LES CIVILISATIONS INCONNUES
MYTHES OU RÉALITÉS
de Serge Hutin

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Mise en pages par
Jean leDuc et Alexandre Cousinier
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TABLE DES MATIÈRES
PREMIÈRE PARTIE.
Parmi les mondes « imaginaires ».
CHAPITRE I.
L’éternel espoir.
CHAPITRE II.
Ce que révèlent les vieilles traditions.
Le point de vue des occultistes.
CHAPITRE III.
Continents disparus.
Découvertes anciennes du continent américain.
Antilia, Eldorado et compagnie.
Emplacements divers assignés à l’Atlantide.
a) Grande fosse de l’Atlantique.
b) L’Atlandide saharienne et méditerranéenne.
c) Autres emplacements atlantidiens.
B. LA LÉMURIE ET MU
Le grand effondrement du Pacifique et le continent de Mu.
CHAPITRE IV.
L’éternelle fascination : des mythes à la « sciencefiction ».
CHAPITRE V.
Réalité de l’ « imaginaire » ?
La survivance secrète des civilisations.
Rôle cosmique de la lune... ou des lunes
CHAPITRE VI
DEUXIÈME PARTIE.
Mystères archéologiques.
CHAPITRE PREMIER.
L’archéologie à la conquête de l’inconnu et de ce que l’on croyait « bien » connu.
Autres mystères alphabétiques.
Une mystification « atlantéenne ».
Faut-il aller plus loin que l’archéologie classique ?
De quoi faire réfléchir : les étranges convergences.
CHAPITRE II.
Civilisations extra-terrestres ?
CHAPITRE III.
Les grandes énigmes archéologiques.
Édifices cyclopéens d’Océanie.
Le problème des vestiges hyperboréens.
CHAPITRE IV
Les connaissances scientifiques et techniques des Anciens.
Bibliographie sommaire.
B. OUVRAGES DE PORTEE GENERALE
C. QUELQUES ETUDES PLUS SPÉCIALISÉES
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Serge Hutin s’est voué à l’exploration résolument méthodique et objective de tous les domaines humains où affleure le mystère, des stupéfiants rites et symboles des sociétés secrètes au « Grand Œuvre » des alchimistes.
Voici, cette fois, une grande étude consacrée à ce fantastique, ce plus fascinant des problèmes : celui des civilisations inconnues, celui de ces continents fabuleux, l’Atlantide, la Lémurie et les autres, qui ont alimenté tant de rêves, tant de légendes.
Sans quitter un instant une attitude toute de bon sens, sans jamais succomber à l’attrait dangereux des tentations irrationalistes, l’auteur nous donne ici le panorama complet de toutes les traditions, de tous les vieux mythes, des légendes les plus extraordinaires centrées autour du grand thème des civilisations perdues ; il confrontera pour nous toutes les hypothèses, même les plus stupéfiantes, qui ont été avancées par les chercheurs les plus divers sur la localisation, l’histoire et la destinée des Atlantes, des Hyperboréens, plus mystérieux encore. Mais Serge Hutin nous conduira aussi, par la même occasion, à travers toutes ces terrifiantes énigmes archéologiques : les colosses de l’île de Pâques, les ruines de Tiahuanaco, les rochers sculptés de Marcahuasi au Pérou, la terrasse de Baalbek, les ruines sud-africaines de Zimbabwe, autant de sites qui obligent les archéologues d’esprit ouvert à envisager sans frémir les hypothèses les plus insolites, les plus non-conformistes que l’on puisse rêver.
Lire ce livre, c’est faire le plus fantastique, le plus merveilleux des voyages - dans l’espace et aussi dans le temps : des splendides légendes grecques à la science fiction déchaînée, de l’Islande et du Pérou à la forêt de Fontainebleau. Un chatoyant feu d’artifice de légendes, de rêveries, d’idées, de théories en marge de l’orthodoxie scientifique - de faits également tout aussi énigmatiques et stupéfiants que les contes les plus oniriques.
Serge Hutin examine en toute objectivité la valeur relative de chacune des théories ou hypothèses qui ont été avancées par les archéologues, les historiens, les ethnologues ; il ne craint pas de scruter également les points de vue intrépides de l’ésotérisme ou même du roman fantastique. Finalement, la réalité ne semble-t-elle pas, là comme ailleurs, confirmer la fiction la plus échevelée en apparence ?
De plus en plus, ce que découvrent les savants actuels dépasse et ne cessera sans doute jamais de dépasser en étrangeté et en profondeur les « rêveries » les plus stupéfiantes de la vieille humanité. Dans un univers au rythme de plus en plus accéléré et déchaîné, les suppositions les plus délirantes finiront toujours, semble-t-il, par se révéler, tôt ou tard, comme des vérités de fait. Comme toutes les branches du savoir, l’archéologie semble vraiment, elle aussi, matérialiser nos rêves, nos espoirs les plus rocambolesques. Il faut s’attendre sans cesse à de nouvelles trouvailles dans le genre de celle-ci, toute récente : Athènes, 8 août 1961 (correspondance du journal parisien « Le Figaro ») : « On annonce de Milo qu’au cours des recherches sous-marines entreprises par le Grec américain Mathon Kyritsis dans le port de l’île, les scaphandriers se sont trouvés en présence d’une cité inconnue et qui dut être engloutie par les flots à la suite d’un séisme ou d’une perturbation extraordinaire de la nature. On annonce également que des débris pouvant être ceux des bras de la Vénus de Milo ont été récupérés. »
Non seulement le fabuleux, mais l’insolite ne devraient jamais être éliminés de manière systématique par le chercheur soucieux de garder pleine rigueur scientifique : conservons toujours notre sang-froid, notre volonté farouche de ne jamais capituler passivement devant le vertige trompeur des irrationnels ; mais attendons-nous toujours à découvrir, dans la réalité tangible, des choses aussi scandaleuses pour notre « bon sens » quotidien que les rêves les plus fous, et parfois, à étudier des trouvailles dépassant elles-mêmes les imaginations exacerbées.
N’hésitons donc jamais, tout en sachant garder notre raison, à prêter l’oreille aux vertiges des magiciens : dans toute discipline, ils apportent leur moisson luxuriante, chatoyante, de prodiges et merveilles en tous genres, masse fluctuante au sein de laquelle les savants sauront bien trouver ce qu’ils cherchent.
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Ne croire rien, ou croire tout, sont des qualités extrêmes qui ne valent rien ni l’une ni l’autre.
BAYLE.
(Réponse aux questions d’un Provincial, Chap. XXXIX.)
D’innombrables traditions légendaires sont centrées autour du mythe lancinant de « royaumes » inconnus, du souvenir ancestral de prestigieuses civilisations disparues : celles-ci sont projetées dans un passé d’ordinaire bien antérieur à celui sur lequel se penchent les archéologues et les historiens obéissant aux impératifs sérieux de la recherche scientifique (bien ingrate mais toujours nécessaire) des faits bien établis, des successions chronologiques rigoureuses, des théories explicatives ne laissant nulle place aux jeux de l’imagination. C’est bien à un terrain plus extraordinaire mais moins sûr que notre livre prétend s’attacher : il s’agit, nous penchant sur le vieux mythe des civilisations disparues, de faire une sorte de vaste inventaire comparé de tout ce qui peut être valablement constaté (voire même pressenti) — aussi bien dans le domaine de la fable ou du mythe que dans celui, plus sûr, des faits curieux — en ce qui concerne l’existence, ou non, en pleine époque dite « antédiluvienne » de vieilles civilisations déjà très évoluées. Elles auraient pu être égales ou même (pourquoi pas ?) supérieures à la civilisation dite « occidentale » qui s’est peu à peu développée jusqu’à donner naissance au prodigieux XXe siècle, ère du développement technique accéléré — jusqu’à quelle apothéose (ou apocalypse !) finale... C’est alors qu’intervient la grande objection de principe que fera dès le départ tout savant justement soucieux de ne pas plonger dans le rêve, dans les phantasmes : il nous fera remarquer que les patientes, les admirables découvertes des grands préhistoriens contemporains, loin de nous confirmer les vieux mythes, n’apportent pas la moindre présomption vraisemblable en faveur de l’existence de très anciennes civilisations évoluées d’un niveau au moins égal à celui du monde européen moderne.
Certes, la science préhistorique nous révèle un tableau qui est loin de correspondre à l’imagerie populaire qui nous décrit nos ancêtres lointains comme un ramassis de brutes épaisses, menant une vie sordide dans leurs cavernes — description stéréotypée qui ne se révèle exacte que pour certaines races (celle de Néanderthal en particulier), pour certaines périodes, pour certains lieux déterminés. Le problème de l’habitat des populations préhistoriques est loin d’être simple : il faut considérer non seulement la caverne, mais l’abri arboricole, la tente de peau, les huttes de terre, la maison de bois, etc. — autant de formes, autant d’étapes du logement de nos primitifs ancêtres. La préhistoire ne forme pas une masse confuse, une ère de grossièreté uniforme à laquelle aurait succédé, comme par magie, l’Histoire proprement dite : l’invention de l’écriture, qui marque le début de celle-ci, semble n’avoir fait que prendre la suite d’un inlassable progrès dans la civilisation, dans le mode de vie, dans les techniques. L’usage du feu, par exemple, se révèle comme une découverte prodigieuse — aussi extraordinaire (plus même sans doute) pour nos lointains ancêtres que celle de la découverte de l’énergie nucléaire ; et, à un niveau apparemment plus modeste, que de complexité croissante révèle l’étude des lents perfectionnements dans la taille puis le polissage de la pierre ! Patiemment, les préhistoriens ont édifié une véritable science ; ils ont pu déterminer, dans l’apparent chaos des temps préhistoriques, une classification ordonnée, fort complexe ; ils ont pu se hasarder à faire des évaluations chronologiques assez précises. Voici d’ailleurs un tableau des époques et subdivisions de la préhistoire, d’après un ouvrage faisant encore autorité, La Préhistoire1, du Dr L. Capitan, un savant particulièrement Qualifié.

(On rappellera que les noms d’époques : chelléenne, acheuléenne, etc., ont été attribués d’après les lieux — Chelles, Saint-Acheul, etc. — où les préhistoriens français ont découvert des objets caractéristiques).
Les préhistoriens actuels ont fini par mettre en évidence l’apparition successive de trois grands courants de civilisation matérielle, que nous pouvons ainsi dater d’après les estimations les plus certaines, systématisées par un éminent préhistorien actuel, M. Henri Seigle : vers le dix-huitième millénaire avant Jésus-Christ (opinion la plus probable maintenant), la plus ancienne, dite magdalénienne, eut comme point de départ la région de la Madeleine (en Dordogne, France) ; ce fut une civilisation du silex et de l’os taillés2. A l’époque néolithique ou de la pierre polie, c’est l’essor (vers le dixième millénaire, semble-t-il) de toute une civilisation de la terre plus ou moins cuite, d’une civilisation des potiers originaire sans doute d’Allemagne. Enfin, l’ère du métal, avec pour origine probable le Caucase, commence vers le quatrième millénaire avant Jésus-Christ et se confond en grande partie avec les débuts couramment assignés à l’Histoire proprement dite (qui débute, rappelons-le, avec l’invention de l’écriture). On remarquera que ces trois ensembles se chevauchent, de même que notre époque voit la coexistence, encore, de niveaux différents de civilisation. En dehors de ces trois cultures préhistoriques successives reconnues par le point de vue strictement scientifique, celui adopté par tout préhistorien ou archéologue reconnu, on ne trouve aucune trace d’une civilisation d’un type franchement supérieur avant la naissance des grands ensembles de Sumer, de l’Egypte ancienne, de la Chine, etc., marquant les débuts de l’Histoire proprement dite.
