LE GNOSTICISME

par Jean leDuc
Lux Lucet in Tenebris
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L'ÉTINCELLE DIVINE TOMBÉE DU MONDE IMMATÉRIEL
AUCUNE AUTORITÉ CENTRALE DANS LE CHRISTIANISME
LA PHILOSOPHIE MODERNE DE L'EXISTENTIALISME
L'HÉRÉSIE DES GNOSTIQUES FACE A UNE FAUSSE ORTHODOXIE
L'INVENTION DE L'ORTHODOXIE SUR L'HÉRÉSIE
LES RITUELS GNOSTIQUES MYSTIQUES
LES ÉCRITS GNOSTIQUES
La bibliothèque de Nag Hammadi
LES CONCEPTS DE MONISME RADICAL
LA CONNAISSANCE DES MYSTÈRES NÉCESSAIRE AU SALUT
FALSIFICATIONS ET EXAGÉRATIONS
LES SOURCES DE LA CONNAISSANCE DU GNOSTICISME
LA CHUTE ET LA RÉDEMPTION DE SOPHIA
Hiérarchie et rites gnostiques
La diversité religieuse dans l'Empire romain durant l'antiquité tardive.
Antécédents et survivances du gnosticisme:
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L'ÉTINCELLE DIVINE TOMBÉE DU MONDE IMMATÉRIEL
Le gnosticisme est la croyance selon laquelle les êtres humains contiennent en eux une part de Dieu (le bien suprême ou une étincelle divine), qui est tombée du monde immatériel dans le corps des humains. Toute matière physique est sujette à la décomposition, à la pourriture et à la mort. Ces corps et le monde matériel, créés par un être inférieur, sont donc mauvais. Piégés dans le monde matériel, mais ignorant son statut, les morceaux de Dieu ont besoin de la connaissance (gnosis) pour les informer de leur véritable statut. Cette connaissance doit venir de l'extérieur du monde matériel, et l'agent qui l'apporte est le sauveur ou le rédempteur.
AUCUNE AUTORITÉ CENTRALE DANS LE CHRISTIANISME
Au cours des trois premiers siècles du christianisme, il n'y eut aucune autorité centrale jusqu'à la prétendue conversion de l'empereur romain Constantin le Grand en 312 ap. JC. Les communautés chrétiennes enseignaient de nombreux points de vue différents. Au 2e siècle ap. JC, certains groupes, aujourd'hui collectivement désignés sous le nom de chrétiens gnostiques, prétendaient avoir accès à des « connaissances secrètes » sur la nature de l'univers et de trois personnes spéculatives ou fantasmagoriques en l'essence de Dieu, la nature du Christ et la signification de son apparition sur terre pour les croyants. Au milieu du 2e siècle ap. JC, un groupe de dirigeants chrétiens appelés faussement les Pères de l'Église (Justin le Martyr, Irénée de Lyon, Tertullien et d'autres), tous des imposteurs réprouvés, écrivirent des tomes contre ces chrétiens gnostiques.
Les gnostiques, ainsi que les Pères de l'Église prostituée, furent éduqués dans les différentes écoles de philosophie surtout dans celles du néo-platonisme. Beaucoup de ces écoles partageaient les théories de Platon (428/427 - 348/347 av. JC) et sa vision de l'univers et de l'essence d'un dieu imaginaire qui correspond aux besoins de l'homme. Pour Platon, « dieu » (ou « le bien suprême ») existait au-delà de l'univers matériel, il était parfait et n'aurait donc pas créé un monde imparfait. Il postulait l'existence d'une puissance secondaire, le « démiurge » qui créa la matière, la substance du monde physique. La plupart des systèmes gnostiques défendaient ce point de vue, particulièrement à Alexandrie en Égypte, capitale de l'idolâtrie à cette période.
LA PHILOSOPHIE MODERNE DE L'EXISTENTIALISME
Les concepts gnostiques reflètent une école de philosophie moderne connue sous le nom d'existentialisme (« comment et pourquoi existons-nous ? ») Les gnostiques posaient et répondaient à des questions telles que: « Qui suis-je ? » « D'où est-ce que je viens ? » « Quel est le sens de la vie ? » « Pourquoi suis-je ici ? » et « Quel est mon véritable moi ? ».
L'HÉRÉSIE DES GNOSTIQUES FACE A UNE FAUSSE ORTHODOXIE
Les gnostiques promouvaient des concepts de dualisme radical qui régissent l'univers. Celui-ci était polarisé comme l'âme (l’étincelle) contre la chair, la lumière contre les ténèbres. Dieu, qui ne crée pas, émanait à l'origine des archontes (pouvoirs), comme la lumière du soleil, visible, mais non physique. L'un des archontes, Sophia (« sagesse »), dans un moment de faiblesse, produisit le démiurge, qui créa ensuite un univers physique, y compris les humains. Dans la pensée philosophique, le logos (« mot ») était le principe de rationalité qui reliait le dieu le plus élevé au monde matériel.
Certains systèmes revendiquent un « pré-Adam et Ève » mythique avant leur manifestation en tant qu'humains dans le jardin d’Éden. Dans la conception gnostique, la chute est survenue à la suite de la création physique. Conformément à « l'unicité » du Dieu éternel, les gnostiques promurent l'idée de l'androgynie ou de l'union des sexes. Après la chute, le logos, le Christ préexistant, est venu sur terre sous une apparence humaine pour enseigner à l'humanité comment revenir à cette androgynie originelle et se réunir avec Dieu. Selon eux, Dieu envoya le Christ pour restaurer le cosmos originel. Comme l'étincelle divine à l'intérieur des humains s'était endormie, elle ne se souvenait pas de ses origines. Les humains devaient être éveillés à la présence de cette partie de Dieu en eux, un concept qui reflète le bouddhisme zen. Lorsque cela serait accompli, le règne des archontes prendrait fin.
L'INVENTION DE L'ORTHODOXIE SUR L'HÉRÉSIE
Les prétendus Pères de l'Église réagirent aux enseignements gnostiques en inventant les concepts jumeaux d'une fausse orthodoxie prétendument chrétienne et l'hérésie des gnostiques devint évidente. Ces concepts n'existaient pas dans le monde antique. Avec les milliers de cultes indigènes différents dans le bassin méditerranéen, il n'y avait pas d'autorité centrale qui déterminait ce que les gens devaient croire. La pseudo-orthodoxie (« croyance supposément correcte ») basée sur la philosophie du néo-platonisme et l'hérésie (du mot grec haeresis, « une école de pensée ») sont les deux faces d'une même pièce frauduleuse. Les hérétiques sont appelés ainsi par ceux qui ne sont pas d'accord avec eux, mais les deux parties pensent avoir les bonnes croyances dans leurs délires insensés pleins de conjectures sophistiqués qui déforment la vérité révélée.
Les gnostiques furent condamnés comme hérétiques par les faux Pères de la fausse Église pour les raisons suivantes:
1. Les gnostiques promouvaient un Dieu supérieur d'essence pure et d'amour comme étant le vrai Dieu par rapport au Dieu créateur. Tandis que ceux de l'orthodoxie adorent un Dieu monstrueux à trois têtes en une seule.
2. Au 2e siècle ap. JC, le christianisme était une religion distincte du judaïsme, mais les chrétiens avaient conservé le Dieu d'Israël et de nombreux enseignements des Écritures juives. Les gnostiques étaient d'accord pour dire que le Dieu créateur de la Genèse avait créé l'univers, mais que la création était constituée de matière mauvaise. Dans certains systèmes gnostiques, le Dieu d'Israël n'était pas seulement mauvais, mais Satan lui-même, tout comme dans l'orthodoxie. Ainsi, les commandements du Dieu d'Israël étaient considérés comme invalides, lorsqu'en réalité ils furent accompli par Christ et aboli pour les chrétiens authentique par le principe de substitution.
