Page 938 - Dictionnaire de la Bible J.A. Bost

Version HTML de base

troubler dans ses tristes pensées par d'indifférents interlocuteurs; il reste pour ne pas abandonner son
maître, et il le renie encore: il est sans vigilance. Le chant du coq le réveille, et c'est alors seulement qu'il se
rappelle qu'un reniement devant cette foule indifférente, indiscrète, sans droits à le questionner, est
cependant aussi un reniement; il pleure alors, parce qu'il comprend la grandeur du péché qu'il a commis,
parce qu'il veille. Chrysostôme, Luther, Mélanchthon et Calvin, renferment de belles et touchantes pages
sur ce reniement de l'apôtre, et si l'on doit éviter d'être à cet égard plus indulgent que saint Pierre ne l'a
été pour lui-même, il ne faut pas non plus se montrer plus sévère que Jésus.
— La conduite de Pierre à Antioche, Galates 2:11, s'explique plus ou moins de la même manière, quoique
la position fût loin d'être la même: Pierre avait alors déjà reçu les dons du Saint-Esprit, il était plus éclairé,
sa faute était plus grande, et en outre elle était réfléchie. Sans doute bien des excuses pouvaient se
présenter à son esprit, pour motiver une conduite si peu conforme à ses antécédents et aux ordres qu'il
avait reçus du Seigneur; mais des excuses ne justifient point, et Pierre a passé condamnation. Plusieurs
docteurs catholiques romains ont cherché à sauver l'infaillibilité du saint siège et la réputation de saint
Pierre, en attribuant cette conduite à un autre Céphas, l'un des soixante-dix disciples, qui doit avoir été
plus tard évêque d'Iconium; mais le sentiment général, c'est qu'il s'agit bien ici de saint Pierre lui-même.
«Saint Pierre, dit dom Calmet, reçut cette répréhension avec silence et humilité, et ne se prévalut point de
sa primauté pour soutenir ce qu'il avait fait.» Je crois bien; et dans tous les cas il n'eut garde de parler
d'infaillibilité. Et si l'on objecte que ce n'est là que l'opinion de Calmet, celle d'un particulier, «toute
l'Église, dit le pape Pelage, révère l'humilité avec laquelle il a cédé aux raisons de saint Paul, et changé de
sentiments.» Oui, mais encore Pelage bat l'infaillibilité dans la personne du premier pape, et il faut avouer
qu'alors on n'avait pas encore connaissance de cette absurde prétention dont on a fait depuis une
véritable incorrigibilité.
g.
Le corps de Pierre est à Rome, moitié dans l'église de Saint-Pierre, moitié en celle de Saint-Paul;
sa tête est encore à Rome, dans l'église de Saint-Jean-de-Latran, où l'on montre également une dent à part;
puis il y a de ses os partout; à Poitiers, la mâchoire avec la barbe; à Trêves, quelques os; ailleurs, plusieurs
encore; à Genève, lors de la réformation, l'on montrait, sur le grand autel de la cathédrale, sa cervelle
précieusement enchâssée: à l'examen, on vit que c'était une pierre ponce. Sa chaire épiscopale et sa
chasuble sont à Rome; l'autel devant lequel il chantait la messe se trouve à la fois à Rome et à Pise; on
conserve également le couteau avec lequel il coupa l'oreille de Malchus; sa crosse se voit à Saint-Étienne-
des-Grès, à Paris; son bourdon est à la fois à Cologne et à Trêves; on montre enfin à Saint-Anastase
(Rome) le pilier sur lequel il fut martyrisé. Sa fille Pétronille a son corps entier à Rome, en l'église de son
père; plus, des reliques à part à Sainte-Barbe, plus, derechef le corps entier au Mans, dans le couvent des
Jacobins: il guérit des fièvres. Le jour où l'on en finira avec ces pitoyables absurdités n'est pas loin; le
mouvement des Ronge et des Czersky ne fait que de commencer; ils ont attaqué les reliques, les
baïonnettes étrangères attaquent l'autorité même dont elles sont l'émanation et la raison suprême; c'est le
propre des armes de tuer ce qu'elles touchent.
h.
1re Épître de saint Pierre. Un voit par 5:13, qu'elle a été écrite de Babylone ou des environs; mais
les auteurs ne sont pas d'accord sur la signification de ce nom; plusieurs Pères ont pris cette expression
comme allégorique, ιt pensent quelle désigne Rome; c'est, en effet, un moyen de faire aller saint Pierre à
Rome, mais ces exégètes sont précisément ceux qui repoussent le plus absolument le sens de Rome que
l'on veut donner à la Babylone de l'Apocalypse, et cependant, dans le langage mystique et nécessairement
obscur de ce dernier livre, on comprend beaucoup mieux qu'une ville soit désignée symboliquement,
qu'on ne peut le comprendre dans une épître où toutes les expressions sont prises dans leur sens
ordinaire et naturel; rien ne pouvait engager Pierre à cacher à ses lecteurs le nom de la ville où il se
trouvait.
— Les chrétiens d'Égypte, jaloux de posséder une trace du passage de l'apôtre au milieu d'eux, ont à leur
tour, et déjà avec plus de raison, prétendu qu'il s'agissait ici de la petite forteresse de Babylone qui se
trouvait en Égypte; c'était un poste fortifié pour loger une légion romaine; il avait été construit par
936