considérées comme l'œuvre d'un seul et même génie artistique, sans pour autant supposer que l'une soit dérivée ou copiée de l'autre. Deux pièces de monnaie identiques prouvent une matrice commune, non une origine commune. De même, les ressemblances entre l'homme et les animaux inférieurs prouvent clairement l'unité de leur Création commune, tandis que les différences fondamentales entre eux prouvent avec la même certitude que l'un n'est ni issu de l'autre ni n'a évolué à partir de lui.

La théorie de l'évolution nous oblige à croire que l'homme était à l'origine un sauvage absolu, et qu'il s'est écoulé au moins 100 000 ans entre les premiers signes de la vie humaine et le développement de la civilisation humaine telle que nous la connaissons aujourd'hui.

Il n'existe aucune preuve de cette prétendue priorité de la sauvagerie sur toute forme de civilisation. Sir Charles Lyall admet, dans son ouvrage « L'Antiquité de l'Homme », que « nous ne disposons d'aucune preuve géologique concluante que l'apparition de ce que l'on appelle les races inférieures de l'humanité ait toujours précédé, chronologiquement, celle des races supérieures », et M. Pengelly fit une confession similaire lors de la réunion de l'Association britannique tenue à Bristol en août 1875. Sir J.W. Dawson, président de l'Association britannique en 1888, déclara que l'origine de l'homme pouvait être fixée géologiquement à un nombre modéré de millénaires, disons sept ou huit. Il considère l'homme paléolithique, auquel le professeur J.A. Thompson, dans sa Bible de la nature, attribue une antiquité de 150 000 à 300 000 ans, comme l'antédiluvien des Écritures, et il trouve des indices d'un déluge général, voire universel, au cours de la période humaine susmentionnée de 7 000 ou 8 000 ans.

La croyance en l'extrême antiquité de l'homme repose sur l'hypothèse d'une émergence lente et progressive à partir d'un état antérieur de brutalité et de sauvagerie, et procède par un raisonnement a priori sur ces prétendues « origines », les arguments employés étant dans de nombreux cas des plus peu concluants et discutables.

Dans son discours présidentiel à l'Association britannique en 1894, Lord Salisbury citait Lord Kelvin, qui avait « limité la période de la vie organique sur Terre à 100 millions d'années », et le professeur Tait, qui, « dans un esprit encore plus mesquin, avait réduit ce chiffre à dix ». « De l'autre côté », remarquait-il avec sarcasme, « se dressent les prétentions des géologues et des biologistes. Ils se sont délectés de la prodigalité des chiffres qu'ils ont placés à la fin de l'âge hypothétique de la Terre. Longtemps bridés et confinés dans les limites étroites de la chronologie populaire, ils ont exulté sans retenue de leur nouvelle liberté. » Lorsque les différences sont si « énormes » qu'elles résultent manifestement de l'exercice de l'imagination scientifique, elles ne sont pas dues à l'observation scientifique des faits.

(2) Géologie.

Les calculs des anciens géologues, fondés sur le taux de sédimentation et la présence de restes humains, d'outils en silex et autres traces d'activité humaine, sont réputés pour leur manque de fiabilité. Le professeur Boyd Dawkins émet une mise en garde contre ces calculs et déclare qu'à son avis, ils se sont tous révélés erronés. M. Pengelly, lors de son discours à la British Association en 1888, estimait à 5 000 ans la durée de sédimentation d'un pouce de stalagmite dans la grotte de Kent, soit 300 000 ans pour 5 pieds. Mais le professeur Boyd Dawkins, dans son ouvrage « Cave Hunting », affirme que la stalagmite aurait pu se former à un rythme d'un demi-pouce par an, ramenant ainsi les 300 000 ans avancés par M. Pengelly à 250 ans.

Le principe et la méthode de ces calculs géologiques sont fondamentalement erronés. Certes, la science suppose l'uniformité, mais on ne parvient pas à la science en présupposant l'uniformité là où elle n'existe pas. Rien ne justifie l'hypothèse que la Terre se soit formée à un rythme uniforme et infiniment lent, par les seules forces à l'œuvre actuellement.

Les ours des cavernes, les hyènes et les mammouths étaient autrefois rattachés par les géologues au Tertiaire, c'est-à-dire à la période précédant le Quaternaire. La découverte de squelettes humains aux côtés de squelettes de mammouths dans une grotte à Aurignac, sur le versant nord des Pyrénées, laissait supposer que l'homme appartenait au Tertiaire et était donc très ancien. Or, l'étude des constructions sur pilotis a désormais démontré que les premiers habitants d'Europe, appartenant à l'âge de pierre, provenaient d'Asie au plus tôt en 2000 avant J.-C., soit après la période du Déluge dans la chronologie hébraïque de l'Ancien Testament. Dès lors, la conclusion est que l'homme n'appartient pas au Tertiaire, mais que les mammouths appartiennent au Quaternaire, ou à la période actuelle.

Un simple coup d'œil au diagramme suivant suffira à démontrer que la demande d'une antiquité chez l'espèce humaine ne peut se mesurer uniquement en termes d'âges géologiques.

TABLEAU GÉOLOGIQUE DES ROCHES ET DES FOSSILES.

Le mouvement de l'évolution a été cyclique. Cinq cycles, les Dynasties (Le Conte), les Règnes (Agassiz) ou les Âges (Dana), ont été identifiés par les géologues dans les restes fossiles enfouis dans la croûte terrestre. Ces cycles comprennent : (1) les mollusques, (2) les poissons, (3) les reptiles, (4) les mammifères et (5) l'Homme. Les roches archéennes du début de l'Éozoïque ne contiennent aucun fossile. Les roches primaires du Protozoïque ne renferment aucun vertébré. La Terre était alors peuplée de mollusques d'une taille, d'un nombre et d'une variété sans précédent. Dans les roches primaires du Deutérozoïque, les poissons firent leur apparition et devinrent dominants. Leur croissance fut fulgurante, tant en taille qu'en nombre et en diversité, et ils conquirent le monde marin, tandis que les mollusques, en déclin, cherchaient refuge ailleurs. Les amphibiens apparaissent durant cette période, mais les véritables reptiles n'apparaissent que dans les roches secondaires de la période mésozoïque suivante. Les mammifères commencent à apparaître durant cette période, mais ce n'est qu'avec les roches tertiaires de la période cénozoïque qu'ils atteignent une taille, un nombre et une force suffisants pour dominer les grands reptiles et s'assurer la suprématie sur Terre. Nous atteignons ensuite les roches quaternaires de la dernière des ères géologiques, appelée ère anthropozoïque, car c'est ici que les premiers restes fossiles de l'homme apparaissent. L'ère anthropozoïque est également appelée Pléistocène ou « période la plus récente », période glaciaire, et parfois période préhistorique. La géologie témoigne ainsi de la création récente de l'homme, dont on ne trouve aucune trace jusqu'à ces strates les plus récentes. « L’ancienneté récente de notre espèce, affirme Sir Charles Lyall dans ses Principes de géologie, n’est contestée par aucun géologue expérimenté. S’il existe une divergence d’opinions quant à la présence, dans certains dépôts, de vestiges de l’homme et de ses œuvres, elle se rapporte toujours à des strates, il est vrai, des plus modernes. »

Quant à la durée de cette période, ou à son début, aucune réponse ne peut être apportée. En ce qui concerne les faits, la question reste ouverte, une question sur laquelle la géologie, science naturelle, est incapable de se prononcer. Si l'on admet la théorie de l'évolution, si l'on tient pour acquis le « changement progressif et continu, selon certaines lois fixes, au moyen de forces intrinsèques » qu'elle postule, si l'on concède les innombrables âges qu'elle exige pour l'évolution de l'état actuel du monde, alors une théorie assez plausible de l'histoire passée du monde a pu être élaborée.

Mais il ne faut pas oublier qu'il ne s'agit que d'une construction posée sur les faits, et non d'une explication qui en découle ; que cette théorie est impossible à vérifier et que la théorie rivale des « sauts », « saltations », « bonds » et « soulèvements » catastrophiques dans la nature, par opposition au processus graduel, continu et infinitésimalement lent de l'évolution, donne une meilleure explication des faits et s'impose à l'avis des plus grandes autorités géologiques, aussi réputées que celles qui postulent pour l'homme une antiquité incomparablement plus grande que celle pour laquelle des preuves historiques peuvent être produites.

La méthode permettant d'estimer l'ancienneté de l'humanité à plusieurs centaines de milliers d'années, en calculant le temps nécessaire au dépôt de certains alluvions où des restes humains ont été découverts, ne donne aucun résultat scientifique fiable. Rien n'est plus incertain que ces calculs géologiques. La vitesse de dépôt des alluvions est si variable qu'elle rend tout calcul impossible. Ainsi, un récipient contenant de nombreuses antiquités a été découvert il y a quelques années dans une tourbière à Sundewitt, sur la côte orientale du Schleswig. D'après les calculs géologiques, il était vieux de plusieurs milliers d'années, mais son examen a révélé qu'il contenait des pièces de monnaie frappées entre 300 et 400 après J.-C. L'argument de Cuvier, selon lequel les traditions et la conscience historique de l'humanité ne remontent pas au-delà de 3 000 ans avant Jésus-Christ, et que cela serait impossible si l'humanité avait 100 000 ans, n'a jamais été réfuté.

2. L'archéologie et l'antiquité de l'homme.

Passant des incertitudes vagues des hypothèses scientifiques concernant l'origine de l'homme aux documents historiques relatifs à son antiquité, nous atteignons tout de suite un terrain plus sûr.

L'étude de l'histoire égyptienne et chaldéenne a profondément modifié notre chronologie des débuts de la civilisation dans ces pays. On revendique désormais une antiquité pour le début des annales de ces nations qui contredit la date attribuée au Déluge (an. hom. 1656 = 2348 av. J.-C. (Ussher)). L'ère de Ménès, premier roi d'Égypte, est placée par certains vers 2717 av. J.-C., tandis que l'ère de la dynastie chaldéenne de Bérose, la plus ancienne que l'on puisse considérer comme historique, est située aux alentours de 2234 av. J.-C. La validité de ces affirmations dépend de la valeur que l'on attribue aux chiffres de Manéthon pour la chronologie égyptienne, à ceux de Bérose pour la chronologie babylonienne, et des calculs astronomiques censés les confirmer.

L'ancienneté de la civilisation à Babylone et en Égypte est brillamment traitée par le chanoine Rawlinson dans son ouvrage sur l' origine des nations. L'Égypte et Babylone possèdent des monuments qui témoignent de leur présence antérieure à tous les autres à la surface de la Terre. Concernant l'Égypte, Rawlinson conclut que le début de la civilisation égyptienne ne peut être rattaché à une période antérieure à 2250 ou 2450 avant J.-C.

La date du Déluge, selon le texte hébreu de l'Ancien Testament tel qu'énoncé par Ussher, est 2348 av. J.-C. Il convient toutefois d'ajouter 38 ans à cette date, la ramenant à 2386 av. J.-C., comme l'auteur de ces lignes espère pouvoir le démontrer. Petavius ​​la date de 2327 av. J.-C., Clinton de 2482 av. J.-C. Toutes ces dates suivent la chronologie courte du texte hébreu. Dans les deux cas, nous restons largement compatibles avec la chronologie biblique si nous adoptons la date la plus basse proposée par le chanoine Rawlinson. La marge serait encore plus grande si, avec le chanoine Rawlinson, nous adoptions la chronologie de la Septante, selon laquelle la date du Déluge est 3246 av. J.-C. Hales la date de 3155 av. J.-C., Jackson de 3170 av. J.-C., Poole de 3159 av. J.-C. Toutes ces dates suivent la chronologie longue de la Septante. Mais nous avons des raisons de rejeter cette dernière.

(1) Égypte.

Tous les experts s'accordent à dire que, quelle que soit la période de l'histoire égyptienne que l'on remonte, rien n'indique une quelconque période de sauvagerie ou de barbarie dans ce pays. Ménès, le premier roi, fit construire un grand réservoir et un temple à Memphis. Son fils y fit bâtir un palais et rédigea un ouvrage d'anatomie.

La Grande Pyramide de Guéza, si elle n'est pas la plus ancienne, mais aussi la plus grande et la plus merveilleuse structure à la surface de la terre, date du tout début de l'histoire égyptienne, et les hiéroglyphes qu'elle renferme prouvent que l'écriture était déjà utilisée depuis longtemps à cette époque.

L'époque de la fondation de la Grande Pyramide de Gheezeh est donnée par Piazzi Smith, astronome royal d'Écosse, dans son ouvrage « Notre héritage dans la Grande Pyramide », comme étant 2170 avant J.-C. Il considère que le passage d'entrée, construit de manière particulière, a été bâti à des fins astronomiques et chronologiques.

La Grande Pyramide est la plus grande des Sept Merveilles du Monde, le plus parfait et le plus gigantesque exemple de maçonnerie jamais vu. C'est le plus ancien édifice en pierre connu, tous pays confondus. Ses parties achevées ne portent aucune trace de paganisme ni d'idolâtrie. Contrairement aux autres pyramides, elle n'a pas été construite comme un tombeau. Son auteur n'était pas égyptien, mais un descendant de Sem, par la lignée d'Abraham, et même plus ancien, si proche de Noé qu'Abraham. Elle témoigne d'une connaissance mathématique précise des grands phénomènes cosmiques terrestres et célestes. Son orientation astronomique est parfaite : ses passages se situent dans le plan du méridien. Elle marque la période de la précession des équinoxes, soit 25 827 ans à partir de 2170 avant J.-C., une période estimée à 25 816 ans par les célèbres astronomes Tycho Brahe et La Place. Elle offre une solution pratique au problème théoriquement insoluble de la quadrature du cercle, car sa hauteur est égale au double de la largeur de sa base, ce qui correspond au rapport entre le diamètre et la circonférence d'un cercle, un rapport exprimé mathématiquement par π ou 3/14,159, etc. Autrement dit, sa hauteur est le rayon d'un cercle théorique dont la longueur de la circonférence courbe est égale à la somme des longueurs des quatre segments de sa base. Elle constitue un étalon de mesure linéaire, et chacun de ses côtés mesure 365 242 coudées sacrées, soit 25 025 pouces britanniques, mesurant ainsi une autre quantité incommensurable : le nombre exact de jours dans une année. Elle monumentalise la taille de la Terre et sa distance au Soleil. En réalité, les merveilles de connaissances mathématiques et astronomiques incarnées dans cette structure incontestablement ancienne contribuent largement à réfuter la théorie de la sauvagerie originelle de l'homme primitif.

Les dates attribuées aux rois d'Égypte dans le Guide des collections égyptiennes du British Museum d'E. A. Wallis Budge remontent jusqu'à 4400 av. J.-C., une date antérieure à la période assignée dans le texte hébreu à la création du premier homme. Mais en réalité, il existe une grande diversité d'opinions parmi les égyptologues quant à la date de Ménès, premier roi de la première des 31 dynasties, comme le montre la liste d'autorités suivante (tirée de l' Encyclopædia Britannica, 11e édition) :

Dates du règne du roi Ménès et début de la civilisation en Égypte selon les principaux égyptologues.

Flinders Petrie (en 1906)......

5510

Mariette, directrice du musée du Caire

5004

Lenormant, élève de Mariette…

5004

Flinders Petrie (en 1894)....

4777

Dr Brugsch, directeur du musée de Berlin

4400

EA Wallis Budge, British Museum

4400

Dr Lepsius, auteur de la Chronologie des Égyptiens

3892

Baron Bunsen (vue précédente)....

3623

Breasted (Américain, 1906)....

3400

K. Sethe (allemand, 1905)....

336o

Éd. Meyer (allemand, 1887)....

3180

Baron Bunsen (vue ultérieure)....

3059

R. Stuart Poole (British Museum)..

2717

Sir Gardner Wilkinson (notre plus grand égyptologue anglais)

 2691

Ce sont là les opinions de personnes connaissant les monuments et capables de traduire les inscriptions. Elles divergent parfois de deux mille ans. Cette extraordinaire variation témoigne de l'absence de fondement sûr permettant de parvenir à une conclusion scientifique certaine. Le sujet tout entier demeure plongé dans une grande obscurité et une profonde incertitude.

En réalité, les Égyptiens eux-mêmes n'ont jamais eu de chronologie. Ils ne connaissaient pas la notion d'ère. Ils étaient dépourvus de toute notion chronologique. Calculer le temps n'était pas dans leurs habitudes. « Les témoignages des monuments concernant la chronologie », affirme M. R. Stuart Poole, « ne sont ni complets ni explicites. » Le baron Bunsen déclare : « On ne peut en déduire aucune chronologie. » Toute tentative d'établir une chronologie de l'Égypte aurait été abandonnée sans Manéthon, prêtre égyptien de Sébennytos (vers 280-250 av. J.-C.), qui composa une histoire de l'Égypte en grec sous le règne de Ptolémée Philadelphe.

On ne sait pratiquement rien de lui, si ce n'est son histoire, dont la renommée fut grandement accrue par le fait qu'il l'écrivit en grec. L'ouvrage lui-même est perdu, mais des fragments en sont conservés chez Josèphe, Eusèbe, Syncelle et d'autres auteurs. Le schéma de Manéthon, tel que présenté par Eusèbe dans sa Chronique, est le suivant :

Chronologie égyptienne selon Manéthon.

Le règne des dieux

13 900 ans

Le règne des héros

1 255 "

Règne des rois

1 817 "

Règne de 30 rois memphites

1 790 "

Règne de 10 rois Thinites

350 "

Le règne des crinières et des héros

5 813 "

 

24 925 "
Trente dynasties de rois à propos de 5000 "

(soit 4 922, 4 954 ou 5 329 ans, selon les différentes lectures)

29 925 "

 

Le caractère mythologique de ce schéma est évident. Il a néanmoins servi de base à de nombreux systèmes chronologiques spéculatifs, ou plutôt écoles de chronologie, élaborés par Scaliger, Ussher, Bunsen, Poole et d'autres auteurs. La Chronologie longue, suivie par Scaliger, postule la succession des trente dynasties et situe la création de Manéthon en 5702 av. J.-C. La Chronologie courte, suivie par Ussher, considère plusieurs dynasties comme contemporaines et s'efforce de concilier les dates de Manéthon avec la Chronologie hébraïque, qui situe la création d'Adam en 4004 av. J.-C. selon Ussher, ou en 4042 av. J.-C. selon l'auteur de ces lignes.

Les deux principales sources concernant la chronologie égyptienne sont le papyrus de Turin, une liste de rois compilée sous la XIXe dynastie et aujourd'hui en très mauvais état, et la liste des rois et des dynasties établie par Manéthon. Manéthon est la seule source qui propose une chronologie complète, mais ses sources sont très peu fiables, car elles ne nous sont connues que par des extraits tardifs. Pour la XIXe dynastie, les chiffres de Manéthon sont erronés partout où nous avons pu les vérifier.

Les Monuments eux-mêmes ne commencent leurs archives qu'à partir de la 19e dynastie, soit vers 1590 avant J.-C. (Budge, 1350 avant J.-C.).

L'origine de l'incertitude actuelle réside dans le fait que certaines dynasties de Manéthon sont contemporaines et non successives. Ce point est admis par tous les égyptologues de renom, à l'exception de Mariette et Flinders Petrie. Même Lenormant s'écarte de l'avis de son maître sur ce point, considérant les IXe, Xe et ne dynasties comme contemporaines, de même que les XIIIe et XIVe. Le Dr Brugsch considère les VIIIe, IXe, Xe et ne dynasties comme contemporaines, ainsi que les XIIIe et XIVe, et plusieurs autres. Le baron Bunsen, Sir G. Wilkinson et M. R. Stuart Poole poussent encore plus loin le principe de contemporanéité.

Une autre source d'incertitude quant aux chiffres de Manéthon tient au fait qu'il est cité de manière divergente par Eusèbe et Africanus. Ainsi, Eusèbe attribue 100 ans à la IXe dynastie, tandis qu'Africanus en attribue 409. Eusèbe situe la durée des trois dynasties des Bergers à 103, 250 et 190 ans, tandis qu'Africanus la situe à 284, 518 et 151 ans, soit une différence de 410 ans. Il est impossible de concilier ces divergences et, par conséquent, d'établir une chronologie scientifique fiable de l'Égypte à partir des sources dont nous disposons.

Dans ces conditions, les égyptologues choisissent la période la plus longue ou la plus courte selon leur appréciation. En réalité, on ne peut affirmer que la chronologie égyptienne commence avant l'avènement de la XVIIIe dynastie. Même alors, elle est loin d'être exacte, les meilleurs spécialistes divergeant jusqu'à 200 ans dans leurs estimations de la date de cet événement.

Le chanoine Rawlinson situe l'établissement de la civilisation égyptienne vers 1500 av. J.-C. Il existait un empire égyptien plus ancien, qui aurait disparu vers 1750 av. J.-C., auquel appartenaient les pyramides. Cependant, sa durée reste incertaine. Le chanoine Rawlinson estime qu'il aurait duré environ 500 ans. Cela nous amènerait à 2250 av. J.-C. comme date d'établissement de la civilisation sous la forme d'un gouvernement stable en Égypte, soit environ un siècle après la date du Déluge (2348 av. J.-C. selon Ussher, ou 2386 av. J.-C. selon l'interprétation de la chronologie du texte hébreu de l'Ancien Testament par l'auteur de ces lignes).

Les présuppositions nécessaires à la validité de la chronologie des égyptologues sont admirablement énoncées par M. EA Wallis Budge, dans son Guide de la collection égyptienne du British Museum, et l'impossibilité de parvenir à une conclusion scientifique certaine sur le sujet dans l'état actuel de nos connaissances est franchement admise.

Pour établir une chronologie égyptienne complète, il déclare : « Nous avons besoin d'une liste exhaustive des rois d'Égypte, et de connaître l'ordre de leur succession ainsi que la durée de leur règne. Or, une telle liste n'existe pas, car celles dont nous disposons ne contiennent que des sélections de noms de rois, et pour beaucoup d'entre eux, ni l'ordre de succession ni la durée du règne ne sont connus. »

Les sources des noms des rois sont répertoriées comme suit : —

Sources dont est issue la chronologie égyptienne.

1. Le Papyrus Royal de Turin.

2. La tablette d'Abydos.

3. La tablette de Sakkarah.

4. Les monuments égyptiens de toutes les époques, et

5. La Liste royale de Manéthon.

Le papyrus de Turin fut compilé vers 1500 av. J.-C. Il contenait, une fois complet, les noms de plus de 300 rois et la durée de leurs règnes. La tablette d'Abydos fut réalisée pour Séthi Ier (de la XIXe dynastie, vers 1350 av. J.-C. selon Budge) et contenait 76 noms. La tablette de Saqqarah en contenait 50.

La liste de Manéthon fut compilée pour le roi Ptolémée II Philadelphe (283-247 av. J.-C.), mais l'ouvrage lui-même est perdu, et nous ne le connaissons que sous la forme qui nous est parvenue.

(1) La Chronique de Julius Africanus (IIIe siècle après J.-C.) ;

(2) La Chronique d'Eusèbe (265-340 ap. J.-C.) ; et

(3) La Chronographie de Georges le Moine (Georgius Syncellus du VIIIe siècle après J.-C.).

Les résultats conservés par Eusèbe diffèrent de ceux donnés par Africanus pour presque chacune des 31 dynasties.

On peut recueillir un grand nombre de faits crédibles à partir de ces sources, mais on ne peut parvenir à aucun résultat scientifique en faisant la moyenne des chiffres contradictoires de ces autorités discordantes.

Manéthon est la seule autorité à fournir des éléments permettant d'estimer la durée de la période de Ména ou Ménès, généralement considéré comme le premier roi dynastique d'Égypte. La déduction de 4 000 ou 5 000 ans proposée par E.A. Wallis Budge se situe à mi-chemin entre les estimations extrêmes de Flinders Petrie (5 510 ans) et de Sir G. Wilkinson (2 691 ans), mais les règles de la preuve historique ne nous permettent pas, de ce fait, de la considérer autrement que comme une conjecture. Les conditions requises pour parvenir à une conclusion scientifique fiable sont les suivantes.

1. La fiabilité de la liste de Manéthon. Cette liste est sujette à caution, car une version mentionne 561 rois ayant régné 5 524 ans, tandis qu’une autre en recense 361, ayant régné seulement 4 480 ou 4 780 ans.

2. Il faut démontrer que la liste est successive. Or, tous les égyptologues de renom, à l'exception de Mariette et Flinders Petrie, admettent qu'au moins une, voire six ou huit dynasties, étaient contemporaines.

On a tenté d'établir une chronologie de l'Égypte par l'observation et le calcul astronomiques. L'année du calendrier égyptien, dite « vague » ou « aléatoire », comptait exactement 365 jours. L'année sothique, ainsi nommée car elle commençait le jour où l'étoile Sirius (Sothis) se levait avec le soleil, était identique à l'année julienne et durait 365 jours et un quart, soit presque autant que l'année solaire tropicale, dont dépendaient les saisons. Par conséquent, le 1er Thot, ou Jour de l'An, de chaque année successive du calendrier égyptien vague de 365 jours, était décalé d'un quart de jour par rapport au Jour de l'An de l'année sothique (ou quasi-solaire) de 365 jours et un quart. Au cours de 4 x 365 ans, soit 1 460 ans, ce décalage s'étendait sur une année entière, au fil des saisons. En convertissant 1 461 années du calendrier égyptien approximatif de 365 jours en une période sothique de 1 460 années juliens ou quasi-solaires, on peut transposer les dates des levers héliaques de Sothis, mentionnées en années calendaires approximatives, en années juliennes ordinaires. Censorin, qui écrivit son ouvrage De die Natali en 238 apr. J.-C., nous apprend qu'une période sothique s'acheva en 139 apr. J.-C. Il se doit donc que trois périodes sothiques aient débuté respectivement en 4241, 2781 et 1321 av. J.-C. La fiabilité des données ainsi obtenues dépend de la crédibilité de Censorin et de la précision des observations et calculs astronomiques effectués. Seuls des experts en astronomie peuvent examiner ces données. À ce jour, elles n'ont abouti à aucun résultat chronologique concluant.

Il est parfaitement clair que, quelles que soient les dates attribuées aux rois et monuments d'Égypte dans le guide du British Museum, leur autorité relève bien plus d'une assurance subjective que d'une certitude objective, de sorte que l'idée de les invoquer pour contredire les affirmations chronologiques définitives du texte hébreu de l'Ancien Testament est tout simplement absurde.

(2) Babylone.

L'ancienneté de la civilisation babylonienne remonte à l'établissement du royaume de Nimrod, fils de Koush, fils de Cham, fils de Noé, environ deux générations après le Déluge (2348 av. J.-C., Ussher). Du pays de Shinar, où se situait Babel (ou Babylone), sortit Assur (Genèse 10, 10-11 ), fils de Sem, chassé, selon le récit, par Nimrod, petit-fils de Cham, connu pour ses pratiques de chasse aux esclaves. Assur quitta Babylone et fonda Ninive ainsi que les autres grandes villes d'Assyrie, au nord de Babylone. Il y eut donc, d'après les annales hébraïques, une période de civilisation sémitique à Babylone antérieure au royaume de Nimrod.

Selon l'histoire profane comme selon l'histoire sacrée, les premiers foyers de civilisation furent l'Égypte et Babylone. Dans ces deux centres, l'écriture était pratiquée et l'histoire faisait l'objet d'une attention particulière, si bien que lorsque les Grecs, par qui nous les connaissons, en prirent connaissance, ils possédaient des documents historiques d'une antiquité supérieure à celle de tous les autres documents, à l'exception des écrits de l'Ancien Testament hébraïque. Ces documents nous ont été transmis par les écrits de Manéthon le Sébentyte et de Bérose le Chaldéen. C'est Scaliger, fondateur de la chronologie moderne, qui attira l'attention le premier sur les écrits de Bérose et de Manéthon, et leurs affirmations furent reconnues par des historiens comme Niebuhr.

Bérose était un prêtre instruit de Babylone, ayant vécu vers 260 av. J.-C. Il a écrit en grec trois livres d'histoire babylonienne et chaldéenne, dans lesquels il affirme tirer ses informations des plus anciennes archives des temples de Babylone. L'ouvrage lui-même a disparu, mais des fragments en ont été conservés par Flavius ​​Josèphe, Eusèbe, Syncelle et d'autres. Le schéma de Bérose, tel que présenté par Eusèbe dans sa Chronique, est le suivant :

Chronologie babylonienne selon Bérose.

Dix rois, d'Alorus, le premier homme, à Xisuthrus (Noé) 432 000 ans

86 rois, de Xisuthrus à la conquête mède :

33 080 "

8 Rois Médians............

224 "

11 Rois..............

48 "

49 rois chaldéens..........

458 "

9 rois arabes............

245 "

45 Kings éliminés par Pul..........

526 "

 

466 581 "

Le nombre 48 attribué aux onze rois est très douteux. Selon la tradition locale, Babylone aurait été fondée 1 903 ans avant sa conquête par Alexandre le Grand ; ce nombre devrait donc être de 258. Cette correction permet aux chiffres de Bérose de révéler un schéma chronologique conçu pour compléter la Grande Année ou Cycle babylonien de 36 000 ans, produit des cycles de Sossus (60 ans) et de Nerus (600 ans). Le schéma de Bérose est divisé en deux parties. Les 432 000 ans des dynasties antédiluviennes jusqu'à Xisuthrus ou Noé sont constitués de 12 cycles de ce type : 36 000 × 12 = 432 000.

Gutschmidt a suggéré que le cycle de 36 000 ans des dynasties historiques était probablement constitué comme suit : —

Chronologie babylonienne selon la conjecture de Gutschmidt.

Dynastie de

  86 rois chaldéens 34 080 ans

 "

  8 Rois Médians 224 "

 "

  11 rois chaldéens 258

 "

  49 rois chaldéens 458

 "

  9 rois arabes 245

 "

  45 rois assyriens 526

 "

  8 rois assyriens 122

 "

  6 rois chaldéens 67
      36000

 

Ces chiffres, dépourvus de tout contexte historique, apparaissent d'emblée comme purement artificiels. Ils peuvent certes révéler la pensée subjective de l'auteur, mais ils n'ont aucun rapport avec la vérité des faits objectifs.

L'ancienneté de l'Assyrie fait l'objet d'un débat entre les partisans de ce que l'on appelle la longue chronologie de Ctésias et la courte chronologie d'Hérodote.

Hérodote, le plus ancien historien grec, généralement considéré comme le Père de l'Histoire, naquit à Halicarnasse, en Carie (Asie Mineure), vers 484 av. J.-C. Selon Suidas, il mourut vers 408 av. J.-C. Il voyagea beaucoup en Égypte, en Palestine et en Phénicie, et pénétra même jusqu'à Babylone et Suse. Il visita également tous les pays bordant la mer Noire. Dans son récit, il relate ses voyages et, lorsqu'il expose les résultats de ses observations et de ses recherches, il fait preuve d'une remarquable précision et impartialité. Lorsqu'il n'est pas témoin oculaire, il cite généralement les sources sur lesquelles il fonde ses affirmations.

Ctésias de Cnide, en Carie (Asie Mineure), était un médecin et historien grec contemporain d'Hérodote. Dans sa jeunesse, il fut le médecin d'Artaxerxès Mnémon, qu'il accompagna en 401 av. J.-C. lors de son expédition contre son frère Cyrus le Jeune. Il rédigea une histoire de l'Assyrie et de la Perse en 23 livres, intitulée Persica. Médecin de la cour d'Artaxerxès Mnémon, il résida pendant 17 ans à la cour de Perse à Suse, où il eut de nombreuses occasions de consulter les archives royales perses, sur lesquelles son histoire est censée être fondée. Hérodote, quant à lui, ne fit qu'un bref passage à Babylone et dépendit principalement des informations qu'il reçut, bien qu'il eût lui aussi eu accès à certains des documents les plus importants des archives de l'Empire perse. Ctésias écrivit ses Persica afin de démontrer qu'Hérodote était un « chroniqueur menteur ». Manéthon aurait également écrit un ouvrage contre Hérodote. Ctésias introduit son ouvrage par une attaque formelle contre la véracité de son illustre prédécesseur. Son histoire visait à supplanter celle d'Hérodote, et il s'attacha à le contredire sur tous les points possibles.

Il situe la fondation du premier grand empire assyrien à Ninive mille ans plus tôt qu'Hérodote. Il estime sa durée à 1 306 ans, contre 520 ans pour Hérodote. Il date la conquête de l'Assyrie par les Mèdes de 876 av. J.-C., tandis qu'Hérodote la situe en 600 av. J.-C. Il estime la durée du royaume mède à 300 ans, contre 150 ans pour Hérodote.

La longue chronologie de Ctésias, qui situe l'essor de l'empire assyrien vers 2200 av. J.-C., a été suivie par des historiens de l'Antiquité tels que Céphalion, Castor, Nicolas Damascène, Trogus Pompée, Velleius Paterculus, Flavius ​​Josèphe, Clément d'Alexandrie, Eusèbe, Augustin, Moïse de Chorène, Syncelle, Dean Prideaux, Freret, Rollin et Clinton. D'autres historiens ont jugé ses chiffres excessifs et les ont réduits de près de mille ans.

Chez les Anciens, le schéma de Ctésias fut rejeté par Aristote, Plutarque et Arrien. Il demeura cependant largement accepté jusqu'à la Renaissance, période durant laquelle Scaliger le réfuta. Volney, Heeren, Niebuhr, Brandis et Rawlinson ont suivi cette voie. Le chanoine Rawlinson déclare : « Il est surprenant que les anciens chronologues chrétiens n'aient pas immédiatement perçu l'incompatibilité du schéma de Ctésias avec les Écritures. Ils l'adoptent tous et s'efforcent ensuite de concilier l'inconciliable. Une comparaison avec les Écritures de l'Ancien Testament et l'histoire locale de Bérose a d'abord suscité une suspicion générale de mauvaise foi à l'égard de Ctésias. Freret est le seul érudit moderne de grande renommée à maintenir l'autorité suprême de Ctésias. Les récentes découvertes de textes cunéiformes ont porté le coup de grâce à Ctésias, le confondant avec un système de mensonges immoraux dont l'histoire de la littérature ne présente guère d'équivalent. Le Grand Empire assyrien, qui aurait duré 1 306 ans, est une pure fiction ; sa liste de monarques, de Ninus à Sardanapale, est un faux composé de noms, fruit de son imagination. Il falsifie noms et chiffres à son gré. »

La Persique de Ctésias fait remonter l'histoire de l'Empire perse jusqu'à l'an 398 avant J.-C. L'œuvre elle-même est perdue, mais nous possédons des abrégés de Photius, un résumé du deuxième livre par Diodore de Sicile, et de nombreux fragments cités par Plutarque, Athénée et 30 autres auteurs, de Xénophon (401 avant J.-C.) à Eustathe (1160 après J.-C.), dont les noms sont donnés dans l'excellent recueil des Fragments de la Persique de Ctésias, par John Gilmore (Macmillan, 1888).

La comparaison des mérites respectifs d'Hérodote et de Ctésias a suscité de nombreuses controverses, tant dans l'Antiquité qu'à l'époque moderne. Hérodote était un historien plus compétent et peut-être aussi plus honnête et digne de confiance. Ctésias semble avoir eu accès à des sources qui furent refusées à Hérodote, mais rien ne permet d'affirmer qu'il en ait fait un usage intègre et qu'il en ait rendu un compte fidèle.

Les récits classiques situent la fondation de Babylone en 2230 av. J.-C. Le schéma de Bérose, fruit d'une interprétation complexe, sous-entend que l'histoire humaine aurait débuté à Babylone entre 2458 et 2286 av. J.-C. La Septante situe le règne de Nimrod vers 2567 av. J.-C. Le texte hébreu, quant à lui, le situe deux générations après le Déluge, soit, selon Ussher, vers 2218 av. J.-C. Le caractère fantaisiste du schéma de Bérose, l'incertitude quant aux chiffres de Ctésias et l'exagération délibérée des chiffres de la Septante ne nous laissent d'autre choix que celui du texte hébreu, qui situe le règne de Nimrod environ un siècle après le Déluge. Les monuments ne nous permettent pas de remonter l'histoire de Babylone au-delà de 2025 avant J.-C. environ. Cela correspond à 300 ans pour la période sémitique et 150 ans pour la période turanienne précédente, et suppose une durée moyenne de 25 ans pour les règnes des 12 rois sémitiques de la première période et des 6 rois turaniens de la seconde.

Dans l'introduction de son Guide des antiquités babyloniennes et assyriennes, M. E.A. Wallis Budge affirme que le premier empire babylonien fut celui de Sargon d'Agade, dont la datation, d'après le cylindre de Nabonide, se situerait aux alentours de 3800 av. J.-C. Cependant, des fouilles et des recherches récentes ont démontré que les scribes de Nabonide ont exagéré l'intervalle entre le règne de Sargon et leur propre époque, et qu'aucun moyen n'a encore été trouvé pour dater ces premiers souverains, contrairement à la datation traditionnelle. Partant du principe qu'une longue période était nécessaire à l'évolution du système social complexe et de la culture très développée des souverains sumériens qui ont précédé Sargon d'Agade, M. Budge estime que les inscriptions sumériennes indiquent une date aussi reculée que 4000 av. J.-C.

Mais, comme pour tous les arguments fondés sur l'hypothèse évolutionniste, la conclusion repose sur l'hypothèse non prouvée d'un progrès infiniment lent et progressif à cette époque reculée. À partir de cette date supposée d'environ 4000 av. J.-C., M. Budge affirme que l'on ne sait pratiquement rien du pays jusqu'à la période comprise entre 2500 et 2000 av. J.-C., entre lesquelles débute l'histoire des Monuments.

La datation de Sargon d'Akkad, vers 3800 av. J.-C., provient des fouilles américaines de Nippur, où M. J.H. Haynes a mis au jour les ruines du temple d'El-Lil, retirant couche après couche de débris et creusant des sections jusqu'à la terre vierge. C'est là que furent découvertes de grandes briques portant l'inscription « Sargon d'Akkad ». L'épaisseur des débris sus-jacents étant de 10,4 mètres (34 pieds), on estime que l'épaisseur des débris sous le dallage, de 9,1 mètres (30 pieds), correspond à une période de 3 000 ans (Professeur Jastrow, dans l'Encyclopædia Britannica, n<sup>e</sup> édition, article Babylonia and Assyria).

Les calculs chronologiques établis selon ce principe, et qui supposent un taux uniforme de dépôt des débris, sont intéressants et précieux, mais, à l'instar des calculs géologiques similaires fondés sur le taux de dépôt des alluvions, ils sont hautement spéculatifs et ne sauraient prétendre à l'exactitude scientifique que leur utilisation laisse supposer. Lorsque le professeur Jastrow aborde la chronologie proprement dite des dynasties des rois de Babylone, dont les noms proviennent des ruines mises au jour dans le pays, il ramène d'emblée ses calculs à 2500 avant J.-C.

Les dates les plus anciennes attribuées par d'autres assyriologues de renom au début de la civilisation babylonienne sont les suivantes : — ·

Début de la civilisation à Babylone selon les principaux assyriologues.

Oppert....

av. J.-C. 2506

Sayce....

 " 2478

Winckler....

 " 2425

Delitzsch....

 c.2420

Maspero....

 " 2416

Marquart....

 " 2335

Hommel....

 " 2223

Niebuhr....

 " 2193

Hommel (alternativement)

 " 2050

Il n'y a donc rien dans l'histoire littéraire ou monumentale de la civilisation primitive de Babylone, plus ancienne que l'Assyrie, qui nous oblige à revoir la date attribuée à cet événement dans le texte hébreu, puisque toutes les dates antérieures qui lui sont attribuées sont obtenues par des méthodes de calcul qui impliquent des hypothèses discutables et ne peuvent donner que des résultats hautement spéculatifs.

L'Assyrie et Babylone, l'Égypte et la Phénicie, toutes revendiquent une grande antiquité. Mais tandis que la littérature de ces puissants empires a disparu, les Écritures hébraïques demeurent.

(3) Phénicie.

Des événements antérieurs au Déluge ne subsistent que peu et faiblement mémoriels parmi les peuples païens. L'un des plus authentiques se trouve peut-être dans les vestiges de l'Histoire phénicienne de Sanchoniathon, considéré comme le plus ancien auteur du monde païen. Son histoire aurait été composée en phénicien et rassemblée à partir des archives des cités phéniciennes. Elle fut traduite en grec par Philon de Byblos, un Grec syro-phénicien, qui écrivit au IIe siècle après J.-C. La préservation des fragments de l'œuvre qui nous sont parvenus est due à Eusèbe. Philon de Byblos prétendait traduire une ancienne Histoire phénicienne, composée par un prêtre phénicien du nom de Sanchoniathon, dans laquelle ce dernier revendique la primauté de la Phénicie comme nation ayant atteint la connaissance des sciences, des arts et de la civilisation en général.

Certains pensent que Philon de Byblos en était lui-même le véritable auteur. Les fragments qui nous sont parvenus consistent en une cosmogonie mythique relatant l'invention des arts de la chasse, de la pêche, de la construction, de l'architecture, de la navigation, de la métallurgie, de la broderie et de la musique, domaines dans lesquels les anciens Phéniciens excellaient. Mais la plus grande gloire des Phéniciens, et la marque la plus décisive de leur civilisation primitive, réside dans l'invention de l' écriture alphabétique. L'Égypte et Babylone les avaient précédés dans l'invention d'une méthode permettant de représenter visuellement les sons articulés au moyen d'images et de figures, mais les Phéniciens furent les premiers à réaliser l'union de l'écrit et de l'oral.

Néanmoins, l'affirmation selon laquelle la Phénicie était une civilisation plus ancienne que celles de l'Égypte ou de Babylone ne peut être étayée. Les Monuments d'Égypte ne fournissent aucune preuve d'art ou de commerce phénicien antérieur à la XVIIIe dynastie, bien que les premiers Monuments d'Égypte décrivent la géographie de la Syrie avec une grande précision. « S'il est permis, dit Kenrick, de se prononcer sur l'antériorité du savoir et de la civilisation, c'est bien en accordant la priorité à l'Égypte sur la Phénicie… Le début de la période d'activité commerciale phénicienne ne peut être historiquement fixé. Il pourrait remonter à 1600 ou 1700 avant J.-C. ; il pourrait être antérieur de plusieurs siècles. » Le chanoine Rawlinson privilégie la date la plus tardive et conclut que, bien que les Phéniciens aient pu émigrer des rivages du golfe Persique vers ceux de la Méditerranée dès 1800 avant J.-C., voire plus tôt, l'essor de la civilisation phénicienne et la construction de l'ancienne capitale phénicienne, Sidon, doivent être situés aux alentours de l'an 1600 avant J.-C.

(4) Chine.

La question de l'ancienneté de la Chine présente des difficultés considérables. Le docteur Edkins de Pékin, auteur d'une annexe sur l' ancienneté des Chinois dans l'ouvrage de Rawlinson, * L'Origine des nations*, conclut qu'« aucun texte classique chinois n'exige une présence des Chinois sur leur territoire supérieure à 2 800 ans ». Pour parvenir à la conclusion que l'histoire ancienne de la Chine requiert « une chronologie plus longue que celle adoptée par l'archevêque Ussher », il se fonde non pas sur des témoignages historiques, mais sur des considérations hypothétiques et spéculatives, telles que le temps nécessaire au développement naturel du langage et les différences observées entre les différentes populations vivant sous les divers climats de notre planète.

Du Halde affirme que l'histoire exacte de la Chine commence avec le règne de Yao, en 2357 av. J.-C. D'autres historiens chinois débutent leur récit historique avec l'époque de Fuhe, en 2852 av. J.-C. Cette extension de l'histoire à une période antérieure de 500 ans s'explique par le désir d'intégrer à l'histoire la figure légendaire de Fuhe. Confucius, quant à lui, commence son histoire proprement dite avec le règne de Yao, en 2357 av. J.-C., mais il évoque une succession de sages ayant vécu entre 2852 et 2357 av. J.-C. et ayant enseigné l'écriture, la chasse, la pêche, l'agriculture, le commerce, la construction, etc. Ces sages, cependant, ont des allures de héros légendaires. Le Dr James Legge, traducteur du Livre historique de Confucius, parvient à une conclusion défavorable quant à son caractère historique. Il le considère comme un ouvrage en partie légendaire, contenant notamment les noms d'empereurs inventés par des auteurs postérieurs. L'histoire crédible et cohérente de la Chine ancienne est considérée par beaucoup comme ne pouvant remonter avant 781 av. J.-C., date à laquelle commence l'histoire écrite par Confucius. M. Mayers, dans son Manuel du lecteur chinois, considère l'histoire de la période allant de 2852 à 781 av. J.-C. comme en partie mythique. Il la divise ainsi : —

Histoire de la Chine.

av. J.-C. 2852-1154. La période légendaire.
" 1154 - 781. La période semi-historique.
" 781 - La période de l'histoire digne de confiance.

 

Il n’y a donc rien dans la haute antiquité de la Chine qui contredise la conclusion à laquelle est parvenu Du Halde, dont l’admirable ouvrage sur la Chine reste inégalé par l’abondance et l’exactitude des informations qu’il contient, à savoir que « deux cents ans après le Déluge, les fils de Noé arrivèrent dans le nord-ouest de la Chine ».

(5) La « Chronologie des anciens royaumes amendée » de Sir Isaac Newton.

Avant de clore ce sujet, il convient de mentionner l'ouvrage fascinant de Sir Isaac Newton, * La Chronologie des anciens royaumes corrigée*. Ce livre fut publié en 1728, un an après sa mort. Le compte rendu qu'il en fit, environ cinq mois avant son décès, à son ami le docteur Pearce, évêque de Rochester, nous apprend que la chronologie était un sujet qui lui tenait particulièrement à cœur. « Il avait passé trente ans », nous dit le Dr Pearce, « à lire, par intermittence, tous les auteurs, ou des extraits d'auteurs, susceptibles de lui fournir la matière nécessaire à une étude juste du sujet. Au cours de ses lectures, il avait constitué des recueils d'écrits de ces auteurs et, au bout de trente ans, en avait tiré sa Chronologie des anciens royaumes. Il l'avait recopiée plus de seize fois, n'y apportant que peu de modifications, si ce n'est pour la raccourcir, omettant dans chaque nouvelle version certaines des autorités et références sur lesquelles il avait fondé son opinion. » Quelques jours avant sa mort, l'évêque Pearce lui rendit visite et dîna avec lui à Kensington. « Je l'ai trouvé », raconte le Dr Pearce, « en train de réécrire sa Chronologie des anciens royaumes sans lunettes, le plus loin possible de la fenêtre, avec une pile de livres sur la table qui projetait de l'ombre. « Monsieur », lui dis-je, « vous semblez écrire dans un endroit où vous ne voyez pas bien. » Il répondit : « La lumière ne me sert à rien. » Il m'a ensuite dit qu'il préparait sa chronologie pour l'impression et qu'il en avait écrit la plus grande partie à cette fin.

Dans cet ouvrage, Sir Isaac Newton applique à un sujet des plus complexes et difficiles les vastes et longues lectures, les connaissances astronomiques inégalées et la perspicacité aiguë et pénétrante d'un géant intellectuel.

Ses principales conclusions, en ce qui concerne l'ancienneté de l'homme, peuvent être brièvement résumées comme suit : —

Les Antiquités grecques regorgent de fictions poétiques. Avant la conquête de l'Asie par Cyrus, aucun texte en prose n'était rédigé. Peu après la mort d'Alexandre le Grand (323 av. J.-C.), les premiers historiens grecs commencèrent à établir les générations, les règnes et les successions. En assimilant règnes et successions à des générations, et trois générations à 100 ou 120 ans, ils ont considérablement avancé l'histoire de la Grèce antique, la faisant passer de 300 à 400 ans à la réalité. Ératosthène écrivit environ un siècle après la mort d'Alexandre le Grand. Il fut suivi par Apollodore, et tous deux furent à leur tour suivis par d'autres chronologues. Plutarque cite Aristote qui, se basant sur le disque olympique portant le nom de Lycurgue, le situerait comme contemporain d'Iphitos et de son compagnon dans l'organisation des Jeux olympiques de la première olympiade, en 776 av. J.-C. Mais Ératosthène, Apollodore et d'autres, en établissant leur chronologie par la succession des… Les rois de Sparte lui donnent cent ans de plus. Plutarque relate l'entretien incontestablement historique de Solon avec Crésus, mais les chronologues, par leur méthode de calcul, en déduisent qu'il était mort bien des années avant la date de sa visite à Crésus.

« L’empire assyrien commença avec Pul et Tiglath-Pileser et dura 170 ans ; Hérodote situe donc Sémiramis seulement cinq générations, soit 166 ans de plus que Nitocris, la mère du dernier roi de Babylone. Mais Ctésias la fit naître 1 500 ans plus tôt et inventa une longue lignée de rois assyriens dont les noms ne sont pas assyriens et n’ont aucun lien avec les noms assyriens des Écritures. »

« Les prêtres d’Égypte ont tellement magnifié leurs antiquités qu’ils ont affirmé à Hérodote que de Ménès à Moéris, daté de 755 av. J.-C., il s’était écoulé 11 000 ans, et ils ont comblé cet intervalle avec de faux rois qui n’avaient rien fait, faisant ainsi remonter la date de Ménès et le début de la civilisation en Égypte à 11 755 av. J.-C. »

« Ératosthène et Apollodore calculent le temps écoulé entre le retour d'Héraclis et la bataille des Thermopyles en fonction du nombre de rois de Sparte, soit 17, et en comptant 36 ans et demi pour chaque roi, ils arrivent à une période de 622 ans. »

Newton suggère qu'une estimation de 18 ou 20 ans serait plus précise et ramène la période à 340 ans, soit une réduction de 278 ans. Il situe la prise de Troie 80 ans avant le retour des Héraclides. Il place l'expédition des Argonautes une génération avant la prise de Troie, soit 33 ans au lieu de 42, et les guerres de Sésostris en Thrace une autre génération, soit 28 ans au lieu de 75, avant l'expédition des Argonautes. Ainsi :

Événements marquants de l'histoire grecque antique.

 

Chronologie reçue. BC

Sir Isaac Newton. av. J.-C.

Guerres de Sésostris

1300 965

Expédition Argonautes

1225 937

La prise de Troie

1183 904

Le retour des Héraclides

1103 825

Bataille des Thermopyles

480 480
Des guerres de Sésostris à la bataille des Thermopyles 820 485
  485  

Une différence de

335

 

Ainsi, selon Newton, les chronologues, par leurs calculs, ont exagéré l'ancienneté de l'histoire grecque et ont anticipé ses événements les plus anciens de 300 ou 400 ans.

Avant l'Empire perse, les Européens ne possédaient aucune chronologie. Celles qu'ils connaissent aujourd'hui pour l'Antiquité ont été élaborées par raisonnement et conjecture. Phérécyde, l'Athénien, fut le premier à écrire sur les antiquités et les généalogies des Athéniens sous le règne de Darius Hystaspe (521-485 av. J.-C.). Il fut l'un des premiers auteurs européens de ce genre, et l'un des plus remarquables. Il fut suivi par Denys d'Halicarnasse, l'historien Épiménide, Hellanicus et Hipparque. Puis Euphorus, disciple d'Isocrate, établit une chronologie de la Grèce depuis le retour d'Héraclius jusqu'à la vingtième année du règne de Philippe de Macédoine. Tous calculaient les années en fonction du nombre de générations, de prêtresses successives de Junon, d'archontes d'Athènes ou de rois de Sparte. L'ère olympienne n'était ni utilisée ni même mentionnée, de même qu'aucune autre ère, jusqu'après la découverte des marbres d'Arundel. ont été composées 60 ans après la mort d'Alexandre le Grand (la quatrième année de l'olympiade 128) 264 avant J.-C.

Ce n'est qu'à l'olympiade suivante, lorsque Timée de Sicile écrivit son histoire de la Grèce, que la chronologie fut réduite à un décompte des années. Sa chronologie était calculée de la même manière que celle de ses prédécesseurs, mais exprimée en termes de quatre années appelées olympiades. Ératosthène écrivit cent ans après la mort d'Alexandre le Grand (220 av. J.-C.). Il fut suivi par Apollodore, et ces deux-là ont été suivis par les chronologues depuis lors.

Nous constatons clairement que la base et le fondement sur lesquels repose la structure de

La chronologie grecque établie était largement subjective et fantaisiste, et nous souscrivons volontiers à la conclusion de Newton selon laquelle, en ce qui concerne les récits de l'histoire de l'humanité, « l'humanité ne peut être beaucoup plus ancienne que ce qui est représenté dans les Écritures ».

3. La critique biblique et le caractère historique des récits bibliques.

Nous abordons maintenant le domaine de la critique biblique et les doutes soulevés quant à la véracité historique des événements relatés dans les premiers chapitres de la Genèse. Ces chapitres ont été assimilés aux mythes et légendes qui composent le récit de leurs origines, tel que conservé par d'autres nations, et considérés comme le fruit de la faculté mythopoétique de l'homme primitif. Ils ont également été dépouillés de leur crédibilité et perçus comme une compilation tardive, réalisée par des auteurs non contemporains des événements qu'ils relatent et, par conséquent, inaptes à en donner un récit fidèle. Ces conclusions sont aujourd'hui largement partagées par les exégètes bibliques modernes. Non seulement elles sont largement acceptées, mais elles sont aussi activement propagées par ceux qui occupent des postes influents dans les collèges et universités d'Angleterre et de ses colonies, ainsi que dans tous les autres centres d'études d'Europe et d'Amérique.

Néanmoins, de l'avis de l'auteur de ces lignes, non seulement elles sont dépourvues de tout fondement raisonnable et incapables de preuves historiques, mais elles sont aussi totalement injustifiées par les faits objectifs qui ont été avancés contre l'authenticité des premiers chapitres de la Genèse.

La méthode de la critique biblique, telle que pratiquée par ses principaux représentants, et les présuppositions qu'elle implique, telles qu'ils les expliquent, excluent toute possibilité d'évaluer correctement la valeur et l'autorité réelles des Écritures de l'Ancien Testament. L'Ancien Testament n'est rien s'il n'est pas révélation et récit d'une action divine dans l'histoire humaine, impliquant, de manière très directe et particulière, la souveraineté universelle et l'action immédiate de Dieu, en vue du salut de l'homme. Or, le postulat fondamental de l'un des principaux défenseurs de cette méthode est qu'une telle action ne saurait être admise dans un cas isolé.

« Dès lors », dit Kuenen, « que nous attribuons directement à Dieu une partie distincte de la vie religieuse d’Israël et que nous laissons le surnaturel ou la révélation immédiate intervenir, même en un seul point, notre vision d’ensemble demeure erronée. C’est la seule supposition d’un développement naturel qui explique tous les phénomènes. » Ceci s’applique non seulement aux premiers chapitres de la Genèse, mais aussi aux paroles mêmes de notre Seigneur et à son interprétation des passages de l’Ancien Testament. En effet, dans son ouvrage sur les Prophètes et la Prophétie, Kuenen affirme : « Nous devons soit rejeter comme vaine notre méthode scientifique si chèrement acquise, soit cesser à jamais de reconnaître l’autorité du Nouveau Testament dans le domaine de l’exégèse de l’Ancien. » Cela signifie, bien sûr, que ladite méthode scientifique est d’une nature telle qu’elle ne peut être appliquée sans entrer en conflit avec l’interprétation que notre Seigneur et ses Apôtres ont donnée de l’Ancien Testament, une interprétation si certaine que si leur témoignage ne peut être accepté sur ce point, il est absolument certain qu’aucun autre témoignage ne peut être accepté sur aucun point.

Ce postulat fondamental de Kuenen, l'impossibilité d'admettre la vérité de tout récit comportant un élément miraculeux, exclut de fait ce qui constitue la caractéristique distinctive de l'Ancien Testament et le différencie de toute autre littérature au monde : le récit de l'activité créatrice, sélective, directive et rédemptrice de Dieu, à la fois médiatrice et immédiate, dans l'histoire du genre humain. Postuler l'absence, dans la littérature de l'Ancien Testament, d'un élément qui en constitue la caractéristique distinctive, c'est se fermer à la vérité et rendre impossible toute étude scientifique de cette littérature.

Il existe cependant d'autres critiques qui admettent la possibilité et la réalité du miraculeux, mais qui considèrent les premiers chapitres de la Genèse comme non historiques.

Plus on étudie attentivement ces chapitres et les compare aux récits mythiques et légendaires des origines de la race dans d'autres littératures, plus le contraste entre eux apparaît frappant. On ne peut lire ces chapitres attentivement sans être saisi par la grandeur et la sublimité uniques de leur langage, et sans être empli d'émerveillement devant la splendeur et la gloire de leur message et de leur contenu.

Nul ne peut les comparer aux récits mythiques d'autres religions sans être frappé par la distinction incomparable qui les élève au-dessus de tous les autres écrits et les proclame d'une autre origine et d'une autre nature. La seule différence palpable entre ces chapitres et toutes les autres formes de littérature religieuse réside dans leur caractère objectif et historique. Les religions de la Grèce et de Rome, de l'Égypte et de la Perse, de l'Inde et de l'Orient, ne postulaient même pas de fondement historique. La période mythique des Grecs, bien que semblable dans sa forme, était distincte par nature de la période historique ; la réalité objective des scènes et des événements décrits comme appartenant à chaque période n'était même pas conçue comme appartenant au même ordre ou comme étant de même nature. Il en va tout autrement de la religion de l'Ancien Testament. Là, la doctrine est indissociable des faits et en dépend si absolument que sans eux, elle est nulle et non avenue. S'il n'y a pas de premier Adam, il n'y a pas de second Adam. Les faits constituent le substrat nécessaire des vérités ou doctrines de l'Ancien Testament, tout comme ces vérités ou doctrines constituent le substrat nécessaire des devoirs qui en découlent. La chronologie de l'Ancien Testament contraste fortement avec celle de toutes les autres nations. De la Création d'Adam à la mort de Joseph, elle est définie avec la plus grande précision, et ce n'est que vers la fin du récit que surgissent les doutes, les difficultés et les incertitudes. Pour toutes les autres chronologies, c'est exactement l'inverse : elles n'ont pas de commencement. Elles émergent de l'inconnu, et leurs dates les plus anciennes sont les plus floues et les plus incertaines, au lieu d'être les plus claires et les plus sûres. Si l'on accepte la fiabilité des témoignages et les critères de crédibilité, les premiers chapitres de la Genèse satisferont à tous les critères légitimes permettant de déterminer leur authenticité historique.

L'attribution du Pentateuque à Moïse a depuis longtemps été abandonnée par de nombreux exégètes modernes, qui lui ont préféré la théorie d'une paternité composite et d'une compilation tardive. L'auteur de ces lignes estime que tous les arguments avancés en faveur de cette nouvelle théorie peuvent être interprétés autrement, conformément au témoignage des Écritures quant à l'attribution de ces livres à Moïse.

Il n'est nulle part explicitement affirmé, ni dans l'Ancien ni dans le Nouveau Testament, que Moïse ait écrit le livre de la Genèse. Cependant, il est unanimement reconnu qu'il est l'auteur du livre de la Loi, dont la Genèse fait partie intégrante. Le Pentateuque lui-même en apporte le témoignage. On lui attribue la rédaction du livre de la Genèse à cinq reprises dans l'Exode, une fois dans le Lévitique, deux fois dans les Nombres et trois fois dans le Deutéronome, où il est dit qu'il a prononcé 94 % des paroles contenues dans ce livre. Le reste de l'Ancien Testament en témoigne également. On lui attribue cette rédaction par Josué, par les auteurs des livres des Rois (1 et 2), des Chroniques, d'Esdras, de Néhémie, de Daniel et de Malachie. Les auteurs du Nouveau Testament en témoignent aussi, notamment dans l'Évangile selon Jean, les Actes des Apôtres, la deuxième épître aux Corinthiens et l'épître aux Hébreux. À deux reprises, le Seigneur lui-même l'attribue à Moïse. Nous disposons du témoignage continu et ininterrompu de toute la nation juive et de l'Église chrétienne depuis 3 500 ans, un ensemble de preuves positives qui devraient, selon tous les canons de la critique historique, faire de l'attribution du Pentateuque à Moïse un fait historique indubitable.

Cette conclusion est corroborée par la futilité des arguments avancés contre elle. Par exemple, on prétend (1) que Moïse n'était pas un écrivain mais un homme d'action. Or, puisque tout ce que nous savons de Moïse provient de l'Ancien Testament, qui affirme qu'il était un écrivain, non seulement cet argument échoue, mais il révèle l'état d'esprit de son opposant : celui d'un homme qui cherche à imposer ses opinions aux faits au lieu de les déduire de ceux-ci.

On prétend également (2) que, puisque les auteurs pré-exiliques ne citent pas le Code sacerdotal, celui-ci n'existait pas avant le retour d'exil. Or, ils le citent à maintes reprises, par exemple dans Amos 5.21, aussi souvent qu'ils en ont l'occasion. « La Genèse est mentionnée 149 fois ; l'Exode, 312 fois ; le Lévitique, 285 fois ; les Nombres, 168 fois ; et le Deutéronome, 617 fois. » (Bible du compagnon, appendice 92).

On rétorque (3) que l'état de la culture religieuse était tel qu'elle n'aurait pu être produite à cette époque primitive et barbare. Mais c'est énoncer la question même qu'il faut prouver. L'époque de Moïse était une époque hautement civilisée, une époque d'écoles, de livres et de bibliothèques, marquée par un stade avancé de l'ingénierie, de l'art et de la culture. De plus, cette objection repose sur l'hypothèse hautement spéculative et non vérifiée selon laquelle plus une période est primitive, plus elle se rapproche de la barbarie et de la sauvagerie.

Enfin, il est affirmé que le Pentateuque n'est pas l'œuvre d'un seul auteur, mais une composition collective, fruit du travail de plusieurs auteurs représentés par les symboles J., E., J.E., D., H., P., R.1., R.2., R.3., etc., dont l'influence se perçoit dans les différentes strates, encore visibles dans cette œuvre composite et cohérente telle qu'elle nous est parvenue. Cette théorie a connu six étapes : (1) le Document, (2) le Fragment, (3) le Supplément, (4) la Cristallisation, (5) le Document Modifié et (6) la Théorie du Développement. Chaque étape successive réfute et invalide la précédente.

On s'appuie largement sur le fait que différents noms de l'Être divin sont utilisés dans différents passages, comme par exemple dans Genèse 1-2 4 le nom Elohim ou Dieu ; dans Genèse 2 4 -3 24 le nom Jéhovah Elohim, ou Seigneur Dieu, et dans Genèse 4 le nom Jéhovah ou Seigneur, ces trois passages étant attribués, pour ces raisons et d'autres, à trois auteurs distincts.

Cependant, les faits observés et énoncés se prêtent à une autre interprétation. Le nom Elohim (Dieu) est toujours employé lorsqu'il est question de la Divinité en relation avec l'univers et l'homme, en tant que Créateur, et le mot Jéhovah (Seigneur) est de même toujours utilisé lorsqu'il s'agit de la relation de Gouverneur moral et d'Agent responsable, ou de la relation de gouvernement et d'obéissance à la Loi morale ou au Commandement divin ; tout comme on utilise le mot Empereur au lieu de Roi pour le Souverain d'Angleterre en relation avec la Dépendance de l'Inde. De même, le nom Elyon, traduit par Très-Haut, n'est jamais utilisé pour désigner l'Être divin, sauf en relation avec son influence sur tous les peuples de la terre. Les noms de l'Être divin sont toujours utilisés avec une distinction de sens et d'application, et ne suggèrent en aucun cas des différences d'auteur. La loi de la Récurrence, la loi de la Structure Synthétique, la loi de la Double Référence et la loi de l'usage du Nom Divin et d'autres noms expliquent les faits exposés bien mieux que l'hypothèse d'une paternité composite. Les faits sont admis, mais ils ne soutiennent pas la théorie.

Un coup d'œil au diagramme suivant permettra de visualiser les relations entre les différentes théories de l'auteur composite qui ont été proposées.

MOSAÏQUE CONTRE L'AUTORITÉ COMPOSITE DU PENTATEUCH.

Les six hypothèses des partisans de la théorie de l'auteur composite.

 

On remarquera que la présente théorie non seulement rassemble de manière exhaustive les principaux éléments de trois autres théories, mais qu'elle tire sa plausibilité actuelle et son emprise sur l'esprit de la génération actuelle d'exégètes bibliques de l'intégration de la doctrine de l'évolution. Les hypothèses non vérifiées et le caractère hautement spéculatif et hypothétique de cette doctrine rendent toute affirmation qui l'intègre susceptible d'erreurs subtiles, qui échappent à l'attention des non-initiés.

Les preuves ou témoignages positifs des auteurs de l'Ancien Testament en faveur de l'attribution du Pentateuque à Moïse peuvent être brièvement résumés comme suit : —

I. La formation du livre de la loi de Moïse.

1. Il y avait un livre précis appelé le Livre de la Loi. (Josué, 1 8 ).

2. Elle fut commencée par Moïse en obéissance au commandement de Dieu (Ex. 17 14 ).

3. Il contenait les 10 Commandements et le Livre de l'Alliance dans l'Horeb dans Ex. 20-23 (Ex. 24 4-7 ).

4. Il contenait les Tables de la Loi renouvelées et l'Alliance de Dieu avec Moïse dans Ex. 34 (Ex. 34 27 ).

5. Il contenait un récit des voyages d’Israël pendant les 40 années dans le désert (Nombres 33 2 ).

6. Il contenait l’intégralité du Deutéronome à l’exception du dernier chapitre (Deut. 1 5 où « déclarer » signifie « exposer par écrit »).

7. Il contenait le Cantique de Moïse dans Deut. 32, que Moïse enseigna aux Enfants d’Israël (Deut 31 22. 30 ).

8. Les limites du Livre ont été strictement définies (Deut. 4 2 ).

Ce livre de la Loi constituait le fondement de tout l'Ancien Testament. Il fut expliqué et appliqué à la vie de la nation par les Prophètes, et à la vie de l'individu par les auteurs des autres livres de l'Ancien Testament.

II. La garde du Livre de la Loi de Moïse.

1. Moïse l'écrivit et le confia à la garde des prêtres, qui le placèrent à côté de l'Arche (Deut. 31 9, 31 24-26 ).

2. Le roi dut en faire une copie pour lui-même (Deut. 17 18 ).

3. Les prêtres devaient le lire à l'oreille de tout Israël une fois tous les sept ans (Deut 31 10-11 ).

4. Elle est entrée sous la garde de Josué (Josué 1 8 ).

5. Josué en a écrit une copie sur les pierres d'un autel du mont Ebal (Josué 8 31-35 ).

6. Juste avant sa mort, Josué ordonna à tout Israël de faire tout ce qui y était écrit (Josué 23 2-6 ).

III. Ajouts ultérieurs aux livres de la loi de Moïse.

1. Il a été constamment enrichi par des hommes inspirés d'une époque ultérieure, qui ont reçu ce qu'ils ont écrit, comme Moïse a reçu ce qu'il a écrit, directement du Seigneur (Josué 24 26, 1 Sam. 10. 25 ).

2. Josué lui-même y a écrit quelque chose en continuation de l'histoire qu'il contenait, probablement Deut. 34 et Josué 1 à 24 28 (Josué 24. 26 ).

3. Samuel poursuivit la rédaction du Livre et en conserva la garde. Il est probablement l'auteur de Josué 24, 29-33, du récit de la mort de Josué, de l'intégralité du livre des Juges, du livre de Ruth et de 1 Samuel 1-24 (1 Samuel 10, 25, où la « manière du royaume » désigne les limites constitutionnelles de la monarchie nouvellement établie, et « un livre » devrait être « le livre »).

IV. La transmission du livre de la loi de Moïse.

1. David en avait une copie et en donna une à Salomon (1 Rois 2. 1-3 ).

2. Josaphat en avait une copie et envoya des hommes dans toute la longueur et la largeur de son royaume pour l'enseigner au peuple (2 Chron. 17. 7-9 ).

3. Un exemplaire du Livre fut donné à Joas lors de son couronnement (2 Chroniques 23 11 ).

4. Amaziah en avait une copie et a agi selon les instructions qui y étaient contenues (2 Chron. 25 4 cp. Dent. 24 16 ).

5. Sous le règne de Josias, alors que le Temple était en réparation, le prêtre Hilkiah découvrit une copie du Livre de la Loi, longtemps perdu (2 Chroniques 34:14 ).

6. Josias en avait une copie et observa la Pâque conformément aux instructions qui y étaient contenues (2 Chroniques 35 6 ).

7. Ezra en avait une copie, qu'il a décrite sous différents noms (Ez. 3 2, 6 18, 7 6, 7 10, 7 14 ).

8. Néhémie en avait une copie, qu'il a décrite de différentes manières (Néh. 8 14, 10 29, 13 1 ).

9. Daniel en avait une copie (Dan. 9 11 ).

10. Malachie en avait une copie (Mal. 4 4 ).

Durant toute la période de l'Ancien Testament, de Moïse à Malachie, le Livre de la Loi, composé des cinq livres du Pentateuque et incluant toujours la Genèse, fut considéré comme l'œuvre authentique de Moïse, faisant autorité sur le plan divin et historiquement véridique. Il demeura ainsi considéré par notre Seigneur et ses Apôtres, par tout le peuple juif et par l'Église chrétienne tout entière, jusqu'au début du siècle dernier, et il l'est encore aujourd'hui par ceux qui acceptent les critères de crédibilité et croient au témoignage des témoins qui ont certifié sa véracité.

Mais le témoignage n'est jamais de nature à contraindre à la croyance, il ne constitue jamais une démonstration, et il est toujours susceptible d'être rejeté lorsqu'il entre en conflit avec des présuppositions rationalistes et subjectives, qui ne permettent pas à l'esprit d'accorder le poids et l'autorité dus à la vérité et à la valeur objectives du témoignage de témoins compétents.

Le livre de la Genèse, dans ses premiers chapitres, relate des événements survenus si tôt dans l'histoire de l'humanité que, si nous n'acceptons pas ce témoignage, nous sommes totalement dépourvus de récit historique fiable pour la période qu'ils couvrent. Toutefois, compte tenu du temps qui nous sépare de cette période et de la tendance du temps à effacer toute trace de preuve, documentaire ou autre, pourtant essentielle pour des événements plus récents, le plus étonnant est qu'un récit aussi unique des deux mille premières années de l'histoire de l'humanité nous soit parvenu jusqu'à ce jour, répondant à tous les critères de crédibilité et s'imposant à notre acceptation éclairée comme un témoignage historique authentique d'un passé glorieux désormais disparu. Que Moïse ait intégré des écrits antérieurs dans le livre de la Genèse est prouvé par le témoignage explicite de Genèse 5.1.

Nous avons maintenant comparé la chronologie de la période allant d'Adam à Abraham, telle qu'elle est donnée dans le livre de la Genèse, avec toutes les preuves qui peuvent être avancées contre sa véracité du point de vue de la biologie évolutionniste, de la géologie, de l'archéologie et de la critique biblique, et après avoir dûment pesé et soigneusement examiné tous les arguments avancés, nous constatons que l'attaque a échoué sur tous les plans.

Pour revenir à l’étude de l’authenticité du Document, nous constatons, du côté positif, qu’il est amplement attesté par un ensemble incomparable de témoins incorruptibles, et nous procédons à l’étude de la période suivante de la Chronologie, avec l’assurance que ses fondements, ayant été « bien et véritablement posés », supporteront le poids de toute superstructure qui pourrait y être placée.

 

Chapitre X.

Les patriarches hébreux — Abraham, Isaac, Jacob et Joseph.

(an. hom. 2008-2369).

Le thème de l'Ancien Testament est le dessein de Dieu dans la Rédemption. Les premiers chapitres de la Genèse, qui traitent de la création du monde et de la chute de l'homme, sont introductifs et préliminaires. Les onze premiers chapitres couvrent une période presque identique à celle couverte par le reste de la Bible, y compris le dernier livre du Nouveau Testament. C'est un modèle de concision. Sa brièveté empêche d'appliquer l'argument du silence. Il est impossible d'affirmer que, parce que certaines choses ne sont pas mentionnées, l'auteur les ignorait ou qu'elles n'existaient pas. Le propos de l'auteur est sélectif. Son récit de ces deux mille ans se résume à une simple généalogie, qu'il retrace, pour l'essentiel, selon une seule lignée, par Seth et Noé, jusqu'à Abraham, père du peuple élu. Certes, on trouve quelques précieux fragments de vérité historique concernant les origines d'autres nations, mais ils ne sont pas approfondis. Dès le début, l'intérêt se porte sur le Messie, qui est d'abord promis comme la Semence de la femme dans le protévangile, Genèse 3:15, et c'est le long de la lignée du Messie que sont présentées la chronologie primitive et l'histoire qui s'y rapporte.

La chronologie de la suite de la Genèse suit les mêmes principes que celle des onze premiers chapitres. Elle retrace la lignée d'Abraham, passant par Isaac, Jacob et Joseph. Il en va de même pour les patriarches hébreux, comme pour les patriarches antédiluviens et postdiluviens. La méthode employée pour mesurer le temps consiste à déterminer l'âge du père à la naissance de son fils, jusqu'à Joseph. L'âge de Jacob à la naissance de Joseph n'est mentionné nulle part explicitement, mais il peut être déduit par un calcul arithmétique ou par une déduction historique.

Nous commençons par le résultat obtenu au chapitre 5. Abraham est né lorsque Térah avait 130 ans, en l'an 2008 du calendrier julien. Lorsque Térah mourut, à l'âge de 205 ans, Abraham quitta Haran, en obéissance à l'appel de Dieu, à l'âge de 75 ans, en l'an 2083 du calendrier julien (Genèse 11:32, 12: 1, Actes 7: 4 ).

Le tableau suivant présente la chronologie des patriarches hébreux, de la naissance d'Abraham à la mort de Joseph, telle qu'elle est donnée dans la Genèse, chapitres 11 à 50.

 

Les patriarches hébreux — Abraham, Isaac, Jacob et Joseph.

De la naissance d'Abraham à la mort de Joseph.

 

AN. HOM.    
2008.   Abram est né (voir chapitre 8).
75.   Ajouter l'âge d'Abram lorsqu'il a reçu l'appel de Dieu (Gen. 11 32, 12 1, Actes 7 4 ).
2083.   Appel d'Abram, auquel il obéit et quitta Haran pour venir en Canaan, immédiatement après la mort de son père Térah.
10.   Ajoutez 10 ans au mariage d'Abram avec Agar (Gen. 16 3 ).
2093.   Abram, âgé de 85 ans, épousa Agar.
1.   Ajoutez 1 an à la naissance d'Ismaël, Abram 86 (Gen. 16 16 ).
2094.   Naissance d'Ismaël. Abram 86.
14.   Ajoutez 14 ans à la naissance d'Isaac (Gen. 21 5 ).
2108.   Naissance d'Isaac. 100 ans d'Abraham.
5.   Ajoutez 5 ans à la grande fête où Isaac fut sevré et devint la descendance et l'héritier d'Abraham. Ismaël fut chassé (Genèse 21. 8-10 ). Cela se produisit 400 ans avant l'Exode (Genèse 15.13 ; Actes 7.6 ). L'Exode eut lieu 430 ans après l'appel (Genèse 12.1 ), la promesse (Genèse 12.3 ; Galates 3.17 ) et l'alliance (Genèse 15.13 ) de Dieu avec Abraham au début de son séjour, alors qu'il avait 75 ans (Genèse 12.4 ). Par conséquent, la date de l'Exode était 2083 + 430 = 2513 (Exode 12.40-41 ). Ainsi, le séjour de 400 ans de la descendance d'Abraham commença en 2513 - 400 = 2513. 2113, quand Isaac avait 5 ans.
2113.   Isaac fut sevré à l'âge de 5 ans, lorsqu'il devint la semence et l'héritier d'Abraham, Ismaël étant chassé.
32.   Ajoutez 32 ans à l'âge de Sarah. Sarah avait 90 ans à la naissance d'Isaac (Genèse 17.17, 21.5 ). Elle mourut à 127 ans (Genèse 23.1 ), l'âge d'une seule femme mentionné dans les Écritures. Par conséquent, Isaac avait 127 - 90 = 37 ans au moment du décès de Sarah.
2145.   Sarah est décédée à l'âge de 127 ans.
3.   Ajoutez 3 ans au mariage d’Isaac à l’âge de 40 ans (Gen. 25 20 ).
2148.   Isaac s'est marié à l'âge de 40 ans.
20.   Ajoutez 20 ans à la naissance d’Ésaü et de Jacob (Genèse 25 26 ).
2168.   Naissance d'Ésaü et de Jacob. Isaac a 60 ans.
15.   Ajoutez 15 ans à la mort d’Abraham à l’âge de 175 ans (Gen. 25 7 ).
2183.   Abraham est mort à l'âge de 175 ans (2008 + 175 = 2183).
25.   Ajoutez 25 ans au mariage d'Ésaü à l'âge de 40 ans (Gen. 26 34 ) (2168+40=2208).
2208.   Ésaü se maria à l'âge de 40 ans.
37.  