La Création
3. Les gnostiques prétendaient que leurs enseignements provenaient directement
de Jésus, ce qui est normal pour tous les vrais chrétiens qui consultes les
Saintes-Écritures. Dans les scènes des évangiles où Jésus prend les disciples à part pour
mieux les informer, il enseignait aussi des choses secrètes qui leur étaient
transmises, ce qui est absolument vrai. Les faux Pères de la fausse Église opposaient à cela la tradition apostolique
imaginaire,
c'est-à-dire que leurs enseignements sont venus de Jésus aux premiers disciples,
qui les ont transmis aux prétendus évêques fondateurs de leurs communautés de
réprouvés, afin de manipuler la foi et la conscience des gens.
4. Constitué de matière physique, le corps humain était mauvais. Pour la plupart des systèmes gnostiques, Jésus ne s'est pas incarné dans un corps humain. Ils prêchaient le concept connu sous le nom de docétisme ou « apparence ». Jésus n'apparaissait que sous la forme d'un humain afin de pouvoir communiquer avec l'humanité. Si le Christ n'a jamais eu de corps matériel, les piliers centraux du christianisme, la crucifixion et la résurrection des morts, sont réduits à néant. Tandis que l'orthodoxie fait de Jésus la deuxième tête d'un monstre à trois têtes issu de la mythologie et du néo-platonisme.
5. Un gnostique, après avoir été éveillé, étudiait les cieux et il apprenait les moyens d'en naviguer dans les différentes couches. En ce sens, les gnostiques considéraient le salut comme une affaire individuelle gomme il est vrai, plutôt que d'impliquer le reste de la communauté comme il est faux. En d'autres termes, le salut ne pouvait être obtenu par la croix des prétentieux, la hiérarchie d'imposteurs de la fausse église, ou les règles d'endoctrinements ou manipulations.
6. Une fois que l'on a réussi à traverser la haute atmosphère, l'étincelle de l'individu, maintenant chez lui, s'unit à la divinité; dans certains systèmes, l'individu devient Dieu. Tandis que celui de la prétendue orthodoxie devient un taré idolâtre en participant à l'initiation du mystère sacré du pain et du vin qui l'identifie à son Dieu.
7. Dans les systèmes gnostiques, il y a un déni de ce qui devenait l'enseignement chrétien standard et avec raisons lorsque nous considérons toute la corruption dans la religion prétendument chrétienne, la fausse eschatologie, ou le retour futur imaginaire du Christ pour inaugurer le royaume de Dieu (qui est déjà présent parmi nous). Pour les gnostiques, le royaume est à l'intérieur de l'individu, ce qu'il est en vérité par la Sainte Présence de Christ qui habite le coeur de ses élus depuis son retour spirituel officiel le jour de la Pentecôte.
LES RITUELS GNOSTIQUES MYSTIQUES
Les chrétiens gnostiques étaient baptisés et participaient à l'Eucharistie (communion), comme c'est la coutume chez toutes les sectes dites chrétiennes. Les gnostiques essayèrent de promouvoir des ministres féminins dans la célébration eucharistique, ce qui les mit en désaccord avec les faux Pères de la fausse Église ou Sénat Satanique des réprouvés dite aussi la Grande Prostituée. Le rituel gnostique le plus controversé était « la chambre nuptiale », où l'on atteignait (symboliquement) la « chrétienté transcendante ». Dans le document gnostique intitulé « Exégèse de l'âme », le langage et les métaphores du mariage sont appliqués à l'union avec le Christ, comme ce l'est en vérité dans le Saintes Écritures.
LES GNOSTIQUES furent
LES PREMIERS À PRATIQUER LE CÉLIBAT (NE PAS CONCLURE DE CONTRAT DE MARIAGE), AINSI QUE LA CHASTETÉ (NE JAMAIS AVOIR DES RAPPORTS SEXUELS),
doctrines officielles dénaturées du catholicisme romain mythriaque pour ses
ministres de dépravés idolâtres.
Les écoles de philosophie enseignaient qu'il fallait prendre soin de l'âme
plutôt que du corps (apathea - « pas de passions »), sans laisser les pulsions
physiques du corps diriger sa vie. Ces enseignements étaient interprétés comme
une ascèse (« discipline »), comme dans la discipline athlétique du corps. Les
chrétiens gnostiques prenaient le contrôle du corps au sens propre. Ils furent
les premiers à pratiquer le célibat (ne pas conclure de contrat de mariage)
ainsi que la chasteté (ne jamais avoir de rapports sexuels). De cette façon, le
cycle de vie traditionnel était brisé; plus aucune étincelle divine n'était
piégée dans un corps physique.
Une petite minorité de sectes gnostiques pourrait avoir adopté le point de vue opposé. En tant que partie du monde physique maléfique, les gouvernements, les lois créées par l'homme et les conventions sociales n'étaient plus valables. Plusieurs des faux Pères de la fausse Église ou Sénat Satanique affirmèrent que cela conduisit à l'immoralité sexuelle, lorsqu'ils trempaient eux-même dans des pratiques honteuses et abominables. Nous ne pouvons pas confirmer ces pratiques, mais au 18e siècle, ces groupes furent qualifiés de libertins après la publication des écrits du philosophe français, le marquis de Sade (1740-1814). Tout en déplorant les gnostiques, les faux Pères de la fausse Église intégrèrent néanmoins, comme des hypocrites, le concept de célibat pour le clergé satanique de la Grande Prostituée romaine. Ce faisant, il était compris comme un sacrifice vivant (en renonçant à une épouse normale et à des enfants), pour se donner à l'homosexualité. Ce concept élevait le clergé au-dessus de la congrégation avec un sens de la prétendue sainteté.
Comme tous ceux qui ont été formés à la philosophie, les gnostiques utilisèrent le procédé littéraire de l'allégorie. L'allégorie est une histoire, un poème ou une image qui peut être interprétée pour révéler un sens caché, généralement moral ou politique. En même temps, si l'on n'est pas à l'écoute des symboles ou des significations allégoriques, de nombreux écrits gnostiques semblent incroyablement ésotériques et déroutants pour le lecteur moyen. En lisant ces textes, on a l'impression qu'ils passaient leur vie dans des tours d'ivoire, à contempler l'univers. Mais ils participaient aux congrégations auxquelles ils appartenaient. Ils avaient des groupes d'étude, mais ce qu'ils étudiaient, c'était les hautes sphères de l'univers où vivaient des gradients de pouvoirs. L'orthodoxie du catholicisme et du protestantisme fit la même chose avec leur érudition théologique de fonds de poubelles. Lorsqu'un gnostique mourait, son étincelle/âme était libérée de son corps maléfique, mais elle devait ensuite faire le voyage de retour. En chemin, il/elle devait connaître les mots de passe pour traverser et contourner les pouvoirs afin de ne pas être distrait(e). Certains systèmes prétendaient qu'il y avait sept cieux, tandis que d'autres affirmaient qu'il y avait 365 niveaux. On vit des choses semblables paraitre dans l'orthodoxie du catholicisme avec son purgatoire fictif.
La bibliothèque de Nag Hammadi
Les faux Pères de la fausse Église critiquèrent avec voracité les écrits gnostiques, tandis que leurs propres écrits canoniques, leurs dogmes, et leur crédos oecuméniques sont falsifiés et critiqués. Les érudits, cependant, étaient sceptiques et ne pouvaient être sûrs de l'exactitude des citations avant 1945. Puis, deux frères puisant du nitrate dans le désert égyptien, près de la ville de Nag Hammadi en Haute-Égypte, heurtèrent une grande jarre remplie de codex (livres anciens) avec leur pelle. Ils les apportèrent à un homme qu'ils connaissaient et qui était actif dans le commerce des antiquités au marché noir. Il y avait 13 livres contenant des traités, des évangiles et des mythes gnostiques. Ils sont réunis en un seul volume, La bibliothèque de Nag Hammadi. Il s'avère que les faux Pères de la fausse Église firent là un bon travail de copie afin d'altérer le contenu de plusieurs. Alors qu'ils se contentèrent d'utiliser des citations, nous disposons maintenant des textes complets pour une meilleure analyse de chaque document.