Le problème semble donc irrémédiablement tranché : d’un côté, de nombreuses trouvailles révélant la prodigieuse évolution de l’homme primitif, passant de la pierre taillée la plus grossière aux étapes successives ayant conduit à l’invention — révolutionnaire — de l’écriture3 ; de l’autre, les objets, les monuments, les textes provenant des civilisations historiques (antiques puis médiévales). Aucune découverte scientifiquement établie ne semble prouver l’existence de civilisations très évoluées à une époque plus ancienne que l’antiquité classique, même en se limitant à des ensembles de type égyptien, chinois, etc. Quant à l’existence de civilisations égales ou supérieures au machinisme contemporain en pleine époque préhistorique, le savant répond : vous êtes en plein mythe, ou en plein roman, car aucune découverte archéologique ne nous apporte confirmation certaine de ces rêveries fascinantes. Cette affirmation est-elle vraiment définitive, en dépit de son inexorable rigueur scientifique ? C’est justement ce que nos recherches voudraient s’efforcer de tirer au clair.
Voici le point de vue d’un porte-parole de l’ésotérisme, M. Jean-Louis Bernard : « Un peuple pré-historique peut aussi être un peuple post-historique ! Existe-t-il une seule race qui ait évolué vers une perfection ? Non ! les races préhistoriques se sont au contraire éteintes l’une après l’autre. Peut-être n’étaient-elles que les résidus de grandes races dégénérées, refoulées de leur habitat par un cataclysme4... »
Cette idée, si étrange qu’elle puisse sembler, n’a pourtant rien d’invraisemblable en soi : supposons la population d’une nation moderne brusquement privée, par un gigantesque cataclysme (tremblement de terre ou encore explosions nucléaires) de tous les instruments du progrès moderne ; à moins de compter en leur sein des ingénieurs et techniciens très avertis, les rescapés risqueraient fort de se retrouver à un niveau très primitif de culture, surtout au bout de plusieurs générations successives. Des naufragés sont à même de reconstruire un mode primitif de vie (cas de Robinson Crusoé) ; mais c’est tout autre chose, quand on n’est pas spécialiste, de reconstruire une usine ou, même, des objets manufacturés comme une montre, un frigidaire, un avion, une automobile, etc. ! L’état d’extrême perfectionnement technique où est parvenue notre civilisation repose sur une spécialisation complexe, sur une incroyable division du travail, etc. ; en conséquence, elle s’avère des plus vulnérables, bien plus que celle d’une tribu primitive qui, si ses ennemis viennent incendier toutes ses huttes, reconstruira aisément son village. Alors que ce serait tout autre chose avec une grande cité comme Paris, New York ou Moscou...
Au siècle dernier, le grand géologue britannique Lyell remarque, dans son ouvrage Antiquity of man : « ... Jusqu’à présent nous n’avons aucune preuve géologique précise établissant que l’apparition de ce qu’on appelle les races inférieures de l’humanité ait toujours précédé, dans l’ordre chronologique, celle des races supérieures. » Point de vue qui recoupe, remarquons-le, les hypothèses aventureuses (mais plus réservées) de certains théologiens catholiques, qui ne craignent pas d’accepter l’existence d’humanités « pré-adamites » à condition de ne pas les compter au nombre de nos aïeux directs...
Mais, répétera-t-on, nous n’avons aucune preuve certaine de ces cataclysmes, de ces événements extraordinaires qui auraient détruit de prestigieuses civilisations !... Oui, assurément, si l’on exige des preuves vraiment scientifiques — mais non, et bien au contraire, si l’on aborde en toute objectivité conjecturale le domaine très riche des traditions, des mythes, des fables ou même — nous en aurons divers exemples — celui de l’étude prudente de divers monuments ou objets qui rendent perplexes maints archéologues et que la science tend pour cela à éliminer.
Encore ne connaissons-nous sans doute pas toute l’histoire des millénaires révolus, et non seulement à cause des terrifiants cataclysmes antédiluviens, mais aussi en raison de la malveillance humaine ; la conquête espagnole, par exemple, coïncide avec la destruction systématique des manuscrits des Mayas (dont bien peu sont parvenus jusqu’à nous), et le zèle apologétique s’est trop souvent traduit par des pertes irréparables analogues ; rappelons, à une époque bien plus récente, l’incinération des tablettes de l’île de Pâques par des missionnaires chrétiens, à l’esprit tout à fait étranger (il faut le préciser) à celui des représentants actuels de l’Eglise...
Certes, nous allons devoir nous aventurer sur un terrain qui n’est plus (mais ce qui s’appelle plus du tout) celui de la pure rigueur scientifique, mais nous pensons que cela vaut souvent la peine de « rêver » un peu, d’extrapoler, de faire des hypothèses ; au-delà de ce qui est du domaine de la rigoureuse preuve scientifique, il reste le copieux domaine des hypothèses plausibles et, par-delà encore, l’immense empire de ce qui n’est peut-être que fiction mais peut fort bien répondre quand même, à une certaine vérité dans les faits... Même ce qui semblerait à première vue fantastique, impensable, peut fort bien correspondre à des probabilités ou même à des réalités ; les « fées » ont bien pu être considérées comme n’ayant été autre chose que la population aborigène plus petite, à la peau plus sombre, repoussée par les envahisseurs du début de l’âge de pierre ou d’une époque plus tardive. Il y a eu, à ce sujet, des recherches très curieuses, celles notamment de l’anthropologue anglaise Margaret Murray, qui a retrouvé dans la sorcellerie britannique la survivance secrète de la plus antique religion, celle des « fées »... Il n’est pas interdit de se hasarder à des conjectures analogues dans le domaine archéologique.
A notre avis, le savant, s’il ne doit pas tout accepter aveuglément, ne doit jamais non plus hésiter à examiner le fait, la théorie, la légende les plus invraisemblables en apparence. C’est pourquoi, en particulier, nous ne pensons pas qu’il faille rejeter aussi dédaigneusement qu’on le fait d’ordinaire les récits stupéfiants qui se trouvent chez divers auteurs antiques, comme Diodore, natif d’Agyre, en Sicile, contemporain de Jules César.
Son immense répertoire historique a souvent été considéré comme un ramassis d’histoires prodigieuses, de récits controuvés, alors qu’il est sans doute possible d’y trouver matière à notations significatives. C’est du moins notre point de vue.
Voici l’esprit qui nous inspirera tout au long de ce travail : à mi-chemin de la crédulité aveugle des uns et de la négation systématique des autres, notre seul but sera de présenter au public un tableau d’ensemble, permettant de pressentir certaines directions possibles de la recherche, présentant même des faits d’allure troublante, mais en ayant sans cesse à l’esprit qu’il s’agit, avant tout, d’avancer des hypothèses permettant de se reconnaître un peu mieux parmi les traditions relatives aux civilisations disparues, comme aussi, parmi des faits archéologiques dont le mystère préoccupe nos contemporains.
Dans un tel ouvrage, il est fatal qu’intervienne non seulement la science, mais aussi l’extrapolation aventureuse et (pourquoi pas ?) la science-fiction.
Parmi les mondes « imaginaires ».
L’éternel espoir.
On retrouve partout, chez tous les peuples, une forme lancinante de la perpétuelle nostalgie humaine d’un « paradis perdu ».
« En remontant d’âge en âge jusqu’à l’antiquité la plus reculée, on trouve — remarque Emile Beauvois — chez tous les peuples dont les vieilles traditions subsistent, une légende commune qui s’est transformée selon les temps et les lieux, mais dont les rameaux se sont tantôt développés parallèlement, tantôt entrelacés ou greffés l’un sur l’autre pour donner de nouvelles branches, qui plus tard se sont réunies à leur tour pour se séparer ultérieurement et ainsi de suite. C’est la croyance en une terre enchantée où séjournent des êtres surnaturels et où sont admis les mortels qui méritent de vivre éternellement dans la joie et les délices. Ce paradis terrestre a été placé tantôt à l’est, tantôt à l’ouest, selon qu’on le considérait comme le berceau du genre humain ou comme le lieu de son repos. Sous l’influence d’idées astronomiques, on a comparé l’humanité à l’astre qui la fait vivre ; les uns ont pensé qu’elle ne pouvait sortir que de l’endroit où se lève le soleil ; les autres, que l’existence ne pouvait se prolonger agréablement pour les élus que là où semble se coucher l’astre du jour5. »
Pourrait-on retrouver cet Eden ? Question apparemment absurde, et qui ne l’est pourtant pas à bien réfléchir. En effet, il s’agit, dans ces antiques traditions, tout à la fois d’un mystérieux séjour des morts et d’une région géographiquement déterminée, accessible aux mortels sous certaines conditions.
Les Grecs et les Romains, par exemple, parlent non seulement des Champs Elysées (domaine glorieux des âmes privilégiées), du Jardin des Hespérides, mais de lieux plus tangibles : îles Fortunées, l’île d’Ogygie, etc. Les Celtes, eux, parlent aussi d’un pays qu’ils appellent Pays des Vivants, Terre de Jouvence, Ile des Héros...
Mais revenons à l’antiquité hellénique : Homère situe les Champs Elysées eux-mêmes à l’extrémité de la terre, en un lieu concret mais où il n’y a pas d’hiver, pas de neige, jamais de pluie, et où règnent de douces brises océanes ; les âmes heureuses vivent loin vers l’Occident dans les paradisiaques îles Fortunées, situées à 10 000 stades à l’ouest de l’Afrique, ce qui permet peut-être de les assimiler aux Canaries, dont on vante encore aujourd’hui le merveilleux climat de printemps éternel.
Hésiode, autre grand poète hellénique, place le Jardin des Hespérides, c’est-à-dire des nymphes de l’Occident, « filles de la Nuit », au delà de l’Océan Atlantique et franchement vers le nord-ouest. Saturne (Chronos) a été relégué par Zeus aux extrémités de la terre, bien loin de l’Olympe, mais il règne encore, ici bas, sur les héros admis par privilège insigne dans les îles des Bienheureux, « où la fertilité du sol fait fleurir trois fois chaque année l’arbre aux fruits suaves ». Les Grecs ont ainsi tendance à placer volontiers les îles des Bienheureux, le Paradis terrestre dans les régions hyperboréennes ; c’est là que Pindare, par exemple, place l’ancien pays des Gorgones, l’asile des Bienheureux, la région du bonheur et de la beauté terrestres : « Jamais pareille idée, nous fait à juste titre observer Beau vois, ne serait venue aux méridionaux qui, en effet, cherchaient leur Elysée dans une zone plus tempérée et plus favorisée de la nature6. » D’où la possibilité de découvrir une origine celtique à ces croyances. Certes, chez les Celtes, on trouve aussi l’idée d’une réincarnation des âmes ; d’après Lucain, les druides enseignaient que « les âmes ne descendent pas dans les silencieuses demeures d’Erèbe, ni dans le royaume souterrain du ténébreux Pluton, mais que le même esprit anime les corps dans un autre monde7 ». Mais, il faut bien remarquer que les traditions celtiques font aussi état et avec quel lyrisme ! des lieux merveilleux peuplés d’êtres immortels, d’hommes ayant échappé à l’obligation physique de vieillir et mourir.