Ajoutez 37 ans au jour où Jacob a quitté la maison.
Jacob a quitté la maison à l'âge de 77 ans (2168 + 77 = 2245).
Joseph s'est présenté devant Pharaon à l'âge de 30 ans (Genèse 41, 46 ).
Après sept années d'abondance, Joseph avait 37 ans (Genèse 41 29-30 ). Après deux années de famine, lorsque Jacob est descendu en Égypte, Joseph avait 39 ans (Genèse 45, 6 ). À la fin de ces deux années de famine, Jacob était âgé de 130 ans (Genèse 47, 9 ). Par conséquent, Jacob avait 130 ans lorsque Joseph en avait 39. Jacob avait donc 91 ans à la naissance de Joseph. Jacob avait servi Laban pendant 14 ans à la naissance de Joseph (Genèse 30, 25 ). Jacob avait donc 91 - 14 = 77 ans lorsqu'il a quitté la maison pour Paddan-Aram.

2245.   Jacob a quitté son domicile pour Padan Aram à l'âge de 77 ans.
7.   Ajoutez 7 ans au mariage de Jacob. Jacob épousa Léa et Rachel en même temps. Il servit Léa pendant 7 ans avant son mariage et Rachel pendant 7 ans après (Genèse 29, 21-28, 30 ; 30, 1, 22, 25, 26 ; 31, 38-41 ).
2252.   Jacob, à l'âge de 84 ans, épousa à la fois Leah et Rachel.
7.   Ajoutez 7 ans à la naissance de Joseph (Gen. 30 25.26. 31 38-41 ).
2259.   Naissance de Joseph. Jacob 91 (Gen. 30 25, 31 38-41 ).
6.   Ajoutez 6 ans au moment où Jacob est retourné à Canaan à l'âge de 97 ans (Gen. 31 41 ).
2265.   Joseph, âgé de 6 ans. Jacob retourne à Canaan à l'âge de 97 ans.
24.   Ajoutez 24 ans au moment où Joseph s'est présenté devant Pharaon, à l'âge de 30 ans. (Gen. 41 46 ).
2289.   Joseph se présenta devant Pharaon au début des 7 années d’abondance, à l’âge de 30 ans (Gen. 41 46 ).
7.   Ajoutez 7 années d'abondance. Joseph âgé de 37 ans (Gen. 41 47 ).
2296.   Au bout de 7 ans d’abondance, Joseph, âgé de 37 ans (Gen. 41 47 ).
2.   Ajoutez 2 ans de famine lorsque Jacob est descendu en Égypte (Gen. 45 6 ).
2298.   Au bout de deux années de famine, Jacob descendit en Égypte, à l'âge de 130 ans.
17.   Ajoutez 17 ans à la mort de Jacob (Gen. 47 28 ).
2315.   Jacob mourut à l'âge de 147 ans (2168 + 147 = 2315). Joseph 56 (Gen. 47 28 ).
54.   Ajoutez 54 ans à la mort de Joseph (Gen. 50 26 ).
2369.   Joseph mourut à l'âge de 110 ans (2259 + 110 = 2369) (Gen. 50 26.)

Chaque étape du développement de la chronologie est clairement expliquée dans le tableau ci-dessus, et la « preuve » est apportée par le « témoignage » du texte biblique cité. Ces textes constituent les données historiques sur lesquelles repose la science de la chronologie. Le résultat obtenu se caractérise par la précision et la certitude d'une science exacte. Il ne peut y avoir un an de plus, ni un an de moins. Cette exactitude mathématique est telle, et cette certitude si absolue, que depuis qu'Ussher a démontré que Térah avait 130 ans à la naissance d'Abram, aucun chronologiste acceptant le texte de l'Ancien Testament n'a jamais estimé la période couverte par le livre de la Genèse, de la création d'Adam à la mort de Joseph, à une durée différente de 2 369 ans. La seule exception est R.G. Faussett, qui suppose qu'Abraham a quitté Haran non pas, comme le disent les Écritures, à la mort de son père Térah, mais deux ans plus tard.

Le but de cette modification est de fournir à l'auteur des éléments pour illustrer sa théorie de la symétrie du temps, afin que chacune des 217 années de la vie de Jacob coïncide avec une année divisible par 7. Ainsi, il serait né en l'an 2170 (7 x 310), au lieu de l'an 2168. La tentation est grande, mais c'est précisément ce contre quoi les chronologues doivent se prémunir. Aucun schéma préconçu, qu'il soit millénaire, septénaire ou autre, ne doit déformer les faits ni contraindre les chiffres à une symétrie particulière. Le seul critère de vérité chronologique est la preuve, le témoignage, le fait. Une autre raison justifiant le décalage de deux ans dans la chronologie est qu'Isaac pourrait avoir trois ans, au lieu de cinq, lors de son sevrage. En effet, trois ans est l'âge habituel du sevrage en Orient, où les naissances ne sont pas immédiatement suivies d'une autre (voir 2 Maccabées 7,27 : « Mon fils, aie pitié de ta mère qui t'a allaité trois ans », et cf. 1 Samuel 1,21-23 ; Josèphe, Antiquités judaïques, II, 9,6). Cette modification n'affecte pas la chronologie au final, car Faussett soustrait les deux années ajoutées à l'intervalle entre la mort de Joseph et la naissance de Moïse. Par ailleurs, chaque événement entre la naissance d'Abraham (an. hom. 2010 au lieu de 2008) et la mort de Joseph (an. hom. 2371 au lieu de 2369) est décalé de deux ans.

Nous voici arrivés à l'époque des deux promesses (1) à la descendance d'Abraham et (2) à Abraham lui-même, auxquelles sont mentionnées des périodes de 400 et 430 ans. Il convient de détailler ces deux périodes.

Les 430 ans d'Exode 12 40-41 et Gal. 3 17.

Exode 12 40-41. « Le séjour des enfants d’Israël (qui habitaient en Égypte) dura quatre cent trente ans. Et il arriva, au bout de ces quatre cent trente ans, le même jour, que toutes les armées de l’Éternel sortirent du pays d’Égypte. »

Galates 3.17. « L’alliance que Dieu avait confirmée auparavant en Christ, la loi, intervenue 430 ans plus tard, ne pouvait l’annuler. »

Ce séjour comprend toute la période allant de l'appel d'Abram (Gen. 12 4 ) et de la promesse (Gen. 12 3 ) et de la confirmation de la promesse par une alliance (Gen. 15 13-18 ) jusqu'à la sortie d'Égypte, dans les 2 mois desquels la Loi fut donnée au Sinaï.

D'après l'appel, la promesse et l'alliance de Genèse 12.1-3, Genèse 15.13-18 et Galates 3.17 = 2083
À la sortie d'Égypte et à la promulgation de la Loi au Sinaï, Exode 12: 40-19 : 1,2, 41 ; Galates 3:17 = 2513

années

430

Les 400 ans de Gen. 15 13 et Actes 7 6.

Genèse 15.13 « Et il dit à Abram : Sache bien que ta descendance sera étrangère dans un pays qui n’est pas le sien, (et elle y sera asservie ; et ils l’opprimeront) ; pendant quatre cents ans. »

Actes 7 6. Discours d'Étienne — « Et Dieu parla ainsi : Que sa descendance séjournerait dans un pays étranger (et qu'ils les réduiraient en esclavage ; et les inciteraient au mal) ; pendant quatre cents ans. »

La semence d'Abraham désigne ici la postérité d'Abraham, à savoir Isaac à partir du moment où il fut sevré et devint l'héritier d'Abraham (Gal. 3 29- 45 ) et les descendants d'Isaac.

1. Ils étaient étrangers et résidents temporaires en Canaan (une terre qui n'était pas la leur). Depuis le sevrage d'Isaac et l'expulsion d'Ismaël (Genèse 21:10 ).

   

= 2113

À la descente en Égypte (Gen. 47 9 )

   

= 2298

2. Ils étaient en faveur en Égypte (un pays qui n'était pas le leur).

   

815

Depuis la descente en Égypte (Gen. 47 9 )

= 2298  

 

À la mort de Joseph (Gen. 50 26 ) = 2369 = 71  
3. Ils furent réduits en esclavage et soumis à la souffrance en Égypte,      
À partir de la mort de Joseph (Genèse 50, 26 ) = 2369    
À l'Exode (Ex. 12 40.41 = 2513 = 144 215

 

  années

400

La structure de Genèse 15.13 et des Actes 7.6 montre que la première ligne correspond à la quatrième ligne, les deuxième et troisième lignes étant une parenthèse, de sorte que le terme « 400 ans » se réfère à toute la période du séjour en Canaan ainsi qu'en Égypte, et non au séjour en Égypte seulement.

Les 430 ans mentionnés dans Exode 12.40 sont 30 ans plus longs que les 400 ans de Genèse 15.13, car ils incluent le séjour d'Abraham lui-même ainsi que celui de sa descendance. Par une figure de style, l'expression « enfants d'Israël » englobe Abraham. C'est pourquoi Milton parle d'« Ève, la plus belle de toutes ses filles ».

DÉTAILS DES DEUX PÉRIODES DE 400 ET 430 ANS.

PÉRIODES.

Les 400 ans.

Les 430 ans.

De l'appel, de la promesse et de l'alliance d'Abram au mariage d'Agar

 

10

Du mariage d'Agar à la naissance d'Ismaël

 

1

De la naissance d'Ismaël à la naissance d'Isaac

 

14

De la naissance d'Isaac à son sevrage et à sa descendance lors de l'expulsion d'Ismaël (Gen. 21 8-10 )

 

5

Depuis le sevrage d'Isaac, lorsqu'il devint la semence, jusqu'à la descente en Égypte

185 185

 

 

 

215

De la descente en Égypte à l'Exode — (pour compléter les 400 ans de Genèse 15.13 et les 430 ans d'Exode 12. 40 · 41 )

215 215

 

400 430

La méthode permettant de fixer la date du sevrage d'Isaac est rigoureusement logique et mathématiquement exacte. Nous partons de l'appel, de la promesse, de l'alliance ou du séjour d'Abraham, qui eut lieu immédiatement après la mort de Térah (an hom. 2083). Le texte hébreu atteste clairement et sans équivoque que la période entre ce moment et l'Exode fut de 430 ans ; la date de l'Exode est donc 2083 + 430 = an hom. 2513. Le texte hébreu atteste également clairement et sans équivoque que la descendance d'Abraham devait être étrangère et en exil pendant 400 ans. Cette période s'acheva avec l'Exode (an hom. 2513). Elle commença donc en 2513 - 400 = 2113, et comme Isaac naquit en an hom. 2108, il avait alors 5 ans. Mais Isaac devint l'unique HÉRITIER (auquel on peut rattacher le mot SEIGNEUR) d'Abraham le jour de son sevrage. Ce jour-là, Abraham lui offrit un grand festin pour célébrer l'événement. Ismaël n'était plus l'héritier d'Abraham. Isaac avait pris sa place. Il se moqua d'Abraham et fut chassé.

Il a été difficile de concilier les différents chiffres concernant le nombre d'enfants d'Israël descendus en Égypte, à savoir 66, 70 et 75 dans Genèse 46.26-27 et Actes 7.14, et de comprendre comment Hamul, arrière-petit-fils de Jacob, et Ard, le plus jeune fils de Benjamin, ont pu naître au moment de la descente de Jacob en Égypte, puisque Jacob n'avait alors que 130 ans. Les tableaux suivants permettront de clarifier ces points. Ils ne fournissent pas de reconstitution historique précise indiquant la date exacte de naissance des fils et petits-fils de Jacob. C'est pourquoi ils ne figurent pas dans les Tables chronologiques (tome II), qui ne contiennent que les dates établies avec certitude et dont l'exactitude est démontrée. Ils illustrent la possibilité de situer les événements relatés dans les limites des 130 années de la vie de Jacob, sans pour autant s'écarter du cours naturel de la vie en ce qui concerne l'âge de la puberté et les lois de la génération humaine.

LES ENFANTS D'ISRAËL QUI SONT VENUS EN ÉGYPTE.

Genèse 46 5-27, Actes 7 14.

    

 

 

LE

LE

LE

 

 

 

66

70

75

Les fils de Léa — Gen. 46 8-15.

 

 

 —

 —

 —

1. Ruben

 

 

1

1

1

     2. Hanoch

 

 

1

1

1

     3. Phallus

 

 

1

1

1

     4. Hezron

 

 

1

1

1

     5. Carmi

 

 

1

1

1

6. Siméon

 

 

1

1

1

     7. 1muel

 

 

1

1

1

     8. Jamin

 

 

1

1

1

     9. Ohad

 

 

1

1

1

     10. Jachin

 

 

1

1

1

     11. Zohar

 

 

1

1

1

     12. Shaul

 

 

1

1

1

13. Lévi

 

 

1

1

1

     14. Gershon  

 

 

1

1

1

     15. Kohath

 

 

1

1

1

     16. Merari

 

 

1

1

1

17. Juda

 

 

1

1

1

     18. Er — non inclus dans les deux — mourut en Canaan

 —

 —

 —

     19. Onan — non mentionné dans les deux listes — mourut en Canaan.

 —

 —

 —

     20. Shelah   

 

 

1

1

1

          21. Pharez

 

(fils de Juda et de Tamar)

 

1

1

1

          22. Zarah

 

1

1

1

               23. Hezron

 

(fils de Pharez)

 

1

1

1

               24. Hamul

 

1

1

1

25. Issachar   

 

 

1

1

1

     26. Tola

 

 

1

1

1

     27. Phuvah

 

 

1

1

1

     28. Emploi

 

 

1

1

1

     29. Shimron  

 

 

1

1

1

30. Zébulon    

 

 

1

1

1

     31. Sered

 

 

1

1

1

     32. Elon

 

 

1

1

1

     33. Jahleel

 

 

1

1

1

 

 

 

 —

 —

 —

 

Reporté

31

31

31

 

      LE

LE

LE

 

 

 

66

70

75

    Présenté 31 31 31
Dina — Genèse 46:15     1 1 1

Les fils de Zilpa, Genèse 46, 16-18

 

 

 

 

 

1. Gad

 

 

1

1

1

    2. Ziphion

 

 

1

1

1

    3· Haggi

 

 

1

1

1

    4· Shuni           

 

 

1

1

1

    5· Ezbon         

 

 

1

1

1

    6. Eri                

 

 

1

1

1

    7· Arodi           

 

 

1

1

1

    8. Areli

   

1

1

1

9. Asher

 

 

1

1

1

    10. Jimnah

 

 

1

1

1

    11. Ishuah​

 

 

1

1

1

    12. Isui

 

 

1

1

1

    13. Beriah

 

 

1

1

1

    14·Sérah (leur sœur)

 

 

1

1

1

        15. Héber

(fils de Beriah)

 

1

1

1

        16. Malchiel

 

1

1

1

 

Les fils de Rachel — Gen. 46 19-22.        

1. Joseph — non inclus dans les 66. Déjà en Égypte

 

 —

1

1

    2. Manassé — non inclus dans les 66.,,,,

 

 —

1

1

    3. Éphraïm — non inclus dans les 66.,,,,

 

 —

1

1

4. Benjamin

 

1

1

1

    5. Belah

 

1

1

1

    6. Becher  

 

1

1

1

    7. Ashbel

 

1

1

1

    8. Gera

 

1

1

1

    9. Naaman

 

1

1

1

    10. Ehi

 

1

1

1

    11. Rosh   

 

1

1

1

    12. Muppim

 

1

1

1

    13. Huppim

 

1

1

1

    14. Ard

 

1

1

1

 

 

 —

 —

 —

Reporté

 

59

62

62

 

      LE

LE

LE

 

 

 

66

70

75

    Présenté 59 62 62

Les fils de Bilha — Gen. 46 23-25 ​.

    1 1 1

1. Dan

 

 

1

1

1

    2. Hushim

 

 

1

1

1

3. Naphtali

 

 

1

1

1

    4. Jahzeel

 

 

1

1

1

    5. Guni

 

 

1

1

1

    6. 1zer

 

 

1

1

1

    7. Shillem

 

 

1

1

1

      —    
« Toutes les âmes qui sont venues avec Jacob en Égypte, qui sont sorties de ses reins, outre les femmes des fils de Jacob » (Gen. 46 26 ) = 66    
      —    
Jacob lui-même (Gen. 46 8 )   1 1
        —  
« Toutes les âmes de la maison de Jacob qui sont allées en Égypte » (Genèse 46, 27 ) =   70  
        —  
Après « Éphraïm » dans Genèse 46 20, la Septante (LXX), la traduction grecque de l'Ancien Testament utilisée par Étienne, ajoute deux fils de Manassé et trois fils d'Éphraïm, à savoir.          
    Les fils de Manassé          
        1. Machir         1
            2. Galaad, (fils de Machir)         1
    Les fils d'Éphraïm.          
        1. Shuthelah         1
        2. Talhath         1
            3. Edem (ou Bered ou Becher), fils de Shuthelah         1
          —
« Jacob et toute sa famille » (Actes 7 14 )         75

 

PASSAGES DES ÉCRITURES RELATIFS AUX ENFANTS D'ISRAËL QUI SONT VENUS EN ÉGYPTE.

Les 66 âmes.

Gen. 46 26 — « Toutes les âmes qui étaient venues avec Jacob en Égypte, qui étaient sorties de ses reins, outre les femmes des fils de Jacob, il y avait en tout soixante-six âmes. »

Cela exclut Jacob, Léa, Rachel, Zilpa, Bilha, Joseph, Manassé, Éphraïm et les femmes des 12 fils de Jacob.

Les 70 âmes.

Genèse 46:27. — « Toutes les âmes de la maison de Jacob qui vinrent en Égypte étaient soixante-dix. »

Dent, 10 22 — « Tes pères descendirent en Égypte avec soixante-dix personnes. »

Cela inclut Jacob, Joseph, Manassé et Éphraïm, en plus des 66 — mais exclut les femmes de Jacob et ses 12 fils.

Les 75 âmes.

Actes 7 14. Jacob et toute sa famille, soixante-quinze personnes.

Genèse 46:20. La Septante ajoute : « De Manassé naquit d’Éphraïm, de sa concubine araméenne, Makir ; et Makir engendra Galaad. Les fils d’Éphraïm, frère de Manassé, furent Shuthelah et Tahath ; et les fils de Shuthelah, Edem (ou Bered ou Beker). »

Cette addition est probablement tirée de Nombres 26 28-3 7 et 1 Chroniques 7 20.

Nombres 26 29. « Des fils de Manassé ; de Makir, la famille des Makirites ; et Makir engendra Galaad. »

Nombres 26 35. « Voici les fils d’Éphraïm, selon leurs familles : de Shuthela, la famille des Shuthalites, de Beker, la famille des Bachrites, de Tahan, la famille des Tahanites. »

1 Chroniques 7:14. Les fils de Manassé, que sa concubine Ashriel l'Aramite enfanta : elle enfanta Machir, le père de Galaad.

1 Chroniques 7:20. « Et les fils d’Éphraïm : Shuthela, et Beredhis, fils, et Tahath, son fils. »

La version de la Septante de l'Ancien Testament était celle utilisée par Étienne et parfois par Paul.

Notez également l'adoption par Jacob des deux fils de Joseph, Manassé et Éphraïm.

Genèse 48: 5. « Et maintenant, tes deux fils, Éphraïm et Manassé, qui te sont nés au pays d'Égypte avant que je sois venu vers toi en Égypte, sont à moi ; comme Ruben et Siméon, ils seront à moi. »

Jacob descendit en Égypte (voir ci-dessus, chapitre 10) à l'âge de 130 ans. Il n'avait donc pas nécessairement plus de 129 ans à la naissance de son arrière-petit-fils Hamul, fils de Pharez, fils de Juda, ni plus de 130 ans à la naissance de son petit-fils Ard, fils de Benjamin. Dina aurait été à Sichem dès l'âge de 13 ans, et Benjamin aurait eu un fils à 16 ans – à moins que certains des fils de Benjamin n'aient été jumeaux, auquel cas Dina aurait pu être plus âgée et Benjamin se serait marié plus tard. Il est possible que Benjamin ait eu plusieurs épouses, auquel cas la difficulté disparaît.

L'ÂGE DE JACOB ET DE SES DESCENDANTS, LORSQUE JACOB ARRIVA EN ÉGYPTE.

Jacob quitta la maison (voir ci-dessus, chapitre 10) à l'âge de 77
Jacob épousa Léa et Rachel en même temps, à l'âge de 84
Ruben, né de Léa, à l'époque où Jacob était, disons 85
Siméon " " " " 86
Levi " " " " 87
Juda " " " " 88
    Pharez est né lorsque Juda avait, disons, 20 ans, et Jacob, disons 108
        Hezron est né, Pharez dit 20, Juda dit 40, Jacob dit 128
        Hamul est né, Pharez dit 21, Juda dit 41, Jacob dit 129
Dan, fils de Bilha, servante de Rachel à l'époque où Jacob était, disons 89
Nathalie " " " " 90
Gad, fils de Zilpa, servante de Léa à l'époque où Jacob était, dit-on 89
Asher " " " " 90
Issacar, né de Léa, quand Jacob était, disons 90
Zabulon " " " " 91
Dinah " " " " 92
Joseph, né de Rachel (voir ci-dessus, chapitre 10), lorsque Jacob était 91
Dina à Sichem, à l'âge de 13 ans environ, quand Jacob avait environ 13 ans. 105
Benjamin, né de Rachel à l'époque où Jacob était, disons, 105
Belah est né quand Benjamin avait, disons, 16 ans et Jacob… 121
Becher " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " "  17 " " " " 122
Ashbel " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " "  18 " " " " 123
Gera " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " "  19 " " " " 124
Naaman " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " 20 " " " " 125
Eh " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " 21 " " " " 126
Rosh " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " 22 " " " " 127
Muppim " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " 23 " " " " 128
Huppim " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " 24 " " " " 129
Ard " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " " 25 " " " " 130

 

Certains doutes ont été émis quant au nombre des enfants d'Israël qui sont sortis d'Égypte, tel qu'il est exprimé (1) dans Exode 12 37, « 600 000 hommes sans compter les enfants », (2) dans Nombres 2 32 « 603 550 », sans compter les Lévites au début de la 2e année après leur sortie d'Égypte, et (3) dans Nombres 26 51, « 601 730 » à la fin des 40 ans dans le désert.

Mais ces doutes sont tout à fait infondés. Entre la descente en Égypte (Anhomus 2298) et l'Exode (Anhomus 2513), il s'écoule 215 ans. M. Malthus a démontré qu'avec des ressources alimentaires abondantes, une population donnée peut doubler de nombre en une quinzaine d'années, et dans des cas favorables, en un temps encore plus court. À ce rythme de croissance, les 70 âmes descendues en Égypte se seraient multipliées en 225 ans pour atteindre 2 293 760, ce qui correspond probablement à la population totale, Lévites, femmes et enfants compris ; les 600 000 mentionnés dans Exode 12:37, Nombres 2:32 et 26:51 seraient les hommes adultes.

 

Chapitre XI.

Le lien entre Joseph et Moïse.

De la mort de Joseph à la naissance de Moïse = 64 ans.

(an. hom. 2369-2433)

Le livre de la Genèse s'achève avec la mort de Joseph à l'âge de 10 ans. La chronologie patriarcale s'achève alors, et se retrouve dans une impasse. Nous ne pouvons aller plus loin, car l'âge de Joseph à la naissance d'Éphraïm et de Manassé n'est pas précisé. Il nous faut donc revenir en arrière et reprendre notre lecture.

Entre la fin de la Genèse et le début de l'Exode, il existe un grand abîme chronologique. La Genèse s'achève sur Israël en Égypte, sous le règne d'une dynastie. L'Exode s'ouvre sur l'avènement d'un nouveau roi, d'une autre dynastie, qui « ne connaissait pas Joseph », et sur Israël en proie à l'affliction en Égypte. Le livre de l'Exode débute par une récapitulation des noms et du nombre des enfants d'Israël venus en Égypte, et des terribles souffrances qui les accablent sous le règne du nouveau pharaon, le pharaon de l'oppression. Mais le point précis où la continuité chronologique du récit commence est la naissance de Moïse. Le problème est donc de savoir comment combler cet abîme et comment déterminer le nombre exact d'années entre la mort de Joseph et la naissance de Moïse.

La réponse se trouve dans le récit de la longue période du séjour et des épreuves d'Abraham et de sa descendance, qui commence lors de l'appel d'Abraham à l'âge de 75 ans (Homère 2083) et se termine à l'Exode. Cette période est précisément fixée à 430 ans. Or, nous savons que de l'appel d'Abram à la mort de Joseph (Homère 2083-2369), il s'est écoulé 286 ans, et de la naissance de Moïse à l'Exode, 80 ans (Exode 2.11-15.23 ; Exode 7.7 ; Actes 7.23-30 ). Si l'on additionne ces nombres (286 + 80 = 366) et que l'on soustrait leur somme du nombre d'années de la période totale (430 - 366 = 64), les 64 années restantes correspondent à la durée exacte de la période entre la mort de Joseph et la naissance de Moïse ; entre la fin du récit de la Genèse et le début de celui de l'Exode. Il n'est fait ici appel ni à Flavius ​​Josèphe, ni à une hypothèse spéculative, ni à une supposition ou une conjecture. Le résultat est obtenu par induction historique à partir des faits et des chiffres présentés dans le texte lui-même, et il est mathématiquement exact.

Il existe de nombreux cas similaires de lacunes ou de gouffres, comme celui-ci, dans la chronologie des événements détaillés relatés dans le texte de l'Ancien Testament, mais elles sont toujours comblées par des déclarations qui franchissent le fossé en donnant la durée totale d'une période plus longue qui inclut, et précise ainsi, la durée de la lacune ou du gouffre laissé dans la chronologie des événements relatés en détail.

Ces abîmes commencent par des problèmes très simples, faciles à résoudre, comme celui de l'âge de Noé à la naissance de Sem, et celui de l'âge de Térah à la naissance d'Abram. Ils se complexifient ensuite légèrement, comme dans le cas qui nous occupe, celui de la durée de la période entre la mort de Joseph et la naissance de Moïse. Puis, ils deviennent beaucoup plus complexes et imbriqués, comme pour le lien entre Josué et les Juges, et celui entre Éli et Saül. Enfin, la détermination de la durée des règnes des monarques perses ayant occupé le trône entre la première année de Cyrus et la deuxième année de Darius Hystaspe, et celle de la durée de la période entre la première année de Cyrus et la Crucifixion, constituent les problèmes les plus ardus de la chronologie sacrée.

Néanmoins, la solution est toujours donnée, soit dans les annales du narrateur prophétique, soit dans les paroles du prophète, et donnée avec une telle précision que la chronologie peut être établie avec autant de certitude que celle de n'importe quelle période de l'histoire profane.

La durée de la période entre la mort de Joseph et la naissance de Moïse peut être présentée sous forme de tableau comme suit : —

Le lien entre Joseph et Moïse.

De la mort de Joseph à la naissance de Moïse = 64 ans.

2369. Mort de Joseph à l'âge de no (voir chapitre précédent).  
  Ajoutez 64 ans à la naissance de Moïse, car, —  
  Exode 12 40.41, Appel d'Abram à l'Exode = 430 ans
  Voir le chapitre 10 sur les années 400 et 430.  
 

De l'appel d'Abram à la mort de Joseph (an. hom. 2083-2369)

= 286
  Voir le tableau des patriarches hébreux, chapitre 10.  
  Mort de Joseph et Exode = 144
  Exode 2.23, Actes 7.29.30, La fuite de Moïse vers l'Exode, lorsque Moïse avait 80 ans = 40
  Mort de Joseph suite à la fuite de Moïse, = 104
 

Exode 2, 11-15 ; Actes 7, 23-29 ; De la naissance de Moïse à la fuite de Moïse.

= 40
64. Mort de Joseph et naissance de Moïse = 64
2433. Naissance de Moïse.  

  

Chapitre XII.

Chronologie comparée — d'Abraham à Moïse.

Israël en Égypte.

Les affirmations du texte hébreu concernant cette période n'ont été contredites ni par des témoignages anciens ni par des découvertes modernes. Le seul doute qui subsiste concerne le silence des monuments d'Égypte sur un épisode aussi important que le séjour des Israélites en Égypte, la vie de Joseph et de Moïse, et un événement aussi remarquable que l'Exode.

Comme l'affirme le professeur Sayce : « On ne trouve aucune mention directe des Israélites en Égypte sur les monuments ou dans les papyrus, ni aucune représentation de leur servitude. » Ils appartenaient à la classe servile des briquetiers, des bûcherons et des puisards, et il est peu probable qu'ils aient été représentés sur les temples, les murs ou les tombeaux. De même, il n'est fait mention des plaies, mais les nations de l'Antiquité n'ont jamais relaté leurs malheurs, leurs désastres ou leurs défaites, seulement leurs triomphes et leurs victoires.

Le pharaon de Joseph, le pharaon de l'Oppression et le pharaon de l'Exode n'ont pas été formellement identifiés. On suppose généralement que le pharaon de l'Oppression était le grand Ramsès II, qui régna 67 ans et fit ériger de nombreuses statues à son effigie en Égypte, et que le pharaon de l'Exode était son fils et successeur, Merenptah, tous deux de la XIXe dynastie. Aucune datation précise ne peut être établie, faute de sources suffisantes. Deux écoles d'égyptologues situent le règne de Ramsès II respectivement vers 1350 av. J.-C. (Budge) et 1292 av. J.-C. (Kent).

Le Dr CF Kent pense que le pharaon de l'Oppression pourrait être Amenhotep IV de la XVIIIe dynastie, que Budge date d'environ 1400 av. J.-C. et Kent d'environ 1375 av. J.-C. Le pharaon de l'Oppression a également été identifié à l'un des Hyksos ou rois bergers, que l'on datait auparavant d'environ 1750 av. J.-C., mais dont l'expulsion est datée par Kent vers 1580 av. J.-C.

Le professeur Sayce pense que les enfants d'Israël sont arrivés en Égypte à l'époque des Hyksos ou rois bergers, et qu'à leur expulsion est apparu un nouveau roi, un pharaon d'une nouvelle dynastie qui ne connaissait pas Joseph.

« L’oppression culmina », explique le professeur Sayce, « sous le long règne de Ramsès II, pour lequel les Israélites construisirent les villes de Ramsès et de Pithom (Exode 1.11 ). Ramsès, ou Raamsès, était le nom donné à Zoan ou Tanis, l’ancienne capitale des Hyksos, après sa reconstruction par Ramsès. La ville de Pithom n’a été découverte qu’il y a deux ans dans les tertres de Tel-el-Maskhuta, près de Tel-el-Kebir. Les inscriptions trouvées sur place indiquent qu’elle fut construite par Ramsès II comme entrepôt pour le blé ou les trésors. Elle comprend des chambres de stockage robustes, séparées par des murs de 2,5 à 3 mètres d’épaisseur. »

Les briques, séchées au soleil, sont certaines mêlées de paille, d'autres non. On peut les admirer aujourd'hui au Musée du Caire, où sont également exposées les momies de Séthi Ier, Ramsès Ier, Ramsès II (le pharaon présumé de l'Oppression) et Merenptah (le pharaon présumé de l'Exode). Ces briques ont été découvertes par M. Ernest Naville, qui attribue la fabrication des briques sans paille aux Israélites auxquels le pharaon avait dit : « Je ne vous donnerai pas de paille » (Exode 5, 10 ). Si Ramsès II fut le pharaon de l'Oppression, le pharaon de l'Exode devait être son fils Merenptah, dont le règne fut bref et marqué par de nombreux désastres.

Il ne faut pas croire que le pharaon de l'Exode se soit noyé dans la mer Rouge. Le récit d'Exode 14 et le Cantique des Cantiques (Exode 15) mettent expressément le lecteur en garde contre cette hypothèse. Les eaux revinrent et recouvrirent les chars, les cavaliers et toute l'armée du pharaon qui les avait suivis dans la mer ; il n'en resta pas un seul (Exode 14, 28 ). L'expression « toute l'armée du pharaon qui était entrée dans la mer » diffère de « le pharaon et toute son armée ». De même, en Exode 15, 19, on lit : « le cheval du pharaon entra avec ses chars et ses cavaliers », et non « le pharaon et son cheval ».

La stèle de Merenptah.

La seule allusion contemporaine à Israël dans les monuments égyptiens est la stèle triomphale récemment découverte de ce même Merenptah, fils de Ramsès II, également conservée au musée du Caire. Il y évoque sa conquête de Canaan en ces termes :

Canaan est pillée par tous les maux.

Ascalon est emmené en captivité.

Gezer est pris.

Yenoam est anéanti.

Israël est désolée, mais sa descendance ne l'est pas.

La Palestine est devenue une veuve pour l'Égypte.

Tous les pays sont unis, ils sont pacifiés.

Tous ceux qui étaient turbulents ont été liés par le roi Merenptah.

Les dates des rois égyptiens sont incertaines et donnent naturellement lieu à différentes écoles de chronologie, mais il n'y a aucune raison d'introduire l'incertitude dans la chronologie biblique où tout est clair, sans ambiguïté et précis.

Hypothèses trompeuses des critiques supérieurs.

Néanmoins, de nombreux hommes éminents, de François Lenormant de l'Institut impérial de France au professeur C.F. Kent, docteur en philosophie et professeur de littérature biblique à l'université de Yale, persistent à considérer que la période de présence d'Israël en Égypte a duré 430 ans. Lenormant affirme, dans son Manuel d'histoire ancienne de l'Orient : « Les Hébreux sont restés 430 ans dans la fertile région de Goshen. » Le professeur Kent, quant à lui, sème encore la confusion. Il déclare, à juste titre, que la Genèse (15, 16) annonce le retour des Hébreux en Palestine à la quatrième génération, ce qu'ils firent, comme le montrent les deux passages qu'il cite : Exode 6, 16-20 et Nombres 26, 57-59.

La difficulté rencontrée par le professeur Kent provient d'une inattention à la structure de Genèse 15:13. « Sachez avec certitude que

A. Ta descendance sera étrangère dans un pays qui n'est pas le sien,

A. quatre cents ans.

La structure de ce verset est admirablement expliquée dans la Bible Companion, sous Genèse 15.13. Le texte présente une structure en introversion : les propositions A et A’ se correspondent et se rapportent au même événement, tandis que les propositions B et B’ se correspondent également et se rapportent à un autre événement. A et A’ concernent la période entière du séjour et de la servitude en Canaan et en Égypte (400 ans). B et B’ sont entre parenthèses et se rapportent à la servitude en Égypte, et à celle-ci uniquement (215 ans).

Genèse 15 14-16 donne plus de détails concernant la période de servitude en Égypte, mentionnée dans les clauses B et B.

v. 14. « Et aussi cette nation qu’ils serviront, je la jugerai ; et ensuite ils sortiront avec de grandes richesses. »

v. 15. « Et tu retourneras en paix auprès de tes pères ; tu seras enterré dans une bonne vieillesse. »

v. 16. « Mais à la quatrième génération, ils reviendront ici ; car l’iniquité des Amorites n’est pas encore à son comble. »

Le point de départ du calcul des générations est clairement la génération qui descendit en Égypte, à savoir soit celle de Lévi, auquel cas les quatre générations seront Lévi, Kehath, Amram et Moïse ; soit celle de Jacob, auquel cas les quatre générations seront Jacob, Lévi, Yokébed et Moïse. Les enfants d’Israël revinrent d’Égypte à la génération de Moïse, soit la quatrième génération après celle de Lévi, celle qui les avait emmenés en Égypte.

Le professeur Kent ajoute ensuite une supposition trompeuse et sans fondement, qu'il présente comme un fait avéré : « Cela implique une période de 100 à 150 ans. » Or, nous savons précisément combien de temps cette période a duré. De la descente en Égypte en l'an 2298 du calendrier julien à l'Exode en l'an 2513 du calendrier julien, il s'est écoulé exactement 215 ans, ni plus ni moins.

Suit ensuite une autre citation, que le professeur Kent introduit de manière à suggérer qu'elle contredit l'affirmation selon laquelle Israël reviendrait d'Égypte à la quatrième génération : « D'autre part, un éditeur tardif de Genèse 15.13 prédit que la période du séjour à l'étranger devait être exactement de 400 ans. » Ce fut effectivement le cas, mais cette période de « séjour à l'étranger » ne correspondait ni au séjour d'Israël en Égypte, qui dura 215 ans, ni au séjour d'Abraham et de sa descendance, qui commença en 1983, lorsque Abram quitta sa maison et sa famille à Haran, et dura jusqu'à l'Exode, en 1983, soit une période de 430 ans. Il s'agissait, comme le texte l'indique très clairement, du séjour de la descendance d'Abraham, n'incluant donc pas les 30 années supplémentaires du séjour d'Abraham lui-même, mais seulement les années à partir de 1983. 2113 (lorsqu'Isaac fut sevré et devint l'héritier d'Abraham, Ismaël étant déshérité) à an. hom. 2513, la période de 400 ans mentionnée dans le Texte.

Une autre contradiction apparaît dans la phrase suivante, où le professeur Kent déclare : « Un autre compilateur, dans Exode 12.40, affirme que les Israélites ont séjourné en Égypte pendant 430 ans. » Le texte hébreu d’Exode 12.40 est correctement traduit dans la version autorisée : « Or, le séjour des enfants d’Israël qui habitèrent en Égypte dura 430 ans. » Il est traduit de manière inexacte dans la version révisée : « Or, le séjour des enfants d’Israël qu’ils séjournèrent en Égypte fut de 430 ans », la confusion chez les réviseurs provenant d’une mauvaise compréhension de la chronologie de cette période, qui est pourtant très précise et toujours cohérente.

Le professeur Kent poursuit : « En gardant ce passage à l’esprit, l’auteur de Galates 3.17 attribue une période de 430 ans à la suite d’Abraham jusqu’au Sinaï. » Et à juste titre, car il comprend la chronologie. La « promesse » de Galates 3.17 fut donnée immédiatement après qu’Abram eut reçu et répondu à l’appel de Dieu à quitter sa famille et ses proches pour commencer son exode (Homélie 2083). La Loi fut donnée au Sinaï deux mois après l’Exode (Homélie 2513), de sorte que « la suite d’Abraham jusqu’au Sinaï » correspond exactement à 430 ans.

Le professeur Kent laisse entendre que ces « contradictions » sont dues au fait que les passages cités proviennent de sources différentes, qu'il décrit comme l'histoire des Israélites du Nord (E), un auteur sacerdotal (P), un autre auteur sacerdotal (P2 ), un éditeur tardif (R1 ) et un autre compilateur (R2 ). Or, cette distinction entre ces prétendues sources est totalement infondée.

La dernière phrase du paragraphe du professeur Kent témoigne de façon frappante de l'aveuglement d'un érudit pourtant brillant, et de son incapacité à discerner la vérité, même lorsqu'il la consigne par écrit. Il affirme : « Josèphe et les traducteurs des versions samaritaine et grecque indiquent une durée de séjour de 215 ans, ce qui constitue manifestement un compromis entre les périodes plus courtes et plus longues suggérées par les écrits antérieurs. » Il n'en est rien. Il s'agit de la transcription exacte, sous forme de chiffres, des affirmations du texte hébreu, qui attribue 215 ans au séjour en Égypte, et il est impossible de lui faire dire autre chose. La période plus courte de 100 à 150 ans est une conjecture sans fondement du professeur Kent, sans aucun rapport avec les Écritures. La période plus longue est tout à fait différente, commençant à une autre époque et se référant à un autre événement.

Le texte hébreu d'Exode 12:40 dit : « Le séjour des enfants d'Israël en Égypte dura 430 ans. » La Septante et la version samaritaine ajoutent après « Égypte » les mots « et au pays de Canaan », et lisent donc : « Le séjour des enfants d'Israël en Égypte et au pays de Canaan dura 430 ans. » Ces ajouts s'accordent parfaitement avec l'hébreu, qui s'en trouve enrichi, sans pour autant le modifier. Ils interprètent correctement le sens du texte hébreu, et la justesse de cette interprétation est attestée par son adoption par Étienne (Actes 7: 6 ) et par l'apôtre Paul (Galates 3:17 ). Cependant, le sens de l'hébreu est suffisamment clair sans cet ajout explicatif lorsque le texte est correctement traduit.

La chronologie de l'Ancien Testament est exacte et précise dans les moindres détails, et résistera à tout test véritablement scientifique auquel elle sera soumise ; mais mal interpréter le texte, en déduire ce qui n'y est pas implicite, ou l'interpréter de manière à lui faire signifier ce qu'il n'a jamais été censé signifier, ne peut mener qu'à l'incompréhension et à la confusion.

Un coup d'œil au schéma suivant vous permettra de comprendre.

DIAGRAMME DES 215, 400 ET 430 ANS

DU VOYAGE EN CANAAN, ET DU VOYAGE ET DE L'AFFLICTION EN ÉGYPTE.

 

La stèle de Khammurabi.

Une autre découverte importante de ces dernières années concerne cette période : la stèle de Khammurabi et le chapitre 14 de la Genèse. Cette stèle, autrefois rejetée par les critiques comme un ajout tardif datant d’environ 300 av. J.-C., a pleinement confirmé l’authenticité et rétabli l’autorité d’un passage unique de l’Ancien Testament. La copie du grand Code de lois rédigé par Khammurabi, roi de Babylone (vers 2200 av. J.-C. selon Budge), a été découverte à Suse durant l’hiver 1901-1902. Elle contient un recueil classé de 282 lois, selon lesquelles les Babyloniens devaient régir leurs affaires. Ce code, initialement installé à Esagila, le temple de Marduk à Babylone, fut emporté à Suse par un roi élamite, puis transféré en Angleterre et conservé au British Museum.

Le chapitre 14 de la Genèse relate l'expédition de Kedorlaomer, roi d'Élam, et de ses alliés, parmi lesquels Amraphel, roi de Shinéar (ou Babylone du Sud), contre les rois de Sodome et Gomorrhe et leurs alliés ; quatre rois contre cinq. Ce récit fut jugé apocryphe par les critiques, notamment parce qu'il paraissait invraisemblable qu'une campagne babylonienne ait été menée contre un pays aussi lointain que la Palestine à une époque aussi reculée, et aussi parce que le chapitre présente un roi d'Élam à la tête de l'armée d'invasion.

Nous découvrons aujourd'hui, grâce aux Monuments, qu'avant l'époque d'Abraham, les rois babyloniens menaient leurs armées jusqu'en Palestine, et même jusqu'à Chypre et au mont Sinaï. De plus, nous savons maintenant qu'à l'époque de

Abraham, Babylone était soumise au royaume aryen d'Élam et divisée en deux États : Sumer (ou Shinar) au sud, et Akkad au nord. Le nom de Chedorlaomer est un nom élamite signifiant « serviteur du dieu élamite Lagamur ». Des briques conservées au British Museum indiquent que Chedorlaomer avait conquis Babylone et qu'Eri-Aku, fils de Kudur-Mabug, serviteur du dieu élamite Mabug, régnait à Larsa. Or, Eri-Aku de Larsa n'est autre qu'Arioch d'Ellassar, et Khammurabi de Sumer n'est autre qu'Amraphel de Shinar (ou Babylonie du Sud), dont le code de lois vient d'être redécouvert.

 

PÉRIODE II. LA THÉOCRATIE — De l'Exode à 1 Sam. 7.

Chapitre XIII.

Israël en Égypte, de la naissance de Moïse à l'Exode.

(an. HOM. 2433-2513).

La chronologie de cette période est très simple ; elle se compose des deux premières périodes, de 40 ans chacune, de la vie de Moïse. Le tableau est le suivant : —

De la naissance de Moïse à l'Exode.

AN. HOM.    
2433.   Naissance de Moïse (voir chapitre 11).
40.   Ajoutez 40 ans à la fuite de Moïse (Ex. 2 11-15, Actes 7 23-29 ).
2473.   La fuite de Moïse.
40.   Ajoutez 40 ans à l'Exode, lorsque Moïse avait 80 ans.
    (Ex. 2. 23, 7. 7, Actes 7. 29-30 ).
2513.   L'Exode.
   

Ainsi, Exode 1. 6 - 12. 40·41, de la mort de Joseph, an. hom. 2369 à l'Exode, an. hom. 2513, couvre une période de 144 ans.

Il est clairement établi que Moïse avait 80 ans lorsqu'il s'adressa à Pharaon avec Aaron. Le récit étant continu, sans aucune indication temporelle contraire, on peut en conclure que les dix plaies se sont toutes produites immédiatement après et que l'Exode eut lieu la même année. Ceci est confirmé par le fait que Moïse mourut un mois et demi avant la fin des quarante années passées dans le désert, à l'âge de 120 ans.

Le texte de l'Ancien Testament n'affirme pas explicitement que Moïse avait exactement 40 ans lors de sa fuite, mais il est dit dans Exode 2.11 que cela se produisit « lorsque Moïse fut devenu adulte », ce qui signifie « lorsque Moïse eut 40 ans », tout comme pour nous l'expression « atteindre l'âge adulte » signifie l'âge de 21 ans. C'est l'interprétation donnée par Étienne dans Actes 7.23, et sur ce point, il fait autorité.

Mais même si nous doutions que Moïse se soit enfui à Madian exactement à l'âge de 40 ans et ait conduit le peuple hors d'Égypte à l'âge de 60 ans, la date de l'Exode ne serait pas affectée par ce doute, et seules deux étapes intermédiaires dans l'échelle chronologique seraient déplacées vers le haut ou vers le bas, avec une compensation ailleurs pour ramener l'Exode à l'an 2513 comme indiqué dans le tableau ci-dessus.

 

Chapitre XIV.

Les quarante années passées dans le désert.

(an. hom. 2513-2553)

Au chapitre 13, nous avons conclu que le récit d'Exode 1: 6-12 : 40,41 couvre une période de 144 ans, de la mort de Joseph à l'Exode. Il nous faut maintenant démontrer que la partie restante du Pentateuque, y compris les quinze jours précédant le lendemain de la Pâque, soit le 15 Nisan, mentionné dans l'homélie 25:53 (Josué 5: 10,11 ), dont les détails sont donnés dans Josué 1: 1-5 : 10, couvre une période de 40 ans exactement. Les événements de cette période de 40 ans sont détaillés dans les tableaux suivants :

I. Dates bibliques dans Exode 12 40.41 -40 38.

Israël dans le désert.

De l'Exode à l'érection du Tabernacle, Ex. 12 40 · 41 -40 38.

(1) De l'Exode au désert du péché. MOIS.
      Du 15e jour du 1er mois de la 1re année (Exode 12, 2-6 ; 29-41 ;
    Nombres 33, 3) au 15e jour du 2e mois de la 1re année (Exode 16, 1).
   
= 1
(2) Du désert de Sin au don de la Loi au Sinaï.  
      Du 15e jour du 2e mois de la 1re année (Exode 16, 1)
    au 15e jour du 3e mois de la 1re année (Exode 19, 1.2)
= 1
(3) Du don de la Loi au Sinaï à l'érection du Tabernacle.  
      Du 15e jour du 3e mois de la 1re année (Exode 19, 1.2)
    au 1er jour du 1er mois de la 2e année (Exode 40, 17).
=   9 ½
     .·. Exode 12 40 · 41 -40 couvre une période de 11½

Et le livre de l'Exode tout entier couvre une période de 144 ans et 11 mois et demi.

II. Dates bibliques dans le livre du Lévitique.

Israël dans le désert.

De l'érection du Tabernacle au premier recensement au Sinaï.

À partir du 1er jour, 1er mois, 2e année, Ex. 40 17 1 mois.
Au 1er jour, 2e mois, 2e année, Engourdi 1 1

Le livre du Lévitique couvre une période d'un mois.

 

III. Dates bibliques dans le livre des Nombres. Israël dans le désert.

Du premier recensement au Sinaï au discours de Moïse dans les plaines de Moab.

(1) Du premier recensement au Sinaï à l'envoi des espions à Paran.  
      Du 1er jour, 2e mois, 2e année, Engourdi 1 1
    Au 20e jour, 2e mois, 2e année, Engourdi 10 11,12, 13 17-30
= 20 jours
(2) De l'envoi des espions à Paran à la mort de Miriam.  
      Du 20e jour, 2e mois, 2e année, Num. ) 10 11.12, 13 17-20
    Au — jour, 1er mois, 40e année, Num. 20 1.
= 37 ans 11 mois 0 jours.
(3) De la mort de Miriam à la mort d'Aaron.  
      Du — jour, 1er mois, 40e année, Num. 20 1
    Au 1er jour, 5e mois, 40e année, Num. 20 28, 33 38 ' 39
= 3 mois et 10 jours.
(4) De la mort d'Aaron au discours de Moïse dans les plaines de Moab.  
 

    Du 1er jour du 5e mois de la 40e année (Nombres 20, 28, 33, 38, 39)
    au 1er jour du 11e mois de la 40e année (Deutéronome 1, 3).

= 6 mois 0 jours.
    Le Livre des Nombres couvre une période de

38 ans et 9 mois.


 

IV. Dates bibliques dans le livre du Deutéronome.

(Y compris les 15 jours de Josué 1: 1-5 : 10 pour compléter les 40 années dans le désert.)

Israël dans le désert.

(1) Du discours de Moïse dans les plaines de Moab à la mort de Moïse.  
      Du 1er jour du 11e mois de la 40e année (Deut. 1 3
    ) au 1er jour du 12e mois de la 40e année, pour compléter les 40 ans de Nombres 14 33, 32 13, Josué 5 6.
1 mois.
(2) Les 30 jours de deuil pour Moïse.  
      Du 1er jour du 12e mois de la 40e année, Nombres 14:33, 32:13, Josué 5: 6
    Au 1er jour du 1er mois de la 41e année, Deutéronome 34: 8
1 mois.
(3) De la fin des 30 jours de deuil à l'entrée en Canaan.  
      Du 1er jour du 1er mois de la 41e année, Deutéronome 34: 8.
    Au 14e jour du 1er mois de la 41e année, Josué 1:11 (3 jours), 2:16 ( 3 jours), 3: 1 (1 jour), 3: 2 (3 jours), 4:19 ( 10e jour), 5: 6 (40 ans), 5:10 (14e jour).
1/2 mois.
    Le livre du Deutéronome, y compris Josué 1: 1-5 : 10, couvre une période de

2 mois et demi.

 

Ces résultats nous permettent de poursuivre la chronologie depuis l'Exode jusqu'à

l'entrée en Canaan, comme suit : —

Les quarante années passées dans le désert.

AN. HOM.     ANS. MOIS.
2513. L'Exode (voir chapitre précédent)      
40. Ajoutez 40 ans, à savoir : Événements d'Exode 12 40, 41 -40   11 ½
    Événements du Lévitique   1
    Événements des nombres 38 .9
    Événements du Deutéronome, y compris Josué 1 :1-5 : 10   2 ½
2553     40 .0

                                                                  

Chapitre XV.

La guerre de Sept Ans.

De l'entrée en Canaan au partage du pays.

(AN. HOM. 2553-2560)

Dans le chapitre précédent, nous sommes arrivés à la fin des quarante années passées dans le désert, à la traversée du Jourdain et au campement à Guilgal, le quatorzième jour du premier mois (Antonin Homalis 2553). « Le peuple sortit du Jourdain le dixième jour du premier mois et campa à Guilgal » (Josué 4.19 ). À cette époque, les enfants d’Israël nés dans le désert furent circoncis (Josué 5.2 ). Car les enfants d’Israël marchèrent quarante ans dans le désert (Josué 5.6 ) et campèrent à Guilgal, célébrant la Pâque le quatorzième jour du mois, dans la plaine de Jéricho. « Le lendemain de la Pâque, ils mangèrent du vieux blé du pays, des galettes sans levain et du grain grillé, ce même jour. La manne cessa le lendemain, après qu’ils eurent mangé du vieux blé du pays ; les enfants d’Israël n’eurent plus de manne, mais ils mangèrent cette année-là des fruits du pays de Canaan » (Josué 5.10-12 ).

Le livre de Josué poursuit la chronologie depuis l'entrée en Canaan jusqu'à la fin de la guerre de sept ans (à l'issue de laquelle Josué a partagé le pays de Canaan entre les douze tribus), mais pas au-delà.

Il est dit dans Josué 24 29 que Josué mourut à l'âge de zéro an, mais il n'est pas précisé combien de temps cela s'est passé après le partage du pays, et nous n'avons aucune information quant à la date de naissance de Josué, de sorte que la date de sa mort est inconnue.

L'âge de Caleb, cependant, est donné, ou plutôt il peut être déduit ou obtenu par induction historique, et c'est ainsi que nous arrivons à la date de la conclusion de la guerre de conquête de Canaan et du partage du pays entre les douze tribus, qui s'ensuivit immédiatement.

La date de l'Exode, comme nous l'avons vu au chapitre 13, correspond à l'an 2513 (Exode 12 40.41 ). Les espions furent envoyés la deuxième année après l'Exode : « Le vingtième jour du deuxième mois de la deuxième année, la nuée s'éleva de la tente du Témoignage. Les Israélites quittèrent le désert du Sinaï, et la nuée se posa dans le désert de Paran » (Nombres 10 11.12 ). « Ils s'éloignèrent de la montagne, à trois jours de marche » (Nombres 10 33 ). Ils murmurèrent, et Dieu leur envoya des cailles, dont ils mangèrent pendant un mois entier (Nombres 11. 20 ). Alors Miriam et Aaron parlèrent contre Moïse, et Miriam fut exclue du camp pendant sept jours. « Le peuple ne se mit pas en route avant que Miriam ne soit revenue » (Nombres 12:15 ). Ensuite, le peuple quitta Hazeroth et campa dans le désert de Paran (Nombres 12:16 ). Du désert de Paran (Nombres 13: 3 ), Moïse envoya les douze espions (Nombres 13:17). 13 17, « au temps des premières grappes mûres » (Nombres 13 20 ), « et ils revinrent de leur exploration du pays après 40 jours, et ils allèrent trouver Moïse et Aaron et toute l’assemblée des enfants d’Israël dans le désert de Paran, à Kadès » (Nombres 13 25.26 ). Parmi ces 12 espions se trouvait Osée, fils de Nun, de la tribu d’Éphraïm (Nombres 13 8 ), que Moïse nomma Josué (Nombres 13 16 ). Avec Caleb, fils de Jephunné (Nombres 13 6.30, 14 6.10 ), il rapporta un rapport fidèle et s'efforça de calmer les murmures du peuple lorsqu'ils entendirent le mauvais rapport des dix autres espions (Nombres 13 30, 14 6.10 ).

À cette époque, c'est-à-dire durant l'été ou le début de l'automne de l'an 2515 du calendrier julien, Caleb avait quarante ans. « J'avais quarante ans lorsque Moïse, serviteur de l'Éternel, m'envoya de Kadès-Barnéa pour explorer le pays » (Josué 14,7 ). Caleb naquit donc en l'an 2475 du calendrier julien. Mais lors du partage du pays (Josué 13.1 ; 14.5 ; 15.1 - 19.51 ), à la fin de la guerre de conquête (Josué 14.15 ), Caleb dit : « Et maintenant, voici, l'Éternel m'a gardé en vie, comme il l'avait dit, pendant ces quarante-cinq années, depuis que l'Éternel a adressé cette parole à Moïse, alors que les enfants d'Israël erraient dans le désert ; et maintenant, voici, j'ai aujourd'hui quatre-vingt-cinq ans » (Josué 14.10 ).

Il s'ensuit que le partage du pays eut lieu à la fin de la guerre de conquête, lorsque Caleb avait 85 ans, soit en an hom. 2475 + 85 — an hom. 2560, et que la guerre de conquête du pays fut une guerre de sept ans, car de l'entrée en Canaan en an hom. 2553 (voir le chapitre précédent) à la fin de la guerre, à l'issue de laquelle le pays fut partagé entre les douze tribus, en l'an hom. 2560, s'étend une période de sept ans.

Ces résultats peuvent être présentés sous forme de tableau comme suit : — 

La guerre de Sept Ans.

De l'entrée en Canaan au partage du pays.

(an. hom. 2553-2560).

AN. HOM.

   
2553. L'entrée en Canaan (voir chapitre 14)  
  Ajoutez 7 ans au partage des terres, pour : —  
      Exode ( Ex. 12.40-41 ) ; voir le chapitre précédent = 2513
      Des espions sont envoyés la deuxième année après l'Exode (Nombres 10, 11-12, 13, 17-20 ). = 2515
      À cette date, Caleb avait 40 ans (Josué 14: 7 )
   . Caleb est né en 2515-40.
= 2475
      Mais lors du partage du pays, Caleb avait 85 ans (Josué 14 10 ).  
      Le partage du territoire eut lieu en 2475 + 85 = 2560
7.     De l'entrée en Canaan au partage du pays = 2560 - 2553 = 7 ans  
2560. Le partage du territoire à la fin de la guerre de Sept Ans.  

 

Chapitre XVI.

Le lien entre Joshua et les juges.

De la division du pays à l'oppression de Cushan = 13 ans. (an. hom. 2560-2573).

La détermination de la durée de cette période a constitué une énigme majeure pour les chronologues. Pour tous, à l'exception de l'auteur de la Companion Bible, elle s'est avérée un problème insoluble. Ussher la fixe à 31 ans. Il compte une année pour la période allant du partage du pays à la mort de Josué et à l'élection des anciens (Juges 2: 7 ), « car de la naissance de la descendance promise Isaac (Antonio hominidé 2108) à ce jour (Antonio hominidé 2561), on compte 452 ans, et du rejet d'Ismaël (Antonio hominidé 2113) à ce jour (Antonio hominidé 2561), 447 ans, mais entre les deux, on peut compter 450 ans. »

Ceci est tout à fait insatisfaisant, car non seulement cela met fin à la méthode permettant de déterminer l'année exacte d'un événement, le seul système qui mérite véritablement le nom de chronologie, mais cela repose sur une interprétation forcée du passage des Actes 13. 17-20, qui ne peut signifier 450 ans entre la naissance ou le sevrage d'Isaac et l'entrée en Canaan, mais nécessairement 450 ans entre l'achèvement de la conquête de Canaan, « après qu'il eut détruit sept nations », et la fin du mandat de juge de Samuel. La durée de la période entre le partage du pays et la mort de Josué n'est nulle part explicitement mentionnée ni sous-entendue dans l'Écriture. Elle ne peut donc être déterminée avec précision.

Ussher situe l'intervalle entre la mort de Josué et le début de l'oppression de Cushan à trente ans, soit une génération. Il ne s'agit pas là de chronologie, si tant est que la chronologie soit une science, mais de la substitution d'une supposition, voire d'une impression subjective, à un fait objectif, ce dernier étant pourtant indispensable à toute science véritable.

Clinton ne fait guère mieux. Il dit : « Après la mort de Moïse, une lacune apparaît dans la chronologie des Écritures. Nous ignorons la durée du gouvernement de Josué et des anciens, ainsi que celle de l'interrègne ou de l'anarchie qui suivit. Les passages bibliques indiquent que cette période fut relativement courte. Le partage du pays eut lieu 45 ans après la deuxième année de l'Exode. La période d'anarchie inclut tous les jours des anciens qui survécurent à Josué (Josué 24 31 ) et dura jusqu'à ce que toute cette génération soit réunie à ses pères, puis qu'une autre génération se lève, qui ne connaissait pas l'Éternel (Juges 2 10 ). Caleb et Josué avaient probablement le même âge, environ 40 ans lors de l'Exode, ce qui situerait la mort de Josué 30 ans après celle de Moïse. Il était déjà âgé et avancé en âge, six ans après la mort de Moïse (Josué 13. 1 ). Bien que l'anarchie ait duré jusqu'à la mort des anciens… » Bien que Josué ait survécu à la mort de Moïse, Othniel, chef militaire la sixième année après celle-ci (Josué 15. 16-17 ; Juges 112-13 ), survécut à l'anarchie pendant 48 ans (Juges 3. 8-11 ). Phinées, prêtre durant cette période (Juges 20, 28 ), avait au moins 20 ans la dernière année du règne de Moïse, lorsque la prêtrise fut promise à sa descendance. Son père, Éléazar, mourut peu après Josué (Josué 24, 33 ). L'intervalle entre la mort de Moïse et le début de l'asservissement peut donc être estimé avec une assez grande précision, bien que les années soient attribuées par conjecture et non par témoignage.

Ce n'est qu'une autre façon d'abandonner la science de la chronologie et de substituer aux dates réelles un tableau de conjectures invérifiables.

Une autre méthode tout aussi inadmissible consiste à se référer au témoignage de Josèphe, un compilateur tardif du Ier siècle après J.-C., qui ne disposait d'aucune information authentique sur la chronologie de cette période au-delà de ce que nous possédons nous-mêmes dans le texte de l'Ancien Testament, hormis les conjectures rabbiniques traditionnelles qu'il conserve et qui sont aussi inadmissibles que les conjectures du chronologue moderne.

Selon Josèphe, la période entre la mort de Moïse et le partage du pays est de 5 ans ; de là, 20 ans jusqu'à la mort de Josué ; et de là, 18 ans jusqu'à l'oppression de Cushan, soit un total de 43 ans entre la mort de Moïse et l'oppression de Cushan. Si l'on soustrait les 7 ans entre la mort de Moïse et le partage du pays, on obtient une période de 36 ans pour la période entre Josué et les Juges, c'est-à-dire entre le partage du pays et l'oppression de Cushan.

Les résultats fournis par d'autres chronologues peuvent être présentés sous forme de tableau. Ils ne proviennent pas des données fournies par le texte de l'Ancien Testament, mais sont le fruit de leurs propres méthodes, fondées sur des hypothèses et des conjectures subjectives. Ils sont donc dénués de toute autorité. Les variations entre eux sont très nombreuses et importantes, ce qui constitue une preuve supplémentaire de la validité de la méthode employée.

Le gouffre de Josué-Juges.

Du partage des terres à l'oppression de Cushan, selon les opinions subjectives ou les conjectures des chronologues anciens et modernes.

 

ANNÉES.

Willis J. Beecher 11
Petavius 18

Du Fresnoy

19

Clinton

20

Sulpice Sévère

20

Chronique pascale

20

Clément d'Alexandrie

20

Théophile

20

Eusèbe

20 ou 23 ou 48 ou 50

Hales

29

Blair   

31

Ussher

31

Henry Browne

36

Des Vignoles

36

Josèphe

36

Syncelle

38

Marge AV — Bp. Lloyd (1444-1402 av. J.-C.)

42

Africanus

48

Pezron

61

Serrarius

71

Toutes les données permettant de déterminer le nombre d'années entre le partage du pays et l'oppression de Cushan se trouvent dans le texte même de l'Ancien Testament. Ce nombre est de treize. Cette découverte est à mettre au crédit de l'auteur de la Companion Bible, ouvrage dont l'auteur de ces lignes a tiré de nombreuses suggestions éclairantes. La Companion Bible est l'une des tentatives les plus érudites d'élucidation du sens des Écritures parues ces dernières années. Elle comporte quelques erreurs, qui seront probablement corrigées dans la seconde édition. Elle est fortement imprégnée de l'idée millénariste, et les chiffres sont parfois manipulés pour situer la création d'Adam exactement 4 000 ans avant la date réelle de la naissance du Christ. Les résultats conjecturaux suggérés en partie par Lumen, l'auteur du Prince de la Maison de Juda, et adoptés par l'auteur de la Bible d'étude pour la période d'Esdras, de Néhémie et d'Esther, sont probablement erronés, mais sa tentative audacieuse de libérer la chronologie biblique de la tyrannie du système ptolémaïque est l'une des nombreuses illustrations de l'originalité du génie de l'auteur et de la finesse de sa compréhension du sens des Écritures.

La période de treize ans qui sépare le partage du pays de l'oppression de Cushan, appelée « gouffre entre Josué et les Juges », est incluse dans la durée de la longue période allant de la conquête et de l'occupation de Hesbon par Josué, l'année précédant l'entrée en Canaan (Deutéronome 2), à sa reconquête par les Ammonites 300 ans plus tard (Juges 11. 26 ). Nous connaissons la durée de chaque segment de cette période de 300 ans, à l'exception de celle allant du partage du pays à l'oppression de Cushan, et leur durée totale est de 287 ans. Par conséquent, nous concluons, par une logique historique inéluctable, que cette période devait comprendre exactement les treize années manquantes.

Avant de procéder à la démonstration de ce fait, le lecteur devrait jeter un coup d'œil à la vue d'ensemble du contenu du Livre des Juges donnée à la page 48 du volume II, sous la forme d'un tableau des 12 juges et du roi usurpateur, dont l'histoire est consignée dans le Livre des Juges, avec les années respectives de servitude, de repos, d'usurpation et de fonction de juge, ainsi que d'autres détails concernant les douze juges.

Ce tableau montre que la charge de juge de Shamgar était incluse dans les vingt années de la troisième période de servitude sous Jabin. Ceci est confirmé par les paroles de Juges 5 6.7 : « Au temps de Shamgar, fils d’Anath, au temps de Yaël, les routes étaient désertes et les voyageurs empruntaient les chemins de traverse. Les habitants des villages cessèrent de vivre, ils cessèrent de vivre en Israël, jusqu’à ce que moi, Débora, je me lève, jusqu’à ce que je me lève comme une mère en Israël. »

Cela situe les jours de Shamgar, qui sont les jours de Yaël, dans les 20 années de servitude de Jabin, qui durèrent « jusqu'à ce que moi, Débora, me levai », et furent conclues par la délivrance de Débora et Barak.

On constatera également que les vingt années de la fonction de juge de Samson sont incluses dans les quarante années de la sixième période de servitude, sous le joug des Philistins. Ceci est confirmé par les paroles de Juges 15:20 : « Il jugea Israël pendant vingt ans, au temps des Philistins. » Ces faits sont attestés par la même autorité que tous les autres événements relatés pour cette période, à savoir l’auteur du Livre des Juges. Cet auteur était probablement Samuel, qui, sans aucun doute, a puisé toutes ces informations dans des documents contemporains authentiques. Selon la tradition orale, remontant peut-être à cette époque, mais consignée par écrit pour la première fois au Ier siècle de notre ère dans le traité talmudique Baba Bathra, Samuel aurait écrit les livres des Juges, de Ruth et de 1 Samuel (chapitres 1 à 24). Toutes les autres périodes de servitude, de repos, d’usurpation et de fonction de juge relatées dans le Livre des Juges s’enchaînent de manière strictement continue. Elles trouvent leur conclusion dans Juges 16.31.

Le premier livre de Samuel, chapitre 1, reprend le récit, interrompu par trois annexes illustratives non datées, et est strictement continu avec l'histoire de Samson et de la servitude des Philistins dans les chapitres 13 à 16 du livre des Juges.

Les quarante années de jugement d'Éli commencent là où s'achèvent les quarante années de servitude des Philistins.

L'histoire d'Israël commence avec la naissance d'Abram dans la Genèse 11. À partir de ce moment et jusqu'à la fin du deuxième livre des Rois, il s'agit d'une histoire continue, interrompue par des illustrations occasionnelles comme les deux appendices des Juges 17-21, le livre de Ruth et les cinq appendices du deuxième livre de Samuel 21-24.

Nous revenons maintenant à la démonstration du fait que le soi-disant gouffre de Josué-Juges, ou la période allant du partage du pays à l'oppression de Cushan, était une période de 13 ans.

Il s'agit là d'un des problèmes les plus complexes de la chronologie de l'Ancien Testament. Sa résolution exige une attention particulière : (1) à la structure du Livre des Juges dans son ensemble ; (2) aux caractéristiques des énoncés généraux qui précèdent les quatre premières servitudes (Juges 2. 11-23) et les deux dernières (Juges 10.6-9 ). Ces énoncés, à la fois sommaires et préliminaires, offrent un aperçu des périodes respectives des quatre et des deux servitudes, que l'auteur aborde ensuite en détail ; et (3) à la structure du verset Juges 10. Ce verset, dans sa version hébraïque, est une introversion : il énonce d'abord un événement et sa chronologie, puis un autre événement et sa chronologie. Les mots « cette année-là » font référence à la première année du jugement de Jaïr, au cours de laquelle les Ammonites « brisèrent et écrasèrent » les Israélites, et reprirent ainsi possession de Hesbon et d'une partie du territoire d'Israël, qu'ils occupèrent pendant les 22 années du jugement de Jaïr ; tandis que les mots « dix-huit ans » font référence à la période où, immédiatement après la mort de Jaïr, ils soumirent et opprimèrent « tous les Israélites » des deux côtés du Jourdain.

Les 22 années de Jaïr seront donc incluses dans la chronologie comme une période complète et distincte des 18 années de la cinquième servitude sous les Ammonites, qui les précèdent immédiatement. Cependant, aucune de ces deux périodes ne sera comprise dans les 300 ans de Jephté (Juges 11. 26 ), car durant cette année, la première de Jaïr, les Ammonites « brisèrent et écrasèrent » les Israélites, se débarrassèrent de leur joug et reprirent possession de Hesbon et d'autres villes à l'est du Jourdain. Jephté ne put donc affirmer qu'« Israël habitait à Hesbon et dans ses villes, à Aroër et dans ses villes, et dans toutes les villes situées le long du littoral de l'Arnon » (Juges 11. 26 ) durant les 22 années du jugement de Jaïr. Il pouvait encore moins affirmer qu'Israël avait habité ces villes à un quelconque moment durant les 18 années d'oppression ammonite, lorsque tout Israël, des deux côtés du Jourdain, fut complètement soumis et réduit à un état de servitude par les enfants d'Ammon.

1. La structure du Livre des Juges dans son ensemble.

Concernant le premier de ces trois points importants, à savoir la structure du Livre des Juges dans son ensemble, un aperçu de son contenu, présenté page 48 du tome II, en donne une certaine indication. On y voit que le livre relate six apostasies, six servitudes, six cris vers Dieu et six délivrances. L'histoire s'articule autour des personnalités de six libérateurs, de six autres juges, d'une prophétesse (Débora) et d'un roi usurpateur (Abimélec). Les années de servitude, de repos après la délivrance, d'usurpation et de magistrature sont, dans chaque cas, clairement énoncées. Il en va de même du fait que la délivrance de Shamgar des Philistins eut lieu durant l'oppression de Jabin (Juges 3.31, 5.6.7 ) et que Samson exerça la magistrature pendant 20 des 40 années d'oppression philistine (Juges 15.20, 16.31 ). La preuve que la magistrature d'Éli est consécutive et fait suite immédiatement à la fin des 40 années de la sixième période de servitude sous le joug philistin réside dans la structure même des livres des Juges, de Ruth et de Samuel. Il s'agit d'un récit continu. Ce récit est interrompu par trois annexes, qui illustrent en détail la période des Juges, dont les grandes lignes ont été présentées dans les chapitres précédents. Nous trouvons d'abord une illustration de l'idolâtrie de l'époque, l'histoire de Michée et des Danites (Juges 17-18). Vient ensuite une illustration de l'immoralité de cette époque, l'histoire du Lévite et des hommes de Guibéa (Juges 19-21), et, par contraste, une image idyllique de la piété et de la pureté rustiques au milieu de l'infidélité et de l'immoralité. Puis, dans 1 Samuel 1: 1, le récit reprend. Sans ces illustrations, la lecture apparaît comme consécutive et continue. On observe cependant un changement de ton entre Juges 1-16 et 1 Samuel 1. Juges 1-16 relate l'histoire de l'époque des Juges, au sens propre du terme. 1 Samuel 1-7 relate l'histoire de la période de transition de la théocratie à la monarchie. Cette différence justifie l'insertion des trois appendices, car dans 1 Samuel 1:16, le récit s'appuie sur les écrits des Juges. 1 Nous tournons une page et entamons un nouveau chapitre de l'histoire d'Israël. Mais il ne faut pas oublier que l'ensemble des livres historiques, de la Genèse au Deuxième Livre des Rois, forme un récit continu et cohérent.

Afin de clarifier les choses, nous joignons ici une vue d'ensemble de la structure des livres des Juges, de Ruth et de 1 Samuel. Ceci mettra en évidence le caractère consécutif et continu de l'ensemble du récit, ainsi que la fonction de transition de 1 Samuel 1-7. Cela nous fournira également une clé pour l'interprétation de l'expression difficile « cette année-là » dans Juges 10,8. On peut la présenter ainsi :

Vue d'ensemble de la structure du Livre des Juges. Théocratie.

Première partie. — Quatre servitudes.

Jud. 1. 1 — 2. 10. Introduction.
Jud. 2. 11-23.

Étude préliminaire ou rapport de synthèse précédant les quatre premières servitudes.

Apostasie. — Les enfants d’Israël firent ce qui est mal aux yeux de l’Éternel.

Servitude. — Et il les livra entre les mains de leurs ennemis.

Criez vers Dieu. — Ils gémissaient à cause de ceux qui les avaient brisés et écrasés.

Délivrance. — Le Seigneur suscita des Juges et les délivra des mains de ceux qui les exploitaient.

Jud. 3. 7.

Les enfants d'Israël ont fait le mal.

1ère servitude — Cushan, 8 ans. Délivrance — Othniel. Repos : 40 ans.

Jud. 3. 12. Les enfants d'Israël ont fait le mal.

2e servitude — Églon, 18 ans. Délivrance — Ehud. Repos : 80 ans.

(Jud. 3. 31 ). Parenthèse. — Après lui, Shamgar délivra aussi Israël, c'est-à-dire pendant l'oppression de Jabin (voir Juges 5, 6, 7 ). Il ne s'agit pas d'une suite du récit, mais d'un résumé anticipé d'un événement survenu durant la période traitée au paragraphe suivant.
Jud. 4. 1. Les enfants d'Israël firent le mal après la mort d'Ehud. Cela établit un lien entre les 80 années de repos d'Ehud et les 20 années d'oppression de Jabin, sans laisser place à la délivrance de Shamgar entre ces deux périodes.

3e Servitude — Jabin, 20 ans. Délivrance — Barak. Repos : 40 ans.

Jud. 6. 1. Les enfants d'Israël ont fait le mal.

4e servitude — Madian, 7 ans. Délivrance — Gédéon. Repos : 40 ans.

Jud. 8. 33 -9. 57. L'histoire d'Abimélech.

Juges 8:33. Après la mort de Gédéon, Abimélec, 3 ans plus tard.

Juges 10. 1-5.

Résumé de deux postes de juge.

Juges 10 1. Après qu'Abimélec se soit levé Tola.

Jugé à 23 ans. Décédé et enterré.

Jude 10 3. Après lui se leva Jaïr.

Condamné à 22 ans. Décédé et enterré.

 

Cette dernière remarque est une anticipation. L'historien achève son récit de Jaïr avant d'aborder un nouveau sujet, bien que chronologiquement, il n'en soit qu'à la première année de ce règne. Cf. 2 Chroniques 29, 1, 2, un résumé de l'ensemble du règne d'Ézéchias, suivi au verset 3 d'un récit détaillé, commençant par les événements de la première année.

 

Partie II. — Deux servitudes.

Jud. 10. 6 -16.

Étude préliminaire ou rapport de synthèse précédant les deux dernières servitudes.

Apostasie. — Les enfants d’Israël firent ce qui est mal aux yeux de l’Éternel.

Servitude. — Il les vendit entre les mains des Philistins et des Ammonites.

  • A. Et ils brisèrent et écrasèrent les enfants d'Israël A. Cette année-là (— la 1ère année de Jaïr).

  • B. Dix-huit ans (= après la dernière année de Jaïr). B. Tous les enfants d'Israël des deux côtés du Jourdain.

Criez vers Dieu. — Les enfants d’Israël crièrent vers l’Éternel, disant : « Nous avons péché. »

Refus de délivrer. — Allez crier vers les dieux que vous avez choisis ; qu'ils vous délivrent.

Cri répété vers Dieu : « Nous avons péché. Délivre-nous aujourd’hui seulement. »

Réponse. — Son âme était affligée par la misère d'Israël.

Jud. 10. 17 -12. 6. Détails de l'oppression des Ammonites et de leur délivrance par Jephté.
Juges 12. 7-15.

Résumé des quatre postes de juge.

Juges 12: 7. Jephté jugea Israël pendant six ans, mourut et fut enterré.

Jud. 12 8. Ibzan " " 7 " " " 

Jud. 12 11. Élon " " 10 " " " 

Jud. 12 13. Abdon " " 8 " " " 

Jud. 13 1 -16 31. Détails de l'oppression philistine et du jugement de Samson.
(Jud. 15 20 ). Parenthèse. — Samson a jugé Israël pendant les 20 ans du règne des Philistins.

 

Annexes.

 

Juges 17-18. Annexe 1. — Michée et les Danites — L'idolâtrie.

Juges 19-21. Annexe 2. — Le Lévite et les hommes de Guibéa — l'immoralité. Ruth.

Annexe 3. — L’histoire de Ruth — piété et pureté au milieu de l’infidélité et de l’immoralité.

Transition vers la monarchie.

1 Sam. 1-7. Les jugements d'Éli et de Samuel.

Monarchie.

1 Sam. 8-2 Rois Saül, David et Salomon, et les rois d'Israël et de Juda.

 

2. Le caractère particulier des déclarations sommaires, Jud. 2 11-23 et 10 6-9.

Cette analyse de la structure du Livre des Juges montre qu'il est divisé en deux parties, chacune commençant par un résumé du cycle quadruple d'événements — apostasie, servitude, cri vers Dieu, délivrance — qui sont ensuite décrits en détail.