Les évangiles gnostiques diffèrent des évangiles canoniques du Nouveau Testament. Ils sont souvent dépourvus d'un récit ou d'une histoire et se contentent de reprendre les enseignements de Jésus en élucidant l'existence du vrai Dieu.
On pense que l'Évangile de la vérité a été écrit par Valentinus, un enseignant gnostique d'Alexandrie qui a ensuite été excommunié de Rome (vers 150 ap. JC). L'un des évangiles gnostiques les plus spirituels, il a personnifié des abstractions telles que l'erreur, la peur et l'espoir. Le Christ est décrit comme la manifestation de l'espoir.
-- L'Évangile de Marie-Madeleine
Ce texte est incomplet, et la copie qui subsiste commence au milieu. Après la mort de Jésus, les disciples se sentent sans chef et désemparés. L'un d'entre eux demande à Marie de lui transmettre toute information qu'elle peut offrir, car il était reconnu que Jésus avait une relation spéciale avec elle. Marie révèle alors qu'elle a eu une révélation de Jésus après la résurrection, qui explique plusieurs des thèmes gnostiques que nous avons déjà vus.
L'Évangile de Thomas, considéré comme étant le Q Text ou Texte Source par les experts, est prétendument écrit par le jumeau de Jésus et se compose de 114 logia, ou paroles de Jésus. L'auteur connaissait un grand nombre de paraboles et d'enseignements canoniques, mais l'évangile critique également le concept traditionnel de Jésus en tant que messie, et présente Jésus plutôt comme un philosophe éclairé. Ce Jésus dit de ne pas chercher un royaume de Dieu terrestre; il se trouve dans la transformation de la personne intérieure. L'Évangile de Thomas est devenu populaire au cours des dernières décennies en relation avec un mouvement chrétien populiste connu sous le nom de théologie de la libération, qui enseigne également l'auto-réflexion de chaque personne comme étant le Christ en soi. Gustavo Gutierrez inventa ce terme dans son livre de 1971, A Theology of Liberation. Il reprochait à l'Église catholique d'Amérique latine de corrompre les enseignements originaux de Jésus, et il avait pleinement raison.
Lorsque les textes de Nag Hammadi sont devenus disponibles, de nombreux théologiens féministes modernes les ont admirés pour leur inclusion des femmes dans leurs groupes d'étude et pour leur promotion des femmes ministres eucharistiques. Dans le même temps, les groupes New Age ont admiré ce qu'ils considéraient comme une élévation du divin féminin dans Sophia. Cependant, les gnostiques n'étaient pas l'équivalent des féministes modernes. Chaque texte doit être analysé pour ses concepts. L'Évangile de Thomas se termine par:
Simon Pierre lui dit: « Que Marie s'en aille d'entre nous, car les femmes ne sont pas dignes de la vie ! ». Jésus dit: « Voici que je l'attirerai de manière à la rendre mâle, afin qu'elle aussi devienne un esprit vivant comme vous, les mâles. Car toute femme devenue mâle entrera dans le Royaume des cieux. » 118 [114].
Pour ce système, les femmes seront sauvées en renonçant à leur genre, à leur rôle conventionnel d'épouse et de mère. C'était le moyen pour une femme d'être restaurée dans l'unicité, le concept d'androgynie.
L'ÉVANGILE DE PHILIPPE
EST UN EXEMPLE DE TENTATIVE GNOSTIQUE DE COMPROMIS AVEC LES ENSEIGNEMENTS PROTO-ORTHODOXES
FRAUDULEUSE
DES FAUX PÈRES DE LA FAUSSE ÉGLISE.
Cet évangile
promeut la double forme du Christ: Le Christ était la figure rédemptrice
préexistante, qui possédait l'homme Jésus de Nazareth pendant la période du
ministère. Le Christ entra dans l'homme Jésus lorsque la colombe se posa sur
Jésus lors de son baptême. Au moment de la crucifixion, le Christ quitta le
corps, de sorte que c'est le Jésus humain qui fut crucifié. Une autre école
gnostique d'Alexandrie, dirigée par Basilide (120-140 ap. JC), enseignait qu'il
y avait eu un leurre lors de la crucifixion; c'est Simon de Cyrène (dans les
évangiles canoniques) qui fut crucifié, et non le Christ.
L'Évangile de Philippe est également célèbre pour ce qui est devenu tristement célèbre dans DaVinci Code de Dan Brown, à savoir la relation entre Jésus et Marie-Madeleine. Répétant la scène trouvée dans l'Évangile de Marie-Madeleine, selon laquelle Jésus avait une relation spéciale avec elle, nous avons la ligne « .... Jésus te saluait toujours d'un baiser sur ... », suivie d'un trou dans le manuscrit. Cette ligne peut être significative, ou simplement faire référence au fait que les premiers chrétiens (y compris les hommes) avaient l'habitude de se saluer par un baiser sur les lèvres, source de la parole exprimée.
L'Évangile de Judas consiste en des conversations entre Jésus et Judas Iscariote. Sa redécouverte et sa traduction ont été publiées par la National Geographic Society en 2006. Avant cela, il n'était connu que par les écrits de l'évêque Irénée, au 2e siècle ap. JC, dans son ouvrage Contre Les Hérésies.
Contrairement aux évangiles canoniques, qui dépeignent Judas comme un traître, cet évangile affirme que Jésus avait ordonné à Judas de le trahir. Les autres disciples n'avaient pas appris le véritable évangile, que Jésus enseigna à Judas. Dans de nombreuses scènes, Jésus et Judas discutent avec les onze autres disciples, qui ne perçoivent la réalité que par les sens physiques. Ils continuent à offrir des sacrifices d'animaux (Jésus se moque de l'eucharistie en la qualifiant de cannibalisme) et ils croient que le supplice les sauvera.
LES CONCEPTS DE MONISME RADICAL
De nombreux textes gnostiques remettent en question la conception traditionnelle de la personne. Dans les anciens concepts du monisme, la personne se composait d'un corps physique et d'une personnalité. L'ancienne religion perse, le zoroastrisme, ainsi que les écoles de la philosophie grecque ont introduit une seconde substance dans la personne, l'âme (dualisme). Dans la plupart des systèmes, le corps et l'âme travaillaient en harmonie. Dans les textes gnostiques, le corps et l'âme s'opposent pour la domination. Dans les textes plus ésotériques, les gnostiques reviennent au monisme, un seul être, en ce sens que l'existence est indifférenciée. Allant encore plus loin, certains textes affirmaient que le monde matériel et l'existence elle-même étaient une illusion. C'est là que le gnosticisme rejoint les anciens concepts de la philosophie hindoue et bouddhiste.
L'héritage
En 312 ap. JC, Constantin Ier se convertit au christianisme dénaturé des faux Pères de
la fausse Église. Tout désaccord avec leurs enseignements était considéré comme une
hérésie et la destruction de ces textes fut ordonnée. On pense que c'est à ce
moment-là que quelqu'un (peut-être un moine ?) enterra les textes à Nag Hammadi.
L'hérésie était désormais considérée comme une trahison. Les gnostiques sont
essentiellement entrés dans la clandestinité, pour réapparaître au Moyen Âge
dans les Balkans et dans le sud de la France. Leurs enseignements furent à l'origine de la création de l'institution de
l'Inquisition par l'Église romaine satanique médiévale au 12e siècle.
Aujourd'hui, nous utilisons le terme « agnostique » pour décrire quelqu'un qui sait qu'il existe quelque chose en rapport avec le divin, mais qui n'est pas sûr de quoi exactement. Le mot original a été inventé par un pasteur du 18e siècle, qui affirmait être agnostique, ce qui signifie, dans son sens premier, « pas un gnostique - pas une de ces personnes ». Aldous Huxley (1894-1963) a inventé l'agnosticisme dans ses romans en partant du principe que toute connaissance doit être fondée sur la raison. Le psychologue Carl Jung (1875-1961) a utilisé des concepts gnostiques trouvés dans l'alchimie médiévale pour sa théorie des archétypes.