Les Celtes de Grande-Bretagne et d’Irlande nous décrivent ainsi le Grand Rivage, la Terre des Vivants, la Plaine des Délices, l’Ile des Héros, la Terre de Jouvence, qui sera appelée Terra Promissionis quand surviendra la période chrétienne. Cette région mystérieuse, aux contours mal précisés d’ordinaire, est aussi appelée Ibérie (c’est-à-dire « occidentale », au sens étymologique, de ce mot), car elle se trouve bien loin vers l’ouest, par-delà l’immense Océan : ce n’est qu’après l’ère chrétienne que ce nom sera donné à la péninsule ibérique actuelle (Espagne et Portugal).
Deux voies conduisaient, selon les légendes celtiques, au Paradis terrestre : les routes souterraines, dont l’entrée se trouvait dans certaines cavernes mystérieuses ; un itinéraire maritime tout aussi périlleux d’accès et pour lequel il fallait s’embarquer, en certains points des côtes, sur des navires divins ou encore sur le cheval marin conducteur des morts.
Il existe à cet égard de fort belles légendes irlandaises sur le Pays des Vivants, peuplé de radieuses créatures féminines qui se choisissent par intervalles des époux parmi les hommes. Dans le manuscrit Echtra Condla Cain (« Aventures de Condla le Beau »), nous voyons ainsi le roi d’Irlande Condla le Beau ou le Rouge (Ruad) — il régna de 123 à 157 de notre ère — faire soudainement la rencontre d’une femme au costume singulier, alors qu’il s’était rendu en compagnie de son père sur le Mont Usnech. Interrogée, l’étrange et splendide créature répondit au jeune homme : « Je viens du Pays des Vivants où l’on ne connaît ni mort, ni vieillesse, ni infraction à la loi, où nous sommes perpétuellement en fêtes, où nous pratiquons toutes les vertus sans désaccord. Nous habitons de grands tertres (sid), d’où notre nom d’Aes Side (Peuple des Tertres)8. Condla finit par suivre la femme dans un curach — esquif — « de cristal », selon la version la plus curieuse de cette tradition. Un passionné de science-fiction y verrait sans doute un véhicule mystérieux, mais on fera mieux de ne pas trop broder autour de la légende. Merlin aussi serait, d’après une autre légende, parti pour sa dernière demeure dans une maison flottante de cristal. Quant au roi Arthur, il passait pour vivre encore, devenu immortel, dans l’île et la cité « de verre », de pur cristal.
Selon les traditions irlandaises, ces îles de Jouvence (Eilean-nah-Oige), ou « îles Vertes » (An’t-Eilean uaine), étaient situées très loin, vers l’occident, dans l’Atlantique, au-delà des grandes mers.
La localité irlandaise de Bri-Leith passe, signalons-le, pour avoir été l’une des « issues » par lesquelles les Sids d’outre-mer communiquaient avec l’île des Gaëls. De même, les fonds de certains lacs irlandais ont pu passer, autrefois, pour des portes de communication entre la surface terrestre et le séjour enchanté. L’idée d’un accès direct à un autre monde, différent du nôtre mais tout aussi concret, est devenue beaucoup plus tard l’un des thèmes favoris des écrivains contemporains cultivant la science-fiction : celui des « univers parallèles » — c’est-à-dire de l’existence de niveaux de réalité plus ou moins différents de celui que nous connaissons, et avec lesquels nous pouvons à l’occasion communiquer. On pense aussi à une idée beaucoup plus ancienne, reprise aussi par la science-fiction, et dont nous aurons à reparler : celle de la communication possible entre notre monde et des peuples vivant sous la surface du globe, dans les abîmes telluriques... Il est, il est vrai, une hypothèse moins fantastique qui permettrait peut-être d’expliquer ces légendes développées dans la verte Erin : l’existence d’un contact des anciens navigateurs celtes, soit avec l’hypothétique Atlantide, soit avec le continent américain. On remarquera cette désignation curieuse de « Pays des Tertres » ; elle peut fort bien s’appliquer à l’Amérique du Nord, avec ses étranges tumuli géants appelés précisément « Tertres » (Mounds), et dont l’origine reste en grande partie mystérieuse.
Les traditions galloises décrivent aussi, avec force détails merveilleux, l’île d’Avalon, le pays des pommes enchantées (connues aussi dans la mythologie grecque), lieu splendide où règne une vierge royale (c’est-à-dire une grande prêtresse souveraine) et dont les habitants, qui possèdent tout en commun, ne connaissent ni la douleur, ni la maladie, ni la vieillesse. Au XIIIe siècle encore, les Gallois croyaient que le roi Arthur, réfugié après avoir conquis l’immortalité dans cette île d’Avalon, en reviendrait un jour pour libérer leur patrie du joug des Saxons. On songe ici aux traditions bibliques sur Elie et Enoch, et à une légende nordique (plus récente celle-là), selon laquelle Ogier le Danois serait encore endormi dans les caveaux de la forteresse de Kronborg, ou sous un tertre du Danemark (rappelons-nous aussi la légende allemande de Frédéric Barberousse, endormi dans les entrailles de la terre).
Redécouverte du paradis terrestre et reconquête de l’immortalité glorieuse coïncident volontiers dans la légende : on comprend fort bien que ces deux aspirations humaines aient perpétuellement coexisté, et que les misères que l’homme endure l’aient fait perpétuellement rêver d’un éden où il ne souffrirait plus, où la vieillesse et la mort cesseraient d’exercer leur inexorable emprise.
Et, un peu partout, nous trouvons un grand espoir : celui qui affirme la possibilité de parvenir au glorieux séjour de l’immortalité.
Il existe dans toutes les traditions des légendes qui nous montrent les hommes privilégiés — les héros — qui ont pu retrouver pour leur propre compte le mystérieux et redoutable chemin du paradis terrestre. On ne sait d’ailleurs pas toujours bien, dans ces légendes héroïques, s’il s’agit d’un lieu tangible, existant dans notre monde visible ou aux confins extrêmes de celui-ci, ou au contraire d’un autre plan de réalité, d’un au-delà. Voici, par exemple, un passage d’Homère, tiré de l’Odyssée (IV, 561) : « Quant à toi, Ménélas, nourrisson de Jupiter, il ne t’est pas prescrit par les destins de mourir dans Argos (...). Mais les immortels t’enverront aux Champs-Elysées et aux extrémités de la terre, là où est le faune Rhadamanthe ; là la vie est la plus facile aux hommes. Il n’y a pas de neige, ni beaucoup d’hiver, ni jamais de pluie. Mais toujours l’océan y envoie les souffles de la douce respiration de Zéphyre, pour rafraîchir les hommes, parce qu’Hélène est à toi et que tu es gendre de Jupiter. »
On n’oubliera pas de rappeler que les descriptions peuvent s’appliquer non seulement à l’au-delà mais aussi aux domaines plus glorieux encore explorés par l’imagination privilégiée du mystique, du visionnaire ou du théosophe, ces descriptions étant tout à la fois concrètes et symboliques. On en trouve dans les traditions spirituelles les plus diverses, et il nous faudrait tout un volume pour ne serait-ce qu’en dresser un bien mince tableau d’ensemble. En ce qui concerne l’Iran, pour ne prendre qu’un seul exemple précis, nous renvoyons à l’ouvrage récent du professeur Henry Corbin, de l’Ecole pratique des Hautes Etudes (Sorbonne) : Terre céleste et Corps de Résurrection, publié à Paris (chez Buchet-Chastel et Corrêa) en 1960, et où le grand spécialiste français de l’iranisme nous explique à merveille le mécanisme de tous les somptueux paysages visionnaires9.
Mais, en faisant délibérément abstraction de leur complexe symbolisme ésotérique, toutes ces traditions de reconquête du paradis perdu expriment l’incoercible nostalgie de l’homme, qui rêve depuis toujours d’une reconquête de l’immortalité glorieuse. C’est pourquoi tant de désignations prodigieuses nous décrivent dans les mythes helléniques et celtiques les merveilles, par exemple, de l’île sainte primordiale, de l’antique Thulé, appelée aussi par les Grecs Elixioia, île de Cristal, île des Pommes d’Or, etc. Evidemment, cette île merveilleuse nous est volontiers dépeinte comme contenant la source d’immortalité, qui permet à une héroïque minorité d’échapper définitivement à l’existence phénoménale et de retrouver l’état surhumain antérieur à la chute. En surmontant de redoutables périls, il était, croyait-on, possible aux héros de retrouver — dans l’île ou la contrée — cette fameuse Fontaine de Jouvence, bien connue de la mythologie grecque mais qui figure un peu partout chez les divers peuples ; les traditions arabes, par exemple, placent la Fontaine qu’ils nomment d’Ilia, d’Eli ou de Kheder à l’extrémité du Mod’hallam, la mer obscure et ténébreuse, dans une sombre région, appelée Dolmat, là où le prophète Mohammed a bu à longs traits l’eau de cette glorieuse fontaine de vie.
De nombreuses tentatives pour retrouver la légendaire Fontaine de Jouvence ont été faites avec le plus grand sérieux, tout au long de l’antiquité et du moyen âge. Au XVIe siècle encore, on croira à son existence concrète comme le montre l’étrange livre écrit par Hubert de Lespine : Description des admirables et merveilleuses régions loingtaines et estranges nations payennes de Tartarie, et de la principaulté de leur souverain Seigneur, avec le voyage et la pérégrination de la Fontaine de Vie autrement nommée Jouvence. Paris, 1558.
On remarquera la localisation, située cette fois en « Tartarie », c’est-à-dire en Asie centrale, cette région que l’ésotérisme et l’occultisme contemporains peuplent encore si volontiers de prodiges incroyables.
Mais revenons au Paradis terrestre dans sa localisation, hellénique et celtique, aux extrémités occidentales de notre globe. Pourquoi est-il donc si difficile d’y parvenir ? D’énormes périls guettaient, sans merci, le voyageur téméraire : au début de l’ère chrétienne, Tertullien et Isidore de Séville croient encore le Paradis terrestre séparé du monde habitable par une zone ignorée ceinte d’une infranchissable muraille de feu, et cette croyance fantastique persistera pendant des siècles... Pourtant, de rares privilégiés avaient, croyait-on, réussi à vaincre les terrifiants périls du voyage vers le royaume paradisiaque.
Le plus souvent, dans les traditions chrétiennes, ce sera un saint qui réussira l’entreprise si téméraire. Une chronique espagnole populaire, intitulée Histoire de la vie du bienheureux saint Arano, nous raconte les intrépides voyages de ce saint jusqu’au légendaire Paradis terrestre. Pour y parvenir, le héros traverse des mers congelées d’une étendue immense, reçoit des avertissements mystérieux et arrive finalement devant un palais magnifique situé à l’entrée du Paradis ; mais sans pouvoir pénétrer dans le jardin des délices éternelles.
Autre bien poétique relation médiévale, celle du moine d’Evesham, Angleterre (1196) : en compagnie de saint Nicolas en personne, il visite le purgatoire, l’enfer et le paradis...