Le verset difficile, Juges 10,8, n'apparaît pas dans le récit continu, mais dans l'exposé préliminaire des deux dernières servitudes, d'abord mentionnées ensemble, puis détaillées : l'oppression ammonite, puis l'oppression philistine. Bien que présentées ensemble, il s'agit de deux servitudes distinctes et non d'une seule, et elles sont successives, non pas simultanées.

3. La structure du verset Juges 10 8.

Jaïr était un Galaadite. Il avait 30 fils qui montaient chacun 30 ânons, signe de leur rang princier et de leur autorité gouvernementale ; et ils possédaient 30 villes appelées Havoth-Jaïr, ou les villages de Jaïr, au pays de Galaad. Il n'est pas dit que Jaïr ait délivré Israël, mais seulement qu'il ait été juge pendant 22 ans. Or, dans Juges 2.18, on lit que « lorsque l'Éternel leur a donné des juges, l'Éternel était avec le juge, et il les a délivrés de la main de leurs ennemis pendant tout le règne du juge ». Ainsi, bien qu'il ne soit pas dit que l'Éternel ait « donné » Jaïr, mais seulement qu'il « se soit levé », il est fort probable que l'auteur veuille nous faire comprendre que les Ammonites ont « brisé et écrasé » les enfants d'Israël durant la première année du règne de Jaïr, de sorte qu'ils ont pu reprendre Hesbon et le territoire du sud attribué à Ruben, mais pas Galaad ni le territoire du nord attribué à Gad, ni aucune autre partie du pays d'Israël, jusqu'à la mort de Jaïr. Ils ont alors traversé le Jourdain et ont complètement soumis tout Israël des deux côtés du fleuve, l'opprimant pendant 18 ans jusqu'à la délivrance par Jephté.

La traduction exacte de l'hébreu de Juges 10 8.9 est la suivante : —

v. 8. A. Et ils brisèrent et écrasèrent les enfants d'Israël

A. Cette année-là (= la première année de Jair).

B. Dix-huit ans ( = après la dernière année de Jair).

B. Tous les Enfants d'Israël qui se trouvaient au-delà du Jourdain, au pays des Amorites, c'est-à-dire en Galaad.

v. 9. « Et les enfants d’Ammon traversèrent le Jourdain pour combattre Juda, Benjamin et la maison d’Éphraïm, et Israël fut dans une grande détresse. »

La construction du verset 8 est très complexe. La seconde phrase, commençant par les mots « dix-huit ans », est abrupte et elliptique, son verbe devant être sous-entendu dans la première phrase. Le sens de cette seconde phrase est précisé dans le verset suivant. Aucune autre interprétation n'est plus claire que celle présentée ci-dessus.

Cette interprétation, qui considère les 22 années de Jaïr et l'oppression ammonite comme deux périodes complètes et consécutives, sans chevauchement, est corroborée par le calcul de saint Paul. Ce dernier, dans les Actes 13.19.20, estime à environ 450 ans la durée entre le partage du pays par le sort et la fin du mandat de Samuel. Ce chiffre correspond à la somme exacte des années de servitude, des années de repos, de l'usurpation et des mandats de juges mentionnés dans le livre des Juges et dans 1 Samuel 1-7, depuis l'oppression de Cushan jusqu'à la fin du mandat de Samuel, en considérant les 20 années de 1 Samuel 7.2 comme la durée de ce mandat. Mais comme le nombre d'années de ce qu'on appelle le gouffre entre Josué et les Juges, de la division du pays à l'oppression de Cushan, n'est pas précisé dans l'Ancien Testament, et a dû s'étendre sur plusieurs années, saint Paul autorise un ajout indéfini aux 450 ans en y ajoutant le mot « environ ».

Cette interprétation est corroborée par le fait que les 13 années qu'elle attribue à la période dite de Josué et des Juges, depuis le partage du pays jusqu'à la première servitude sous Cushan, correspondent aux années de la théocratie, de l'Exode à la quatrième année de Salomon (en omettant les six servitudes et l'usurpation d'Abimélec), soit exactement 480 ans, comme indiqué dans 1 Rois 6.1.

Cette interprétation de Juges 10.8 est confortée par le fait que la seule autre interprétation possible de l'expression « cette année-là », qui la ferait se référer à la dernière année de Jaïr, ne laisserait aucune année entre le partage du pays et l'oppression de Cushan. On peut donc considérer comme correcte l'interprétation qui fait de « cette année-là » dans Juges 10.8 la première année de Jaïr.

La détermination de la longueur du soi-disant gouffre de Josué-Juges, ou de l'intervalle entre la division du pays et l'oppression de Cushan, sera alors effectuée de la manière indiquée dans le tableau suivant.

 

LE SOMMET APPELÉ DE JOSHUA-JUGES.

De la Division du Pays (Juges 2 6 ) au début de la 1ère Servitude sous Cushan (Juges 3 8 ).

PÉRIODES.

années.

années.

années.

De la conquête de Hesbon à sa reconquête par les Ammonites, probablement la première année de Jaïr (Juges 10, 3-8 ; 11, 26 ).

DÉDUIRE.

    300
De la conquête de Hesbon à l'entrée (Ex. 12 40-41, 40 17, Deut. 2 14-37, Jos. 4 19, 5 6 )   1  

De l'entrée à la division des terres, 2253-2260

[Suit ici le gouffre dit des Juges de Josué]

  7  
Du premier jour de servitude, sous Cushan, à la première année de Jair, à savoir : —      
1ère servitude, sous Cushan (Juges 3 8 ) 8    
     Repos par Othniel (Juges 3, 11 ) 40    
2e servitude, sous Eglon (Juges 3 14 ) 18    
     Repos par Ehud (Juges 3.30 ) 80    
          Jugement de Shamgar (Juges 3 31 ) inclus dans la 3ème servitude sous Jabin (Juges 5 6-7 )      
3e Servitude, sous Jabin (Juges 4.3 ) 20    
     Repos par Barak (Juges 5:31 ) 40    
4e Servitude, sous Madian (Juges 6 1 ) 7    
     Le repos selon Gédéon (Juges 8.28 ) 40    
     Usurpation d'Abimélech (Juges 9.22 ) 3    
     Jugement de Tola (Jud. 10 2 ) 23 279 287

Le soi-disant gouffre de Josué-Juges, de la Division de la

Terres de première servitude sous Cushan…

=     13

Nous pouvons maintenant ajouter à notre chronologie le lien supplémentaire suivant :  —

AN. HOM.    
2560.   Division des terres (voir chapitre 15).
13.   Ajoutez 13 ans à la 1ère Servitude sous Cushan (Jud. 3 8 ) telle que déterminée par le tableau ci-dessus.
2573.   Début de la première servitude sous Cushan.

 

Chapitre XVII.

Les Juges, y compris Samuel = 450 ans.

(an. hom. 2573-3023)

Le tableau suivant présente la chronologie de la période des Juges, depuis la première servitude sous Cushan jusqu'à l'élection de Saül. Les années de servitude, de repos, d'usurpation et de magistrature sont réparties dans quatre colonnes distinctes, et l'on constate que leur total s'élève exactement à 450 ans. Saint Paul, dans son discours à Antioche de Pisidie, déclare : « Il leur partagea leurs terres par… Et après cela, il leur donna des juges pendant environ 450 ans, jusqu'au prophète Samuel. » ( Actes 13, 19. 20 ). On observe ici encore une grande précision.

On constatera que le nombre d'années écoulées entre l'oppression de Cushan et la fin du mandat de juge de Samuel n'est pas « environ », mais exactement de 450 ans.

Saint Paul a cependant tout à fait raison d'utiliser le mot « environ », et il était contraint de l'employer par souci d'exactitude, car la période dont il parle s'étend du partage du pays à la fin du règne de Samuel. Elle inclut donc la période de treize ans entre Josué et les Juges, qui n'est pas mentionnée dans le texte de l'Ancien Testament et n'est pas comprise dans les 450 ans indiqués. Saint Paul se doit donc de prendre en compte cet intervalle, ce qu'il fait tout naturellement et avec une grande précision en décrivant cette période comme une durée d'« environ 450 ans ».

ISRAËL SOUS LES JUGES.

Depuis la première servitude, sous Cushan, jusqu'à l'élection de Saül.

PÉRIODES.

Servitude.

Repos.

Usurpation.

Jugement.

1ère Servitude, sous Cushan

8

 —

 —

 —

Repos par Othniel

 —

40

 

 —

2e servitude, sous Eglon

18

 —

 —

 —

Repos par Ehud..

 —

80

 —

 —

(Le jugement de Shamgar est inclus dans la 3e Servitude, sous Jabin, Juges 3:31, 5: 6, 7 )

 

 —

 

 —

 

 —

 

 —

3ème Servitude, sous Jabin

20

 —

 —

 —

Reposez-vous près de Barak…

 —

40

 —

 —

4e Servitude, sous Madian

7

 —

 —

 —

Repos par Gédéon

 —

40

 —

 —

Usurpation d'Abimélech

 —

 —

3

 —

Juge de Tola

 —

 —

 —

23

Jugement de Jair

 —

 —

 —

22

5e Servitude, sous Ammon

18

 —

 —

 —

Jugement de Jephté

 —

 —

 —

6

Jugement d'Ibzan

 —

 —

 —

7

Juge d'Elon

 —

 —

 —

10

Juge d'Abdon

 —

 —

 —

8

6ème Servitude, sous les Philistins..

40

 —

 —

 —

(Le jugement de Samson est inclus dans la 6e Servitude,

 —

 —

 —

 —

sous les Philistins, Juges 15 20 )

 —

 —

 —

 —

Jugement d'Eli

 —

 —

 —

40

Jugement de Samuel

 —

 —

 —

20

(NB — 1 Sam. 7 13 - 17 est une révision, et non une suite de l'histoire)

 

 

 

 

Totaux

111

200

3

136

 

TOUTE LA PÉRIODE DES JUGES.

Années de servitude

111
Années de repos 200
Années d'usurpation 3
Des années de service judiciaire 136
  450

 

Nous sommes maintenant en mesure de poursuivre la chronologie depuis la première servitude, sous Cushan, jusqu'à l'élection de Saül, et ceci est fait dans le tableau suivant : —

CHRONOLOGIE DE LA PÉRIODE DES JUGES.

Depuis la première servitude, sous Cushan, jusqu'à l'élection de Saül.

AN. HOM.    
2573.   1ère Servitude, sous Cushan (voir Chapitre 16).
8.   Ajoutez 8 ans de servitude sous Cushan (Jud. 3 8 ).
2581.   Repos par Othniel.
40.   Ajouter 40 ans de repos par Othniel (Juges 3 11 ).
2631.   2e Servitude, sous Eglon.
18.   Ajoutez 18 ans de servitude sous Eglon (Juges 3 14 ).
2639.   Reposez-vous auprès d'Ehud.
    Le jugement de Shamgar (Jud. 3 31 ) était inclus dans 20 ans de 3ème servitude, sous Jabin (Jud. 5 6 · 7 ).
80.   Ajouter 80 ans de repos par Ehud (Juges 3:30).
2719.   3ème Servitude, sous Jabin.
20.   Ajoutez 20 ans de servitude sous Jabin (Juges 4 3 ).
2739.   Reposez-vous auprès de Barak.
40.   Ajoutez 40 ans de repos selon Barak (Juges 5 31 ).
2779.   4ème Servitude, sous Madian.
7.   Ajoutez 7 ans de servitude sous Madian (Juges 6 1 ).
2786.   Reposez-vous auprès de Gédéon.
40.   Ajoutez 40 ans de repos selon Gédéon (Juges 8:28 ).
2826.   Usurpation par Abimélech.
3.   Ajoutez 3 ans d'usurpation d'Abimélech (Juges 9 22 ).
2829.   Juge de Tola.
23.   Ajouter 23 ans de jugement de Tola (Jud. 10 2 ).
2852.   Jugement de Jair.
22.   Ajouter 22 ans de mandat de juge de Jair (Jud. 10 3 ).
2874.   5e Servitude, sous Ammon.
18.   Ajoutez 18 ans de servitude sous Ammon (Juges 10 8 ).
2892.   Jugement de Jephté.
6.   Ajouter 6 ans de jugement de Jephté (Juges 12: 7 ).
2898.   Jugement d'Ibzan.
7.   Ajouter 7 ans de jugement d'Ibzan (Jud. 12 9 ).
2905.   Juge d'Elon.
10.   Ajouter 10 ans de mandat de juge d'Elon (Jud. 12 11 ).
2915.   Jugement d'Abdon.
8.   Ajouter 8 ans de juge d'Abdon (Jud. 12 14 ).
2923.   6e. Servitude sous les Philistins.
    Le jugement de Samson pendant 20 ans (Juges 16 31 ) inclus dans les 40 ans de la 6e servitude, sous les Philistins (Juges 15 20 ).
40.   Ajoutez 40 ans de servitude sous les Philistins (Juges 13: 1 ).
2963.   Jugement d'Éli.
40.   Ajoutez 40 ans de jugement d'Éli (1 Sam. 4 18 ).
3003.    Jugement de Samuel.
20.   Ajoutez les 20 années de jugement de Samuel, 1 Sam. 7 2. (NB — 1 Sam. 7 13-17 est une révision, et non une continuation de l'histoire).
3023.   Élection de Saül.

 

Chapitre XVIII.

Le lien Eli-Samuel.

De la mort d'Éli au début du règne de Saül = 20 ans.

(an. hom. 3003-3023)

Le fossé dit « Josué-Juges » comble l'intervalle entre le dernier événement daté de la guerre de conquête de sept ans, à savoir le partage du pays par Josué, et le premier événement daté de la période de 450 ans des Juges, à savoir l'oppression de Cushan. Il est déterminé avec grande difficulté, au moyen du fait sous-entendu dans le message de Jephté aux enfants d'Ammon (Juges 11, 14-28 ).

Voici l'argument de Jephté : les Ammonites furent dépossédés de leurs terres par les Amorites, et non par les Israélites. Ces derniers obtinrent leur titre de propriété par la conquête de Sihon, roi amorite de Hesbon, qui eut lieu l'année précédant leur entrée en Canaan, lorsqu'ils prirent possession de « tout le territoire des Amorites, depuis l'Arnon jusqu'au Jabbok ».

Le droit de conquête avait été conforté et maintenu par la possession ininterrompue du pays, malgré l'échec de l'attaque de Balak, roi de Moab, visant à le leur ravir. Le Seigneur, Dieu d'Israël, avait dépossédé les Amorites et donné le pays à Israël ; leur prétention avait été justifiée par leur possession ininterrompue pendant trois cents ans, depuis la conquête de Hesbon, l'année précédant l'entrée en Canaan, jusqu'à « cette année-là », l'année où les Ammonites « brisent et écrasent » les Israélites et reprennent le territoire qu'Israël avait pris aux Amorites, mais que les Ammonites revendiquent désormais comme leur appartenant originellement.

Avec beaucoup de difficulté, mais avec un degré considérable de certitude historique, nous avons retenu une interprétation des mots « cette année-là » dans Juges 10,8, qui l’identifie à la première année de Jaïr, l’année qui a immédiatement suivi, mais qui n’a pas été incluse dans les 300 ans de Jephté.

Nous abordons maintenant la discussion d'un autre problème chronologique d'une difficulté et d'une complexité presque égales, qui a donné lieu à un nombre égal d'interprétations divergentes, ou plutôt de « conjectures sur la vérité », puisqu'il n'existe aucune déclaration directe quant à la durée exacte de la période allant de la mort d'Éli à la fin du mandat de juge de Samuel lors de l'élection de Saül.

La détermination du nombre d'années de cette période qui coïncide exactement avec l'administration de Samuel est cependant assez simple et assez décisive. L'administration de Samuel occupe l'intervalle des vingt ans mentionnés dans 1 Samuel 7.2.

Ces années comprennent la fraction de l'année pendant laquelle l'Arche se trouvait pendant 7 mois au pays des Philistins, et toute la période de son séjour à Kirjath-Jearim jusqu'à la bataille de Mitspa, au cours de laquelle les Philistins furent vaincus et les villes qu'ils avaient prises à Israël furent restituées à Israël, de Gath jusqu'à Ekron.

Dès lors, le peuple commença à réclamer un roi, ce qui mena à l'élection de Saül.

Cette interprétation s'impose par une bonne compréhension de la structure du chapitre 7 du premier livre de Samuel. L'analyse que propose le professeur Henry Preserved Smith, divisant ce chapitre en deux sections issues de deux sources ou documents distincts, est pour le moins subjective et fantaisiste, et ne repose sur aucun fondement objectif avéré. Il présuppose l'existence d'un « document d'Éli » qui débute en 1 Samuel 4 ou 5 et s'étend jusqu'à la fin de 1 Samuel 7,2. Stenning élimine la phrase « car il s'écoula vingt ans », la considérant comme une interpolation ou un ajout ultérieur d'un rédacteur postérieur. Le reste du chapitre est, selon le professeur H.P. Smith, tiré d'un « document de Samuel », abrégé en Sm., tandis que Stenning attribue 1 Samuel 7.2-8.22 à un second narrateur élohiste, désigné par le symbole E2.

L'analyse de la structure du chapitre montre que le premier verset appartient au récit du chapitre 6. Rien ne permet de remettre en cause la tradition incontestée, conservée dans le traité talmudique Baba Batlira, selon laquelle Samuel lui-même est l'auteur des 24 premiers chapitres de ce livre. De même, rien ne justifie l'hypothèse d'interpolations ou d'ajouts ultérieurs de la part des éditeurs et rédacteurs ultérieurs du livre. Au verset 2, une nouvelle époque est atteinte et un nouveau sujet est introduit ; ce changement aurait dû être marqué par la division du chapitre ou par l'insertion d'un ¶ à cet endroit.

L'auteur poursuit en racontant l'histoire du premier grand réveil religieux provoqué par les 20 années d'enseignement religieux discret, non intrusif mais omniprésent de Samuel, à la fin desquelles le peuple est revenu à Dieu et, sous la direction de Samuel, a obtenu une grande victoire sur ses ennemis à Mitspa, et a ainsi recouvré son indépendance (1 Sam. 7 2-12 ).

Ceci conclut le récit du jugement de Samuel, et l'événement suivant est le rejet de la théocratie et la demande de nomination d'un roi dans 1 Sam. 8.

Avant de clore définitivement la période de la théocratie, l'auteur résume en quelques phrases brèves et éloquentes toute l'histoire du mandat de Samuel, jusqu'à la nomination du roi Saül, et laisse entendre que Samuel continua d'exercer la fonction de juge non seulement jusqu'à ce moment, mais aussi durant toute sa vie. Ce résumé du mandat de Samuel se trouve dans 1 Samuel 7.13-17. À l'instar du résumé du règne de Saül, dans 1 Samuel 14.47-52, il est rétrospectif et prospectif, et non continu. Il nous apprend que la main de l'Éternel s'était opposée aux Philistins durant tout le règne de Samuel, et que cette hostilité avait culminé avec la grande victoire de Mitspa. Grâce à cette victoire, les villes prises par les Philistins à Israël furent restituées à ce dernier, et une période de paix s'ensuivit, durant laquelle les Philistins ne pénétrèrent plus en terre d'Israël.

Ce résumé nous renseigne également sur la manière dont Samuel administrait le pays. Il avait coutume de se déplacer de Béthel à Guilgal, puis de Guilgal à Mitspa, après quoi il retournait à Rama, où il avait établi un centre de culte et où il exerçait ses fonctions de juge d'Israël jusqu'à la fin de sa vie, même après la nomination du roi Saül.

Puisque 1 Samuel 7.13-17 est un résumé rétrospectif et prospectif de l'administration de Samuel, la continuité du récit sera démontrée en reliant 1 Samuel 8.4, le rassemblement des anciens auprès de Samuel pour demander un roi, à 1 Samuel 7.12, l'érection de la pierre d'Ebenezer en mémoire de la grande victoire de Mitspa. La période de 20 ans mentionnée dans 1 Samuel 7.2 doit être interprétée comme couvrant toute la période de l'administration de Samuel précédant la victoire de Mitspa et l'élection de Saül, qui suivit immédiatement.

Ce résultat découle d'une analyse approfondie de la structure du chapitre. Il résulte d'un examen attentif des affirmations contenues dans le texte lui-même et peut être considéré comme une interprétation fidèle de l'intention et du sens voulus par l'auteur.

Mais cette affirmation n'est pas isolée. Elle est corroborée, et même rendue nécessaire, par les chiffres donnés par saint Paul dans les Actes 13.19-20, où il déclare que la période allant du partage du pays jusqu'au règne de Samuel inclus ( en grec : « eos » ) a duré environ 450 ans. Le mot « environ » est employé pour désigner la période entre le partage du pays et l'oppression de Cushan.

Les 450 ans sont composés des 19 chiffres spécifiés dans le Livre des Juges (y compris 1 Sam. 1-7), correspondant au nombre d'années contenues dans chacune des six servitudes, les quatre périodes de repos, l'usurpation d'Abimélech et les huit autres mandats de juge, dont le dernier est le mandat de Samuel, qui doit avoir duré 20 ans, car autrement la durée totale de la période définie par saint Paul n'aurait pas atteint 450 ans.

Il ne fait aucun doute que, que l'apôtre Paul ait eu raison ou tort, les chiffres qu'il donne sont le fruit d'une simple addition. Il a pris chaque chiffre tel qu'il apparaît dans le texte du récit de l'Ancien Testament concernant la période considérée, et le résultat est le suivant : nul ne peut ajouter ni retrancher un an :

Détails des 450 ans de saint Paul dans les Actes 13 20.

Cushan....

ANNÉES.

8

Othniel....

40

Eglon....

18

Ehud......

80

Jabin....

20

Barak....

40

Midian....

7

Gédéon....

40

Abimélech....

3

Tola......

23

Jair......

22

Ammon....

18

Jephté....

6

Ibzan......

7

Elon......

10

Abdon....

8

Philistins....

40

Éli......

40

Samuel....

20

 

Total 450 ans.

Ce résultat est corroboré par sa concordance avec le total de 480 ans donné dans 1 Rois 6,1, qui est composé de toutes les durées données pour les différentes périodes de l'histoire, de l'Exode au début de la construction du Temple la quatrième année du règne de Salomon, en omettant toujours les années des six servitudes et de l'usurpation, car elles ne doivent pas être incluses dans le calcul des années d'Israël gouverné par Dieu, ainsi que les années du jugement de Shamgar, car elles se situent pendant la période d'oppression de Jabin, et celles de Samson, car elles se situent pendant la période d'oppression des Philistins.

Le tableau de la page 49 du volume II, Tables chronologiques, donne une vue d'ensemble de toute la période des Juges, en répartissant le nombre d'années attribuées à chaque période dans le texte de l'Ancien Testament et en montrant sa concordance avec le nombre d'années des périodes plus longues de 300 et 480 ans spécifiées dans l'Ancien Testament, et des 450 ans spécifiées dans le Nouveau Testament.

Chapitre XIX.

Chronologie comparée — De Moïse à Samuel.

Le prétendu intervalle entre la dernière année d'Éli et la première année de Saül, appelé « gouffre de Sampel » ou « gouffre d'Éli-Saül », a constitué une énigme aussi grande pour les chronologues que le prétendu intervalle entre Josué et les Juges. Tous persistent dans l'erreur de supposer que cette période n'est pas clairement définie dans les affirmations de l'Ancien Testament et, soit ils se rabattent sur Flavius ​​Josèphe ou une autre source non autorisée, soit ils comblent le vide en proposant la durée qui leur semble la plus plausible. Il en résulte une immense variété de chiffres discordants, fruits de conjectures, tous dépourvus de toute crédibilité et de toute valeur. Le tableau suivant peut être comparé à la liste des estimations avancées par les chronologues, anciens et modernes, quant à la durée de l'intervalle entre Josué et les Juges, donnée au chapitre 16.

Lien entre Éli et Saül.

De la mort d'Éli au début du règne de Saül.

Selon les opinions subjectives des chronologues, anciens et modernes, ou comme le dit Clinton, « diversement fournies par conjecture ».

  ANNÉES.
Chronique juive (incluse dans le règne de Saül) 0
Eusèbe           0
Petavius           0

Clément d'Alexandrie

0 ou 9

Théophile

12 ou 23

Josèphe (Éli et Saül = 52)

12 ou 23

De Tournemine à Du Fresnoy

20

Syncelle

20 ou 40

Ussher (Eli omis car contemporain de la servitude philistine) 21

Hales (Eli et Samuel=72)

32

Clinton (32 ans, ce n'est pas une hypothèse trop pessimiste)

32

Africanus

38, 50 ou 108

Willis J. Beecher (Waiting 20, Samuel 19)

39

Bible d'accompagnement

40

Jackson

41

Marges AV = Bishop Lloyd (bc 1141-1095)

46

Chronique pascale

60

Cette méthode d'écriture de l'histoire, qui ne consigne que les faits et les dates qui apparaissent clairement, laissant les lacunes à « combler par la conjecture », ne saurait séduire l'étudiant moderne en chronologie biblique.

L'histoire et la géographie sont des sciences descriptives. Contrairement à la physique, la chimie et la biologie, ce ne sont pas des sciences générales où les hypothèses sont admises, car elles peuvent toujours être vérifiées ou réfutées par l'observation et l'expérimentation. L'histoire et la géographie reposent entièrement sur l'observation directe et le témoignage ; en leur absence, elles perdent leur caractère scientifique, à moins que les problèmes rencontrés ne puissent être résolus par induction historique à partir de faits avérés permettant de déduire l'information nécessaire par inférence. C'est uniquement ainsi que l'on peut résoudre les problèmes de la chronologie biblique et combler les lacunes apparentes entre Josué et les Juges, Samuel et autres périodes de rupture dans la chronologie.

C’est à cette fin que les longues périodes bibliques sont mentionnées ; il faut s’y référer chaque fois qu’il y a une rupture dans la continuité des dates données dans le récit historique. Il en résultera que chaque lacune ou abîme dans l’histoire de l’Ancien Testament peut être comblé, et que les éléments fournis par le texte de l’Ancien Testament suffisent à construire une chronologie continue des événements datés, de la création d’Adam à la mort du Messie, sans recourir à aucune source d’information extérieure ni à l’adoption de conclusions problématiques « issues de conjectures ».

Les 480 ans de 1 Rois 6 1.

La longue période de 480 ans mentionnée dans 1 Rois 6.1 a suscité une grande perplexité. Certains chronologues, comme Ussher, l'ont intégrée à leur système chronologique, invalidant ainsi l'ensemble de leur chronologie à partir de ce point, et ce jusqu'à 114 ans. D'autres, comme Jackson, Hales et Clinton, la considèrent comme une apocryphe et la rejettent catégoriquement. D'autres encore ont non seulement accepté le nombre 480 comme authentique et modifié la chronologie de l'Ancien Testament pour la faire concorder avec ce chiffre, mais ils sont même allés jusqu'à corriger saint Paul et amender le texte du Nouveau Testament dans les Actes 13.17-20 afin de le faire concorder avec les 480 ans de 1 Rois 6.1.

Ce « texte modifié », ou plutôt ce texte corrompu, est la base de la traduction des Actes 13 17-20 dans la version révisée, une traduction qui exclut absolument la possibilité de donner une interprétation intelligible aux mots des Actes 13 19-20.

La version autorisée traduit le texte véritable de ς Ti. D 2, E, H, L, P, et bien d'autres, itemD*d., syr., ar., aeth., « lorsqu'il eut détruit sept nations au pays de Canaan, il leur partagea leur pays par le sort. Et après cela, il leur donna des juges pendant environ 450 ans, jusqu'au prophète Samuel. »

La version révisée traduit le texte « corrigé » de Gb 1 א A, B, C et 7 cursives, ce qui donne ce non-sens : « lorsqu’il eut détruit sept nations au pays de Canaan, il leur donna leur pays en héritage pour environ 450 ans ; et après cela, il leur donna des juges jusqu’au prophète Samuel. »

Le principal défaut de la RV dans tout le Nouveau Testament est la surestimation de l'autorité des manuscrits de prédilection de Westcott et Hort, א et B., deux manuscrits considérés comme parmi les plus anciens et les meilleures autorités par une école de critiques textuels dirigée par Westcott et Hort, mais en réalité deux copies défectueuses réalisées négligemment par Eusèbe pour l'empereur Constantin, contenant de nombreuses erreurs et nullement dignes d'être adoptées comme texte standard, comme le prouve clairement une école opposée de critiques textuels dirigée par Burgon et Scrivener.

Comment saint Paul aurait-il pu se rendre coupable d'une sentence limitant l'héritage de la Terre par le peuple d'Israël à l'époque d'Éli, et situant ensuite la période des quatorze Juges entre Éli et Samuel ! Heureusement, la Bible du Semeur s'appuie sur les manuscrits les plus fiables et offre une traduction non seulement intelligible, mais aussi fidèle du discours important de Paul à Antioche de Pisidie.

Nous démontrerons d'abord (I) que la période s'étendant de l'Exode à la quatrième année du règne de Salomon dure en réalité 594 ans : (I) d'après le texte de l'Ancien Testament, et (II) d'après le discours de saint Paul à Antioche rapporté dans le Nouveau Testament (Actes 13, 17-20 ). Nous expliquerons ensuite (II) la nature de l'erreur commise par Ussher, repris sur ce point par l'évêque Lloyd, concernant les dates figurant en marge de la Bible du roi Jacques. Enfin, nous expliquerons (III) la véritable signification de l'expression « la 480e année », telle qu'employée par l'auteur du texte de 1 Rois 6, 1, et le sens précis qu'il entendait lui donner.

I. De l'Exode à la 4e année de Salomon = 594 ans.

I. Tout d'abord, la durée réelle de la période séparant les deux époques, l'Exode et la quatrième année du règne de Salomon, où commença la construction du Temple, est de 594 ans. Notre première étape consiste (I) à prouver l'exactitude de ce chiffre (594 ans) à partir du texte de l'Ancien Testament. Le tableau des 25 événements datés des 480 ans de 1 Rois 6: 1, présenté à la page 49 du volume II, contient tous les détails de cette période, ainsi que les références aux chapitres et versets, ce qui confirme la validité du nombre attribué à chaque événement daté, à l'exception des 13 années de la période Josué-Juges et des 20 années de la période Éli-Saül, dont la durée est détaillée dans les chapitres 16 et 18. Le tableau est le suivant : —

 

Chronologie de la période allant de l'Exode à la 5ème année de Salomon.

(I) Selon l'Ancien Testament.

   années

1. La période en pleine nature..........

40

2. La guerre de Sept Ans............

7

3. Le lien entre Joshua et les juges........

13

4. 1ère Servitude (Cushan)..........

 8

5. Repos par Othniel...........

40

6. 2e Servitude (Églon)..........

18

7. Repos par Ehud...........

80

Jugement de Shamgar inclus dans la 3ème Servitude (Jabin)

 —

8. 3ème Servitude (Jabin)..........

20

9. Repos par Barak............

40

à. 4ème Servitude (Midian)..........

7

11. Repos par Gédéon............

40

12. Usurpation d'Abimélech..........

3

13. Jugement de Tola...........

23

14. Le jugement de Jair...........

22

15. 5e Servitude (Ammon)..........

18

16. Le jugement de Jephté..........

6

17. Jugement d'Ibzan............

7

18. Jugement d'Elon...........

10

19. Jugement d'Abdon............

 8

20. 6e Servitude (Philistins)..........

40

Le jugement de Samson est inclus dans la 6e servitude (Philistins)

 —

21. Le jugement d'Eli............

40

22. Lien entre Eli et Saül = Jugement de Samuel....

20

23. Le règne de Saül............. ·

 40

24. Règne de David.......... · ·

40

25. Règne de Salomon jusqu'à la 4e année...... · ·

4

Total

 594

Notre prochaine étape consiste à prouver l'exactitude de ce chiffre (594 ans), tiré du discours de saint Paul à Antioche, en Pisidie, rapporté dans les Actes 13 17-22, dans la mesure où il couvre le même terrain.

 

Chronologie de la période allant de l'Exode à la 4e année de Salomon.

(2) Selon saint Paul dans les Actes 13 17-22.

PÉRIODES.

Années mentionnées par saint Paul.

Années omises par saint Paul.

1. La période de vie en pleine nature

40

 —

2. La guerre de Sept Ans

 —

7

3. Division de la terre en servitude de premier rang (Cushan)

 —

13

4. Après cela, il leur donna des juges, jusqu'à Samuel le Prophète (= eos « grec », c'est-à-dire jusqu'à et y compris Samuel le Prophète).

450

 —

5. Saul

40

 —

6. David

 —

40

7. Salomon, jusqu'à sa 4e année

 —

4

Période couverte par la déclaration de saint Paul

530

64

Point omis dans la déclaration de saint Paul

64

 

Total

594

 

La superficie couverte par les seuls chiffres de saint Paul dépasse les 480 ans de 1 Rois 6 1, auxquels il faut ajouter la totalité des 40 ans du règne de David et trois périodes plus courtes, ce qui porte le total pour toute la période à 594 ans, en accord exact avec le texte de l'Ancien Testament.

 

2. L'interprétation erronée d'Ussher de 1 Rois 6 1.

II. Nous allons maintenant expliquer la nature de l'erreur d'Ussher, dont les dates furent imprimées pour la première fois, avec quelques légères modifications, en marge de la Bible du roi Jacques (AV) dans la Bible de l'évêque Lloyd, publiée en 1701. Les dates en marge de l'AV sont, pour l'essentiel, extrêmement précises et fiables. Celles en marge du Livre de la Genèse sont correctes au moindre détail. Les dates d'Ussher sont gravement erronées seulement (1) en ce qui concerne cette période, qu'Ussher suppose être de 480 ans au lieu de 594, une erreur de 114 ans qui invalide d'autant toutes les dates précédentes exprimées en av. J.-C., et toutes les dates suivantes exprimées en apr. J.-C. ou apr. J.-C. ; (2) en ce qui concerne la période d'Esdras, de Néhémie et d'Esther, peut-être la période chronologique la plus difficile et la plus complexe de tout l'Ancien Testament. et (3) dans la note marginale de 2 Rois 15 1, selon laquelle Ussher abrège la chronologie d'une période de 11 ans, en datant l'accession d'Ozias (Azaria) de la 16e année de Jéroboam II au lieu de sa 27e année, omettant ainsi un interrègne de 11 ans après le règne d'Amaziah de Juda, et réduisant l'interrègne après Jéroboam II d'Israël de 22 ans à 11 ans.

La méthode d'Ussher pour établir la chronologie des Juges raccourcit de 114 ans la période allant du partage du pays à l'accession au trône de Saül. Ce raccourcissement est intentionnel et délibéré, l'objectif étant de réduire de 114 ans les 594 années séparant l'Exode de la quatrième année du règne de Salomon, afin de concentrer tous les événements intermédiaires dans les 480 années décrites dans 1 Rois 6.1.

L'erreur d'Ussher durant cette période peut être résumée comme suit : —

Chronologie de la période allant de l'Exode à la quatrième année du règne de Salomon. Tableau des erreurs d'Ussher.

  ANNÉES.   TROP. TROP PEU.
Lien entre Joshua et les juges 31 au lieu de 13 = 18  —

Repos par Othniel. -......

62

au lieu de 40 =

22

 —

Repos par Ehud..........

20

au lieu de 80 =  —

60

Repos par Barak..........

33

au lieu de 40 =

 —

7

Reposez-vous selon Gideon........

9

au lieu de 40 =

 —

31

Abimélech..........

4

au lieu de 3 =

1

 —

Jair............

4

au lieu de 22 =

 —

18

Éli, contemporain de la servitude philistine

0

au lieu de 40 =

 —

40

Lien Eli-Saul (Jugement de Samuel)..

21

au lieu de 20 =

1

 —

      42 156

              Déduire les erreurs en excès...

42

              Résumé de la chronologie…

114

Les dates d'Ussher sont assez justes jusqu'au partage du pays, an. hom. 2560 = 1444 av. J.-C. (Jos. 14.1, note marginale de la Bible valide). Il omet ensuite ces 114 années afin de faire concorder sa chronologie avec les 480 ans de 1 Rois 6.1. Pour parvenir à ce résultat, il suppose que les chiffres relatifs à certaines périodes de repos incluent les années de servitude antérieure et que le règne d'Éli est contemporain de l'oppression philistine. Par conséquent, sa date pour l'accession de Saül est an. hom. 2909 = 1095 av. J.-C. (1 Sam. 11.14, note marginale de la Bible valide), au lieu de la date réelle qui est an. hom. 3023, soit 114 ans plus tard que la date d'Ussher.

3. La véritable signification de l’expression « la 480e année » dans 1 Rois 6 1.

III. Nous allons maintenant examiner la véritable signification de l’expression « la 480e année » telle qu’utilisée par l’auteur dans 1 Rois 6 8, afin de déterminer le sens exact qu’il entendait transmettre à ses lecteurs par son utilisation.

Le texte est incontestablement authentique, malgré de nombreuses tentatives de modification ou de suppression. Ainsi, la Septante mentionne « la 440e année ». Jackson considère le nombre 480 comme apocryphe. Clinton le rejette. Hales affirme catégoriquement qu'il s'agit d'un faux introduit dans le texte hébreu.

L’infatigable Petavius, au contraire, non seulement adhérait à la vérité hébraïque, réprouvant tout écart ou amendement du texte massorétique, mais prononçait même un anathème contre ceux « qui osaient affirmer que le nombre 480 ans était corrompu ».

Un coup d'œil au tableau des 480 ans de 1 Rois 6 1 (voir vol. II, Tables chronologiques, p. 49) révélera immédiatement que le nombre 480 est obtenu en omettant des 594 ans de la période entière, les 111 ans des six servitudes et les 3 ans de l'usurpation d'Abimélech.

L'auteur ne se propose pas d'établir la chronologie du monde, mais celle d'Israël, c'est-à-dire du peuple élu gouverné par Dieu. Autrement dit, il calcule les années de la théocratie qui s'inscrivent entre deux époques cruciales : l'Exode, qui en fut le point de départ, et le début de la construction du Temple. La dédicace de ce dernier, dix ans plus tard, marqua l'achèvement du cycle complet de soixante-dix-sept années théocratiques. La dédicace du Temple constitue manifestement un événement d'une importance capitale dans l'histoire de la religion d'Israël et dans la relation d'Israël avec le gouvernement de Jéhovah.

Les noms hébraïques composés du participe passif et du nom divin El visent à immortaliser cette forme particulière de l'action de Dieu que désigne le verbe. Peni-El, « face à Dieu », désigne Jacob le « talonneur », qui avait dupé Ésaü, négocié avec succès avec Laban et triomphé des hommes ; il devint Isra-El, « gouverné par Dieu ». De même, Samu-El, « exaucé par Dieu », désigne un enfant de prière (1 Sam. 1.20 ) et un homme de prière (1 Sam. 7.9, 8.6, 12.19-23, 15.11 ; Ps. 99.6 ; Jér. 15.1 ). Dani-El, « jugé par Dieu », désigne un homme dont le jugement n'est pas le sien, mais celui de Dieu.

Pourquoi donc omettre ces 114 années de servitude et d'usurpation ? Parce que l'auteur calcule les années de la Théocratie, du gouvernement de Dieu, d'Israël, et que durant ces années, Israël n'était pas Israël, n'était pas gouverné par Dieu, mais sous le joug de l'oppresseur et de l'usurpateur. C'est pourquoi elles ne sont pas incluses dans les années théocratiques du calcul divin, bien qu'elles soient prises en compte dans le calcul de l'âge du monde.

Cette méthode paraît étrange, voire impossible, à l'esprit moderne, avec son sens historique aiguisé, son culte de la vérité, son odorat infaillible pour les faits et son indifférence quasi-panthéiste à la distinction entre le bien et le mal. Pourtant, il existe des jours dans l'histoire des individus et des années dans celle des nations que nous voudrions effacer du calendrier. Job souhaitait que le jour de sa naissance disparaisse, qu'il ne soit « ni rattaché aux jours de l'année, ni comptabilisé dans le nombre des mois ». Nous ne pouvons ainsi traiter les faits et événements objectifs du temps, mais nous le pouvons de leur chronique et de leur récit.

Les monarques d'Assyrie, et d'autres nations de l'Antiquité, ont laissé de nombreux récits de leurs conquêtes et de leurs victoires, mais ils n'ont pas consigné leurs désastres et leurs défaites. Les nations d'Orient avaient coutume de traiter leur histoire de cette manière. Elles gardaient trace des années de prospérité, mais omettaient totalement de leur chronologie les années d'humiliation et de déshonneur national. Nous n'écrivons pas nos histoires de cette façon, mais

« L’Est est l’Est et l’Ouest est l’Ouest, et jamais les deux ne se rencontreront. »

Un principe fondamental des statistiques est qu'une liste de chiffres compilée à une fin ne doit pas être utilisée à d'autres fins. L'objectif de celui qui compile les données détermine la classification et, par conséquent, le nombre d'unités. Toute statistique est valable si son utilisation est licite.

Si l'on me demande la durée du royaume d'Angleterre entre l'accession au trône de Guillaume le Conquérant et celle de la reine Victoria, je réponds : 1837 – 1066 = 771 ans. Mais si l'objectif de la question est d'établir une comparaison entre une monarchie et une république, je dois déduire les onze années d'« Abasileutus » (ou « Commonwealth ») entre les règnes de Charles Ier et Charles II, ainsi que d'éventuelles autres périodes de régence ; la durée du royaume se trouve alors réduite à 760 ans, voire moins.

Or, l'auteur du premier livre des Rois 6:1, calcule les années de la théocratie, les années du règne de Dieu, les années d'Israël, lorsqu'elle était elle-même, lorsqu'elle était Israël, lorsqu'elle était gouvernée par Dieu, et le total de ces années est correctement indiqué.

Durant les années de servitude, le peuple d'Israël n'était pas gouverné par Dieu, car « il les livra entre les mains de pillards qui les pillèrent, et les vendit entre les mains de leurs ennemis environnants ». Il les livra entre les mains de Cushan-Rishathaïm. Ils servirent Églon, et non l'Éternel. Il les livra entre les mains de Jabin. Il les livra entre les mains de Madian. Abimélec régna sur Israël, et non Dieu. Il les vendit entre les mains des Philistins et des Ammonites. Tels sont les événements marquants de l'histoire des périodes d'oppression et d'usurpation.

Il est parfaitement clair qu'il ne s'agit pas d'années théocratiques et qu'elles ne peuvent être incluses dans le décompte des années de règne de Dieu sur Israël et de son service. Rien n'est plus évident que le fait que l'auteur du Premier Livre des Rois 6:1 omet précisément ces années, et ce, intentionnellement et délibérément. Il ne prétend nullement établir un simple ordre chronologique. Il ne précise même pas que l'intervalle entre les deux époques fut de 480 ans. Il relate un événement survenu la 480e année, c'est-à-dire la 480e année théocratique après la sortie d'Égypte des enfants d'Israël.

Événements contemporains en Égypte.

Il n'existe aucune synchronicité entre l'histoire d'Israël pendant la période allant de la naissance de Moïse à la fin de l'administration de Samuel (an. hom. 2433 -3023), et l'histoire de l'Égypte, de l'Assyrie et de Babylone, ou de la Grèce, que ce soit dans les archives littéraires qui nous ont été conservées ou dans les inscriptions monumentales qui ont été découvertes récemment.

Concernant l'Égypte, l'identification du pharaon responsable de l'Exode reste incertaine. Deux écoles s'affrontent. Les partisans de la chronologie longue identifient ce pharaon à Achenchcres, Amosis ou Amenophis, un pharaon de la XVIIIe dynastie, et situent l'Exode aux alentours de 1500 avant J.-C. Les partisans de la chronologie courte, quant à eux, identifient ce pharaon à Merenptah (également appelé Amenophis dans le récit de Manéthon), fils de Ramsès le Grand, un pharaon de la XIXe dynastie, et situent l'Exode aux alentours de 1300 avant J.-C.

Selon ceux qui adoptent la chronologie courte, le pharaon qui « fit servir les enfants d’Israël avec rigueur » (Ex. 1 13 ) et « leur rendit la vie amère par un dur esclavage » (Ex. 1 14 ), le pharaon pour lequel « ils construisirent les villes-trésors de Pithom et de Ramsès » (Ex. 1 11 ), et qui mourut quelque temps après que Moïse eut 40 ans (Ex. 2 23 avec Actes 7 23 · 30 ), était Ramsès II, dont le long règne de 67 ans et dont les vestiges monumentaux vastes et énormes devraient constituer un repère chronologique distinct.

La chronologie courte repose sur l'identification du pharaon de l'Exode avec Merenptah, dont le règne est daté de 1328 à 1309 avant J.-C. Mais la seule autorité sur laquelle se fonde cette identification est le récit de l'Exode donné par Manéthon et conservé par Josèphe, qui, cependant, le considère comme ayant peu ou pas d'autorité.

Selon la légende, le roi, nommé Menophis ou Amenophis, mais qu'il faut identifier à Merenptah, fils de Ramsès II, résolut d'apaiser les dieux en purifiant l'Égypte de tous les lépreux et impurs. Ces derniers, au nombre de 80 000, furent exilés à Avaris (Péluse). Là, ils choisirent pour chef un prêtre apostat d'Héliopolis, dont le nom, Osarseph, fut changé en Moïse. Il leur promulgua de nouvelles lois, ordonnant au peuple de sacrifier les animaux sacrés. Il fortifia la ville et appela à l'aide les bergers expulsés d'Avaris et installés à Jérusalem. Ces derniers marchèrent alors sur Avaris avec une armée de 200 000 hommes. « Le roi d'Égypte marcha contre eux avec une armée de 300 000 hommes, mais retourna à Memphis par crainte d'une ancienne prophétie. Il s'enfuit ensuite en Éthiopie, d'où il revint après une absence de treize ans, chassa les rebelles d'Égypte et les poursuivit jusqu'à la frontière de la Syrie. » ( Histoire ancienne de Philip Smith).

Ce récit confond manifestement les souvenirs des Hyksos, ou rois bergers, de la XVIIIe dynastie (vers 1500), avec l'Exode des Israélites. Il s'agit d'une invention flagrante des prêtres d'Égypte, une version égyptienne déformée du grand désastre national qui vit les chars, les cavaliers et toutes les armées du Pharaon engloutis lorsque « l'Éternel renversa les Égyptiens au milieu de la mer ». La mention des lépreux rappelle le signe de la main lépreuse de Moïse. Le choix de Moïse comme chef par le peuple, son acceptation des nouvelles lois édictées par lui, la mention de Jérusalem et la description de Moïse comme un prêtre apostat, donc « versé dans toute la sagesse des Égyptiens », peuvent être considérés comme autant de reflets obscurs de la vérité sous-jacente que la légende pervertit tout en la préservant. Le nom du roi d'Égypte — Amenophis, bien qu'il soit ici identifié à Merenptah de la 19e dynastie — est plus probablement celui du véritable Amenophis de la 18e dynastie.

La chronologie longue repose sur l'identification du pharaon de l'Exode avec l'un des rois égyptiens de la XVIIIe dynastie, qu'Africanus appelle Amosis, dont la date se situe aux alentours de 1525 avant J.-C., et qu'il décrit comme le premier roi de la XVIIIe dynastie.

Mais les copies grecque et arménienne d'Eusèbe situent toutes deux l'Exode sous le règne du 9e roi de la 18e dynastie, nommé Achencheres, qui était soit le fils, soit le petit-fils d'Amenophis III.

L'histoire de l'Empire des pharaons pour cette période est pleine de zones d'ombre. Ce fut une époque de révolutions incessantes et de troubles civils. Des révoltes éclatèrent dans la plupart des provinces, et le désordre régna pendant près d'un demi-siècle après la mort d'Amenhotep III.

Les dates suivantes ont été attribuées à l'Exode par différents membres de ces deux écoles rivales.

La longue chronologie

/ Pharaon = un des rois de la XVIIIe dynastie.
\ Exode = vers 1500 av. J.-C.
 
 

av. J.-C.

Le texte hébreu (selon Ussher)...

1491

Ussher............

1491

Marge AV (Bishop Lloyd)........

1491

Bengel..............

1497

Bède..............

1499

Willis J. Beecher..........

1501

Eusèbe (Achencherès, 9e roi, XVIIIe dynastie)..

1512

Africanus (Amosis, 1er roi, XVIIIe dynastie)....

1525

Pétavius ​............

1531

 

 

Chronologie abrégée

/ Pharaon — Merenptah, fils de Ramsès II, l'un des rois de la 19e dynastie.
\ Exode = vers 1300 av. J.-C.

 
  av. J.-C.
Tradition rabbinique juive en 2447....... 1314
Owen C. Whitehouse (Manuel biblique d'Angus).... 1320
Baron Bunsen............ 1328
Lepsius.............. 1328

 

La théorie de Lepsius a été abandonnée par les chercheurs contemporains, et une nouvelle théorie, élaborée par Mahler, Édouard Meyer et d'autres, l'a remplacée. On a ainsi une troisième école de chronologues et une chronologie encore plus courte, parmi les défenseurs desquels il convient de citer les noms suivants :

 

  1ère année de Merenptah.
AH Sayce...... 1280
EAW Budge (Guide des musées britanniques) 1263
Seins nus...... 1225
Flinders Petrie.... 1207

 

Toutes les dates égyptiennes pour cette période sont toutefois purement conjecturales. La date de l'Exode est fixée avec certitude dans le texte hébreu, et comme rien dans les archives égyptiennes ne contredit cette date, il n'y a aucune raison de la rejeter. L'Exode eut lieu le 14 Nisan de l'an 2513 du calendrier julien, année que Ussher situerait en 1492 av. J.-C., mais que l'auteur situerait en 1530 av. J.-C. (dates bibliques), et selon la chronologie communément admise, en 1612 av. J.-C. (dates ptolémaïques).

Il n'y a pas de synchronismes durant cette période, an. hom. 2433-3023 dans l'histoire babylonienne. Les monarques contemporains étaient les rois de la dynastie kassite (av. J.-C. 1780-1203), de la dynastie d'Isin (av. J.-C. 1203-1030), de la dynastie d'Élam (av. J.-C. 1030-1025) et de la deuxième dynastie de Babylone (av. J.-C. 1025-730) (dates du professeur Jastrow).

Il n'existe aucune concordance entre cette période et les événements de l'histoire assyrienne. Babylone fut conquise par Tilgath-in-Aristi Ier (fils de Salmanazar Ier), roi d'Assyrie, vers 1270 av. J.-C. Les rois de la colonie assyrienne continuèrent de régner sur Babylone, la métropole, pendant environ 600 ans, jusqu'à la destruction de Ninive par Nabopolassar, roi de Babylone, et Cyaxare le Mède, en 606 av. J.-C. ou avant.

Il n'existe aucune concordance entre cette période et l'histoire de la Grèce. La prise de Troie est généralement datée de 1184 av. J.-C., tandis que Sir Isaac Newton la situe en 904 av. J.-C.

 

PÉRIODE III. LA MONARCHIE — 1 Sam. 8 à 2 Rois.

Chapitre XX. Saül, David et Salomon.

I. Saul.

On connaît très peu de choses sur la chronologie de Saül. L'Ancien Testament ne donne ni l'année de son couronnement, ni la durée de son règne, ni l'année de sa mort.

Une seule date est mentionnée pour son règne, ce qui constitue une énigme pour les commentateurs et les réviseurs, anciens comme modernes. Dans 1 Samuel 13.1, on lit : « Saül régna un an ; et lorsqu'il eut régné deux ans sur Israël, il établit une armée permanente. » Le sens de ce verset est sans aucun doute que Saül avait alors, à ce stade du récit, régné un an, c'est-à-dire entre sa première onction par Samuel à Rama et sa seconde onction à Guilgal après la défaite de Nahash.

L'historien poursuit en nous disant qu'il régna sur Israël pendant deux ans, c'est-à-dire qu'il régna pendant deux ans sur tout Israël maintenant qu'il était publiquement reconnu et accepté par tout le peuple à Guilgal, car auparavant, lors de la reconnaissance publique à Mitspa, certains étaient en désaccord avec la nomination et le méprisaient (1 Sam. 10 17-27 ).

Il en découle qu'au terme de ces deux années, le Seigneur le rejeta et oignit David à sa place. Les 37 années restantes de son règne ne sont pas reconnues comme un gouvernement légitime, mais plutôt comme une tyrannie et une persécution. Durant les deux années de son règne reconnu sur Israël, il vainquit Moab, Ammon, Édom, les rois de Zoba, les Philistins et les Amalécites, et délivra ainsi Israël des mains de ceux qui le pillaient (1 Samuel 14, 47-48 ). Il envahit ensuite Amalek et le conquit, mais là, il désobéit à la parole du Seigneur en épargnant Agag, et le Seigneur le rejeta, trois ans après sa première onction à Mitspa, et deux ans après le début de son règne sur tout Israël lors de sa seconde onction à Guilgal.

La traduction de ce verset dans la Version Révisée est totalement injustifiée, et la note marginale est manifestement trompeuse. La version révisée dit : « Saül avait trente ans lorsqu’il commença à régner, et il régna deux ans sur Israël. » La note marginale indique : « Le texte hébreu dit : “Saül avait un an.” Le verset entier est omis dans la Septante non révisée, mais dans une recension ultérieure, le nombre 30 est inséré. »

Or, la vérité est que le texte hébreu ne dit pas « Saül avait un an ». Affirmer le contraire revient à l'accuser d'une erreur dont il est incapable. Et cette accusation est fausse. Le texte hébreu ne dit pas « Saül avait un an », mais « Saül avait un an de règne » ou « dans son royaume », littéralement « un fils d'un an de règne », plus précisément « Saül régnait depuis un an ». Qualifier la Septante, qui omet complètement ce verset, de « Septante non révisée » alors qu'il s'agit ni plus ni moins que de la Septante originale elle-même, et de la Septante de l'Hexaples d'Origène, dans laquelle Origène a interpolé le mot « trente » comme une « recension ultérieure », sous-entendant la supériorité du texte interpolé d'Origène sur la Septante originale, est une déformation inexcusable et gratuite des faits. Les traducteurs de la Septante… Ils ont purement et simplement omis le verset, faute de le comprendre. Origène l' a perverti, faute de le comprendre non plus. Les réviseurs préfèrent le texte altéré d'Origène au texte imparfait de la Septante originale, qui omet totalement ce passage, et tous deux au texte authentique tel qu'il se présente dans la Vérité hébraïque. Si les interprètes modernes, au lieu d'y projeter des idées contemporaines, se mettaient à la place des auteurs anciens, nous serions épargnés par ces « corrections » superflues. En vérité, le texte hébreu est à la fois correct et complet. Ces trois premières années sont soigneusement distinguées et délimitées des 37 années restantes du règne de Saül, car elles sont considérées comme ayant une nature différente. Les trois premières années correspondent au règne légitime de Saül, l'oint du Seigneur. Ces 37 dernières années ont été marquées par la tyrannie illégitime et non reconnue de Saül, usurpateur du trône de David et rejeté du Seigneur.

Josèphe rapporte : « Saül, après avoir régné dix-huit ans du vivant de Samuel, et vingt-deux ans après sa mort, termina sa vie de cette manière. » Il est possible que Josèphe ait eu accès à un document authentique lui ayant fourni ces informations, ce qui est d’autant plus probable que saint Paul connaissait également la durée du règne de Saül, la mentionnant dans son discours à Antioche de Pisidie ​​comme étant « quarante ans » (Actes 13, 21 ).

II. David.

Le détail complet de la chronologie du règne de David est fourni. Il commença à régner à l'âge de trente ans et régna quarante ans. À Hébron, il régna sur Juda pendant sept ans et six mois ; et à Jérusalem, il régna pendant trente-trois ans sur tout Israël et Juda (2 Sam. 2.11, 54.5, 1 Chron. 29.27 ).

Willis J. Beecher ajoute donc 41 ans à la chronologie du règne de David, supposant que les six mois impairs seraient comptabilisés comme une année supplémentaire. Or, cette supposition est sans fondement. L'affirmation de 2 Samuel 2.11, dont est dérivée celle de 2 Samuel 5.5, est pour le moins singulière. Le texte hébreu précise 7 ans et 6 mois comme étant « le nombre de jours du règne de David à Hébron ». Les chronologies habituelles des années royales sont calculées avec une grande précision en années entières, sans fractions. En effet, ces années entières correspondent toujours à des années calendaires, du 1er Nisan au 1er janvier suivant. Elles ne sont pas mesurées du jour de l'accession au trône du jour de la mort du roi. Elles sont conçues, à l'instar des années des patriarches dans la Genèse et des règnes des rois dans le Canon de Ptolémée et le Canon éponyme assyrien, pour marquer la succession des années au sein d'une ère chronologique donnée.

Il n'en va pas de même pour une chronologie comportant des fractions d'année, comme celle des sept ans et demi de David à Hébron. Ici, nous avons une affirmation qui mesure la durée exacte du règne de David à Hébron, depuis le jour de son accession au trône jusqu'à celui de son départ pour Jérusalem. Lorsque cette affirmation est reproduite en années calendaires dans 1 Chroniques 29:27, la durée attribuée au règne de David n'est pas de 41 ans, mais de 40 ans.

Ceci est confirmé par les 480 ans mentionnés dans 1 Rois 6.1. Si l'on attribue 41 ans au règne de David, ce chiffre devrait être modifié à 481. On ne pourrait pas, dans cette liste, porter le règne de David à 41 ans tout en conservant le nombre 480 en réduisant l'intervalle entre Josué et Juges à 12 au lieu de 13, car cela réduirait les 300 ans du règne de Jephté à 299. Ces chiffres sont si étroitement liés, si minutieusement vérifiés, qu'il est quasiment impossible d'en « corriger » un seul sans perturber l'ensemble du système.

D'autres événements datés sont mentionnés comme s'étant déroulés sous le règne de David.

(1) Dans 2 Samuel 15: 7, on lit : « Quarante ans plus tard, Absalom dit au roi : Je t’en prie, permets-moi d’aller accomplir à Hébron le vœu que j’ai fait à l’Éternel. » C’est le récit du début de la rébellion d’Absalom. Si nous connaissions le point de départ de ces quarante années, nous pourrions dater l’événement, mais nous l’ignorons.

Hales suggère une « correction » du texte et proposerait de lire 4 ans avec le syriaque, l'arabe, plusieurs manuscrits de la Vulgate, de Josèphe et de Théodore, au lieu de 40, « la lecture actuelle étant totalement inexplicable ».

Cette proposition est totalement gratuite. Les quarante années ne sont pas calculées à partir des événements détaillés dans les versets précédents (1 Samuel 15, 1-6), mais à partir d'un événement antérieur. On ignore s'il s'agit, comme le suggèrent le Dr John Lightfoot, Ussher et la Companion Bible, de l'onction de David ou d'un autre événement.

Les quatre derniers chapitres du livre (2 Sam. 21-24) contiennent cinq annexes : (1) les Gabaonites (2 Sam. 21), (2) le Cantique de David (2 Sam. 22), (3) les dernières paroles de David (2 Sam. 23, 1-7 ), (4) les vaillants guerriers de David (2 Sam. 23, 8-39 ) et (5) le recensement de David (2 Sam. 24). Ces événements ne sont pas présentés dans l’ordre chronologique et ne font pas partie de l’histoire continue de David. Or, comme l’événement suivant dans cette histoire (1 Rois 1) relate les derniers jours et la mort de David, rien ne s’oppose à ce que les quarante ans soient comptés à partir de la première année de son règne. Dans ce cas, 1 Sam. Le verset 15, chapitre 7, « Cela arriva après 40 ans », signifie que l'événement se produisit lors de la 40e et dernière année du règne de David, soit la 41e année si l'on comptait à partir du jour de son accession au trône plutôt qu'à partir du jour de l'An suivant, comme le font les auteurs de l'Ancien Testament. Cependant, comme il est impossible d'affirmer avec certitude qu'il s'agit de l'époque à partir de laquelle la 40e année est calculée, cet événement n'est pas inscrit dans les Tables chronologiques.

(2) L'autre événement daté appartenant au règne de David est la nomination des officiers d'État, qui a eu lieu dans la quarantième année de son règne (1 Chron. 26 31 ).

III. Salomon.

« Le temps que Salomon régna à Jérusalem sur tout Israël fut de 40 ans » (1 Rois 11 42, 2 Chroniques 9 30 ).

Voici les événements datés de son règne : « La quatrième année du règne de Salomon, au mois de Zif, qui est le deuxième mois, il commença à bâtir la maison de l’Éternel » (1 Rois 6, 1-37 ), « le deuxième jour du deuxième mois de la quatrième année de son règne » (2 Chroniques 32 ). La nième année, au mois de Bui, qui est le huitième mois, la maison fut entièrement achevée ; il lui fallut donc sept ans (plus précisément sept ans et six mois) pour la construire (1 Rois 6, 38 ).

La 11e année, il commença à construire sa propre maison, et il l'occupa pendant 13 ans, jusqu'à la 20e année de son règne (1 Rois 7 1, 9 10, 2 Chroniques 8 1 ).

Exactitude des nombres ronds utilisés dans l'Ancien Testament.

Le fait remarquable que chacun des trois premiers rois d'Israël, Saül, David et Salomon, aurait régné 40 ans, a été utilisé pour jeter le doute sur l'exactitude de ces récits, ces chiffres étant considérés comme des nombres ronds et ne signifiant rien de plus qu'une approximation grossière de la durée de vie d'une génération.

Le même raisonnement a été appliqué à d'autres périodes de 20, 40 et 80 ans concernant les 40 années passées dans le désert, ainsi qu'aux périodes de repos mentionnées dans le Livre des Juges. Cependant, cet raisonnement ne saurait s'appliquer sans modification aux rois d'Israël et de Juda, de Roboam et Jéroboam jusqu'à leurs successeurs, car parmi eux, un seul des 19 rois de Juda et un seul des 19 rois d'Israël est crédité d'un règne de 20 ou 40 ans.

Néanmoins, certains ont avancé que les multiples de cinq apparaissent très fréquemment dans les âges des rois de Juda et les années de leur règne, et qu'il en découle naturellement que les chiffres donnés sont des nombres ronds ou des approximations (DR Fotheringham, Chronologie de l'Ancien Testament). Or, le nombre total d'âges et de règnes des rois de Juda est de 36. Selon la théorie des moyennes, on devrait s'attendre à ce qu'au moins 7 d'entre eux se terminent par un 5 ou un 0. De fait, sept se terminent par un 5 et deux par un 0, ce qui permet de conclure que les chiffres donnés ne sont pas des approximations, mais des énoncés exacts de faits.

Il en va de même pour les périodes de 20, 40 et 80 ans. La liste complète est la suivante : —

Des périodes de 20, 40 et 80 ans mentionnées dans les Écritures.

La période de vie en pleine nature......

40 ans

Othniel..........

40

Ehud............

80

Jabin............

20

Barak...........

40

Gédéon.........

40

Les Philistins........

40

Eli............

40

Samuel...........

20

Saul...........

40

David............

40

Salomon..........

40

La période de désertion n'est pas une approximation, car elle est calculée au jour près, et des détails complets sont donnés pour 17 événements distincts, avec l'année, le mois et le jour du mois où ils se sont produits, notamment au début et à la fin de la période.

Cela ne s'applique pas au règne de David, car celui-ci est divisé en deux parties de 7 ans et demi et 33 ans respectivement. Rien ne nous permet de conclure que les périodes restantes de 20, 40 et 80 ans ne peuvent être complétées de la même manière, soit au jour près, comme pour la période du désert, soit par tranches de six mois, la fraction d'année étant prise en compte dans la chronologie, comme pour le règne de David.

On compte 35 rois d'Angleterre, de Guillaume le Conquérant à la reine Victoria. Selon la théorie des moyennes, on s'attendrait à ce que la durée des règnes de 7 d'entre eux se termine par un 5 ou un 0. En réalité, 12 règnes, soit presque le double, se terminent par l'un ou l'autre de ces chiffres. Pourtant, personne ne suppose que la durée des règnes des rois d'Angleterre soit une approximation.

Le Livre des Juges est un récit très condensé d'une longue période. Son espace est réparti à raison de cinq pages par siècle. Un auteur traitant d'architecture anglaise ne commettrait aucune inexactitude chronologique s'il présentait, dans un espace tout aussi restreint, les différents styles de l'architecture gothique, en les classant comme suit : XIe siècle, normand ; XIIe siècle, transition ; XIIIe siècle, gothique primitif anglais ; XIVe siècle, gothique rayonnant ; et XVe siècle, gothique perpendiculaire. En réalité, chacun de ces styles date d'au moins une décennie avant le début du siècle auquel il appartient principalement. Mais la chronologie de l'ensemble de la période n'en est pas affectée. Et il ne faut pas supposer que les chiffres ronds utilisés dans l'Écriture ont été introduits de manière à rendre la chronologie, dans son ensemble, inexacte ou imprécise. Le décompte par quarantaines est tout aussi précis que le décompte par siècles. Si ces nombres sont des approximations, ils se compensent et se corrigent d'eux-mêmes, et nous conduisent à un point tout à fait précis et exact, car leurs totaux concordent avec les grands nombres mesurant de longues périodes, permettant ainsi de vérifier les nombres qui les composent. Toutes les périodes de 40 ans mentionnées ci-dessus sont vérifiées soit par les 450 ans de saint Paul (Actes 13.20), soit par les 480 ans de 1 Rois 6.1, et certaines d'entre elles par les deux.

Nous sommes donc justifiés de rejeter la théorie des nombres ronds ou des approximations, et de prendre les affirmations numériques des Écritures au pied de la lettre. Nous poursuivons notre chronologie, de l'élection de Saül à l'accession au trône de Roboam et de Jéroboam, comme suit :

 

AN. HOM.    
3023.   Saul (voir chapitre 17).
40.   Ajoutez 40 ans pour le règne de Saül (Actes 13 21 ).
3063.   David.
40.   Ajoutez 40 ans pour le règne de David (2 Sam. 5 4.5,1 Chron. 29 27 ).
3103.   Salomon.
40.   Ajoutez 40 ans pour le règne de Salomon (1 Rois 11 42, 2 Chroniques 9 30 ).
3143.   Roboam et Jéroboam.

 

Chapitre XXI.

Israël et Juda jusqu'à la chute de Samarie.

Le nœud gordien de la chronologie biblique.

(an. hom. 3143-3413).

[ Lors de la lecture de ce chapitre, il convient de se référer constamment aux tables chronologiques, qui sont imprimées séparément dans le volume II afin qu'elles puissent être posées sur la table à l'ouverture requise, prêtes à être utilisées. ]

Nous arrivons maintenant au cœur de la chronologie de l'Ancien Testament, la période des rois de Juda et d'Israël, « le nœud gordien de la chronologie sacrée », selon l'expression de Hales. Comme on pouvait s'y attendre, nous rencontrons ici un nombre inhabituellement élevé de tentatives pour trancher ce nœud gordien au moyen de prétendues émendations, corrections et rejets du Texte par des chronologues peu scrupuleux, qui, tous sans exception, concluent que si les chiffres ne concordent pas, ce n'est pas leur propre interprétation qui est en cause, mais le Texte lui-même.

Et pourtant, il n'y a pas une seule difficulté soulevée qui ne puisse être résolue simplement et facilement sans dénaturer le Texte ; il n'y a pas une seule difficulté qui n'ait été résolue de manière satisfaisante dans les ouvrages de référence par d'éminents chronologues, depuis la Chronique de l'Ancien Testament du Dr John Lightfoot, au XVIIe siècle, jusqu'aux Événements datés de l'Ancien Testament de Willis J. Beecher, et aux travaux érudits de l'auteur de la Bible d'étude, à notre époque.

« Pour établir la durée des royaumes collatéraux », explique le Dr Lightfoot, « la seule méthode consiste à les disposer en deux colonnes parallèles et à les compter par années, comme le texte l’indique. Mais la subtilité réside non pas dans la difficulté à comprendre les variations de calcul, tantôt inclusives, tantôt distinctes – car cela se découvre aisément –, mais dans la raison de ces calculs. Les années de Roboam sont comptées entières ; celles d’Abijam, courantes. Or, il est dit que Jéroboam a régné 22 ans et son fils Nadab 2 ans ; ce calcul montre que les 2 ans de Nadab sont inclus dans la somme des 22 ans de son père. Cela peut paraître étrange, mais l’explication est simple et se trouve dans 1 Chroniques 13:20. L’Éternel frappa Jéroboam d’une maladie, l’empêchant d’administrer le royaume et le contraignant à le remplacer par Nadab de son vivant. Et la même année, Le père et le fils meurent tous les deux.

« Vous trouverez divers passages de ce genre dans cette histoire des Rois. Achazia, de deux ans l'aîné de son père (2 Chroniques 22.2 ), Baasha combattant neuf ans après sa mort (2 Chroniques 16.1 ), Jotham régnant quatre ans après son enterrement (2 Rois 15.30 ), Joram couronné roi la dix-septième année du règne de Josaphat (2 Rois 1.17 et 1 Rois 22.51 ), la vingt-deuxième année du règne de Josaphat (2 Rois 8.16 ) et après la mort de Josaphat (2 Chroniques 21.1 ). »

« Pour résoudre ces ambiguïtés, une fois que vous les aurez trouvées, le Texte vous apportera la réponse, s’il est bien étudié. Cette voie, une fois atteinte, vous guidera pour repérer ce qui semble être des contradictions dans le Texte, ou des erreurs de l’Esprit Saint, en quoi réside toujours une sagesse admirable. »

« Il est admirable de voir comment, au milieu des discordes, le Saint-Esprit de Dieu a fait jaillir une douce harmonie. Mais peu y prêtent attention, car rares sont ceux qui abordent la lecture des Écritures avec justesse. Aussi, lorsqu'on leur fait prendre conscience de contradictions flagrantes et de nombreuses inconciliables, ils sont stupéfaits et prêts à renier la Bible. Un peu d'effort, à bon escient, suffira bientôt à corriger ces hésitations et à affermir les hommes sur le Roc, fondement sur lequel ils pourront bâtir avec certitude. »

La clé de la solution à toutes ces difficultés est donnée par Willis J. Beecher, dans un article intitulé « Les rois d’Israël et de Juda », paru dans l’American Presbyterian Review d’avril 1880.

« Pour l’enregistrement des dates », dit-il, « ces récits suivent un système simple et cohérent. Les règles suivantes sont respectées avec une uniformité absolue, pour toutes les dates de la période considérée : »

« Règle 1. Toutes les années mentionnées sont des années actuelles d'un système consécutif. La première année d'un roi n'est pas une année commençant avec le mois et le jour de son accession au trône, mais une année commençant (1) le jour de l'an précédent, ou (2) le jour de l'an suivant — la nouvelle lune avant la Pâque, le 1er Nisan.

« Règle 2. Lorsqu'un règne se termine et qu'un autre commence au cours d'une année, cette année est comptée jusqu'au règne précédent (mode judaïte).

« Règle 3. Régulièrement dans le cas des premiers rois d’Israël, et occasionnellement dans d’autres cas, l’année interrompue est comptée au règne suivant ainsi qu’au règne précédent (mode israélite).

Règle 4. Lorsque l’on utilise les nombres ordinaux (1er, 2e, 3e, etc.) qui datent le début ou la fin d’un règne pour vérifier les nombres cardinaux (1, 2, 3, etc.) qui en indiquent la durée, il faut considérer les deux séries comme désignant des années civiles complètes. Autrement dit, la date donnée en ordinal doit être considérée comme étant soit le début, soit la fin de l’année désignée par cet ordinal. Dans le cas contraire, les unités représentées par les deux séries de nombres sont de nature différente et ne peuvent être comparées numériquement.

Le texte hébreu relatant l'histoire de cette période est cohérent et autonome. Toutes les données nécessaires à la résolution des difficultés qui pourraient survenir se trouvent dans le texte lui-même.

Il n'est pas nécessaire de se référer à Josèphe. Il est encore moins nécessaire d'introduire les expédients d'harmonisation de la Septante ou les « émendations », « restaurations » et « corrections » du texte apportées par les critiques modernes, qui nous présentent une version de l'histoire telle qu'ils la conçoivent, et non telle qu'elle est.

De même, le recours aux « cycles sothiques », le calcul des éclipses et autres méthodes et expédients astronomiques pour établir les dates bibliques sont tous inadmissibles. Ils sont sujets à des erreurs d’observation de la part de l’observateur d’origine, à des erreurs de calcul de la part de l’astronome moderne, et par conséquent à des erreurs d’identification de l’éclipse observée et consignée avec celle obtenue par calcul astronomique.

Elles servent principalement à étayer des hypothèses et des présuppositions déjà formulées par la méthode de l'hypothèse et de la conjecture. Elles peuvent être vraies ou fausses, mais en tout cas, elles ne sauraient constituer un critère permettant de corriger les données du texte hébreu.

Les égyptologues modernes accordent une grande importance aux données astronomiques. Chaque partisan considère que sa propre théorie repose sur la certitude d'un calcul mathématique. Or, ces théories sont nombreuses et diffèrent les unes des autres par plus d'un siècle. Comme le dit Willis J. Beecher : « Chaque chaîne est constituée de maillons d'acier solide, forgés par le calcul astronomique, mais tous sont liés par la ficelle fragile de la conjecture. »

Il y a quelques années, le schéma de Lepsius était généralement accepté par les égyptologues modernes qui rejetaient les données bibliques. Un cycle sothique, connu sous le nom de cycle de Ménophrès, s'est achevé en 139 apr. J.-C. et, comme ce cycle comprend 1 461 ans, il a commencé en 1322 av. J.-C. Selon ce calcul, l'Exode aurait eu lieu en 1320 av. J.-C. La validité de cette déduction repose sur la véracité des hypothèses suivantes, chacune ayant le caractère d'une conjecture non vérifiée :

1. La fiabilité du témoignage de Censorinus, auteur de la chronologie, qui vécut en 238 apr. J.-C. et qui affirme dans son ouvrage De die Natali qu'une période sothique prit fin en 139 apr. J.-C. Ce témoignage peut être authentique et fiable, mais comme il n'est pas contemporain des faits, mais donné un siècle seulement après l'événement, il est en tout cas susceptible d'erreur.

2. L'exactitude du calcul de Censorinus et la véracité de l'hypothèse sous-jacente selon laquelle la période de 1 460 années sothiques de 365 ¼ jours correspond effectivement à la période couverte par 1 461 années vagues ou calendaires de 365 jours, et que ces années vagues ont été utilisées dans les archives historiques de l'Égypte pendant toute la période de 1 460 années sothiques ou 1 461 années calendaires vagues.

3. La précision du calcul des astronomes modernes concernant le lever héliaque de Sirius, le lever de l'étoile du chien avec le soleil en l'an 1322 avant J.-C.

4. La précision de l’ identification de ce cycle (av. J.-C. à 139 apr. J.-C.) avec le cycle sothique de Ménophrès.

5. L'exactitude de l' identification de ce Ménophrès avec Merenptah, fils de Ramsès le Grand.

6. L'exactitude de l' identification de Merenptah avec Ameno-phis IV, à qui Manéthon, tel que rapporté par Josèphe, attribue l'Exode.

7. La fiabilité du témoignage de Manéthon, tel que conservé par Josèphe, qui situe l'Exode sous le règne d'Amenhotep IV, et l'exactitude de l'identification du récit de Manéthon sur l'expulsion des lépreux avec le récit biblique de la délivrance d'Israël d'Égypte par Moïse lors de l'Exode.

Lepsius soutenait que l'année 1322 av. J.-C. correspondait au règne de Merenptah, successeur immédiat de Ramsès le Grand. Cette hypothèse, fondée sur des calculs astronomiques du cycle sothique, était généralement acceptée par les chercheurs modernes il y a quelques années.

Aujourd'hui, la théorie de Lepsius est abandonnée au profit d'une autre théorie, elle aussi fondée sur des calculs astronomiques du cycle sothique, et élaborée par Mahler, Édouard Meyer, le professeur Breasted et d'autres. Ses partisans affirment que leurs méthodes sont exactes, mais leurs résultats sont divers et incompatibles. L'année de l'accession au trône de Merenptah après Ramsès II est estimée à 1207 av. J.-C. par Flinders Petrie, à 1280 av. J.-C. par Sayce et à 1255 av. J.-C. par Breasted.

Mais l'élément le plus frappant dans tout le processus et la méthode de ces calculs scientifiques est le fait que la synchronisation d'Amenophis III d'Égypte avec Burna-buriash de Babylone et Asshur-uballet d'Assyrie, qui auraient prospéré vers 1430 av. J.-C., qui était autrefois utilisée pour confirmer les dates de Lepsius, est maintenant utilisée pour confirmer ces autres dates, qui diffèrent de celle de Lepsius de 42, 97 et 115 ans respectivement, « chaque méthode étant amplement convaincante pour ceux qui étaient déjà convaincus auparavant ! »

Ces datations quasi infaillibles, établies par les chercheurs modernes, sont érigées en norme pour corriger les dates du texte hébreu de l'Ancien Testament. Or, il s'agit là de corriger une monnaie de référence au moyen de falsifications.

Les documents authentiques de l'Ancien Testament hébreu sont à la fois précis et cohérents, complets et autonomes. Les faits et les événements, les dates et les périodes qui y sont relatés sont aussi exacts et fiables que les autres affirmations sur lesquelles nous fondons notre confiance en la bonté de Dieu et notre espérance du salut éternel.