Les concepts gnostiques sont maintenant inclus dans les films de science-fiction, à commencer par le film Blade Runner de Ridley Scott (1982). Ce film était basé sur la nouvelle Blade Runner - Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick. L'intrigue concernait la création d'androïdes parfaits, qui commençaient néanmoins à développer des émotions humaines en raison d'implants de mémoire dans leur système. Le film des frères Wachowski, Matrix, sorti en 1999, s'inspire du christianisme gnostique et du bouddhisme pour poser le problème fondamental de l'humanité et sa solution en termes d'ignorance et d'illumination. À cause de l'ignorance, les gens prennent le monde matériel pour quelque chose de réel, mais ils peuvent sortir de ce rêve avec l'aide d'un guide qui leur enseigne leur vraie nature.
LA CONNAISSANCE DES MYSTÈRES NÉCESSAIRE AU SALUT
le gnosticisme est l’ensemble des mouvements religieux et philosophiques qui se développent au cours des IIe et IIIe siècles dans les limites de l’Empire romain, caractérisés par l’idée que la connaissance (en grec: gnôsis) des mystères de l’humanité, du divin et du monde, est possible et nécessaire au salut de l’âme après la mort.
Cette connaissance sensible s’obtient par un enseignement ésotérique et une expérience initiatique. Le terme désigne aussi les différentes théories et recherches d'une telle « connaissance » – ou la compréhension expérimentale directe de sa vraie nature au-delà des programmations et illusions –, atteinte par intuition mystique ou ésotérique. Ces doctrines incluent généralement l’affirmation que les âmes des êtres humains sont emprisonnées dans un monde matériel intrinsèquement mauvais, créé par un dieu inférieur, imparfait voire mauvais, le Démiurge, à l’opposé duquel existe un autre dieu, supérieur et parfait, créateur des esprits et des âmes, plus éloigné, auquel on ne peut s’unir après la mort que grâce à cette « connaissance ».
FALSIFICATIONS ET EXAGÉRATIONS
Longtemps, le gnosticisme n’a été connu qu’à travers les écrits de ses détracteurs qui souvent en falsifient ou exagèrent le contenu: ceux de certains faux Pères de la fausse Église, parmi lesquels Irénée de Lyon, auteur d’une Dénonciation et réfutation de la gnose dans la seconde moitié du IIe siècle. La découverte en 1945 d’écrits gnostiques dans la bibliothèque de Nag Hammadi, dont une première traduction complète a été achevée en 1977, a permis d'enrichir la recherche sur le sujet.
Ce mouvement, dont les origines ne sont pas claires, connaît son apogée au cours du IIe siècle. Les sectes gnostiques ont ensuite progressivement disparu à partir du IVe siècle, mais elles ont influencé d'autres mouvements, que certains qualifient également de gnostiques, comme le manichéisme, le marcionisme ou encore le bogomilisme.
« Gnosticisme » et «
gnose »
Gnose vient du grec ancien γνῶσις, gnôsis, et gnosticisme de γνωστικισμός,
gnôstikismós.
Une définition précise de ce que sont le « gnosticisme » et la « gnose » n’est pas sans poser de difficultés, notamment parce que l’histoire de leurs apparitions reste difficilement accessible par suite d'un manque de sources. Néanmoins, à la suite d'un colloque au sujet de la Gnose tenu à Messine en 1966, dans le cadre d'un programme pour la traduction de la bibliothèque de Nag Hammadi nécessitant d'arriver à un consensus d'usage, des définitions au minimum ont été retenues qui proposaient « par application simultanée des méthodes historiques et typologiques » les définitions suivantes: que le terme gnosticisme désigne un ensemble particulier de systèmes religieux du IIe siècle apr. J.-C. et que le terme gnose désigne une conception des buts de la connaissance, indépendamment des époques, décrits comme visant à une « connaissance des mystères divins » et celle-ci comme étant « réservée à une élite », même si elles ne sont pas exempte de critiques.
Selon une définition plus courante (du dictionnaire Le Robert), le gnosticisme — terme de création moderne — est l'ensemble des doctrines de la gnose, c'est-à-dire des doctrines des mouvements religieux centrés sur la recherche d'une « connaissance » (en grec : gnôsis) suprême du monde et du divin qui se sont développés dans l'Empire romain au cours des IIe et IIIe siècles apr. J.-C.
Le terme gnose est attesté depuis le deuxième siècle et se retrouve vingt-neuf fois dans les écrits canoniques du Nouveau Testament pour désigner la connaissance suprême des choses divines que revendiquent ces mouvements, qui connaissent diverses manifestations à travers l'histoire et dont relèvent par exemple également des mouvements de pensée aussi divers que la kabbale, le manichéisme ou encore le mandéisme.
Cette définition du gnosticisme, ou plutôt des gnosticismes, ne lève pas pour autant tous les débats sur lesquels de ces mouvements on qualifiera de gnostique et la question reste disputée quant à savoir si l'on peut parler de gnosticisme pré-chrétien, si le gnosticisme était un phénomène concurrent du christianisme ancien ou si les mouvements gnostiques sont apparus au sein du christianisme et ont progressivement été condamnés et qualifiés d'hérésies par les courants dogmatiques dominants du christianisme contrefait de l'époque.
Néanmoins, et malgré la réalité variée des tendances gnostiques nourries de différentes traditions — grecques (hermétisme, pythagorisme et orphisme), judéennes (thème de la chute des anges) ou encore chrétiennes (thème de la venue du messie) —, le gnosticisme conserve « [une] spécificité intellectuelle et [une] originalité existentielle: la recherche et la réalisation de la connaissance […] qui est une illumination directe du dieu dans l'homme » et qui revêt pour ses adeptes un rôle essentiel dans l'accès au salut. Ces derniers cherchent à débarrasser leur âme des entraves d'une condition corporelle vécue comme un accident afin qu'elle puisse être rendue à son état supposé de pureté initiale et d'union avec la vraie divinité.
LES SOURCES DE LA CONNAISSANCE DU GNOSTICISME
Types de sources
Les courants gnostiques anciens sont essentiellement connus à travers deux types
de sources: indirectes d'une part, avec les nombreux écrits de leurs
détracteurs (essentiellement leurs adversaires de la Grande Église Prostituée), et directes d'autre part, avec leurs propres écrits plus rares mais récemment
étoffés par la découverte en 1945 de la bibliothèque de Nag Hammadi.
Parmi le premier type de sources, on trouve les écrits d'Irénée de Lyon (Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur) et ceux de l'auteur d'une Réfutation de toutes les hérésies (en)[20], ceux de Clément d'Alexandrie, d'Origène (Commentaire de l'Évangile selon Jean) et d'Épiphane de Salamine (le Panarion). Parmi le deuxième type de sources, les textes gnostiques, on peut citer les textes coptes datant du IVe ou Ve siècle conservés dans le Codex de Londres ou Codex Askewianus, le Codex de Berlin et le Codex Bruce ainsi que les cinquante-deux traités de Nag Hammadi.
Irénée de Lyon, dont la Dénonciation a été rédigée entre 180 et 185, décrit dans les détails les doctrines gnostiques dualistes qu'il combat, de manière à prouver qu'il n'y a que peu de choses en commun entre le dualisme et la gnose et le christianisme tel qu'il le défend. Dans le Nouveau Testament, la Première épître à Timothée laisse entrevoir des dissensions au sein de la communauté paléochrétienne et dénonce la « prétendue gnose ». Les Actes des Apôtres mentionnent, pour le condamner, un prêcheur du nom de Simon le Mage. L'Apocalypse de Jean mentionne un diacre, Nicolas. Tous sont considérés par les hérésiologues supposément chrétiens comme les premiers « gnostiques ».