Mais la plus célèbre de ces chroniques édifiantes est assurément celle des voyages de saint Brendan ou Brandan, de saint Malo et de leurs compagnons, tous audacieux moines irlandais. En 565, saint Brandan et ses hardis compagnons auraient fini par débarquer, bien loin vers l’ouest des îles Britanniques, dans une île fabuleuse où se trouvait l’entrée du Paradis Terrestre. Mais, avant de parvenir à celle-ci, que de péripéties, terrifiantes ou bizarres ! Pour nous limiter à un échantillon de ces stupéfiantes merveilles, saint Brendan et ses hardis compagnons du jour, au cours de leurs pérégrinations, rencontrent une île « d’un cristal très pur, si transparent qu’ils distinguaient l’autel en travers ». A l’intérieur, la lumière solaire se répand en toute liberté, comme s’il n’y avait aucun mur. Il s’agit évidemment d’un magnifique iceberg, mais voici le prodige : « Ils virent sur l’autel un calice d’or et une patène d’or qui étincelaient au soleil... jamais prêtre ne mit sur sa tête chasuble aussi resplendissante, car en officiant il parut par un effet de la grâce divine tout vêtu d’arc-en-ciel. »
Saint Brendan finira quand même par atteindre l’île d’Ima, entourée d’un mur d’or transparent comme du verre et étincelant comme un miroir.
L’ère des grandes découvertes de l’époque moderne coïncidera encore, tout au moins à ses débuts, avec ces rêves d’une fantastique reconquête de l’Eden perdu : Christophe Colomb lui-même, d’après un spécialiste éminent : le professeur S.B. Liljegren (de l’Université d’Upsal, en Suède), aurait recherché aussi — et ce d’après de vieilles traditions kabbalistiques — le Paradis perdu, la source glorieuse des premières civilisations10.
Une grande question peut donc être posée : les traditions de voyages au « paradis terrestre » ne pourraient-elles s’expliquer, en définitive, par le souvenir relativement précis de la découverte d’une région géographique déterminée ? A cet égard, la hardiesse de certains interprètes n’a évidemment pas connu de bornes, jusqu’en pleine ère positive : le vieux Paradis terrestre a pu, dans ces conditions, être retrouvé absolument partout sur notre globe. Voici un exemple assez caractéristique de ces tentatives de réduction historique du mythe adamique : dans un ouvrage publié à Madrid en 181511, don Juan Bautista de Erro démontre que la langue primitive qu’Adam parlait dans le Paradis terrestre n’était autre que la langue basque...
D’un point de vue plus scientifique, ce problème d’une localisation géographique du Paradis Terrestre n’est pourtant pas, bien au contraire, dépourvu d’intérêt positif ; rien d’impossible — on le conçoit — à ce que les navigateurs antiques et médiévaux, émerveillés par tel ou tel pays, n’aient contribué à donner par leurs récits enjolivés du poids à ces traditions.
Les Gallois, par exemple, peuplaient de prestigieuses découvertes l’extrémité opposée de l’Océan Atlantique baignant leurs rivages ; c’est là qu’ils plaçaient le paradisiaque Pays des Sids, avec la Fontaine de Jouvence.
On peut sans doute retrouver le souvenir précis bien qu’enjolivé de grands voyages maritimes vers l’Amérique : les traditions galloises parlent, en effet, des îles vertes des courants — lesquels courants (marins) étaient sans doute le Gulf Stream. Même après sa redécouverte moderne, le Nouveau-Monde continuera longtemps d’être peuplé de prodiges incroyables : on y cherchera volontiers encore la Fontaine de Jouvence, l’Eldorado, etc. Il est incontestable que l’étude attentive d’anciennes traditions et légendes sur des pays mystérieux est l’écho assez précis de pérégrinations réelles, voire, aussi, de très lointains événements humains à l’échelle mondiale, et notamment de grandes migrations remontant à l’époque préhistorique : « Les tribus humaines ont été éternellement en mouvement sur toute la surface du globe et les groupes partis vers quelque distante terre de Canaan, ont toujours constaté que d’autres les y avaient précédés12. »
Les îles Fortunées — on peut y revenir — peuvent fort bien avoir été les Antilles, que des navigateurs grecs et phéniciens semblent avoir connues dès l’antiquité.
Quant aux navigateurs irlandais, ils connurent sans doute dès les premiers siècles de notre ère les Antilles, le Canada, le Mexique, sans doute aussi le Pérou. Il existe une foule d’éléments géographiquement vrais dans les récits qui nous montrent le moine navigateur saint Brendan ou Brandon et ses infatigables compagnons gagnant une île où paissent « des brebis toutes blanches et grosses comme des boeufs » (il s’agit des lamas des Andes), puis « l’île aux oiseaux » et encore une île voisine.
La mystérieuse « île de saint Brendan » recherchée si vainement par tant de navigateurs et qui figurera pourtant dans la plupart des atlas et des cosmographies, du XIVe au XVIIIe siècle encore, n’était peut-être, en définitive — mais nous aurons l’occasion d’y revenir, car c’est une question assurément controversée — qu’une région occidentale de l’Amérique, peu précise malheureusement. On peut être précis, en revanche, sur les découvertes faites par saint Brendan lui-même dans les régions arctiques ; il a très certainement découvert l’hallucinante île Jan Mayen et son énorme volcan abrupt, le Beerenberg, qui était alors en pleine éruption.
Depuis bien des siècles, on notera l’incontestable fascination de beaucoup d’Européens pour les régions nordiques, demeurées inconnues durant des millénaires. Même les régions de l’Allemagne et des Pays-Bas actuels étaient, durant l’antiquité classique, bien mystérieuses encore, et on pouvait y placer des phénomènes étranges. Voici un livre curieux, celui de Charles Joseph de Grave, dont le titre lui-même indique le contenu : République des Champs-Elysées, ou monde ancien. Ouvrage dans lequel on démontre principalement que les Champs-Elysées et l’Enfer des Anciens sont le nom d’une ancienne République d’hommes justes et vertueux, située a l’extrémité septentrionale de la Gaule et surtout dans les îles du Bas-Rhin, que cet Enfer a été le premier sanctuaire dans l’Initiation aux Mystères et qu’Ulysse y a été initié13.
Quand on passe aux régions franchement hyperboréennes (Scandinavie, Islande, Laponie, Groenland, etc.), cette fascination est tout naturellement décuplée : même le voyageur actuel est émerveillé par les phénomènes étranges et splendides (aurores boréales, soleil de minuit...) qui alternent en ces lieux ; on conçoit combien l’imagination des premiers découvreurs venus des pays plus méridionaux devait travailler devant de tels prodiges apparents !
En somme, il est aisé de concevoir comment et pourquoi nombre de récits sur la « découverte du Paradis terrestre » s’expliquent en fin de compte par la connaissance ancienne de régions géographiquement bien déterminées. Il est pourtant certaines légendes plus troublantes, celles qui décrivent des pays inconnus de la science géographique et qui semblent franchement placés en dehors même de la surface terrestre, telle que nous la connaissons : s’agirait-il alors d’ « univers parallèles », pour nous complaire à nouveau dans cette hypothèse si chère aux auteurs de romans et nouvelles de science-fiction, et qui peut d’ailleurs fort bien répondre à des découvertes qui seront un jour scientifiquement établies ?
Selon certaines traditions, la partie de la Mer du Nord située tout au nord de l’Ecosse, entre ce pays et l’Islande, serait un lieu magique, où le navigateur serait susceptile de se perdre en d’étranges étendues démoniaques14. Il existerait même, dit-on, des lieux (Islande, montagnes de l’Arizona, Angleterre méridionale, etc.) où des cavernes mystérieuses donneraient accès à d’autres plans de réalité spatiale ou temporelle, procurant une communication directe entre notre XXe siècle et des époques lointaines, voire d’autres planètes que la nôtre... Impossible, évidemment d’obtenir confirmation de tels prodiges, où l’on est en pleine science-fiction !
Caïn le meurtrier, d’après un manuscrit de la Bibliothèque Nationale : les Voyages du sieur Bertrandon de la Brocquière, se serait retiré dans le « pays de Nod » (ou « de Naïd ») ; aucun souvenir n’est, paraît-il, demeuré parmi les hommes de ce pays dont le nom viendrait en fait du mot hébreu nad, errant ; c’est en ce pays inconnu que le fratricide aurait bâti l’extraordinaire ville d’Anuchta demeurée jusqu’ici inexorablement cachée à tous les voyageurs...
Voici une autre tradition, plus étrange encore : les légendes arabes des Mille et une Nuits situent la sépulture d’Adam en personne dans la mystérieuse caverne de Magaret al Conouz, située au Paradis Terrestre sur la montagne des Enfants de Dieu. C’est là que Rocail, le fils préféré d’Adam, est devenu son ministre et a construit son sépulcre ; des automates perfectionnés, qu’animent certains talismans magiques, y exécutent dans un impressionnant silence toutes les tâches que peuvent accomplir des hommes de chair et d’os.
Il est aussi question, dans les traditions arabes populaires, d’êtres qui habitaient l’univers avant Adam, et qui parlaient une langue inconnue, le bialban. Adam lui-même aurait, à sa venue dans l’île de Serendib (Ceylan ?), soumis une race étrange : le peuple des « hommes à tête plate », originaires sans doute de l’île de Mousham, l’une des Maldives...
Une allusion, maintenant, à ce qui a trait à des régions extraordinaires situées, semble-t-il, sur une autre planète. Les Pythagoriciens avaient même développé une doctrine assez curieuse : celle de la contre-Terre, c’est-à-dire de la planète-sœur qui est censée occuper par rapport à la Terre l’autre foyer de l’orbite elliptique autour du soleil ; comme elle se trouve dissimulée par l’astre du jour lui-même, il nous est normalement impossible de l’observer... Certains mythes de rabbins kabbalistes sont eux, plus complexes encore, car ils postulent l’existence para-terrestre supplémentaire de deux planètes opposées, mais de caractère franchement « noir », infernal : Lilith est, par rapport au second foyer (la Lune), une « terre noire » (l’enfer). Hécate, elle, la « Lune noire », aurait pour correspondances symboliques les déesses Diane sur la terre et Proserpine aux Enfers (on reconnaît ici l’utilisation d’un symbolisme mythologique grec par des spéculations de gnose judaïque).
Parfois même, il est fait état — c’est le cas en Asie centrale (mythe de l’Aggartha), en Islande, en Californie, etc. — d’une réalité fantastique : l’existence de peuples mystérieux vivant au plus profond des entrailles de la terre.
D’innombrables légendes — islandaises, irlandaises (sur les Tuatha), des peuples primitifs de Nouvelle Guinée (sur les Damas), etc. — décrivent ainsi des peuples qui seraient autrefois rentrés sous terre, où ils vivent toujours.
Ce peuples mystérieux communiqueraient avec l’humanité en certaines occasions déterminées : voir les traditions celtiques d’Irlande sur la nuit de Samaïn (le 31 octobre), où les hommes entrent en contact avec les représentants du « Petit Peuple », race humaine disparue de la surface et vivant désormais sous terre, que l’on trouve décrite tout à la fois en Irlande et en Polynésie (Lévy-Bruhl, en particulier, a pu étudier ces curieux mythes). On trouve, à vrai dire, un peu partout dans le monde des récits prodigieux de voyages faits par des hommes dans les entrailles du globe : c’est ainsi qu’une tradition populaire wallone prétend que le menhir appelé Pierre du diable, près de Namur, recouvre en fait un souterrain qui mène dans de prodigieux abîmes telluriques. C’est dans l’une des îles du lac de Derg (en Irlande) qu’était situé le fameux Purgatoire de Saint Patrice (Saint Patrick), ce lieu d’initiations souterraines qui restera fort en honneur jusqu’à l’époque de Colomb.