On peut lire dans l'Analyse de la chronologie sacrée de Hales le paragraphe suivant, à la fois fier et surprenant.

« Nous sommes désormais capables de déceler certaines erreurs qui se sont glissées dans les correspondances des règnes ; et qui ont jusqu'ici intrigué et déconcerté les chronologues, les empêchant d'harmoniser de manière critique les deux séries ; ne pouvant distinguer les chiffres authentiques des chiffres apocryphes. »

« 1. 1 Rois 22:41. Josaphat commença à régner sur Juda la quatrième année du règne d'Achab. Ce devrait être la deuxième. »

2. 1 Rois 22:51. Achazia, fils d'Achab, commença à régner sur Israël la dix-septième année du règne de Josaphat. Il s'agissait en fait de la vingtième.

3. 2 Rois 1:17. Joram, fils d'Achazia, commença à régner sur Israël la deuxième année du règne de Joram, fils de Josaphat. Il s'agit en réalité de la vingt-deuxième année du règne de Josaphat, comme c'est également le cas lorsqu'il est indiqué, à tort, la dix-huitième année (2 Rois 3.1 ).

4. 2 Rois 8:16. Joram, fils de Josaphat, commença à régner sur Juda, la cinquième année du règne de Joram, petit-fils d'Achab. Il devrait être :

« Josaphat étant alors roi de Juda » est un anachronisme et une interpolation dans le texte massorétique.

5. 2 Rois 13.10. Joas commença à régner sur Israël la trente-septième année de son règne. Il faudrait lire la trente-neuvième année, comme dans l'édition aldine de la Septante grecque.

6. 2 Rois 15:30. Osée tua Pékah, roi d'Israël, la vingtième année du règne de Jotham. Or, Jotham ne régna que seize ans (2 Rois 15:33 ). Il s'agirait donc de la troisième année du règne d'Achaz, comme indiqué dans 2 Rois 16: 1.

Clinton suit la même voie, quoique légèrement différente. Les chronologues se succèdent généralement comme un troupeau de moutons, chacun reproduisant et propageant les erreurs de son prédécesseur. Il dit :

« 1. 2 Chroniques 16 1-3. Baasha monta contre Juda la 36e année du règne d’Asa. Comme Baasha était mort la 36e année d’Asa, nous devons soit (1) corriger les chiffres à la 26e, soit (2) les comprendre comme désignant la 36e année du royaume de Juda. »

2. 2 Chron. 22 2. L'âge d'Achazia, quarante-deux ans, est erroné, compte tenu de 2 Rois 8 26, où il est donné « 22 ans », et compte tenu de l'âge de son père qui est mort à quarante ans.

3. 1 Rois 22:51. La dix-septième année du règne de Josaphat est incompatible avec les autres coïncidences mentionnées. (Il la modifie donc en la dix-neuvième, comme le fait Hales.)

4. 2 Rois 3.1. Le 18e jour du règne de Josaphat était le 1er jour du règne de Joram. Ceci est manifestement impossible ; car entre l’accession au trône de Josaphat et celle de Joram, fils d’Achab, il y a 18 ans du règne d’Achab et deux ans du règne d’Achazia.

5. 2 Rois 1 17. Il est dit que Joram, fils d'Achab, a succédé à son frère la 2e année du règne de Joram, roi de Juda, mais comme la 1re année du règne de Joram, roi de Juda, était la 5e année du règne de Joram, roi d'Israël, et que la 5e année du règne du roi de Juda était la nième ou la 12e année du règne du roi d'Israël, cette date, la « 2e année du règne de Joram », est manifestement erronée.

« 6. 2 Rois 8 16. La phrase « Josaphat étant alors roi de Juda » peut peut-être s'expliquer ainsi : Joram commença à régner alors que son père était encore vivant (comme lors de l'accession de Salomon), et Josaphat mourut au début de la 25e année, qui est donc le 1er Joram.

7. 2 Rois 13.10. La 37e année de Joas est incohérente avec les autres dates. La Septante mentionne la 39e année, qui pourrait être la bonne lecture.

8. 2 Rois 15 1. Nous pouvons souscrire à l'avis de Jackson, De Vignoles et Greswell en rejetant la 27e année de Jéroboam comme étant corrompue.

Toutes ces difficultés sont dues (1) à une mauvaise interprétation des mots du Texte, ou (2) à des inférences injustifiées tirées par le Chronologue, non pas des mots du Texte, mais des hypothèses faites par le Chronologue en l’interprétant.

Ainsi, 2 Chroniques 16: 1-3. Baasha monta contre Juda la trente-sixième année du règne d'Asa. Le texte précise qu'il s'agit de la trente-sixième année du royaume d'Asa (מלכות = malchuth = royaume d'Asa), lequel royaume remonte à la première année de Roboam et est ici opposé au royaume de Baasha, qui remonte à la première année de Jéroboam. En faire la trente-sixième année depuis l'accession au trône d'Asa constitue une erreur d'interprétation.

De même, 2 Rois 13.9.10. Joas d'Israël commença à régner la 37e année du règne de Joas, roi de Juda. Il est dit que cela devrait être la 39e. On suppose ici que Joas d'Israël n'a commencé à régner qu'après la mort de son père Joachaz. Or, comme son père ne mourut que deux ans plus tard, la 39e année du règne de Joas de Juda, on en déduit, d'après cette hypothèse, que Joas d'Israël n'a commencé à régner que la 39e année du règne de Joas de Juda. Mais le texte dit qu'il commença à régner la 37e année du règne de Joas de Juda, et la véritable conclusion à tirer du texte est que Joas exerça le co-règne avec son père durant les deux ou trois dernières années de son règne.

De même, on peut démontrer que toute autre incohérence supposée ne réside pas dans le Texte, mais dans l'esprit du critique ; que le Texte est susceptible d'une autre interprétation et que l'interprétation qu'en donne le critique est erronée. C'est ce qui est fait dans le tableau chronologique des rois de Juda et d'Israël qui suit, où chaque difficulté est expliquée conformément aux affirmations du Texte.

Le tableau est divisé en trois périodes : —

1. Du 1er Roboam à la mort d'Achazia de Juda, ce qui coïncide avec la période allant du 1er Jéroboam à la mort de Joram d'Israël, ces deux monarques ayant été tués en même temps par Jéhu.

2. Du 1er Athalie au 6 Ézéchias, ce qui correspond au 1er Jéhu au 9 Osée, le texte donnant le synchronisme, « la sixième année d’Ézéchias, c’est-à-dire la neuvième année d’Osée », comme date de la chute de Samarie (2 Rois 18 10 ).

3. De la chute de Samarie, la sixième année du règne d'Ézéchias, jusqu'à la captivité. Celle-ci débute la troisième année du règne de Jojakim. L'année suivante est marquée par une synchronicité : « la quatrième année de Jojakim était la première année de Nabuchodonosor » (Jér. 25, 1-11 ). La captivité dura soixante-dix ans (Jér. 25, 12 ).

Dans la première de ces trois périodes, Roboam et Jéroboam débutent au même niveau, et leurs années sont parallèles ou conuméraires jusqu'à la fin de leur règne respectif. De même, dans la deuxième période, Athalie et Jéhu débutent au même niveau, et leurs années sont parallèles ou conuméraires jusqu'à la fin de leur règne respectif. Dans la troisième période, qui fera l'objet du chapitre suivant, nous avons le décompte du seul royaume de Juda.

Les règnes des rois des deux premières périodes sont si étroitement liés et imbriqués qu'il est impossible qu'une erreur se soit glissée dans la chronologie entre l'année du bouleversement et l'année de la chute de Samarie.

L'exactitude de la chronologie du royaume de Juda, de la chute de Samarie à la captivité, est également garantie, étant vérifiée par les longs nombres qui mesurent les intervalles entre deux événements éloignés, par exemple la période allant de la 13e année de Josias, lorsque le ministère de Jérémie a commencé, à la 4e année de Jojakim, est déclarée avoir été une période de 23 ans {Jér. 25 1-3 ).

Le synchronisme contenu dans Jérémie 25: 1 est la date la plus importante de la Bible. Il relie toutes les dates précédentes de la chronologie sacrée jusqu'à la quatrième année de Jojakim, avec toutes les dates de la chronologie profane qui peuvent être rattachées à la première année de Nabuchodonosor, car ces deux années sont ici identifiées. Connaître une date dans un système chronologique complet, c'est connaître toutes les dates qui lui sont liées.

Nous avons inséré dans le volume II, pp. 50 et 51, deux tableaux donnant une vue d'ensemble des rois de Juda et d'Israël, des années de leurs règnes et d'autres détails contenus dans le texte hébreu.

La chronologie biblique ne prend en compte que les années entières. Elle compte une année incomplète tantôt comme une année entière, qu'elle attribue au roi sortant, tantôt comme deux années entières, dont une est attribuée au roi sortant et l'autre au roi entrant, l'année étant ainsi comptée deux fois. Il s'ensuit que la chronologie de la période ne peut être établie par simple addition des durées de règne des différents rois. Cela se démontre aisément.

Durant la première période, la durée totale des règnes des six rois de Juda, de Roboam à Achazia, est de 95 ans. La durée totale des règnes des neuf rois d'Israël, de Jéroboam à Joram, est de 98 ans. La durée réelle de cette période est de 90 ans. Les chiffres de 95 et 98 s'expliquent par le fait que certaines années ont été comptabilisées deux fois.

Durant la seconde période, la somme des règnes des six rois et de la reine de Juda, de la première année du règne d'Athalie à la sixième année du règne d'Ézéchias, incluant l'interrègne de onze ans, s'élève à 176 ans. La somme des règnes des dix rois d'Israël, de la première année du règne de Jéhu à la neuvième année du règne d'Osée, incluant les interrègnes respectifs de 22 et 8 ans, est de 175 ans, en comptant une année complète pour Zacharie et Shallum. La chronologie exacte de cette période est de 174 ans, et l'explication des chiffres de 176 et 175 ans reste la même.

Au cours de la troisième période, la somme des règnes des 6 rois de Juda, de la 6e année d'Ézéchias à la 3e année de Jojakim, est de 114 ans. La véritable chronologie de cette période est également de 114 ans.

Nous allons maintenant examiner en détail le cas de chaque règne. Les chiffres ne peuvent être traités mécaniquement ; ils ne peuvent être interprétés et compris qu’à la lumière du récit qui les accompagne.

Le fait qu'Achab et ses deux successeurs, Achazia d'Israël et Joram d'Israël, aient tous régné la même année calendaire est illustré par les inscriptions assyriennes. Celles-ci révèlent qu'Achab d'Israël et Ben-Hadad de Syrie étaient engagés dans des opérations militaires contre Salmanazar II (III) d'Assyrie, la 21e année du règne d'Achab. Achazia d'Israël fut alors nommé co-roi pendant l'absence de son père, parti à la guerre. Cependant, Achazia tomba à travers une grille dans sa chambre haute (2 Rois 1, 2 ), le rendant incapable d'exercer ses fonctions. Son frère Joram fut alors nommé soit comme vice-roi, soit comme pro-roi pendant la maladie d'Achazia, soit comme co-roi avec son père Achab à la mort de ce dernier. La 18e année du règne de Josaphat, Achab, âgé de 22 ans, mourut. Achazia d'Israël était dans sa deuxième année de co-régence avec son père Achab lorsqu'il mourut. Joram d'Israël monta alors sur le trône et, selon la coutume israélite, la même année, la 18e du règne de Josaphat, lui est également attribuée comme année de son accession au trône et considérée comme sa première année de règne.

La dernière année du règne d'Édouard IV fut 1483. Si son fils, Édouard V, lui avait été associé en 1482 et était décédé, et si Richard II lui avait succédé en 1483 au lieu de 1485, nous aurions eu un cas similaire dans l'histoire anglaise : Édouard IV, Édouard V et Richard II auraient tous régné la même année.

De même, le caractère de Joram de Juda, l'un des rois les plus pervers ayant jamais régné sur Juda (2 Chroniques 21), explique pourquoi il aurait dû être nommé Pro-Rex avec son père la 17e année de Josaphat (la 18e année de Josaphat = la 1re année de Joram d'Israël étant sa deuxième année — 2 Rois 1 17, 3 1 ), puis déposé par son père pieux Josaphat et par la suite réintégré, ou peut-être poussé par sa propre perversité à usurper (2 Chroniques 21 4 ) le trône de son père, la 22e année de Josaphat, Josaphat lui-même étant alors (la 22e année de Josaphat = la 5e année de Joram d'Israël) roi de Juda (2 Rois 8 16 ).

Ussher a raison sur ce point. Clinton a tort. Ussher ne « suppose » pas trois débuts au règne de Joram de Juda. Il intègre ces trois débuts à son schéma comme un fait clairement établi dans le récit hébreu.

Clinton ne juge pas probables les trois origines, mais les circonstances changent la donne, et notre rôle n'est pas d'interpréter la chronologie comme nous pensons qu'elle devrait être, mais comme l'auteur hébreu l'affirme.

Si nous nous en tenons aux faits tels qu'ils sont présentés dans le texte hébreu, et que nous ne tentons même pas de les « corriger », de les « rectifier » ou de les « rétablir », nous constaterons que nous avons ici une chronologie des rois d'Israël et de Juda qui est à la fois cohérente, autonome et correcte dans les moindres détails.

1. Première période — De Roboam à Jéhu.

Nous commençons par les règnes de Roboam et de Jéroboam. D'après le récit, leurs règnes débutèrent la même année. La quarantième année du règne de Salomon marque leur accession au trône. L'année suivante est leur première année. Les dix-sept années de Roboam se déroulent en parallèle des dix-sept premières années de Jéroboam.

Roboam eut pour successeur Abija, qui commença à régner la dix-huitième année du règne de Jéroboam et régna trois ans (1 Rois 15, 1-2 ). Comme la première année du règne d'Abija correspond à la dix-huitième année de Jéroboam, soit son année d'accession au trône fut la dix-septième année de Jéroboam (qui correspond à la dix-septième année de Roboam), soit Roboam termina sa dix-septième année et Abija commença son règne au tout début de la nouvelle année. Dans les deux cas, les trois années du règne d'Abija correspondent aux années 18, 19 et 20 de Jéroboam.

L'expression « commença à régner », employée tout au long de cette période et mentionnée pour presque chaque roi, tant dans la version autorisée que dans la version révisée, n'est pas une traduction fidèle du texte original. En hébreu, on dit toujours « il régna », et non « il commença à régner ».

L'auteur souhaite nous indiquer non pas la date exacte de l'accession au trône du roi, mais l'année calendaire de l'ère chronologique au cours de laquelle il y accéda. En réalité, il se peut qu'il ait accédé au trône l'année qui, selon le calendrier judéen, est considérée comme la dernière année du règne du roi sortant, et selon le calendrier israélite, à la fois comme la dernière année du règne du roi sortant et la première année du règne du roi entrant. Dans le calendrier israélite, une même année est donc comptabilisée deux fois.

Les trois années d'Abija correspondent aux années 18, 19 et 20 du règne de Jéroboam. D'après 1 Rois 15, 9, 10, Asa régna la 20e année de Jéroboam, et son règne dura 41 années. Puisque la 20e année de Jéroboam est déjà attribuée à Abija, elle constitue l'année de son accession au trône, et sa première année correspond à la 21e année de Jéroboam. Certes, Asa régna bien la 20e année de Jéroboam, mais seulement pendant une fraction de celle-ci. La chronologie ignore cette fraction et, selon le système de calcul judaïque, attribue l'année entière à Abija.

Si nous commettons l'erreur de faire coïncider la première année du règne d'Asa avec la vingtième année de Jéroboam, alors la deuxième année d'Asa deviendrait la vingt et unième année de Jéroboam, et la troisième année d'Asa la vingt-deuxième année de Jéroboam, qui correspond à la première année du règne de Nadab. Or, selon 1 Rois 15, 25-33, Nadab régna la deuxième année du règne d'Asa, soit deux ans, et Baasha la troisième année. Il convient donc de faire coïncider la première année d'Asa avec la vingt et unième année de Jéroboam, et l'année de son accession au trône avec la vingtième année de Jéroboam. Le récit nous apprend qu'Abija mourut durant la troisième année de son règne et qu'Asa lui succéda, la première année du règne d'Asa commençant à la fin de cette troisième année.

Asa 1 = Jéroboam 21. Par conséquent, Asa 2 = Jéroboam 22. Jéroboam régna 22 ans et fut remplacé par Nadab (1 Rois 14, 20 ), qui régna également la deuxième année du règne d'Asa (1 Rois 15, 25 ). Cette année, la deuxième d'Asa, est donc comptée deux fois : elle est attribuée à Jéroboam, le roi sortant, comme sa 22e année, et également à Nadab comme sa 1re année. Tel est le mode de calcul israélite.

Nadab régna deux ans (1 Rois 15, 25 ). Sa première année correspond à la deuxième année du règne d'Asa. Par conséquent, sa deuxième année est la troisième année d'Asa. Mais durant cette troisième année, Baasha tua Nadab et régna à sa place (1 Rois 15, 28-33). Ainsi, la troisième année d'Asa correspond à la fois à la deuxième année de Nadab et à la première année de Baasha. De même, une même année est comptabilisée deux fois : elle est attribuée à Nadab, le roi sortant, comme sa dernière année, et à Baasha, le roi entrant, comme sa première année, selon le système de calcul israélite.

Baasha régna 24 ans (1 Rois 15:33 ). Sa première année correspond à la troisième année du règne d'Asa. Par conséquent, sa 24e année est la 26e année d'Asa. Or, la 26e année d'Asa était celle d'Éla (1 Rois 16: 8 ). C'est pourquoi, selon le système de calcul israélite, la 26e année d'Asa est comptabilisée deux fois : une première fois comme la dernière année de Baasha et une seconde fois comme la première année d'Éla.

Éla régna deux ans (1 Rois 16, 8 ). Sa première année correspond à la 26e année du règne d'Asa. Par conséquent, sa deuxième année correspond à la 27e année d'Asa. Or, durant cette 27e année, Zimri tua Éla et régna sept jours (1 Rois 16, 10-15 ).

Le peuple fit alors d'Omri son roi, mais la moitié du peuple suivit Tibni. Tous deux régnèrent en rivaux de l'an 27 du règne d'Asa jusqu'à la mort de Tibni (1 Rois 16, 16-22 ). L'an 27 d'Asa est comptabilisé deux fois : une fois pour Éla, le roi sortant, et une fois pour Omri et Tibni, qui en font leur première année de règne, selon le système de calcul israélite. À la mort de Tibni, en l'an 31 d'Asa, Omri régna seul sur Israël (1 Rois 16, 22-23 ). ​​Or, l'an 27 d'Asa était la première année d'Omri et de Tibni. Par conséquent, l'an 31 d'Asa correspond à leur cinquième année de règne.

Omri régna six ans, soit un an de plus, à Tirza. Il acheta ensuite la colline de Samarie et y établit sa nouvelle capitale (1 Rois 16, 23.24 ). Omri régna au total douze ans (1 Rois 16, 23 ). Puisque la vingt-septième année du règne d'Asa était la première d'Omri, la douzième année d'Omri était la trente-huitième d'Asa. Or, la trente-huitième année d'Asa est la première d'Achab (1 Rois 16, 29 ). Par conséquent, selon le système de calcul israélite, la trente-huitième année d'Asa est comptabilisée deux fois pour le roi sortant Omri, comme sa douzième et dernière année, et pour le roi entrant Achab, comme sa première.

Le verset 1 Rois 16:23, comme beaucoup d'autres, serait bien plus clair si, au lieu de la traduction erronée « commença à régner », on lisait simplement « régna », comme dans le texte hébreu. Omri commença à régner sur une partie d'Israël la 27e année du règne d'Asa. Il commença à régner sur tout Israël la 31e année du règne d'Asa. Il régna au total 12 ans, de la 27e à la 38e année du règne d'Asa.

Asa régna 41 ans (1 Rois 15:10 ). La 38e année du règne d'Asa correspondait à la 1re année du règne d'Achab. Par conséquent, la 41e année d'Asa était la 4e année du règne d'Achab. Or, durant cette 4e année, Josaphat régnait sur Juda (1 Rois 22:41 ). La 41e année d'Asa est donc l'année de l'accession au trône de Josaphat, et sa 1re année correspond à l'année suivante, la 5e année du règne d'Achab. Conformément au système de calcul judéen, la totalité de l'année interrompue, la 4e année d'Achab, est attribuée au roi sortant Asa, et aucune partie à Josaphat, le roi entrant.

Si nous commettons l'erreur de considérer la quatrième année d'Achab comme la première année de Josaphat, nous trébucherons lorsque nous atteindrons les années d'Achazia et de Joram d'Israël, et les critiques qui tomberont dans ce piège commenceront immédiatement à réclamer une « correction » du Texte pour le rendre conforme à leur erreur.

Jusqu'ici, tout est clair. Chaque chiffre donné s'avère exact. La méthode de calcul judaïque est appliquée aux rois de Juda, la méthode israélite aux rois d'Israël.

Nous abordons maintenant le problème le plus complexe et le plus énigmatique des Achazias et des Jorams d'Israël et de Juda : le nœud gordien de la chronologie des rois d'Israël et de Juda. Nombreux sont les chronologues qui ont tenté de le dénouer, mais rares sont ceux qui l'ont résolu. Parmi eux, il convient de citer Ussher, Willis J. Beecher et l'auteur de la Companion Bible.

Le problème n'est pas facile et ne peut être résolu qu'en accordant une attention particulière à l'histoire de cette période et au caractère des rois.

Il s'agit de trois rois d'Israël et de trois rois de Juda. Un moyen mnémotechnique permettra de les situer et de les distinguer. A. suit A., J. suit J., et les deux successeurs d'Achab et de Josaphat portent le même nom, mais dans l'ordre inverse. On obtient ainsi les successions suivantes : —

En Israël : (1) Achab, (2) Achazia, (3) Joram.

En Juda : (1) Josaphat (2) Joram, (3) Achazia.

Achab épousa Jézabel et devint un païen convaincu. Josaphat « suivait les voies d’Asa son père, faisant ce qui était droit aux yeux de l’Éternel ». Après quelque temps, Josaphat s’allia à Achab.

Il y eut d'abord une alliance familiale (2 Chroniques 18,1 ). Joram de Juda, fils de Josaphat, épousa Athalie, fille d'Achab. Puis une alliance commerciale fut conclue. Josaphat s'associa à Achazia d'Israël, fils d'Achab, pour construire des navires à destination de Tarsis (2 Chroniques 20,36 ). Enfin, une alliance militaire fut formée. Josaphat rejoignit ses forces armées à celles d'Achab et marcha avec lui contre Ramoth-Galaad (1 Rois 22,1-40 ).

Joram de Juda fut l'un des pires souverains de David. Son épouse, Athalie, était la fille de Jézabel, et ce qui n'était pas mauvais chez son mari au moment de leur mariage fut perverti par elle. Il fit massacrer tous ses frères (2 Chroniques 21,4 ). Elle fit exterminer tous les descendants de son fils Achazia (à l'exception de Joas, sauvé par Josabeath). Joram de Juda suivit les voies des rois d'Israël, à l'instar de la maison d'Achab. Il se souleva contre le royaume de son père (2 Chroniques 21,4 ), non pas « s'éleva jusqu'à » au sens d'être associé au royaume, comme le suggère la note marginale de la version autorisée, mais « il se souleva contre le pouvoir de son père et fit passer par l'épée tous ses frères, ainsi que plusieurs princes d'Israël ». Cela s'apparente à une atteinte violente au royaume. Joram de Juda incita les habitants de Jérusalem à la fornication et y contraignit Juda (2 Chroniques 21.11 ). Élie le réprimanda, ses ennemis le dépouillèrent de tous ses biens, le Seigneur le frappa d'une maladie terrible, et finalement « il s'en alla sans que personne ne le réclame ».

Lorsque Achab et Josaphat partirent en guerre, ils confièrent la gestion de leurs royaumes à leurs fils. C'est ainsi que Joram de Juda régna conjointement avec Josaphat, et Achazia d'Israël corégent avec Achab, tous deux la même année. L'année suivante, Achab périt au combat à Ramoth-Galaad. Achazia d'Israël tomba dans les décombres et mourut, et son frère Joram d'Israël lui succéda. Ceci explique la présence de trois rois d'Israël au cours d'une même année.

Entre-temps, Josaphat retourne à Jérusalem. Il reprend le contrôle des affaires et le règne de Joram de Juda prend fin, ainsi que le décompte des années de Joram de Juda dans 2 Rois 1:17.

L'an 1 de Joram d'Israël = l'an 18 de Josaphat, qui est à son tour = l'an 2 de Joram de Juda.

Puis vient la mort de Josaphat et le règne unique de Joram de Juda. Il commença son second règne en tant que co-roi la cinquième année du règne de Joram d'Israël (2 Rois 8.16.17 ), soit la vingt-deuxième année de Josaphat. Ce fut donc la première année du règne de Joram de Juda en tant que co-roi, Josaphat étant alors roi de Jitda, si seulement Hales et Clinton, qui considèrent ces mots comme une interpolation, le savaient.

Josaphat mourut la quatrième année du règne de Joram de Juda, alors qu'il était co-roi. Joram de Juda commença alors à régner pour la troisième fois, cette fois-ci comme roi unique, mais il poursuivit le décompte des années de son co-règne et appela l'année suivante sa cinquième année. Il se considérait comme roi à partir de la première année de son co-règne et, par conséquent, appela l'année suivant celle de la mort de Josaphat sa cinquième année.

Cela explique l'apparente incongruité de son règne à trois reprises : d'abord comme Pro-Rex, lorsque son père est parti en guerre ; ensuite comme Co-Rex, du vivant de son père, lorsque Josaphat a donné des cadeaux et des villes à tous ses fils, mais a donné le royaume à Joram de Juda parce qu'il était l'aîné (2 Chroniques 21: 3 ) ; et enfin comme seul roi à la mort de son père.

Il est dit qu'Achazia d'Israël a régné deux ans, mais lui et son père sont morts la même année ; ces deux années leur appartiennent donc à chacun, la seconde appartenant également à Joram d'Israël. Tout ceci est correctement relaté dans le texte (1 Rois 22.51, 2 Rois 1.17, 3.1 ), selon le mode de calcul israélite.

Puisque l'année 1 de Joram d'Israël = l'année 2 de Joram de Juda (2 Rois 1 17, 3 1 ) = l'année 22 d'Achab = l'année 2 d'Achazia d'Israël = l'année 18 de Josaphat, il s'ensuit que l'année 1 de Joram de Juda en tant que Pro-Rex = l'année 17 de Josaphat.

Puisque l'an 1 de Joram de Juda correspond à l'an 5 de Joram d'Israël et à l'an 22 de Josaphat (2 Rois 8.16-17 ), il s'ensuit que Josaphat a dû être démis de ses fonctions de pro-roi (le décompte de ses années en tant que pro-roi étant interrompu) et que le décompte a repris en tant que co-roi. L'an 22 de Josaphat devient ainsi l'an 1 de son co-roi, dont les années sont comptabilisées jusqu'à la fin de sa vie. Par conséquent, lorsqu'il devient seul roi à la mort de Josaphat, ses années sont comptabilisées comme s'il avait déjà été roi. En tout cela, il n'y a aucune dérogation au mode de calcul judéen habituel. Les faits sont parfaitement clairs et clairement énoncés. Ils ne peuvent être compris qu'en se référant au tableau chronologique qui les présente. (Voir tome II, p. 24.)

Lorsque Joram de Juda fut frappé par une terrible maladie, il fut contraint d'associer son fils Achazia de Juda à lui en tant que co-roi. C'est ainsi qu'Achazia de Juda régna la onzième année du règne de Joram d'Israël, c'est-à-dire en tant que co-roi (2 Rois 9, 29 ).

Puisque la cinquième année du règne de Joram d'Israël correspond à la première année du règne de Joram de Juda, il s'ensuit que la onzième année de Joram d'Israël correspond à la septième année du règne de Joram de Juda. Par conséquent, la septième année du règne de Joram de Juda correspond à la première année du règne d'Achazia de Juda en tant que co-roi. L'année suivante est la douzième année du règne de Joram d'Israël, soit la huitième année du règne de Joram de Juda, année de la mort de Joram de Juda (2 Rois 8.17 ). Achazia de Juda devint alors roi unique (2 Rois 8.25 ) et régna pendant un an (2 Rois 8.26 ). Cette année correspond à la douzième année du règne de Joram d'Israël et à la première année du règne d'Achazia de Juda en tant que roi unique.

Mais voilà que, pour la première fois dans les annales des rois de Juda, une même année est comptée deux fois : une fois pour le roi sortant, Joram de Juda, et une autre pour le roi entrant, Achazia de Juda. Cela témoigne de l’impiété profonde de ces deux rois de Juda, l’un époux, l’autre fils, d’Athalie, fille de Jézabel. On ne saurait s’étonner que, sous l’influence païenne des Israélites, le système de calcul judaïque ait été supplanté par le système israélite.

Achazia de Juda est le roi dont l'âge, selon 2 Chroniques 22.2, indique qu'il avait « deux ans de plus que son père ». Pourtant, comme le dit le Dr John Lightfoot, il y a toujours une « sagesse admirable » dans ces « inspirations du Saint-Esprit ». « D'étranges variations, mais toujours divines », « des dissonances dans lesquelles le Saint-Esprit a fait jaillir une douce mélodie ».

Comparez les deux passages : —

2 Rois 8 26 : « Achazia avait vingt-deux ans lorsqu’il commença à régner. »

2 Chroniques 22: 2 : « Achazia avait quarante-deux ans lorsqu'il commença à régner. »

Une contradiction flagrante, s'il en est, que ce soit dans la Bible ou ailleurs, et pourtant, elle y a été placée intentionnellement et délibérément pour transmettre une vérité divine.

Les deux règles d'or pour résoudre les difficultés bibliques de ce genre sont : (1) se référer au texte hébreu original et (2) lire attentivement le contexte. Nous traduisons :

2 Chroniques 22: 2 : Achazia avait 42 ans lorsqu'il commença à régner.

Si nous remontons donc 42 ans en arrière, nous arrivons à son père. Or, à partir d'An. Hom. 3231, la première année d'Achazia, soustrayons 42 ans, et nous arrivons à l'année An. Hom. 3189. En consultant les Tables chronologiques, nous constatons que l'année An. Hom. 3189 était la première année d'Omri, fondateur d'une nouvelle dynastie. Ainsi, de même que l'auteur sacré calcule les années du royaume d'Asa à partir de la véritable origine du royaume, la première année de Roboam (2 Chroniques 16: 1 ; voir Tables chronologiques An. Hom. 3178 = 16e année d'Asa), de même ici, il calcule les années d'Achazia à partir de l'avènement de la dynastie d'Omri.

Maintenant, considérez le contexte. Complétez la traduction du verset : —

2 Chroniques 22.2 : Achazia avait quarante-deux ans lorsqu'il commença à régner, et il régna un an à Jérusalem. Sa mère s'appelait Athalie, fille d'Omri. Il suivit les voies de la maison d'Achab et fit le mal, comme la maison d'Achab. Il descendit vers Joram, fils d'Achab. La ruine d'Achazia venait de Dieu, car il était allé avec Joram contre Jéhu, que l'Éternel avait oint pour exterminer la maison d'Achab. Lorsque Jéhu exécuta le jugement contre la maison d'Achab et trouva les princes de Juda et les fils des frères d'Achazia, il les tua. Il rechercha Achazia, et on le captura (car il était caché à Samarie). Après l'avoir tué, on l'enterra, car on disait qu'il était le fils de Josaphat, qui avait cherché l'Éternel de tout son cœur.

Mais le Saint-Esprit ne le reconnaît pas comme un fils de David. Il est le fils d'Athalie, fille d'Omri et de Jézabel. Il n'est pas de la lignée de David. Il est un enfant de la maison d'Achab, un fils de la maison d'Omri, et à ce titre, un « fils de 42 ans », car la dynastie d'Omri dura précisément 42 ans.

Ce n’est pas la manière « moderne » d’écrire l’histoire, mais c’est celle des auteurs de l’Ancien Testament, et celle des auteurs du Nouveau Testament également, et si nous voulons comprendre leurs écrits, nous devons nous mettre à leur place et ne pas forcer notre interprétation de leurs mots.

Cette interprétation est confirmée par saint Matthieu, qui rapporte que Roboam engendra Abija, Abija engendra Asa, Asa engendra Josaphat, et Josaphat engendra Joram. Cependant, Joram n'engendra ni Achazia, ni Joas, ni Amazias, mais seulement le quatrième en ligne directe, « Joram engendra Ozias », son arrière-arrière-petit-fils. « Que la descendance des méchants soit retranchée, et que leur nom soit effacé de la génération suivante ! Que l'iniquité de ses pères soit rappelée à l'Éternel ! Que le péché de sa mère ne soit pas effacé ! Qu'ils soient constamment devant l'Éternel, afin qu'il efface de la terre leur souvenir » (Psaume 109, 13-15 ). « Car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et à la quatrième génération de ceux qui me haïssent » (Exode 20, 5 ). Selon saint Matthieu, il y a 14 générations entre David et la déportation à Babylone, et non 17, et ces trois hommes ne sont pas de véritables descendants de la lignée royale de David. Leur ascendance doit être rattachée à la maison d’Omri.

Le critique moderne exige des faits et considère que la Bible doit être interprétée comme n'importe quel autre livre. Or, la Bible n'est pas écrite selon le même point de vue qu'un autre ouvrage. Si elle fournit tous les faits dont les critiques ont besoin, elle offre bien plus : l'interprétation divine et le sens véritable des faits.

2. Deuxième période — De Jéhu à la chute de Samarie.

Nous voici arrivés au terme d'un autre chapitre de l'histoire des rois d'Israël et de Juda. Jéhu tue Achazia de Juda et Joram d'Israël, et s'empare du trône d'Israël.

Athalie anéantit la lignée royale et usurpe le trône de Juda. Athalie et Jéhu sont au même point de départ que Roboam et Jéroboam. La première année du règne de Jéhu coïncide avec celle d'Athalie, inaugurant ainsi une nouvelle ère. « Jéhu fit périr tous les membres restants de la maison d'Achab à Jizreel, ses notables, ses proches et ses prêtres, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus un seul » (2 Rois 1011 ). Il rassembla tous les prophètes de Baal, tous ses serviteurs et tous ses prêtres, et les fit périr. Ainsi, Jéhu extermina Baal d'Israël (2 Rois 1019.25.28 ).

Dans le royaume de Juda, Jehoïada orchestre une grande révolution politique, inspire un grand renouveau religieux et installe Joas sur le trône. Athalie est tuée la septième année de son usurpation. Le temple de Baal est détruit et Mattan, prêtre de Baal, est mis à mort (2 Rois 114-21 ).

Dans ces circonstances, il est naturel de s'attendre à ce que les règnes des rois successifs des deux royaumes soient calculés selon le mode de calcul judaïque, et, de fait, c'est précisément ce que nous constatons.

La nouvelle ère commence avec la première année de Jéhu, qui est aussi la première année d'Athalie. À partir de ce moment, le mode de calcul israélite est abandonné, sauf dans le cas unique de la première année de Jéroboam II, qui est comptée deux fois, une fois pour son prédécesseur et une fois pour lui-même.

D'après 2 Rois 111-3.4.21, Athalie régna 6 ans et fut tuée la 7e année, et d'après 2 Rois 12 1, Joas de Juda régna la 7e année du règne de Jéhu. Ainsi, la 7e année de Jéhu = la 7e année d'Athalie = la 1re année du règne de Joas de Juda.

Jéhu régna 28 ans (2 Rois 10 36 ) et l'année 7 de Jéhu = l'année 1 de Joas de Juda. Par conséquent, l'année 28 de Jéhu = l'année 22 de Joas de Juda.

L'an 1 du règne de Joachaz d'Israël correspond à l'an 23 du règne de Joas de Juda (2 Rois 13.1 ), et Joachaz d'Israël régna 17 ans (2 Rois 13.1 ). Par conséquent, l'an 17 du règne de Joachaz d'Israël correspond à l'an 39 du règne de Joas de Juda.

Joachaz d'Israël eut pour successeur Joas d'Israël. La dernière année du règne de Joachaz d'Israël correspondait à la 39e année du règne de Joas de Juda, tandis que la première année du règne de Joas d'Israël correspondait à la 40e année du règne de Joas de Juda (2 Rois 13.9 ). La première année du règne de Joas d'Israël (en tant que roi unique) correspondait donc à la 40e année du règne de Joas de Juda. Cependant, Joas d'Israël régna (en tant que co-roi) la 37e année du règne de Joas de Juda (2 Rois 13.10 ). Par conséquent, Joas d'Israël exerça le co-règne avec son père Joachaz d'Israël durant les trois dernières années du règne de ce dernier.

Il ne s'agit ni d'une supposition ni d'une hypothèse. C'est un fait implicite dans le Texte lui-même, et, étant contenu dans le Texte, il a la même valeur que toute autre affirmation figurant dans ce même Texte.

Ces corègnes sont fréquents dans l'histoire d'Israël et de Juda, depuis l'accession au trône de Salomon sous le règne de David. On les retrouve également fréquemment dans les annales d'autres nations orientales.

Qualifiées de « gratuites », « fictives » ou « absurdes », ces occurrences ne sont pas moins fréquentes. Elles figurent dans le texte lui-même. Souvent, le texte lui-même en donne une indication quant à leur raison d'être. Dans ce cas précis, la nomination de Joas d'Israël comme co-roi pourrait s'expliquer par l'absence de Joachaz d'Israël lors de ses guerres en Syrie, lorsque « le roi de Syrie les réduisit (le peuple d'Israël) en poussière par le battage » (2 Rois 13, 7 ).

Amazias succéda à Joas de Juda la deuxième année du règne de Joas d'Israël comme seul roi (2 Rois 12.2, 14.1 ). Il régna 29 ans (2 Rois 14.2 ).

Joas d'Israël régna seize ans comme roi unique (2 Rois 13.10 ). Puisque la deuxième année de règne de Joas d'Israël correspond à la première année du règne d'Amazias, la seizième année de Joas d'Israël correspond à la quinzième année d'Amazias. Or, la quinzième année d'Amazias correspond à la première année du règne de Jéroboam II (2 Rois 14.23 ). Par conséquent, la quinzième année d'Amazias est une année incomplète et est comptabilisée deux fois : une fois comme la dernière année de règne de Joas d'Israël, et une fois comme la première année de Jéroboam II, selon le système de calcul israélite, qui réapparaît ici pour la dernière fois.

Amazias vécut quinze ans après la mort de Joas d'Israël. Puis, un complot fut ourdi contre lui. Il s'enfuit de Jérusalem et fut tué à Lakish la quinzième année du règne de Jéroboam II (2 Rois 14, 17-22 ). L'interrègne qui suivit dura un certain temps. Le mot « alors » dans 2 Chroniques 26, 1 est une erreur de traduction. Il correspond au vav hébreu, qui ne contient aucune indication de temps, et devrait être traduit simplement par « Et ».

Juda était divisé en deux camps. Les conspirateurs atteignirent leur objectif. Ils assassinèrent le roi Amatsia et se maintinrent au pouvoir pendant quelques années, mais la 27e année du règne de Jéroboam II, la situation bascula et l'autre camp, le peuple de Juda, prit le dessus et fit d'Ozias (Azaria) le roi à la place de son père Amatsia (2 Rois 14, 2 ; 15, 1 ).

De la 15e année de Jéroboam II, lorsque Amazias fut tué (2 Rois 14 17-22 ), à la 27e année de Jéroboam II, lorsque Ozias fut fait roi à la place de son père Amazias (2 Rois 15 1 ), il y a une période de 11 ans pendant laquelle le trône de Juda fut vacant.

Par conséquent, Ussher se trompe en supprimant ces onze années de la chronologie. Il présuppose que Jéroboam II a régné conjointement avec son père Joas d'Israël pendant une longue période de onze ans, étant nommé co-roi la cinquième année du règne de Joas. Il considère que la vingt-septième année de Jéroboam II, mentionnée dans 1 Rois 15,1, correspond à la vingt-septième année de cette corégence supposée, qui aurait débuté la cinquième année du règne de Joas, cette vingt-septième année étant la seizième année du règne de Jéroboam II en tant que roi unique. (Voir 2 Rois 15,1, note marginale). C'est là l'une des rares erreurs de l'ouvrage d'Ussher.

Il a commis cette erreur par intérêt personnel. Il voulait situer la naissance de notre Seigneur exactement 4 000 ans après la création d'Adam. Pour ce faire, il souhaitait supprimer sept années. Il en retranche onze à ce moment-là, puis en récupère quatre, une à une, par la suite. Mais le doute est indéniable. L'existence de cet intervalle de onze ans est un fait aussi incontestable que n'importe quel autre élément du Texte, et on ne peut l'ignorer sans plonger toute la chronologie du Texte dans un chaos absolu.

Josèphe a commis la même erreur que n'importe qui d'autre, se contentant d'une lecture superficielle et expéditive du récit plutôt que d'une lecture attentive. Mais l'interrègne est bien réel et il est impossible de l'ignorer. L'intervalle de onze ans entre Amazias et Ozias doit être consigné.

Pendant quinze ans, Ozias et Jéroboam II régnèrent conjointement, Ozias en Juda et Jéroboam II en Israël. Jéroboam II régna quarante et un ans (2 Rois 14, 23 ; 15, 8 ). La vingt-septième année du règne de Jéroboam II correspond à la première année du règne d'Ozias. Par conséquent, la quarante et unième année de Jéroboam correspond à la quinzième année du règne d'Ozias. S'ensuit un intervalle de vingt-deux ans entre l'année suivant la quarante et unième année de Jéroboam II (soit la seizième année du règne d'Ozias) et la trente-septième année du règne d'Ozias (ces deux années étant incluses), ou encore entre la quinzième et la trente-huitième année du règne d'Ozias (ces deux années étant exclues), soit un interrègne de vingt-deux ans au sein du royaume d'Israël.

En supprimant l'interrègne de 11 ans dans le royaume de Juda, Ussher réduit l'interrègne du royaume d'Israël de 11 ans, soit de 22 à 11 ans. (Voir la note marginale de la version autorisée, 2 Rois 14 29 et 15 1. ) Ces années doivent être rétablies.

Voici les notes d'Ussher : « Il semble que Jéroboam ait été intégré à la consortia du royaume par son père Joas, partant en guerre contre les Syriens. » « Après Amazias vint Ozias (ou Azaria), la 27e année du règne de Jéroboam, roi d'Israël ( en comptant à partir du moment où il commença à régner conjointement avec son père). » Ussher fait succéder Ozias (Azaria) à Amazias immédiatement après que ce dernier a achevé sa 29e année de règne, qu'il identifie à la 16e année du règne de Jéroboam II comme roi unique, et qu'il appelle la 27e année du règne de Jéroboam II. Il aurait dû insérer un intervalle entre Amazias et Ozias, et faire succéder Ozias à Amazias après un interrègne de 11 ans, la 27e année du règne de Jéroboam II, comme indiqué dans 2 Rois 15,1.

Aucun récit n'est fait des événements survenus en Israël durant cet interrègne de 22 ans, mais l'histoire témoigne clairement de la situation difficile de l'époque et suggère une explication à cet interrègne : le pays était envahi par les ennemis et le nom d'Israël risquait d'être « effacé de dessous les cieux » (2 Rois 14, 26-27 ). Un certain mystère plane sur cette période. L'histoire assyrienne, quant à elle, demeure lacunaire durant sa première partie.

C’est l’époque du prophète Jonas (2 Rois 14, 25 ) et de son message terrible : « Encore quarante jours et Ninive sera détruite. » C’est l’époque du tremblement de terre, deux ans avant lequel Amos commença à prophétiser (Amos 1, 1 ), un tremblement de terre dont on se souvint jusqu’à l’époque de Zacharie, près de 300 ans plus tard, et dont Zacharie utilise la terreur comme image de la terreur du Jour du Jugement.

C'était une époque où la souffrance d'Israël était intense, car « il n'y avait personne en sécurité ni laissé en Israël » (2 Rois 14, 26 ). L'auteur de la Bible d'étude suggère que l'expression « en sécurité » doit être interprétée comme signifiant « protégé », à l'image de ceux qui étaient enfermés dans une forteresse, et que le mot « laissé » est une erreur de traduction. Il fait dériver ce mot de l'hébreu signifiant « fortifier », et non de l'hébreu signifiant « quitter, abandonner ». Le sens serait donc « il n'y avait ni forteresse ni fortification », ou « aucune protection ni défense » contre leurs ennemis. L'intensité de la souffrance d'Israël à cette époque est peut-être liée à la guerre civile qui déchira le royaume d'Israël du règne de Jéroboam II jusqu'à la fin de son histoire.  

À la fin de cet interrègne de 22 ans, la 38e année d'Ozias, Zacharie, fils de Jéroboam II, régna sur Israël pendant six mois (2 Rois 15 8-10 ), et fut tué par Shallum.

L’année suivante, la 39e année d’Ozias, Shallum régna un mois et fut tué par Menahem (2 Rois 15 13.14 ).

La même année, la trente-neuvième du règne d'Ozias, Menahem tua Shallum et régna sur Israël. On remarque ici l'adoption du système judéen de calcul des règnes des rois d'Israël. Cette année, la trente-neuvième d'Ozias, marque l'accession au trône de Menahem. Son règne ayant duré dix ans, si cette trente-neuvième année d'Ozias était considérée comme la première de son règne, il y aurait eu un an d'interruption entre sa dernière année et la première du règne de son fils Pékahia.

Donc l'année 1 de Menahem = l'année d'Ozias 40, l'année de Menahem 10 = l'année d'Ozias 49. L'année 1 de Pekahia = l'année d'Ozias 50 (2 Rois 15 23 ), l'année 2 de Peka-hiah = l'année d'Ozias 51 (2 Rois 15 23 ).

L'an 1 de Pékah correspond à l'an 52 du règne d'Ozias (2 Rois 15, 27 ). L'an 1 de Jotham correspond à l'an 2 de Pékah (2 Rois 15, 32 ), soit l'année suivant l'an 52 d'Ozias, qui fut la dernière année de ce dernier (2 Rois 15, 2 ).

Jotham régna seize ans (2 Rois 15, 33 ). Comme la première année de Jotham correspond à la deuxième année du règne de Pékah, sa seizième année, la dernière, correspond à la dix-septième année de Pékah. Or, la dix-septième année de Pékah fut aussi l'année de l'accession au trône d'Achaz, puisqu'il régna la dix-septième année de Pékah (2 Rois 16, 1 ). Par conséquent, la dix-huitième année de Pékah correspond à la première année d'Achaz, et sa vingtième année, la dernière de son règne – la troisième année d'Achaz.

Nous abordons maintenant l'une des énigmes les plus intéressantes, et en même temps les plus éclairantes, de la chronologie de cette période. On lit dans 2 Rois 15:30 qu'Osée tua Pékah la vingtième année du règne de Jotham, soit l'année suivant la vingtième année de Pékah. Or, Jotham ne régna que seize ans au total, et si l'on fait référence à la vingtième année de Jotham, il s'agirait de la quatrième année d'Achaz. Mais dans le texte, il est question de la vingtième année de Jotham.

Pourquoi cela ? L'histoire nous l'explique par le caractère du roi Achaz, un personnage impie. Dans le récit des rois d'Israël et de Juda, deux figures sont désignées avec horreur et mépris, comme pour désigner deux personnes condamnées à une réprobation féroce et à un reproche perpétuel. Dans 2 Rois 9.37, on lit : « C'est Jézabel », et dans 2 Chroniques 28.22 : « C'est ce roi Achaz. »

C’est Achaz qui « fit des idoles de métal fondu pour Baal », qui « brûla ses enfants par le feu, selon les abominations des nations », qui dénuda Juda et pécha gravement contre l’Éternel. La coupe était pleine. L’auteur ne pouvait rien ajouter. « C’est ce roi Achaz. » « Et » (et non « car » comme dans les versions autorisée et révisée), avec une pointe d’ironie, l’auteur ajoute cette ultime marque de mépris et de dédain : « il offrit des sacrifices aux dieux de Damas qui l’avaient frappé, et il dit : Puisque les dieux des rois de Syrie les secourent, je leur offrirai aussi des sacrifices, afin qu’ils me secourent. Mais ils furent sa ruine et celle de tout Israël. » Cela explique la chronologie. Comme le remarque avec une pointe d'ironie le Dr John Lightfoot : « Le Saint-Esprit préfère se référer au saint Jotham dans sa tombe plutôt qu'au méchant Achaz vivant », et au lieu de la 4e année d'Achaz, nous avons la 20e année de Jotham.

Pékah fut tué par Osée la vingtième année du règne de Jotham, c'est-à-dire la quatrième année du règne d'Achaz, soit l'année suivant la vingtième année de Pékah. Il fut donc détrôné la vingtième année de son règne et tué l'année suivante, la dernière de celui-ci.

Vient ensuite une autre période d'interrègne, voire une période d'anarchie de huit ans. Car si le trône de Pékah était vacant la quatrième année du règne d'Achaz, Osée lui-même ne commença à régner que la douzième année de ce règne (2 Rois 17, 1 ).

L'année 12 du règne d'Achaz correspond à l'année 1 du règne d'Osée. En effet, Osée régna neuf ans (2 Rois 17.1 ), et l'année 9 d'Osée correspond à l'année 6 d'Ézéchias (2 Rois 18.10 ), et l'année 7 d'Osée à l'année 4 d'Ézéchias (2 Rois 18.9 ). Par conséquent, l'année 4 d'Osée correspond à l'année 1 d'Ézéchias. Or, l'année 4 d'Osée est aussi l'année 15 du règne d'Achaz, car l'année 3 d'Osée est l'année de l'accession au trône d'Ézéchias (2 Rois 18.1 ). Ainsi, l'année 3 d'Osée correspond à l'année 14 du règne d'Achaz, et donc l'année 1 d'Osée correspond à l'année 12 d'Achaz (2 Rois 17.1 ). Par conséquent, l'intervalle entre la 20e année de Pékah, sa dernière année sur le trône, et la 1re année d'Osée, correspond à l'intervalle entre la 3e année d'Achaz et sa 12e année, en s'excluant mutuellement, ou à l'intervalle entre la 4e année d'Achaz et sa 11e année, en s'incluant mutuellement, ce qui représente une période de 8 années civiles.

La première année du règne d'Osée correspond à la douzième année du règne d'Achaz (2 Rois 17.1 ). Par conséquent, la troisième année du règne d'Osée correspond à la quatorzième année du règne d'Achaz. Achaz régna seize ans (2 Rois 16.2 ). Or, la troisième année du règne d'Osée correspond à l'année d'accession au trône d'Ézéchias (2 Rois 18.1 ). Ainsi, Ézéchias exerça le co-règne avec Achaz durant les quatorzième, quinze et seizième années du règne de ce dernier. La quatorzième année du règne d'Achaz correspond à l'année d'accession au trône d'Ézéchias. La quinzième année du règne d'Achaz correspond à la première année du règne d'Ézéchias. La seizième année du règne d'Achaz correspond à la deuxième année du règne d'Ézéchias.

L'année où Ézéchias commença à régner comme co-roi avec son père (la 14e année du règne d'Achaz) marque son accession au pouvoir. Dès son entrée en fonction, il prit les choses en main. Âgé de 25 ans, dès la première année de son règne, et plus précisément le premier jour du premier mois (2 Chroniques 29:3, 17 ), il abolit les pratiques idolâtres de son père Achaz.

Il ouvrit les portes du temple de l'Éternel qu'Achaz avait fermées (2 Chroniques 28, 24 ). Il fit disparaître les hauts lieux, brisa les statues de pierre de Baal, abattit les idoles de bois d'Astarté et « brisa le serpent d'airain que Moïse avait fait et qu'il appelait Nehushtan (morceau d'airain) » (2 Rois 18, 4 ). Ils purifièrent le sanctuaire en seize jours (2 Chroniques 29, 17 ). Il était désormais trop tard pour célébrer la Pâque à la date prévue du premier mois ; aussi la fêta-t-on le quatorzième jour du deuxième mois.

Le reste d’Israël qui avait échappé aux mains des rois d’Assyrie fut invité à assister à cette grande Pâque (2 Chroniques 30 6 ), et ils vinrent d’Éphraïm, de Manassé, d’Issacar et de Zabulon (2 Chroniques 30 18 ), et il n’y eut pas de Pâque semblable depuis l’époque de Salomon (2 Chroniques 30 26 ).

« Et Ézéchias se réjouit, ainsi que tout le peuple, car Dieu avait préparé le peuple, car la chose s’était faite soudainement » (2 Chroniques 29, 36 ).

Ce fut un coup d'État soudain. Il avait été préparé par le ministère inspirant d'Isaïe et l'influence secrète d'Ézéchias durant son co-royaume avec son père. À la mort d'Achaz, la répulsion du peuple fut profonde et généralisée. Cette première année du règne d'Ézéchias, alors âgé de 25 ans, n'était ni son année d'accession au trône comme co-roi (la 14e année d'Achaz), ni sa première année en tant que co-roi (la 15e année d'Achaz), mais sa première année en tant que roi unique, l'année suivant la mort d'Achaz. Cela explique comment le grand réveil religieux éclata si soudainement le premier jour du premier mois du règne d'Ézéchias. Il avait été préparé. Le peuple y était prêt. Il rencontra une réaction immédiate et se propagea comme une traînée de poudre à travers les deux royaumes.

Une difficulté se pose quant à l'âge d'Achaz à la naissance de son fils Ézéchias. Une comparaison entre 2 Rois 16.2 et 2 Rois 18.2 suggère qu'Ézéchias serait né alors que son père n'avait que 8 ans. Or, Achaz avait 20 ans lorsqu'il commença à régner (2 Rois 16.2) et 36 ans à sa mort. Ézéchias, quant à lui, avait 25 ans lorsqu'il accéda au trône, l'année suivant le 16e anniversaire d'Achaz (2 Rois 18.2 ). Par conséquent, Ézéchias avait 25 ans quand Achaz en avait 37, soit 12 ans à la naissance d'Ézéchias, et non 9 ans comme il l'aurait eu s'il avait eu 25 ans lors de son accession au trône, le 14e anniversaire d'Achaz. Ézéchias avait donc 25 ans, non pas lors de son accession au trône en tant que co-roi, mais lors de sa première année de règne en tant que roi unique.

 

Chapitre XXII.

Juda, de la chute de Samarie à la captivité.

(an. hom. 3406-3520)

Samarie tomba la neuvième année du règne d'Osée, qui était la sixième année d'Ézéchias, l'année 3406 du calendrier liturgique. Le récit de la chute de Samarie dans 2 Rois 189.10 est très concis mais parfaitement exact. Nous savons, grâce aux archives assyriennes, que la ville fut prise par Sargon. L'Écriture dit : « Salmanasar marcha contre Samarie et l'assiégea. » C'est ce qui se produisit. « Et au bout de trois ans », il n'est pas dit « il prit », mais « ils la prirent », ce qui implique que quelqu'un d'autre participa à la prise de la ville outre Salmanasar, qui avait commencé le siège.

Ce n'est pas ici le lieu de discuter de la paternité du prétendu Deutéro-Isaïe ou Trito-Isaïe. Il convient toutefois de souligner que l'année 14 fut cruciale sous le règne d'Ézéchias. Ce fut l'année de l'invasion de Sennachérib, durant laquelle l'ange du Seigneur frappa le camp assyrien, y faisant périr 185 000 hommes. À leur réveil, ils ne trouvèrent plus que des cadavres (2 Rois 18.13 – 19.37  ; Isaïe 36.37). Ce fut aussi l'année de la maladie d'Ézéchias, durant laquelle le Seigneur fit reculer l'ombre de dix degrés sur le cadran solaire d'Achaz (2 Rois 20.16.11; Isaïe 38). Enfin, ce fut l'année de l'ambassade de Mérodach-Baladan de Babylone (2 Rois 2012.21 ; Isaïe 39).

C'était l'année où Isaïe dit à Ézéchias : « Voici, les jours viennent où tout ce qui est dans ta maison, et tout ce que tes pères ont amassé jusqu'à ce jour, sera emporté à Babylone ; il n'en restera rien, dit l'Éternel. Et de tes fils, issus de toi, que tu engendreras, on les emmènera ; et ils seront eunuques dans le palais du roi de Babylone » (Isaïe 3916-7). Ces trois événements majeurs – la destruction de l'armée de Sennachérib d'Assyrie, la maladie d'Ézéchias et la prophétie d'Isaïe concernant la captivité babylonienne – se produisirent la même année, faisant d'elle une année charnière dans la vie d'Ézéchias.

Ces événements sont tous consignés dans Isaïe 36 à 39, un passage qui constitue la véritable seconde partie d'Isaïe, faisant le lien entre Isaïe 1 à 35 et Isaïe 40 à 66. Ces 27 derniers chapitres ne devraient pas être considérés comme la seconde, mais bien la troisième partie d'Isaïe. Le prophète a prédit et annoncé non seulement la captivité, mais aussi le retour de Babylone. C'est le sujet développé dans ces 27 derniers chapitres d'Isaïe, et l'auteur de ces lignes partage l'avis du professeur R.G. Moulton et du poète Tennyson selon lequel, avec les 39 chapitres précédents, ils forment un tout littéraire et artistique indivisible, et sont l'œuvre d'un seul et même homme. Ils couvrent les quinze dernières années du règne d'Ézéchias, de sa quatorzième année à sa vingt-neuvième et dernière année.

Jusqu'à présent, la chronologie a été si rigoureusement vérifiée et contre-vérifiée qu'il est quasiment impossible de s'y tromper, pourvu que les affirmations du texte soient scrupuleusement respectées. De l'accession au trône de Manassé au règne de Josias, aucun contrôle n'est effectué sur les chiffres donnés. En revanche, à partir de la treizième année du règne de Josias, ils sont vérifiés grâce aux longues périodes mentionnées chez les Prophètes (Jérémie 25, 1-3 ) et aux concordances avec les années du règne de Nabuchodonosor (2 Rois 24, 8-12 ; 25, 2-8 ; Jérémie 32, 1, etc.).

Dans le royaume de Juda, la chronologie suit toujours le système de calcul judéen et ne compte jamais une année deux fois, ni ne l'attribue à la fois au roi sortant et au roi entrant, à l'exception du cas d'Achazia, fils d'Athalie, fille d'Achab et de Jézabel. Cette exception confirme la règle, car Achazia n'est pas considéré comme un descendant direct de David, mais comme un « enfant de la maison d'Omri », dont les années sont naturellement calculées selon le système israélite. Hormis ce cas particulier, les règnes des rois de Juda sont toujours comptabilisés selon le calendrier judéen, l'année manquante étant toujours attribuée au roi sortant et jamais au roi entrant. La dernière année du règne du roi sortant est toujours considérée comme l' année d'accession au trône du roi entrant, l'année calendaire suivante étant la première année de son règne. Nous ne pouvons pas nous tromper en appliquant le mode de calcul judaïque aux cas de Manassé, d'Amon et de Josias, les trois seuls cas où ce mode de calcul ne peut être vérifié.

Manassé régna 55 ans (2 Rois 21, 1 ). Il convient donc de lui attribuer 55 années calendaires dans notre chronologie de son règne. Amon régna 2 ans (2 Rois 21, 19 ). Il convient donc de lui attribuer deux ans. Josias régna 31 ans (2 Rois 22, 1 ). Il convient donc de lui attribuer 31 ans.

Joachaz régna trois mois, entièrement inclus dans l'année 31 du règne de Josias. Si son règne s'était prolongé jusqu'à la nouvelle année, on aurait dit qu'il avait régné une année entière. L'essence même de la méthode chronologique réside dans le fait qu'elle ne prend en compte que les années entières. Les fractions ne sont pas comptabilisées ; elles n'entrent pas du tout en ligne de compte dans la chronologie.

Jojakim régna onze ans. Son accession au trône eut lieu soit durant la trente et unième année du règne de Josias, qui fut alors appelée son année d'accession, soit immédiatement après, au début de la nouvelle année. Dans les deux cas, l'an 1 de Jojakim correspond à l'année calendaire qui suit immédiatement la trente et unième année du règne de Josias.

La justesse de ces résultats est prouvée par la longue période mentionnée dans Jérémie 25, 1-3. La quatrième année du règne de Jojakim fut l'une des plus cruciales de l'histoire de Juda. C'est l'année où Jérémie prophétisa que Jérusalem, les villes de Juda et le monde entier, de l'Égypte à la Médie, seraient asservis au roi de Babylone pendant soixante-dix ans (Jér. 25, 11-26 ).

C'était l'année qui coïncidait avec la première année de Nabuchodonosor, roi de Babylone (Jér. 25, 1 ), la coïncidence la plus importante de toute la Bible, car elle nous permet de relier la Chronologie Sacrée, de la création d'Adam à la quatrième année de Jojakim, aux dates enregistrées de l'histoire profane à partir de ce point, en avant et en arrière, dans la mesure où elles ont été fidèlement conservées et précisément établies à partir des écrits et des monuments de l'Antiquité.

Enfin, cette année-là, Jérémie a solennellement relaté les fruits de son ministère durant les 23 dernières années, nous offrant ainsi cette précieuse synchronicité : « Depuis la treizième année de Josias, fils d’Amon, roi de Juda, jusqu’à ce jour (le 4 de Jojakim), durant ces 23 années, la parole de l’Éternel m’est parvenue ; je vous ai parlé dès le matin, et vous m’avez parlé ; mais vous n’avez pas écouté » (Jér. 25.3 ). Que représentent ces « 23 années » ?

Les voici : —

Les 23 ans de Jérémie 25 3.

1 L'année de Josias 13
2 L'année de Josias 14
3 L'année de Josias 15
4 L'année de Josias 16
5 L'année de Josias 17
6 L'année de Josias 18
7 L'année de Josias 19
8 L'année de Josias 20
9 L'année de Josias 21
10 L'année de Josias 22
11 L'année de Josias 23
12 L'année de Josias 24
13 L'année de Josias 25
14 L'année de Josias 26
15 L'année de Josias 27
16 L'année de Josias 28
17 L'année de Josias 29
18 L'année de Josias 30
19 = L'an 31 de Josias = les 3 mois de Jehojakin = l'année d'accession au trône de Jehojakim.
20 = L'année de Joiaqim 1
21 L'année de Joiaqim 2
22 L'année de Joiaqim 3
23 L'année de Joiaqim 4

Cela nous permet de combler le fossé entre la dernière année de Josias et la première de Jojakim, et prouve de manière concluante que le calcul donné ci-dessus est correct.

 

Chapitre XXIII.

Chronologie comparée — De Saül à la captivité.

Nous avons retracé l'histoire du peuple hébreu durant la période de la monarchie, de la première année de Saül à « la quatrième année de Jojakim… qui fut la première année de Nabuchodonosor » (Jérémie 25, 1 ), telle qu'elle est consignée par les narrateurs prophétiques contemporains dans leurs annales. La chronologie est si précise, et l'histoire du royaume d'Israël si étroitement liée à celle du royaume de Juda, qu'il est pratiquement impossible qu'une erreur s'y soit glissée. Les liens sont si parfaits que modifier un seul texte d'une seule année plongerait la chronologie d'ensemble dans une confusion irrémédiable. Aucune méthode permettant une meilleure préservation de cette chronologie pour les générations futures n'a pu être conçue, ni même imaginée. Nous pouvons nous fier absolument à l'authenticité et à l'exactitude de la chronologie de ce récit, tel qu'il nous a été transmis et tel que nous le possédons aujourd'hui.

Il existe de nombreux autres témoins dont le témoignage permet de vérifier les données chronologiques de cette période, telles qu'elles apparaissent dans l'Ancien Testament, et l'on peut affirmer sans exagérer que, partout où elles ont été présentées devant un tribunal, leur exactitude et leur authenticité ont été amplement et systématiquement confirmées. « Dans tous les cas où nous pouvons les vérifier à l'aide de monuments contemporains dont l'authenticité est incontestable », déclare le professeur A.H. Sayce, « nous constatons qu'elles sont confirmées et expliquées jusque dans les moindres détails. »

Ces autres témoins peuvent être regroupés sous trois catégories : l'Égypte, Moab et l'Assyrie.

1. Égypte.

En Égypte, on trouve la célèbre inscription de Shishak, sur le mur sud du temple d'Amon à Karnak. Ce temple est l'un des plus beaux exemples de la majesté et de la splendeur de l'architecture égyptienne. Karnak est situé sur la rive droite du Nil, à proximité de Thèbes, aujourd'hui Louxor, l'ancienne capitale de l'Égypte. Karnak correspond à la « No peuplée », ou plus précisément, comme indiqué en marge, à la « No-Amon » mentionnée dans Nahum 3,8.

Shashanq Ier, ou Sheshonk Ier, comme le prononce aujourd'hui le guide moderne des ruines du Temple, est le Shishak de l'Ancien Testament. C'est auprès de lui que Jéroboam se réfugia lorsque Salomon chercha à le tuer (1 Rois 11, 40 ). La cinquième année du règne de Roboam, Shishak marcha contre Jérusalem, pilla le Temple et emporta tous les trésors du palais (1 Rois 14, 25, 26 ; 2 Chroniques 12, 2-9 ).

Shishak fut le fondateur d'une nouvelle dynastie, la 22e ou dynastie bubastitienne, ainsi nommée car elle était la seule, parmi les 31 dynasties, à avoir sa capitale à Bubastis.

Vers la fin de sa vingt et unième année, Shishak chargea Haremsaf, son chef des travaux publics, de réaliser un mémorial de ses conquêtes. Il en résulta le grand bas-relief ornant les murs du temple d'Amon à Karnak. Dans cette inscription, Shishak mentionne les noms de 133 villes du royaume de Juda, telles que Beth-Horon, Gabaon, Mahanaïm, Shunem, Megiddo, etc., qu'il prit lors de cette invasion.

Il ne donne pas la date exacte de ses opérations militaires en Palestine, mais nous savons, d'après 1 Rois 14:25, que cela se passait la cinquième année du règne de Roboam (982-966 av. J.-C.), soit en 978 av. J.-C. On ne peut jamais être certain des dates égyptiennes de cette période ancienne, mais plusieurs calculs ont été effectués à partir de diverses données approximatives.

Les monuments égyptiens indiquent généralement l'année du règne du roi sous lequel ils ont été érigés, mais il est possible que ce roi ait vécu une ou plusieurs années après la construction de son dernier monument. Son règne est donc exprimé par le chiffre le plus élevé figurant sur un monument, auquel s'ajoute une valeur inconnue.

Le roi Shabaka, mentionné plus tard dans le deuxième livre des Rois (17, 4), régnait lorsque Sargon envahit la Palestine en 720 av. J.-C., et ce, pendant une période indéterminée avant cet événement. Le professeur Breasted, dans son ouvrage « Ancient Records », indique la durée minimale du règne des rois à partir de cette date, jusqu'à la première année de la XXIIe dynastie, soit la première année de Shishak :

Rois égyptiens de Shishak à Shabaka.

L'accession de Shabaka ou So av. J.-C. 720 ans +
1 Roi, 24e dynastie avant 6 ans +
Les 3 Rois, XXIIIe dynastie bc 37 ans +
6 rois, 22e dynastie avant J.-C., il y a plus de 230 ans
  avant 993 ans +

 

Un calcul similaire, à partir de l'accession au trône de Tirhaka (701 av. J.-C.), donne le nombre 998. À ce nombre, il faut ajouter la durée inconnue du règne de Sô avant sa défaite face à Sargon, ainsi que la durée inconnue du règne de chacun des dix autres rois après la date du dernier monument découvert. Il faut ensuite soustraire la période de chevauchement de ces règnes. Si l'on suppose que ces ajouts et soustractions s'annulent, l'erreur ne devrait pas dépasser 5, 10, 15 ou 20 ans.

L'inscription de Shishak fut réalisée la 21e année de son règne. Si sa première année de règne fut 998 (ou 993) avant J.-C., et son invasion de la Palestine l'année précédente, la date de son expédition contre Roboam remonterait à 978 (ou 973) avant J.-C., soit précisément l'année (ou à cinq ans près) de la 5e année du règne de Roboam, 978 avant J.-C. Cette datation est aussi précise que l'on pouvait l'espérer.

D'autres estimations de l'accession au trône de Shishak sont proposées : Brugsch 980, Marriette 980, Whitehouse 966, Lepsius 961, Flinders Petrie 952. La plus basse de ces estimations se situe à moins de 26 ans de la 5e année du règne de Roboam et constitue un synchronisme tout à fait plausible. Cependant, la date exclue par ce synchronisme est la date assyrienne cbc 947, qui, en omettant l'intervalle de 51 ans entre Ramman Nirari III et Ashurdan III (834-783 av. J.-C.), situe la 20e année du règne de Shishak vers 927, soit 51 ans après la 5e année du règne de Roboam.

Ceci constitue un argument décisif, tiré des dates incertaines mais approximatives de l'Égypte, contre l'omission des 51 années de la chronologie assyrienne, mais les monuments égyptiens n'apportent aucun témoignage contre la date biblique de la 5e année de Roboam, pour l'invasion de Juda par Shishak.

Il ne faut cependant pas accorder une importance excessive aux arguments relatifs à la chronologie égyptienne. Les données sont si incertaines qu'aucune conclusion ne peut en être tirée. Afin de démontrer le caractère hautement spéculatif de la chronologie égyptienne adoptée par les égyptologues modernes, il convient d'examiner la méthode employée pour parvenir à ces résultats.

On ne saurait mieux se référer au chapitre intitulé « La révision de la chronologie », rédigé par le professeur W.M. Flinders Petrie dans ses Recherches au Sinaï (1906), récemment parues. Le professeur Petrie est quasiment le seul chronologiste égyptien à affirmer qu'aucune des dynasties de Manéthon n'est contemporaine. « Chaque cas de double calcul, ou de dynasties royales contemporaines chez Manéthon », déclare-t-il, « s'est révélé infondé à l'examen. Aucune période de chevauchement ne peut être prouvée contre lui. » C'est pourquoi le professeur Petrie situe la première dynastie vers 5510 av. J.-C.

Les principales sources de notre connaissance de la chronologie égyptienne sont (1) le papyrus de Turin, une liste de rois compilée dans la 19e dynastie ; (2) la liste des rois et des dynasties conservée par Manéthon, du 3e siècle avant J.-C., une liste que nous ne connaissons que par fragments, de seconde ou de troisième main, et qui a été fortement altérée au cours de sa transmission ; et (3) les registres des Monuments.

Le papyrus de Turin est illisible et incomplet. La liste de Manéthon est incomplète et contradictoire. Les Monuments ne fournissent aucune donnée chronologique antérieure à la XIXe dynastie, soit environ 1590 avant J.-C.

À défaut de sources d'information authentiques, on recourt à la méthode du calcul astronomique.

Les Égyptiens ne tenaient pas compte des années bissextiles et ne comptaient que 365 jours par an. Ainsi, chaque mois reculait d'un quart de jour chaque année, soit un jour entier tous les quatre ans, et une année entière tous les 365 x 4 = 1 460 ans. Cette période de 1 460 ans était appelée la période sothique. Au début de cette période, l'étoile Sirius, que les Égyptiens nommaient Sothis, apparut pour la première fois dans la lueur du soleil levant, juste avant le lever du soleil.

Censorinus (238 ap. J.-C.) affirme qu'une période sothique a commencé en 139 ap. J.-C. Par conséquent, d'autres périodes sothiques ont dû commencer en 1322, 2782, 4242 et 5702 av. J.-C., à intervalles réguliers de 1 460 ans.

Un papyrus de Kahun, conservé aujourd'hui à Berlin, indique qu'il y a eu une levée de Sirius le 17 du mois de Pharmuthi, la 7e année du règne de Sésostris III, de la XIIe dynastie, ce qui pourrait correspondre à l'an 1874 avant J.-C., ou à l'an 1874 + 1460 = 3334 avant J.-C., et par conséquent la fin de la XIIe dynastie se situerait soit en 1786 avant J.-C., soit en 3246 avant J.-C.

L'école berlinoise d'égyptologues situe la fin de la XIIe dynastie en 1786 av. J.-C., tandis que le professeur Petrie avance la date de 3246 av. J.-C. Aucun monument ne permet aux partisans de l'une ou l'autre école de trancher.

Pour parvenir à une conclusion sur la question, ils doivent se rabattre sur le Papyrus de Turin et Manéthon, déjà écartés, qui diffèrent l'un de l'autre par une période de 258 ans, qui ne nous sont connus que par des fragments illisibles, qui offrent des témoignages contradictoires, qui ne peuvent être vérifiés par les Monuments de la période des six premières dynasties, et dont l'un, Manéthon, est réputé être dans l'erreur partout où il peut être contredit par ces derniers.

Par ailleurs, le professeur Petrie admet lui-même que même si toutes ces difficultés étaient levées, les calculs astronomiques concernant le mouvement de précession du pôle pourraient introduire une différence de deux ou trois siècles par rapport aux dates qu'il adopte.

Dans ces circonstances, la conduite à tenir est d'admettre que nous ne possédons pas les éléments nécessaires pour parvenir à une conclusion scientifique sur la question, et toute date attribuée à un monument égyptien du British Museum, pour des raisons similaires à celles expliquées ci-dessus, devrait être assortie d'une interrogation.

2. Moab.

« Moi, Mésha, je suis fils de Kemosh (Gad ?), roi de Moab, le Dibonite. Mon père régna sur Moab pendant trente ans, et je lui succédai. J'érigeai ce haut lieu à Kemosh à Kahara (la Pierre du Salut) en remerciement, car il me sauva de tous les pillards et me permit de voir ma volonté s'accomplir sur tous mes ennemis. Omri était roi d'Israël et opprima Moab pendant de nombreux jours, car Kemosh était irrité contre son pays. Son fils lui succéda et déclara lui aussi : « J'opprimerai Moab. » De mon temps, il dit : « Allons-y, et je verrai ma volonté s'accomplir sur lui et sur sa maison », et Israël répondit : « Je le détruirai pour toujours. » Omri prit alors le pays de Medeba et l'occupa pendant quarante ans, sa vie et la moitié de celle de son fils (ou lui, son fils et le fils de son fils). Kemosh eut pitié de ce pays de mon temps ; je construisis Baal-Meon, j'y aménageai le réservoir et je bâtis Kirjathaïm. Et les hommes de Gad « J’habitais dans le pays (Ataro)th depuis l’Antiquité, et le roi d’Israël a restauré (At)aroth, et j’ai attaqué la ville et je l’ai prise. »

Ainsi commence la phrase d'ouverture de cet ancien monument, dont la découverte, par le révérend F. Klein, de la Church Missionary Society, en 1868, a suscité un vif intérêt dans toute l'Europe.

Il s'agit du plus ancien document lapidaire sémitique découvert à ce jour ; d'ici quelques siècles, il aura 3 000 ans. Il nous ramène à mi-chemin de la date biblique du début de l'humanité. Il présente le plus ancien exemple d'écriture alphabétique jamais découvert. Il est plus ancien que les deux tiers de l'Ancien Testament lui-même. Son intérêt principal est théologique et linguistique, mais il possède également une valeur historique, voire chronologique, puisqu'il corrobore l'authenticité du récit biblique.

Dans son excellente monographie sur la pierre de Moab, le Dr Ginsburg propose une reproduction de la pierre elle-même, une introduction, une traduction et un commentaire. Il y a également ajouté un récit intéressant de sa découverte.

Omri, décrit ici comme l'oppresseur de Moab, est le roi d'Israël mentionné dans 1 Rois 1616-28. Son règne s'étend de 936 à 925 av. J.-C. Son fils est Achab (925-904 av. J.-C.) et son petit-fils, Joram d'Israël (904-893 av. J.-C.). Le règne de trente ans du père de Mésha se situe durant les règnes de Baasha (960-937 av. J.-C.) et d'Éla (937-936 av. J.-C.), et correspond à une partie du règne d'Omri. Les quarante années d'oppression de Moab correspondent à la fin du règne d'Omri, au règne d'Achab (925-904 av. J.-C.) et à une partie du règne de Joram d'Israël (904-893 av. J.-C.). (Voir tome II, Tables chronologiques, p. 23-24).

Lors de l'accession au trône d'Achazia en Israël, on lit (2 Rois 1.1, 34.5 ) : « Moab se révolta contre Israël après la mort d'Achab… Mésha, roi de Moab, était éleveur de moutons et avait livré au roi d'Israël (Joram d'Israël) cent mille agneaux et cent mille béliers, avec leur laine. Mais après la mort d'Achab, le roi de Moab se révolta contre le roi d'Israël. »

Alors Joram d'Israël, avec Josaphat de Juda et le roi d'Édom, fit la guerre à Moab (2 Rois 3, 6-25 ). « Voyant que le combat était trop rude pour lui, le roi de Moab prit avec lui sept cents hommes, l'épée à la main, pour tenter de percer les lignes jusqu'au roi d'Édom ; mais ils n'y parvinrent pas. Alors il prit son fils aîné, qui aurait dû régner à sa place, et l'offrit en holocauste sur la muraille. La colère contre Israël fut immense ; les Israélites se retirèrent et retournèrent dans leur pays » (2 Rois 3, 26-27 ).