La plupart des essais sur les mouvements gnostiques, faute de pouvoir s’appuyer sur des documents originaux, héritent des erreurs d’appréciation des réfutateurs prétendument chrétiens, des trinitarés idolâtres néo-platonistes, qui les combattent aux IVe et Ve siècles. Ces textes se recopient parfois les uns les autres, et omettent de tenir compte des autres mythologies, orientales, sur les vestiges desquelles le gnosticisme s'est aussi construit.
L’établissement d’une histoire précise des mouvements gnostiques est impossible à cause du flou des sources dont on dispose, et aussi de ce que les titres des quelques sources disponibles changent d’une version à l’autre et que leurs véritables auteurs restent inconnus. Enfin, très peu de vestiges archéologiques ou d'objets relatifs aux gnostiques ont été retrouvés.
Le papyrus témoin de
l’Évangile apocryphe de Judas a été retrouvé à Nag-Hammadi.
Sur la période du Ier au Ve siècle, des sectes gnostiques se sont développées en
particulier en Égypte.
On a retrouvé, à partir de 1800, des textes gnostiques dans des nécropoles égyptiennes. Un Évangile de Marie, un Livre des secrets de Jean et une Sagesse de Jésus-Christ ont ainsi été vendus en 1896 en Égypte, dans un même lot de parchemins.
En décembre 1945, plus de quarante écrits ont été retrouvés dans une jarre à Nag Hammadi, en Haute-Égypte, dont des écrits de sectes orientales, mais aussi des textes apocryphes chrétiens et des écrits gnostiques. Cependant, cette bibliothèque n’est qu’un « instantané » de la pensée gnostique de l'époque, les textes en étant, à ce qu'on sait, constamment remaniés et modifiés au cours de leur histoire.
Parmi les écrits de nature gnostique, on peut citer l'Évangile de la vérité, l'Évangile selon Thomas, l'Évangile selon Marie; la Pistis Sophia, l'Évangile de Judas, le Livre des secrets de Jean, le Livre sacré du Grand Esprit invisible ou encore l'Apocalypse d'Adam.
Par ailleurs, s'il existe des parallèles et des ressemblances entre l'Évangile selon Jean et le gnosticisme, beaucoup de spécialistes doutent que cet évangile ait emprunté au gnosticisme, car son contenu indique clairement qu'il est entièrement inspiré et témoigne de la vérité en accord avec les Saintes-Écritures.
Origines
Si les hérésiologues font remonter le gnosticisme au Ier siècle en l'associant à
Simon le Magicien et ses successeurs, la recherche actuelle postule plutôt que
le phénomène est né et s'est affirmé aux environs du IIe siècle dans les grandes
cités hellénistiques puis s'est développé dans le reste de l'Empire romain
au cours des IIe et IIIe siècles.
Les origines du gnosticisme sont l'objet d'un large débat. Il est difficilement possible de proposer une explication ou une origine uniques à cet ensemble, constitué de doctrines diverses et disparates dont il n'est pas davantage possible de restituer une histoire linéaire ou de décrire précisément les éventuels liens de parenté, ni même de trouver des sources d'inspiration communes, elles-mêmes variées. Le gnosticisme ne semble ainsi à certains pas réductible à « une grande nébuleuse, marquée par l'anticosmisme, le dualisme, l'encratisme, etc. » mais plutôt à considérer comme « un ensemble de croyances concrètement enracinées dans les sociétés de l'Antiquité tardive avec des tendances communes [et des] traits particuliers ».
Les débats ont pu proposer, entre autres hypothèses sur les origines du gnosticisme, tantôt un christianisme hellénisé teinté de dualisme platonicien, tantôt une dissidence d'un judaïsme lui aussi hellénisé, ou ont présenté ses mouvements comme des formes spécifiques d'un phénomène général sans, d'ailleurs, que ces positions soient exclusives les unes des autres. En tout état de cause, pour diversifiés qu'ils soient, les mouvements gnostiques entretiennent des rapports — certes « ténus et embrouillés » — avec les divers mouvements du christianisme alors en voie de constitution.
Selon les descriptions des hérésiologues, c’est dans un cadre géographique allant de la vallée du Jourdain à l’Asie Mineure que des communautés gnostiques apparaissent à partir de l’époque des apôtres. Simon par exemple enseignait la Gnose. On retrouve mention dans certains textes de Nicolaïtes à cette époque à Samarie et à Antioche et les réflexions de ces derniers sur des textes de ce qui n'est pas encore notre Ancien et du Nouveau Testament, et certains autres considérés comme apocryphes, sont marqués par l’hellénisme. Parmi ces textes, le livre des Jubilés et le Livre d'Hénoch sont peut-être les plus significatifs.
Vers 120, le gnosticisme gagne Alexandrie, et se développe autour de Basilide, Carpocrate et Valentin. Ce dernier se rend vers 140 à Rome où des sectes fortement influencées par des éléments orientaux continuent d’affluer. Les sectes gnostiques se propagent ensuite notamment en Espagne. En l'absence d'autres sources, on mesure l'influence du gnosticisme à la force et au nombre de ses réfutations.
De nos jours, les historiens du gnosticisme isolent différents courants d'origine chrétienne parmi lesquels un hypothétique courant séthien, le courant valentinien, le courant encratite, le courant cérinthien ou encore le courant hermétique. Certains auteurs isolent d'autres courants d'origine non chrétienne, au nombre desquels les Ophites ou Naassènes, les Barbélognostiques, les Pérates, etc. auxquels on peut ajouter le courant « antinomiste et libertin » de Carpocrate et de son fils Épiphane le gnostique. L'existence même de certains de ces courants, à l'instar des Caïnites, semble douteuse à certains, qui les pensent avoir été inventés par les hérésiologues, ce qui est fort probable puisqu'ils se donnent à des exagérations de tous genres pour condamner le gnosticisme, mentalité malsaine que nous retrouvons chez les évangéliques modernes prétendument chrétiens.
Simon le Magicien
Simon le Magicien (Ier siècle), présenté comme un élève ou condisciple de
Dosithée de Samarie, a longtemps été considéré à la suite des hérésiologues de
la Grande Église Prostituée comme le premier hérétique. D'après ces derniers, ses disciples
seraient devenus gnostiques après la catastrophe de 70 (la destruction du Temple
de Jérusalem), et auraient formé la secte des séthiens dont, cependant,
l'existence même est débattue, du moins comme communauté gnostique
particulière. L'hérésiologie présente son successeur Ménandre le gnostique
comme le maître de Satornil (ou Saturninus) d'Antioche, lui-même considéré par
d'aucuns comme le premier véritable gnostique, quoiqu'il en existe aucune preuve.
Si l'appartenance de Simon le magicien aux courants gnostiques est abandonnée par une partie de la recherche contemporaine, un courant gnostique simonianiste apparu au IIe siècle a bel et bien existé.
Basilide
Basilide exerce son activité de 125 à 155 à Alexandrie. Auteur de vingt-quatre
Exegêtica (Expositions) et de son propre évangile, il est un des premiers
maîtres gnostiques. À l'origine ses réflexions se concentrent, comme chez
beaucoup de gnostiques, sur l'existence du mal. Il met l'accent sur la
transcendance absolue de Dieu. La pensée de Carpocrate en est assez
proche. Le fils de Basilide, Isidore le gnostique, enseigne à sa suite et
les fragments conservés de leurs écrits ne semblent pas correspondre aux
restitutions qu'en font les hérésiologues ultérieurement dans leurs exagérations
néfastes. L'existence d'une
école ou communauté basilidienne est largement attestée dans la première moitié
du IIIe siècle.
Valentin
Valentin est un des plus importants maîtres gnostiques et l'auteur d'un Évangile
de Vérité. Originaire d'Alexandrie où il commence à développer sa théogonie,
il s'installe à Rome vers 140 et y enseigne jusque vers 160, époque à laquelle
il rompt avec la communauté chrétienne locale et retourne dans sa ville
natale. Son enseignement connaît un certain succès et se poursuit au travers
de deux écoles valentiniennes, l'une, orientale, incarnée par Théodote et Marc
le Mage, l'autre, occidentale, incarnée par Ptolémée le gnostique et
Héracléon.