Au cours de ces mystères telluriques irlandais, le récipiendaire était, dit-on, purgé en un jour et une nuit de tous les péchés contractés depuis l’heure de la naissance ; mais les épreuves que l’on devait subir étaient fort dangereuses (il y aurait eu de nombreux morts) : le candidat devait contempler les supplices infernaux, puis être tourmenté par les « démons ». Une longue préparation était d’ailleurs nécessaire : quinze jours de jeûne, quinze jours de prière..., puis le candidat après avoir communié, puis fait célébrer ses obsèques exactement comme s’il était trépassé, était conduit en grande pompe à l’entrée du Purgatoire, et s’avançait hardiment dans les abîmes. Après avoir dépassé les régions infernales, puis la « colonne de feu » qui s’élevait dans les ténèbres comme un phare prodigieux — tout juste entre l’espérance et le désespoir éternel — le candidat pénétrait enfin dans le Paradis terrestre où l’homme ne sut pas demeurer, merveilleux séjour de transition entre le purgatoire et le séjour céleste. C’était saint Patrick en personne qui avait, disait-on, fait connaître à ses fidèles cette région souterraine « où quiconque pénètre en état de grâce et sort victorieux des épreuves qui l’y attendent est certain d’avoir sa place marquée d’avance dans le Paradis ».
Depuis trois siècles, le Trou de saint Patrick a été bouché sur l’ordre même des autorités ecclésiastiques, alarmées de voir se perpétuer des mystères dont l’origine était bien antérieure au christianisme. Mais aujourd’hui il subsiste encore un pèlerinage traditionnel à Station15 Island, l’une des îles du Lough Derg : les Irlandais y accomplissent consciencieusement leurs trois jours entiers de pénibles exercices religieux (prières, jeûne, mortifications, chemin de croix), ignorant toujours qu’il ne s’agit là que de la survivance des rites de préparation qui précédaient d’anciens mystères celtiques christianisés — qui, eux, ont été supprimés par l’Église moderne.
On trouve fréquemment, et à date extrêmement ancienne, cette utilisation rituelle de cavernes pour des mystères, des initiations...
Souvent, ces traditions sur les mystères telluriques prennent l’allure d’une véritable géographie fabuleuse du monde souterrain : il y a sous terre un autre monde, d’autres régions, éclairés par d’autres astres ; mythe symbolique et réalité s’enchevêtrent étroitement, en bien des cas...
Au centre du monde, d’après la mythologie scandinave, existerait un arbre gigantesque unissant la terre et le ciel et qui engendre tous les êtres vivants, car il n’est pas autre chose que la cause première de toutes les choses manifestées. Pour demeurer dans la mythologie scandinave, celle-ci peut être prise comme le type des traditions cosmologiques fabuleuses sur l’agencement, la disposition hiérarchisée de toute la réalité visible et invisible. Voyons en effet comment elle procède, ce qui nous permettra de mieux comprendre ce type de pensée mythique et imaginative, où l’on passe du monde divin aux ténèbres par toutes sortes de transitions.
Voici donc, schématisé, tout le système de l’univers scandinave16.


Mais l’idée de mondes souterrains évoque tout spécialement les descriptions théosophiques de l’Aggartha, ce monde fabuleux qui, bien loin sous les montagnes mystérieuses du Tibet et les déserts de la Mongolie, déroulerait le prodigieux labyrinthe de ses fantastiques cités souterraines, où réside un peuple de grands initiés, héritiers des extraordinaires connaissances spirituelles — scientifiques et techniques également — des civilisations disparues. En fait, il est extrêmement difficile d’avoir à ce sujet des précisions capables d’entraîner la conviction des sceptiques, les occultistes et théosophes actuels se réclamant, dans la majorité des cas, de révélations plutôt récentes, remontant tout juste à la fin du siècle dernier. L’un des rares auteurs qui rapportent des témoignages qui, à première vue, sembleraient, eux, provenir directement des traditions lamaïques d’Asie centrale, est Ferdinand Ossendowski, dans la cinquième partie de son livre passionnant, Bêtes, hommes et dieux ; des dignitaires mongols lui auraient raconté des choses prodigieuses, mais dont la crédibilité n’obéit évidemment pas aux rigoureux impératifs scientifiques modernes régissant la valeur effective des témoignages : « Il y a plus de six mille ans, un homme disparut avec toute une tribu (mongole) dans l’intérieur du sol et n’a jamais reparu sur la surface de la terre (...). Nul ne sait où se trouve cet endroit. L’un dit l’Afghanistan, d’autres disent l’Inde (...). La science s’y est développée dans la tranquillité, rien n’y est menacé de destruction. Le peuple souterrain a atteint le plus haut savoir. Maintenant c’est un grand royaume, comptant des millions de sujets sur lesquels règne le Roi du Monde (...). Ces peuples et ces espaces souterrains sont gouvernés par des chefs qui reconnaissent la souveraineté du Roi du Monde (...). Vous savez que dans les deux plus grands océans de l’Est et de l’Ouest se trouvaient autrefois deux continents (l’Atlantide et la Lémurie). Ils disparurent sous les eaux, mais leurs habitants passèrent dans le royaume souterrain. Les cavernes profondes sont éclairées d’une lumière particulière qui permet la croissance des céréales et des végétaux et donne au peuple une longue vie sans maladie. Là existent de nombreux peuples, de nombreuses tribus (...). Ils (les habitants du monde souterrain) peuvent dessécher les mers, changer les continents en océans et répandre les montagnes parmi les sables du désert (...). Dans d’étranges chariots, inconnus de nous, ils franchissent à toute vitesse les étroits couloirs à l’intérieur de notre planète17. »
Aucun savant ne pourra évidemment se prononcer, nous dire si ces récits correspondent à des réalités ou s’il s’agit de traditions symboliques au sens ésotérique caché. Mais bien des occultistes occidentaux n’hésitent pas à se montrer tout à fait affirmatifs sur ce sujet. Nous avons même sous les yeux un volume publié à Paris en 194718 et rédigé par un homme prétendant n’être rien de moins que le souverain du prestigieux royaume souterrain, c’est-à-dire : « l’Auguste Maha-Chohan Kout Houmi Lal Singh, de l’Aggartha Sangha, Seigneur de Shambalah ».
Tout commentaire serait superflu...
Les mythes qui nous content l’histoire fantastique de civilisations depuis longtemps disparues sont partie intégrante de divers ésotérismes, où on les retrouve associés, d’ordinaire, aux non moins antiques doctrines sur la chute progressive de notre pauvre humanité.
D’où matière à des recherches comparatives en règle sur ces mythes et sur les très anciens symboles qui les expriment.
Un érudit péruvien méconnu, Pedro Astete (1871-1940), a pu ainsi procéder à l’étude générale des principes fondamentaux du symbolisme traditionnel, étudiant, pour ce faire, genèse et signification profonde de motifs vraiment traditionnels comme le svastika, l’ancêtre de la croix gammée, que les ethnologues ont pu retrouver partout dans le monde, de l’Inde ancienne à l’Amérique du Nord.
On trouve sur tout le globe, d’autre part, des traditions relatives à une race primitive glorieuse, mi-divine, autrefois maîtresse de la terre avant de connaître un effroyable châtiment cataclysmique, pour avoir voulu s’égaler aux divinités elles-mêmes. Parfois même, les mythes prétendent remonter à l’origine même des temps en nous décrivant les formes diverses et spontanées des émanations originelles de la Divinité ; d’où, également, l’idée d’un retour final à l’état glorieux du cosmos : « notre univers, nébuleuse de l’espace, est l’embryon d’un Dieu constellaire avant sa naissance, ou, car comment dire, d’une constellation divine, et tout ce qui la compose y est dans l’attente de la patrie céleste : le soleil, dit-on, et tout son système, se dirige vers le ciel ou les régions de la constellation d’Hercule, les autres disent d’Orion19 ».
Nous rejoignons ainsi, par-delà l’Histoire fabuleuse, la théogonie et la cosmogonie...
Comme les prestigieux Mayas-Quiché de l’Amérique centrale, les Aztèques de l’ancien Mexique, par exemple, croyaient que plusieurs mondes successifs s’étaient effondrés avant le nôtre, dans des cataclysmes ayant anéanti, chacun, la totalité des hommes qui peuplaient notre terre. Chacun de ces « soleils » — tel est le terme pour désigner ces cycles — était désigné par la date de sa disparition et, surtout, par la nature particulière du cataclysme : le quatrième de ces cycles cosmiques, le « soleil de l’Eau », portait le nom de Naui-Atl (« Quatre-Eaux »), car il s’était terminé par un formidable déluge. Le monde où nous vivons, le cinquième, aurait son destin final exactement défini par sa date de naissance, celle à laquelle notre soleil s’était mis en mouvement : les Aztèques le nommaient Naui-Ollin (le glyphe Ollin est un symbole formé par une croix de Saint-André et par le masque du dieu solaire ; signification du symbole : « mouvement », — et, aussi, « tremblement de terre »).
On n’oubliera évidemment pas de rappeler — il le faut — l’allure fantastique des mythes théogoniques et cosmogoniques de ces anciens maîtres du Mexique. A l’origine de tous les êtres, les Aztèques plaçaient le couple primordial : Ometecuhtli, Seigneur de la dualité, et Omeciuatl, Dame de la dualité. Le dieu et la déesse trônaient au sommet du monde, au treizième ciel, là où l’air est « froid, délicat et glacé » ; de leur fécondité éternelle étaient nés tous les dieux, puis les hommes. Mais le Dieu suprême était Uitzilopochti que symbolisait le soleil au zénith. Sa mère Coatlicue à la jupe de serpents, déesse de la terre, avait pourtant eu, avant même le soleil, les dieux des étoiles (appelés « les 400 du Sud »), et aussi la déesse lunaire Coyolxauhqui, incarnation féminine des ténèbres nocturnes...
L’aspect terrible de la religion aztèque, si riche en rites sanglants, ne doit pas faire oublier l’existence de tendances opposées, se manifestant en la personne de Quetzalcoatl, le « Serpent à plumes » ; sous le nom de Xolotl (dieu à tête de chien), il est même descendu aux enfers du Mictlan pour chercher les ossements des morts anciens et en faire des vivants. Quetzalcoatl était considéré comme l’inventeur divin des arts, de l’écriture et du calendrier ; en face de lui, le sombre dieu nordique du ciel nocturne, de la guerre, des maléfices, Tezcatlipoca, qui avait — selon la tradition — chassé le « Serpent à plumes » de son glorieux royaume de Tula. Tula était, pour les
Aztèques, l’île merveilleuse, le paradis terrestre existant loin au nord-est de l’Atlantique par rapport au Mexique, et qui se révèle donc identique à la lumineuse île de Thulé dont parlent les grands mythes grecs et celtiques. C’est ainsi que se pose le problème de l’Eden nordique, de la fabuleuse Hyperborée20.
On trouve, dans tous les coins de la terre, — nous le signalions au début même de ce chapitre — de vieilles traditions fabuleuses — orales aussi bien qu’écrites — relatives à l’existence en des temps lointains de grandes îles, d’importants territoires, voire de continents entiers engloutis sous les flots ou détruits, au contraire, par les « feux du ciel ».