La dernière phrase est un euphémisme. Elle signifie que, bien que Moab ait été d'abord vaincu et fortement pressant, les alliés furent finalement repoussés, et qu'un sentiment d'indignation intense s'éleva contre Israël, donnant à Mésha la force de reprendre le combat, de lever le siège et de remporter la victoire.

C’est sous le règne de Joram de Juda (905-893 av. J.-C.), période presque parfaitement contemporaine de celle de Joram d’Israël (904-893 av. J.-C.), qu’Édom se révolta également contre Juda. « Au temps de Joram de Juda, Édom se révolta contre Juda et se donna un roi » (2 Rois 8.20 ).

Le pouvoir s'affaiblit tant en Israël qu'en Juda. Mésha en profita pour se libérer du joug et érigea ensuite cette colonne triomphale pour commémorer sa victoire.

La pierre de Moab s'intègre parfaitement au récit de l'Ancien Testament. Elles s'éclairent et se confirment mutuellement.

La grande valeur de la Pierre de Moab réside dans le fait qu'elle relate des événements contemporains de l'inscription qui les relate. Ce témoin antique, face auquel la plupart des pièces, manuscrits et inscriptions de l'Antiquité paraissent relativement récents, a émergé des profondeurs obscures des millénaires passés pour corroborer l'authenticité des Annales hébraïques contenues dans l'Ancien Testament. Il nous plonge au cœur même de l'époque d'Omri et d'Achab, d'Élie et d'Élisée, de Josaphat et de Jéhu.

3. Assyrie.

Si l'inscription de Shishak et la pierre de Moab présentent un grand intérêt et une grande valeur, elles ne peuvent en aucun cas être comparées, d'un point de vue chronologique, à l'intérêt et à la valeur des inscriptions cunéiformes récemment découvertes en Assyrie, à Babylone et en Perse.

Durant tout le Moyen Âge, Ninive demeura inconnue en Europe. Les populations locales avaient cependant conservé le nom et la tradition du site de Ninive parmi les tertres de Nunia, face à Mossoul, sur le Tigre. Ce site fut mentionné à Benjamin Tudèle en 1160, et ses ruines furent décrites par Rauwolf (1573), Sherley (1599), Tavernier (1644), Thévenot (1663), le jésuite auteur des Lettres édifiantes (1675), Otter (1734), Niebuhr (1766) et Ollivier (1794). Mais la découverte des inscriptions cunéiformes d'Assyrie, de Babylone et de Perse fut la grande découverte du XIXe siècle. Les tertres de Ninive furent explorés par Rich en 1820 et par le commandant Jones en 1852. En 1850, Botta entreprit des fouilles à Khorsabad (Dur-Sarrukin ou Sargonsburg), la grande banlieue nord de Ninive, qui abritait le vaste palais de Sargon II. Sir H. Layard fouilla Kouyunjik (Ninive centrale) avec ses palais de Sennachérib et d'Assur-bani-pal, ainsi qu'à Nimrud (Calah) avec son palais nord-ouest d'Assur-nasir-pal, son palais sud-ouest d'Assar-haddon et son palais central de Salmanazar II (III). Ces fouilles furent poursuivies par M. Rassam et d'autres, et se poursuivent encore aujourd'hui.

En 1847, Sir Henry Rawlinson publia le texte de l'inscription de Behistun en trois langues : (1) le persan, (2) l'élamite ou susien contemporain, et (3) l'assyrien ou babylonien. L'inscription de Behistun permit de déchiffrer les inscriptions assyriennes, tout comme la pierre de Rosette avait permis d'interpréter les inscriptions égyptiennes.

Grotefend, Burnouf, Lassen, le Dr Hincks et George Smith ont joué un rôle déterminant dans l'interprétation des caractères cunéiformes inscrits sur des dalles, des taureaux, des cylindres, des tablettes, des briques, etc., aujourd'hui précieusement conservés au British Museum et au Louvre. Grâce à ces découvertes, un nouveau pan de l'histoire antique s'est ouvert au regard émerveillé de l'Europe moderne. Ces trésors inestimables de l'Antiquité reposaient enfouis avec un amas de documents d'argile, jusqu'à leur exhumation par Layard et leur interprétation par le Dr Hincks, Sir H. Rawlinson et d'autres pionniers du déchiffrement de ces archives anciennes.

Ces importants documents lapidaires, qui ont été utilisés pour établir une chronologie des anciens empires d'Assyrie et de Babylone durant la période de la monarchie hébraïque, peuvent être classés comme suit : —

Inscriptions cunéiformes assyriennes.

I. Salmanazar II (III), 911-876 av. J.-C. (Dates assyriennes — 860-825 av. J.-C.).

II. Tiglath-Pileser III (IV) 745-727.

III. Salmanazar IV (V).. 727-722.

IV. Sargon II.... 722-705.

V. Sennachérib.... 705-681.

VI. Esar-haddon.... 681-668.

VII. Ashur-bani-pal..... 668-626.

Les dates présentées dans cet ouvrage sont celles adoptées par Willis J. Beecher dans son livre « Dated Events of the Old Testament ». Les dates assyriennes, qui précèdent la grande lacune (834-783 av. J.-C.), sont toutes postérieures de 51 ans. Après le règne de Salmanazar III (IV) (783-773 av. J.-C.), elles concordent. Ces dates assyriennes sont également adoptées par E.A. Wallis Budge dans son « Guide to the Babylonian and Assyrian Antiquities in the British Museum », ainsi que par de nombreux autres assyriologues, mais, de l'avis de l'auteur, elles sont trop récentes de 51 ans.

A. Les inscriptions historiques des rois.

I. Salmanazar II, av. J.-C. - 911-876 (dates assyriennes — av. J.-C. - 860-825), est appelé Salmanazar III par des auteurs récents comme CHW Johns, dans Ancient Assyria, publié en 1912, en raison de la découverte récente d'un roi antérieur du même nom.

Le long règne de Salmanazar, qui dura 35 ans, fut marqué par une longue campagne militaire contre Babylone, la Mésopotamie, l'Arménie et les peuples d'Asie Mineure. Les Hittites de Karkemish furent contraints de payer un tribut, et Hamath et Damas furent soumises.

Le professeur Sayce affirme : « En 854 av. J.-C. (dates assyriennes) – 905 av. J.-C., une ligue formée par Hamath, Arvad, Ammon, Achab d'Israël et d'autres princes voisins, sous la direction de Damas, livra une bataille indécise contre lui à Karkar. D'autres batailles suivirent en 849 (– 900 av. J.-C.) et 846 (= 897 av. J.-C.). En 842 (= 893 av. J.-C.), Hazaël fut contraint de se réfugier dans sa capitale. Le territoire de Damas fut dévasté et Jéhu de Samarie (dont les ambassadeurs sont représentés sur l'obélisque noir conservé au British Museum) envoya un tribut… Salmanazar II (III) fit construire un palais à Calah, et les annales de son règne sont gravées sur un obélisque de marbre noir qu'il y fit ériger (Encyclopædia Britannica, 11e édition, article – Salmanazar II). »

La position du palais de Salmanazar II (III) est indiquée dans le diagramme suivant de l'ancienne Ninive, de ses faubourgs et de ses palais.

 

diagramme de l'ancien

AVEC SES BANLIEUES

DUR-SARGON = KHORSABAD

et

cALAH = nimrûd

Salmanazar II (III) nous a laissé un récit de ses conquêtes durant les 31 premières années de son règne, jusqu'en 880 av. J.-C., année de l'achèvement de l'Obélisque Noir. Son fils Assur-danin-apli se rebella alors contre lui, et les quatre dernières années de son règne furent marquées par une guerre civile. Salmanazar II (III) conserva Calah, mais Ninive, Assur et la plupart des principales villes d'Assyrie passèrent sous le contrôle de son fils rebelle, Assur-danin-apli. Salmanazar mourut en 876 av. J.-C., après 31 ans de règne indivis et 4 ans de règne divisé. Son autre fils et successeur légitime, Shamshi-Adad (également appelé Shamshi-Ramman II), lui succéda. Ce dernier dut mener deux années de guerre supplémentaires avant d'accéder au trône en 874 av. J.-C.

Salmanazar II (III) nous a laissé les inscriptions monumentales suivantes : —

1. Le monolithe de Kurkh ( Inscriptions cunéiformes de Rawlinson, vol. iii, p. 8). Il y est dit que, la sixième année de son règne, il quitta Ninive, traversa le Tigre et l'Euphrate, et arriva en Syrie où il captura

12 000 chars, 1 200 voitures et

20 000 hommes de Ben-Hadad de Syrie,

700 chars, 700 voitures et

10 000 hommes d'Irhuleni de Hamath, et

2 000 chars et 10 000 hommes d’Achab de Sirhala (Israël) renversèrent les douze rois que Ben-Hadad de Syrie lui avait amenés. C’était la sixième année de son règne, en 905 av. J.-C. (datation assyrienne : 854 av. J.-C.).

2. L'inscription du taureau ( Inscriptions cunéiformes de Rawlison, vol. iii, p. 5, n° 6). Il y est dit : —

« La dix-huitième année, pour la seizième fois, je franchis l'Euphrate. Hazaël de Syrie… je le vainquai. Je détruisis 18 000 hommes de son armée, armes à la main. Je lui pris 1 121 de ses chars, 470 de ses roulottes, et son camp. Pour sauver sa vie, il s'enfuit. Je le poursuivis et l'assiégeai à Damas, sa ville royale… En ces jours-là, je perçus le tribut de Tyr et de Sidon, de Jéhu, fils d'Omri. »

Cet événement est mentionné dans l'inscription suivante : —

3. Le célèbre obélisque noir de Salmanazar II (III) au British Museum (Layard, p. 98, 1. 2). L'inscription se lit comme suit : —

« J’ai reçu de lui le tribut de Jéhu, fils d’Omri : de l’argent, de l’or, des coupes d’or, des vases d’or, des massues, des ustensiles royaux, des verges de bois. »

Ces trois inscriptions révèlent que Salmanazar entra en contact avec Israël à deux reprises. La sixième année de son règne (905 av. J.-C.), il déclare avoir pris 2 000 chars et 10 000 hommes à Achab, l'un des douze rois alliés contre lui, sous la direction de Ben-Hadad de Syrie. La dix-huitième année de son règne (893 av. J.-C.), il mena une autre campagne contre Hazaël de Syrie, successeur de Ben-Hadad, et reçut alors un tribut de Jéhu.

Cela correspond parfaitement au récit biblique. Une référence au tome II, Tables chronologiques, p. 24, AN. HOM. 3220-3232, montrera que la 6e année du règne de Salmanazar II (III) (905 av. J.-C.) est la 21e année du règne d'Achab, et que la 18e année du règne de Salmanazar II (III) (893 av. J.-C.) est l'année de l'accession au trône de Jéhu.

La sixième année du règne de Salmanazar ne pouvait être postérieure à la vingt et unième année du règne d'Achab, car lors de sa vingt-deuxième année, qui fut sa dernière, il n'était pas allié à Ben-Hadad de Syrie, mais en guerre contre lui. Dans 1 Rois 22, 1, 2, on lit qu'après une série de guerres entre Ben-Hadad de Syrie et Achab d'Israël, « il y eut trois années sans guerre entre la Syrie et Israël, et il arriva, la troisième année », qu'Achab et Josaphat montèrent à Ramoth-Galaad et livrèrent bataille au roi de Syrie, au cours de laquelle Achab fut tué.

La trêve de trois ans entre la Syrie et Israël fut celle des 19e, 20e et 21e années du règne d'Achab. Durant ces trois années, Ben-Hadad forma l'alliance des douze rois. La dernière de ces années, soit la 6e année du règne de Salmanazar (la 21e année du règne d'Achab), en 905 av. J.-C., Ben-Hadad et Achab combattirent Salmanazar et furent vaincus. Cette année-là, Achazia, fils d'Achab, fut associé à son père comme co-roi d'Israël, durant l'absence de ce dernier, parti à la guerre. L'année suivante, la 22e année du règne d'Achab, en 904 av. J.-C., Achab rompit son alliance avec Ben-Hadad et combattit contre lui à Ramoth-Galaad, aux côtés de son allié Josaphat de Juda.

Or, si la sixième année du règne de Salmanazar ne pouvait être postérieure à la vingt et unième année d'Achab (905 av. J.-C.), sa dix-huitième année ne pouvait être antérieure à l'année d'accession au trône de Jéhu (893 av. J.-C.), puisque Jéhu monta sur le trône cette année-là. La concordance est donc absolument exacte. Elle est également déterminante. Elle fixe cette date, ainsi que toutes les autres où l'histoire de l'Assyrie entre en contact avec celle d'Israël et de Juda. Elle ne pouvait être antérieure d'un an, car Jéhu n'aurait alors pas pu payer de tribut. Elle ne pouvait être postérieure d'un an, car Achab n'était alors pas allié à Ben-Hadad, mais le combattait, et il mourut l'année suivante.

Schrader date la bataille de Karkar de la 6e année du règne de Salmanazar, soit 854 av. J.-C. (dates assyriennes), c'est-à-dire 905 av. J.-C. Il oppose cette date à celle d'Ussher pour le règne d'Achab, 918-897 av. J.-C., mais celle-ci devrait être 925-904, date à laquelle elle concorde parfaitement.

Schrader date le paiement du tribut par Jéhu de la 18e année du règne de Salmanazar, soit 842 av. J.-C. (dates assyriennes), c'est-à-dire 893 av. J.-C. Il oppose cette date à celle proposée par Ussher pour le règne de Jéhu, soit 884-856 av. J.-C., mais il s'agit en réalité de la période 893-865 av. J.-C., période qui, là encore, concorde parfaitement. Ici comme partout ailleurs, la chronologie des inscriptions assyriennes, correctement interprétée, correspond exactement à celle de l'Ancien Testament (voir tome II, Tables chronologiques).

II. Tiglath-Pileser III (745-727 av. J.-C.) est appelé Tiglath-Pileser IV par les auteurs les plus récents, comme par exemple CHW Johns, dans Ancient Assyria, publié en 1912. On remarquera qu'à partir de l'année 783 av. J.-C., les dates assyriennes et celles de Willis J. Beecher coïncident, l'écart ou le vide de 51 ans s'étendant sur la période de 834 à 783 av. J.-C., et n'affectant que les dates antérieures à ces années.

Tiglath-Pileser III (IV) était un militaire ambitieux, un usurpateur. Son accession au trône d'Assyrie est probablement due à une armée mécontente. On ignore tout de ses origines, mais il ne revendique jamais de descendance royale. Plus tard, lorsqu'il accéda au trône de Babylone, il fut connu sous le nom de Pulu ou Poros. George Smith et Schrader l'ont identifié à Pul. Pil-Eser est son nom assyrien, le suffixe Eser étant un titre courant dans les noms assyriens, tels que Salmanazar, Ésar-Haddon, etc. Pul ou Pulu est son nom babylonien. On le trouve également dans les Écritures (2 Rois 15, 19 ; 1 Chroniques 5, 6 et 26 ). Porus est la forme grecque du nom figurant dans le Canon de Ptolémée. Selon les inscriptions cunéiformes, Tiglath-Pileser III (IV) ou Pul, a conquis Chinzer, roi de Babylone, en 731 av. J.-C. et est mort en 727 av. J.-C. Selon le Canon de Ptolémée, Porus a succédé à Chinzer, a commencé à régner sur Babylone en 731 et est mort en 727. Tiglath-Pileser III (IV), Pul, Pulu et Porus ont donc été identifiés comme une seule et même personne.

Il fit construire un palais à Calah, l'actuelle Nimroud, sur les ruines d'un ancien palais de Salmanazar II (III). Bien des années plus tard, Assarhaddon, roi d'une autre dynastie, utilisa les dalles de marbre de Tiglath-Piléser III (IV) pour son propre palais, les orientant vers le mur et y gravant ses propres inscriptions.

De ce fait, les annales chronologiques de Tiglath-Pileser III (IV) sont perdues, et les seules inscriptions qui nous restent sont quelques fragments mutilés, dont la datation est impossible. M. George Smith précise que les dates données pour le règne de Tiglath-Pileser I (IV) ne sont que des estimations approximatives, et que de futures découvertes pourraient les modifier considérablement.

Il est très important de se souvenir de cela, car les dates attribuées à certaines des expéditions de Tiglath-Pileser III (IV) ne concordent pas avec les dates données dans l'Ancien Testament, à moins que nous supposions qu'il s'agissait d'expéditions entreprises par lui lorsqu'il agissait en tant que général d'Ashur-dan III (773-754) ou d'Ashur-nirari (754-745) avant qu'il ne s'empare et ne monte sur le trône lui-même, av. J.-C. 745.

Les inscriptions de Tiglath-Pileser III (IV) comme celles de la plupart des monarques assyriens sont de deux sortes.

(1) Inscriptions annalistiques donnant des détails sur des événements datés, classés par ordre chronologique et écrits année par année selon les années individuelles du règne du roi.

(2) Inscriptions triomphales résumant un aperçu général de tout ce qui s'est passé pendant une période de temps prolongée, dans lequel les faits sont regroupés non pas chronologiquement, mais géographiquement, ou dans l'ordre de leur importance, ou selon un autre principe.

Tiglath-Pileser III (IV) mentionne (1) Azaria de Juda (= Ozias, 806-755) comme une grande puissance militaire vers laquelle certaines villes se sont tournées lorsqu'elles se sont révoltées contre l'Assyrie ; (2) Menahem d'Israël (768-758) comme celui qui lui payait un tribut ; (3) Retsin de Damas et Pékah d'Israël (755-735, détrôné en 736) comme vaincu et déposé par lui ; (4) Yauhazi ou Joachaz (Achaz, 739-723) comme se soumettant à sa domination et lui payant un tribut ; et (5) Osée (736-719, roi d'Israël 727-719) comme établi par lui, non pas comme roi mais comme gouverneur, comme Guedalia fut établi plus tard par Nebuzaradan pour Nabuchodonosor. Ainsi, pas moins de cinq rois de Juda et d'Israël sont mentionnés par Tiglath-Pileser III (IV) dans les inscriptions qui ont une incidence sur la chronologie de l'Ancien Testament.

Ces inscriptions sont les suivantes : —

1. Inscriptions cunéiformes de Rawlinson, vol. iii, p. 9, n° 2, date inconnue ; George Smith indique que sa date probable est 738 av. J.-C.

Il s'agit d'une inscription sur un fragment de dalle de marbre utilisé par Tiglath-Pileser III (IV) dans son palais central (sud-est) de Calah (Nimrud). Ce fragment fut ensuite transporté par Assarhaddon et utilisé par lui dans son palais sud-ouest de Calah (Nimrud). Il contient le passage suivant (Schrader i, 210 ; George Smith, Assyrian Eponym Canon, p. 117) : —

« Au cours de ma campagne… tribut des Rois… »

Azrijahu de Juda.....Asurijahu de Juda (Azariah=Ozias).

2. Inscriptions cunéiformes de Rawlinson, vol. iii, p. 9, n° 3, date inconnue ; George Smith dit que sa date probable est vers 738 av. J.-C.

Il s'agit d'une inscription sur un autre fragment de dalle de marbre utilisé de la même manière par Tigath-Pileser III (IV). Elle contient ce passage (Schrader, i, 212 ; George Smith, Assyrian Eponym Canon, pp. 117-118).

« Ma main a conquis avec force dix-neuf districts de la ville de Hamath, ainsi que les villes de leur entourage, situées sur la mer du soleil couchant, qui, par leur infidélité, s'étaient révoltées contre Azrijahu (Azaria = Ozias), je les ai intégrés au territoire de l'Assyrie. J'y ai placé mes officiers et mes gouverneurs. »

Il est à noter : (1) que cette inscription n’est pas datée ; (2) qu’elle n’indique pas qu’Azaria (Ozias) payait tribut à Tiglath-Piléser III (IV), mais que Tiglath-Piléser (recevait) un tribut de certains rois qui s’étaient révoltés contre lui et s’étaient ralliés à Azaria (Ozias), et qu’il rasa et détruisit les villes de ces rois. Si l’inscription a été rédigée comme le suggère George Smith, vers 738 av. J.-C., la révolte des rois est antérieure à la campagne de Tiglath-Piléser III (IV) et pourrait même être antérieure à 755 av. J.-C., dernière année du règne d’Ozias.

Schrader affirme : « L'Azaria (Ozias) mentionné ici doit être contemporain de Tiglath-Pileser III (IV). La date de la mort d'Ozias, selon la chronologie biblique, est 758, tandis que Tiglath-Pileser, selon le canon assyrien quintuple garanti, n'accéda au trône qu'en 745 av. J.-C. Il existe là une incohérence chronologique flagrante qui demeure inexplicable. Si la chronologie assyrienne, certifiée comme nous l'avons dit à cinq reprises, est la bonne, la chronologie biblique ne peut l'être. »

Il n'y a ici aucune contradiction. L'inscription ne précise pas la date de la révolte de ces 19 cités en faveur d'Ozias, mais seulement celle de leur destruction par Tilglath-Piléser. Elle ne dit pas s'il les détruisit avant son accession au trône d'Assyrie, en tant que général d'Assurdan III (773-754), ou en tant que général d'Assurnirari (754-745), ou après son accession au trône en 745 av. J.-C. D'une part, rien n'empêche ces cités de se révolter en faveur d'Ozias bien avant la campagne de Tilglath-Piléser III (IV) ; d'autre part, rien n'empêche Tilglath-Piléser III (IV) d'avoir mené son expédition militaire bien avant son accession au trône d'Assyrie en 745 av. J.-C., puisqu'il exigea un tribut de Mérodach-Baladan de Babylone en 751 av. J.-C., six ans avant son couronnement. Et pour couronner le tout, cette inscription, comme toutes les autres inscriptions de Tiglath-Pileser III (IV) retrouvées à ce jour, est un fragment mutilé et non daté, la date lui ayant été attribuée et non déduite de l'inscription elle-même. Tout cela prouve que cette « contradiction », comme toutes les autres de l'Ancien Testament, découle de suppositions et est inspirée par l'animosité du critique. Le professeur Owen C. Whitehouse pense que l'inscription fait probablement référence à un roi du pays de Yadi et non à Azaria (Ozias) de Juda.

3. Rawlinson, Inscriptions cunéiformes, vol. iii, p. 9, n° 3, date inconnue : George Smith dit que sa date probable est 738 avant J.-C. (cf. 2 Rois 15 19 ).

Il s'agit d'une inscription sur le même fragment de la dalle de marbre que l'inscription mentionnée précédemment, contenant le nom d'Azariah (Oziah).

Azariah (Oziah) est mentionné aux lignes 2 et 10. Menahem à la ligne 29.

On lit ici (Schrader i, 244 ; George Smith, Assyrian Eponym Canon, p. 120) : —

« J’ai reçu le tribut de Kustaspi de Kummuha, de Résin de Syrie, de Menahem de Samarie et (suivent les noms de 14 autres rois et d’une reine). » Puis viennent les mots : « La neuvième année de ma vie. » Juda n’est pas mentionné. Ozias y régnait et disposait d’une armée permanente de 307 050 hommes (2 Chroniques 26, 13 ).

Schrader et d'autres assyriologues attribuent ces inscriptions à Tiglath-Pileser, et comme l'année précédant la 9e année de son règne était l'année 737 av. J.-C., et que Menahem est mort 21 ans auparavant, en 758 av. J.-C., il y a là une apparente divergence entre l'interprétation de ces inscriptions fragmentaires par les assyriologues et la chronologie de l'Ancien Testament.

Il n'est toutefois pas certain que les inscriptions susmentionnées se rapportent au règne de Tiglath-Piléser III (IV). Willis J. Beecher estime qu'elles datent de la huitième année du règne d'Assurdan III (773-754 av. J.-C.), soit l'an 765 av. J.-C., période durant laquelle Tiglath-Piléser III (IV), une vingtaine d'années avant son accession au trône, exerçait les fonctions de général de l'armée d'Assurdan. L'inscription relate une expédition à Hamath, dont 19 districts s'étaient révoltés en faveur d'Azaria (Ozias). Or, cette même année, la cinquième année du règne d'Assurdan III, soit l'an 765 av. J.-C., le Canon éponyme assyrien mentionne une expédition à Hadrach.

L'identification de ces inscriptions comme appartenant à Tiglath-Pileser est envisageable, mais il convient de rappeler qu'il ne s'agit que d'une hypothèse, et non d'un fait avéré. George Smith évoque « l'état déplorable dans lequel se trouvent les annales de Tiglath-Pileser III (IV) ». Il précise : « Il est très difficile de les classer par ordre chronologique », « les dates qui leur sont attribuées ne sont que des estimations approximatives » et « de futures découvertes pourraient les modifier considérablement ».

Le procédé par lequel Schrader date le paiement du tribut par Menahem à Tiglath-Pileser en l'an 738 av. J.-C. est le suivant : —

Rien dans l'inscription elle-même ne permet de dater ce texte. Il ne s'agit que d'une déduction tirée de l'étude du Canon des éponymes assyriens. De là, Schrader affirme que certaines choses peuvent être « présumées » et que d'autres doivent l'être, mais « on ne peut déterminer avec certitude si Menahem de Samarie figurait parmi les princes qui ont rendu hommage la troisième année du règne de Tiglath-Pileser III, qu'il identifie à l'an 738 av. J.-C. ». Par ailleurs, la conjecture susmentionnée serait justifiée si G. Smith avait réellement, sur la base de données paléographiques, établi un lien entre la planche Layard 45 et la planche Rawlinson, vol. III, p. 9, n° 1.

Puisque G. Smith lui-même précise que les dates en question ne sont que des « calculs approximatifs » et que « de futures découvertes pourraient les modifier considérablement », et puisque Willis J. Beecher trouve un appui équivalent dans le Canon des éponymes assyriens à sa conjecture selon laquelle le paiement du tribut par Menahem se situe la 8e année d'Assurdan, soit l'an 765 av. J.-C., alors que Tiglath-Pileser agissait peut-être comme son général, nous pouvons en rester là. Une conjecture contredit la chronologie de l'Ancien Testament, une autre la confirme. Les deux conjectures tiennent compte de tous les faits contenus dans les inscriptions assyriennes, et ces inscriptions ne contiennent aucun fait qui contredise les faits de l'Ancien Testament.

4. Inscriptions cunéiformes de Rawlinson, vol. iii, p. 10, n° 2. Date probable 740 à 730 avant J.-C.

Il s'agit d'une inscription récapitulative ou triomphale de Tiglath-Pileser III (IV), sur un fragment de l'une des dalles de marbre de son palais de Nimrud.

Il se lit comme suit (Schrader i, 246 ; G. Smith, Assyrian Eponym Canon, p. 123)·

« Les villes de Gil(ead), Abel (Beth-maacha ?)... qui constituent la limite du pays de Beth-omri (Samarie), je les ai entièrement intégrées au territoire de l'Assyrie. J'y ai établi mes officiers et mes vice-rois (cf. 2 Rois 15 29, 16 9-16, 1 Chroniques 5 6.26, Isaïe 7 1 - 9 1 ). »

Le pays de Beth-omri (Samarie)... les biens de ses habitants et leurs meubles, je les ai envoyés en Assyrie. Pékaha (Pekah), leur roi... et Osée (Asui), je les ai nommés à leur tête... j'ai reçu leur tribut.

(Cp. 2 Rois 17 1, mais cela ne fait référence qu'à la nomination d'Osée comme gouverneur sous le roi d'Assyrie, comme celle de Guedalia (2 Rois 25 2 3 ) sous le roi de Babylone, et non à la première année de son règne en tant que roi, qui eut lieu plusieurs années plus tard).

La date attribuée à cette inscription par les assyriologues est de 740 à 730 av. J.-C., ce qui concorde parfaitement avec la date biblique de la déposition de Pékah, en 736 av. J.-C., et de son assassinat par Osée l'année suivante, en 735 av. J.-C., ou comme il est dit dans 2 Rois 15:30, la 20e année de Jotham, bien que Jotham fût mort depuis 4 ans, et qu'il s'agisse en réalité de la 4e année du règne d'Achaz, « le Saint-Esprit choisissant plutôt de se référer au saint Jotham dans sa tombe plutôt qu'au méchant Achaz vivant » (Dr John Lightfoot).

Schrader traduit de manière inexacte : « J’ai tué Pékah, leur roi. » Rien dans le texte original ne correspond à cette traduction. Le texte assyrien se lit comme suit : « Pa-ka-ha sarra-su-nu… du… ma. » « Pékah, leur roi… ed. » Il n’y a pas de « je » dans ce passage. De même, il n’y a ni « tuer » ni « abattre », seulement la terminaison d’un verbe inconnu indiquant un passé simple en -ed. Tout le reste n’est que conjecture, ajoutée au texte par Schrader (serions-nous capables de le préciser ?), afin de créer une contradiction avec le texte de l’Ancien Testament, qui nous dit que Pékah fut tué un an plus tard par Osée. On pourrait tout aussi bien supposer qu’il s’agissait de « Pékah, leur roi, s’échappa », ou de « Pékah, leur roi, que je vainquai », ou encore de « Pékah, leur roi, que je détrônai », ou même de « Pékah, leur roi, que je fis emprisonner ».

D'après 2 Rois 15 25-27, nous apprenons que Pékah a tué Pékahiah et a régné de la 52e année d'Ozias, soit 755 av. J.-C., pendant 20 ans (compte inclus) jusqu'en 736 av. J.-C.

L'inscription de Tiglath-Pileser III (IV) mentionnée ci-dessus nous apprend qu'à cette époque, il fut destitué et remplacé par Osée. Le deuxième livre des Rois (15, 30) nous apprend que l'année suivante, en 735 av. J.-C., il fut tué par Osée.

5. Inscription de Layard, p. 66 ; Canon des éponymes assyriens de Smith, p. 124. Date probable, selon George Smith, 734-730 av. J.-C.

Il s'agit d'un minuscule fragment d'une inscription de Tiglath-Pileser, qui ne nous apprend rien de plus que ce que nous avons déjà appris de l'inscription précédente. On peut y lire : « Samarie seule, je l'ai laissée. Pékah était leur roi… »

6. Inscriptions cunéiformes de Rawlinson, vol. ii, p. 67. Date probable, selon George Smith, vers 732 av. J.-C. (Schrader i, 249 ; Smith, Assyrian Eponym Canon, p. 124).

Il s'agit d'une inscription triomphale récapitulative de Tiglath-Pileser III (IV), relatant les événements de la période « du début de mon règne (sarrutu) à la 17e année de mon règne (palu) », c'est-à-dire de 745 av. J.-C., ou peut-être plus tôt, à 728 av. J.-C. Elle relate le fait que Tiglath-Pileser III (IV) a reçu un tribut d'un très grand nombre de rois, parmi lesquels on trouve le nom de Yauhazi de Juda (— Achaz, 738-723 av. J.-C.), (cf. 2 Rois 16, 8 ; 2 Chroniques 28 ; Isaïe 7, 1-9, 1 ).

Ce début de règne (sarruti) est, dans d'autres cas, expressément distingué dans les inscriptions de la première année du règne du roi. L'année de l'accession au trône d'un nouveau monarque était comptabilisée non pas à partir de ce dernier, mais à partir de son prédécesseur. Tout événement survenu durant la période de l'année civile suivant l'accession du nouveau monarque était décrit comme ayant eu lieu au « début de son règne » — l'année suivante étant considérée comme la « première année » de son règne (Schrader, Inscriptions cunéiformes et Ancien Testament, vol. II, p. 94), cf. Jér. 26 1, 27 1, 28 1, 49 34.

III. Salmanazar IV (V) (727-722).

Aucun monument portant d'inscriptions de ce monarque n'a été découvert. Certains érudits pensent qu'il en a peut-être laissé, mais qu'ils ont été détruits par son successeur, Sargon II, usurpateur et fondateur d'une nouvelle dynastie. D'autres érudits ont émis l'hypothèse que Salmanazar IV (V) et Sargon II ne faisaient qu'un.

IV. Sargon II (av. J.-C. 722-705).

Sargon II, successeur de Salmanazar IV (V), était un puissant guerrier. On suppose généralement qu'il était un usurpateur, peut-être impliqué dans une révolution qui renversa son prédécesseur. Il ne donne aucune généalogie, mais se réclame d'une descendance royale remontant à 350 ancêtres. Si cette affirmation est avérée, sa révolution pourrait avoir été une riposte visant à rétablir la couronne au profit d'une branche collatérale de l'ancienne dynastie d'Assurdan III, renversée quelque 23 ans auparavant par Tiglath-Pileser III (IV) en 745 av. J.-C.

Sargon II fut le premier roi d'Assyrie à entrer en conflit ouvert avec l'Égypte, qu'il vainquit lors de la célèbre bataille de Raphia, près de la frontière égyptienne, non pas immédiatement, mais peu après la prise de Samarie. Shabaka ou Seveh, le « So, roi d'Égypte » mentionné dans 2 Rois 17,4, paya tribut à Sargon II. Il est fort probable que ce dernier remonta le Nil et détruisit partiellement la No-Amon (Thèbes) éthiopienne citée dans Nahum 3,8, accomplissant ainsi la prophétie d'Isaïe 201-6. Son arrière-petit-fils, Assur-bani-pal, la détruisit à nouveau, à deux reprises, trois générations plus tard.

Malgré les vastes ressources du puissant empire de ce souverain, ses exploits et ses glorieuses conquêtes tombèrent dans l'oubli. Ainsi va la gloire du monde. On ne trouve aucune mention de lui dans la littérature classique. Seule une allusion fortuite à son nom dans Isaïe 20,1, témoignage isolé d'un seul verset des Écritures, suffit à le démasquer. Critiques et érudits doutaient de l'existence même d'un tel « roi d'Assyrie » ayant lancé son armée contre Ashdod et l'ayant conquise, tout comme aujourd'hui, des érudits et des critiques de grande renommée doutent de l'existence de personnages tels que Belshazzar, roi des Chaldéens, ou Darius le Mède, qui lui auraient ravi le royaume.

Pendant 25 siècles, Isaïe fut le seul témoin de l'existence de Sargon II. Aujourd'hui, grâce à la corroboration des inscriptions monumentales, nous savons qu'il fut le grand maître de l'Assyrie, l'empereur du monde alors connu.

Le règne de Sargon II, qui dura 17 ans (722-705), fut une longue succession d'expéditions militaires. Il conquit la Samarie, l'Élam, Babylone, Hamath, l'Égypte, l'Arménie, Ashdod, l'Éthiopie, Babylone (une seconde fois) et Chypre, ainsi qu'une multitude de petits États, déportant les habitants des territoires conquis vers les autres. Parmi ses conquêtes les plus remarquables, on peut citer :

722 av. J.-C. Année de son accession au trône — Il conquiert Samarie pour la première fois, à laquelle il impose un tribut, mais qui se rebelle de nouveau peu après. (D'autres documents situent son accession au trône deux ans plus tard, en 720.)

721 av. J.-C. Sa première année : la conquête de Merodach-baladan de Babylone. 720 av. J.-C. Sa deuxième année : la conquête de Shabaka (« So, roi d’Égypte ») à Raphia.

(D'autres documents indiquent que c'est son année d'accession, de sorte que sa première année peut être soit 722, 721, 720 ou 719, selon l'autorité documentaire suivie et la méthode de calcul employée).

711 av. J.-C. Sa nième année — Conquête d'Azuri, roi d'Ashdod. Cet événement est mentionné dans Isaïe 20. Il est décrit en détail par Sargon II dans sa grande inscription triomphale de Khorsabad.

En 710 av. J.-C., la douzième année de son règne, il conquiert Mérodach-Baladan de Babylone, qu'il détrône, et règne lui-même sur la ville pendant cinq ans comme roi de Babylone (710-705 av. J.-C.). Le Canon de Ptolémée mentionne le nom d'Arcéen comme roi de Babylone durant ces cinq années (710-705 av. J.-C.).

Comme tous les grands guerriers et conquérants, Sargon était un bâtisseur hors pair. Il fit construire un palais et le nomma de son nom, Dur-Sharrukin ou Dur-Sargon, aujourd'hui Khorsabad, ou Ninive du Nord. Les monuments les plus importants de Sargon II furent rapportés de Khorsabad par M. Botta, l'explorateur français, qui les envoya au Louvre.

Sargon II restaura également le palais d'Assur-nasir-pal (936-911 av. J.-C.), construit quelque 200 ans plus tôt à Calah, l'actuelle Nimroud. Il fit réparer les remparts de Ninive proprement dite, l'actuelle Kouyunjik, et en fit la première ville de l'Empire.

Les inscriptions de Sargon II sont pour la plupart bien conservées. Elles comprennent :

1. Les Annales de Sargon II, qui donnent des récits détaillés des événements de chaque année de son règne.

2. La grande inscription triomphale récapitulative de Khorsabad.

3. L'inscription du taureau à Khorsabad.

4. Une inscription triomphale sur une stèle de Sargon II qu'il envoya à Chypre, qui fut découverte sur le site de l'ancienne Citium et qui est maintenant conservée au British Museum.

5. Une inscription sur un cylindre d'argile.

6. Inscriptions diverses sur pavés, dalles, briques, vases, etc.

Parmi celles-ci, sept ont une incidence sur la chronologie de l'Ancien Testament. Les voici : —

1. Botta, 145, I. (Smith, Assyrian Eponym Canon, Extract 21, p. 125 ; Schrader i, p. 263).

Voici un court extrait de la grande inscription triomphale de Sargon II à Khorsabad, datée par George Smith de 722 av. J.-C. Elle est en très mauvais état, mais contient les passages suivants : —

« …Samarie… J’ai emmené cinquante chars, ma part royale… …le tribut que j’avais fixé aux Assyriens. »

2. Jeûnes d'Oppert, lignes 23 à 25 ; Canon des éponymes assyriens de Smith, extrait, 22, p. 125 ; Schrader i, p. 265.

Voici un passage des Annales de Sargon II, datées par Smith de 722 av. J.-C. (?). Il semble faire référence au même événement que l'inscription précédente, à savoir la première prise de Samarie par Sargon en 722, c'est-à-dire la troisième année du règne d'Ézéchias, et trois ans avant sa chute finale. Il se lit comme suit : —

« J’ai assiégé Samarie, je l’ai prise, j’ai emmené captifs 27 290 personnes qui y habitaient, j’ai choisi parmi elles 50 chars et j’ai distribué le reste. J’ai nommé un général à leur tête et j’ai imposé sur elles les impôts du précédent roi » (cf. 2 Rois 17, 13 ).

Ces deux extraits semblent faire référence à des événements qui se sont déroulés avant le siège de Samarie par Salmanazar IV (V), mentionné dans 2 Rois 17 5, et Sargon semble agir en tant que général de Salmanazar IV (V).

3. Annales de Sargon, lignes 36-57 ; Smith, Canon éponyme assyrien, extrait 23, p. 125. Daté de 720.

Il s'agit d'une inscription mutilée, relative à la défaite de Sibahki (= So, roi d'Égypte, 2 Rois 17, 4 ), à Raphia. Elle se lit comme suit : —

« En deuxième année… Damas, Samarie… »

Sibahki vint à mon secours, pour combattre et faire la guerre. Au nom d'Assur, mon seigneur, je frappai pour les renverser, et Sibahki, le souverain, qui manquait de courage, s'enfuit seul.

« J’ai capturé Hanun et j’ai envoyé sa famille dans ma ville d’Assur. »

« Raphia, je l’ai abattue, détruite, dans le feu j’ai brûlé, 20 033 personnes et leurs abondants biens j’ai emmenés captifs. »

4. Fastes d'Oppert, lignes 25 et 26 ; Smith, Assyrian Eponym Canon, Extract 24, p. 126 ; Schrader ii, p. 87. Botta, 145, 2, 1-3.

Voici un extrait de l'inscription triomphale de Sargon II à Khorsabad. Elle fait également référence à la bataille de Raphia. Datée par Smith de 720 av. J.-C., elle se lit comme suit : —

« Hanoun, roi de Gaza, accompagné de Sibahé, général d'Égypte, venu à Raphia pour livrer bataille et guerre, se présenta devant moi. Je les vainquai. Sibahé esquiva l'attaque de mes soldats, prit la fuite et on ne put le retrouver. Je fis prisonnier Hanoun, roi de Gaza. »

5. Inscriptions cunéiformes de Rawlinson, vol. i, p. 36, ligne 20 ; Smith, Canon des éponymes assyriens, extrait 29, p. 129 ; Schrader i, p. 269.

Il s'agit de l'inscription sur cylindre d'argile de Sargon II. Datée par Smith de 715 av. J.-C., elle se lit comme suit : —

« Sargon (?) Conquérant des Tamudu (une tribu arabe), des Ibadidi, des Marsimani et des Hayapa, qu'il réduisit en esclavage et qu'il fit placer au pays de Beth-omri (Samarie). »

6. Smith, Canon éponyme assyrien, extrait 30, p. 129.

Il s'agit de la grande inscription d'Ashdod (cf. Isaïe 20) contenue dans le cylindre de Kouyunjik de Sargon II et l'inscription de Khorsabad.

Il est clairement daté ici « La 9e année de mon règne », c’est-à-dire 713 av. J.-C. s’il date son accession au trône de 722 av. J.-C., ou 711 av. J.-C. s’il la date de 720 av. J.-C. Dans ses Annales, il mentionne cette expédition lors de la nième année de son règne.

Cela montre qu'il existait deux manières de calculer l'accession au trône de Sargon. Son année d'accession fut 722. Sa première année fut 721. Il eut une autre année d'accession, 720, et son année d'éponyme royal fut 719.

De même, Salmanazar II (III) est monté sur le trône en 860 av. J.-C. (dates assyriennes) = 911 av. J.-C. Sa première année fut 859 av. J.-C. (dates assyriennes) = 910 av. J.-C. et son année royale éponyme 858 av. J.-C. (dates assyriennes) = 909 av. J.-C.

À partir du règne de Tiglath-Pileser III (IV) (745-727), selon Schrader (II, p. 168, note), l'année de l'accession au trône est également considérée comme la première année de la nouvelle série d'éponymes. Les canons varient quant à la manière de déterminer cette première année : tantôt l'année de l'accession, tantôt l'année suivante, tantôt encore l'année d'après.

George Smith indique (Canon des éponymes assyriens, p. 21) que la pratique courante consistait à compter les années de règne à partir du premier jour de l'an suivant l'accession du roi, et à appeler la période entre l'accession et ce premier jour de l'an « début du règne ». Cependant, il existe des cas où l'année de l'accession est considérée comme la première année, ce qui donne lieu à deux décomptes. Ainsi :

Année d'accession de Salmanazar II (III)

= 860.

Sa première année

860 ou 859

Année d'adhésion de Tiglath-pileser III (IV)

=745

Sa première année 745 ou 744

Année d'accession de Sargon II

=722

Sa première année

722 ou 721

Année d'accession de Sennachérib

=705

Sa première année

 705 ou 704

L'année de l'accession au trône de Nabuchodonosor

=605

Sa première année

605 ou 604

L'inscription d'Ashdod de Sargon, telle qu'elle figure sur le cylindre de Kouyunjik, est la suivante : —

« La neuvième année, je suis allé au pays au bord de la grande mer, en Philistie et à Ashdod. »

« Azuri d'Ashdod s'endurcit le cœur et refusa de payer le tribut. Il envoya des messagers aux rois voisins, ennemis de l'Assyrie, et leur fit subir le mal. Je me suis abattu sur les peuples qui l'entouraient… »

« Ahimite… son frère, je l’ai élevé et établi sur son royaume devant lui. J’ai institué pour lui des impôts et un tribut à l’Assyrie semblables à ceux des rois qui l’entouraient. »

« Mais le peuple… se révolta contre son roi… et le chassa… et nomma Yavan, qui n’était pas l’héritier du trône, à la tête du royaume… »

« Moi, Sargon, j’ai traversé le Tigre et l’Euphrate… Yavan a entendu parler de mon expédition… et s’est enfui… jusqu’à la frontière de l’Égypte, sur les rives du fleuve, à la limite de Méroé. »

7. Botta, 149, 6 ; Schrader, ii, p. 89.

Voici un autre récit de l'expédition d'Ashdod tiré des Annales de Sargon, daté de la onzième année de son règne au lieu de la neuvième, comme dans l'inscription précédente. Il se lit comme suit : —

Azuri, roi d'Ashdod, s'obstina à ne pas payer le tribut et envoya aux princes de son voisinage des appels à la révolte contre l'Assyrie. En conséquence, je me vengeai et changeai son gouvernement sur les habitants de son district. J'appelai son propre frère Achimite à la tête de ces derniers. Les Hittites, qui songeaient à se révolter, méprisèrent son autorité et portèrent Yaman, qui n'avait aucun droit sur le trône et qui, comme le précédent, refusa de reconnaître son autorité. Fou de rage, je ne rassemblai pas toute mon armée, ni même mes bagages ; avec mes principaux guerriers, qui ne reculèrent pas devant le champ de bataille victorieux, je marchai sur Ashdod. Yaman, ayant entendu de loin l'approche de mon expédition, s'enfuit dans une région d'Égypte située à la frontière de Milukka (Méroé ou Éthiopie) ; on ne retrouva plus aucune trace de lui. J'assiégeai Ashdod Gimt-Ashdudim et la pris ; ses biens, ses Sa femme, ses fils, ses filles, les trésors, les possessions, les biens précieux de son palais, ainsi que les habitants de son pays, furent destinés à la capture. Ces villes, je les leur restituai. Les habitants des pays que j'avais conquis… à l'Est, je les installai. Je les traitai comme les Assyriens. Ils m'obéirent. Le roi de Milukka (Méroé ou Éthiopie) fit enchaîner Yaman et le força à entreprendre le long chemin qui le mena en Assyrie, afin qu'il comparaisse devant moi.

Voici le contexte des paroles d'Isaïe 20, 1-6 : « L'année où Tartan vint à Ashdod (envoyé par Sargon, roi d'Assyrie), et livra bataille à Ashdod et s'en empara, en ce temps-là, l'Éternel parla par Isaïe, fils d'Amots, et dit : Va, ôte le sac de tes reins et ôte tes sandales de tes pieds. Il fit ainsi, marchant nu et pieds nus. »

Ce fut le signe donné à l'Égypte et à l'Éthiopie que le roi d'Assyrie devait emmener les prisonniers égyptiens et les captifs éthiopiens, nus et pieds nus, à la honte de l'Égypte et de l'Éthiopie.

L'entreprise de Sargon contre Ashdod était liée à une entreprise contre la grande puissance occidentale du Nil. Après la chute d'Ashdod, Sargon se rendit soit à Thèbes (le No-Amon de Nahum 3.8, note marginale de la Bible du roi Jacques) et la détruisit partiellement, comme son arrière-petit-fils Assur-bani-pal le fit plus complètement, à deux reprises, environ un demi-siècle plus tard, soit l'Égypte et l'Éthiopie se rendirent à Sargon sans combattre, car elles trahirent et livrèrent Yaman, roi d'Ashdod, qui s'était réfugié chez elles et avait demandé la paix.

Si les dates du règne de Sargon sont correctement calculées par les interprètes des inscriptions assyriennes, l'année où Sargon II prit Ashdod était sa nième année — l'année 711 avant J.-C. — la 14e année d'Ézéchias, l'année de la destruction des 185 000 hommes de l'armée de Sennachérib, l'année de la maladie d'Ézéchias et l'année de l'ambassade de Merodach-Baladan de Babylone (2 Rois 18-20, Isaïe 36-39).

Il n'y a aucune raison pour que Sargon II n'ait pas nommé son fils Sennachérib commandant en chef et ne l'ait pas associé à lui sur le trône d'Assyrie en 711 av. J.-C., six ans avant sa mort et l'accession de Sennachérib au trône d'Assyrie. Le terme « tartan » n'apparaît que dans 2 Rois 18, 17 et Isaïe 20, 1. Il pourrait s'agir du titre de Sennachérib en tant que prince héritier et corégent avec son père Sargon, ainsi que commandant en chef de l'armée. L'expédition d'Ashdod, le paiement du tribut à Lakish, l'épisode de la lettre blasphématoire et la destruction de l'armée de Sennachérib se déroulent tous la même année, la 14e année du règne d'Ézéchias, soit 711 av. J.-C. Rien ne permet de supposer que Sennachérib ait entrepris ses expéditions militaires avant son accession au trône en 705 av. J.-C. Il est fort probable qu'il ait été associé à son père sur le trône et commandant en chef de l'armée en 711, car nous savons qu'il était « prince héritier et vice-roi d'Assyrie durant les dernières années du règne de Sargon » (CHW John, Ancient Assyria), tout comme Nabuchodonosor était corégent et commandant en chef de l'armée de son père Nabopolassar, et tout comme Belshazzar était corégent et commandant en chef de l'armée de son père Nabonide.

V. Sennachérib (av. J.-C. 705-681).

Sennachérib était le fils de Sargon II (722-705) et le père d'Assarhaddon (681-668). Monarque assyrien typique, il consacra sa vie à des expéditions guerrières, à la conquête et à la soumission d'autres nations, auxquelles il imposa un tribut, ainsi qu'à la construction de grands palais et autres édifices. Il fut presque constamment en guerre contre Babylone. Après avoir vaincu Mérodach-Baladan, il y nomma Bélibus vice-roi. Plus tard, il conquit à nouveau Mérodach-Baladan et nomma son propre fils, Assur-Nadin-Shum, roi de Babylone. Il régna finalement lui-même sur Babylone pendant huit ans, période considérée comme un interrègne dans le Canon de Ptolémée.

Il conquit l'Arménie, la Médie, Sidon, Tyr, Édom, Ashdod, Ashkelon, Libna et Lakish. Il vainquit l'Égypte à Eltakeh, entre Ekron et Timnath, et s'empara du sceau de So, roi d'Égypte, découvert dans son palais de Kouyunjik, un édifice s'étendant sur plus de 3 hectares. Il restaura un autre palais à Neby Yunas (le prophète Jonas), également à Ninive. Il fut le premier monarque assyrien à faire de Ninive le siège du gouvernement.

Ses inscriptions figurent sur des cylindres d'argile, des plaques de marbre et des taureaux colossaux. On trouve des bas-reliefs représentant ses guerres et ses constructions, des bols en terre cuite, des briques, une plaque d'albâtre et un trône de cristal. Il existe également une inscription de sa main sur le rocher de Bavian, au nord de Ninive, et une autre à Nahr el-Kelb, sur la côte syrienne, qu'il fit graver à côté d'une inscription apposée là par Ramsès le Grand six siècles auparavant.

Ceux qui se réfèrent à la chronologie de l'Ancien Testament peuvent être répertoriés comme suit : —

1. Inscriptions cunéiformes de Rawlinson, vol. i, 43, 15 ; L'inscription de Constantinople de Schrader i, 279 ; La tablette commémorative, lignes 13 à 15, du Canon éponyme assyrien de Smith.

On lit ici : « J’ai pris le royaume d’Élulaeus, roi de Sidon ; j’ai élevé Ethobal sur son trône et je lui ai imposé le tribut de mon autorité ; j’ai contraint Ézéchias, son roi, à l’obéissance, à s’emparer du vaste territoire du pays de Juda. »

2. Inscriptions cunéiformes de Rawlinson, vol. i, 7, n° J ; Schrader i, 280 ; La dalle de Lachish, n° 28, dans le salon assyrien du British Museum.

Il s'agit d'un bas-relief représentant Sennachérib assis sur un trône au milieu des vignes et des figuiers, aux abords de la ville de Lakish, recevant le tribut. On y lit l'inscription : « Sennachérib, roi des armées, roi d'Assyrie, s'assit sur un trône élevé et reçut le butin de la ville de Lakish. »

3. Inscriptions cunéiformes de Rawlinson, vol. i, 37-42. Le cylindre d'argile à six côtés de Taylor, Schrader i, 280.

Ce texte fut exécuté sous l'éponymie de Bel-emur-ani, en 691 avant J.-C., et contient un récit des huit expéditions militaires de Sennachérib.

L'inscription sur le cylindre de Bellino, datée de 702 av. J.-C., relate deux de ces campagnes. L'inscription sur les taureaux colossaux de Kouyunjik, datée de 700 av. J.-C., relate la troisième. L'inscription sur le cylindre C. (George Smith, Assyrian Discoveries, p. 296), datée de 697 av. J.-C., relate quatre de ces campagnes.

Ces récits parallèles n'ajoutent que peu de choses au contenu du célèbre cylindre Taylor.

La plus importante de toutes les inscriptions de Sennachérib est le récit qu'il fait de sa troisième campagne.

Malheureusement, aucun des événements relatés par Sennachérib n'est daté. Les monarques antérieurs, tels que Salmanazar II (III) et Tiglath-Pileser III (IV), consignent les événements survenus « la première, la deuxième, la troisième année, etc., de mon règne ». Les monarques postérieurs, Sennachérib, Assarhaddon et Assurbanipal, ne donnent aucune date. Ils relatent uniquement les événements survenus « lors de ma première, deuxième, troisième, etc., campagne militaire ».

Cette troisième campagne de Sennachérib comprend : —

1. Une expédition dans les villes de Phénicie et de Philistie.

2. Une expédition contre Sédécias d'Ashkelon.

3. Une expédition contre les Ékronites, dont le roi, Padi, avait été déposé et envoyé prisonnier à Ézéchias pour sa loyauté envers l'Assyrie. Ézéchias le libéra et Sennachérib le rétablit sur son trône. Pendant que Sennachérib était engagé dans cette bataille, il fut attaqué par les Égyptiens et les Éthiopiens, qu'il vainquit à Eltakeh, entre Ékron et Timnath.

4. Une expédition contre Ézéchias, sur la date de laquelle Schrader fonde toute son argumentation sur le manque de fiabilité de la chronologie biblique et la nécessité de la remplacer par la chronologie des monuments.

Le récit de la troisième campagne de Sennachérib est long, mais il faut le relater intégralement : —

Quant à Ézéchias de Juda, qui n'avait pas cédé à mon joug, je pris quarante-six de ses villes fortes, ainsi que d'innombrables forteresses et bourgades qui en dépendaient, en renversant leurs murailles et en les attaquant de front, à l'aide de machines de guerre et de béliers, je les fis prisonnières. J'en fis sortir et comptai comme butin deux cent mille cent cinquante personnes, grands et petits, hommes et femmes, sans compter les mules, les ânes, les chameaux, les bœufs et les moutons. Ézéchias lui-même, je l'enfermai comme un oiseau en cage à Jérusalem, sa ville royale. Je construisis une ligne de fortifications contre lui et l'empêchai de franchir la grande porte de sa ville. Je lui retranchai les villes que j'avais pillées au milieu de son pays et les donnai à Metinti, roi d'Ashdod, à Padi, roi d'Ekron, et à Tsil-Baal, roi de Gaza, et je réduisis son territoire à néant. Outre le tribut et les offrandes annuelles qu'ils avaient l'habitude de recevoir, j'ajoutai d'autres… Je leur imposa le tribut et l'hommage dus à ma majesté. La crainte de la grandeur de ma majesté submergea Ézéchias, et il envoya à ma suite, à Ninive, ma ville royale, en guise de présent et de tribut, les Arabes et sa garde qu'il avait amenés pour la défense de Jérusalem, sa ville royale, et qu'il avait pourvus de solde, ainsi que de 30 talents d'or, 800 talents d'argent pur, des escarboucles et autres pierres précieuses, un lit d'ivoire, des trônes d'ivoire, une peau d'éléphant, une défense d'éléphant, des bois précieux de toutes sortes, un immense trésor, ainsi que les eunuques de son palais, et des danseurs et danseuses. Il envoya également son ambassadeur pour me rendre hommage et me soumettre.

Cet extrait montre que Sennachérib revendique une victoire, mais qu'il n'a pas pris Jérusalem, bien qu'il ait envoyé une armée contre elle. Il tente manifestement de dissimuler un fait qui s'apparente à une défaite.

La comparaison de ce passage avec 2 Rois 18.13 - 19.37, 2 Chroniques 32, Isaïe 36-37, 38.1, 39.1 soulève immédiatement des difficultés chronologiques, car Sennachérib commença à régner vers 705 av. J.-C., et il s'agissait de sa troisième campagne. Par conséquent, selon Schrader, la seule date possible pour cet événement est 701 av. J.-C. Or, Ézéchias mourut vers 700 av. J.-C., et la quatorzième année de son règne, celle où se déroulèrent ces événements, d'après la chronologie de l'Ancien Testament (2 Rois 18.2-13 ; 20.1-6 ), correspond à 711 av. J.-C.

« Nous constatons », déclare Schrader, « que l'un des deux systèmes doit être abandonné. Il ne fait aucun doute que le verdict doit être rendu contre le système scripturaire. Il faut l'abandonner face aux déclarations correspondantes des Monuments et du Canon éponyme. Les Monuments nous offrent l'avantage supplémentaire d'avoir accès à des documents qui, contrairement aux écrits scripturaires, n'ont pas subi de nombreuses altérations au cours des siècles. Nous devons reconnaître le caractère artificiel de la chronologie biblique. »

De nombreuses tentatives ont été faites pour expliquer cette divergence. Rawlinson suggère que Sennachérib a mené deux campagnes. Kleinert avance l'hypothèse d'une erreur de transcription, le nom de « Sennachérib » ayant été confondu avec celui de « Sargon ». Fausset, quant à lui, estime que l'explication est insoluble et qu'il faut admettre une erreur de copiste, la 14e année d'Ézéchias étant indiquée au lieu de la 27e. Budge adopte la théorie de Rawlinson : une première campagne se serait soldée par une victoire, telle que décrite par Sennachérib, suivie d'une seconde, environ deux ans plus tard, qui aurait entraîné la destruction des 185 000 hommes de l'armée de Sennachérib par l'ange du Seigneur, qui les aurait frappés « peut-être d'une peste ». George Smith propose de lire la 24e année au lieu de la 14e, et Samuel Kinns, dans son ouvrage *Graven on the Rock*, évoque une erreur de transcription dans 2 Rois 18.13.

Mais en réalité, aucun de ces expédients n'est nécessaire. Toute la difficulté provient de la supposition que Sennachérib n'aurait pas pu entreprendre une opération militaire de ce genre du vivant de son père Sargon – une pure hypothèse, totalement gratuite et facilement réfutable. La quatorzième année du règne d'Ézéchias correspond à 711 av. J.-C. L'année de la première de Sargon est incertaine, mais son accession au trône eut lieu soit en 722, soit en 720 av. J.-C. La quatorzième année d'Ézéchias était la nième du règne de Sargon, qui régna dix-sept ans. Six ans donc avant son accession au trône, en 705 av. J.-C., Sennachérib entreprit cette expédition et reçut la soumission d'Ézéchias, ainsi que l'argent et l'or, au nom du roi d'Assyrie.

George Smith affirme : « Sennachérib occupait un rang officiel durant le règne de son père, et il est fort possible qu’il ait commandé l’expédition de 711 av. J.-C. en tant qu’adjoint de son père. Sur la tablette K 2169, Sennachérib est appelé « Rabsaki » (Rabshaké), c’est-à-dire Général, et « grand fils royal », autrement dit, héritier du trône ; et il est dit qu’il possédait son propre scribe. Le passage se lit comme suit : »

« Tablette d’Aia-suzubu-ilih, scribe du Rabshaké, de Sennachérib, le grand fils royal de Sargon, roi d’Assyrie. »

Le titre de « grand fils royal » fut assumé par Asshur-bani-pal lorsqu'il était associé à son père sur le trône.

Schrader affirme : « Selon le canon éponyme assyrien, Sennachérib commença son règne en 705 av. J.-C. La campagne a donc dû avoir lieu après cette date. » Pourquoi ? Pourquoi Sennachérib n'aurait-il pas pu la mener avant son accession au trône ? Schrader ajoute : « L'inscription ne nous renseigne absolument pas sur la ou les années du règne de Sennachérib durant lesquelles ces huit campagnes se sont déroulées. » Mais elle ne nous indique pas non plus qu'elles ont eu lieu durant ce règne, c'est-à-dire entre 705 et 681 av. J.-C.

Au contraire, nous savons, grâce à une inscription sur une tablette enfermée dans une enveloppe d'argile et envoyée comme lettre par Sennachérib à son père — n° 105 dans la vitrine D de la galerie de Ninive du British Museum —, que Sennachérib envoyait à son père des extraits de dépêches qu'il avait reçues concernant les affaires impériales.

Dans le récit de sa quatrième campagne, Sennachérib déclare : « Merodach-baladan, que j'avais vaincu lors de ma première expédition militaire et dont j'avais anéanti les forces, redoutait le déchaînement de mes puissantes armes et le choc de ma terrible bataille. » Pourquoi cette première campagne n'aurait-elle pas pu être menée par Sennachérib avant son accession au trône ? Édouard le Prince Noir n'était-il pas un guerrier renommé ? Pourtant, il n'accéda jamais au trône d'Angleterre.

Sargon vainquit Merodach-baladan et le détrôna en 710 av. J.-C. La première campagne de Sennachérib fut menée contre Merodach-baladan. Pourquoi n'aurait-il pas été commandant en chef lors de la guerre contre Merodach-baladan, en 710 av. J.-C., cinq ans avant son accession au trône, et également lors de la guerre contre Ashdod, la 14e année du règne d'Ézéchias, en 711 av. J.-C., six ans avant son accession au trône ?

Schrader affirme : « Nous n'avons aucun moyen de fixer avec certitude la date de la troisième campagne de Sennachérib », celle menée contre Ézéchias. Or, c'est précisément cette campagne dont il déclare la date incompatible avec la date biblique, la 14e année du règne d'Ézéchias, soit 711 av. J.-C. (2 Rois 18, 13 ). Ce qui la rend incompatible ne tient pas aux Monuments, mais à l' hypothèse que Sennachérib n'aurait pas pu mener d'expédition militaire sous le règne de Sargon, comme l'atteste le tartan de Sargon (Ésaïe 20, 1 ). Que Sennachérib ait été ce tartan ou non, nous savons qu'il était prince héritier et vice-roi, ou co-roi, avec son père Sargon, durant les cinq dernières années du règne de ce dernier.

Schrader s'interroge sur le fait que Merodach-baladan ait été vaincu et détrôné par Sargon en 710 av. J.-C., puis à nouveau par Sennachérib en 704. Il se demande : « Ce Merodach-baladan, auquel Sennachérib a été confronté, était-il identique au roi babylonien du même nom, que Sargon a vaincu et détrôné, ou était-il distinct de celui-ci, peut-être son successeur et fils ? »

La solution à cette difficulté est d'une simplicité parfaite. Quod facit per alium facit per se — ce que l'on fait par l'intermédiaire d'un autre, on peut dire que l'on le fait soi-même. Ce que Sargon a fait par l'intermédiaire de son fils Sennachérib, il l'a fait lui-même. Il s'agissait d'une seule et même défaite, infligée par un seul et même Sargon lors de sa douzième année, qui était la quinzième année d'Ézéchias, en 710 av. J.-C., par l'intermédiaire d'un seul et même Sennachérib, lors de sa première campagne, au début de son règne, cinq ans avant son accession au trône et six ans avant la première année de son règne.

Ceci est confirmé par les inscriptions de Sennachérib sur le cylindre Taylor, le cylindre Bellino et la tablette commémorative, dans lesquelles il déclare avoir conquis Merodach-baladan « ina ris sarruti » (au début de mon règne), et non « ina ris pale-fa » (au début de mon règne).

Le professeur Sayce interprète le récit biblique d'une autre manière. Il situe les événements de 2 Rois 18, 13-16 dans la 14e année du règne d'Ézéchias (711 av. J.-C.) et ceux de 2 Rois 18, 17-19, la destruction de l'armée de Sennachérib, à une date ultérieure, soit la 4e année du règne de Sennachérib et la 24e année d'Ézéchias (701 av. J.-C.). Cette interprétation n'est peut-être pas formellement exclue par le texte de l'Ancien Testament, mais au vu des paroles de 2 Rois 20, 1, 6, 12, il semble plus probable que l'ensemble des chapitres 1813 - 2019 se rapporte à la 14e année d'Ézéchias (711 av. J.-C.). Il n'est pas nécessaire de déterminer l'origine de cette difficulté ; il suffit de démontrer qu'aucune contradiction nécessaire n'a été établie entre l'Ancien Testament et les Monuments.

Rien n'empêche Sennachérib d'avoir été corégent avec Sargon, comme Nabuchodonosor l'avait été avec son père Nabopolassar, et Belshazzar avec son père Nabonide. Sennachérib nomma son fils Assur-Nadin-Shum roi de Babylone, et Assar-Haddon nomma ses deux fils, l'un roi d'Assyrie et l'autre roi de Babylone. La pratique de nommer un corégent du vivant du roi était très répandue dans tous les pays d'Orient.

Toute la thèse de Schrader remettant en cause la fiabilité de la chronologie biblique repose, comme il le reconnaît lui-même, sur la divergence entre la date biblique de l'expédition de Sennachérib, en la 14e année du règne d'Ézéchias, soit 711 av. J.-C., et la date assyrienne de son accession au pouvoir, soit 705 av. J.-C. Or, ces deux affirmations sont exactes. Il n'y a aucune contradiction entre elles. L'argumentation de Schrader a échoué, et la chronologie biblique est validée.

VI. Ésar-Haddon (681-668).

Assarhaddon fut le plus puissant des rois d'Assyrie. Il conquit la Médie, la Phénicie, l'Égypte et l'Éthiopie, et chassa Tirhaka d'Égypte. Il soumit les fils de Merodach-Baladan et plaça Babylone directement sous l'autorité de la couronne assyrienne, résidant alternativement à Ninive et à Babylone au lieu de gouverner Babylone par des vice-rois.

Assarhaddon était un grand bâtisseur. Il ne construisit aucune ville nouvelle, mais restaura de nombreuses villes anciennes. Il reconstruisit Babylone, que son père avait détruite et qui était restée en ruines pendant dix ans. Il entreprit la construction d'un grand palais pour lui-même à Calah, l'actuelle Nimroud, utilisant à cette fin les dalles inscrites et employées auparavant par Tiglath-Piléser III (IV), mais ce palais ne fut jamais achevé. Il reconstruisit ou restaura des temples à Ninive, notamment à Nebi Yunus (le prophète Jonas), à Erech, à Sippara et à Borsippa.

Il abdiqua en 668 av. J.-C., après avoir proclamé son fils Ashur-bani-pal roi d'Assyrie et son fils Shamash-shum-ukin roi de Babylone.

La stèle colossale d'Esar-Haddon à Samaal le représente tenant une corde attachée à des anneaux dans les lèvres de deux figures mineures, Tirhakah d'Égypte et Baal de Tyr.

Ses inscriptions comprennent des cylindres hexagonaux en argile cuite, relatant les annales de son règne et un résumé de celui-ci. On y trouve également une stèle commémorative en basalte noir, gravée de caractères babyloniens archaïques, un bas-relief (taillé dans la roche à Nahr el-Kelb, près de Berut, en Syrie, à proximité de l'ancienne route reliant l'Égypte à la Syrie, aux côtés de six autres inscriptions assyriennes et trois égyptiennes similaires), des cylindres, des dalles, des tablettes, etc., mentionnant son nom, ses titres, sa généalogie et les constructions qu'il a réalisées. Quatre de ces inscriptions ont une incidence sur la chronologie de l'Ancien Testament et sur l'authenticité des récits bibliques le concernant.

1. Inscription sur une brique (I, Rawlinson 48, n° 3 ; Schrader, vol. ii, p. 20). Elle se lit comme suit : —

« Ésar-Haddon, roi d’Assyrie, fils de Sennachérib, roi d’Assyrie. » Ceci concorde avec 2 Rois 19 3 7.

2. Le cylindre d'argile brisé (III, Rawlinson 15, col. 1, 18, feuille) lors de la défaite de ses deux frères paricides qui tuèrent leur père et s'enfuirent en Arménie (Schrader ii, 17). Il porte l'inscription suivante : —

« La terreur des grands dieux, mes seigneurs, les a terrassés. Ils ont vu et redouté la rencontre, ! l'étoile maîtresse du conflit et de la bataille, qui aimait mon sacerdoce, a levé mes mains, a brisé leur arc, a fendu leur ordre de bataille ; dans leur assemblée a retenti le cri : « Voici notre Roi. » » Ceci corrobore 2 Rois 19 37.

3. L'inscription du grand cylindre (I, Rawlinson 47, V, 11-13 ; Schrader ii, 39 ; Smith, Assyrian Eponym Canon, Extract 37, p. 139, date bc 680).

« J’ai rassemblé 22 princes du pays de Khatti (les Hittites) qui habitent au bord de la mer, et au milieu d’eux, je les ai tous convoqués. »

3A. Complément au document 3. Un cylindre d'argile brisé (III, Rawlinson 16, c. V ; Schrader ii, 39-41 ; Smith, Assyrian Eponym Canon, Extract 37, p. 139. Date probable : 680 av. J.-C.), qui donne les noms de ces 22 princes. Les voici : —

1. Baal, roi de Tyr.

2. Manassé, roi de Juda.

3. Khausgabri, roi d'Édom.

4. Mushuri, roi de Moab.

5. Zilbel, roi de Gaza.

6. Mitinti, roi d'Askelon.

7. Ikasamu, roi d'Ekron.

8. Milkiasap, roi de Byblos.

9. Matanbaal, roi d'Arados (Arvad).

10. Abibal, roi de Samsimuruna.

11. Puduil, roi de Beth-Ammon.

12. Ahimelech, roi d'Ashdod.

Etc., etc.

Il existe une liste similaire donnée par son fils Ashur-bani-pal sous le règne suivant, dans laquelle tous les noms sont les mêmes sauf que Jakinlu remplace Matanbaal, et Amminadab remplace Puduil.

Ces inscriptions prouvent que Manassé paya un tribut à la fois à Ésar-Haddon et à Assur-Bani-Pal conformément à 2 Rois 21 13.14 et 2 Chroniques 33 11-19.

4. Un cylindre cuit (V, Rawlinson 45, col. 1, 24 ; Schrader ii, 61 ; Smith, Assyrian Eponym Canon, Extract 36, p. 137-8. Date probable : 680 av. J.-C.), dans lequel Assarhaddon déclare : « J’ai rassemblé tous les rois du pays de Khatti (Hittites) et de la côte maritime. J’ai fait construire une autre ville. Je l’ai appelée Assarhaddonville. Les habitants des montagnes ont été emmenés par ma proue, et ceux de la mer Orientale, je les ai installés en ce lieu. J’ai placé à leur tête mon officier, le vice-roi. »

Cela corrobore Esdras 4 2, dans lequel les adversaires de Juda, qui s'opposèrent à Zorobabel et entravaient la reconstruction du Temple, disent que c'est Ésar-Haddon qui les y amena.

Si la captivité de Manassé (696-641 av. J.-C.), relatée dans 2 Chroniques 33.11, eut lieu sous le règne d'Ésar-Haddon (681-668 av. J.-C.), cela expliquerait pourquoi il fut déporté à Babylone par le roi d'Assyrie et non à Ninive. Ésar-Haddon, d'un tempérament clément, aurait sans doute pardonné à Manassé et l'aurait réintégré, comme il l'avait fait pour le fils de Mérodach-Baladan (2 Chroniques 33.12-13 ). Dans ce cas, Manassé aurait disposé d'au moins 28 ans pour mener à bien sa réforme. Si la captivité de Manassé était due, comme le suggère Schrader, à sa suspicion de complicité dans la rébellion de Shamash-shum-ukin contre Assur-bani-pal en 648 av. J.-C., il a peut-être dû comparaître devant Assur-bani-pal à Babylone pour se disculper et lui apporter des garanties de fidélité ; sa libération était alors assurée (2 Chroniques 33, 12-13 ). Dans ce cas, Manassé n’aurait eu que sept ans pour mener à bien sa réforme, puisqu’il mourut en 641 av. J.-C.

La conclusion la plus probable est celle de George Smith, qui est la suivante :

Au temps d’Achaz, dont la première année fut l’année 738 avant J.-C., Isaïe prophétisa et dit : « Dans 65 ans, Éphraïm sera brisé en tant que peuple » (Is. 7 8 ).

Les adversaires qui ont empêché la construction du Temple par Zorobabel furent placés en Samarie par Ésar-Haddon, et certains d'entre eux étaient des Babyloniens (Éz. 4 2.9 ).

Manassé, roi de Juda, fut emmené à Babylone par le roi d'Assyrie (probablement Ésar-Haddon), 2 Chroniques 33:11

Ésar-Haddon rassembla tous les rois du pays des Khatti et de la côte maritime (Palestine) et installa dans cette région les habitants des montagnes et de la mer Orientale. Il convoqua les 22 rois du pays des Khatti, parmi lesquels il mentionne Manassé, roi de Juda (Inscriptions d'Ésar-Haddon, Rawlinson i, 45, col. 1, lignes 23 et 24 ; i, 47 ; v, 11-13 et iii, 16, cV).

Assar-Haddon fut roi de Babylone de 681 à 668 av. J.-C. « Certaines dates concernant Assar-Haddon sont incertaines », explique George Smith, « mais la période de la révolte et de la conquête de la Palestine est relativement certaine. En 673 ou 672 av. J.-C., Assar-Haddon déporta en captivité le reste d'Israël et envoya Manassé, roi de Juda, prisonnier à Babylone. L'année suivante, en 671 av. J.-C., Manassé fut libéré. »

Or, de 738 à 673 av. J.-C., année où Ésar-Haddon déporta les habitants de Samarie dans ses provinces orientales et repeupla Samarie de Babyloniens, etc., il s'écoule exactement 65 ans. C'est cet événement, et non la première prise de Samarie par Sargon en 722 av. J.-C., ni sa chute finale en 719 av. J.-C., qui marque la fin de l'unité d'Éphraïm. Ainsi, les inscriptions cunéiformes assyriennes éclairent d'un jour nouveau un verset difficile d'Isaïe et révèlent comment sa prophétie s'est accomplie.

VII. Ashur-bani-pal (668-626).

Les inscriptions d'Ashur-bani-pal relatent l'histoire de son règne jusqu'en 640. Les récits s'interrompent ensuite. Conformément aux dernières volontés de son père, il devint roi d'Assyrie, et son frère Shamash-shum-ukin devint roi de Babylone.

En 661, il s'empara et pilla Thèbes, le No-Amon de Nahum 3 8, expulsa les Éthiopiens et rétablit Psammeticus comme roi d'Égypte sous la protection et le soutien des Assyriens.

En 648, son frère, Shamash-shum-ukin, se rebella. Assiégé, il s'immola par le feu dans son palais, et Ashur-bani-pal régna lui-même sur Babylone sous le nom de roi Kandalanu de 647 av. J.-C. jusqu'à sa mort en 626 av. J.-C.

Il est presque impossible de déterminer la date de la chute de Ninive et de l'empire assyrien. Assurbanipal fut le dernier grand monarque. Ses écrits cessent en 640 av. J.-C.

La tradition grecque rapporte qu'il vécut dans l'aisance et le luxe, mais aucun document contemporain ne le confirme. Homme cultivé et oisif, il s'intéressait aux livres et aux bibliothèques. Il laissa la guerre à ses guerriers. Grand bâtisseur, il créa une immense bibliothèque, rassemblant et copiant des dizaines de milliers de tablettes d'argile provenant de toutes les sources possibles. Ces tablettes renfermaient les chefs-d'œuvre de l'époque, ainsi que des ouvrages d'astronomie, de mathématiques, de grammaire, des dictionnaires, des actes, des lettres, des documents et des listes d'éponymes. Sa bibliothèque fut d'abord située à Calah, puis à Ninive.

Ashur-bani-pal a probablement été remplacé par ses deux fils, Ashur-etil-ilani et Sin-shar-ish-kun (Saracos), qui ont peut-être régné le reste du temps, mais il n'y a pas de document, seulement des traditions.

L'Assyrie tomba quelque temps après 626. La tradition grecque veut que Psammétique ait contrôlé l'Égypte, que Nabopolassar, vice-roi du roi d'Assyrie à Babylone, se soit proclamé roi de Babylone, et qu'avec l'aide de Cyaxare, les Mèdes s'emparèrent de Ninive avant 625, après quoi l'empire assyrien fut divisé entre Psammétique qui prit l'Égypte, Nabopolassar qui prit Babylone et Cyaxare qui prit la Médie.

CHW Johns affirme qu'il est difficile d'harmoniser les récits qui nous sont parvenus de cette époque, « et même la date exacte de la chute de Ninive n'est pas certaine. Elle est généralement fixée à 606 av. J.-C. »

Nous ne serons peut-être pas loin de la vérité si nous supposons qu'Ashur-bani-pal mourut vers 626 av. J.-C., que Ninive fut assiégée par Nabopolassar de Babylone et Cyaxare le Mède, et tomba en 625 av. J.-C., que les deux fils d'Ashur-bani-pal menèrent une existence précaire en tant que rois d'Assyrie entre 625 et 606 av. J.-C., l'aîné, Ashur-etil-ilani, occupant le trône pendant les six premières années (625-619 av. J.-C.) et le cadet, Sin-shar-ish-kun (Saracos), pour le reste de la période (619-606 av. J.-C.), à la fin de laquelle nous pouvons dater la chute et la destruction finales de Ninive en 606 av. J.-C.