Marcion
Le rapport de Marcion au gnosticisme est fort débattu. Une tradition en fait un
disciple d'un gnostique nommé Cerdon mais un auteur antique comme Celse
distingue dans son Discours véritable les marcionites des gnostiques. Les études de von Harnack ont proposé un Marcion éloigné du gnosticisme mais cette
position est contestée et le débat reste ouvert.
En tout état de cause, s'il existe bien des traits communs entre la doctrine de Marcion et certaines doctrines gnostiques, il existe de nombreuses différences. Pour Marcion, c'est la foi (pistis) — et non la gnose (gnosis) — qui joue le rôle principal dans l'accès au salut, à telle enseigne qu'on a parlé à son sujet d'un « paulinisme exacerbé ». Sur le plan exégétique, Marcion entend se fonder exclusivement sur l’Écriture judaïque et chrétienne et, à la différence des gnostiques, réfute toute théogonie concernant le monde divin. Néanmoins, une partie de la recherche actuelle décèle chez lui des influences encratites, antilégalistes et docètes, autant de traits qui tendent à le rapprocher du gnosticisme chrétien.
La mythologie gnostique
Les cosmogonies et théogonies des auteurs gnostiques abordent la plupart des
thèmes mythologiques et eschatologiques de leur époque, et les réinterprètent en
s'appuyant sur des "révélations" secrètes ou sur un mythe total portant sur
l'origine et la création du Monde, l’origine du Mal, le drame du Rédempteur
Divin descendu sur terre afin de sauver les hommes et la victoire finale du Dieu
transcendant conduisant à la fin de l’Histoire et l’anéantissement du
Cosmos.
Un point de départ de gnose est la considération par l’individu de sa situation et de sa condition dans ce monde: Qui est il? Pourquoi se sent-il étranger dans ce monde? Qu’était il à l’origine? Comment pourrait il éventuellement revenir à cette situation initiale ? C’est ensuite la révélation d’une Chute passée et de la notion que le Bien et le Mal sont deux éléments inconciliables et absurdement mêlés ici-bas à la suite de cette chute contraire à la volonté du vrai dieu. La révolte intime de l'individu contre le Mal lui est alors présentée comme la preuve de son appartenance au Bien, à un absolu parfait extérieur à ce monde.
L’humanité lui est présentée comme divisée en trois catégories:
celle de ceux qui se
sentent (donc, se savent) pourvus d’une perfection innée et dont la nature est
Esprit: les Pneumatiques (pneuma veut effectivement dire « esprit » en grec) ou
Spirituels ou Élus. Ils sont ceux qui sont prédestinés au Salut hors de ce monde
après la mort, ce qui est clairement attesté dans les Saintes-Écritures.
celle de ceux qui ont une Âme mais point ou trop peu d’Esprit, mais pour qui le
Salut de l'âme hors de ce monde après la mort peut être atteint: ce sont les
Psychiques, ceux qui peuvent être sauvés au prix d'un effort personnel de
connaissance, d'une conversion et d'une pratique de la justice, en d'autres mots,
l'hérésie diabolique du salut par le libre-choix d'une décision personnelle;
enfin, celle de ceux qui sont dépourvus et d’Âme et d’Esprit, et qui sont
uniquement constituée d’éléments matériels: les Hyliques, dont les âmes sont
vouées à rester emprisonnées dans ce monde et à s'y réincarner, éventuellement
en un humain d'une autre catégorie ou de la leur jusqu'à leur destruction comme
le reste de la matière à la fin des temps.
Le but premier du gnostique est la délivrance de sa parcelle divine, aliénée
dans le monde matériel corrompu, et sa remontée après la mort à travers les
sphères célestes vers le monde de la plénitude. Cette délivrance passe par la
Gnose: la connaissance par l'individu de la vraie divinité, des structures
mystérieuses du Cosmos, de l'histoire passée et future de celui-ci et de la
nature de son propre esprit.
Le principal aspect de la Gnose porte sur les origines de la présence de l'Humanité et du Mal dans le monde matériel. Le mal est présenté comme inhérent au monde matériel et la présence de l'humanité dans celui-ci comme due à la chute accidentelle d’éléments du cosmos supérieur dans le cosmos inférieur, matériel, temporel et sexué, au fond duquel les éléments du cosmos supérieur se sont disjoints, dispersés et sont maintenant emprisonnés sans pour autant avoir perdu de leur pureté.
Le second aspect de la Gnose vise la destinée de l’humanité dans ce cosmos. Celle de ce dernier est la dissolution finale de sa matière et celle de l'humanité est la libération des esprits des élus et des parfaits qui y étaient emprisonnés et leur retour à l'unité parfaite intemporelle avec la plénitude.
De même que le cosmos inférieur (matériel) n’est qu’une copie maladroite du cosmos supérieur, seul à avoir été organisé par une intelligence authentiquement créatrice, de même, l’humanité terrestre est l’image imparfaite du modèle céleste. Il y a eu une Chute de l'humanité dans le monde, et il y a pour une partie d'elle une possibilité de libération hors de celui-ci.
Pour les Élus, le Salut peut être personnel. Pour les autres le Rachat se fera après une eschatologie générale ayant pour terme la destruction de l’univers matériel.
Le Pro-Père
À l'origine de tout il y a un Éon parfait, invisible, inconçu et éternel (une
des significations de éon), habité par un être absolu et immuable, le Pro-Père,
replié sur lui-même et coexistant avec sa pensée, qui est, elle, silence
absolu.
De cette unité primitive du Pro-Père et de sa pensée-silence émane une image du Père. Cette Émanation capable d’engendrer se dégage du repli sur soi primordial et suscite l’apparition des trente éons hiérarchisés du Plérôme.
Le Plérôme
Plérôme est un terme grec signifiant « plénitude » et désignant le monde
céleste formé par l'ensemble des trente éons, monde que le gnostique rejoindra
après la fin de son aventure terrestre. Parmi ces éons: Monogène, Logos, la
Mère céleste, l'Homme primordial (ou Adam), le Fils de cet Homme primordial (ou
Seth), la grande Génération des Fils de l’Homme primordial, Sophia (La sagesse,
parfois qualifiée de lascive), etc. Ces éons vont par couples féminin/masculin,
appelés aussi Syzygies. Ils sont, en même temps que des personnifications de
concepts, des univers à part entière, infinis et éternels, reproduisant le
schéma général du Plérôme Inengendré suprême.
Les Trois schémas de la
lutte de la Lumière et de la Matière:
L’opposition entre le monde parfait de la Lumière et celui, imparfait, des
Ténèbres et de la Matière peut suivre trois schémas.
Le schéma le plus radical met une subite agression des Eaux ténébreuses préexistantes d'en-bas contre la Lumière d’en-haut à l’origine de la création du monde matériel. L'attaque se déroule dans l’espace intermédiaire d’un troisième principe, l'Air ou le Vide. On retrouve ce thème chez les bogomiles et les manichéens.
Plus fréquemment, dans la Lumière d’en-haut qui préexiste à toute création, un accident engendre une puissance difforme et ignorante, l'éon Ialdabaôth (en hébreux "fils du chaos"), qui devient éon de ténèbres puis le monde matériel. La Lumière entreprend alors une œuvre salvatrice pour anéantir cet éon maléfique. Selon une première variante, Sabaôth (en hébreux "dieu des armées", un des attributs de Yahvé...), éon engendré par Ialdabaôth, découvre l'existence de la Lumière et est finalement mis par les puissances supérieures à la place de son père pour engager le monde matériel vers le salut.
Selon une variante, Ialdabaôth revient de lui-même au monde supérieur.