Il est d’autre part fort troublant de voir çà et là — nous le verrons dans la seconde partie de cet ouvrage — des ruines, des monuments étranges, énigmatiques, et qui semblent, à première vue du moins, ne se rattacher à aucune civilisation connue de l’Histoire (celle du moins qui obéit aux impératifs rigoureux de la méthode scientifique) ; sans cesse donc se repose à nous ce fascinant et grandiose problème des civilisations disparues.
Raisonnant par analogie, certains n’hésitent pas, d’autre part, à imaginer ce qui a pu se passer autrefois pour la Lémurie, les Atlantes, etc., en faisant remarquer que notre propre civilisation elle-même se trouve en fin de cycle. Nous éviterons nous-même de nous mêler de spéculations apocalyptiques, tout en reconnaissant que l’angoisse contemporaine est loin, hélas, de s’alarmer de pures chimères.
L’idée d’apocalypses périodiques est pourtant susceptible d’un traitement scientifique. La croyance aux châtiments cosmiques divins (ou karmiques) est en dehors de toute vérification objective ; mais l’existence, à telle ou telle époque, de formidables cataclysmes, déluge universel, rencontre d’un corps céleste, pluie de grosses météorites, etc., est loin d’être totalement invérifiable. Si, scientifiquement parlant, on ne peut rien affirmer de précis, il n’est pas du tout déraisonnable de se hasarder à émettre des hypothèses. Prenons, par exemple, les grandes migrations de la préhistoire et de la protohistoire : l’appétit de conquête et la recherche guerrière d’un espace vital ne suffisent pas, peut-être, à tout expliquer. Le docteur Gidon a pu, de manière parfaitement valable, expliquer la grande expansion des tribus guerrières celtes à l’âge du bronze par la fuite de ces populations devant l’envahissement maritime d’une énorme partie de leur sol21.
Le problème de l’existence de peuples de géants à l’époque dite « antédiluvienne » a fait beaucoup rêver les hommes, depuis bien des siècles...
Les savants modernes ont tendance à se montrer, eux, franchement sceptiques, à l’inverse des affirmations si catégoriques du fameux ouvrage de Nicolas Habicot : Dissertation sur les ossements du géant Teutobochus, roi des Cimbres. Paris, 161322.
Pourtant il est possible de faire des constatations troublantes.
La découverte d’os de géants humains n’est pas toujours une légende. On a trouvé trois débris scientifiquement reconnus comme os d’hommes d’une stature gigantesque, un au Transvaal, un dans la Chine du Sud, un à Java. Il ne semble pas s’agir là d’aberrations rares, analogues à des phénomènes de foire, mais d’une taille normale pour l’ensemble de la population considérée.
On a d’ailleurs trouvé, en Syrie et aussi en Moravie, des outils de pierre d’un poids de trois à quatre livres, et dont la taille dépassait trois à quatre mètres (fouilles de Burkhalter en Moravie).
Les géants auraient disparu (c’est ce que donne à entendre l’étude comparative des traditions) au cours de l’ère tertiaire, alors que l’humanité actuelle avait commencé d’exister depuis déjà un million d’années. On a tenté d’expliquer ce gigantisme des « antédiluviens » par des raisons d’allure scientifique : dans la cosmologie lunaire d’Horbiger par exemple, la force différente — plus intense — de l’attraction lunaire, bien plus forte en une période reculée qu’aujourd’hui, aurait favorisé l’apparition d’espèces d’une taille gigantesque — y compris les races humaines.
Des anciens exégètes comme Lapeyrière, dans ses Prae-Adamitae (1655), parlaient déjà de ces fameux géants, et les légendes anciennes sont, elles, volontiers prolixes en ce qui concerne l’affirmation de l’existence, autrefois, de peuples redoutables d’une taille gigantesque dont le souvenir se retrouve dans maint folklore.
Impossible pourtant de trouver quelque chose de vraiment précis au point de vue scientifique dans toutes ces histoires fabuleuses, sauf en quelques cas très rares ; c’est ainsi que des traditions péruviennes font état de manière assez détaillée d’une race de géants, les Huaris, qui auraient bâti un grand nombre des constructions cyclopéennes réparties un peu partout dans la région andine. Horbiger et ses disciples se sont même acharnés, dans leurs grandioses hypothèses archéologiques quelque peu aventurées, à vouloir prouver le gigantisme et l’époque fabuleusement ancienne du grand peuple bâtisseur des ruines vraiment colossales de Tiahuanaco, près du lac Titicaca. Mais, soulignons-le, la plupart des archéologues sont loin de partager ces théories.
Assurément l’hypothèse romantique d’une race de géants splendides et bâtisseurs permettrait de résoudre bien facilement le mystère des édifices cyclopéens et, tout spécialement, le problème des monuments mégalithiques (menhirs, dolmens, pierres branlantes, cromlechs, etc.).
Pourtant, rien de prouvé dans toutes ces suppositions ; on peut même faire remarquer que, dans le domaine des traditions sur les civilisations disparues, rien ne semble postuler l’existence nécessaire de géants qui auraient peuplé les continents fabuleux : rappelons, pour en prendre l’exemple le plus connu, que le fameux récit de Platon en nous parle nullement d’une taille gigantesque des Atlantes.
Si rien ne permet de généraliser — tout en réservant comme possible l’existence de populations anciennes de taille nettement supérieure à la normale23 — le vieux mythe des géants, la science permet-elle de confirmer une autre tradition : celle qui affirme que la toute-puissance masculine aurait été autrefois précédée par celle des femmes, souveraines et prêtresses ? Contrairement à une opinion scientifique courante, l’existence d’un matriarcat primitif n’est pas du tout une invention d’ethnologues romantiques : dans l’antiquité, nous trouvons par exemple les druides affirmant que leur pouvoir théocratique avait succédé au règne de femmes supérieures, que l’on appelait « Fées »... Il existe dans de nombreuses tribus (africaines, asiatiques ou autres) des coutumes curieuses dont l’existence ne peut s’expliquer que par la rémanence d’un ancien statut qui était totalement matriarcal.
Exégètes et théoriciens de l’ésotérisme ont évidemment multiplié les conjectures à ce sujet. On a scruté les antiques symboles et tenté, par exemple, de montrer que le svastika qui tourne ses branches vers la droite dans sa forme bénéfique (inverse de la croix gammée hitlérienne), tournait vers la gauche à l’époque du matriarcat légendaire.
Sociologues, ethnologues, historiens des religions ont pu mettre en évidence le lien étroit des cultes magiques favorisant le principe féminin et des mystères terrestres, souterrains (rites chtoniens) et lunaires. On a pu mettre en évidence la continuité de tendances se manifestant par exemple depuis l’époque légendaire du sacerdoce préhellénique, où la femme avait la primauté, et les mystères féminins de la Grèce puis de l’Empire romain avec les cultes de Déméter, d’Hécate, etc, etc.
Les Crétois adoraient une déesse mère, qui avait un dieu parèdre jouant le rôle de satellite peu important : nous trouvons sur un bas-relief une femme parée d’attributs divins et, près d’elle, un homme paré d’attributs correspondants, mais de taille beaucoup plus petite.
Un peu partout dans l’Europe et ailleurs aussi, certains amas de pierres brutes sont dits grottes, roches aux Mères, marquant ainsi sans doute le souvenir de prêtresses-magiciennes.
Rien d’absurde à supposer que ces lieux servaient de retraite, à une époque très reculée, à des femmes inspirées, des sortes de sibylles ou de pythies préhistoriques.
Le grand théoricien moderne du matriarcat fut le philosophe suisse Bachofen, mort à Bâle en 1887. C’est à lui qu’est dû le concept sociologique et métaphysique du matriarcat, conçu comme l’état d’une société où toute l’autorité — familiale, politique et religieuse tout à la fois — était aux mains des femmes.
Bachofen conçoit les peuples comme des individus qui, avant de s’élever et de s’épanouir dans la spiritualité du patriarcat, ont dû germer et mûrir à l’ombre des formes sociales où la femme régnait.
Bachofen distingue ainsi trois « époques » historiques : la première est celle de la maternité « hétaïrique », de la promiscuité aphroditique, où le mariage n’existe pas encore ; le symbole de cette première ère matriarcale étant la luxuriance déréglée, chaotique de la fertilité marécageuse. La seconde période est celle du règne proprement dit de la Mère : c’est le matriarcat, la gynécocratie, le démétrisme — où s’instaure la première forme du mariage ; on a trouvé les symboles du commencement, du côté gauche, de la nuit, de la lune, de la matière, de la profondeur tellurique. Vient alors la période (qui est encore la nôtre) du patriarcat, c’est-à-dire de la primauté du père, des hommes, avec les symboles correspondants du soleil, de la hauteur, du côté droit, du jour...
Allons-nous vers un retour possible du matriarcat ? Si Bachofen lui-même ne l’envisageait pas comme possible, l’idée semble faire son chemin aujourd’hui dans les esprits.
Nous verrons peut-être naître une nouvelle tradition religieuse qui sera l’avènement d’un néo-matriarcat, d’une religion initiatique de la grande Déesse. Voici ce que nous dit à ce propos Denis de Rougemont dans un fort curieux ouvrage :
« Enfin, certains signes annoncent un phénomène plus profond, peut-être comparable à celui qui envahit la psyché collective du XIIe siècle24... »
Le renouveau puissant de la mariologie dans l’Église catholique et ses masses populaires serait lui-même, dans cette perspective, la manifestation d’un phénomène plus général et plus profond : l’exaltation de la Sophia, Sagesse et Vierge-Mère éternelle...
Il n’est pas jusqu’aux œuvres populaires (littérature et cinéma) qui ne retrouvent ce courant, par le biais d’une exaltation de la « Femme-Enfant » salvatrice de l’homme rationnel... Les grands espoirs surréalistes d’André Breton et d’autres rejoignent, par des voies différentes, les recherches de Robert Graves sur la Grande Déesse, celles d’Adrian Turel sur le matriarcat, et bien d’autres investigations significatives.
Des ouvrages historiques comme celui du professeur anglais E.O. James, Le Culte de la Déesse-Mère25 montrent d’ailleurs et sur le plan de la recherche la plus rigoureuse les racines profondes du très ancien culte de la Femme, de la Mère divine.
On notera bien qu’il est toujours postulé, quand on parle de matriarcat strict, une réelle supériorité sur tous les plans (sociaux, politiques, religieux, ésotériques) de la femme par rapport à l’homme.
On retrouve donc ici les vieilles traditions grecques sur l’existence des Amazones.
Voici, par exemple, un passage de Diodore de Sicile (liv. III, chap. LII), que nous citons d’après la traduction française d’Hoefer : « On rapporte qu’aux confins de la terre et à l’occident de la Libye26, habite une nation gouvernée par des femmes, dont les mœurs sont toutes différentes des nôtres. Il y est de coutume que les femmes font le service de guerre pendant un temps déterminé en conservant leur virginité. Quand le terme du service militaire est passé, elles approchent des hommes pour en avoir des enfants, elles remplissent les magistratures et toutes les fonctions publiques. Les hommes passent toute leur vie à la maison, comme chez nous les ménagères et ils ne se livrent qu’à des occupations domestiques ; ils sont tenus éloignés de l’armée, de la magistrature et de toute autre fonction publique qui pourrait leur inspirer l’idée de se dérober au joug des femmes. »
Diodore de Sicile, toujours dans sa Bibliothèque historique (III, 53), nous raconte même la défaite et l’asservissement des puissants Atlantes par l’altière Myrina, reine des Amazones, qui avait, dit-on, assemblé une armée de trente mille femmes d’infanterie et de vingt mille cavalières... Des Amazones étaient également signalées par les Grecs à l’est de l’Asie mineure (région du Caucase).
