Page 1085 - Dictionnaire de la Bible de J.A. Bost 1849 - 2014

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sujets; il l'avait choisi vaillant et courageux afin que, bon capitaine, il offrît au peuple la seule qualité dont
le besoin se fît sentir, la garantie nécessaire au maintien de l'intégrité du territoire; il l'avait choisi après
que Saül, ayant prophétisé, eut donné à tout Israël le spectacle d'un jeune homme qui se laisse diriger par
les conseils de la sagesse divine; il lui avait imposé enfin une constitution qui devait mettre le peuple à
l'abri des empiétements du pouvoir royal. Tout cela ne servit de rien; Saül ayant atteint à une hauteur
qu'il ne rêvait peut-être pas lorsqu'il cherchait les ânesses de son père, fut saisi de ce vertige qui tourne les
têtes trop faibles à une certaine élévation; il oublia qu'il était le serviteur de Dieu, pour se rappeler
seulement qu'il était le roi du pays, et sans s'en rendre compte, mais entraîné par le manque de foi, il
secoua le joug de l'Éternel et voulut régner par lui-même. Au sacrifice de Guilgal, sa déchéance fut
annoncée, elle fut arrêtée et décidée après que, par ses ménagements envers Agag, il eut prouvé que la
parole de l'Éternel ne lui était pas sacrée. Ce ne sont pas les détails, ce n'est pas même l'ensemble des faits
que le prophète lui reproche; c'est le manque de foi, le manque de respect pour un ordre divin, le manque
de confiance en celui qui peut d'un mot remplacer les troupes qui désertent, la désobéissance à celui qui
aime mieux obéissance que sacrifice. La dynastie de Saül est déshéritée du trône parce que Saül a oublié
qu'il n'était pour ainsi dire roi qu'en second. Et si l'on regrette que l'aimable et généreux Jonathan porte la
peine des fautes de son père, il faut se rappeler que cette solidarité du péché était générale à cette époque
et dans ces pays, qu'elle a été longtemps sanctionnée de Dieu d'une manière générale, et que dans l'espèce
le péché de Saül entraînait nécessairement cet ordre de châtiment; c'est moins l'homme que le roi qui a
péché, et la peine que Dieu inflige, comme les peuples, aux rois coupables, c'est la déchéance de leur
dynastie. Saül aurait eu les qualités d'un bon capitaine, il a de la grandeur, il ne manque pas de
générosité, il est courageux, prompt, mais il n'a pas les qualités d'un roi, bien moins encore celles d'un roi
d'Israël.
Quelques détails de sa vie nécessitent des observations spéciales.
1.
Les circonstances de son élection sont d'une simplicité tout à fait antique et patriarcale, bien en
rapport avec la vie presque idyllique de ces temps reculés. Le but de son voyage, sa visite à Samuel, les
signes qu'il reçoit, sa rentrée dans la vie privée, tout porte le cachet de l'époque, et pour se moquer de ces
détails, il faut, comme dit Winer, ne pas connaître l'antiquité et ne pas savoir s'y reporter en esprit.
L'élection de Saül est racontée de deux manières; Gramberg y a naturellement vu la preuve de deux
documents compilés par l'auteur; il eût été facile cependant de se rendre compte de cette double élection
sans recourir à une hypothèse aussi dénuée de vraisemblance. La première fois Samuel oint Saül et lui
déclare, mais en secret, les desseins de Dieu à son égard; évidemment cela ne pouvait pas suffire; le choix
devait être rendu public, et Samuel, pour écarter toute idée de préoccupation personnelle, en appelle
publiquement à la voie du sort, persuadé que le résultat était entre les mains de l'Éternel; le sort se
prononce en faveur de Saül. Ce n'est pas une seconde relation, c'est un second fait.
2.
L'âge de Saül n'est indiqué nulle part, non plus que la durée de son règne. Flavius Josèphe le fait
régner quarante ans, d'après une fausse traduction de 2 Samuel 2:10; cependant le chiffre en lui-même n'a
rien d'invraisemblable. Quant à son âge, on peut remarquer seulement que, dès les premières années de
son règne, il avait déjà un fils en état de porter les armes et même de commander, 1 Samuel 13:2, de sorte
qu'on ne pouvait pas lui donner, à l'époque de son avènement, moins de trente ou trente-cinq ans. Le
passage 1 Samuel 13:1, omis dans les Septante, doit se traduire littéralement: «Saül était fils de — an,
quant à son règne;» les uns suppléent le chiffre, et disent: Saül avait régné un an (nos versions); d'autres
traduisent par:
— chargé d'ans, âgé; d'autres enfin (Heine) supposent que l'écrivain sacré a laissé en blanc le chiffre de
l'âge de Saul qu'il ignorait et qu'il se proposait d'intercaler plus tard, et que cette lacune n'a jamais été
comblée. Quoi qu'il en soit, si l'on admet la traduction de nos versions, il faut en changer la ponctuation,
autrement le verset n'aurait aucun sens; la première partie du verset se reporterait à ce qui précède, la
seconde à ce qui suit immédiatement.
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