Diverses divinités considérées comme perverses, sont liées au monde matériel, tel le Démiurge, le dieu créateur de la Bible. À noter que les gnostiques n’emploient pas le terme « Dieu » pour désigner l’Être suprême dont tout le monde supérieur émane.
LA CHUTE ET LA RÉDEMPTION DE SOPHIA
L'éon Sophia, la sagesse, a été prise d’égarement. Elle s’est prise d’amour pour le monde matériel, ou son reflet dans celui-ci. Elle y est descendue et s’y est enlisée. Une autre version dit que Sophia, emportée par sa vanité, a voulu ressembler à l’Entité suprême en engendrant, seule et sans sa contrepartie masculine. S’est ensuivi l’apparition d’un être difforme, Ialdabaôth, que Sophia a caché sous un voile qui a formé le ciel, limite entre le monde supérieur et un monde inférieur. Sous ce voile, Ialdabaôth ignorait tout de la Lumière et du monde supérieur, ne disposant en son sein que d’une étincelle céleste héritée de sa mère, elle-même exilée du monde supérieur après sa faute. Dans l’abîme Ialdabaôth a engendré la matière. Il est devenu le Démiurge. Il s’est uni à l'éon Ignorance et a engendré les Archontes, chacun étant lié à une constellation du zodiaque ou à une planète. Des archanges et des anges leur ont été associés. Ensuite, le repentir de Sophia a touché des puissances supérieures qui l'ont tirée de l’Abîme et l'ont établie aux abords inférieurs du monde de la Lumière, au purgatoire (source de la doctrine infernale du catholicisme et des papistes), où elle attendit d’être plus complètement relevée de sa déchéance. Sophia est en effet responsable de l’erreur qui a abouti à sa chute vers la matière et son retour en tant qu'élément féminin à sa contrepartie masculine reste pour eux deux une condition indispensable à leur retour à la perfection céleste.
Le Principe Féminin a toujours un rôle important parmi les éons. Des figures féminines jouent des rôles prophétiques. Les gnostiques ne semblent pas tous considérer la femme comme inférieure à l’homme. Par exemple, l'Évangile de Marie-Madeleine accorde à la figure de celle-ci une place au moins aussi importante qu'aux apôtres.
Parmi les éons, il y a l’Homme primordial, ainsi que le Fils de l’Homme primordial. C’est à partir de son propre reflet que le Démiurge aidé de ses Archontes a décidé de fabriquer l’Homme primordial. Le Pro-Père, grâce à ses anges déguisés en autres Archontes, a suggéré au Démiurge d’insuffler un esprit de Lumière dans l'Adam. La Lumière a ainsi été transmise à l’Humanité.
De rage, les Archontes du Démiurge ont emprisonné Adam dans l'Éden, décrit comme un lieu terrible, mais dans lequel les puissances d’en-haut ont caché la Gnose et la Vie, dans le fruit défendu, et envoyé un Sauveur sous la forme d'un Serpent pour inciter Adam et Ève à s’emparer de ses secrets.
Les Archontes du Démiurge ont aussi installé en Adam un second esprit, le Contrefacteur, qui combat sans cesse ceux des mouvements de son Esprit qui sont tirés vers le haut. Le premier couple est expulsé de l'Éden par le Démiurge, furieux, qui souille Ève de sa lubricité et engendre Caïn et Abel. La vraie postérité d’Adam ne commence qu’avec Seth, dont seule la descendance, les Parfaits, est promise au Salut. Le Démiurge envoie le Déluge pour anéantir les Parfaits, mais Noé s’abrite avec les siens dans l’Arche et c’est finalement seulement la lignée née de l’union des Anges du Démiurge et des Filles de la Terre qui est anéantie.
Les Archontes du pro-père étant liés aux éléments de la voûte céleste et aux planètes, chaque partie de l’Homme, physique ou psychique, appartient souverainement à l'Archonte de la voûte céleste qui l’a façonné. Une âme descend dans le corps de chaque fœtus en traversant l’un après l’autre chacun des cieux, et, en fonction du moment de son passage, celle-ci reçoit telle ou telle disposition par laquelle l’individu restera soumis aux astres et aux planètes. Les Archontes insinuent aussi dans le fœtus l’esprit Contrefacteur destiné à contrarier les pulsions éventuelles de l'individu vers le Salut.
Le mélange de tous ces facteurs entraîne des degrés de perfections fort différents d'un individu à l'autre qui expliquent l'existence des trois grandes catégories de l’humanité (pneumatique, psychique ou hylique).
Le Démiurge ne cesse d’envoyer contre les Parfaits des cataclysmes et des persécutions. Il faut réveiller les Élus en leur rappelant leurs origines célestes. Pour cela, des Sauveurs et des Prophètes sont envoyés d’en-haut pour dispenser confidentiellement leurs révélations. L’acte final du Salut de l’Humanité est la descente d’une Puissance de Lumière jusqu’au fond des Enfers.
L'acte final du salut de l'humanité, l'Oeuvre Salvatrice de la Descente de la Mère Céleste dans les Abîmes où l’Humanité est prisonnière rappelle le mythe de la descente d’Ishtar aux enfers. Dans celui-ci, Seth a eu une incarnation céleste, et des mages, dont Zoroastre, sont les Prophètes gardiens de l’enseignement secret à Adam et Seth. La figure de la Mère Céleste est alors remplacée par celle de Seth puis celle-ci par celle du Christ Sauveur.
Annoncé par un signe des cieux, le Sauveur descend des cieux inférieurs d’abord déguisé en Archonte, puis revêtu de toute sa gloire. Les gnostiques répugnant à l’idée d’incarnation du Sauveur, celui-ci est le plus souvent incorporel. Dans certaines versions du mythe le Sauveur doit subir les conséquences humiliantes de l’incarnation pour transmettre son message à quelques élus avant de retourner au Ciel. Parfois il oublie sa mission et doit être lui-même sauvé (mythe du « Sauveur Sauvé »).
L’Amnésie comme oubli de sa condition/destinée originelle est un thème spécifiquement gnostique. En se tournant vers la Matière, l’âme oublie sa propre identité. C’est la mort spirituelle. Le mythe du Sauveur Sauvé tourne autour de cette notion d’amnésie, qu’illustre l'Hymne de la Perle, dans les Actes de Thomas.
La découverte du principe transcendant à l’intérieur de soi-même constitue l’élément central de la religion gnostique. Cette (re)découverte, l’Anamnèse, a lieu grâce à un messager divin et à la Gnose.
L'Oubli est bien illustré quand le Messie dit sur la croix: « Mon peuple se perd faute de connaissance » ( Osée 4v6).
Le symbole du Sommeil est également utilisé dans les mythes gnostiques. C’est un symbole archaïque universellement répandu dans les récits de quêtes d’initiation, le réveil signifiant le retour au point de départ, à l'origine. Ne plus être endormi c'est pouvoir s'adresser à l'étincelle d'esprit qui gît en soi. Être « réveillé », c'est non seulement être pleinement conscient mais vivre selon l'esprit, ce qui veut dire: être dans le monde de l’esprit.
L'état de mort est souvent évoqué par les gnostiques dans le même sens que le sommeil. (Dans le Bouddhisme le sommeil est aussi appelé la petite mort.)
Dans l'Évangile selon Luc, chapitre 3 versets 31-40, Jésus, dans une parabole, rappelle à tout homme qu'il doit rester éveillé et prêt à l'avènement du Fils de l'homme.
Finalement, le Rédempteur remonte aux Cieux en traversant la première voûte céleste à l’endroit d’un X gigantesque considéré comme étant une Croix céleste et cela est l'occasion d’un bouleversement céleste et du détachement des Archontes de leurs astres ou planètes. Ce rapprochement entre la crucifixion est le X céleste est déjà attesté à Rome au moment de l’avènement d’Auguste, et il est déjà le symbole de l’abolition de la Fatalité astrale, mais aussi de Apollon le dieu solaire ou dieu de la lumière et de la raison.