Au XVIe siècle, les conquistadores espagnols auraient, dit-on, rencontré dans la région actuelle du Matto Grosso, une redoutable tribu de femmes guerrières (c’est là l’origine du nom si curieux donné au plus grand fleuve de l’immense forêt vierge sud-américaine : le fleuve des Amazones). S’agissait-il vraiment de guerrières ? Beaucoup d’historiens tendent à croire — mais ont-ils entièrement raison ? — que les Espagnols avaient pris pour des femmes des Indiens de l’autre sexe (les Indiens de cette région ont une apparence féminine : traits fins, longs cheveux bouclés, absence naturelle de barbe)...
Une véritable hantise du matriarcat, du règne oublié des toutes-puissantes prêtresses magiciennes (de quelle civilisation disparue ?) se retrouve dans les si étranges toiles de Leonor Fini : « La société imaginaire créée par Leonor Fini est nettement matriarcale, et cela, semble-t-il, parce qu’elle recrée l’organisation spirituelle des sociétés primitives, qui étaient elles aussi matriarcales. Ce n’est pas le signe d’une dominance féminine, mais d’une appartenance à un très vieux culte, à la plus ancienne religion en fait, qui reparaît dans l’œuvre de ce peintre avec de singulières résurgences, caractéristiques des soubassements magiques d’un art relié aux primordiales croyances de l’humanité naissante27. »
Les sociologues qui nient l’existence réelle d’une hypothétique ère matriarcale n’ont pas manqué de faire remarquer l’improbabilité physique d’une telle domination des femmes sur le « sexe fort ». Pourtant, il est maintenant prouvé que la supériorité masculine est en grande partie le résultat d’habitudes de pensée, de modes d’existence millénaires ; contrairement à l’opinion courante, les femmes, si elles sont d’ordinaire moins musclées que les hommes, sont en revanche dotées d’une plus forte résistance physique (résistance à la douleur, aux privations, etc.). Détail significatif : les savants avaient sérieusement pensé à utiliser comme premier passager spatial une femme ; seule la peur d’une véhémente campagne de protestation les a obligés à tenir compte de l’attitude usuelle de respect indulgent à l’égard du « sexe faible »...
Les mythes les plus fabuleux sur les continents et les races disparus ont été amplement repris — et souvent enjolivés, semble-t-il — par des occultistes éminents comme Mme Blavatsky.
Celle-ci nous expose en détail un historique très complet des mystérieuses civilisations — préhumaines puis humaines — qui auraient, est-il affirmé sans hésitation aucune, précédé (et de beaucoup) celles que nous révèlent l’histoire et l’archéologie scientifiques.
Ouvrons donc l’énorme ouvrage : La Doctrine secrète, publié par Mme Helena Petrowna Blavatsky en 1888 ; il a (du moins pour un observateur qui observe le tout d’en haut) l’allure de ce que Denis Saurat appelait un « roman historico-cosmique », où nous est conté, avec force péripéties, l’histoire des grandes races humaines. Mme Blavatsky n’est pas toujours tributaire de ses propres révélations imaginatives ; ses recherches s’appuient effectivement sur la connaissance réelle de traditions hindoues et bouddhistes, de doctrines kabbalistiques, de mythes païens classiques, parfois aussi d’interprétations hardies des données les plus démesurées de la géologie.
La Terre aurait d’abord été habitée par des races hyperboréennes, asexuées et vaporeuses ; puis par des êtres bisexués, eux, qui habitaient le continent disparu de la Lémurie (dont l’Australie est un vestige), puis par des Atlantes monosexués ; puis par la race humaine actuelle (quatrième d’un groupe de sept) ; trois races différentes succéderont à la nôtre... On remarquera le rôle que joue dans toute cette construction occultiste le fameux nombre sept : il y a sept races, sept corps, sept cycles astronomiques..., la loi des réincarnations fait passer les âmes sept fois dans chacune des races de chaque cycle, etc.
Une telle construction est tout à fait incapable, on le conçoit, d’être confirmée dans les faits ; elle renchérit même, peut-on remarquer, sur les données habituelles fournies par les vieilles traditions (rien ne confirme, par exemple, le caractère asexué des Hyperboréens, ni l’hermaphroditisme des Lémuriens). Mme Blavatsky, tout en se rendant compte que les géologues ne peuvent la suivre sur son terrain mythique, s’est pourtant efforcée d’évaluer à sa manière la durée des ères géologiques : elle obtient ainsi 103 millions d’années pour l’ère primaire, 36 millions pour le secondaire, 7 millions pour le tertiaire, 1 600 000 années pour l’ère quaternaire qui se poursuit encore de nos jours28.
Mais l’emploi des termes géologiques n’est que destiné à tenter de replacer les constructions mythiques.
Aux origines, Mme Blavatsky place des « Hommes Divins » et des « Progéniteurs », êtres glorieux et dotés de pouvoirs surnaturels. Avant le début du secondaire c’est l’apparition des Androgynes, qui seront balayés presque entièrement par les cataclysmiques convulsions géologiques de cette ère ; à leur tour, ils sont remplacés par des géants, dont les sexes, cette fois, étaient séparés. Mme Blavarsky tente d’ailleurs de mieux préciser, en décrivant cinq races humaines dans la Doctrine secrète : la première, spirituelle à l’intérieur, éthérique à l’extérieur et sans intellect, aurait vécu au Pôle Nord, à l’époque primitive, c’est-à-dire lors de la toute première consolidation de l’écorce terrestre sur le magma en fusion ; la seconde, mi-astrale ou éthérique, avec une parcelle d’intelligence, aurait peuplé la légendaire Hyperborée à l’époque primaire ; la troisième, androgyne durant les deux tiers de sa durée, peuplait la Lémurie, durant toute l’époque secondaire ; la quatrième, préhistorique, avait pour habitat le continent de l’Atlantide et périt vers le milieu de l’âge miocène, après avoir duré quatre ou cinq millions d’années ; quant à la cinquième, qui est l’humanité actuelle, elle existerait depuis dix-huit millions d’années.
Chaque grande race se divise en sept sous-races ; nous sommes, nous l’avons vu, la cinquième. Une sixième sous-race succédera en Amérique du Nord à la nôtre ; quant à la septième et dernière sous-race, elle devra se manifester en Amérique du Sud.
La Doctrine secrète de H.P. Blavatsky couvre six gros volumes29, et son enseignement si complexe se présente comme fondé — en dernier ressort — sur un manuscrit extrêmement ancien, les Stances de Dzyan, écrit en langue sacerdotale secrète (le Senzar) et qui aurait été l’archétype primitif des plus antiques livres sacrés : le Tao-te-king chinois, les ouvrages du Toth-Hermès égyptien, le Pentateuque des Hébreux... Ce fameux manuscrit, « le plus ancien livre du monde », raconterait toute l’histoire du monde, des « commencements » les plus lointains à la mort de Krishna (qui aurait eu lieu il y a un peu plus de cinq millénaires). Chez maints autres théosophes et occultistes contemporains, on trouve des doctrines analogues (parfois opposées sur certains points du système) avec la grande synthèse de Mme Blavatsky. Le propre de toutes ces prestigieuses révélations est, évidemment, de se placer dans un domaine où toute vérification ou négation concrète est absolument impossible... Pourtant, il est certaines doctrines, certaines affirmations des occultistes contemporains qui se placent dans une sphère où des suppositions, des parallèles peuvent être avancés, hasardés. Il existerait, par exemple, des Centres spirituels, cachés aux yeux des profanes parce qu’ils protègent le monde par leur influence invisible ; mais aussi parce qu’ils sont les images, sur la terre, du monde céleste lui-même. Pourquoi pas, après tout ?
Il est ainsi, dit-on, des lieux (comme la Californie, la ville de Lyon, etc.) qui auraient été magiquement préparés, dans les temps anciens, par de grands initiés pour servir, au cours des siècles ou des millénaires futurs, de points de rassemblement aux chercheurs magiques qualifiés. On peut, de la sorte, aller très loin dans l’imagination, dans les conjectures.
Les Visions d’allure apocalyptique, elles, ne manquent pas dans l’ésotérisme actuel : on assisterait actuellement, nous dit-on, à l’inexorable montée progressive de la sixième et avant-dernière race humaine, destinée finalement à « se libérer des entraves de la matière et de la chair » ; seuls seraient admis à s’y joindre ceux des hommes actuels qui, en raison de leur état d’avancement spirituel, seront épargnés par le désastre général. De telles idées apocalyptiques sont renforcées, on le conçoit, par les craintes que l’on sait.
On remarquera aussi que les conceptions de type ésotérique ou théosophique reposent toujours sur une perspective d’évolution régressive, tout allant de mal en pis de l’âge d’or à la sinistre fin des temps. Voici d’ailleurs le commentaire donné par Mme Blavatsky à la trente-troisième des Stances de Dzyan : « La taille des hommes décroît considérablement et la durée de leur vie diminue. Ayant déchu au point de vue de la divinité, ils se mêlèrent à des races animales et s’unirent par le mariage à des géants et à des pygmées... Nombre d’entre eux acquirent des connaissances divines — voire même des connaissances déloyales — et suivirent volontairement la voie de gauche (il s’agit ici de la magie noire). C’est ainsi que les Atlantéens approchèrent à leur tour de la quatrième destruction. »
Mais revenons au point de départ glorieux, toujours d’après la Doctrine secrète : au sein de l’Absolu, une hiérarchie d’Entités, qui régissent la marche, les mondes de la réalité. Mme Blavatsky a retrouvé ainsi des traditions très anciennes : dans les récits bouddhistes, par exemple, on trouve effectivement l’existence de premiers hommes au corps composé d’une sorte de plasma spirituel, qui ne possédaient pas encore de sexe et qui planaient au-dessus de la surface des eaux terrestres.
La doctrine d’une chute progressive de l’humanité est, rappelons-le, extrêmement ancienne et se retrouve dans presque toutes les perspectives religieuses.
On peut faire aussi une étude de symbolique occulte générale : c’est ainsi que Pedro Astète, dans son ouvrage, Los Signos30, fait des conjectures ésotériques sur ce qu’il considère comme un symbole tout à fait crucial : le quadrillé général, qui symboliserait l’espace à deux dimensions divisé proportionnellement par la croix, répétée dans les deux directions à intervalle égal.
En fait, nous sommes toujours, en ésotérisme, dans un domaine où le devenir personnel devient volontiers une allégorie de l’évolution de l’humanité tout entière ; d’où les vraiment inépuisables possibilités offertes à tous ceux qui tentent à leur tour l’exégèse occulte des mythes, des symboles, des vieilles traditions.
L’ésotérisme développe donc de grandioses doctrines sur l’humanité dans son déroulement historique et géographique, mais qui échappent, on le conçoit, à toute possibilité de confirmation scientifique : retrouve-t-on toujours sept grands types planétaires dans l’humanité ? Y a-t-il, de ce fait, parallélisme avec la génération des sept Esprits planétaires et des Elohims préadamites, des puissances qui ont organisé la Terre ? On ne peut rien dire.