Mais comme le dit George Smith dans son Canon des éponymes assyriens, « aucune date assyrienne ne peut être fixée avec certitude après l'accession au trône de Nabu-pal-uzer, ou Nabopolassar, à Babylone, en 626 av. J.-C., et cet événement semble avoir été suivi de près par la mort d'Ashur-bani-pal, roi d'Assyrie. »

La seule inscription d'Ashur-bani-pal qui se rapporte aux événements relatés dans l'Ancien Testament est l'inscription sur —

1. Cylindre C, Ashur-bani-pal (III, Rawlinson 27), sa date probable, selon George Smith, étant av. J.-C. 668.

Il est en très mauvais état, mais plus récemment, un duplicata de l'inscription qui y figurait a été découvert, numéroté —

la. Rassam 3, d'où nous obtenons le texte complet (Schrader ii, 41 ; Smith, Assyrian Eponym Canon, Extract 41, p. 143), date probable 668 av. J.-C. : —

« J’ai dirigé la marche vers l’Égypte et l’Éthiopie. Au cours de mon expédition

1. Baal, roi de Tyr.

2. Manassé, roi de Juda.

3. Kausgabri, roi d'Édom.

4. Musuri, roi de Moab.

5. Zilbel, roi de Gaza.

6. Mitinti, roi d'Ashkelon.

7. Ikasamsu, roi d'Ekron.

8. Milkiasap, roi de Byblos.

9. Jakinlu, roi d'Arados.

10. Abibaal, roi de Samsi-muruna.

11. Amminabad, roi de Beth-Amnion

(et 11 autres personnes, ce qui fait)

22 Rois des bords de mer et du milieu de la mer, tous tributaires dépendants de moi, sont venus à moi et ont baisé mes pieds.

Le paiement du tribut par Manassé n'est pas mentionné dans la Bible, mais l'inscription d'Ashur-bani-pal correspond très bien à ce que l'on peut attendre de 2 Rois 21 13.14 et 2 Chroniques 33 11-19.

Dans Esdras 4 9.10, nous lisons à propos du grand et noble Asnapper qui a amené et installé dans les villes de Samarie les Dinaïtes, les Apharsathchites, les Tarpélites, les Archévites, les Babyloniens, les Susanchites, les Déhavites et les Élamites.

Ce personnage, Asnapper, n'a pas encore été formellement identifié. Il pourrait s'agir (1) d'Ésar-Haddon (cf. Esdras 4, 2 ), (2) d'un général d'Ésar-Haddon (bien qu'aucun général portant ce nom n'ait été trouvé dans les inscriptions assyriennes), ou (3) plus probablement d'Assur-bani-pal lui-même. Cette hypothèse est étayée par l'épithète « grand et noble » ou « grand et puissant », ainsi que par le fait qu'Assur-bani-pal fut le seul monarque assyrien à pénétrer au cœur de l'Élam et à s'emparer de Suse (Schrader ii, p. 65).

Ceci conclut la liste des inscriptions historiques des rois.

B. Le canon éponyme assyrien.

L'un des documents chronologiques les plus importants jamais découverts est celui trouvé par Sir Henry Rawlinson parmi les tablettes de terre cuite inscrites que M. Layard et d'autres explorateurs rapportèrent de Ninive : le Canon des éponymes assyriens. Il s'agit d'un canon, ou liste, des éponymes annuels.

L'éponyme était un officier qui ressemblait, à certains égards, à notre maire. Il exerçait ses fonctions pendant un an, et son nom fut attribué à la fonction de désigner l'année de son mandat, au sein d'une série continue d'années formant une ère chronologique.

Sir H. Rawlinson a distingué quatre copies du Canon, toutes imparfaites, qu'il a nommées Canons I, II, III et IV. Depuis lors, d'autres fragments appartenant au Canon I ont été découverts, ainsi que quelques copies supplémentaires, également fragmentaires, qui ont été nommées Canons V, VI et VII.

Le canon I est le texte principal et standard. Il commence par l'éponymie de Vul-nirari ou Ramman-nirari, en 911 av. J.-C. (dates assyriennes) = 962 av. J.-C., ce qui correspond à la 1re année d'Asa, et se termine en 659 av. J.-C. (la 37e année de Manassé).

Le canon II s'étend de 893 av. J.-C. (dates assyriennes) = 944 av. J.-C. à 691 av. J.-C.

Canon III de 810 av. J.-C. (dates assyriennes) = 861 av. J.-C. à 647 av. J.-C.

Le canon IV date de 753 av. J.-C. à 697 av. J.-C., mais à l'origine il contenait des noms aujourd'hui perdus, ce qui le ramène à environ 637 av. J.-C.

Le canon V conserve les noms de 817 av. J.-C. (dates assyriennes) = 868 av. J.-C. à 728 av. J.-C.

Le canon VI comporte quelques noms entre 819 av. J.-C. (dates assyriennes) = 870 av. J.-C. et 804 av. J.-C. (dates assyriennes) = 855 av. J.-C., ainsi que d'autres noms entre 708 av. J.-C. et 700 av. J.-C.

Le canon VII contient quelques noms entre 829 et 822 av. J.-C. (dates assyriennes) = 880 à 873 av. J.-C., et quelques autres noms entre 768 et 748 av. J.-C., et entre 732 et 723 av. J.-C.

En rassemblant les différentes parties des VII Canons, une liste des éponymes annuels de l'Assyrie a été établie pour la période allant de 911 av. J.-C. (dates assyriennes) = 962 av. J.-C. à 647 av. J.-C.

Il existe plusieurs lacunes de quelques années durant lesquelles un certain nombre de noms ont été perdus, et une école d'assyriologues pense qu'un bloc entier de 51 noms consécutifs, de 834 à 783 avant J.-C., a été supprimé, de sorte que les noms à partir de 783 avant J.-C. (dates assyriennes) sont en réalité ceux des éponymes de 834 avant J.-C. et après.

Cette conception du Canon est celle qui concorde avec la chronologie de l'Ancien Testament. Elle est défendue, sous une forme modifiée, par le professeur Oppert, le révérend D.H. Haigh, Willis J. Beecher et d'autres autorités. Schrader, Sir H. Rawlinson et E.A.W. Budge (dans le guide du British Museum) considèrent quant à eux le Canon tel que nous le connaissons comme complet et adhèrent aux dates assyriennes, qui décalent de 51 ans toutes les synchronicités de l'Ancien Testament et de l'Égypte antérieures à l'an 783 av. J.-C.

George Smith ne peut être revendiqué par aucune des deux parties. Il déclare : « Ma propre théorie pour la résolution du problème repose sur le principe de considérer les archives assyriennes comme exactes en ce qui concerne les dates assyriennes et les archives hébraïques en ce qui concerne les dates hébraïques. » Et il considère Achab et Jéhu mentionnés sur la stèle de Salmanazar comme deux autres personnes, à ne pas identifier avec Achab et Jéhu de l'Ancien Testament.

Bien sûr, le Canon lui-même ne nous donne aucune date. Du côté de la Chronologie courte des dates assyriennes, on trouve simplement la liste des noms qui constituent le Canon, confirmée par certains longs nombres qui peuvent être considérés comme prouvant que les scribes assyriens postérieurs, qui ont compilé, copié et conservé ces listes d'éponymes, les considéraient comme continues. Cependant, l'autorité de ces scribes est celle de compilateurs tardifs, et non celle de témoins contemporains. Il serait assez facile qu'une liste de 51 noms soit perdue ou détruite accidentellement (par exemple par un incendie), ou intentionnellement, par le fondateur d'une nouvelle dynastie désireux d'effacer les archives de ses prédécesseurs.

Les archives de Salmanazar II (III) furent probablement détruites par l'usurpateur Sargon, et celles de la période de 51 ans sans archives, de 834 à 783 av. J.-C., ont peut-être subi le même sort sous Assurdan III lors de son accession au trône en 773 av. J.-C. Syncellus affirme que les archives de cette période furent falsifiées, expliquant ainsi pourquoi le Canon de Ptolémée ne remonte pas au-delà de 747 av. J.-C. De même, durant la Révolution française, les manoirs ruraux furent incendiés afin de détruire les titres de propriété qu'ils contenaient.

Un parallèle plus exact serait celui de l'Ordonnance du Conseil privé, qui autorisa officiellement l'impression, par l'imprimeur du roi Robert Barker, des mots « Approuvé pour être lu dans les églises » dans les exemplaires originaux de la Version aujourd'hui universellement connue sous le nom de « Version autorisée ». Cette Ordonnance fut détruite, avec d'autres archives du Conseil privé, lors d'un incendie survenu à Whitehall en janvier 1618 (ancien style). Il en résulte une lacune de plusieurs années dans les archives du Conseil privé, ce qui a conduit nombre de personnes à la conclusion erronée que la Version autorisée n'avait jamais été officiellement autorisée.

C. Listes fragmentaires d'éponymes assyriens,

La liste des éponymes assyriens, établie en rassemblant toutes les informations contenues dans les VII Canons, contient également le récit occasionnel de l'événement le plus marquant de chaque année.

Ainsi, nous avons : « 722 av. J.-C., éponyme de Ninip-ilai, accession au pouvoir de Sargon, siège de Samarie. » « 711 av. J.-C., éponyme de Ninip-alik-pani, expédition à Ashdod. » « 668 av. J.-C., éponyme de Marlarmi, mort d’Ésar-Haddon. »

Ces ajouts proviennent de listes fragmentaires d'éponymes contenant des notes sur les principaux événements de chaque année (Rawlinson, Inscriptions cunéiformes, vol. II, planches 52 et 69 ; Schrader, vol. II, p. 188-197). Ces listes couvrent la période allant de 817 av. J.-C. (dates assyriennes) à 728 av. J.-C. (868 av. J.-C.).

D. L'histoire synchrone de l'Assyrie et de Babylone,

Il n'existe pas de canon éponyme babylonien ni de liste annuelle des fonctionnaires à Babylone, mais certains documents que l'on peut qualifier de chroniques babyloniennes, écrits à l'époque perse, donnent des listes de dynasties et de rois, ainsi que le nombre d'années de leur règne.

Il existe également des fragments d'écrits qui retracent une histoire synchrone des deux pays.

L'histoire de l'Assyrie était intimement liée à celle de Babylone depuis les temps les plus reculés, et ces documents décrivent les relations et les exploits des différents rois babyloniens et assyriens contemporains, datant parfois les événements par l'année, le mois et le jour, mais ils n'existent que sous forme fragmentaire et ne nous donnent pas une chronologie continue.

 

PÉRIODE IV.

DOMINATION DES GENTILS —  2  Rois  24  à Esther.

Chapitre XXIV.

La captivité.

(AN. HOM. 3520-3589).

[Il est fortement recommandé, lors de la lecture de ce chapitre, de garder ouverts à la page  30  les tableaux chronologiques du volume II pour pouvoir s'y référer constamment.]

La date de la captivité est la 3e année de Jojakim, l'an 3520 du calendrier julien, 605 avant J.-C., la 21e année de Nabopolassar, père de Nabuchodonosor, en tant que roi de Babylone, année où Nabuchodonosor, étant associé à son père sur le trône, était également « roi de Babylone », bien que l'année où il était co-roi avec son père ne soit pas comptée comme sa première année.

Nous apprenons de Daniel 1,1-7 que  « la troisième année du règne de Jojakim, roi de Juda, Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint assiéger Jérusalem. L’Éternel livra Jojakim entre ses mains, ainsi qu’une partie des ustensiles du temple de Dieu », et certains membres de la lignée royale, parmi lesquels Daniel, Shadrach, Meshach et Abed-Nego. Ceci était conforme à la prophétie d’Isaïe 39,7 , prononcée la quatorzième année du règne d’Ézéchias, en 711 av. J.-C., soit 106 ans auparavant.

L'année suivante, la quatrième année de Jojakim, fut la première année du règne de Nabuchodonosor. Cette concordance est mentionnée dans Jérémie 25,1 . Il s'agit d'une des dates les plus importantes de la Bible. Elle établit le lien entre les années de la chronologie sacrée et profane. Grâce à elle, tous les événements de l'histoire biblique, depuis la création d'Adam, sont mis en relation chronologique avec les événements de notre époque, dans la mesure où le calendrier biblique a été fidèlement conservé depuis la première année du règne de Nabuchodonosor.

La quatrième année du règne de Jojakim était aussi la vingt-troisième année des prophéties de Jérémie, qui avaient débuté la treizième année du règne de Josias (Jér. 25.3). C'est cette année-là que Jérémie prononça sa prophétie mémorable concernant les soixante-dix ans de captivité à Babylone. Tous les royaumes du monde devaient servir le roi de Babylone pendant soixante-dix ans (Jér. 25.8-26). Puis Sheshach, c'est-à-dire Babylone elle-même, devait subir un châtiment similaire. Toutes les nations devaient servir le roi de Babylone, son fils et le fils de son fils (Jér. 27.6.7).

La même année, Jérémie reçut l'ordre de consigner par écrit toutes les prophéties qu'il avait prononcées durant les 23 années de son ministère prophétique (Jér. 361.2 ). On recommanda à Baruch, son scribe, de ne pas rechercher la réussite, car le Seigneur allait faire venir le malheur sur toute chair ; toutefois, la vie de Baruch serait épargnée (Jér. 451-5 ).

C’était l’année où le pharaon Nécho, qui était allé jusqu’à Karkemish, sur le fleuve Euphrate, afin d’obtenir sa part du butin provenant de la chute de Ninive et de l’empire assyrien, fut frappé par Nabuchodonosor (Jér. 46 2 ), de sorte qu’il « ne revint plus jamais de son pays : car le roi de Babylone avait pris, du fleuve d’Égypte jusqu’au fleuve Euphrate, tout ce qui appartenait au roi d’Égypte » (2 Rois 24  7 ).

L'année suivante, 603 av. J.-C., était la cinquième année du règne de Jojakim et la deuxième de celui de Nabuchodonosor. Daniel avait passé trois ans en formation (Daniel 1,  5 ), soit depuis l'accession au trône de Nabuchodonosor, où il était co-roi avec son père (605 av. J.-C.), jusqu'à la deuxième année de son règne en tant que roi unique (603 av. J.-C.). Nabuchodonosor était à l'aube d'une brillante carrière, son esprit était empli de pensées impériales, et il fit un rêve où figurait une grande statue d'or, d'argent, de bronze et de fer, que Daniel interpréta comme une révélation des desseins de Dieu concernant les quatre grands empires mondiaux : Babylone, l'empire médo-perse, la Grèce et Rome (Daniel 2, 1-45 ).

Jojakim régna au total onze ans. Nommé roi par le pharaon Nécho (en 608 av. J.-C.), il le servit pendant trois ans, jusqu'à ce que sa capitale soit assiégée et que Jojakim soit enchaîné (en 605 av. J.-C.) par Nabuchodonosor, qui projetait de le déporter à Babylone (2 Chroniques 36, 6 ). Il fut ensuite libéré et autorisé à conserver son trône comme roi vassal de Nabuchodonosor. Il servit Nabuchodonosor pendant trois ans, jusqu'à sa cinquième année de règne (2 Rois 24, 1 ), puis (en 603 av. J.-C.) il se rebella. Nabuchodonosor, trop occupé par d'autres affaires de son royaume pour s'occuper de lui immédiatement, laissa Jojakim être harcelé par des bandes de Chaldéens, de Syriens, de Moabites et d'Ammonites (2 Rois 24 2 ).

La cinquième année du règne de Jojakim, un jeûne fut proclamé à Jérusalem (Jér. 36.9  ). Jojakim était assis dans sa maison d'hiver, un feu brûlant dans l'âtre devant lui. Jehudi lui lut le Rouleau des prophéties de Jérémie, et Jojakim prit le Rouleau, le découpa avec un canif et le jeta au feu (Jér. 36.21-23 ).

Cinq ans plus tard, Nabuchodonosor s'est attaqué à Jérusalem dans la 7e année de son règne (av. J.-C. 598) et a emmené 3 023 Juifs (Jér. 52  28 ).

Ce qui est arrivé à Jojakim, ou comment il a trouvé la mort, n'est raconté que sous forme de prophétie. Il mourut sans que personne ne le pleure, la nième année de son règne, et fut enterré comme un âne, tiré et jeté hors des portes de Jérusalem (Jér. 22.18-19).

Il eut pour successeur son fils Jéhoïachin, qui ne régna que trois mois.

Il existe une double affirmation concernant l'âge de Jojakin au moment de son accession au trône. Les deux affirmations sont tout aussi vraies, mais les deux auteurs qui les rapportent calculent les années à partir d'un point de départ différent. Dans 2 Rois 24,8,  on  lit : « Jojakin avait 18 ans lorsqu'il commença à régner », c'est-à-dire la nième année du règne de son père Joiaqim. Cette même année était aussi la huitième année du règne de Nabuchodonosor, et c'est ce fait que l'auteur de 2 Chroniques 36,9 avait à l'esprit  lorsqu'il dit : « Jojakin était  un fils de  8  ans  lorsqu'il commença à régner ». L'expression « fils de » est employée avec une grande latitude et sert à couvrir presque toute relation génitive ou référence à un point d'origine ou de commencement. Ces mots sont ici utilisés pour exprimer le nombre d'années entre l'accession au trône de Jojakin et la première année de la nouvelle ère du règne de Nabuchodonosor.

L'auteur de la  Companion Bible  pense que Jojakin a effectivement commencé à régner comme co-roi avec son père dix ans auparavant, la première année du règne de Jojakim, ce qui constitue une interprétation alternative possible des mots : « Jojakin avait huit ans lorsqu'il commença à régner. »

Si nous refusons de nous mettre à la place de l'auteur pour comprendre sa pensée, et si nous insistons plutôt pour imposer  notre propre  pensée à ses mots, nous devrons admettre une erreur de copiste négligente, le mot « huit » ayant été écrit par le transcripteur au lieu du mot eight(een) par omission du mot pour io en hébreu, ce qui est aussi une théorie alternative possible sur l'origine du texte, bien que ce ne soit pas une interprétation de celui-ci.

Mais, connaissant la méthode de l'auteur pour établir la chronologie et dater les événements, que l'on retrouve dans 2 Chroniques 16.1 (  la 36e année du  royaume  d'Asa) et 2 Chroniques 22.2  (  Achazia était « un fils de 42 ans » lorsqu'il commença à régner), nous devrions être préparés à la nouvelle méthode de datation qu'il adopte ici.

La même année, la huitième du règne de Nabuchodonosor, celle où Jojakin monta sur le trône, Nabuchodonosor marcha contre Jérusalem et l'assiégea. Il fit arrêter Jojakin, sa mère, ses serviteurs, ses officiers et tous les vaillants hommes du pays, et les emmena à Babylone, ainsi que les trésors du temple de l'Éternel et du palais royal, et dix mille captifs, dont sept mille vaillants guerriers et mille artisans et forgerons ; tous ceux qui étaient forts et aptes à la guerre furent emmenés captifs à Babylone par le roi de Babylone (2 Rois 24,  8-16 ).

Parmi ces captifs se trouvaient Ézéchiel et Mardochée. Dans Ézéchiel 1.1-2, Ézéchiel raconte qu'il était parmi les captifs près du fleuve Kebar, la cinquième année de la captivité de Jojakin, en 593 av. J.-C., soit la quatrième année du règne de Sédécias et la douzième année de celui de Nabuchodonosor. Et dans Ézéchiel 40.1 , il  évoque la grande vision qu'il eut la « vingt-cinquième année de notre captivité », s'incluant ainsi parmi les captifs emmenés avec Jojakin. Toutes ses prophéties sont datées en référence à cet événement (Ézéchiel 1 2, 8 1, 20  1, 24  1, 26  1, 29 1.17 , 30  20 , 31  1, 32  1.17 , 33  21, 40  1 ).

Dans Esther 2 5.6,  on lit : « Or, à Suse, dans le palais, il y avait un Juif nommé Mardochée, fils de Jaïr, fils de Kish, de confession Benjaminite, qui avait été déporté de Jérusalem avec les captifs emmenés avec Jekonia (Jojakin), roi de Juda, que Nabuchodonosor, roi de Babylone, avait emmenés. » Il est donc parfaitement clair que Mardochée est l'homme que l'auteur désigne comme ayant été déporté avec Jekonia la huitième année du règne de Nabuchodonosor. Son nom apparaît comme l'un des chefs de ceux qui sont revenus avec Zorobabel (Esdras 2.2 , Néhémie 7.7  ), mais en raison de la datation erronée des livres d'Esdras, de Néhémie et d'Esther, ce verset a été mal interprété et fait croire que ce n'était pas Mardochée, mais Kish, son grand-père, qui avait été emmené avec Jekonia.

Dans 2 Chroniques 36:10 , il est écrit qu'à la fin de l'année (note marginale de la version autorisée), ou « lorsque l'année fut écoulée », le roi Nabuchodonosor fit venir Jojakin à Babylone et nomma Sédécias roi de Juda et de Jérusalem. Cela signifie probablement que Sédécias ne commença son règne qu'après le Nouvel An suivant l'année du règne de Jojakin. Par conséquent, nous situons la dernière année de Jojakim et les trois mois de Jojakin au 8e jour du règne de Nabuchodonosor, soit l'an 597 av. J.-C., et la première année de Sédécias au 9e jour du règne de Nabuchodonosor, soit l'an 596 av. J.-C.

En l'an 3532 av. J.-C. = 6.0. 593, soit 390 ans après la perturbation en 3143 av. J.-C. = 982 av. J.-C., le 5e jour du 4e mois de la 5e année de la captivité de Jojakin, Ézéchiel commença à prophétiser.

Ce fait est évoqué dans le type ou signe donné au Prophète la première année de sa prophétie et consigné dans Ézéchiel 4 4-6.

« Couche-toi aussi sur ton côté gauche et fais reposer sur lui l’iniquité de la maison d’Israël ; selon le nombre de jours où tu seras couché dessus, tu porteras leur iniquité. »

« Car j’ai fait retomber sur toi les années de leur iniquité, selon le nombre des jours, trois cent quatre-vingt-dix jours : ainsi tu porteras l’iniquité de la maison d’Israël. »

« Et lorsque tu auras accompli ces tâches, couche-toi de nouveau sur ton côté droit, et tu porteras l’iniquité de la maison de Juda pendant quarante jours : je t’ai assigné un jour par an. »

Les 390 années d'iniquité d'Israël correspondent aux années écoulées entre le début du chaos et la date de la prophétie. Les 40 années d'iniquité de Juda correspondent aux 40 années des prophéties de Jérémie, depuis leur commencement la 13e année du règne de Josias (626 av. J.-C.) jusqu'à la 10e année du règne de Sédécias (587 av. J.-C.), année où Sédécias l'emprisonna (Jér. 32,  1-3 ).

La première prophétie d'Ézéchiel est datée du 5e jour du 4e mois de la 30e année d'une ère non précisée, mais cette 30e année correspond à la 5e année de la captivité de Jojakin (Ézéchiel 1, 1-2 ) . En remontant le temps sur ces 30 années, on constate que la première année de cette ère fut 622 av. J.-C., la 17e année du règne de Josias, année de la découverte du Livre de la Loi et du grand renouveau religieux qui culmina avec la grande Pâque de Josias en 621 av. J.-C., sa 18e année. Il est possible que cette année marque la chute de Ninive et la fin de l'empire assyrien, survenues après 626 av. J.-C., mais dont la date exacte demeure incertaine.

Dans Jérémie 281-3,  nous lisons le récit d'un autre événement survenu la quatrième année du règne de Sédécias (593 av. J.-C.). Au cinquième mois de cette année, Hanania, le faux prophète, s'adressa à Jérémie dans la maison de l'Éternel et lui dit : « Dans deux ans, je ramènerai ici tous les ustensiles de la maison de l'Éternel que Nabuchodonosor a emportés. »

L'année suivante, en 592 avant J.-C., le 5e jour du 6e mois de la 6e année de la captivité de Jojakin, Ézéchiel eut sa vision des chambres d'images (Ézéchiel 8, 1 ).

L'année suivante, en 591 avant J.-C., le 10e jour du 5e mois de la 7e année de la captivité de Jojakin, nous lisons le récit de l'expérience remarquable de la cessation de la prophétie, lorsque les anciens viennent interroger Ézéchiel, mais il n'y a pas de réponse de Dieu (Ézéchiel 20, 1 ).

En l'an 589 avant J.-C., nous arrivons à la remarquable prophétie du chaudron bouillant, Ézéchiel 241-29. Elle est datée du 10e jour du 10e mois de la 9e année de la captivité de Jojakin. Or, comme la durée de la captivité de Jojakin est toujours supérieure d'une année à celle du règne de Sédécias, la date de la prophétie correspond au 10e jour du 10e mois de la 8e année de Sédécias. C'est l'époque des 70 années de colère de l'Éternel contre Israël, 70 années distinctes des 70 années de la captivité de Daniel.

La prophétie parvint à Ézéchiel précisément un an avant le jour où Nabuchodonosor assiégea Jérusalem. Il lui fut ordonné d’« écrire le nom du jour, ce même jour où le roi de Babylone se dressa contre Jérusalem ». Ce fut un jour mémorable, le début d’une période prophétique, et Ézéchiel reçut l’ordre de le consigner. Il marqua le début de la fureur et de la vengeance que Jéhovah commençait désormais à déchaîner sur Jérusalem.

La ville était comme une marmite posée sur le feu et portée à ébullition, parabole de la condition des habitants de Jérusalem lors du siège par Nabuchodonosor. L'indignation persista jusqu'à la reprise de la construction du Temple la deuxième année du règne de Darius (589-520 av. J.-C.) (voir tome II, Tables chronologiques, p. 30 et 34, et cf. Zacharie 1, 7-12 ).

D'autres dates ont été proposées pour le début de cette période de 70 ans : l'année suivante, 588 av. J.-C., date du début du siège de Jérusalem, ou l'année 586 av. J.-C., date de la prise de la ville. Cependant, la date exacte se trouve dans Ézéchiel 24,1. Le jour qu'Ézéchiel reçut l'ordre d'écrire était le 10e jour du 10e mois de la 9e année de la captivité de Jojakin, soit 589 av. J.-C., jour anniversaire duquel, exactement un an plus tard, « le roi de Babylone se dressa contre Jérusalem ».

En 588 av. J.-C., Nabuchodonosor marcha contre Jérusalem et l'assiégea (2 Rois 25.1 ; Jérémie 39.1, 52.4), le 10e jour du 10e mois de la 9e année du règne de Sédécias. Le 12e jour du 10e mois de la 10e année de la captivité de Jojakin, également en 588 av. J.-C., Ézéchiel prophétisa que l'Égypte serait dévastée pendant 40 ans (Ézéchiel 29.11.12 ).

L'année suivante, 587 av. J.-C., fut la 10e année de Sédécias, la nième année de la captivité de Jojakin, la 18e année de Nabuchodonosor, la 2e année du siège de Jérusalem et la dernière des 40 années des prophéties de Jérémie avant la chute de Jérusalem (Ézéchiel 4,  4-6 ).

Cette année-là, Jérémie acheta le champ de son oncle Hananeel (alors que Nabuchodonosor assiégeait Jérusalem, Sédécias l'ayant enfermé en prison), comme témoignage de sa foi dans l'avenir du pays, malgré son état désespéré actuel (Jér. 32 1-12 ).

Cette année-là également, Nabuchodonosor prit 832 âmes (Jér. 52 29 ).

Cette année-là, Ézéchiel prophétisa contre Tyr, le premier jour de la 11ième année de la captivité de Jojakin, car elle se réjouissait du malheur de Jérusalem et disait : « Ah ! Jérusalem est brisée ! » (Ézéchiel 26, 1 ). Le septième jour du premier mois de la 11ième année de la captivité de Jojakin, Jérémie prophétisa contre l’Égypte et dit : « J’ai brisé Pharaon et je disperserai l’Égypte » (Ézéchiel 30,  20 ). Le premier jour du troisième mois de la 11ième année de la captivité de Jojakin, il prophétisa de nouveau contre l’Égypte et déclara qu’elle tomberait comme l’Assyrie, le Cèdre du Liban (Ézéchiel 31, 1-3 ).

L'année suivante, 586 av. J.-C., est celle de la chute de Jérusalem. C'était la nième année du règne de Sédécias, la 12e de la captivité de Jojakin et la 19e du règne de Nabuchodonosor.

Nous apprenons de 2 Rois 25  1-4, Jérémie 39 2  et 52  4-7 que le 9e jour du 4e mois de la nième année de Sédécias, la famine sévissait et la ville était dévastée, et de 2 Rois 25 8  et Jérémie 52 12  que le 7e jour du 5e mois de la nième année de Sédécias, « qui était la 19e année de Nabuchodonosor », Nabuchodonosor incendia le Temple et en détruisit les murs.

D'après 2 Rois 25.18-21,  peu  après le septième jour du cinquième mois de la nième année du règne de Sédécias, le grand prêtre Seraya, père de Josadak (1 Chroniques 6.1-15 ) et d'Esdras (Ézéchiel 7.1-5 ), fut amené devant Nabuchodonosor à Ribla, au pays de Hamath, et y fut mis à mort. « Ainsi, Juda fut déporté de son pays » au cinquième mois de la nième année du règne de Sédécias (2 Rois 25.21  ; Jérémie 1.3  ). Six mois plus tard, au septième mois de la nième année du règne de Sédécias, Guedalia, nommé gouverneur de Juda par Nabuchodonosor, fut tué par Ismaël (2 Rois 25.25  ; Jérémie 41.1 ).

Nous sommes maintenant en mesure de donner la chronologie de la période allant de la première année de Roboam à la nième année de Sédécias, à laquelle nous ajoutons une chronologie similaire des rois d'Israël.

 

Rois de Juda.

AN. HOM.    
3143.   Roboam (voir chapitre 30).
17.   Ajoutez 17 ans, règne de Roboam (1 Rois 11 43, 14 21 ).
3160.   Abijam.
3.   Ajouter 3 ans de règne d'Abijam (1 Rois 15  1.  2 ).
3163.   Asa.
41.   Ajoutez 41 ans de règne d'Asa (1 Rois 15  9.10  ).
3204.   Josaphat.
25.   Ajoutez 25 ans de règne de Josaphat (1 Rois 22  41.42 ).
3229.   Joram, seul roi.
3.   Ajouter 3 ans de règne de Joram comme seul roi + 4 ans de co-règne avec Josaphat4-1 an comptabilisé jusqu'à Achazia = 8 ans, (cf. 1 Rois 22  50, 2 Rois 1 17, 3 1, 8 16.17, et voir Vol. II, Tables chronologiques, p. 24, an. hom. 3220-3232.)
3232.   Achazia, seul roi.
1.   Ajouter 1 an de règne d'Achazia (cf. 2 Rois 8 25.26, 9 29  et voir Vol. II, Tables chronologiques, p. 24, an. hom. 3231-3232).
3233.   Athalie.
6.   Ajouter 6 ans de règne d'Athalie, (2 Rois 11 1.3.4.  16 ).
3239.   Joas.
40.   Ajouter 40 ans de règne de Joas (2 Rois 12 1 ).
3279.   Amaziah.
29.   Ajouter 29 ans de règne d'Amaziah (2 Rois 12  21  14 1.2,  17-22 ).
3308.   Interrègne.
11.   Ajoutez 11 ans. interrègne (voir Vol. II, Tableaux chronologiques, p. 26, an. hom. 3308-3318).
3319.   Ouziah.
52.   Ajouter 52 ans de règne d'Ozias ( = Azaria) (2 Rois 14  21, 15  1.2 ).
3371.   Jotham.
16.   Ajouter 16 ans de règne de Jotham (2 Rois 15 32.33 ).
3387.   Ahaz.
16.   Ajouter 16 ans de règne d'Achaz (2 Rois 15  38, 16 1.2 ).
3403.    Ézéchias, seul roi.
27.   Ajoutez 27 ans de règne d'Ézéchias comme seul roi + 2 ans comme co-roi avec Achaz = 29 ans. (2 Rois 16  20, 18 1.2. Voir Vol. II, Tables chronologiques, pp. 27, 28, an. hom. 3400-3429).
3430.   Manassé.
55.   Ajouter 55 ans de règne de Manassé (2 Rois 20 21, 21 1 ).
3485.   Amon.
2.    Ajouter 2 ans de règne d'Amon (2 Rois 21 18.19 ).
3487.   Josias.
30.   Ajouter les 30 premières années du règne de Josias.
3517.   Joachaz (3 mois).
 1.   Ajouter la 31e année de Josias (2 Rois 21  23-26, 22  1 ), qui comprend 3 mois de Joachaz (2 Rois 23  30.31 ).
3518.   Jojakim.
10.   Ajoutez les 10 premières années du règne de Jojakim.
3528.   Jehoiachin (3 mois).
1.   Ajouter la 11e année de Jojakim (2 Rois 23 36 ), qui comprend 3 mois de Jojakin (2 Rois 24  6-8 ).
3529.   Sédécias.
10.   Ajouter les 10 premières années de Sédécias.
3539.   la 11e et dernière année de Sédécias (2 Rois 24 17.18 ), au cours de laquelle Jérusalem fut prise par Nabuchodonosor et la captivité de Sédécias commença (2 Rois 25 1-21 ).

 

Rois d'Israël.

3143.   Jéroboam (voir chapitre 20).
21.   Ajouter 21 ans + 1 calculé à Nadab = 22 (1 Rois 12  20, 14  20 ).
3164.   Nadab.
1.   Ajoutez 1 an. +1 compté pour Baasha = 2 (1 Rois. 15  25 ).
3165.   Baasha.
23.   Ajouter 23 ans + je compte à Elah = 24 (1 Rois. 15  28-33 ).
3188.   Elah.
1.   Ajouter 1 an + 1 calculé à Omri = 2 (1 Rois. 16  8 ).
3189.   Omri, Tibni et Zimri (voir Vol. II, Tableaux chronologiques, p. 23, AN. HOM. 3189-3200).
11.   Ajouter 11 ans + je compte sur Ahab = 12 (1 Rois. 16 22.23 ).
3200.   Achab.
20.   Ajouter 20 ans + 2 Co-Rex avec Achazia = 22 (1 Rois. 16 29 ).
3220.   Achazia.
1.   Ajoutez 1 an. + 1 compté à Joram = 2 (1 R. 22  51 ). (Voir Vol. II, Tableaux chronologiques, p. 24, an. hom. 3220-3221).
3221.   Joram.
12.   Ajouter 12 ans de règne de Joram (2 Rois 1:17, 3: 1 ). (Voir vol. II, Tables chronologiques, p. 24, an. hom. 3221-3232.)
3233.   Jéhu.
28.   Ajouter 28 ans de règne de Jéhu (2 Rois 9:13.24.27.33,  10.36 )
3261.   Joachaz.
17.   Ajoutez 17 ans de règne de Joachaz (2 Rois 10:35, 13: 1 ).
3278.   Joas, seul roi.
15.   Ajouter 15 ans + 1 calculé à partir de Jéroboam 11 = 16 (2 K. 13  9.10 ). (Voir Vol. II, Tables chronologiques, p. 25, an. hom. 3275-3293.)
3293.   Jéroboam II.
41.   Ajoutez 41 ans de règne de Jéroboam II (2 Rois 14 16.23 ).
3334.   Interrègne.
22.   Ajoutez 22 ans. interrègne. (Voir Vol. II, Chronologique [Tableaux, p. 26, an. hom. 3334-3355·)
3356.    Zacharie.
1.   Ajouter 1 an pour Zacharie (6 mois), (2 Rois 14 29, 15 8 ).
3357.   Shallum.
1.   Ajouter 1 an pour Shallum (1 mois), (2 Rois. 15 10.13, et accession de Menahem, 2 Rois. 15 14.17 ).
3358.   Menahem.
10.   Ajoutez 10 ans de règne de Menahem (2 Rois 15 14-17 ).
3368.   Pekahiah.
2.   Ajouter 2 ans de règne de Pékahiah (2 Rois 15  23-24 ).
3370.   Pékah.
20.   Ajouter 20 ans de règne de Pékah (2 Rois 15  25-27 ).
3390.   Interrègne.
8.   Ajoutez 8 ans. Interrègne. (Voir Vol. II, Tableaux chronologiques, p. 27,   AN. HOM. 3390-3397.)
3398.   Osée.
8.   Ajouter les 8 premières années d'Hoshea.
3406.   9e et dernière année d'Osée (2 Rois. 17 1 ). Chute finale de Samarie et déportation de ses habitants par Sargon, 719 av. J.-C., trois ans après sa précédente prise par Sargon, 722 av. J.-C., lorsqu'il prit la ville, mais laissa les habitants et leur imposa un tribut (2 Rois. 17 1-23 ).

 

La nouvelle de la chute de Jérusalem parvint jusqu'en Orient. La ville tomba au cinquième mois de la nième année du règne de Sédécias. Cinq mois plus tard, le cinquième jour du dixième mois de la douzième année de la captivité de Jojakin (soit la même année, 586 av. J.-C.), un rescapé de Jérusalem vint trouver Ézéchiel et lui dit : « La ville est frappée. »

Harold Browne, dans son excellent  ouvrage Ordo Sæclorum : Chronologie des Saintes Écritures (  p. 167), fait coïncider les années du règne de Sédécias avec celles de la captivité de Jojakin. Il pense le prouver à partir de 2 Rois 25.1 et  d'Ézéchiel 24.1 , assimilant le 10e jour du 10e mois de la 9e année du règne de Sédécias au 10e jour du 10e mois de la 9e année de la captivité de Jojakin. Or, il se trompe. Ézéchiel 24.1 est  prophétique. Ézéchiel voit Nabuchodonosor attaquer Jérusalem, non pas dans une vision contemporaine au moment précis où il agit, mais dans une vision prophétique, exactement un an à l'avance, jour pour jour.

Suite  à son erreur, Browne se trompe lorsqu'il aborde Ézéchiel 33:21.  Son calcul  fait que l'homme qui s'échappe de Jérusalem arrive auprès d'Ézéchiel en Chaldée un an et cinq mois après la chute de la ville, au lieu de cinq mois. Or, le voyage ne durait que quatre ou cinq mois (Esdras 7 9 ), et la nouvelle d'un tel événement ne pouvait manquer de parvenir à Ézéchiel et aux Juifs en captivité dans les quatre ou cinq mois qui suivirent. Mais au lieu de reconnaître son erreur, il l'impute au texte hébreu. La lecture hébraïque d'Ézéchiel 33:21 est  « la douzième année ». Browne la modifie en «  la onzième ! »

La même année, en 586 av. J.-C., le 1er jour du 12e mois de la captivité de Jojakin, Ézéchiel date sa lamentation pour Pharaon, dans laquelle il déclare que le Seigneur dévastera l'Égypte (Ézéchiel 32,1 ), et aussi la prophétie suivante, le 15e jour (du même mois) de la 12e année de la captivité de Jojakin, son gémissement pour l'Égypte (Ézéchiel 32,17 ) avec son refrain terrible :

Tous tués, tombés sous l'épée,

Descendus sans circoncision dans la fosse,

Dans les profondeurs les plus infernales de la terre,

Au cœur même de l'enfer.

Quatre ans plus tard, il y eut une autre expédition contre Jérusalem, car cette année-là (582 av. J.-C.), la 23e année de Nabuchodonosor, Nabuchodonosor emmena 745 personnes, ce qui porte le total à 4 600 pour trois expéditions au cours des 7e, 18e et 23e années de Nabuchodonosor, ce qui, cependant, n'inclut pas ceux emmenés avec Jojakin la 8e année de Nabuchodonosor (Jér. 52  28-30 ).

Notre prochaine indication temporelle nous amène à l'an 573 avant J.-C., le 10e jour du début de la 25e année de la captivité de Jojakin, soit la 14e année après la chute de la ville. Ézéchiel eut une vision merveilleuse du pays nouveau, de la ville nouvelle et du temple nouveau ; le récit de cette vision constitue le point culminant de son livre (Ézéchiel 40-48, en particulier 40, verset 1 ).

Deux ans plus tard, en 571 avant J.-C., le 1er jour du 1er mois de la 27e année de la captivité de Jojakin, Ézéchiel prophétisa que Nabuchodonosor recevrait l'Égypte en guise de salaire pour son service contre Tyr (Ézéchiel 29:17  ).

S'ensuit une  période  de neuf ans, jusqu'à la fin du règne de Nabuchodonosor, marquée par les sept années de folie de ce dernier. Après quoi, on lit dans Jérémie 52:31  que  le 25e jour du douzième mois de la trente-septième année de la captivité de Jojakin (561 av. J.-C.), Evil-Merodach, fils et successeur de Nabuchodonosor, fit sortir Jojakin de prison l'année de son accession au trône. Et dans 2 Rois 25:27, il est dit  que  le 27e jour du même mois, il lui témoigna une nouvelle faveur à sa sortie de prison.

La Bible ne contient aucun récit des événements des 19 années suivantes, mais nous apprenons de Daniel 71  que, la première année du règne de Belshazzar (541 av. J.-C.), Daniel eut sa vision des quatre bêtes symbolisant Babylone, l'empire médo-perse, la Grèce et Rome, et éclairant davantage le cours de l'histoire future du monde, comme révélé dans la vision précédente de la grande statue de Nabuchodonosor.

Deux ans plus tard (av. J.-C. 539), la 3e année de Belshazzar, Daniel eut sa vision du bélier et du bouc, préfigurant le conflit à venir entre la Perse et la Grèce (Dan. 8 1 ).

Le chapitre 5 du livre de Daniel décrit la chute de Babylone en 538 av. J.-C. et le passage de l'empire mondial de Babylone à l'empire médo-perse. Les récits de cet événement divergent fortement. L'un d'eux présente Cyrus comme le neveu et le gendre de Darius le Mède, mais il était plus probablement son cousin et son beau-frère, ayant épousé la sœur de Darius le Mède (Astyage). Voir le tome II, Tables chronologiques, p. 54.

« Cette nuit-là », lit-on (Daniel 5.30-31 ), « Belshazzar, roi des Chaldéens, fut tué. Darius le Mède, âgé d'environ 62 ans, reçut le royaume. » Il n'y eut pas de bataille. Belshazzar fut tué dans le palais, Cyrus conquit Babylone et remit le royaume à Darius, qui le reçut de lui en tant que partenaire dans l'empire du monde.

La durée du règne de Darius le Mède n'est pas précisée dans les Écritures, et Darius lui-même n'est mentionné sous ce nom dans aucune littérature profane, hormis chez Flavius ​​Josèphe. Cependant, il ressort clairement de Daniel 6.28 qu'il  eut pour successeur Cyrus, et de 2 Chroniques  3620-23  que la première année du règne de Cyrus correspondait à la soixante-dixième et dernière année de la captivité de soixante-dix ans qui débuta la troisième année du règne de Jojakim, soit en 605 av. J.-C. Par conséquent, quels que soient le nombre et les noms des monarques entre Nabuchodonosor et Cyrus, et quelle que soit la durée du règne de chacun, nous savons que la première année du règne de Cyrus correspond à l'an 536 av. J.-C., et nous pouvons provisoirement accepter les dates généralement admises, issues de l'histoire profane, telles que présentées par E.A.W. Budge dans le guide du British Museum.

561. Mérodach maléfique.

559. Nergal-sharezer (Neriglissar).

556. Labashi-marduk.

555. Nabonide.

538. Conquête de Babylone par Cyrus,

ajoutant à cela le nom de Belshazzar comme co-roi avec son père Nabonide, av. J.-C. 541-539, et le nom de Darius le Mède comme roi av. J.-C. 538 et 537, avec Cyrus comme co-roi pendant ces deux années, et faisant de Cyrus le seul roi à la mort de Darius le Mède, av. J.-C. 536.

La chronologie des 20 premières années des 70 ans de servitude, jusqu'à la nième année du règne de Sédécias, a déjà été présentée dans ce chapitre. Les 50 années restantes sont divisées en deux parties égales de 25 ans chacune. La chronologie de cette période est la suivante : —

Les soixante-dix ans de captivité de Daniel,

ou

Les soixante-dix ans de servitude à Babylone.

 

AN. HOM.    
3539.   11e Sédécias = 19e Nabuchodonosor (2 Rois 25,  8 ) = 12e captivité de Jojakin = 20e des 70 ans de servitude. Voir ci-dessus (chapitre actuel) et vol. II, Tables chronologiques, p. 30, an. hom. 3539.
25.   Ajoutez 25 ans de la 12e à la 37e année de la captivité de Jojakin = 45e année des 70 ans de servitude (2 Rois 25  27 ).

Voir Vol. II, Tableaux chronologiques, pp. 30-32, an. hom. 3539-3564·

3564.   Mérodach maléfique.
25.   Ajoutez 25 ans à partir de la 45e à la 70e des 70 ans de servitude, Dan. 1 1, Jér. 25  1-26.

Voir Vol. II, Tableaux chronologiques, p. 32, an. hom. 3564-3589.

3589.   Cyrus (1ère année de règne absolu).

 

Chapitre XXV.

Le Retour.

(AN. HOM. 3589-3637·)

La période perse.

Nous arrivons maintenant à la période la plus difficile de toute la chronologie biblique, la période d'Esdras, de Néhémie et d'Esther.

Pour cette période, les livres d'Esdras, de Néhémie et d'Esther constituent notre seule source. On trouve des inscriptions cunéiformes de Cyrus, de Darius Hystaspe, et de chacun des monarques perses successifs jusqu'au dernier roi de Perse, tué par Alexandre le Grand. L'inscription de Behistun, également de Darius Hystaspe, recèle des informations précieuses, mais aucune de ces inscriptions ne nous permet d'établir la chronologie de cette période.

Nous ne trouvons aucune aide à ce sujet dans la littérature juive, perse ou grecque. Les traditions juive et perse situent la durée de l'Empire perse à environ 52 ans. Il n'existe aucun document chronologique contemporain permettant de fixer les dates des monarques perses postérieurs à Darius Hystaspe. Les tablettes d'argile de Babylone établissent la chronologie des règnes de Cyrus, Cambyse, Pseudo-Smerdis et Darius Hystaspe, mais elles ne précisent pas les dates des règnes des rois perses suivants.

Les dates qui nous sont parvenues et qui sont aujourd'hui généralement considérées comme historiques sont une compilation tardive, datant du IIe siècle après J.-C., et figurant dans le Canon de Ptolémée. Elles reposent sur les calculs ou conjectures d'Ératosthène et sur certaines traditions vagues et fluctuantes, selon lesquelles la durée de l'Empire perse fut estimée à 205 ans.

Le décompte des années est aujourd'hui perdu, mais si l'on peut supposer l'exactitude de la chronologie grecque à partir de l'époque d'Alexandre le Grand (331 av. J.-C.), cela laisserait une période de 123 ans pour la durée de l'Empire perse selon la prophétie de Daniel.

La chronologie reçue est la suivante : —

Chronologie reçue de l'Empire perse.

Cyrus, co-roi avec Darius le Mède avant J.-C. 538.
Cyrus, en tant que seul roi

"

536.
Cambyse

"

529.

(Pseudo-Smerdis, 7 mois)

"  
Darius Hystaspes " 521.
Xerxès " 485.

(Artaban, 7 mois)

   
Artaxerxès Longimanus " 464.

(Xerxès II, 2 mois)

   

(Sogdianus, 7 mois)

   
Darius II, Nothus " 423.
Artaxerxès II, Mnémon " 404.
Artaxerxès III, Ochus " 358.
Arogus ou Arses " 337.
Darius III, dit Codomannus, régna de 335 à 331, tué " 330.

 

L'opinion généralement admise est que Cambyse et Pseudo-Smerdis ne sont pas mentionnés dans l'Écriture, que Xerxès est l'Assuérus d'Esther et qu'Artaxerxès Longimanus est l'Artaxerxès d'Esdras 7 1  et de Néhémie 2  4, 5 14  et 13  6.

Comme notre seule source pour la datation de cette période est le texte hébreu contemporain contenu dans les Chroniques, Esdras, Néhémie et Esther, nous nous limiterons, dans ce chapitre, à une explication des affirmations faites dans ces livres, à partir de laquelle nous pensons pouvoir prouver de manière concluante que les identifications de la chronologie reçue sont tout à fait impossibles.

Chronologie révisée de l'Empire perse.

Cambyse est l'Assuérus d'Ez. 4 6.

Pseudo-Smerdis est l'Artaxerxès d'Ézéchiel 4 7-23.

Darius Hystaspes est à la fois

L'ensemble de la chronologie de cette période repose entièrement sur l'identification correcte des monarques mentionnés dans les livres d'Esdras, de Néhémie et d'Esther. L'état actuel de cette chronologie est source d'une confusion inextricable. Il est aisé de mettre en évidence ses contradictions, mais il est véritablement nécessaire d'élaborer un système rigoureux qui permette d'établir sa véracité en intégrant et en expliquant tous les faits contenus dans les sources susmentionnées.

Pour atteindre cet objectif, il faut porter une attention étroite et scrupuleuse aux sources elles-mêmes, faire preuve d'une réflexion longue et patiente, et mépriser les nombreuses hypothèses vaines, conjectures hâtives et conclusions fantaisistes qui ont injustement discrédité la véritable science de la chronologie.

Les trois règles que tout chronologue dont les recherches visent à établir la vérité doit observer sont les suivantes : (1) Ne jamais adopter une date qui contredit une autre. (2) Ne jamais formuler d’hypothèse ni envisager de conjecture qui ne puisse être vérifiée ou étayée par des preuves concrètes. (3) Ne jamais identifier plusieurs personnes portant le même nom, et ne jamais omettre d’identifier une même personne portant des noms différents.

Nous nous tournons maintenant vers nos sources, que nous allons examiner et questionner, en considérant chaque affirmation qui y figure dans l'ordre chronologique. Nous commençons par une référence au dernier chapitre du deuxième livre des Chroniques, ce qui nous amène à la fin des soixante-dix années de servitude à Babylone.

Les quatre livres, 1 et 2 Chroniques, Esdras et Néhémie, forment une seule œuvre, sur un seul sujet, par un seul auteur, contenant un récit continu et cohérent, dont le livre d'Esther est une image, une illustration ou un appendice, lié au livre des Chroniques-Esdras-Néhémie exactement de la même manière que le livre de Ruth est lié aux Juges 1-16.

Le livre de Daniel est un récit indépendant d'événements qui recoupent légèrement ceux du dernier chapitre du deuxième livre des Chroniques et du premier chapitre du livre d'Esdras.

Dans 2 Chroniques 36: 20-21, nous lisons que le roi des Chaldéens emmena à Babylone ceux qui avaient échappé à l'épée lors de la destruction de Jérusalem, où ils furent ses serviteurs et ceux de ses fils jusqu'au règne du royaume de Perse, afin d'accomplir la parole du Seigneur prononcée par Jérémie, jusqu'à ce que le pays ait joui de ses sabbats, car tant qu'il fut désolé, il observa le sabbat, pour accomplir soixante-dix ans.

La prophétie dont il est question ici est celle de Jérémie. Les soixante-dix ans mentionnés par le prophète Jérémie correspondent aux soixante-dix ans commençant la troisième année du règne de Jojakim, soit 605 av. J.-C. Cette prophétie de soixante-dix ans de servitude envers le roi de Babylone fut prononcée l'année suivante, la quatrième année du règne de Jojakim, qui était la première année du règne de Nabuchodonosor. Elle fut faite de la manière la plus solennelle et impressionnante, comme décrit dans Jérémie 25, 1-26, et plus particulièrement aux versets 1 et 12. 

Cette période de soixante-dix ans de servitude à Babylone est de nouveau évoquée dans une lettre que Jérémie envoya de Jérusalem au peuple que Nabuchodonosor avait déporté en captivité à Babylone après la captivité de Jojakin. Dans cette lettre (Jér. 29, 1-14 ), Jérémie leur recommande de bâtir, de planter, de prendre des femmes et d'avoir des enfants, et de ne pas se laisser tromper par les faux prophètes qui annonçaient une courte captivité et un retour rapide.

Cette même période est celle des 70 ans mentionnée par le prophète Daniel, dans Daniel 9,2 , lorsqu'au cours de la première année du règne de Darius le Mède, la 68e des 70 ans, il dit :

Ce sont les seules références à cette période de 70 ans dans l'Ancien Testament. Qu'elle commence la troisième année du règne de Jojakim est clairement établi d'après Jérémie 25.1-12  et  Daniel 1.1. Qu'elle se termine la première année du règne de Cyrus est clairement établi d'après 2 Chroniques  36.22.

« Or, la première année du règne de Cyrus, roi de Perse, afin que s'accomplisse la parole de l'Éternel prononcée par la bouche de Jérémie, l'Éternel inspira Cyrus, roi de Perse, qui fit proclamer » que quiconque était disposé à monter à Jérusalem et à bâtir la maison de l'Éternel.

Dans cette proclamation, Cyrus dit (Esdras 1  2 ) : —

Ceci est une référence à la prophétie d'Isaïe 44 28  — 45  13.

L'intégralité de la prophétie n'est pas citée dans Esdras 1 et 2, mais suffisamment de passages sont cités pour nous permettre de l'identifier et d'en déduire que la volonté de Dieu concernant Cyrus faisait référence à la construction de la ville ainsi qu'à celle du Temple.

La prière de Daniel, basée sur la prophétie de Jérémie concernant cette période de 70 ans, fait également référence à « ta ville Jérusalem », ainsi qu'à « ton sanctuaire désolé », et se termine par la supplication « car ta ville et ton peuple sont appelés de ton nom » (Dan. 9 16-19 ).

Nous pouvons donc identifier « le commandement de restaurer et de rebâtir Jérusalem » (Dan. 9  25 ) avec le commandement émis deux ans plus tard par Cyrus, dans lequel il est fait mention de la Maison comme élément central de la ville, mais d'une manière qui implique la restauration de la ville ainsi que la reconstruction des murs.

Il existe une autre période de 70 ans, mentionnée dans l'Ancien Testament, tout à fait distincte des 70 ans de servitude, qui coïncide en partie avec elle et en partie la dépasse.

C’est la période des 70 ans d’indignation (589-520 av. J.-C.) qui commence avec l’époque du chaudron bouillonnant si imagéement décrite par Ézéchiel (Ézéchiel 24, 1-14 ), datant du 10e jour du 10e mois de la 9e année de la captivité de Jojakin, jour où le Seigneur lui dit :

Cette période de 70 ans est mentionnée dans Zacharie 1 7-12, d'où nous apprenons qu'elle prit fin la deuxième année du règne de Darius.

À cette question, la réponse fut (Zacharie 1:16 ) : « Je suis retourné à Jérusalem avec miséricorde, ma maison y sera bâtie. »

Une autre période de 70 ans, les 70 années de jeûne (586-517 av. J.-C.), est mentionnée deux ans plus tard dans Zacharie 7.5 . Les fondations de la maison du Seigneur avaient été posées le 24e jour du neuvième mois de la deuxième année du règne de Darius (Aggée 2.10.15.18.20  ). Environ deux ans plus tard, le 4e jour du neuvième mois de la quatrième année du règne de Darius (Zacharie 7.1 ), Béthel envoya Sharezer et Regem-Melech se renseigner sur la nécessité de continuer à jeûner certains jours, maintenant que les fondations de la Maison étaient posées. Dans sa réponse à ces hommes, Zacharie commence par leur demander (Zacharie 7.5 ) :

Il poursuit en indiquant (Zach. 8.19) que

Ces 70 années ne correspondent pas exactement aux 70 années d'indignation mentionnées dans Zacharie 1.12. Elles débutent avec la chute de Jérusalem, la nième année du règne de Sédécias (586 av. J.-C.), et s'achèvent la cinquième année du règne de Darius. La question fut posée le neuvième mois, soit le dernier mois de la quatrième année de Darius (Zacharie 7.1 ), et la réponse, bien que donnée immédiatement (la quatrième année) concernant deux des jeûnes, fut différée jusqu'à la cinquième année pour les deux autres (Zacharie 7 et 8).

Nous avons donc trois périodes de 70 ans pour nous aider à déterminer la chronologie de cette période : —

La première période des soixante-dix ans de servitude nous permet de combler le fossé entre la première année du règne d'Evil-Merodach et la première année du règne de Cyrus. Nous y trouvons les noms de certains monarques ayant régné durant ces années : Evil-Merodach, Darius le Mède et Belshazzar, mais pas la durée de leur règne, et par conséquent aucune chronologie continue. Cette chronologie est cependant donnée par les tablettes d'argile babyloniennes, dont l'interprétation concorde parfaitement avec celle de l'Ancien Testament.

La seconde période de l'indignation des 70 ans nous permet de combler le fossé entre la 3e année de Cyrus et la 2e année de Darius.

La troisième période des 70 ans de jeûne reproduit et confirme la chronologie de la deuxième période de 70 ans. On y retrouve les noms des monarques ayant régné durant ces années, Cyrus, Assuérus et Artaxerxès, mais sans le nombre d'années de leur règne, et par conséquent sans chronologie continue.

Dans les deux cas, le fossé est franchi et le lien chronologique est maintenu grâce à ces longs nombres.

Cyrus.

Nous reprenons maintenant l'étude chronologique liée des 7 ans de la 1ère année de Cyrus, 536 av. J.-C.

Cette année-là, comme l'indique Esdras 31-3, Cyrus publia sa proclamation. Il était désormais le maître incontesté de « tous les royaumes de la terre ». Cela signifie que la domination conjointe des Mèdes et des Perses, ou la corégence de Cyrus avec Darius le Mède, prenait fin. Ceci concorde avec la date de 536 av. J.-C., qui marque le début du règne exclusif de Cyrus, et celle de 538 av. J.-C., date de sa conquête de Babylone et du début du gouvernement conjoint de Cyrus, chef militaire, et de Darius, chef civil de l'empire médo-perse, de 538 à 536 av. J.-C.

Il ressort clairement d'Ézéchiel 1: 2  que Cyrus connaissait la prophétie d'Ésaïe 44:28 _ 45:13, qui a peut-être été révélée par Daniel, puisque Daniel occupait une position d'autorité élevée à Suse, dans la province d'Élam, la troisième année du règne de Belshazzar, en 539 av. J.-C. (Daniel 8: 1 ), où il s'occupait des affaires du roi (Daniel 8:27 ).

Après la mort de Belshazzar et l'accession au trône de Darius le Mède en 538 av. J.-C., Daniel fut nommé à la tête des trois présidents, eux-mêmes placés à l'autorité des 120 princes du royaume (Daniel 5.30-6.2 ). Il continua de prospérer sous le règne de Darius (538-536 av. J.-C.) et sous  celui de Cyrus (536 av. J.-C.) (Daniel 1.21  et  6.28  ). Il vécut jusqu'à la troisième année du règne de Cyrus, en 534 av. J.-C. (Daniel 10.1 ), année où il eut la vision de l'homme vêtu de blanc et la révélation de l'Écriture de vérité (Daniel 10.21-12.13 ).

D'autres détails concernant la proclamation ou le décret de Cyrus sont donnés dans Esdras 5.13-15  et  Esdras 6.3-5. De ces passages, nous apprenons que lorsqu'il remit les vases sacrés à Sheshbazzar, il le nomma Pékah, ou gouverneur de Juda, et que les fondations du Temple devaient être solidement établies : « sa hauteur sera de soixante coudées et sa largeur de soixante coudées ; avec trois rangées de grosses pierres et une rangée de bois neuf », aux frais du roi.

D'après Ézéchiel 5.16 ,  nous apprenons que ce même Sheshbazzar a effectivement posé les fondations de la Maison, et puisque les fondations de la Maison ont été posées par les mains de Zorobabel (Zacharie 4.9  ), cela identifie Sheshbazzar à Zorobabel, tandis que la date de la pose des fondations — le 24e jour du 9e mois de la 2e année de Darius — est donnée dans Aggée  210.15.18.20.

Ainsi, les bâtisseurs furent entravés et leurs plans contrecarrés par l'opposition des Samaritains pendant une période de 15 ans, de la deuxième année de Cyrus à la deuxième année de Darius.

Dans Esdras  2.1-70,  on trouve la liste des familles des 42 360 captifs revenus avec Zorobabel. Cette liste passa ensuite entre les mains de Néhémie ; de nombreux détails y avaient été révisés, corrigés ou mis à jour, tandis que le nombre total, 42 360, demeurait inchangé. La liste révisée se trouve dans Néhémie 75-73.

Parmi les chefs du peuple qui revinrent avec Zorobabel et Josué la première année de Cyrus, nous trouvons (Esdras 2 2 ) les noms de Néhémie, Seraya (également appelé Azaria, Néh. 7 7, et peut-être identique à Esdras) et Mardochée.

Il n'y a aucune raison pour que ces trois ne soient pas identifiés avec le bien connu Néhémie le Tirshatha (Néh. 8 9 ), Ezra le prêtre scribe (Néh.  8 9 ) et Mardochée du Livre d'Esther. 

Ces trois hommes occupent le premier rang. Ils figurent en tête de la liste des exilés revenus avec Zorobabel et Josué, et l'importance qui leur est accordée dans le récit d'Esdras, de Néhémie et d'Esther est tout à fait conforme à la place qui leur est attribuée ici.

C’est uniquement l’identification erronée de l’Artaxerxès de Néhémie avec Artaxerxès Longimanus (av. J.-C. 464-424) au lieu de Darius Hystaspes (av. J.-C. 521-485), et par conséquent la date erronée attribuée à Néhémie, qui a conduit à distinguer le Néhémie de la première année de Cyrus (Esdras 2.2, 7.7 ) de Néhémie l’échanson et de Tirshatha de Néhémie 1.11  et 8.9.

Et c'est uniquement l'identification erronée de l'Assuérus d'Esther avec Xerxès (485-465 av. J.-C.) au lieu de Darius Hystaspe (521-485 av. J.-C.) qui a conduit à distinguer le Mardochée de la première année de Cyrus (Esdras 2.2  et  Néhémie 7.7 ) du Mardochée du livre d'Esther, et à déformer le passage d'Esther 2.5.6  pour  lui faire croire que  Kish  fut emmené avec Jekonia, au lieu de ce qu'il dit réellement, à savoir que  Mardochée  fut emmené avec Jekonia (597 av. J.-C.).

D'après Esdras 3 1-6,  le premier jour du septième mois de la première année du règne de Cyrus, le peuple se rassembla comme un seul homme à Jérusalem. Zorobabel et Josué construisirent un autel et offrirent des holocaustes,  mais les fondations du Temple n'étaient pas encore posées.

Ezra 3  7  poursuit en nous expliquant comment les matériaux étaient préparés pour la construction du Temple, conformément à la donation de Cyrus.

D'après Esdras 3  8.9, nous apprenons que la deuxième année de leur arrivée à la maison de Dieu à Jérusalem, qui était la deuxième année de Cyrus, Zorobabel et Josué commencèrent à mettre en œuvre le travail de la maison du Seigneur.

Suit un paragraphe, Esdras 3.10-13 , qui mérite une attention particulière, car il est proleptique ou anticipatif. Le mot « quand » au début du verset 10 doit être souligné à deux reprises, et il convient de noter qu’il s’agit de « quand » et non de « alors ». Il nous indique que  lorsque  les bâtisseurs posèrent les fondations du Temple, c’est-à-dire non pas la deuxième année du règne de Cyrus (535 av. J.-C.), mais quinze ans plus tard, la deuxième année du règne de Darius (520 av. J.-C.) (voir Aggée 210.15.18.20 : « certains pleurèrent à haute voix, et beaucoup poussèrent des cris de joie »).

Vient ensuite l'explication et la raison de ce retard de 15 ans, une explication qui occupe tout le chapitre 4.

Les Samaritains les troublèrent et engagèrent des conseillers pour les contrarier pendant tout le règne de Cyrus, et jusqu'au règne de Darius, roi de Perse (Darius Hystaspes).

Le récit se poursuit en détaillant cette opposition et en précisant les noms des rois qui, entre Cyrus et Darius, ont régné durant cette période, l'ont maintenue. Mais avant de quitter le règne de Cyrus, un autre événement s'est produit et doit être inséré ici dans l'ordre chronologique.

La troisième année du règne de Cyrus (Dan. 10 1 ), Daniel, après trois semaines de deuil (Dan. 10 2 ), peut-être à cause de l'opposition des Samaritains à la construction du Temple pour lequel il avait tant prié (Dan. 9 17 ), eut une vision d'un homme vêtu de blanc dont il reçut la révélation contenue dans « l'Écriture de vérité » (Dan. 10 5-21 ). « Voici, trois rois se lèveront encore en Perse » après le roi actuel, (1) Cyrus, à savoir (2) Assuérus (Cambyse), (3) Darius Hystaspe et (4) Xerxès ; et le quatrième (Xerxès) « sera beaucoup plus riche que tous les autres ; et par sa force, par ses richesses, il soulèvera tout le monde contre le royaume de Grèce » (Dan. 11 2 ), une prédiction qui fait référence à la puissante armée de 1 800 000 hommes avec laquelle, comme nous le dit Hérodote, Xerxès traversa l'Hellespont, et qu'il mena à une défaite désastreuse, aux Thermopyles et à Salamine, en l'an 480 avant J.-C.

De cette vision de Daniel dans la 3e année de Cyrus, nous revenons à l'histoire de l'opposition des Samaritains à la construction du Temple, détaillée dans Esdras 4 6-24.

Assuérus = Cambyse.

D'après Esdras 4 6,  nous apprenons que sous le règne d'Assuérus (Cambyse, 529-522 av. J.-C., fils et successeur de Cyrus), les Samaritains ont écrit une accusation contre les habitants de Juda et de Jérusalem.

Artaxerxès = Pseudo-Smerdis.

D'après Ezra 4 7-24,  nous apprenons qu'au temps d'Artaxerxès (Pseudo-Smerdis), Bishlam, Mithredath et Tabeel écrivirent à Artaxerxès, roi de Perse (Pseudo-Smerdis), et aussi que Rehum et Shimshei écrivirent contre Jérusalem au roi Artaxerxès (Pseudo-Smerdis).

Ce Pseudo-Smerdis était l'usurpateur qui s'empara du trône de Cambyse pendant son absence d'Égypte, en 522 av. J.-C. Il était aidé de son frère Patizithes. Les deux frères étaient appelés les Mages. Ils occupèrent le trône pendant sept mois, après quoi ils furent tués par Darius Hystaspe.

Dans cette lettre, ils font référence aux « rois » (Esdras 4.13)et non au « roi », ce qui concorde parfaitement avec le fait que le faux Smerdis fut en réalité placé sur le trône par son frère Patizithes, l'un des chefs des Mages, dont l'autorité était tout à fait égale à celle du Pseudo-Smerdis. De là, les deux sont associés, et ce règne ou cette usurpation est souvent désigné comme celui des deux Mages, tous deux étant considérés comme partageant en quelque sorte le même trône.

Le mot « rois » apparaît à nouveau au pluriel dans la réponse du roi : « Faites cesser ces hommes. Pourquoi le dommage devrait-il s’accroître au détriment des  rois ? »  (Esdras 4  22 ).

À la réception de la lettre du roi Artaxerxès (Pseudo-Smerdis), Rehum, Shimshei et leurs compagnons se rendirent en hâte à Jérusalem et mirent fin à leurs agissements par la force (Esdras 4 23 ). Ces agissements cessèrent ainsi jusqu'à la deuxième année du règne de Darius, roi de Perse (Esdras 4 24 ).

Ce dernier verset est indissociable des versets précédents concernant Artaxerxès. Il prouve donc que cet Artaxerxès était roi de Perse  avant  Darius Hystaspe.

Le passage d'Esdras 4 6-23  ne peut donc pas être une illustration épisodique faisant référence à une opposition ultérieure à l'époque de Xerxès et d'Artaxerxès Longimanus, bien que de nombreux érudits modernes défendent cette interprétation.

Rien n'est plus clair que le fait que l'auteur du passage présente Assuérus et Artaxerxès comme des rois de Perse ayant régné entre l'époque de Cyrus et celle de Darius Hystaspe, et puisque seuls Cambyse et le faux Smerdis  ont  régné entre Cyrus et Darius Hystaspe, il s'ensuit que seuls Cambyse et le faux Smerdis sont visés.

Darius, Artaxerxès ou Assuérus = Darius Hystaspes.

Nous voici maintenant dans la deuxième année du règne de Darius Hystaspes, vers 520 avant J.-C.

Les années de Darius ne sont pas comptées selon la méthode juive et assyrienne, à partir du 1er Nisan, ni selon la méthode égyptienne du Canon de Ptolémée, à partir du jour variable du Nouvel An de l'année égyptienne vague, mais selon la méthode aryenne ou anglaise, à partir du jour de son accession au pouvoir, qui se situait aux alentours du 25e jour du 9e mois de l'année 521 avant J.-C.

Ainsi, les 10e, 11e et 12e mois de la deuxième année de Darius précèdent les autres mois de l'année, et le véritable début des prophéties de Zacharie se trouve en Zacharie 1 7, comme le constatera quiconque lit ce verset. En réalité, Zacharie 1: 1-6  est postérieur et a été placé avant Zacharie 1 7  par erreur, car on supposait à tort que le 8e mois de l'année précédait le 11ième mois. Une comparaison de toutes les dates du règne de Darius le démontre. On le constate également en comparant Néhémie 1 1  avec Néhémie 2 1, où le 9e mois (Khisleu) précède le 1er mois (Nisan) de la même 20e année du règne de ce même Darius Hystaspe, appelé Artaxerxès.

Suivant ainsi l’ordre chronologique des événements, nous arrivons à la prophétie de Zacharie 1 7-12, d’où nous apprenons que le 24e jour du 11ième mois de la deuxième année de Darius, l’ange interroge Jéhovah : « Jusqu’à quand n’auras-tu pas pitié de Jérusalem… contre laquelle tu as éprouvé de l’indignation pendant soixante-dix ans ? », ce à quoi Jéhovah répond : « Je suis revenu à Jérusalem avec miséricorde, ma maison y sera rebâtie » (Zacharie 1:16 ).

D'après Aggée 1 1.14  et 2 21, nous apprenons que Zorobabel était encore Pékah, ou gouverneur de Juda, cette année-là ; d'après Esdras 5 1  et Aggée 1 1-4 , le 1er jour du 6e mois de la 2e année du règne de Darius, Aggée prophétisa et reprocha au peuple d'habiter des maisons couvertes tandis que le temple de Dieu était en ruines ; et d'après Esdras 5  2  et Aggée 1 15, le 24e jour du 6e mois de la 2e année du règne de Darius, Zorobabel et Josué se mirent au travail dans le temple de Dieu. Mais ce dernier paraissait insignifiant, comparé à l'ancien Temple construit par Salomon. « Qui a vu ce temple dans sa splendeur originelle ? » s'exclame le prophète Aggée, le 21e jour du 7e mois de la 2e année du règne de Darius. Il déclare alors que la gloire de cette dernière maison sera plus grande que celle de la première (Aggée 2 1-9 ).

Vient ensuite, dans l'ordre chronologique, la prophétie de Zacharie 1, 1-6, une prophétie du 8e mois de la 2e année de Darius, dans laquelle Zacharie supplie le peuple de ne pas être comme leurs pères, qui n'ont pas écouté les prophètes précédents, mais de se tourner vers le Seigneur des armées, qui se tournerait alors vers eux.

C’est à ce moment précis que furent posées les fondations du Temple, le 24e jour du neuvième mois de la deuxième année du règne de Darius (Aggée 210.15.20.18 ). Lorsque les fondations de la maison furent posées, les anciens qui avaient vu le premier temple pleurèrent ou chantèrent de joie, comme on le lit dans Esdras 3.10-13. Cela se produisit cependant non pas la deuxième année du règne de Cyrus, mais bien la deuxième année du règne de Darius.

Dans Zacharie  46-10,  nous lisons comment Zacharie encouragea le peuple à persévérer dans l'œuvre malgré les difficultés considérables rencontrées. « Ce n'est ni par la force ni par la puissance, mais par mon Esprit, dit l'Éternel. Qui es-tu, grande montagne ? Devant Zorobabel, tu deviendras une plaine ; il en posera la pierre angulaire au milieu des acclamations : Grâce, grâce à elle !… Les mains de Zorobabel ont posé les fondements de cette maison, ses mains l'achèveront aussi. »

Vient ensuite la visite de Tatnaï, le Pékah du pays à l'ouest de l'Euphrate, et de Shetharboznaï, et leur question : « Qui vous a ordonné de construire cette maison et de faire ce mur ? » d'où nous voyons qu'ils construisaient à la fois la maison et le mur en même temps (Esdras 5  3 ).

« Mais l’œil de Dieu était sur les anciens, et ils ne purent les faire cesser avant que l’affaire ne soit parvenue à Darius » (Esdras 5.5  ). On retrouve la même expression dans Zacharie  3.9  et 4.10 : « Sur une seule pierre il y aura sept yeux… ce sont les yeux de l’Éternel qui parcourent toute la terre. »

On trouve une copie de la lettre de Tatnaï et Shetharboznaï à Darius dans Esdras 5  6-17.  Sa réponse suit dans Esdras 6 1-12 : « Laissez de côté les travaux de cette maison, et laissez la Pékah des Juifs la construire. »

Voilà tout ce qui concerne la deuxième année du règne de Darius. La prochaine indication temporelle se trouve dans le Livre d'Esther : « La troisième année du règne d'Assuérus. » Que l'Assuérus d'Esther soit Darius Hystaspes et nul autre — bien que, comme le dit Kitto, « presque tous les rois médo-perses, de Cyaxare Ier (611-571 av. J.-C.) à Artaxerxès III Ochus (358-338 av. J.-C.), aient été tour à tour présentés comme l'Assuérus d'Esther » — est parfaitement clair, et cela n'aurait jamais été mis en doute sans les erreurs de datation des événements de la période perse et l'idée fausse selon laquelle un même monarque perse ne pouvait être désigné par deux ou trois noms différents.

« C’est cet Assuérus qui régna de l’Inde jusqu’en Éthiopie sur cent vingt-sept provinces » (Esther 1, 1 ). Darius Hystaspe envahit et conquit l’Inde vers 506 av. J.-C. (Hérodote, Livres 3 et 4). Darius hérita des conquêtes de son prédécesseur Cambyse en Égypte et en Éthiopie ; toute l’Égypte se soumit à Cambyse la cinquième année de son règne, en 525 av. J.-C., et il soumit les Éthiopiens (Hérodote, Livre 3).

« Et le roi Assuérus imposa un tribut aux terres et aux îles de la mer » (Est. 10 1 ). La flotte de Darius s'empara de Samos, de Chios et de Lesbos, ainsi que du reste des îles, en l'an 496 av. J.-C. (Hérodote, Livre 6). Hérodote dresse la liste des nations qui payèrent tribut à Darius Hystaspe dans son Histoire, Livre 3, Chapitres 89 à 97. Parmi elles figurent l'Égypte et l'Inde, l'île de Chypre et les îles de la mer Érythrée. Après avoir fait le total, Hérodote déclare : « Plus tard, durant son règne, la somme fut augmentée du tribut des îles et des nations d'Europe jusqu'en Thessalie » (Hérodote, Livre 3, Chapitre 96). Parmi les peuples qui ne payèrent pas de tribut fixe, mais apportèrent des présents à Darius Hystaspe, il mentionne « les Éthiopiens limitrophes de l’Égypte, qui furent réduits en esclavage par Cambyse » (Hérodote, Livre 3, Chap. 97).

Suse, ou Shushan, fut construite par Darius Hystaspe (Pline l'Ancien, VI, 27), ou plutôt ornée de magnifiques palais par lui (Élien, De Animal, XIII, 59). C'est là qu'il résidait et conservait tous ses trésors (Hérodote, V, 49).

Thucydide (Livre 1) et Platon (Ménexène) nous disent que Darius Hystaspe soumit toutes les îles de la mer Égée, et Diodore de Sicile (Livre 12) nous dit qu'elles furent toutes perdues à nouveau par son fils Xerxès  avant la 12e année de son règne,  mais c'est après la 12e année du règne d'Assuérus qu'il imposa son tribut aux îles, et les successeurs de Xerxès n'en contrôlèrent aucune à l'exception de Clazomène et de Chypre (Xénophon, Helléniques, Livre 5).

Il ressort de tout cela que l'Assuérus d'Esther ne peut être Xerxès, mais bien Darius Hystaspe, car ses prédécesseurs Cyrus et Cambyse n'ont jamais exigé  de tribut , se contentant de recevoir  des présents.  Polyène (Stratagem, Livre 7) affirme que Darius fut le premier à imposer un tribut au peuple. C'est pourquoi Hérodote rapporte (Livre 3, Chapitre 89) que les Perses appelaient Cyrus « père » et Cambyse « maître », mais Darius  « kapelon » (grec),  un « marchand », car Darius cherchait toujours à s'enrichir.

De toute évidence, Haman connaissait la faiblesse de son maître lorsqu'il lui offrit 10 000 talents d'argent en échange du pogrom, ou massacre des Juifs (Esther 3,9 ). Esther évoque la même source lorsqu'elle fait allusion aux pertes que subiraient les revenus du roi si le pogrom était mis à exécution (Esther 7,4 ). Et dans Esther 10,1,  il est fait mention explicitement du fait qu'« il imposa un tribut au pays et aux îles de la mer ».