Les gnostiques pensaient la Fin des Temps proches. Des livres prétendument gardés secrets étaient présentés comme venant d’être ressortis de leurs cachettes. Pour les Parfaits, l’enseignement portait sur les mystères de la descente puis de l’ascension du Sauveur/Christ à travers les sept cieux habités par les Anges, et sur l’eschatologie individuelle, c'est-à-dire l’itinéraire mystique de l’âme de chacun après sa mort. Cela faisait écho, dans l’ésotérisme juif et d’ailleurs, à l’ascension de l’âme et à son accès aux secrets du monde céleste.
L’âme après la mort:
Un certain nombre de mouvements gnostiques, chrétiens et non-chrétiens, ont
accepté la doctrine insensée de la réincarnation, qui annule en soi la nécessité
du salut dans le sacrifice de la croix.
L’individu étant supposé asservi aux puissances des cieux qui l’ont façonné, les gnostiques pensaient pouvoir réduire le pouvoir de celles-ci en employant des conjurations contenant les noms secrets de ces puissances. Ils mettaient également en place des rites pour échapper aux égarements de l’esprit Contrefacteur. Au moment de leur mort, selon eux, les âmes des Élus munis de tous les sacrements gnostiques faisaient leur ascension à travers les cieux, sans retour. Elles présentaient les sceaux aux gardiens et les portes leur étaient ouvertes.
Des âmes des autres humains, celles des moins souillés seraient purifiés dans les Purgatoires des espaces célestes, montant parfois d’une sphère (d'un ciel) à l’autre lors d’une conjonction astrale.
Mais les âmes de bien des malheureux seraient rejetées vers le bas pour être tourmentées en Enfer, avant d’être soumises à l’Oubli de leur vie précédente et rejetées dans de nouveaux corps.
Les gnostiques pensant le corps charnel asservi dans ses actes et ses passions à la souveraineté des planètes et des astres estimaient que l'Homme était par ailleurs pourvu d'une grâce capable de le délivrer des conséquences de ses actes, et n'avaient pas nécessairement de notions de moralité individuelle très strictes.
La gnose pouvait donc aussi bien conduire à un ascétisme rigoureux qu'à certaines libéralités, (en opposition volontaire avec certaines lois bibliques). La chair appartenant à la matière, qui était pour eux d'origine spirituelle, une certaine sexualité n'était pas réprouvée, bien au contraire. Les pratiques licencieuses de certains groupes gnostiques, réprouvées par leurs opposants chrétiens, n'étaient cependant pas nécessairement suivies par tous les groupes gnostiques.
Enfin, certains cultes à mystère grecs pouvaient être à l'origine de comportements érotiques à valeur sacramentelle particulière, destinés par exemple à célébrer l'union avec Sophia-Gaïa, comme chez les Naassènes.
Hiérarchie et rites gnostiques
Il y aurait eu trois grades chez les gnostiques: les « Commençants », les « Progressants » et les « Parfaits ». L'enseignement ésotérique aux fidèles gnostiques portait sur les symbolismes du Baptême, de l’Eucharistie, de la Croix, sur les Archanges et sur l’interprétation de l’Apocalypse. L'enseignement gnostique était secret dans la mesure où il était fait de manière orale. Par ailleurs, pour éviter d'être repérés par leurs détracteurs, les fidèles des sectes gnostiques dissimulaient leur appartenance à celles-ci et évitaient des manières de vivre voyantes. On connaît mal l'organisation interne des sectes gnostiques. Des témoins anciens, seul Épiphane a essayé de pénétrer leur vie.
Les Parfaits étaient voués au respect de tous les préceptes de la Gnose et leur identité était effacée par quelque surnom à connotation mystique. Les simples Fidèles continuaient leurs existences impures en subvenant aux besoins des Élus. Les fondateurs de sectes, et parfois leurs successeurs, étaient présentés comme des Prophètes ou des incarnations de Puissances célestes. À des fins de conciliation, les gnostiques se présentaient aux chrétiens d'abord comme semblables à eux, ne mettant en avant que celles de leurs doctrines qui étaient les plus proches des leurs, puis leur posaient des questions destinées à les ébranler. De même, ils modifiaient certains de leurs textes pour leur donner une apparence plus orthodoxe avec ses notions prétendument pures et droites.
Enfin, tout comme le christianisme se répandait par la thaumaturgie, la gnose attirait par la magie et l'astrologie, lesquelles étaient très répandues au début de l’ère chrétienne et tiennent une place très importante dans les écrits gnostiques.
Les rites étaient
divers. Les uns individuels, les autres collectifs, destinés aux divers échelons
des initiés, et donc plus ou moins secrets. Il s'agissait principalement de
baptêmes, d'onctions, d'impositions des mains, de communions, d'agapes et
d'unions spirituelles plus ou moins symboliques. Dans certains groupes, la
frontière entre la Gnose et les magies gréco-orientales était très
perméable[60].
La diversité religieuse dans l'Empire romain durant l'antiquité tardive.
Antécédents et survivances du gnosticisme:
Le dualisme n'est pas une spécificité des gnostiques des premiers siècles mais se retrouve dans le zoroastrisme, bien antérieur, et dans de nombreux cultes à mystères autour du bassin méditerranéen. L'idée gnostique est présente au sein de la Kabbale[61].
En Iran, le prophète Mani opère une vaste synthèse de nombreux enseignements gnostiques, connue sous le terme Manichéisme, et Audi est un chrétien qui se sépare de l’Église après Nicée. On trouve aussi des « kantéens ».
De l’Orient, le gnosticisme pourrait s'être étendu jusqu’à la Chine[34].
Certains chercheurs de la première moitié du XXe siècle ont avancé que des idées gnostiques ont circulé parmi les bogomiles et les cathares du Moyen Âge, sans qu'on sache si celles-ci descendent de celles de groupes gnostiques ayant survécu depuis l'Antiquité, ou s'il s'agit de résurgences suscitées par la transmission d’écrits gnostiques chrétiens[62].
Le gnosticisme est un mouvement religieux présent particulièrement entre le IIe et le IVe siècle, qui fut dénoncé comme hérésie par l’Eglise officielle de l’époque et finit par disparaître complètement: les résurgences “modernes” se réclamant du gnosticisme tiennent plus de la récupération que d’une véritable continuité de cette tradition religieuse.
Jusqu’à récemment, les sources disponibles pour l’étude de ce gnosticisme étaient bien maigres: quelques écrits isolés, ainsi que les réfutations des premiers hérésiologues. Avec la découverte d’un nombre important de textes à Nag Hammadi en 1945, le champ des recherches possibles s’est durant ces dernières décennies passablement élargi. Les chercheurs ont néanmoins eu longtemps des difficultés à accéder à ces précieux documents, principalement pour des questions de rivalité scientifique tournant autour de l’exclusivité de la découverte et de son exploitation.
Une recherche sur les sources directes à disposition étant de trop grande envergure dans le cadre de ce travail, je me suis appuyée principalement sur des études générales concernant le gnosticisme. Cela n’a pas été sans poser de difficultés. D’une part, ce qu’on appelle gnosticisme est loin d’être un phénomène homogène. D’autre part, les opinions des différents auteurs sont souvent divergentes sur nombre de points. Ces divergences, ainsi que les difficultés mentionnées plus haut au sujet des sources, laissent entendre que la recherche sur le gnosticisme est loin d’être close.
Ce travail ne prétend pas offrir un panorama de la pensée gnostique, ni une présentation approfondie d’une école particulière, ou encore ce qui serait les “caractéristiques minimales” du gnosticisme. J’ai choisi au contraire d’exposer d’abord quelques éléments qui me semblent être significatifs, sans entrer dans les problématiques internes aux doctrines gnostiques, afin de soulever ensuite la question du statut que l’on peut donner au gnosticisme face au christianisme. Je terminerai par quelques considérations sur les rapports entre “hérésie” et “orthodoxie”, notamment en ce qui concerne la constitution de cette dernière.
A Christ seul soit la Gloire