Page 53 - LE POISON SUBTIL DE LA TOLERANCE

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de Dieu, constitue un absolu, si bien qu'on ne
saurait contrevenir à ses commandements. C'est
un attentat contre les lois de la divinité que de
vouloir forcer la conscience. [...] Dès aussitôt que
l'erreur est ornée des livrées de la vérité, nous
lui devons le même respect qu'à la vérité même
(Bayle, p. 502). La conséquence est claire: «Ainsi
est-il très vrai, quelque répugnance qu'on ait à
l'avouer d'abord, que le meurtre fait selon les
instincts de sa conscience est un moindre mal
que de ne pas tuer quand la conscience
l'ordonne» (ibid., p. 497). On retrouve ici la
difficulté centrale de la théorie spinoziste du
désir que Blyenbergh avait heureusement
soulignée dans sa correspondance avec le
philosophe: il semble découler clairement de
votre thèse que Dieu veut les crimes en même
manière que ce que vous décorez du nom de
vertu insigne. [...] Vous vous abstenez de ce que
j'appelle les vices, parce qu'ils répugnent à votre
nature singulière, non parce que ce sont des
vices (Spinoza, t. 3, p. 214-216). Telle est
l'hypocrisie de cette philosophie.