Dans les livres apocryphes, Assuérus d'Esther et Artaxerxès d'Esdras 7.1 sont tous deux identifiés à Darius Hystaspe. Dans 1 Esdras 3.1.2 , on  lit : « Quand Darius régnait, il donna un grand festin à tous ses sujets, à toute sa maisonnée, à tous les princes de Médie et de Perse, à tous les gouverneurs, capitaines et lieutenants qui étaient sous ses ordres, depuis l'Inde jusqu'en Éthiopie, dans les 127 provinces. » Ce passage est une transcription littérale d'Esther 1.1-3, le nom d'Assuérus étant remplacé par celui de Darius, qui est ensuite identifié à Darius Hystaspe, dont le règne marqua l'achèvement du Temple la sixième année (1 Esdras 6.5 ; Ezéra 6.15 ).

Dans la suite du livre d'Esther, et dans toute la Septante, Assuérus est systématiquement appelé Artaxerxès. C'est à Artaxerxès que Bigthan et Teresh cherchèrent à s'emparer (Suite d'Esther 12 1, 2 ). C'est le grand roi Artaxerxès qui écrivit « aux princes et gouverneurs qui étaient sous son autorité, de l'Inde à l'Éthiopie, dans 127 provinces » (Suite d'Esther 13 1 ).

L'archevêque Ussher était un érudit extrêmement cultivé, et il identifie Darius Hystaspes à Artaxerxès et à Assuérus, ce qui est en parfait accord avec tout ce qui est contenu dans l'Ancien Testament et avec tous les témoignages anciens dignes de confiance.

Mais depuis que Scaliger, le premier chronologue moderne, a introduit cette idée saugrenue selon laquelle Assuérus serait Xerxès, la plupart des érudits modernes ont adopté son erreur, qui ne repose sur rien de plus substantiel que la conjecture philologique et une supposée congruence de caractère.

Ayant ainsi dégagé le terrain en éliminant ces présuppositions erronées qui rendent impossible la compréhension des livres d'Esdras, de Néhémie et d'Esther – car ceux-ci ne peuvent être compris que lorsque l'on réalise que Darius Hystaspes, l'Artaxerxès d'Esdras et de Néhémie, et l'Assuérus d'Esther sont une seule et même personne –, nous poursuivons avec la chronologie, que nous avons déjà ramenée à la troisième année de Darius Hystaspes, l'Assuérus du livre d'Esther.

Dans Esther 1 5,  nous lisons qu'Assuérus, c'est-à-dire Darius Hystaspes, donna un festin à tous ses princes, la puissance de la Perse et de la Médie, qui dura six mois, comme la visite des célébrités coloniales qui assistèrent au jubilé de diamant de la reine Victoria.

Nous constatons que « Perse et Médie » sont désormais associés, l'Empire perse étant établi. Auparavant, à l'époque de Daniel, on parlait des « Mèdes et des Perses ». La fête des six mois était suivie d'une fête de sept jours pour les habitants de Suse ; le dernier jour de cette fête, Vashti refusa de se présenter devant le roi et fut répudiée.

Nous avons ensuite deux annonces d'événements qui se sont déroulés durant la 4e année du règne de Darius Hystaspes.

Dans Zacharie 7 1,  nous lisons que le 4e jour du 9e mois de la 4e année de Darius, Zacharie répondit à la délégation de Béthel, Sharezer et Regem-melech, qui souhaitaient savoir s'ils devaient continuer à jeûner au 5e et au 7e mois comme ils l'avaient fait pendant une période de 70 ans à partir de la chute de Jérusalem, en 586 av. J.-C., l'année suivante, en 517 av. J.-C.

On ne sait pas clairement si la délégation venait de Béthel (traduit dans la version autorisée par « maison de Dieu ») à la frontière de la Judée, ou d'un lieu ou d'une personne nommée Béthel vivant à Babylone.

La réponse de Zacharie était un défi. Étaient-ils sincères lorsqu'ils jeûnaient pendant ces 70 années ? (Zach. 7 5 ), et plus tard (Zach. 8 19 ), il déclara que tous leurs derniers jours devaient être remplis de joie, d'allégresse et de fêtes joyeuses.

On pense que Darius  a fait réaliser l'inscription de Behistun vers la cinquième année de son règne, bien qu'une partie ait peut-être été ajoutée un peu plus tard. Dans cette remarquable inscription rupestre, il relate qu'au cours des cinq ou six premières années de son règne, il a reconquis toutes les provinces révoltées de l'Empire perse (Élam, Susiane, Sagartie, Médie, Babylonie, Parthie, Arménie, etc.) et renversé les neuf prétendants à son trône, parmi lesquels : (1) Gomates, le Pseudo-Smerdis, le mage qui se prétendait frère de Cambyse et qui occupa le trône pendant sept mois ; (2) un certain Nidinta-Bel, qui se faisait appeler Nabuchodonosor II, fils de Nabonide, et prétendait être roi de Babylone ; (3) Phraortès, qui disait être le fils de Cyaxare et prétendait être roi de Médie. (4) un deuxième prétendant qui prétendait être Bardis ou Smerdis, le frère de Cambyse, et plusieurs autres.

Il devint ainsi « Arta-Xerxès » (Grand Shah) (Esdras 6 14, 7 1, etc.), « Roi d'Assyrie » (Esdras 6 22 ), « Roi des rois » (Esdras 7 12 ), Roi de Babylone (Néhémie 13  6 ) et maître de l'ensemble de l'Empire mondial de Perse.

Ceci explique le changement de nom de Darius à Artaxerxès, que nous notons lorsque nous passons des événements de sa 4e année à ceux de sa 7e année dans Esdras 6 12  et 7 1.

Le changement de nom qui nous paraît si déroutant était parfaitement compris à l'époque où le Livre d'Esdras a été écrit, et constitue donc une preuve de la contemporanéité du récit.

Afin d'éviter toute confusion, l'auteur précise clairement que ce Darius est le roi également appelé Artaxerxès. Dans Esdras 6.14, il  est dit : « Ils le construisirent et l'achevèrent selon l'ordre de Cyrus et de Darius  (  Artaxerxès), roi de Perse. » Deux personnes, et deux seulement, sont nommées ici ; deux décrets, et deux seulement, sont mentionnés, et le  vav hébreu  doit être traduit par « Darius,   Artaxerxès », et non par « Darius  et Artaxerxès », comme s'il s'agissait d'une référence à un troisième décret émanant d'une tierce personne, ce qui n'était absolument pas l'  intention de l'auteur.

Le nom Artaxerxès est une appellation, à l'instar de Pharaon. Le nom Xerxès est encore utilisé aujourd'hui. Il s'agit de l'ancienne forme du terme moderne « Shah ». « Arta » signifie grand ou noble, et « Arta-Xerxès » est l'équivalent exact de Darius le Grand ou Xerxès le Grand. De même, le fils et successeur de Darius Hystaspe, Xerxès, dans son inscription à Persépolis, se désigne tantôt comme « Xerxès le Grand Roi », tantôt comme « Darius le Roi ».

Abraham Zacutus (XVe siècle après J.-C.), astronome d'Emmanuel, roi du Portugal, David Ganz de Prague (décédé en 1613) et le  Sedar Olam Zeuta  ou la Petite Chronique des Juifs (Anonyme, 1123 après J.-C.), nous disent tous qu'« Artaxerxès était le nom commun des rois des Perses, comme celui de Pharaon l'était chez les Égyptiens ».

Il s'agit du même roi perse tout au long de son règne. Dans Esdras 4.24, il  est question de sa deuxième année, dans Esdras 6.15 de  sa sixième année, dans Esdras 7.1  de sa septième année, dans Néhémie 1.1 et  2.1 de  sa vingtième année, et dans Néhémie  5.14  et 13.6  de  sa trente-deuxième année. Quant au livre d'Esther, qui complète le récit d'Esdras et de Néhémie, il est fait mention de sa troisième, sixième, septième et douzième année. Aggée prophétisa durant sa deuxième année, et Zacharie durant sa deuxième et sa quatrième année.

Nous arrivons maintenant aux événements de la 6e année de Darius Hystaspes, l'année où le Temple fut achevé, le 3e jour du 12e mois, comme nous l'apprenons d'Esdras 6 15.

La même année, Esther fut amenée à Suse et placée sous la garde d'Hégaï (Esther 2 8.12 ), et environ un an plus tard, elle fut conduite dans les appartements royaux. Un grand festin, le festin d'Esther, fut donné en l'honneur de son mariage, au dixième mois de la septième année du règne d'Assuérus, en 515 av. J.-C. (Esther 2 16-18 ).

Passons maintenant à Esdras 7  8.9  et constatons que le premier jour du premier mois de cette même 7e année de Darius, alors que le Temple est en construction, Esdras quitte Babylone pour assister à la cérémonie d'ouverture, ou de dédicace, du nouveau bâtiment, emportant avec lui les vases sacrés et un second groupe de 1 754 exilés.

Esdras rassembla ses hommes et jeûna au bord du fleuve qui se jette dans l’Ahava, s’y arrêtant du 9 au 10e jour du premier mois de la 7e année du règne d’Artaxerxès (Ézéchiel 8, 15, 21 ). Le lendemain, le 12e jour du premier mois de la 7e année du règne d’Artaxerxès, Esdras quitta le fleuve Ahava et entreprit son voyage de quatre mois vers Jérusalem (Ézéchiel 8, 31 ).

Pendant ce temps, les enfants de la captivité célébrèrent la Pâque et la fête des pains sans levain à Jérusalem, du 14 au 21 du 1er mois de la 7e année d'Artaxerxès (Ez. 6 19-21 ).

Environ quatre mois plus tard, le 1er jour du 5e mois de la 7e année d'Artaxerxès, Ezra arriva à Jérusalem (Ez. 7  8, 8 32 ).

Trois jours plus tard, le 4e jour du 5e mois de la 7e année d'Artaxerxès, les vases sacrés furent pesés et placés dans la maison de Dieu nouvellement construite (Ez. 8 33 ).

Esdras était attristé par le nombre de mariages païens contractés, mais il remercia Dieu pour la construction du Temple, la réparation des désolations et la reconstruction des murailles en Juda et à Jérusalem. Cela montre qu'à cette époque, non seulement le Temple, mais aussi les murailles avaient été reconstruits (Esdras 9.9 ).

Le vingtième jour du neuvième mois de la septième année du règne d'Artaxerxès, tout Juda et Jérusalem furent rassemblés à Jérusalem (Esdras 10,  9 ). Esdras les exhorta à confesser leur péché et à se séparer de leurs femmes païennes.

Une assise fut tenue le premier jour du dixième mois (Ézéchiel 10:16 ), l'affaire fut examinée, et l'assise se termina le premier jour du premier mois (Ézéchiel 10:17 ). L'année n'est mentionnée dans aucun des deux cas, mais si l'on considère que les années du roi commencent à être comptées à partir du jour de son accession au trône, soit vers le 25e jour du neuvième mois, ces deux dernières dates d'assise se situeraient respectivement au dixième et au premier mois de la huitième année du règne d'Artaxerxès.

Le premier mois de la douzième année du règne d'Assuérus, Haman tira au sort le jour propice au massacre des Juifs (Esther 3.7 ). Le treizième jour du premier mois, les poteaux furent envoyés en toute hâte sur ordre du roi, portant le décret du massacre d'Haman (Esther 3.12  ). Le quinzième jour du premier mois, Esther toucha le sceptre d'or (Esther 5.1.2 ). Durant la nuit, le roi ne put trouver le sommeil (Esther 6.1-14 ). Le lendemain, seizième jour du premier mois, Esther donna son banquet. Haman fut accusé et pendu, et Mardochée fut nommé Premier ministre (Esther 5.8 , 7.2-10).

Environ deux mois plus tard, le 23e jour du 3e mois, les scribes furent appelés et des lettres furent envoyées par cheval, mule, chameau et dromadaire, pour rattraper les postes envoyés par Haman et pour donner aux Juifs la liberté de se défendre s'ils étaient attaqués (Est. 8  9-14 ).

S'ensuit un intervalle d'environ 9 mois, durant lequel les postes progressent jusqu'à atteindre les limites les plus reculées de l'empire mondial d'Assuérus.

Le treizième jour du douzième mois, jour de Pogrom, les Juifs se défendirent et tuèrent 500 de leurs adversaires qui les avaient attaqués à Suse, et 75 000 dans les provinces (Est. 9 1-12 ). Le lendemain, quatorzième jour du douzième mois, les Juifs tuèrent 300 autres personnes à Suse, tandis que ceux des provinces se reposaient et observaient ce jour, le quatorzième jour d’Adar, comme leur jour de fête de Pourim (Est. 9 13-27 ). Le surlendemain, quinzième jour du douzième mois, les Juifs de Suse se reposèrent et observaient ce jour, le quinzième jour d’Adar, comme leur jour de fête de Pourim (Est. 9 18-27 ).

L'événement suivant relaté se trouve dans les premiers chapitres de Néhémie et se situe durant la vingtième année du règne de Darius Hystaspe. On ne trouve aucun récit des événements survenus à Jérusalem entre la septième année du règne d'Artaxerxès et les premiers mois de l'année suivante, hormis celui rapporté par Hanani à Néhémie treize ans plus tard, au mois de Kisleu, le neuvième mois de la vingtième année du règne d'Artaxerxès (Néhémie 1: 1 ).

Nous apprenons de là que, bien que rien ne soit rapporté concernant le Temple, le  mur  de Jérusalem avait été démoli et ses portes brûlées par le feu (Néh. 1 3 ).

Ezra est probablement resté à Jérusalem pendant cet intervalle de 13 ans, de la 7e à la 20e année d'Artaxerxès, car nous le trouvons en coopération active avec Néhémie plus tard dans cette même 20e année (Néh. 81.4.9, 1226.36.38 ).

Josèphe rapporte que le grand prêtre Josué mourut et fut remplacé par son fils Jojakim, à peu près au moment où Esdras arriva à Jérusalem, la septième année du règne du monarque perse  Artaxerxès  chez Esdras, mais que Josèphe nomme  Xerxès  (un autre nom pour Darius Hystaspe). Il ajoute plus loin que Jojakim mourut et que son fils Éliashib lui succéda à la tête du sacerdoce, à peu près au moment du décès d'Esdras.

Cela concorde parfaitement avec ce que l'on lit dans les livres d'Esdras et de Néhémie. Il est vrai qu'Éliashib est appelé grand prêtre la vingtième année du règne d'Artaxerxès (Néhémie 3.1-20 ). Il se peut qu'il ait été désigné comme « Éliashib, le grand prêtre » sans pour autant exercer cette fonction  à ce moment -  là, mais il est plus probable que  son père Joïakim était âgé et qu'Éliashib ait exercé la fonction de grand prêtre de son vivant, tout comme Anne et Caïphe furent tous deux grands prêtres au temps de Jésus (Luc 3.2  : « Anne et Caïphe étant grands prêtres »).

Ceci est corroboré par le fait que Joiakim avait un petit-fils Johanan, fils d'Eliashib, assez âgé pour avoir une chambre dans la maison de Dieu la 7e année d'Artaxerxès, 515 av. J.-C., lorsque Ezra retourna à Jérusalem (Ezra 10  6 ).

Cela est corroboré par l'affirmation de Néhémie 12  26, qui situe les jours de Joïakim soit immédiatement antérieurs, soit contemporains des jours de Néhémie le gouverneur et d'Esdras le prêtre scribe.

Cela est également corroboré par la liste des hommes qui étaient « prêtres, chefs des pères au temps de Joïakim » (Néh. 12 12-21 ).

Deux listes sont présentées ici. La première est identique à celle des prêtres retournés à Jérusalem avec Zorobabel (Néhémie 12, 1-7 ), à ceci près qu'elle ne comporte que 21 noms au lieu de 22, celui de Hattoush (n° 6) étant omis. La seconde liste est celle de leurs fils aînés qui leur succédèrent, soit à leur mort, soit lorsqu'ils devinrent trop âgés pour exercer leurs fonctions au temps de Joïakim, c'est-à-dire juste avant, soit pendant le règne d'Esdras et de Néhémie (Néhémie 12,  26 ). Ceci nous amène à la 20e, voire à la 32e année du règne d'Artaxerxès (502-490 av. J.-C.). Cette liste ne contient que 20 noms, celui du fils aîné de Miniamin (n° 13) étant absent.

Les deux listes sont les suivantes : —

 

Pères.

Fils aînés.

Les prêtres qui revinrent avec Zorobabel

et Josué. Non.  12. 1-7  et  12-21.

Les prêtres du temps de Joiaqim

fils de Josué. Non.  12  12-21.

1.

Seraïa.......

.. Meraiah.

2.

Jérémie.....

.. Hananiah.

3·

Ezra.......

.. Meshullam.

4·

Amariah.....

.. Jehohanan.

5·

Melicu.......

… Jonathan.

6. Hattush (omis Néh. 12 12-27 ).    _____

7·

Shebaniah.....

Joseph.

8.

Harim.......

.. Adna.

9·

Meraioth.....

.. Helkai.

10.

Je le fais.......

Zacharie.

11.

Ginnethon.....

.. Meshullam.

12.

Abijah.......

.. Zichri.

13· Miniamin.    _____

14·

Moadiah.....

.. Piltai.

15.

Bilgaï.......

…Shammua.

l6.

Shemaiah.....

.. Jehonathan.

17·

Joiarib.....

.. Mattenaï.

l8.

Jedaiah.......

.. Uzzi.

19.

Sallaï.......

…Kallai.

20.

Amok.......

.. Eber.

21.

Hilkiah.......

…Hashabiah.

22.

Jedaiah.......

…Nethaneel.

Les 22 hommes de la première liste retournèrent à Jérusalem avec Zorobabel et Josué la première année du règne de Cyrus, en 536 av. J.-C. (Néhémie 12 1-7 ). Quinze d'entre eux scellèrent l'alliance avec Néhémie la vingtième année du règne d'Artaxerxès, en 502 av. J.-C., les sept autres étant probablement décédés au cours des 34 années suivantes. Les 20 hommes de la seconde liste leur succédèrent,  dont onze  du temps de Joïakim, fils de Josué (Néhémie 12 12-21 ), dont le règne coïncide avec celui d'Esdras et de Néhémie, ou le précède immédiatement, soit entre 502 et 490 av. J.-C. (Néhémie 12 26 ). Voir tome II, p. 53.

Néhémie fut profondément attristé d'apprendre le rapport alarmant de Hanani concernant la situation à Jérusalem (Néhémie 1.4 ). Il se tourna vers Dieu dans la prière et attendit son heure.

Quatre mois plus tard, au mois de Nisan, le premier mois de la vingtième année du règne d'Artaxerxès, cette opportunité se présenta.

Mais c’est là que se pose l’un des problèmes les plus déroutants de la chronologie de cette période.

Les livres d'Esdras et de Néhémie ne sont pas deux livres distincts, mais les deux parties d'un seul et même livre. Ils n'ont jamais été séparés en deux avant Origène, le savant et éminent  critique textuel , qui fut aussi, malheureusement, le précurseur de la  critique textuelle supérieure  au IIIe siècle après J.-C.

La dernière mention du temps dans le livre d'Esdras se rapporte à la septième année du règne d'Artaxerxès, et il est fort probable que la vingtième année évoquée au premier verset de Néhémie corresponde à la vingtième année du règne d'Artaxerxès. C'était en Kisleu, au neuvième mois. Or, lorsque nous arrivons à Néhémie 2 1,  nous sommes toujours dans la vingtième année du règne d'Artaxerxès, bien que le Nouvel An soit passé entre-temps.

Le problème consiste donc à déterminer à partir de quel point de la « séquence des mois » on compte les années du règne du roi, ou quel jour de l'année on passe du dernier jour d'une année au jour de l'an de l'année suivante.

La méthode de calcul adoptée n'est pas la méthode hébraïque, car chez eux, le jour de l'an est toujours le 1er Nisan, et le premier Nisan suivant le 9e mois de la 20e année d'Artaxerxès aurait été la 21e année d'Artaxerxès.

La méthode de calcul adoptée n'est pas la méthode assyrienne, car chez eux aussi, le jour de l'An est toujours le 1er jour de Nisan.

La méthode de calcul adoptée n'est pas celle de l'année égyptienne ou chaldéenne vague du Canon de Ptolémée, l'année de 365 jours, dont le Jour de l'An ou 1er Thot, ou comme nous devrions dire le 1er janvier, reculait d'un jour tous les 4 ans et parcourait le cycle complet des quatre saisons au cours du cycle sothique de 1 460 ans, car en l'an 20 d'Artaxerxès, 502 av. J.-C., le 1er Thot ou Jour de l'An de l'année égyptienne ou chaldéenne était le 27 décembre, et décembre était le 10e mois, de sorte qu'en passant du 9e mois Chisleu au 1er mois Nisan, une nouvelle année aurait été entamée.

Il en serait de même si cet Artaxerxès était identifié à Longi-manus, car lors de sa 20e année, en 445 avant J.-C., le 1er Thot de l'année égyptienne ou chaldéenne était le 12 décembre.

Le Nouvel An ne commençait pas avec le solstice d'été, vers le 21e jour du 4e mois, car le 1er jour du 1er mois et le 1er jour du 5e mois d'Artaxerxès étaient tous deux dans la même 7e année d'Artaxerxès (Esdras 7 7-9 ).

Le Nouvel An ne commençait pas avec l’équinoxe d’automne, vers le 21e jour du 7e mois, car les 6e, 7e et 9e mois sont tous dans la même 2e année de Darius (Hag. 1 1, 2 1.10 ).

Le Nouvel An ne commençait pas au solstice d'hiver, vers le 21e jour du 10e mois, mais pendant une partie du 9e mois, et le 1er mois suivant se déroulait dans la même 20e année d'Artaxerxès (Néh. 1 1, 2 1 ).

Et il a déjà été démontré que le Nouvel An ne commençait pas à l'équinoxe de printemps ni aux alentours du 1er Nissan.

La solution réside probablement dans le fait que les Perses, étant comme nous des Aryens ou des Japhetiques, et non des Sémites, comptaient les années de règne comme nous. Dans ce cas, les années du règne du roi étaient calculées non pas selon le calendrier, comme chez les Juifs et les Assyriens, mais à partir du jour de son accession au trône. Il se peut aussi que le Jour de l'An ait été directement lié à la date de la pose de la première pierre du Temple, soit le 24e jour du 9e mois de la 2e année du règne de Darius (Aggée 2, 18 ).

Les données fournies par les livres d'Esdras, de Néhémie, d'Esther, d'Aggée et de Zacharie exigent, et acceptent, un jour de l'an commençant quelque temps  après  le 24e jour du 9e mois (environ le 24 novembre), car le 24e jour du 9e mois était dans la même année que le 1er jour du 6e mois (Aggée 1.1, 2.10 ), et quelque temps  avant  le dernier jour du 9e mois (30 novembre), car une partie du 9e mois était dans la même 20e année d'Artaxerxès que le 1er mois suivant.

Les années du règne de Darius Hystaspes, ou Artaxerxès, ou Assuérus, commencent donc quelque part entre le 24 et le 30 du 9e mois de l'année.

Si tel est le cas, alors le 24e jour du 11ième mois de la 2e année de Darius précède le 8e mois de la 2e année de Darius, et la prophétie de Zacharie 1  7, qui se lit comme s'il s'agissait du verset d'ouverture du Livre, précède Zacharie 1 1.

Il est difficile de comprendre pourquoi le fait que Zacharie était le fils de Bérékia, fils d'Iddo, est répété en Zacharie 1:  7  si ce verset n'était pas à l'origine le premier verset de son livre de prophétie, l'arrangement actuel étant celui d'un critique qui pensait que le 8e mois devait nécessairement précéder le 11ième mois de la 2e année de Darius.

Voici la liste complète des événements datés du règne de Darius Hystaspes — Artaxerxès = Assuérus, tels qu'ils figurent dans les livres d'Esdras, de Néhémie et d'Esther. Son accession au trône a eu lieu entre le 25 et le 30 du neuvième mois.

Événements datés du règne de Darius Hystaspes — Artaxerxès=Assuérus.

Jour.

Mois. Année.

  Roi.

Référence.

Événement.

24

11 2

Darius

Zach. 1  7

70 ans d'indignation achevés.

1

6 2

 

Sorcière. 1  1

Zorobabel, Pékah en Juda.

24

6 2

 

Sorcière 1  15

Zorobabel se mit en mouvement.

21

7 2

 

Sorcière. 2  1   

La gloire de cette dernière maison.

 —

8 2  

Zach. 1  1

Zacharie appelle à la repentance.

24

9 2  

Sorcière 2  10

Fondation de la maison posée.

           

 —

 — 3

Assuérus

Est. 1  1,5

Festin d'Assuérus. Vashti déposée.

4

9 4

Darius

Zach. 7  1

Zacharie et ses 70 ans de jeûne.

           

 —

 —

6

Assuérus

Est. 2 8-16

Esther fut amenée à Suse.

3

12 6

Darius

Ezra 6  15

Temple achevé.

14

1

 —

   ,,  

Ezra 6  19

Pâque observée à Jérusalem.

           

 —

10 7

Assuérus

Est. 2  16-18

Le mariage et le festin d'Esther.

1

1 7

Artaxerxès

Ezra 7  9

Ezra quitta Babylone.

9

1 7    ,,         8  15-21

Ezra fit halte pendant 3 jours à Ahava.

12

1 7    ,,

        8  31

Ezra quitta la rivière Ahava.

1

5 7    ,,

        7  9

Ezra arriva à Jérusalem.

4

5 7    ,,

        8  33

Les vases furent pesés dans le Temple.

20

9  —    ,,

        10  9

Tout Juda à Jérusalem.

           

1

10  —

   ,,

        10  16

Assise (femmes païennes) commencée.

1

1  —    ,,

        10  17

Les assises (épouses païennes) ont pris fin.

           

 —

1 12

Assuérus

Établi le 3  7

Haman tire au sort le massacre.

13

1  —

   ,,

        3 12

Les messages d'Haman ont été publiés.

15

1  —    ,,

        5  1 - 8

Esther touche le sceptre d'or.

16

1  —    ,,

        5  8

Le banquet d'Esther.

23

3  —    ,,         8  9-14

Les messages de Mordecai ont été publiés.

           

13

12  —    ,,         9  1-12

Jour de massacre. Plus de 500 morts, soit plus de 75 000 personnes tuées.

14

12  —    ,,         9  15-27

300 morts, le 14 Adar, 1er Pourim.

15

12  —    ,,         9  18-27

15 Adar. 2 Pourim.

           
 — 9 20

Artaxerxès

Néh. 1  1      ..

Le rapport de Hanani.

 — 1 20    ,,

2  1            ..

Néhémie envoya des messagers à Jérusalem.

25

6  —    ,,

6  15      ..

Mur achevé en 52 jours.

1

7  —    ,,

8  2            ..

Ezra lit la Loi.

2

7  —    ,,

8  13        ..

Ils ont lu qu'ils vivaient dans des cabanes.

15

7  —    ,,

8 14 - 18   ..

Premier jour de la fête des Tabernacles.

21

7  —    ,,

8 18      ..

7e jour de la fête des Tabernacles.

22

7  —    ,,

8 18       ..

Journée de rassemblement solennel.

24

7  —    ,,

9 1 · 2    ..

Femmes païennes mises à l'écart.

           

 —

 —

32

Artaxerxès

5 14. 13  6

Néhémie retourna à Babylone.

Voici les données tirées de l'Ancien Testament. Il serait intéressant de les comparer avec les informations provenant d'autres sources concernant la méthode perse de calcul des années de règne de leurs rois. L'inscription de Behistun mentionne les jours et les mois, mais pas les années du règne de Darius, sauf à un endroit où le chiffre est illisible. Les autres inscriptions perses ne nous apportent aucune information à ce sujet.

On trouve dans Néhémie 2.6 un détail suggestif   qui tend à identifier Artaxerxès à Assuérus, l'époux d'Esther. Néhémie mentionne entre parenthèses que la femme d'Artaxerxès était assise à ses côtés lorsqu'il formula sa requête. Cela concorde parfaitement avec le fait qu'Esther était l'épouse du roi Assuérus, autrement dit Artaxerxès, autrement dit Darius Hystaspe.

Il ne fait aucun doute que Néhémie avait déjà communiqué avec elle à ce sujet, et il ne fait aucun doute non plus qu'elle avait quelque chose à voir avec la faveur manifestée par Artaxerxès envers les Juifs la 7e année de son règne, lorsqu'il donna à Esdras la commission libérale contenue dans sa lettre d'Esdras 7 12-26.

La construction du mur décrite si minutieusement dans Néhémie 3 ne consistait pas en l'édification d'un  mur neuf , mais en la réparation d'un ancien. C'est ainsi que cela est décrit tout au long du livre. Le mur était en ruine et les portes avaient été incendiées (Néhémie 1, 3 ), mais certaines parties étaient encore debout et il suffisait  de le réparer.  Le mot  « réparé »  apparaît d'ailleurs dans presque tous les versets de Néhémie 3.

C'était un travail qui pouvait être achevé en 52 jours (Néh. 6 15 ) et le Temple était toujours debout (Néh. 6 10-11 ).

Néhémie fut nommé Pékah du pays de Juda de la vingtième à la trente-deuxième année du règne d'Artaxerxès. Nous avons là un autre exemple de la méthode de calcul aryenne, ou anglaise. Selon la méthode sémitique de calcul inclusif, cette période aurait été de treize ans, mais Néhémie souligne avec force qu'il s'agissait d'une période de douze ans.

Dans Néhémie 7.4,  il  est dit que la ville était vaste et grande, mais peu peuplée et sans maisons. Il ne s'agit pas ici des habitations matérielles, mais des personnes qui les habitaient, comme l'indique l'expression « la maison et la lignée » de David.

La remarque selon laquelle les maisons n’ont pas été construites conduit à la reproduction du registre de la généalogie de ceux qui sont revenus avec Zorobabel la 1ère année de Cyrus, quelque 34 ans auparavant (Néh. 7 5-73 ).

Le premier jour du septième mois, sans doute de cette même vingtième année d'Artaxerxès, bien que l'année ne soit pas précisée (Néhémie 8 1.2 ), le peuple se rassembla à Jérusalem et envoya chercher Ezra, qui avait probablement été avec eux pendant les treize dernières années, pour apporter le Livre de la Loi.

Le lendemain (Néh. 8 13 ), ils lurent qu’ils devaient habiter dans des cabanes au 7e mois (Néh. 8 14 ), ce qu’ils firent (Néh. 8 15 ).

Le 24e jour du 7e mois, les descendants d’Israël se séparèrent de leurs femmes païennes, ils conclurent une alliance selon laquelle ils ne contracteraient pas de mariages mixtes avec les païens, ni de commerce le jour du sabbat, qu’ils paieraient leurs dîmes, « et nous n’abandonnerons pas la maison de notre Dieu » (Néh. 10  28-39 ).

Le dernier événement relaté dans l'Ancien Testament est celui contenu dans le paragraphe Néhémie 13.4-31 . Pour le comprendre, il faut d'abord supprimer le verbe « avait » dans la version autorisée et dans la version révisée de Néhémie 13.5. On lit alors (Néhémie 13.4 ) : « Avant cela » — c'est-à-dire avant le renouveau religieux survenu pendant les douze années que Néhémie passa à Jérusalem (502-490 av. J.-C.), comme décrit dans le paragraphe précédent (Néhémie 12.43-13.3 ) —, Éliashib était allié à Tobia (Néhémie 13.46.17-18 ). Or, pendant ce renouveau religieux, c'est-à-dire pendant les douze années que Néhémie passa à Jérusalem, Éliashib fut chargé de la surveillance des chambres du Temple (Néhémie 12.44 ). À ce stade du récit, Néhémie quitta Jérusalem la 32e année du règne d'Artaxerxès et se rendit à Babylone, où il demeura pendant un certain nombre de jours, probablement un an. Durant cette période, sept événements se produisirent :

À la fin de cet intervalle de « certains jours », probablement d'un an, les dix choses suivantes se sont produites : —

Quatre de ces éléments correspondent si précisément à la teneur de la prophétie de Malachie que l'on peut probablement conclure que cette prophétie appartient également à cette période, à savoir l'an 488 av. J.-C. Ainsi, la fin de l'histoire de l'Ancien Testament coïncide avec celle de la prophétie de l'Ancien Testament, c'est-à-dire la dernière année des sept semaines de Daniel, soit 488 av. J.-C., temps fixé pour la conclusion des visions et des prophéties (Dan. 9.24.25 ). Voir le tome II, Tables chronologiques, an. hom. 3637.

L'expression « après certains jours » se traduit en hébreu par « à la fin des jours », ce qui signifie probablement « à la fin de l'année », le mot  מים ( yâmim = jours) étant fréquemment utilisé pour désigner cette période. Comparez les passages suivants où ce mot apparaît :

Genèse 4.3. À la fin des jours (c’est-à-dire à la fin de l’année), Caïn apporta des fruits de la terre.

Gen. 27  43,44  Fuis vers Laban et reste avec lui un (cycle) de jours (c'est-à-dire « un an », et non pas comme dans AV et RV « quelques jours »).

Gen. 29  20. Jacob servit 7 ans pour Rachel, et cela lui parut comme un seul (cycle) de jours (c'est-à-dire « comme une année », et non comme dans la version autorisée et la version révisée « mais quelques jours »).

1 Sam. 2 19. Le sacrifice des jours (c'est-à-dire le sacrifice de l'année = le sacrifice annuel).

1 Sam. 27  7. David demeura dans la ville des Philistins jours (hébreu) ​​et 4 mois (c'est-à-dire un an et quatre mois).

2 Sam. 14  26. Absalom se rasa la tête d'une fin de jours à l'autre (c'est-à-dire d'une année à l'autre).

1 Rois 17  7. Et il arriva à la fin des jours (c'est-à-dire à la fin de l'année) que le torrent s'assécha.

Ces passages montrent que l'interprétation correcte de l'expression « à la fin des temps » est « au bout d'un an ».

Si l'on prend en compte 4 mois pour le voyage aller-retour et une année pour le séjour de Néhémie à Babylone, le récit du paragraphe Néhémie 13:7-31,  qui clôt le livre de l'Ancien Testament, se situera à l'an 488 avant J.-C.

Listes généalogiques et autres listes de noms dans les livres des Chroniques  (1  et  2) , d'Esdras et de Néhémie.

Les listes généalogiques et autres figurant dans ces livres contiennent de précieuses informations chronologiques. La liste de ceux qui ont scellé l'alliance avec Néhémie, la vingtième année du règne d'Artaxerxès (Néh. 10, 1-13 ), est presque identique à celle de ceux qui sont retournés à Jérusalem avec Zorobabel et Josué, donnée dans Néh. 12,  1-9.

C’est là l’argument décisif qui permet d’identifier l’Artaxerxès de Néhémie avec Darius Hystaspes.

Entre le 1er de Cyrus et le 20 de Darius Hystaspes, il s'écoule 34 ans, à la fin desquels la plupart des « prêtres et des Lévites qui sont montés avec Zorobabel » (Néhémie 12,1 ) pourraient encore être en vie et capables de sceller l'alliance avec Néhémie (Néhémie 10,1 ).

Mais si l'Artaxerxès de Néhémie était Artaxerxès Longimanus, comme le soutiennent tous les érudits modernes, la durée entre le 1er Cyrus et le 20 Artaxerxès Longimanus est de 91 ans, après quoi 20 des 30 prêtres et Lévites revenus avec Zorobabel sont encore en vie !

L'argument est absolument irréfutable. Il ne peut que convaincre tout chercheur qui s'y intéresse que la chronologie communément admise est impossible. Artaxerxès, mentionné dans le livre de Néhémie, a régné au moins 32 ans (Néh. 5.14.13.6 ), mais aucun autre monarque perse, à l'exception de Darius Hystaspe, n'a régné aussi longtemps sur une période aussi courte que 20 hommes sur 30, en âge d'être prêtres et lévites sous le règne de Cyrus (1re année), aient pu être encore en vie la 20e année du règne de cet autre monarque perse.

Les listes sont les suivantes : —

Prêtres et Lévites qui revinrent avec Zorobabel la première année de Cyrus, en 536 av. J.-C. Néhémie 12 1-9.

Prêtres et Lévites qui ont scellé avec Néhémie la 20e année d'Artaxerxès, av. J.-C. 502. Néh. 10 1-10.

1. Prêtres.

1. Seraiah Seraiah
2. Jérémie Jérémie
3. Ezra (Azariah)
4. Amariah Amaria
5. Malluch (Melicu) ( Malchijah)
6. Hattush Hattush
7. Shechaniah (Shebaniah) Shebaniah
8. Rehum (Harim) Harim
9. Meremoth Méremoth
10. Iddo  —
11. Ginnetho Ginnethon
12. Abija Abijah
13. Miamien Mijamm.
14. Maadiah (Maaziah).
15. Bilgah Bilgai.
16. Shemaïah Shemaïa.
17. Joiarib  —
18. Jedaïa  —
19. Sallu (Sallai)  —
20. Amok  —
21. Hilkiah  —
22. Jedaïa  —

 

Néhémie 12: 7. « Voici les chefs des prêtres et de leurs frères, au temps de Josué. »

Néh. 10 8. « Ceux-ci » {avec Zidkija), Pashur, Malluch, Abdias, Daniel, Baruch et Meshullam) « étaient les prêtres » qui scellèrent avec Néhémie.

2. Les Lévites.
1. Jeshua Josué, fils d'Azania.
2. Binnui Binnui, fils de Henadad.
3. Kadmiel Kadmiel.
4. Sherebiah (Shebaniah).
5. Juda (Hodijah, cp. Esdras 2 40, 3 9 ).
6. Mattaniah (sur les chœurs). —
7. Bakbukiah (sur les montres) —
8. Unni —
  (et 12 autres).


Ces listes montrent que sur les 22 hommes qui étaient chefs des prêtres au temps de Zorobabel et de Josué, 15 étaient encore chefs des prêtres 34 ans plus tard et ont signé l'alliance avec Néhémie.

Parmi les 8 Lévites mentionnés comme étant revenus avec Zorobabel, 5 sont à nouveau mentionnés comme ayant signé l'alliance avec Néhémie.

Il est tout à fait naturel que 20 des 30 hommes revenus avec Zorobabel la première année du règne de Cyrus (536 av. J.-C.) soient encore en vie 34 ans plus tard, la 20e année du règne de Darius Hystaspe (502 av. J.-C.). Mais il est tout à fait inconcevable que 20 d'entre eux soient encore en vie 91 ans plus tard, la 20e année du règne d'Artaxerxès Longimanus (445 av. J.-C.).

Par conséquent, l'Artaxerxès de Néhémie 21, 514 et 13.6 ne peut être Artaxerxès Longimanus, ni aucun autre monarque perse d'une époque ultérieure, et comme le seul monarque perse d'une époque antérieure à avoir régné aussi longtemps que 32 ans (Néhémie 5.14, 13.6 ) était Darius Hystaspe, l'Artaxerxès de Néhémie 2.1, 5.14 et 13.6 ne peut être autre que Darius Hystaspe lui-même.

La succession des grands prêtres était la suivante (1 Chroniques 63-15, Esdras 3.2, 7.1-5, Néhémie 1210.11 ) : —

Liste des grands prêtres d'Aaron à Jaddua.

Les dates mentionnées ci-dessus sont celles qui nous ont été transmises par Ptolémée. Toutes, sauf la dernière (330 av. J.-C.), sont probablement supérieures d'environ 82 ans à la réalité.

Esdras avant JC (586-490), était le fils de Seraiah (No. 22) et le frère de Jehozadak (No. 23). Josèphe dit qu'il est mort vieil homme (Antiquités XI. 5.5.)

Il est impossible d'identifier avec certitude Johanan, fils d'Eliashib (Esdras 10 6 ), mais il pourrait s'agir du fils du grand prêtre Eliashib, n° 26 dans la liste ci-dessus, et d'un contemporain plus jeune d'Esdras.

Le fils non nommé de Joiada (n° 27), qui a épousé la fille de San-ballat et a été chassé par Néhémie (Néh. 13 28 ), était un contemporain plus jeune de Néhémie.

Jaddua naquit sans doute à l'époque où son oncle épousa la fille de Sanballat et fut poursuivi par Néhémie vers 488 av. J.-C. Il s'agit du dernier événement relaté dans l'histoire de l'Ancien Testament.

Jaddua quitta Jérusalem pour Sapha afin de rencontrer Alexandre le Grand vers 330 av. J.-C. Ce fait est avéré, mais la chronologie qui lui attribue un âge de 158 ans (488 - 330 av. J.-C.) est contestée. Si l'on réduit la chronologie de la période de l'Empire perse, de la première année du règne de Cyrus (536 av. J.-C.) à la dernière année du règne de Darius, tué par Alexandre le Grand (330 av. J.-C.), de 205 ans (canon de Ptolémée) à 123 ans (prophétie de Daniel), l'âge de Jaddua serait réduit de 82 ans (205 - 123). Il aurait ainsi eu 76 ans (158 - 82) lorsqu'il se rendit à Sapha pour rencontrer Alexandre. Cette chronologie correspond probablement à la véritable période entre la dernière date attestée dans l'Ancien Testament et la première date fiable de l'histoire grecque.

Nous sommes désormais en mesure de présenter notre tableau final de la chronologie de l'Ancien Testament, à savoir la chronologie de la période du Retour.

Le Retour.

 

AN. HOM.    
3589.  

Le retour sous Zorobabel, la 1ère année de Cyrus, qui était la 54ème année de l'indignation des 70 ans (voir Chapitre 24 et Vol II, Tables chronologiques, p. 32).

Ajoutez 16 ans pour compléter les 70 ans d'indignation (voir Zech, 1 7 · 12-16 et Vol. II, Tables chronologiques, pp. 30, 32, 34).

Durant ces années, régnèrent les rois de Perse suivants, mais la durée de leurs règnes n'est pas précisée dans l'Ancien Testament :

Cyrus, Ezra 1 1.

Assuérus (Cambyse), Esdras 4 6.

Artaxerxès (Pseudo-Smerdis), Esdras 4 7.

Darius (Darius Hystaspes), Esdras 4 5.

(Voir vol. II, tableaux chronologiques pp. 32, 34).

16.  
3605.  

Dernière des 70 années d'indignation = 2e année de Darius.

Ajoutez 5 ans au retour d'Esdras dans la 7e année d'Artaxerxès (Darius Hystaspes), Esdras 7 8.9.

5.  
3610.   Ezra retourna à Jérusalem la 7e année d'Artaxerxès (Darius Hystaspes).

Ajoutez 13 ans à la nomination de Néhémie comme Pékah de Juda la 20e année d'Artaxerxès (Darius Hystaspes), Néh. 2 1, 5 14.

13.  
3623.  

Néhémie arrive à Jérusalem.

Ajoutez 12 ans d'administration de Néhémie, de la 20e à la 32e année d'Artaxerxès (Darius Hystaspes), Néh. 5 14 13 6.

12.  
3635.  

Néhémie retourne à Babylone la 32e année d'Artaxerxès (Darius Hystaspes).

Ajoutez 2 ans pour la visite de Néhémie à Babylone et son retour à Jérusalem, après y avoir passé « certains jours », soit 1 an, Néh. 13 6.

2.  
3637.   Les réformes de Néhémie. Fin du récit de l'Ancien Testament.

 

Chapitre XXVI.

Chronologie comparée.

La captivité et le retour.

Les principales sources extrabibliques pour la chronologie de cette période sont, pour la captivité, les inscriptions cunéiformes babyloniennes, notamment les tablettes d'Egibi, et pour le retour, les inscriptions cunéiformes perses, en particulier la grande inscription de Behistun de Darius Hystaspes. On peut également se référer à l'histoire de Flavius ​​Josèphe dans ses Antiquités judaïques, livre X, chapitres 9 à 11, pour la captivité, et livre XI, pour le retour.

Hérodote (484-424 av. J.-C.), Ctésias (actif en 401-384 av. J.-C.) et Xénophon (430-357 av. J.-C.) sont nos principales autorités classiques pour cette période. Nicolas Damascène (Ier siècle av. J.-C.), Diodore de Sicile (Ier siècle ap. J.-C.) et Arrien (IIe siècle ap. J.-C.) ne sont que des compilateurs plus tardifs. Le Canon de Ptolémée, auquel la recherche moderne attribue une forme de quasi-infaillibilité, est également une compilation du IIe siècle ap. J.-C.

Les tablettes Egibi.

La vitrine G, conservée dans la salle babylonienne et assyrienne du British Museum, renferme une série de tablettes d'argile d'une importance et d'une valeur exceptionnelles, datant de la première année du règne de Nabuchodonosor à la trente-sixième année de celui de Darius. Il s'agit principalement de documents juridiques et commerciaux, dont beaucoup relatent des transactions effectuées par les membres de la grande maison de commerce fondée par un riche marchand babylonien du VIIe siècle avant J.-C., nommé Egibi ou Sin-muballit.

Ces tablettes contiennent des actes relatifs à la vente de terres, d'esclaves et de maisons, des contrats de mariage et des dots, des prêts d'argent et de céréales, le paiement de dettes, le partage de biens, des comptes et des reçus.

Ces documents sont datés selon l'année du règne du roi de Babylone et contribuent ainsi à établir la chronologie de la période. Des transactions sont consignées pour chacune des 43 années du règne de Nabuchodonosor (604-562 av. J.-C.), les 2 années d'Evil-Merodach (561-560 av. J.-C.), les 4 années de Neriglissar (559-556 av. J.-C.), l'année de l'accession au trône de Labashi-Marduk (556 av. J.-C.) et les 17 années de Nabonide (555-539 av. J.-C.).

Les transactions sont consignées pour chacune des neuf années du règne de Cyrus (538-530 av. J.-C.), y compris les deux années où il fut co-roi avec Darius le Mède (538-537 av. J.-C.) et les sept années où il régna seul (536-530 av. J.-C.). Cyrus étant considéré comme roi de Babylone durant ces neuf années, Darius le Mède, qui résidait à Ecbatane, n'est pas mentionné.

Des transactions sont enregistrées dans chacune des 8 années de Cambyse, 529-522 av. J.-C., l'année de Smerdis, parfois appelé Barzia (521 av. J.-C.).

Les actes notariés sont consignés pour environ la moitié des années du règne de Darius Hystaspe, mais il manque des tablettes pour 19 ans de ce règne. On trouve cependant une tablette datée de la 36e année de son règne, soit seulement deux ans après la fin des annales de l'Ancien Testament et la période que nous étudions.

Les seules tablettes postérieures à celle-ci, datant de la période perse, sont l'une de la deuxième année du règne de Xerxès, et les deux autres des sixième et treizième années du règne d'Artaxerxès. Une autre tablette, non datée, date également du règne d'Artaxerxès.

Il est possible que ces noms fassent également référence à Darius Hystaspes, car Xerxès se nomme lui-même Darius dans l'inscription de Persépolis, et Artaxerxès est clairement un autre nom pour Darius dans le Livre d'Esdras.

Cela confirme le soupçon selon lequel, en l'absence de documents authentiques concernant cette partie de la période perse, sa durée a peut-être été surestimée d'environ 82 ans par les compilateurs tardifs Diodore de Sicile et Ptolémée.

Le cylindre de Nabonide.

Il y a un cylindre en argile cuite de Nabonide (av. J.-C. 555-539), n° 53, vitrine G, dans la salle babylonienne et assyrienne du British Museum.

Elle contient une prière au dieu lune en faveur de son fils aîné Bel-shar-usur (le Belshazzar de Daniel 5, 7 1 et 8 1 ). Elle se présente comme suit : —

« Quant à moi, Nabonide, roi de Babylone, protège-moi du péché contre ta divinité exaltée et accorde-moi une longue vie ; et dans le cœur de Belshazzar, mon fils premier-né, le fruit de mes entrailles, place la crainte de ta divinité exaltée, afin qu’il ne commette aucun péché et qu’il soit comblé par la plénitude de la vie. »

La mention de Belshazzar en ces termes est considérée comme indiquant qu'il était associé à son père en tant que co-roi de Babylone.

Cela explique l'étrange offre de Belshazzar à Daniel, selon laquelle s'il pouvait interpréter l'écriture sur le mur, il serait le « troisième dirigeant » du royaume (Dan. 5 16 · 29 ), alors qu'il y avait déjà deux dirigeants suprêmes, à savoir Nabonide et son fils Belshazzar.

Les inscriptions cunéiformes perses les plus importantes sont celles de Cyrus et de Darius Hystaspes.

La tablette de Cyrus et le cylindre de Cyrus.

Du règne de Cyrus, nous possédons deux inscriptions importantes : la tablette d’argile de Cyrus et le cylindre d’argile de Cyrus. Elles furent découvertes et rapportées en Angleterre par M. Rassam.

La tablette d'argile de Cyrus (vitre E, n° 122, dans la salle babylonienne et assyrienne du British Museum) contient les Annales de Nabonide, roi de Babylone (555-539 av. J.-C.). Elles relatent la défaite d'Astyage le Mède par Cyrus, la prise et le pillage d'Ecbatane, capitale de la Médie, la prise de Babylone, ainsi que la chute et la mort de Nabonide.

On apprend ainsi que Cyrus était roi d'Élam. Il vainquit Astyage et prit Ecbatane la sixième année de son règne, en 550 av. J.-C. La dix-septième année, le 14 Tammuz (juin), Sippara fut prise. Nabonide s'enfuit. Le 16, Gobryas et l'armée de Cyrus entrèrent à Babylone sans combattre. Nabonide fut enchaîné. Le 3 mars (octobre), Cyrus entra à Babylone. Le 11, Gobryas fut nommé gouverneur de Babylone et Nabonide mourut.

Tout ceci est parfaitement compatible avec le récit du chapitre 5 de Daniel, mais il ne faut jamais oublier que le silence n'est pas un déni. Il serait toutefois difficile de concilier le récit de Cyrus avec celui d'Hérodote ou celui de Xénophon.

Le cylindre d'argile de Cyrus (vitre G, n° 67, dans la salle babylonienne et assyrienne du British Museum) poursuit le récit là où s'arrête la tablette d'argile de Cyrus. Dans cette inscription, Cyrus se glorifie lui-même et son fils Cambyse.

Marduk proclama Cyrus roi d'Anshan ou d'Élam, par son nom, pour la souveraineté du monde entier (cf. Isaïe 44.28 - 45.13 ). Sans combat ni bataille, il le fit entrer à Babylone. Il livra Nabonide, le roi, entre ses mains. Je suis Cyrus, roi des légions, grand roi, roi puissant, roi de Babylone, roi de Sumer et d'Accad, roi des quatre territoires ; fils de Cambyse, le grand roi, roi d'Élam ; petit-fils de Cyrus, le grand roi, roi d'Élam ; arrière-petit-fils de Teispes, le grand roi, roi d'Élam. Merodach, le grand seigneur, s'approcha de moi, Cyrus, le roi, son adorateur, et de Cambyse, mon fils, le fruit de mon cœur. Je rétablis les dieux à leur place, je rassemblai tout leur peuple et je leur rendis leurs terres » (cf. Esdras 1 1-3 ).

Cyrus était à l'origine roi d'Ansan (ou Anshan, ou Anzan), nom autochtone du pays que les Assyriens et les Écritures hébraïques appelaient Élam. Il devint roi de Perse entre la VIe et la IXe année du règne de Nabonide (549-546 av. J.-C.). Sa première capitale fut Suse (ou Shushan), qui demeura la principale ville de l'empire perse.

Cambyse ne nous a laissé aucune inscription, mais il existe des tablettes datées pour chaque année de son règne, et une datée de la quatrième année de Cyrus, où Cambyse est appelé prince héritier. Il se peut donc qu'il ait été associé au trône à son père Cyrus dès la deuxième année du règne unique de Cyrus, vers 535 av. J.-C.

La Grande Inscription de Behistun.

Darius Hystaspe nous a laissé six inscriptions, dont la plus importante est sans conteste la Grande Inscription de Behistun. Les trois textes de cette inscription, en persan, en élamite contemporain et en babylonien, ont été publiés, avec des traductions anglaises, une introduction et des illustrations photographiques, par les administrateurs du British Museum, sous le titre «  Les Sculptures et Inscriptions de Darius le Grand sur le Rocher de Behistun, en Perse » (1907).

Darius commence par exposer sa généalogie. Ces informations, combinées à celles contenues dans l'inscription cylindrique de Cyrus, donnent le tableau suivant : —

(1) Achéménès
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(2) Teispes
|

————————————————————

| |
(7) Ariaramenes. (3) Cyrus Ier.
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(8) Arsames.
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(4) Cambyse Ier.
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Hystaspe.
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(5) Cyrus le Grand.
|
(9) Darius Hystaspes.
|
(6) Cambyse.

 

Darius dit : —

« Huit membres de ma famille ont été rois avant moi. Je suis le neuvième. Nous avons été rois dans deux branches. »

Le professeur EG Brown, dans son Histoire littéraire de la Perse, omet (3) Cyrus et inclut Hystaspes, mais Hystaspes n'est jamais appelé roi dans aucune des inscriptions, et l'ajout de (3) Cyrus est rendu nécessaire par l'inscription sur cylindre de Cyrus.

L'inscription de Behistun se poursuit : —

« Par la grâce d’Ormazd, je suis devenu roi de Perse, d’Élam (Susiane), de Babylonie, d’Assyrie, d’Arabie, d’Égypte, des Pays maritimes, de Sépharad, d’Ionie, de Médie, d’Arménie, de Cappadoce, de Parthie, etc. »

« Un mage du nom de Gomates a déclaré : « Je suis Bardes, fils de Cyrus, frère de Cambyse », et s'est emparé de la couronne. J'ai tué ce mage Gomates. »

On y trouve une sculpture de Gomates gisant prosterné au sol, une grande statue de Darius Hystaspe debout, le pied posé sur le sol, et neuf autres figures d'hommes alignés, une corde autour du cou. Ce sont les neuf rois qui se sont soulevés contre lui dans différentes parties de l'Empire et que Darius a vaincus lors de dix-neuf batailles, durant les cinq premières années de son règne. Les voici :

Au péril de sa vie, Sir Henry Rawlinson copia et obtint des fragments de l'inscription, en grimpant à une échelle à quelques centimètres du bord d'un rocher saillant, face à un précipice d'environ 150 mètres de profondeur. Son déchiffrement fut la grande épopée du XIXe siècle et la clé de l'interprétation des inscriptions cunéiformes d'Assyrie et de Babylonie, nous permettant ainsi de retracer des siècles d'histoire de l'humanité.

Inscriptions perses postérieures.

Il existe d'autres inscriptions de Darius, — (1) sur les murs de son magnifique palais à Persépolis, (2) autour de son tombeau à Naksh-i-Rustam, et (3) sur une dalle de granit sur l'un des pics rocheux du mont Alwand, à trois miles au sud d'Ecbatane, l'actuelle Hamadan, mais elles n'apportent aucun éclairage supplémentaire sur le sujet de la chronologie biblique.

Les inscriptions des monarques perses successifs n'appartiennent pas à cette période, mais il convient de clore ici notre exposé sur les inscriptions cunéiformes de Perse.

Xerxès a laissé cinq inscriptions. L'inscription de Xerxès à Persépolis se lit comme suit : —

« Je suis Xerxès, le grand roi, le roi des rois, le roi des pays où l’on parle de nombreuses langues ; le roi de cette vaste terre, lointaine et proche, le fils du roi Darius l’Achéménide. »

« Dit Xerxès, le grand roi : Par la grâce d’Ormazd, j’ai fait réaliser ce portail, orné de sculptures représentant tous les peuples. Il y a aussi beaucoup d’autres beaux édifices en Perse que j’ai fait construire, et que mon père a fait construire. Tous ces beaux bâtiments, nous les avons faits par la grâce d’Ormazd. »

« Dit le roi Darius. Qu’Ormazd me protège, ainsi que mon empire, mon œuvre et celle de mon père. Qu’Ormazd protège tout cela. »

On remarquera que dans le dernier paragraphe, Xerxès se nomme lui-même Darius. Cela prouve que ces monarques perses étaient parfois désignés par différents noms.

Il existe une autre inscription de Xerxès au mont Alwand et une autre à Van.

D'Artaxerxès Longimanus, aucune inscription n'a été retrouvée, si ce n'est les mots « Artaxerxès le grand roi » sur un vase. Il pourrait tout aussi bien s'agir d'une inscription de Darius Hystaspes, qui portait également le nom d'Artaxerxès.

De Darius II Nothus, il ne reste qu'une courte inscription sur les montants des fenêtres du palais de Darius Hystaspes à Persépolis. On peut y lire : —

« Sommet du palais du roi Darius érigé par un parent. »

Il pourrait tout aussi bien s'agir d'une inscription de Darius Hystaspes.

D'Artaxerxès II Mnémon, il existe une inscription à Suse (Chushan) qui se lit comme suit : —

« Je suis Artaxerxès, le grand roi, le roi des rois, le fils du roi Darius. »

« Dit Artaxerxès, le grand roi, le roi des rois, le roi des provinces, le roi de ce pays, le fils du roi Darius. »

« Darius était le fils du roi Artaxerxès, Artaxerxès était le fils du roi Xerxès, Xerxès était le fils du roi Darius, Darius était le fils d'Hystaspe l'Achéménide. »

« Ce temple fut construit par mon ancêtre Darius. Plus tard, mon grand-père Artaxerxès le restaura. J'y ai placé les images d'Anahita, de Tanaitis et de Mithra. C'est par la grâce d'Ormazd que j'ai bâti ce temple. Qu'Ormazd, Anahita et Mithra me protègent. »

De Artaxerxès III Ochus, nous ne possédons que cette inscription à Persépolis : —

« Ormazd est un grand dieu, qui a créé cette terre, qui a créé ce ciel, qui a créé l'homme, et au-dessus des autres animaux, il a créé l'homme, qui a fait de moi Artaxerxès Roi, un Roi parmi tant d'autres, un Souverain parmi tant d'autres. »

« Dit Artaxerxès, le grand roi, le roi des rois, le roi des provinces, le roi de ce pays. Je suis le fils du roi Artaxerxès. Artaxerxès était le fils du roi Darius, Darius était le fils du roi Artaxerxès, Artaxerxès était le fils du roi Xerxès, Xerxès était le fils du roi Darius, Darius était le fils d'Hystaspe, Hystaspe était le fils d'Arsamès ; Arsamès était le fils d'Achéménès. »

« Dit le roi Artaxerxès. Ce palais a été bâti par moi en pierre. Qu’Ormazd et Mithra me protègent, ainsi que cette région et ce que j’ai construit. »

De l'Ars, nous n'avons que ces mots sur le sceau de Grotefend : —

« Arsace, fils de la race d'Ahyabusanus. »

« Les inscriptions de Xerxès et d’Artaxerxès », affirme le professeur A.V. Williams Jackson dans son excellent ouvrage sur la Perse d’hier et d’aujourd’hui (1906), « ne sont guère plus que des reproductions des tablettes mineures de Darius, formulées de manière routinière et mécanique dans leur structure. La grandeur du métal semble moins palpable dans ces inscriptions plus tardives, et la langue, à l’instar du style, témoigne d’un déclin. »

En réalité, ce que nous avons ici correspond exactement à ce que l'on pourrait attendre d'un touriste amateur, possédant quelques notions de persan, gravant sur les ruines, s'il avait étudié auprès de Ptolémée et d'autres compilateurs tardifs la succession des monarques perses et leurs relations. Prises isolément, les inscriptions de ces monarques postérieurs à Xerxès ne suffisent pas à authentifier l'existence des rois dont elles se réclament.

En tout cas, nous ne disposons ici d'aucune confirmation, même minime, de la chronologie de la période perse, contrairement à ce qui existe pour les périodes assyrienne et babylonienne qui la précèdent, et grecque qui lui succède. La chronologie est amplement authentifiée jusqu'à la fin du règne de Darius Hystaspe, mais au-delà, les témoignages monumentaux des inscriptions cunéiformes ne vont pas.

Josèphe.

Le récit de Josèphe sur la période de la captivité se trouve dans ses Antiquités, livre X, chapitres 10 et 11. Il est tiré en partie des Écritures et en partie de l'Histoire de Chaldée de Bérose.

Il s'accorde avec les tablettes d'argile babyloniennes, le Canon de Ptolémée et les Écritures (Daniel 1 1 ; Jérémie 25 1-3 ; 2 Rois 24 12 ; 25 27 ) en attribuant 43 ans à Nabuchodonosor. Il donne 18 ans à Evil-Merodach, mais Syncellus indique que Josèphe, suivant Abydenus et Polyhistor, lui attribue 2 ans. Neriglissar, qu'il nomme Neglissar, se voit créditer de 40 ans (peut-être une erreur de copiste pour 4 ans). Il donne 9 mois à Labashi-Marduk, qu'il appelle Labosordacus ; et à Baltasar, également appelé Naboandelus, et dans Contra Apion Nabonnedon, il attribue 17 ans, mais il se trompe en identifiant Belshazzar, le fils, avec son père, Nabonide. Il dit que la reine mentionnée dans Dan. 5 10 était la grand-mère de Belshazzar. Elle a été identifiée à la célèbre Nitocris, l'épouse de Nabuchodonosor. Il est dit que Babylone fut prise par Darius, fils d'Astyage de Médie, et son parent Cyrus, roi de Perse.

Le récit de Josèphe sur la période du retour se trouve dans ses Antiquités, livre XI, qui s'étend jusqu'à l'époque d'Alexandre le Grand. Il sera utile d'examiner ce récit jusqu'à cet événement dans ce chapitre.

Selon Josèphe, soixante-dix ans après l'exil des Juifs de leur terre natale, Cyrus, dès la première année de son règne, leur accorda la permission de retourner à Jérusalem pour reconstruire leur ville et le Temple de Dieu. Cette décision faisait suite à sa lecture du passage du livre d'Isaïe (44.28 - 45.13 ) où il est nommément cité.

Josèphe, à la suite d'Hérodote, situe la mort de Cyrus lors de la guerre contre les Massagètes, contrairement à Xénophon qui affirme qu'il mourut paisiblement dans son lit. Josèphe identifie Artaxerxès (Esdras 4 7-23) à Cambyse, après lequel, selon lui, les Mages exercèrent le gouvernement de la Perse pendant un an. Zorobabel revint de Jérusalem et obtint de Darius, le roi suivant, l'autorisation de reconstruire le Temple. « Tout ce que Cyrus avait prévu de faire avant lui concernant la restauration de Jérusalem, Darius l'ordonna également. » Parmi les hommes illustres revenus avec Zorobabel (Esdras 2 2 ; Néhémie 7 7 ), il mentionne le nom de Mardochée, mentionné dans le livre d'Esther.

Il est très difficile de rendre compte de la vision de Josèphe sur l'histoire de la période perse. C'est précisément le genre d'histoire qui subsisterait si celle des livres d'Esdras, de Néhémie et d'Esther avait été « corrigée », « modifiée » et interpolée par un copiste ou un éditeur postérieur afin de la faire concorder avec une autre version. Il en résulte un mélange d'événements bibliques attribués à de mauvaises personnes, comme cela résulterait d'identifications erronées des personnages mentionnés dans le récit. Cela peut être dû à Josèphe lui-même, ou plus probablement à une intervention postérieure.

Josèphe nous rapporte qu'à la mort de Darius, « Xerxès, son fils » monta sur le trône. Il est possible que cette phrase soit une interpolation tardive, et que le nom de Xerxès, mentionné tout au long du récit, soit une « correction » apportée par un éditeur postérieur, remplaçant ainsi le nom d'Artaxerxès. Car par Xerxès, Josèphe désigne toujours l'Artaxerxès d'Esdras et de Néhémie. Selon Josèphe, c'est ce « Xerxès » qui remet à Esdras la lettre d'Esdras 7,12 commençant par : « Xerxès, roi des rois, à Esdras, prêtre ». Le 12 du premier mois de la septième année du règne de ce « Xerxès », ils partirent pour Jérusalem (cf. Esdras 8,31 ; 7,9 ). Suivent ensuite les événements relatés dans Esdras 9 et 10.

Néhémie est présenté comme échanson de ce « Xerxès ». La vingt-cinquième année du règne de ce « Xerxès », Néhémie monte à Jérusalem et y construit les murailles malgré l'opposition des Samaritains. Les murailles sont achevées la vingt-huitième année du règne de ce « Xerxès », et le chapitre se termine par ces mots : « Voici ce qui se passa au temps de Xerxès. »

Mais le « Xerxès » du Canon de Ptolémée, fils de Darius, n'a régné que 20 ans, et tous les événements attribués au règne du « Xerxès » de Josèphe sont, dans l'Écriture, attribués au règne d'« Artaxerxès ».

Dès lors, nous sommes contraints d'affirmer que soit (1) Josèphe utilisait le terme « Xerxès » comme synonyme d'Artaxerxès, que les érudits modernes identifient à Longimanus, auquel cas l'expression le désignant comme « fils de Darius » serait une interpolation tardive, voire une erreur de Josèphe lui-même ; soit (2) Josèphe faisait en réalité référence, sous le nom de « Xerxès », à Darius Hystaspe, et la première phrase des Antiquités juives, livre XI, chapitre V, qui décrit ce « Xerxès » comme un « fils de Darius », serait une interpolation tardive. En aucun cas, les événements que Josèphe attribue au règne de ce « Xerxès » ne concernent Xerxès, « fils de Darius », c'est-à-dire Xerxès des Thermopyles et de Salamine.

La confusion s'accentue au chapitre 6 : « Après la mort de Xerxès, le royaume fut transmis à son fils Cyrus, que les Grecs appelaient Artaxerxès. » Le lien de parenté évoqué ici désigne Artaxerxès Longimanus (464-424 av. J.-C.), mais cette phrase est probablement soit une interpolation tardive, soit le signe de l'incapacité de Josèphe à saisir le véritable sens du récit d'Esdras, Néhémie et Esther. En effet, cet « Artaxerxès » est immédiatement identifié à Assuérus d'Esther, que les érudits modernes identifient au « Xerxès » du Canon de Ptolémée. Il règne sur 127 provinces, de l'Inde à l'Éthiopie. La troisième année de son règne, il organise un festin somptueux à Suse. Il divorce de Vashti et épouse Esther, nièce de Mardochée. Haman complote contre les Juifs, est accusé par Esther et pendu ; sa charge est alors confiée à Mardochée. Le massacre a lieu le 13e jour d'Adar, comme prévu, mais les Juifs se défendent et la fête de Pourim est instituée.

Là encore, nous sommes contraints d'affirmer que soit (1) Josèphe utilisait le terme « Artaxerxès » comme synonyme d'Assuérus, que les érudits modernes identifient à Xerxès du Canon de Ptolémée, auquel cas l'expression « Cyrus, fils de Xerxès, que les Grecs appelaient Artaxerxès » serait une interpolation tardive, voire une erreur de Josèphe lui-même ; soit (2) Josèphe faisait en réalité référence, sous le nom d'« Artaxerxès », à Darius Hystaspe, et la première phrase des Antiquités, livre XI, chapitre VI, qui décrit ce « Cyrus, que les Grecs appelaient Artaxerxès » comme un « fils de Xerxès », serait une interpolation tardive. En aucun cas, les événements que Josèphe attribue au règne de cet « Artaxerxès, fils de Xerxès » ne concernent Artaxerxès Longimanus.

Au chapitre 7, on nous présente Bagoses, général d'un « autre » Artaxerxès. On prétend qu'il s'agit d'Artaxerxès II Mnemon (404-359 av. J.-C.), le règne de Darius II Nothus (424-404 av. J.-C.) étant totalement omis. Or, le mot « autre » n'apparaît pas chez Josèphe. La véritable lecture est « Bagoses, général du peuple d'Artaxerxès » (του λαού 'Αρταξερξου). Vossius « corrige » le texte par une pure conjecture, le transformant en « Bagoses, général d'un autre Artaxerxès » (του άλλου' Άρτα ξερξου ), afin d'y inventer un autre roi perse. Il invoque la version latine de Josèphe par Ruffinus. Or, (1) la traduction ne supporte pas l'interprétation qu'on lui donne, et (2) une lecture communément admise d'un auteur ancien ne saurait être modifiée sans l'appui d'un manuscrit fiable justifiant la correction, ce qui n'est pas le cas ici.

À ce propos, le Dr Prideaux a judicieusement observé : —

« Tout ce que Vossius dit à ce sujet ne peut être considéré que comme une conjecture, sur laquelle nous ne pouvons rien fonder de certain ; et il n’est jamais permis de modifier les auteurs anciens sur la seule base de conjectures, surtout lorsque le contexte permet une interprétation aussi bien l’une que l’autre ; car, puisque les diverses fantaisies des hommes peuvent conduire à diverses conjectures, si une telle liberté était accordée, des livres entiers pourraient ainsi être altérés et complètement défigurés par de telles corrections conjecturales ; et de nombreux bons auteurs en ont déjà trop souffert. »

« Modifier le texte d’un auteur en l’absence de toute preuve interne de corruption, simplement en raison d’une difficulté chronologique ou historique, est contraire à tous les principes d’une critique saine », déclare le chanoine Rawlinson.

Le roi qui succède à Cyrus, que les Grecs appellent Artaxerxès, est Darius, le dernier roi de Perse. Il est mentionné dans le paragraphe suivant et décrit comme un contemporain de Sanballat, de Néhémie d'une part, et d'Alexandre le Grand d'autre part. Josèphe rapporte qu'à cette époque, Alexandre le Grand traversa l'Hellespont, vainquit les généraux de Darius au Granique (334 av. J.-C.) et à Issos (333 av. J.-C.), prit Tyr et Gaza (332 av. J.-C.) et marcha sur Jérusalem.

Le grand prêtre Jaddua était en proie à une grande angoisse, mais averti par Dieu en songe, il alla à la rencontre d'Alexandre le Grand à son arrivée à Sapha, d'où l'on jouit d'une vue imprenable sur Jérusalem et le Temple. À la vue de la foule vêtue de blanc, des prêtres en lin fin et du grand prêtre paré de pourpre et d'écarlate, coiffé de sa mitre et portant la plaque d'or où était gravé le nom de Dieu, Alexandre se prosterna, adora le Nom et salua le grand prêtre. Flavius ​​Josèphe associe la mort de Sanballat à cette visite d'Alexandre à Jérusalem, en 332 av. J.-C.

Les règnes suivants sont tous entièrement omis de Josèphe : —

Darius II Nothus.......... 423-404

Artaxerxès II Mnémon........ 404-358

Artaxerxès III Ochus........ 358-327

Arogus ou Arses.......... 337-335

Ce fait n'est pas expliqué par Vossius et le Dr Hudson lorsqu'ils affirment que Josèphe écrivait l'histoire des Juifs et n'a abordé que les rois de Perse qui avaient des liens avec les Juifs.

En réalité, Josèphe, ou plutôt ses réviseurs tardifs, présentent Sanballat, contemporain de Néhémie en 445 av. J.-C., comme contemporain de Jaddua en 332 av. J.-C., après un intervalle de 113 ans, et font du fils de Joiada (Néhémie 13 28 ) son petit-fils. Les défenseurs modernes des dates ptolémaïques s'efforcent de préserver la chronologie en introduisant un second Sanballat.

Un examen plus approfondi de Josèphe montrera que, comme dans le cas des inscriptions cunéiformes, ses œuvres ne contiennent aucun matériau authentique pour une quelconque histoire de la Perse au-delà d'une ou deux générations après la fin du récit de l'Ancien Testament, dans la 34e année de Darius Hystaspe, en 488 avant J.-C. Josèphe confirme la chronologie de Daniel, qui abrège la durée de l'empire perse de 82 ans.

Son « Xerxès » n'est pas le Xerxès du Canon de Ptolémée, mais l'Artaxerxès d'Esdras 7 et de Néhémie, le Darius Hystaspe du Canon de Ptolémée. Son « Artaxerxès » n'est pas Artaxerxès Longimanus, et il est inexact d'affirmer, selon Flavius ​​Josèphe, qu'Esther était mariée à Artaxerxès Longimanus. Selon Josèphe, l'Artaxerxès qui épousa Esther était simplement Artaxerxès, un nom porté par plusieurs monarques perses, et certainement par Darius Hystaspe.

Il est vrai qu'il affirme que cet Artaxerxès qui a épousé Esther était le fils de « Xerxès », mais par « Xerxès », il entend très certainement l'Artaxerxès d'Esdras 7 et de Néhémie, que les érudits modernes identifient à Artaxerxès Longimanus, mais qui est en réalité Darius Hystaspes.

Selon Flavius ​​Josèphe, Darius Hystaspe a pour successeur « Xerxès ». On lui attribue l'ensemble des événements relatés dans Esdras 7 à Néhémie 13. Ce « Xerxès » a lui-même pour successeur « Artaxerxès ». C'est à son règne qu'on attribue l'intégralité des événements du livre d'Esther, et uniquement ceux-ci, qui se sont déroulés pour la plupart au cours de la même année. Josèphe ne nous donne par ailleurs aucune information sur d'autres rois perses, hormis Darius, tué par Alexandre le Grand.

Les apocryphes de l'Ancien Testament.

Les livres apocryphes de l'Ancien Testament conservent certaines identifications traditionnelles qui étaient en vigueur aux Ier et IIe siècles avant J.-C.

Dans 1 Esdras 3 1.2, l'Assuérus d'Esther est identifié à Darius Hystaspes.

Dans le livre de Tobit, c'est Salmanazar, « le père de Sennachérib », qui emmène Israël en captivité (et non Sargon comme l'indiquent les Monuments). Avant sa mort, Tobias apprit la destruction de Ninive, prise par Nabuchodonosor (Nabopolassar) et Assuérus (Achasuérus == Cyaxare).

Dans le reste du livre d'Esther, « Assuérus » est appelé « Artaxerxès » tout au long du texte.

Dans Bel et le Dragon, nous lisons que le roi Astyage (c'est-à-dire Darius le Mède) fut réuni à ses pères, et que Cyrus de Perse reçut le royaume.

Écrivains grecs.

Nos principales sources classiques pour la période de la captivité et du retour sont Hérodote, Ctésias et Xénophon.

Hérodote (484-425 av. J.-C.) est une source de référence pour la période de la grande guerre médique (490-485 av. J.-C.). Les récits qu'il livre sur des périodes antérieures et plus reculées, qu'il a reçus par tradition orale, ne sont pas toujours fiables. Il nous offre néanmoins un portrait saisissant des quatre premiers monarques perses.

(1) « Cyrus, le chef montagnard simple, robuste et vigoureux, doté d'une immense ambition et d'un grand génie militaire, se transformant, au fur et à mesure que son empire évoluait, en un monarque paternel bienveillant et amical, clément, spirituel, poli et proche de son peuple ; (2) Cambyse, la première forme du tyran oriental, héritant de la vigueur de son père et d'une grande partie de son talent, mais violent, téméraire, obstiné, incapable de se maîtriser, furieux face à l'opposition, non seulement cruel, mais brutal ; (3) Darius Hystaspes, le prince oriental modèle, brave, sagace, astucieux, grand dans l'art de la guerre et de la paix, organisateur et consolidateur autant qu'étendeur de l'empire ; et (4) Xerxès, la seconde et inférieure forme du tyran, faible et puéril autant que cruel et égoïste, inconstant, timide, licencieux et luxueux » (Introduction à l' Hérodote de Rawlinson).

Le récit d'Hérodote sur l'histoire ancienne de l'Assyrie et de la Médie, ainsi que son récit de la première histoire de Cyrus, ne peuvent être considérés comme authentiques. Son récit de la prise de Babylone par Cyrus (Hérodote, I, 191) est incompatible avec l'inscription sur cylindre de Cyrus, qui affirme l'avoir prise « sans combat ni bataille ». Il semble avoir inversé l'ordre des rois de Médie, Astyage et Cyaxare (Hérodote, I, 73, 107 ; cf. Cyropzie de Xénophon, livres I et VIII).

Nous ne disposons d'aucune donnée authentique permettant d'établir la vérité à ce sujet, mais le tableau présenté dans le volume II, Tables chronologiques, p. 54, illustre probablement les relations entre les familles et l'ordre de succession des rois de Babylonie, de Médie et de Perse, dans la mesure où cela peut être établi en démêlant l'écheveau complexe de témoignages contradictoires recueillis auprès de toutes les sources disponibles, y compris Hérodote, Xénophon, Ctésias, Bérose, Josèphe, Abydène, Syncelle, l'inscription sur cylindre de Cyrus et l'inscription de Behistun de Darius Hystaspes.

Au lieu de la succession proposée par Hérodote (Déiocès, Phraortès, Cyaxare, Astyage), nous adoptons celle de Xénophon, qui fait de Cyaxare (1) le fils d'Astyage Ier, (2) le frère de Mandane (mère de Cyrus), et (3) le père d'Astyage II (Darius le Mède). L'ordre de succession de Xénophon est donc : Déiocès, Phraortès, Astyage Ier, Cyaxare, Astyage II (Darius le Mède), et il concorde le mieux avec les écrits de Bérose, de Flavius ​​Josèphe et des livres de Daniel, de Tobit et de Bel et le Dragon. Les érudits hésitent à se départir d'une autorité aussi reconnue qu'Hérodote, mais il convient ici de l'écarter.

Edouard Meyer rejette malheureusement la véritable déclaration d'Hérodote selon laquelle Cyrus était le petit-fils d'Astyages Ier, comme légende (Encyclopaedia Britannica, neuvième édition, article « Astyages »).

Les récits de la naissance de Cyrus sont tout aussi contradictoires et, peut-être, en partie, mythiques. Son histoire entière est complexe et riche en légendes. Hérodote rapporte une tradition, mais affirme en avoir connu quatre autres. Selon l'une d'elles, il serait le fils de Mandane, fille d'Astyage, abandonné dans les montagnes, allaité par une chienne et élevé comme berger (Justin, Charon de Lampsaque, Élien et Hérodote). Dans le récit d'Hérodote lui-même, une femme, l'épouse du berger, remplace la chienne (Hérodote, I, 95, 122).

Selon le récit de Ctésias, Cyrus est le fils d'un brigand. Il entre à la cour d'Astyage, se lie d'amitié avec Ébarès, qui tue Astyage. La bataille décisive a lieu à Pasargades (Nicolas Damascène, Strabon, Justin, Photius).

Le récit de Xénophon est un récit idéal basé sur la connaissance personnelle des descendants ultérieurs de la famille royale perse, mais il préserve dans son roman historique le véritable ordre de succession des rois de Médie (Xénophon Cyropcédie, Livres i et viii).

Les récits de la mort de Cyrus sont tout aussi contradictoires que ceux de sa naissance et de sa vie. Il mourut en combattant les Massagètes (Hérodote), les Derbices (Ctésias), les Dahae (Bérose), ou encore paisiblement dans son lit (Xénophon).

Nous ne disposons donc d'aucune source originale contenant des données authentiques sur l'histoire de Cyrus dans la littérature classique.

Cambyse envahit et conquit l'Égypte en l'an 525 avant J.-C. Cambyse avait un frère appelé Tanaoxares (Xénophon), Smerdis (Hérodote), Mergis (Justin), Bardis (l'inscription de Behistun), qu'il fit mettre à mort.

En 522 av. J.-C., il fut incarné par Gomates, placé sur le trône par son frère Patizithes, que Cambyse avait laissé à la tête du gouvernement de l'Asie pendant son absence en Égypte.

Ces frères étaient des mages, et sont donc souvent appelés les Mages. Pseudo-Smerdis est également nommé Gomates (inscription de Behistun), Spendidates (Ctésias) et Orapastes (Justin), mais dans Esdras 4 7-23, il est désigné sous le nom d'Artaxerxès.

Que Cambyse soit Assuérus d'Esdras 4.6 et Pseudo-Smerdis Artaxerxès d'Esdras 4.7, on le déduit du fait qu'ils sont mentionnés dans ce chapitre comme les rois de Perse ayant régné entre Cyrus et Darius Hystaspe. Cette déduction est confirmée par l'emploi du terme « rois » en Esdras 4.13-22 au lieu de « roi », en référence à Pseudo-Smerdis et à son frère, qui détenait le véritable pouvoir et instigateur de toute l'intrigue. « Le pouvoir royal était détenu par les mages Patizithes et son frère » (Hérodote, III, 65).

Darius fut un grand conquérant. Il conquit l'Asie Mineure, l'Europe, l'Inde et les îles de la mer. En 494 av. J.-C., il envoya une expédition contre Athènes sous le commandement de son gendre Mardonius, mais ce dernier fut vaincu et contraint de rebrousser chemin (Hérodote, Livre VII). En 490 av. J.-C., une autre expédition, menée par Datis et Artapherne, fut anéantie lors de la célèbre bataille de Marathon. Darius se prépara alors à diriger une expédition en personne.

Il eut trois fils de sa première épouse, nés avant son accession au trône, et quatre autres d'Atossa, fille de Cyrus. Un différend successoral survint, tranché par Darius qui désigna son fils Xerxès comme successeur (Hérodote, Livre VI). Ces circonstances éclairent la mention du « royaume du roi et de ses fils » dans Esdras 7,23, et confirment l'identification d'Artaxerxès, mentionné dans Esdras 7 et Néhémie, avec Darius Hystaspe. Darius mourut subitement, au moment même où l'expédition était sur le point de partir, en 485 av. J.-C.

Xerxès résolut de poursuivre la guerre contre la Grèce. Il traversa l'Hellespont avec une armée de près de deux millions d'hommes, appuyée par 1 200 navires de ligne, et fut complètement défait aux Thermopyles, à Salamine et à Platées, en 480 av. J.-C.

Le reste de l'histoire de l'Empire perse demeure inconnu, faute de documents contemporains authentiques jusqu'à l'époque d'Alexandre le Grand.

Darius Hystaspes — Artaxerxès d'Esdras 7 et de Néhémie.

Il nous faut maintenant prouver que l'identification de Darius Hystaspes avec Artaxerxès d'Esdras 7 et de Néhémie est correcte. Sept preuves sont proposées : —

1. La continuité du récit.

Le livre d'Esdras-Néhémie est un seul livre, et le récit est continu de bout en bout, sauf qu'en Esdras 3.10-13, on trouve une référence anticipée à la pose des fondations du Temple, introduite par le mot «  quand », indiquant que les fondations du Temple n'ont pas été posées à ce moment-là (la deuxième année du règne de Cyrus), mais, comme le dit Aggée, la deuxième année du règne de Darius (Aggée 210.15.18.20 ). Comparer les passages suivants :

La continuité du récit d'Esdras et de Néhémie.

Ezra 4 24. Deuxième année de Darius — Début du Temple.
Ezra 6 15. 6e année de Darius — Le Temple est achevé.
Ezra 7 8-9. 7e année du règne d'Artaxerxès — Ezra arrive à Jérusalem.
Néh. 1 1. 20e année d'(Artaxerxès) — Rapport de Hanani.
Néh. 2 1. 20e année du règne d'Artaxerxès — Néhémie se rend à Jérusalem.
Néh. 5 14 13 6. 32e année du règne d'Artaxerxès — Néhémie retourne à Babylone.

La transition s'opère dans Esdras 6 14, où il nous est dit qu'Artaxerxès était un autre nom pour Darius, « Darius même Artaxerxès ».

2. L'âge d'Esdras.

Si l'Artaxerxès d'Esdras était Artaxerxès Longimanus (464-424 av. J.-C.), alors Esdras aurait eu 128 ans lorsqu'il serait venu de Babylone dans sa 7e année (pour être présent à la dédicace du Temple).

Car, comme le souligne Lumen dans le Prince de Juda, Ezra était le frère de Jehozadak.

 

Généalogie de Jehozadak.

1 Chroniques 6 3-15.

Généalogie d'Esdras.

Esdras 7 1-5.

  • 1. Aaron..

  • 2. Éléazar..

  • 3. Phinehas

  • 4. Abishua..

  • 5. Bukki..

  • 6. Uzzi..

  • 7. Zerahiah

  • 8. Meraioth

  • 9. Amariah Ier.

  • 10. Ahitub I.

  • 11. Zadok I.

  • 12. Ahimaaz

  • 13. Azariah Ier.

  • 14. Johanan

  • 15. Azariah II.

  • 16. Amariah II.

  • 17. Ahitub II.

  • 18. Zadok II.

  • 19. Shallum

  • 20. Hilkiah

  • 21. Azariah III.

  • 22. Seraiah

  • JEHOZADAK

  • Aaron..

  • Éléazar..

  • Phinehas

  • Abishua..

  • Bukki..

  • Uzzi..

  • Zérahiah

  • Meraioth

  •  —

  •  —

  •  —

  •  —

  •  —

  •  —

  • Azariah.

  • Amaria.

  • Ahitub.

  • Zadok.

  • Shallum.

  • Hilkiah.

  • Azariah.

  • Seraiah.

  • EZRA.

Dans Esdras 7, la généalogie est abrégée, mais elle suffit à l'usage auquel elle se réfère. Dans 1 Chroniques, elle est donnée intégralement. Seraya, père de Jozadak et d'Esdras, fut tué par Nabuchodonosor à Ribla la 19e année de son règne, en 586 av. J.-C. (2 Rois 25 8.18.21 ). Par conséquent, Ezra doit être né vers 586 av. J.-C. ou avant. Or, la septième année du règne d'Artaxerxès Longimanus correspond à 458 av. J.-C. Si l'Artaxerxès mentionné dans le chapitre 7 d'Ezra était bien Artaxerxès Longimanus, Ezra aurait dû avoir au moins 128 ans lorsqu'il arriva à Jérusalem la septième année du règne d'Artaxerxès Longimanus, et au moins 141 ans lorsqu'il participa à la procession de la dédicace du mur avec Néhémie, la vingtième année du règne d'Artaxerxès Longimanus, ce qui est absurde.

Mais l'Artaxerxès d'Esdras 7 est en réalité Darius Hystaspes, dont la 7e année était 515 avant J.-C., année où Esdras avait (au moins) 71 ans, et peut-être plus.

3. Vingt des trente prêtres et Lévites revenus avec Zorobabel la première année du règne de Cyrus, en 536 av. J.-C. (Néhémie 12 1-9 ), signèrent l'alliance avec Néhémie (Néhémie 10 2-10 ) la vingtième année du règne d'Artaxerxès Longimanus. Or, la vingtième année du règne d'Artaxerxès Longimanus correspond à 445 av. J.-C. Par conséquent, si l'Artaxerxès de Néhémie était Artaxerxès Longimanus, alors vingt de ces trente hommes étaient encore en vie 91 ans après leur arrivée à Jérusalem, bien qu'ils fussent tous chefs de famille à cette époque, ce qui est absurde. Mais l'Artaxerxès de Néhémie était en réalité Darius Hystaspe, et l'intervalle entre le retour avec Zorobabel, en 536 av. J.-C., et la 20e année du règne de Darius Hystaspe, en 502 av. J.-C., n'est que de 34 ans, période durant laquelle 10 de ces 30 chefs de famille étaient décédés. Voir tome II, Tables chronologiques, p. 53.

4. L'époque de Néhémie.

Néhémie revint avec Zorobabel (536 av. J.-C.), Esdras 2.2, Néhémie 7.7. Son nom figure en premier sur la liste après Zorobabel et Josué. Or, la 32e année du règne d'Artaxerxès Longimanus correspond à 433 av. J.-C. Par conséquent, si l'Artaxerxès dont parle Néhémie est bien Artaxerxès Longimanus, Néhémie aurait eu 103 ans de plus lors de son retour à Babylone, la 32e année du règne d'Artaxerxès Longimanus, que lors de son arrivée à Jérusalem, la 1re année du règne de Cyrus, en tant que chef du peuple. Mais l'Artaxerxès dont parle Néhémie est en réalité Darius Hystaspe, et lors de la 32e année de son règne (490 av. J.-C.), Néhémie n'avait que 46 ans de plus que lors de son arrivée à Jérusalem avec Zorobabel, la 1re année du règne de Cyrus.

5. Artaxerxès, le roi de Néhémie, régna 32 ans.

Puisque l'Artaxerxès d'Esdras 7 et de Néhémie n'était pas Artaxerxès Longimanus, et a fortiori pas un roi perse ayant régné après Artaxerxès Longimanus, il devait s'agir de Darius Hystaspes, car il a régné au moins 32 ans (Néh. 5 14, 13 6 ), ce qu'aucun autre roi perse avant Artaxerxès Longimanus, à l'exception de Darius Hystaspes, n'a fait.

6. Le témoignage de Josèphe, les apocryphes de l'Ancien Testament et le traité juif Sedar Olam.

Josèphe identifie l'Artaxerxès d'Esdras 7 à un roi perse (qu'il nomme Xerxès) ayant régné au moins 28 ans. Il ne peut s'agir du Xerxès du Canon de Ptolémée, car celui-ci n'a régné que 21 ans. Il s'agit donc nécessairement de Darius Hystaspe, et Josèphe (ou ses éditeurs postérieurs) se trompent en le désignant comme le « fils de Darius » (Hystaspe).

Dans le premier livre d'Esdras, Assuérus d'Esther est identifié à Darius Hystaspe, et dans le reste du livre d'Esther, il est appelé « Artaxerxès ». La tradition juive, telle qu'elle est présentée dans le traité juif Sedar Olam, identifie également l'Artaxerxès de Néhémie à Darius Hystaspe.

7. Preuves corroborantes.

La mention des « fils du roi » dans Esdras 7 corrobore l'identification d'Artaxerxès d'Esdras 7 avec Darius Hystaspe, car il avait plusieurs fils avant de devenir roi, qui ont disputé la succession avec ses fils issus de son second mariage avec Atossa, la fille de Cyrus, dont l'un fut désigné par Darius Hystaspe pour lui succéder, à savoir Xerxès.

La phrase entre parenthèses dans Néhémie 2.6, « la reine était aussi assise près de lui », fait probablement référence à Esther, avec qui Néhémie a pu communiquer au sujet de la situation à Jérusalem, et qui l'a peut-être encouragé et a influencé le roi en sa faveur. Or, ce roi a régné au moins 32 ans (Néhémie 13.6 ) et ne pouvait être ni Xerxès, qui n'a régné que 21 ans, ni aucun autre que Darius Hystaspe, souvent appelé Artaxerxès et Assuérus dans les textes apocryphes et chez Flavius ​​Josèphe.

Dans Esdras 10:44, on lit : « Tous ces hommes avaient pris des femmes étrangères, et certains d’entre eux avaient eu des enfants avec ces femmes. » Ceci corrobore l’identification d’Artaxerxès, à la septième année duquel se rapporte cette remarque, avec un roi de Perse ayant vécu plus près de l’époque du retour sous Zorobabel qu’Artaxerxès Longimanus.

Les listes généalogiques données dans Esdras et Néhémie confirment l'identification d'Artaxerxès (Esdras 7) et de Darius Hystaspe (Néhémie). L'hypothèse contraire impliquerait l'existence de deux Esdras, deux Néhémie, deux Mardochée, deux Sanballat, etc.

Pour toutes ces raisons, nous considérons comme correcte l'identification de l'Artaxerxès d'Esdras 7 et de Néhémie avec Darius Hystaspes.

Darius Hystaspes = Assuérus d'Esther.

Enfin, nous devons prouver que l'Assuérus d'Esther était aussi Darius Hystaspes.

Le livre d'Esther est une annexe relatant un épisode survenu à l'époque d'Esdras et de Néhémie. Le récit se déroule sur une année, la douzième d'Assuérus, mais il comporte également de brèves allusions à ses troisième, sixième et septième années. Il ne s'agit pas d'une suite du livre d'Esdras et de Néhémie, mais d'une illustration de l'époque où vécurent ces prophètes.

Nous identifions l'Assuérus d'Esther à Darius Hystaspe, et nous proposons les cinq preuves suivantes : —

1. L'époque de Mardochée.

Scaliger fut le premier à suggérer l'identification d'Assuérus d'Esther avec le Xerxès du Canon de Ptolémée, et cette hypothèse a été presque unanimement reprise par les érudits modernes. Or, Mardochée « fut emmené de Jérusalem avec les captifs qui avaient été emmenés avec Jekonia, roi de Juda, par Nabuchodonosor, roi de Babylone » (Esther 2 5, 6 ), vers 597 av. J.-C. Ce n'est que par une interprétation forcée que cette phrase peut s'appliquer à son arrière-grand-père Kish. Mardochée était premier ministre d'Assuérus la douzième année de son règne. Par conséquent, si Assuérus était Xerxès, la douzième année de son règne, en 474 av. J.-C., Mardochée aurait eu au moins 123 ans, ce qui ferait d'Esther une femme d'une grande beauté !

2. Le témoignage de Josèphe et les apocryphes de l'Ancien Testament.

Josèphe relate longuement l'histoire d'Esther, mais au lieu de parler d'Assuérus, il est fait mention d'« Artaxerxès » tout au long du récit. Or, Artaxerxès était l'un des noms de Darius Hystaspe, ainsi que de plusieurs autres monarques perses. Certes, Josèphe parle de cet Artaxerxès comme de « Cyrus, fils de Xerxès, que les Grecs appelaient Artaxerxès », mais s'il s'agit d'Artaxerxès Longimanus, alors Mardochée aurait 143 ans.

Dans 1 Esdras 3 1- 2, l'Assuérus d'Esther est identifié à Darius Hystaspes, et dans le reste d'Esther, il est appelé « Artaxerxès » tout au long du livre.

3. Assuérus « régna de l’Inde à l’Éthiopie, sur 127 provinces » (Est. 1 1 ).

Darius Hystaspe conquit l'Inde en 506 av. J.-C. Hérodote rapporte qu'il « établit vingt gouvernements, semblables à ceux que les Perses appellent satrapies, et nomma à chacun un gouverneur, fixant le tribut que devaient lui verser les différentes nations » (III, 89). Il les énumère ensuite, dressant une longue liste qui englobe presque toutes les nations d'Orient : l'Asie Mineure, la Phénicie, la Syrie, Chypre, l'Égypte, la Libye, Cyrène, Suse, Babylone, l'Assyrie, la Médie, l'Arménie, la Parthie… Toutes sont citées, avec le montant du tribut payé par chacune (III, 90-94). « Les Indiens, plus nombreux que toute autre nation que nous connaissions, payèrent un tribut supérieur à celui de tout autre peuple, à savoir 360 talents de poussière d'or. C'était la vingtième satrapie » (III, 95).

« Les Éthiopiens ne payaient pas de tribut fixe, mais apportaient des cadeaux au roi. Tous les trois ans, les habitants d'Égypte et de Nubie apportaient 2 quarts d'or vierge, 200 bûches d'ébène, 5 garçons éthiopiens et 20 défenses d'éléphant » (iii. 97).

Darius le Mède établit 120 princes sur son royaume (av. J.-C.), Dan. 6 1. À l'époque de Darius Hystaspe (av. J.-C.-521-485), l'empire s'était étendu à 127 provinces, qu'il divisa en 20 satrapies comme indiqué ci-dessus.

4. Assuérus « imposa un tribut sur le pays et sur les îles de la mer. » (Est. 10 1 ).

Après avoir énuméré les vingt satrapies de l'Empire et le montant du tribut versé par chacune d'elles, Hérodote conclut : « Tels étaient les revenus que Darius tirait d'Asie et d'une petite partie de la Libye. Plus tard, sous son règne, cette somme fut augmentée par le tribut des îles et des nations d'Europe jusqu'en Thessalie » (Hérodote, Livre III, 96).

Thucydide rapporte : « Les Ioniens avaient atteint une grande prospérité lorsque Cyrus et les Perses, après avoir renversé Crésus et soumis les pays situés entre eux et le fleuve Halys et la mer, leur firent la guerre et réduisirent en esclavage les villes du continent. Quelque temps plus tard, Darius, fort de sa flotte phénicienne, conquit également les îles. »

Hérodote (III, 96), Thucydide (Livre I) et Platon (Ménexène) rapportent tous que Darius Hystaspe soumit toutes les îles de la mer Égée. Diodore de Sicile (Livre XII) affirme quant à lui qu'elles furent toutes perdues de nouveau par son fils Xerxès avant la douzième année de son règne (474 ​​av. J.-C.), ce qui est tout à fait plausible après la défaite humiliante de ses nombreuses armées, tant sur terre que sur mer, aux Thermopyles, à Salamine et à Platées, en 480 av. J.-C. Les rois perses ultérieurs ne contrôlèrent aucune de ces îles, à l'exception de Clazomène et de Chypre (Xénophon, Helléniques, Livre V). Ceci est concluant, tant pour identifier Assuérus d'Esther à Darius Hystaspe que pour réfuter son identification à Xerxès ou à tout autre souverain perse ultérieur.

5. Les dates et les événements relatés dans Esther correspondent exactement aux dates et aux événements du règne de Darius Hystaspes.

Assuérus célébra son festin la troisième année de son règne (519 av. J.-C.). Darius Hystaspe consacra les deux premières années de son règne à renverser Gomates et les autres prétendants au trône de Perse. Babylone se révolta deux fois contre Darius, une première fois la première année de son règne et une seconde fois la quatrième. Lors de cette seconde révolte, le siège fut long et fastidieux, durant près de deux ans (Hérodote, III, 151). Ceci nous amène à la sixième année du règne de Darius, et explique pourquoi, bien que Vashti ait divorcé la troisième année, il n'épousa Esther que la septième année (Esther, 13 ; 216 ).

L'argument principal avancé par ceux qui identifient l'Assuérus d'Esther à Xerxès repose sur la similitude entre le caractère d'Assuérus et celui de Xerxès tel que dépeint par Hérodote et d'autres auteurs classiques. Or, rien dans le caractère d'Assuérus ne contredit ce que nous savons de Darius Hystaspe grâce à la littérature classique ; en effet, les références aux questions monétaires, au service postal et surtout à la bienveillance d'Assuérus envers les Juifs correspondent parfaitement à ce que nous savons de Darius le « bonimenteur », l'organisateur de l'Empire, et de Darius Artaxerxès lui-même, qui promulgua les décrets d'Esdras 6.6-12 et 7.12-26 relatifs à la reconstruction du Temple et au maintien de son culte. L'argument qui consiste à identifier Assuérus à Xerxès en se basant sur la similitude entre l'ancien nom perse Khshayarsha, l'hébreu Achashverosh et le grec Xerxès, ne tient pas, car le mot, sous quelque forme que ce soit et quelle que soit son orthographe, est simplement le mot « Shah », et pourrait s'appliquer à n'importe quel monarque ayant régné sur la Perse.

 

CONCLUSION.

Chapitre XXVII.

L'année de la naissance du Messie selon la prophétie de Daniel (an. hom. 4038).

« Les épicuriens sont dans l’erreur s’ils rejettent la providence dans la vie humaine et ne croient pas que Dieu prenne soin des affaires du monde, ni que l’univers soit gouverné et maintenu en existence par cette nature bienheureuse et immortelle, mais qu’il est porté par lui-même, sans maître ni conservateur. S’il était dépourvu de guide, comme ils l’imaginent, il serait comme des navires sans pilotes, que l’on voit sombrer sous l’effet des vents, ou comme des chars sans conducteurs, qui se renversent. Ainsi, le monde serait brisé en mille morceaux, porté par l’absence de providence, et périrait à jamais. Ceux qui affirment que Dieu n’exerce aucune providence sur les affaires humaines me semblent s’égarer profondément, car si le monde avançait par une nécessité mécanique, nous ne verrions pas toutes choses s’accomplir selon la prophétie de Daniel. » (Flavius ​​Josèphe, Antiquités judaïques, Livre X, Chapitre II, 7).

Nous avons retracé pas à pas les événements datés de l'Ancien Testament, depuis la création d'Adam jusqu'à la première année du règne de Cyrus, et au-delà, jusqu'à la fin du récit du retour. Chaque étape a été attestée et prouvée. Chaque obstacle a été surmonté. Chaque difficulté a été expliquée. Chaque problème a été résolu.

Le critère ultime de la vérité est la cohérence interne. Nous avons constaté que chaque énoncé chronologique de l'Ancien Testament est cohérent avec tous les autres énoncés chronologiques qu'il contient, et également cohérent avec tous les énoncés chronologiques figurant dans les inscriptions cunéiformes d'Assyrie, de Babylonie et de Perse.

Cela devrait nous permettre d'utiliser la chronologie biblique avec confiance, comme référence pour comparer et évaluer l'exactitude des affirmations et des conclusions tirées d'autres sources. Cela devrait également nous donner une certaine assurance quant aux grandes prédictions chronologiques des Écritures.

Car le monde dans lequel nous vivons est un monde d'ordre, et l'ordre est la preuve de l'intelligence, de la prévoyance et de la détermination.

Le dessein de Dieu dans la création et la rédemption nous est révélé, grâce à quoi nous pouvons interpréter l'histoire du passé, comprendre le sens du présent et anticiper la volonté et le dessein de Dieu pour l'avenir.

Si nous croyons véritablement en la souveraineté universelle de Dieu, nous devons admettre qu'il tient entre ses mains et contrôle par sa propre puissance le destin des hommes et des nations. Si cela est vrai des événements en général, cela l'est nécessairement de l'événement suprême de toute l'histoire : la venue du Messie et la rédemption du genre humain qu'il accomplit.

Notre schéma chronologique, tel que nous l'avons présenté jusqu'à présent, est incomplet. Il s'achève en cul-de-sac. Il ne nous mène nulle part. Il demeure un immense gouffre qu'il nous faut franchir pour achever le cycle et comprendre le sens des parties à la lumière de l'ensemble.

Ceci est fait pour nous dans le grand chapitre 9 de Daniel, qui nous permet de retrouver le compte perdu des années et de relier le présent à tous les faits et événements du passé, et au grand événement central de toute l'histoire, la rédemption de l'humanité par l'incarnation du Messie.

La révélation du moment précis de la mort du Messie est faite dans les quatre derniers versets de Daniel 9. Elle est faite par les paroles de l'ange Gabriel, le seul ange de son rang dont le nom nous soit connu, l'ange qui annonça à Marie, « comblée de grâce », l'approche de la naissance du Messie, comme il annonça à Daniel, « mon bien-aimé », le moment de sa mort.

L'expression « car tu es grandement aimé »  est l'équivalent exact de « tu es grandement favorisé » (κεχαριτωμένη ). Elle est utilisée trois fois à Daniel, et jamais à personne d'autre qu'à Marie, et Gabriel est le seul ange employé pour faire connaître aux hommes la révélation du mystère de la rédemption par l'incarnation du Fils de Dieu. 

Compte tenu du caractère singulier de la révélation accordée, nous ne devons pas être surpris de constater qu'elle contient non seulement l'annonce d'un grand événement, mais aussi la date précise où Dieu a ordonné qu'il se produise.

L'occasion de cette prophétie était tout à fait extraordinaire. Elle est datée de la première année du règne de Darius le Mède, année de la chute du grand empire babylonien en 538 avant J.-C., année inaugurale du second grand empire mondial des Mèdes et des Perses.

Daniel avait étudié les chapitres 25 et 29 du livre de Jérémie, et il y avait lu ces paroles : « Après 70 ans, je vous ferai revenir. » De la troisième année du règne de Jojakim – l’année où Daniel fut emmené en captivité, en 605 av. J.-C. – à la première année du règne de Darius, en 538 av. J.-C., il s’écoula 68 ans. Il savait donc qu’il était sur le point d’accomplir la prophétie. Aussi, il se tourna-t-il vers le Seigneur Dieu pour chercher, par la prière et la supplication, à connaître sa volonté. Il pria pour Jérusalem, la ville, le peuple, la montagne sainte et le sanctuaire désert. Et tandis qu’il parlait, la réponse lui parvint.

Soixante-dix-sept semaines – et non des semaines, car cela suggérerait une période de sept jours, alors que le mot employé signifie simplement septa, sept ; la nature de ce chiffre sept doit être déduite du contexte. Il s'agit ici des soixante-dix ans de la prophétie de Jérémie, durant lesquels les Juifs devaient être en captivité, et ces soixante-dix semaines doivent donc être interprétées aussi comme des années. Soixante-dix semaines sont fixées pour la ville sainte. Les relations de Dieu avec les Juifs et leur ville devaient s'étendre sur une période de 490 ans.

Sachez donc et comprenez que, depuis le moment où fut donné l'ordre de restaurer et de rebâtir Jérusalem jusqu'à l'avènement du Messie, le Prince, il y aura sept semaines (49 ans) et soixante-deux semaines (434 ans). La rue sera rebâtie, et le mur aussi, même en des temps difficiles. Après ces soixante-deux semaines, le Messie sera retranché. D'autres événements suivront, et il reste encore sept ans avant que ne s'achève la période entière des relations de Dieu avec son peuple sur sa terre. Cependant, les données nécessaires à notre chronologie sont contenues dans les paroles précédentes. De « l'ordre donné de restaurer et de rebâtir Jérusalem » à « la mort du Messie », il s'écoule une période de 49 + 434 = 483 ans.

Le seul point à déterminer est le moment précis où le commandement a été promulgué.

Ce commandement est incontestablement la proclamation de Cyrus la première année de son unique règne, en 536 av. J.-C. Cela est prouvé de manière concluante par 2 Chroniques 36,20-23. Daniel avait à l'esprit l'accomplissement des soixante-dix années de servitude à Babylone et sa fin par la promulgation d'un édit du roi de Perse accordant aux Juifs la liberté de rentrer chez eux.

« Ils furent à son service et à celui de ses fils jusqu'au règne du royaume de Perse », c'est-à-dire jusqu'au 1er Cyrus, 536 av. J.-C. « Afin d'accomplir la parole du Seigneur prononcée par Jérémie, jusqu'à ce que le pays ait joui de ses sabbats ; car, tant qu'il fut désolé, il observa le sabbat, jusqu'à ce que soixante-dix ans soient accomplis. »

« La première année du règne de Cyrus, roi de Perse, afin que s'accomplisse la parole de l'Éternel prononcée par la bouche de Jérémie, l'Éternel inspira Cyrus, roi de Perse, qui fit proclamer dans tout son royaume et mit par écrit ce qui suit : Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : L'Éternel, Dieu du ciel, m'a donné tous les royaumes de la terre ; et il m'a ordonné de lui bâtir une maison à Jérusalem, qui est en Juda. »

La construction du Temple impliquait celle de la ville et des murailles. Cyrus a tiré sa connaissance de l’« ordre » de construire une Maison d’Isaïe 44.28 à 45.13, ce qui explicite ce qui est sous-entendu dans ses paroles : « Moi, Cyrus… j’accomplirai toute ma volonté ; je dirai à Jérusalem : Tu seras rebâtie ; et au Temple : Tes fondations seront posées… Je l’ai suscité (Cyrus) dans la justice, et je dirigerai toutes ses voies ; il rebâtira ma ville, et il libérera mes captifs. »

La prophétie ne fut pas démentie. Le peuple revint, la ville fut rebâtie, et leurs ennemis les accusèrent, sans doute à juste titre, d'avoir construit ce qu'ils appelaient « la ville rebelle et mauvaise », et d'en avoir érigé les murailles et consolidé les fondations (Esdras 4.12 ). Le peuple habitait des « maisons couvertes » (Aggée 1.4 ). Tatnaï se rendit à Jérusalem et leur demanda : « Qui vous a ordonné de bâtir ce Temple et d'édifier ces murailles ? » (Esdras 5.3 ). Esdras retourna à Jérusalem avant même que Néhémie n'ait reçu l'autorisation d'y retourner pour la rebâtir, et il remercia Dieu car le Temple était reconstruit, les ruines réparées, et une muraille avait été donnée à Jérusalem dès la septième année du règne de Darius Hystaspe, également connu sous le nom d'Artaxerxès (Esdras 9.9 ).

Voici l'interprétation simple, évidente et, en réalité, la seule possible de cette prophétie. Ces paroles furent prononcées la première année du règne de Darius, en 538 av. J.-C., à propos d'une ville alors en ruines. La « rue » désignait le vaste espace vide où se dressaient autrefois les maisons, la zone entourée par les remparts. Ces remparts constituaient la défense protectrice de la ville. Tous deux devaient être reconstruits, même en des temps troublés.

Le commandement de restaurer et de rebâtir Jérusalem ordonnait de reconstruire les maisons et les murailles, de repeupler la ville et de rebâtir le Sanctuaire. Le seul événement majeur, et le seul dans l'histoire des Juifs qui corresponde à la prophétie, est le retour des 42 360 exilés sous la conduite de Zorobabel et de Josué, la reconstruction de la ville et du Sanctuaire, et la sécurisation de ces derniers par l'érection des murailles protectrices.

Aucun des chronologues n'a pu adopter cette interprétation car, bien qu'ils en aient perçu la vérité, ils n'ont pas été capables de se défaire de la tyrannie du système chronologique ptolémaïque.

Ainsi, Prideaux affirme : « Jérusalem fut reconstruite en vertu du décret accordé par Cyrus la première année de son règne, et si les paroles de la prophétie « restaurer et rebâtir Jérusalem » doivent être comprises au sens littéral, elles ne peuvent désigner d’autre restauration et reconstruction de cette ville que celle accomplie en vertu de ce décret, et le calcul des 70 semaines doit commencer à partir de la date de son octroi et de sa mise en application. » (Pourquoi pas ?)

« Mais si le calcul est effectué à un niveau aussi élevé, les 490 ans des 70 semaines en question ne peuvent pas être suffisamment réduits pour atteindre l'un des événements prédits par cette prophétie. »

Il rejette donc cette interprétation de la prophétie, « car si les 490 ans commencent à partir du décret de Cyrus, ils ne peuvent, de nombreuses années de plus, atteindre les événements prédits par cette prophétie, et par conséquent, personne ne comprend que cette prophétie se rapporte soit à l'extermination, soit à la venue du Messie, et ne commence donc à partir de là, car selon ce calcul, aucune chronologie ne peut jamais concilier ces années avec la venue ou l'extermination du Messie. »

Benjamin Marshall s'inscrit dans la même veine et effectue le calcul suivant : —

7X7 = 49 ans.

62 X 7 = 434 ans.

Total 483 ans.

Or, le commandement de Cyrus fut promulgué en 536 av. J.-C., et ces 483 années ne nous amènent qu'à 53 av. J.-C. Marshall situe la mort du Christ en 33 apr. J.-C., ce qui porte l'intervalle à 86 ans de trop. S'il l'avait située en 29 apr. J.-C. au lieu de 33, l'intervalle aurait été de 82 ans, soit précisément le nombre d'années qui séparent la chronologie ptolémaïque de la vérité.

En substance, Marshall et Prideaux affirment ceci : puisque le Messie n'a été retranché que 82 ans après la date exprimée dans la prophétie, en comptant à partir de la promulgation du commandement de Cyrus selon la chronologie infaillible du Canon de Ptolémée, la promulgation de ce commandement n'était donc pas l'événement envisagé par la prophétie, et il nous faut chercher un autre point de départ.

En réalité, ce n'est pas le point de départ du calcul, mais la chronologie ptolémaïque qui est erronée, et ce, de seulement 82 ans.

D'autres chronologues partagent le même avis concernant l'abandon du décret de Cyrus, av. J.-C., comme point de départ du calcul, mais ils divergent sur le choix d'un point de départ alternatif.

Au total, quatre décrets sont mentionnés dans les livres d'Esdras et de Néhémie, chacun ayant trouvé ses partisans, à l'exception du décret de Cyrus, auquel la prophétie fait réellement référence. Les voici :

Les quatre décrets, dont l’un doit être identifié au « commandement de restaurer et de rebâtir Jérusalem » (Dan. 9 25 ).

1er Cyrus à la Crucifixion — 536 + 32 = 568 ans.

2e Darius à la Crucifixion — 520 + 32 — 552 ans.

7e Artaxerxès à la Crucifixion — 458 + 32 = 490 ans.

20e Artaxerxès à la Crucifixion — 445 + 33 = 478 ans == 483 années chaldéennes de 360 ​​jours chacune.

Le décret de Darius est celui donné lors de la 2e, 3e ou 4e année de son règne (Esdras 4.24, 6.1-12 ). Il est rejeté pour la même raison que celui de Cyrus : son incompatibilité avec la chronologie ptolémaïque établie.

Le Dr Prideaux déclare : « Les soixante-dix semaines de cette prophétie ne pouvaient commencer avec ce décret, pour la même raison qu'elles ne pouvaient commencer avec le décret de Cyrus, c'est-à-dire parce que les 490 ans, en comptant à partir de la promulgation de ce décret, ne peuvent atteindre les principaux événements qui, selon cette prophétie, sont censés se produire durant cette période, à savoir la venue et l'extermination du Messie. »

Marshall calcule — le décret de Darius a été promulgué lors de sa 2e année, en 520 avant J.-C., et ces 483 années ne nous amènent qu'à 37 avant J.-C.

Le décret de la 7e année d'Artaxerxès est défendu par le Dr Prideaux. Son point de départ est la 7e année d'Artaxerxès Longimanus, soit 458 av. J.-C. Son point d'arrivée est la mort du Christ, qu'il situe en 33 apr. J.-C. Il divise les 490 ans comme suit : —

Interprétation de Marshall de Daniel 9 24-27.

7 x 7 = 49 ans jusqu'à la reconstitution de l'Église et de l'État juifs à Jérusalem.

62 X 7 = 434 ans jusqu'à la première apparition du Messie en la personne de son précurseur, Jean-Baptiste.

1 X 7 = 7 ans, à savoir.   Ministère de 3 ans et demi de Jean-Baptiste et
    Ministère de Jésus-Christ de 3 ans et demi.

Soixante-dix-sept ans au total, soit 490 ans.

Selon Marshall, le décret d'Artaxerxès a été promulgué lors de sa 7e année — 458 av. J.-C., et à partir de ce point, 483 ans nous amènent à 21 apr. J.-C.

Dans les trois cas, le point de départ est trop ancien. Il ne remonte pas jusqu'à la date de la mort du Christ, bien que Prideaux élargisse la période en interprétant le mot « après » comme signifiant non pas immédiatement après, mais quelque temps après les 62 semaines, « le Messie sera retranché ».

Le décret de la vingtième année d'Artaxerxès est préconisé par Petavius, Ussher, Lloyd, Marshall et la plupart des étudiants actuels de la prophétie de Daniel.

Comme les trois premiers décrets ne correspondent pas à la date présumée de la mort de notre Seigneur, en l'an 33, celui-ci ne la correspond pas non plus. En conséquence, divers procédés sont utilisés pour calculer les années de manière à les faire concorder avec la prophétie.

Petavius ​​commence son récit avec la 20e année du règne d'Artaxerxès, soit 454 av. J.-C. (au lieu de 445 av. J.-C.), et gagne ainsi neuf ans en supposant qu'Artaxerxès commença à régner comme co-roi avec son père Xerxès à cette date. Il justifie cette approximation par la fuite de Thémistocle à la cour d'Artaxerxès Longimanus, datée par Thucydide et Charon de Lampsaque de 471 av. J.-C.

Ussher partage le même avis, mais il fait mourir Xerxès après un règne de 12 ans au lieu de 21, et attribue à Artaxerxès Longimanus 50 ans au lieu de 41. Pour récupérer 4 de ces 9 années, Ussher et Petavius ​​supposent tous deux que la mort du Christ, en 33 ap. J.-C., a eu lieu au milieu de la dernière semaine de 7 ans — ils calculent donc 69,5 x 7 = 486,5, soit environ 487 ans entre 454 av. J.-C. et 33 ap. J.-C.

Lloyd recourt à un autre expédient pour éliminer les cinq années superflues qui s'ajoutent aux 478 années comprises dans la période allant du 20e anniversaire du règne d'Artaxerxès (445 av. J.-C.) à la mort du Christ (33 ap. J.-C.). Il considère que les 483 années de Daniel correspondent à des années chaldéennes de 360 ​​jours chacune, et comme 69 années juliennes ordinaires de 365 jours et un quart équivalent à 70 années chaldéennes de 360 ​​jours, les 483 années chaldéennes de Daniel correspondent à près de 477 années juliennes ordinaires. Il élimine ainsi six années. Il lui en manque alors une. Pour la récupérer, il explique que les 483 années de 360 ​​jours s'achèvent le 18 mai 32 ap. J.-C., et que la mort du Christ a eu lieu la Pâque suivante.

Marshall est d'accord avec Lloyd sur tous les points, sauf qu'il applique les 7 x 7 = 49 premières années à la période de construction de Jérusalem, tandis que Lloyd les applique à la durée de la continuité de la prophétie, qui se termine donc avec Malachie, 445 - 49 = 397 (comptage inclus) ; d'où la date 397 avant J.-C. dans la marge de la version autorisée de Malachie 1 1.

Ussher, Lloyd, Marshall. Cet ordre représente la succession orthodoxe des chronologistes bibliques. Ussher a posé les fondements de la chronologie biblique dans ses Annales de l'Ancien et du Nouveau Testament. Lloyd les a adoptés avec quelques modifications, les a imprimés pour la première fois en marge de la Bible de Lloyd en 1701, et les a expliqués : (1) dans ses Tables à la fin de sa Bible ; (2) dans ses Tables chronologiques, imprimées mais jamais publiées (conservées au British Museum) ; et (3) dans des documents privés transmis au public par son aumônier, Benjamin Marshall, dans ses Tables chronologiques avec un appendice au Tableau 3, et l'intégralité du Tableau 4, par Lloyd, évêque de Worcester, publiés en 1713. L'évêque Lloyd a publié une Exposition de la prophétie des soixante-dix semaines, et Benjamin Marshall un Traité chronologique des soixante-dix semaines de Daniel. Ces ouvrages, ainsi que le Lien historique de l'Ancien et du Nouveau Testament de Prideaux, constituent les ouvrages de référence sur le système orthodoxe de la chronologie biblique. Ils présupposent tous l'infaillibilité du Canon de Ptolémée et déforment leur interprétation de la chronologie de l'Ancien Testament pour la faire concorder avec celui-ci.

L'élément miraculeux dans le livre de Daniel.

Le caractère exceptionnel du livre de Daniel, et en particulier de la prophétie datée de Daniel 9, s'explique par la profondeur et la beauté de son thème. Dieu y révèle aux hommes le but ultime et central de l'histoire humaine : la rédemption du genre humain par l'incarnation et la mort de son Fils bien-aimé.

Cela implique un examen de l'ensemble de l'histoire humaine et une preuve claire et convaincante que Dieu est un facteur réel, non seulement parmi d' autres, mais le facteur suprême, englobant et maître de tout. Lui qui, tout en accordant aux hommes une parfaite liberté de choix et de volonté, toujours dans certaines limites, détermine néanmoins lui-même quelles seront ces limites, la durée, la profondeur et l'étendue du cours du temps, portant en son sein les navires des nations chargés de leurs affaires humaines.

Le panorama de l'histoire humaine à travers le temps se révèle dans le songe de Nabuchodonosor et la vision complémentaire des quatre bêtes chez Daniel, où se dessinent l'ascension et la chute des empires babylonien, médo-perse, grec et romain. Le conflit plus immédiat entre la Perse et la Grèce est illustré par la vision du bélier et du bouc chez Daniel, tandis que plus tard, la révélation de « l'Écriture de vérité » nous présente le récit du conflit entre la Syrie et l'Égypte, la persécution d'Antiochus Épiphane et l'émergence du puissant empire romain.

Mais tout ceci n'est qu'un prélude à la venue du Fils de l'homme et à l'établissement du Royaume de Dieu.

De même, les histoires de Shadrach, Meshach et Abed-Nego dans la fournaise ardente, et de Daniel dans la fosse aux lions, visent à transmettre l'enseignement que, entre les mains de Dieu, toutes les forces matérielles sont fragiles et malléables. Les événements sont produits par des causes qui semblent totalement inexplicables, car Dieu agit au cœur de ces événements, dirigeant, contrôlant, protégeant et soumettant toutes les forces de la nature, et coordonnant les volontés obéissantes et réfractaires des hommes pour atteindre ses propres desseins.

Ainsi, nous comprenons que nous sommes entre les mains de Celui qui chérit et met en œuvre sans cesse un dessein d'amour saint, et qui agit à sa guise envers nous, et non l'inverse.

De ce point de vue, l'élément de l'extraordinaire, du miraculeux, du surnaturel, qui occupe une place si importante dans le Livre de Daniel, apparaît tout à fait en accord avec le thème du Livre, créant une atmosphère dans laquelle la révélation impressionnante de la souveraineté universelle et de l'activité immédiate et miraculeuse, ainsi que de l'activité médiate et continue de Dieu, est portée à la connaissance de l'intellect et de la conscience, du cœur et de la volonté.

La prodige de la prédiction de la date exacte de la naissance du Messie est d'autant plus facile à croire que tous les événements marquants de l'histoire humaine, tout au long du cours du temps, sont abordés à mesure que la vision se développe, et lorsque le Messie apparaît enfin, il atteste le caractère prophétique du Livre qui contient la vision et accompagne son explication de la prophétie de ce conseil impressionnant : « Que celui qui lit comprenne » (Matt. 24, 15 ).

Nous achevons notre chronologie de l'Ancien Testament comme suit : —

DATES BIBLIQUES

Du Retour au Messie.

Selon le texte hébreu de l'Ancien Testament.

 

  3589.   1ère année du règne unique de Cyrus (voir chapitre 24).

Ajoutez 482 ans à la crucifixion.

De la première année de Cyrus à la retranchement du Messie = 483 ans, Dan. 9 25.

    7 X7 = 49
    62 X7 = 434
      483
      1 Déduire 1 pour le calcul inclusif.
  482.   48 2
  4071.   Messie retranché. Date de la crucifixion du Christ.
     

Déduisez 33 ans à la date de naissance réelle du Christ.

Jésus avait environ 30 ans lorsqu'il a commencé son ministère (Luc 3, 2, 3 ).

Son ministère a duré environ 3 ans.

1ère Pâque lors de laquelle il commença son ministère Jean 2 23.

La deuxième Pâque, au cours de laquelle il commença son ministère Jean 5 1.

3e Pâque lors de laquelle il commença son ministère Jean 6 4.

La quatrième Pâque, jour où il fut crucifié. Jean 12, 1.

  33.  
  4038.  

Date de naissance réelle de notre Seigneur — 25 décembre 5 av. J.-C. (voir la Vie de notre Seigneur par Andrews).

Ajoutez 4 ans à la fin de l'an 1 avant J.-C. et au début de l'ère chrétienne, Anno Domini.

  4.  
un. hom.  4042. ==

BC 1; et an. hom. 1 = BC 4042, selon la chronologie de l'Ancien Testament.

NB — Selon la chronologie ptolémaïque reçue, an. hom. 1 = 4124, une différence de 82 ans.

Le Messie est apparu à la saison fixée et a été retranché 483 ans après la promulgation du commandement de Cyrus de restaurer et de reconstruire Jérusalem au cours de la première année de son unique règne, en 536 avant J.-C.

La chronologie des Juifs est indiquée dans les principes des Hérodiens, qui savaient que le temps de l'apparition du Messie était proche et qui, conformément à leur conception grossière et mondaine de son Royaume, considéraient Hérode lui-même, le bâtisseur du Temple, comme le Messie (Épiphane, Ilapapiap, Le Coffre à pharmacie, réfutation de toutes les hérésies ; Tertullien, De prascriptione luzreticorum).

Ils calculèrent correctement les soixante-dix-sept années à partir du règne de Cyrus et estimèrent que la période de 490 ans approchait de son terme au temps d'Hérode, époque à laquelle naquit le Messie. Mais lorsque le véritable Messie fut rejeté et que le temps de sa venue fut passé, ils falsifièrent leur chronologie et raccourcirent la durée du royaume de Perse afin de pouvoir appliquer la prophétie à Theudas et Judas de Galilée (Actes 5, 36-37 ), puis finalement à Bar Cochab. Ainsi, le décompte des années fut perdu, jusqu'à ce qu'il soit rétabli de manière erronée par l'astrologue païen Ptolémée.

Les mages venus d'Orient attendaient le Messie à cette époque, et leur interprétation de l'apparition de l'étoile en Orient a peut-être été aidée par une connaissance transmise par Daniel, ou par un autre membre de la foi juive, qui les a instruits sur les prophéties concernant l'étoile qui devait sortir de Jacob (Nombres 24 17 ) et le moment de son apparition vers la fin des 70 semaines de Daniel.

L'attente générale des Juifs était que le Messie soit proche ; le temps de son apparition était venu. C'est pourquoi ils envoyèrent des prêtres et des Lévites auprès de Jean-Baptiste pour lui demander : « Qui es-tu ? » « Et il confessa, et ne le nia point, mais confessa : Je ne suis pas le Messie » (Jean 1,19.20 ). Beaucoup de ceux qui l'entendirent et virent ses œuvres dirent : « C'est véritablement le prophète qui devait venir dans le monde » (Jean 6,14 ; 7,40 ). Jean-Baptiste comprenait la chronologie de la prophétie de Daniel et en fit l'un des fondements de son appel : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche » (Matthieu 3,2 ). Plus tard, lorsqu'il entendit en prison parler des œuvres du Christ, il envoya deux de ses disciples lui demander : « Es-tu celui qui devait venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Matthieu 11,3 ).

Mais l’énoncé le plus précis et le plus spécifique de l’intervalle entre la promulgation du commandement et l’apparition du Messie est donné dans le message d’ouverture de Jésus lui-même, dans lequel il frappe les trois grandes notes de cloche de l’Évangile (Marc 1 15 ).

« Le temps est écoulé… »

Le Royaume de Dieu est proche :

Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle.

Il existe une correspondance extrêmement précise entre les autres prophéties de Daniel et leur accomplissement. Comparons, par exemple, la prophétie des quatre grands rois de Perse (Dan. 11 2 ) et l'apparition de Cyrus, Cambyse, Darius et Xerxès ; la vision du bélier et du bouc (Dan. 8) et son accomplissement lors de la conquête de l'Asie par Alexandre le Grand ; la prophétie du roi puissant (Dan. 11 3 ) et l'apparition d'Alexandre le Grand ; la prophétie du conflit entre le roi du Nord et le roi du Sud (Dan. 5 19 ) et les guerres entre les Séleucides de Syrie et les Ptolémées d'Égypte ; la prophétie de l'ascension de l'homme vil (Dan. 11 21 ) et la persécution d'Antiochus Épiphane. la prophétie de son échec et mat par l'arrivée des navires de Chittim (Dan. n 30 ), et la bannière de Rome jetée autour du jeune Ptolémée ; et puis la vision finale du temps de trouble tel qu'il n'y en eut jamais, vue à travers la brume qui enveloppe les collines lointaines qui bordent le pays de l'éternité, où beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière s'éveillent, « les uns pour la vie éternelle et les autres pour la honte et le mépris éternel » (Dan. 12 2 ).

La perversion de cette ancienne prophétie en un « vaticinium post eventum et ex eventu » trouve son origine dans l'attaque de Porphyre, l'ennemi mortel de la foi chrétienne. Elle a semé l'incrédulité à travers les âges et résonne encore parmi nous aujourd'hui. Mais ceux dont la compréhension des voies de Dieu est claire et profonde, et dont la relation avec Dieu est intime et sûre, verront dans ces prophéties et leur accomplissement une confirmation de leur foi en l'intégrité incorruptible de la Parole de Dieu.

La disparition du Messie, au moment précis où elle avait été prédite, est devenue le pivot de l'histoire du monde, et sa naissance l'époque centrale de sa chronologie.

« Me voici. » Athanase contre le monde. La chronologie reçue est fausse. La chronologie de l'Ancien Testament est vraie.

Chapitre XXVIII.

Chronologie comparée.

L'année de la naissance du Messie selon le Canon de Ptolémée, an. hom. 4120.

Claude Ptolémée, fondateur de l'astronomie ptolémaïque, supplantée par le système copernicien en 1530 après J.-C., date à laquelle Nicolas Copernic (1473-1543) publia son œuvre majeure, De Orbium Revolutionibus, vécut à Alexandrie, en Égypte, au IIe siècle après J.-C. Homme de grande érudition et de génie, il appréhendait les phénomènes célestes et les intégra dans un système si complet que l'astronomie ptolémaïque exerça une influence considérable en Europe pendant quatorze siècles. Pourtant, l'astronomie copernicienne, qui place le Soleil au centre du système solaire, avait été enseignée dans ses fondements par Pythagore (582 av. J.-C. - 500 av. J.-C.), qui expliqua les mouvements des astres dans son ouvrage Harmonie des sphères, quelque six siècles avant la naissance de Ptolémée.

L'astronomie ptolémaïque a disparu. Mais la chronologie ptolémaïque demeure. Et puisque le décompte précis des années de la période perse, entre Darius Hystaspe et Alexandre le Grand, est perdu, personne ne pourra jamais remplacer la chronologie erronée de Ptolémée par une chronologie correcte de cette période, à moins que cette lacune ne soit comblée par la découverte de monuments antiques de cette époque en Orient.

L'une des raisons pour lesquelles le Canon de Ptolémée a conservé une telle influence sur la pensée moderne tient à l'absence de tout autre système permettant de relier le Ve siècle avant J.-C. au IIe siècle après J.-C. Tous les autres systèmes échouent au même point. Pour la période perse tardive, Ptolémée est le seul témoin, son Canon le seul lien entre les événements de l'Antiquité et ceux de l'époque moderne.

Son Canon existe sous trois formes. L'original authentique se trouve chez Théon, successeur de Ptolémée à la chaire d'astronomie d'Alexandrie. Deux autres listes de règnes, fondées sur le Canon de Ptolémée, sont conservées par Syncelle (792 ap. J.-C.) : le Canon astronomique et le Canon ecclésiastique. Dans ces listes, les noms et les dates sont corrigés, interpolés et modifiés de manière à présenter, sous forme de tableau, les conceptions chronologiques de Syncelle.

Une autre raison de la grande estime dont jouit le Canon de Ptolémée tient à la quasi-infaillibilité attachée à une démonstration mathématique, et que les lecteurs de Ptolémée ont étendue à toutes les inférences et conclusions contenues dans son Canon.

La méthode de Ptolémée pour déterminer les dates est la méthode astronomique du calcul des éclipses. Il avait également accès aux informations contenues dans Bérose (356-323 av. J.-C.). Il fonda sa chronologie sur les calculs d'Ératosthène (276 av. J.-C.) et d'Apollodore (IIe siècle av. J.-C.), et disposait de toutes les informations contenues dans Diodore de Sicile (actif vers 8 apr. J.-C.), ainsi que de toute la littérature grecque, romaine et alexandrine.

L'essentiel à retenir est qu'il ne s'agit pas d'une autorité de première main, ni d'un témoin relatant des événements contemporains, et encore moins d'une référence permettant de corriger d'autres témoins. C'est un compilateur tardif, ayant vécu au IIe siècle de notre ère, qui a élaboré une chronologie couvrant près de mille ans, de 747 avant J.-C. à 137 après J.-C.

Prideaux place l'autorité du Canon de Ptolémée au-dessus de celle de tout autre auteur humain. Il dit :

« Le canon de Ptolémée étant établi par les éclipses, sa véracité peut être démontrée à tout moment par des calculs astronomiques, et nul n'a jamais calculé ces éclipses sans constater qu'elles se produisent aux dates indiquées ; et, par conséquent, étant le guide le plus sûr dont nous disposons en matière de chronologie, et étant également vérifié par sa concordance partout avec les Saintes Écritures, il ne saurait être remis en cause par l'autorité d'aucun autre auteur humain. »

Lloyd et Marshall en parlent en des termes similaires. Halma le considère comme « le monument antique le plus précieux ».

L'examen du tableau des éclipses, compilé à partir des œuvres de Ptolémée par M. Halma, montre que si des éclipses sont consignées lors des 1re et 2e années de Merodach-baladan (19 mars 720, 8 mars 719 et 1er septembre 719), de la 5e année de Nabopolassar (22 avril 600), de la 7e année de Cambyse (16 juillet 522) et des 20e et 31e années de Darius Hystaspe (19 novembre 501 et 25 avril 490), dès que l'on atteint ce point, où le récit de l'Ancien Testament s'achève et où commence la période perse tardive, aucune éclipse n'est enregistrée, de la 31e année de Darius à l'archontat de Phanostrate, et par conséquent aucune donnée astronomique permettant de les dater. fixer la durée des règnes des rois de la période perse tardive.

Hormis trois éclipses enregistrées par les Chaldéens le 23 décembre 381 et le 18 juin 380, sous l'archontat de Phanostrate, et le 10 décembre 380, sous l'archontat d'Évandre, il n'existe aucune éclipse enregistrée de la 31e année de Darius à la mort d'Alexandre le Grand.

Le Canon de Ptolémée est compilé à partir de documents chaldéens qui ne recensent que les éclipses de lune, les astronomes chaldéens étant incapables de calculer les éclipses de soleil.

Ainsi, pour l'élaboration de la partie du Canon de Ptolémée couvrant l'intervalle de 109 ans entre 490 et 381 av. J.-C., les éclipses font totalement défaut, et Ptolémée doit se rabattre sur les mêmes sources que les autres chronologues. Là même où l'Ancien Testament, les apocryphes, Flavius ​​Josèphe, les classiques, les inscriptions cunéiformes de Perse et les tablettes de Babylone échouent, Ptolémée échoue également. Ces 82 années sont des années qui n'ont jamais existé que dans l'imagination du chronologue. Ce sont des années où le soleil ne s'est jamais couché, et où la lumière n'a jamais brillé.

Bien sûr, si l'on pouvait être absolument certain de la date exacte d'une éclipse, comme l'éclipse de Thalès, et l'identifier à un événement tel que la bataille d'Halys, une telle éclipse permettrait de mesurer le temps écoulé entre cet événement et aujourd'hui, ainsi qu'entre cet événement et tous les autres événements qui y sont liés par une chaîne de documents historiques contemporains et continus.

Mais la date de l'éclipse de Thalès et de la bataille d'Halys nous est totalement inconnue. Tout ce que nous en savons provient du livre I, chapitre 74 d'Hérodote, où il dit :

La guerre éclata entre Cyaxare le Mède et Alyattes le Lydien et dura cinq ans, avec des succès mitigés. Durant ce conflit, les Mèdes remportèrent de nombreuses victoires sur les Lydiens, et les Lydiens également. Lors d'un combat qui prit de l'ampleur la sixième année, alors que la bataille s'intensifiait, le jour fit soudainement place à la nuit. Cet événement avait été prédit par Thalès le Milésien, qui en avait averti les Ioniens et avait fixé l'année même où il se produisit.

La date de cette éclipse, fixée par Volney, était 625 av. J.-C. Clinton l'a située en 603 av. J.-C. Ideler a déclaré qu'aucune éclipse ne remplissait les conditions requises, à l'exception de celle de 610 av. J.-C. Plus tard, M. Hind et le professeur Airy l'ont ramenée à 585 av. J.-C. L'éclipse de Thalès a été datée en 607 (Calvisius), 603 (Costard, Montucla et Kennedy), 601 (Ussher), 597 (Petavius, Marsham, Bouhier et Larcher) et 585 (Pline, Scaliger, Newton, Ferguson, Vignoles et Jackson). George Rawlinson conclut un paragraphe sur le sujet en disant : « On peut se demander si la science astronomique a atteint une précision suffisante concernant la chronologie des éclipses solaires pour justifier l’adoption de ses résultats comme base d’un système chronologique. Tous les calculs astronomiques sont incertains car ils supposent l’uniformité du mouvement de la Lune, ce qui est très discutable. Depuis que le professeur Airy a effectué ses calculs pour M. Bosanquet, qui ont ramené la date de l’éclipse de Thalès à 585 av. J.-C., certaines irrégularités dans les mouvements de la Lune ont été découvertes. »

En tout état de cause, puisqu'il n'y a jamais moins de deux éclipses par an, généralement quatre, et parfois jusqu'à sept, et puisqu'une éclipse se répète plus ou moins complètement tous les 18 ans et quelques jours, et beaucoup plus complètement tous les 54 ans et un mois, il y aura toujours une éclipse disponible dans un intervalle raisonnable d'années pour identifier toute éclipse enregistrée dont nous souhaitons fixer la date ; par ailleurs, il est parfaitement paradoxal de considérer la fixation du cours de l'histoire du monde entier par les mouvements de la lune, le type et le symbole même de l'instabilité.

La méthode de calcul astronomique n'est donc en aucun cas un guide infaillible pour la chronologie, mais même si elle l'était, Ptolémée n'aurait pu s'en servir, car il ne disposait d'aucune éclipse enregistrée pour appliquer cette méthode durant la période perse tardive, la seule partie de sa chronologie qui soit sujette à controverse.

Nous avons constaté que la chronologie et la datation communément admises des livres d'Esdras et de Néhémie, qui identifient l'Artaxerxès d'Esdras 7 et de Néhémie avec Artaxerxès Longimanus, nous conduisent à l'absurdité de faire vivre les principaux personnages de cette période jusqu'à un âge impossible.

Ezra, 141 dans la 20e année d'Artaxerxès Longimanus.

Néhémie, 103 ans plus âgé la 32e année du règne d'Artaxerxès Longimanus que lorsqu'il retourna à Jérusalem la 1re année du règne de Cyrus.

Mardochée 123 dans la 12e année de Xerxès.

Or, si l'âge avancé et improbable de ces personnages bibliques est simplement dû à une erreur dans la chronologie de l'époque, il s'ensuivra que d'autres hommes, appartenant à l'histoire profane, mais ayant vécu à la même époque, seront également présentés comme ayant vécu jusqu'à un âge tout aussi avancé et improbable, et si de tels hommes âgés sont trouvés dans l'histoire de cette période, cela confirmera le fait qu'une erreur s'est glissée dans la chronologie reçue.

Les rois seront représentés comme régnant pendant un nombre extraordinaire d'années, ou bien des rois fictifs seront inventés, les grands prêtres juifs occuperont leurs fonctions pendant de très longues périodes, et certains hommes mentionnés sous le même nom à de grands intervalles sembleront trop vieux pour être identiques, et seront divisés en deux, un plus ancien et un plus récent, tous deux portant le même nom et le même titre, et apparaissant à bien des égards comme s'il s'agissait d'une seule et même personne.

Et c'est précisément ce que nous constatons. Prenons d'abord le cas de Josèphe. Sanballat était suffisamment âgé pour être Pékah de Samarie la 20e année du règne d'Artaxerxès Longimanus, en 445 av. J.-C., et vivait encore lors du siège de Gaza par Alexandre, en 332 av. J.-C., à l'âge de 113 ans. Il faut ajouter à cela l'âge qu'il avait lorsqu'il s'opposa à Néhémie en 445 av. J.-C., lors de la construction des murailles, alors qu'il était gouverneur de Samarie. L'autre possibilité serait de le scinder en deux et de dire qu'il y avait deux Sanballat.

Là encore, durant cette période, les grands prêtres juifs exercent leurs fonctions pendant de longs mandats, et les rois contemporains semblent avoir eu des règnes exceptionnellement longs. Ainsi : — *

 

Grands prêtres juifs.

Rois de Perse.

Josué• · · · 56

Darius Ier• · · · 36

Joiakim• · · · 36

Xerxès• · · · 21

Eliashib• · ·· 34

Artaxerxès I• · · · 41

Joiada• · · 36

Darius II• · · · 19

Johanan• · · 34

Artaxerxès II• · · · 46
Jaddua.... 17 Artaxerxès III• · · · 21

Moyenne 35.

Moyenne 30.

 

Rois de Macédoine.

Rois de Sparte.

Airopas....

26

Agasicles..

41

Alectus....

29

Ariston..

38

Amyntas I....

50

Démarate..

35

Alexandre....

43

Léotychide..

22

Perdiccas II....

41

Archidamos II

42

Archélaüs....

14

Agis II..

30

Amyntas II....

19

Agésilas II..

36

Alorites....

4

Archidamus III

23

Perdiccas III..

6

Agis III..

8

Philippe......

24

Eudamidas I

33

Alexandre le Grand

12

 

 

Moyenne 25.

Moyenne 30.

Les hommes âgés suivants sont mentionnés dans l'histoire de la Grèce pour cette période : —

Xénophane....

141.

Timée, Plutarque.

Pythagore....

99·

Aristogenus, Jamblicus.

Éschyle (69 ou)..

154·

Auteur de la Vie d'Éschyle.

Isocrate....

99·

Corsini.

Cratinus....

97·

Lucien.

Sophocle....

95·

Lucien.

Démocrite....

104.

Lucien.

,, · · · ·

109.

Laërce.

Hippocrate....

109.

Suidas.

Timothée....

97·

Suidas.

Les espèces suivantes ont des périodes de production ou floraisons très longues.

Platon (poète comique) 63 ans, Scoliaste apud Plutarque.
Parménide 68 " Laërce.
Gorgias (ambassadeur) 79 " Suidas avec Pausanias.
Antiphanes (poète comique) 71 " Suidas avec Athénée.
Aristophane (poète comique)

53 "

Preuves internes.
Aristophon (ambassadeur) 63 " Démosthène.

 

Les contradictions, variations ou divergences suivantes apparaissent entre la chronologie du canon de Ptolémée et d'autres sources pour cette période : —

480 av. J.-C.

Naissance d'Euripide (Plutarque, Ératosthène).

Mais le marbre de Paros indique 485 av. J.-C.

475 av. J.-C.

Cimon prit Scyros (Plutarque).

Bentley modifie la date à 469 av. J.-C., car « sinon, il faudrait 7 ans avant que l'oracle ne soit obéi ».

 

av. J.-C. 471.

La fuite de Thémistocle, qui avait été banni d'Athènes, à la cour perse du roi Artaxerxès Longimanus (Thucydide, Charon de Lampsaque).

Mais, selon le Canon de Ptolémée, Artaxerxès n'accéda au trône que 7 ans plus tard, en 464 avant J.-C.

 

av. J.-C. 464. Charon de Lampsaque (né vers 554) écrivait encore l'histoire. Creuzer réfute la date de sa naissance, 11, car cela le ferait avoir 90 ans.
439 av. J.-C.

Pindare fête ses 80 ans (Scholiast apud Thomas Magister). Mais Thomas Magister lui donne 66 ans et Suidas 65 ans.

av. J.-C. 424.

Mort d'Artaxerxès Longimanus, qui régna 40 ans (Thucydide Diodore), 41 ans en comptant les mois impairs de Xerxès II et de Sogdianus (Canon de Ptolémée), 42 ans (Ctésias).

BC 404. Artaxerxès II Mnémon régna 40 ans (Eusèbe, Chronique d'Alexandrie), 42 ans (Clément d'Alexandrie), 43 ans (Diodore de Sicile), 46 ans (Canon de Ptolémée), 62 ans (Plutarque). Les tablettes cunéiformes indiquent qu'il commença à régner avant 395 av. J.-C., ce qui, selon A.H. Sayce, correspond à un règne de 29 ans pour Darius II Nothus, au lieu des 19 ans mentionnés dans le Canon de Ptolémée.
358 av. J.-C. Artaxerxès III Ochus (Canon de Ptolémée), né en 361 av. J.-C. (Diodore). Règne : 21 ans (Canon de Ptolémée), 23 ans (Diodore).
356 av. J.-C. Mort d'Alexandre de Phéré (Diodore). Mais sa mort est mentionnée par Xénophon, décédé trois ans auparavant.
340 av. J.-C.

Aristophane a vécu avant 403 av. J.-C., soit 63 ans avant cette date, et a été ambassadeur avant 411 av. J.-C., soit 71 ans avant cette date. Clinton affirme que « l’examen des dates prouve qu’il ne s’agissait pas de la même personne » et que « le texte de Démosthène, qui relate les faits, est forcément corrompu ».

 

Il ressort de ces faits que le témoignage du Canon de Ptolémée est contredit à plusieurs reprises par de nombreux témoins compétents. Ces faits suggèrent également que la longévité et la longévité exceptionnelles de nombreux hommes illustres pourraient être dues à une erreur, ayant indûment allongé la chronologie de cette période de cinquante à soixante ans.

Clinton affirme : « Le gouvernement de Pisistrate à Athènes (560 av. J.-C.) est considéré comme la première date de l'histoire grecque à partir de laquelle on peut déduire une série ininterrompue de dates de manière régulière », et il donne une liste des archontes d'Athènes qui remplit pratiquement chaque année de toute la période.

Il n'est pas nié qu'une telle liste ait été compilée par les premiers chronologues de Grèce environ 100 ans après la mort d'Alexandre le Grand, mais il est affirmé qu'elle ne provenait pas de sources contemporaines authentiques.

Concernant la période en question, le bas Empire perse, de Xerxès à Alexandre le Grand, Clinton affirme : « De 480 à 303 av. J.-C., nous avons une série ininterrompue (d’archontes) grâce à la contribution conjointe de Diodore (8 apr. J.-C.) et de Denys d’Halicarnasse (70-76 av. J.-C.). » Mais il ne s’agit pas de témoins contemporains. Ce sont des compilateurs tardifs, qui ont élaboré une chronologie à partir des conclusions conjecturales d’Ératosthène (276 av. J.-C.) et d’Apollodore (IIe siècle av. J.-C.).

Le célèbre marbre de Paros fut acquis par William Petty pour Thomas, comte d'Arundel, en 1624. Transporté en Angleterre, il fut installé dans les jardins d'Arundel House, à Strand, en 1627. Il semble provenir de l'île de Paros. La Chronique est gravée sur une plaque de marbre de 1,10 m sur 0,80 m et de 12,5 cm d'épaisseur. Elle relate les principaux événements de l'histoire grecque, de ses origines légendaires jusqu'à l'an 264 avant J.-C., date de sa réalisation. On y trouve la date du règne de Cécrops, du déluge de Deucalion, du procès de Mars et de Neptune, des semailles de Cérès, de l'apogée d' Hésiode et d'Homère, des règnes de Cyrus, de Darius (Marathon) et de Xerxès (Thermopyles), ainsi que les dates de naissance des poètes Tschyle, Sophocle et Euripide.

Concernant la fin de la période perse, les seuls rois de Perse mentionnés après Xerxès sont (1) le frère de Cyrus le Jeune (Artaxerxès Mnémon), mort en 357 av. J.-C., et (2) son fils Artaxerxès III Ochus. Ceci est remarquable en soi, mais, comparé à (1) l'histoire de cette période chez Flavius ​​Josèphe et (2) la chronologie traditionnelle, tant juive que perse, cela suggère fortement que la chronologie de la fin de la période perse, de Xerxès à Alexandre le Grand, a été exagérée, et que les cinq rois qui la composent : —

Artaxerxès Ier........ 41 ans.

Darius II........ 19 ans.

Artaxerxès II........ 46 ans.

Artaxerxès III........ 21 ans.

Darius III........ 4 ans.

Il s'agissait peut-être en réalité de 2 ou 3 multipliés en 5 afin de combler le vide créé par l'élargissement artificiel de la chronologie d'environ 82 ans. Le marbre indique les dates des Archontes annuels pour les années suivantes : —

   I. Avant la mort de Xerxès, av. J.-C. 465.

 

av. J.-C.

682

645

605

594

591

av. J.-C.

582

561

556

537

537

av. J.-C.

508

495

489

486

481

av. J.-C.

472

470

468

 —

 —

   II. Après la mort de Xerxès, av. J.-C. 465.

av. J.-C.  
463

457

442

420

Artaxerxès Ier Longimanus.
408 — Darius II Nothus.

403

400

380

 
377 Artaxerxès II Mnémon.
373
371

368

358

 
355 — Artaxerxès III Ochus.

264

— Ptolémée Philadelphe.

On constatera que seulement 15 archontes sont mentionnés pour la période de 134 ans allant de la mort de Xerxès, 465 av. J.-C., à la première année du règne d'Alexandre le Grand.

Ces lacunes furent comblées par Denys d'Halicarnasse et Diodore, qui vécut quelque 300 ans plus tard.

Clinton accepte le témoignage de Diodore pour cette période, bien qu'il souligne ailleurs que Diodore n'est pas un témoin indépendant, mais simplement un reproducteur des calculs approximatifs des chronologues conjecturaux Ératosthène et Apollodore.

En réalité, il n'existe aucun document authentique concernant la fin de la période perse. Le système des Olympiades, qui permettait de mesurer le temps, ne fut adopté que plus de soixante ans après la mort d'Alexandre le Grand. Il n'apparaît d'ailleurs pas dans la Chronique de Paros. Ératosthène et Apollodore ont établi une chronologie à laquelle ont été intégrés tous les faits historiques connus. Il est donc nécessaire de faire preuve de discernement pour distinguer ce qui est avéré de ce qui relève de l'opinion ou de la conjecture.

La période du bas Empire perse, de Xerxès à Alexandre le Grand, constitue une lacune majeure dans la chronologie de l'histoire mondiale. Pour cette période, Thucydide demeure notre seule source fiable.

Hérodote est l'historien de la guerre perse qui s'est terminée en 479 av. J.-C. Thucydide est l'historien de la guerre du Péloponnèse, qui a commencé en 432 av. J.-C.

L'histoire de la période entre 479 av. J.-C. et 432 av. J.-C. n'a jamais été écrite.

« J’ai pris soin, dit Thucydide, de parler de cette période, car les auteurs qui m’ont précédé traitent soit des affaires helléniques antérieures à l’invasion perse, soit de cette invasion elle-même. La partie intermédiaire de l’histoire a été omise par tous, à l’exception d’Hellanicus, et même lui, lorsqu’il l’évoque dans son histoire de l’Attique, est très bref et imprécis dans sa chronologie. »

Le seul événement que Thucydide mentionne dans son bref et hâtif résumé de cette période non écrite est la fuite de Thémistocle. Or, précisément là, au moment où il aborde la chronologie de l'époque, il contredit de fait le Canon de Ptolémée. Écrivant sur l'année 471 av. J.-C., Thucydide rapporte que Thémistocle, ostracisé, vivait à Argos. Lacédémoniens et Athéniens envoyèrent des officiers pour l'arrêter. Il s'enfuit chez les Corcyréens, qui le conduisirent sur le continent voisin. Les officiers s'enquéraient sans cesse de sa destination et le poursuivaient sans relâche. Il s'arrêta chez Admète, roi des Molosses, qui le protégea et refusa de le livrer à ses poursuivants, malgré leurs pressions. Comme Thémistocle souhaitait rejoindre le roi (de Perse), Admète l'envoya à pied à travers le pays jusqu'à la mer, à Pydna (qui se trouvait dans le royaume d'Alexandre). Il y trouva un navire marchand faisant route vers l'Ionie, à bord duquel il embarqua. Une tempête le força à s'échouer à Naxos, mais il finit par atteindre Éphèse. Thémistocle remonta ensuite le pays avec un Perse qui habitait la côte et envoya une lettre à Artaxerxès, fils de Xerxès, qui venait d'accéder au trône.

Selon le Canon de Ptolémée, Artaxerxès, fils de Xerxès, est Artaxerxès Longimanus. En 471 av. J.-C., Xerxès entamait sa quinzième année de règne. Il régna pendant 21 ans, après quoi Artaban régna 7 mois. Artaxerxès Longimanus, qui n'avait alors que 14 ans à l'arrivée de Thémistocle, n'accéda au trône que 7 ans plus tard, en 464 av. J.-C.

La situation se présente donc ainsi. Pour la période allant de Xerxès à Alexandre le Grand, nous ne disposons d'aucun document contemporain authentique relatant la chronologie des rois perses. Le seul élément permettant d'établir cette chronologie durant cette période est le Canon de Ptolémée, une compilation tardive, réalisée 600 ou 700 ans après les événements qu'elle relate. L'absence de données authentiques est compensée par les estimations des premiers chronologues, qui ont conçu le schéma de la chronologie et comblé les intervalles au mieux de leurs capacités, en utilisant, le cas échéant, ce que Clinton appelle « la méthode de la conjecture ».

Thucydide, le plus précis et le plus fiable de tous les auteurs anciens sur le sujet, donne un bref résumé des principaux événements d'une période dont l'histoire n'a jamais été écrite (à l'exception de celle d'Hellanicus, dont la chronologie est inexacte), et mentionne un événement daté qui s'est produit en l'an 471 avant J.-C. Cet événement est daté dans le Canon de Ptolémée de 7 ans après la date à laquelle il s'est produit.

Ptolémée n'en est pas responsable. Il a fait de son mieux avec les sources dont il disposait. En revanche, la responsabilité incombe au chercheur moderne qui refuse de reconnaître une erreur avérée et continue de considérer comme un guide chronologique infaillible une table des règnes qui, pour cette partie de la période perse, est invérifiable, d'origine douteuse et erronée.

La reconstitution de la véritable chronologie de la fin de la période perse et de la période grecque, depuis la fin des archives de l'Ancien Testament (488 av. J.-C.) jusqu'à l'ère chrétienne, ne relève pas du présent ouvrage. Elle doit être laissée à l'étude d'autres chercheurs dans ce domaine. Il suffit, pour notre propos, de constater que la chronologie ptolémaïque communément admise pour cette période s'est révélée erronée et ne peut donc être invoquée comme fondement définitif, ni même considérée comme un témoin fiable contre les données historiques, les témoignages, les preuves ou les éléments de preuve relatifs à la chronologie de l'Ancien Testament.

DATES PTOLÉMAÏQUES.

Du Retour au Messie.

Selon Clinton et les chronologues modernes en général.

 

AN. HOM.

 

3589 =

1ère année du règne unique de Cyrus (section Chapitre 24).

535.

Ajoutez 535 ans à av. J.-C. 1. (av. J.-C. 536 — 535 = av. J.-C. 1.

4124 =

av. J.-C. 1 ; et AN. HOM. 1 — av. J.-C. 4124.

L'arc chronologique de Clinton est basé sur le canon de Ptolémée.

Le canon de Ptolémée est basé sur la chronologie grecque conjecturale d'Ératosthène, le père de la chronologie.

La chronologie d'Ératosthène ne repose pas sur des données historiques, des témoignages, des preuves ou des éléments de preuve, mais sur sa propre estimation subjective de la durée probable des règnes, des générations et des successions des rois, des éphores et des prêtresses dans l'histoire grecque ancienne.

En tout cas, il ne s'agit que d'une estimation approximative et incertaine.

Selon la prophétie de Daniel, cela fait 82 ans de plus que la vérité.

Selon Ptolémée, an. hom. 1 =

bc 4124

Selon Daniel an. hom. 1 =

bc 4042

Une différence de

82 ans.

L'année actuelle du monde (1913 après J.-C.) est,

Selon Ptolémée 4124 + 1913 = 6037.

Selon Daniel, 4042 + 1913 = 5955.

Pourtant, dans 45 ans, le sixième millénaire de l'histoire du monde sera accompli et le septième millénaire commencera.

 

« Oui, je viens bientôt, Amen. Viens, Seigneur Jésus. » — Apoc. 22 20.