Nous ne pourrons pourtant pas négliger l’étude de nombreuses traditions de type « occulte » tout en prenant bien soin de toujours scruter la valeur réelle des témoignages invoqués. Nous songeons, comme exemple caractéristique, aux cartes qui auraient été rapportées du Cachemire par Leadbeater, et qui montreraient la répartition des grands continents successivement disparus... Il convient toujours, si on adopte le point de vue du savant impartial, de se pencher sans aucun préjugé dogmatique sur des témoignages peu rigoureux d’apparence, de n’en pas nier a priori la possibilité, mais tout en reconnaissant, évidemment, qu’il serait sans doute vain d’y rechercher des preuves d’allure vraiment irréfutable.
Parler des civilisations perdues évoque immédiatement le mythe de l’Atlantide, ce continent englouti sous les flots de l’actuel Océan Atlantique. On se trouve même alors, sinon devant des certitudes scientifiques, tout au moins devant des conjectures, des probabilités susceptibles d’être confrontées aux faits, à la documentation, accessibles. Mais commençons par le mythe de l’Atlantide tel que nous le trouvons chez Platon lui-même.
Platon est-il le premier à parler du grand continent disparu ? Pour l’ésotérisme, aucune hésitation sur l’existence de traditions bien antérieures, sur ce point précis, au récit de Platon. En fait, il est difficile d’explorer — scientifiquement parlant, toujours sous-entendu — cette préhistoire du mythe platonicien : des spécialistes ont pu ainsi nier toute antériorité du thème atlantéen avant Platon et ses disciples.
Il y a bien ce témoignage de Crantor, cité d’après Proclus (un platonicien bien tardif au demeurant) : trois siècles après Solon, les prêtres égyptiens de Saïs auraient montré à Crantor de mystérieuses stèles couvertes d’inscriptions hiéroglyphiques et qui contenaient « l’histoire de l’Atlantide et des peuples qui l’habitaient ». Ce témoignage étant de beaucoup postérieur à l’époque de Platon, il est donc impossible de le prendre scientifiquement en considération.
Pourtant, le texte même du Timée de Platon nous laisse bien entendre — mais nous devons croire l’auteur sur parole — qu’il ne s’agit pas du tout d’une fiction, d’un récit purement mythique : le récit, relaté de quatrième main (des Atlantes au prêtre égyptien, de celui-ci à Solon, de Solon à Critias, de Critias à Platon), nous donne l’exposé d’événements historiques qui se seraient produits neuf mille années avant Solon. Et il existe une autre source platonicienne, un dialogue — demeuré inachevé — entièrement consacré à ce problème de l’Atlantide, narré d’après la même source : c’est le dialogue intitulé Critias ou de l’Atlantide.
Une note de Léon Robin résume très bien l’essentiel du mythe platonicien de l’Atlantide : « La traversée de l’Océan est jalonnée par des îles (Açores, Canaries, îles du Cap Vert) ; la fiction de l’Atlantide consiste à supposer que cette Polynésie avait autrefois, toute proche de nos côtes, son Australie31. »
C’est ce qui demeurera jusqu’à nos jours la thèse la plus classique sur l’énigme de l’Atlantide.
Platon nous raconte l’invasion du sol de la Grèce préhellénique par une formidable armée composée d’Atlantes et de guerriers de la Grande Terre-ferme (c’est-à-dire, peut-être — pourquoi pas ? — venus d’Amérique...) qui était soumise à leur domination. Platon et les prêtres de Saïs décrivent par ailleurs une « première Athènes » qu’avait élevée une civilisation bien antérieure aux Athéniens classiques et qui fut capable d’une résistance efficace aux forces atlantes.
L’aïeul de Critias tenait toute la relation sur les Atlantes du grand législateur athénien Solon, qui l’avait lui-même recueillie directement de la bouche d’un prêtre égyptien de Saïs.
Il s’agit là de traditions d’allure très précise et vivante, non de généralités ou de rêveries vagues ; il nous est décrit en détail (avec, il est vrai, force enjolivements légendaires) toutes les prodigieuses merveilles de la grande « engloutie ». Voici d’ailleurs un passage du Critias ou de l’Atlantide que nous citons d’après la traduction Léon Robin (dans la Bibliothèque de la Pléiade, chez Gallimard), paragraphe 113 : « Du côté de la mer, vers le milieu toutefois de l’île entière, il y avait une plaine, qui, d’après la tradition, a été la plus belle précisément de toutes les plaines et qui avait toute la fertilité désirable. Or, près de cette plaine, encore dans le milieu de l’île, il y avait, à une distance d’environ cinquante stades, une montagne, à tous égards de petites proportions. Sur celle-ci habitait un des hommes qui, là-bas, étaient primitivement nés de la terre ; son nom était Evénôr, et la femme avec qui il vivait s’appelait Leucippe ; ils donnèrent le jour à une fille unique, Clitô. Déjà la jeune fille était parvenue à l’âge nubile, quand sa mère mourut et aussi son père. Sur ces entrefaites, Poseïdon (dieu de la mer, le Neptune latin) étant venu à la désirer, il s’unit à elle, et la haute colline sur laquelle elle habitait, il en abattit tout alentour les pentes, la transformant ainsi en une solide forteresse, établissant les unes autour des autres, alternativement plus petites et plus grandes, de véritables roues de terre et de mer, deux de terre et trois de mer, comme si, à partir du centre de l’île, il eût fait marcher un tour de potier, et éloigner du centre en tous sens ces enceintes alternées, rendant ainsi inaccessible aux hommes le cœur de la forteresse : il n’y avait encore, en effet, ni navires, ni navigation. Puis, ce milieu de l’île, ce fut Poseïdon en personne qui, tout à l’aise en sa qualité de dieu, lui donna sa parure, en faisant de dessous la terre jaillir à la surface une double eau de source, l’une chaude, l’autre froide, qui coulait d’une fontaine en faisant produire à la terre une nourriture variée et en quantité suffisante. »
Faisons abstraction de l’élément fabuleux (rôle du dieu grec de l’Océan) : ces étranges constructions n’ont rien de techniquement impossible. Platon s’étend volontiers sur les embellissements de la cité prêtés aux Atlantes, les légendaires descendants de Neptune par l’intermédiaire (d’où leur nom) du demi-dieu Atlas : « Ils creusèrent — nous dit le Critias (§§ 115-116) (toujours d’après la traduction Léon Robin) — en partant de la mer, un canal de trois pieds de profondeur et d’une longueur de cinquante stades, et ils en conduisirent la percée jusqu’à la douve circulaire la plus extérieure ; grâce à ce canal, ils donnèrent aux navires le moyen de remonter de la mer jusqu’à cette douve, comme vers un port, après y avoir ouvert une bouche assez grande pour permettre l’entrée des plus grands vaisseaux. Comme il était naturel, ils firent aussi, face aux ponts, dans les levées circulaires de terre qui, en les séparant, clôturaient les enceintes de mer, des ouvertures suffisantes pour qu’une seule trirème y naviguât d’une de ces dernières dans l’autre ; puis ils les couvrirent d’un plafond assez haut pour permettre en dessous la navigation, car les bords des levées de terre dépassaient d’une hauteur suffisante le niveau de la mer. D’autre part, la plus grande des douves circulaires, celle dans laquelle la percée du canal faisait entrer la mer, avait trois stades de large, et la levée de terre qui suivait avait une largeur égale à la sienne. Des secondes enceintes, celle d’eau était large de deux stades et, à son tour, celle de terre était derechef aussi large que la douve précédente. Enfin, celle dont l’eau courait autour du cœur même de l’île, mesurait un stade. Quant à cet îlot central, dans lequel se trouvaient les résidences royales, son diamètre était de cinq stades, et il était de tous côtés, ainsi que les deux dernières enceintes et que le pont, lequel était large d’un plèthre, entouré par une muraille circulaire en pierre, avec des tours et des portes qu’on avait établies aux têtes de ponts, de chaque côté, aux points de passage de la mer. La pierre était extraite du pourtour de la montagne qui constituait l’îlot central, et aussi des levées de terre, aussi bien de leurs parois que de leur sein ; elle était blanche ici, ailleurs noire ou rouge ; l’extraction même de la pierre permettait du même coup l’aménagement dans le creux de la carrière de deux bassins de radoub, dont le rocher lui-même faisait la voûte. Pour ce qui est maintenant des bâtiments, les uns étaient tout simples ; dans les autres, on entremêlait les diverses pierres, tissant ainsi, pour s’en amuser, un bariolage de couleurs (...) En outre, tout le pourtour du mur attenant à l’enceinte la plus extérieure avait été garni de bronze, utilisé comme on utilise un enduit, et, d’autre part, le mur de l’enceinte intérieure tapissé d’étain fondu. Quant à celui qui entourait l’acropole elle-même, on l’avait revêtu d’un orichalque ayant l’étincellement du feu32. »
Mais ce n’était rien, remarque Platon, comparé aux incroyables merveilles du somptueux palais royal, à l’intérieur de l’acropole d’Atlantis. Au centre, se trouvait le splendide sanctuaire de Clitô et Poseïdon, lieu inviolable tout entier enclos par une merveilleuse clôture d’or.
Il nous donne aussi une description qui semble assez précise de certains rites de la religion atlante : tout spécialement, un rite sanglant de communion au dieu, dont le fidèle s’incorporait l’énergie divine en buvant le sang de la victime animale... Mais Platon nous laisse singulièrement sur notre faim ; nous aimerions plus de détails encore sur le culte, sur l’organisation sociale, les coutumes, etc., des Atlantes.
Pourquoi la somptueuse civilisation des Atlantes fut-elle anéantie ? Platon nous fait remarquer que son apogée coïncida avec un paroxysme d’avidité, de luxure, de volonté de puissance, de perversion raffinée. Il semble d’ailleurs s’agir d’une sorte de décadence nécessaire, effet de la loi cyclique régissant le devenir même de toute civilisation parvenue à son point de perfection sociale et technique. Voici ce que nous dit un passage célèbre du Critias (le § 121, que nous citons d’après la traduction Robin) : « Mais quand vint à se ternir en eux (chez les Atlantes), pour avoir été mélangé, et maintes fois, avec maint élément mortel, le lot qu’ils tenaient du dieu ; quand prédomina chez eux le caractère humain, alors, impuissants désormais à porter le poids de leur condition présente, ils perdirent toute convenance dans leur manière de se comporter, et leur laideur morale se révélait à des yeux capables de voir, puisque, entre les biens les plus précieux, ils avaient perdu ceux qui sont les plus beaux ; tandis qu’à des yeux incapables de voir le rapport d’une véritable vie avec le bonheur, ils passaient justement alors pour être beaux, en tout au suprême degré et pour être bienheureux, remplis comme ils étaient d’injuste cupidité et de puissance. »
C’est pourquoi l’Atlantide devait encourir la colère des dieux, et connaître une rapide destruction : selon les mots d’un philosophe néo-platonicien, Philon le Juif (qui vivait vingt ans avant J.-C.), l’Atlantide fut « en l’espace d’un jour et d’une nuit, submergée par un énorme tremblement de terre et remplacée par une mer qui, en réalité, n’était pas navigable, mais baveuse et fangeuse ». (Cette dernière expression semblant s’appliquer à l’actuelle Mer des Sargasses.)
Revenons à ce que nous dit sur le grand cataclysme Platon lui-même, dans le Timée, 25 (toujours cité d’après la même traduction Robin) : « Mais, dans le temps qui suivit (la grande guerre des Athéniens anciens contre l’Atlantide) il se fit des tremblements de terre violents et des cataclysmes ; dans l’espace d’un jour et d’une nuit funestes qui survinrent, de vos combattants (l’armée athénienne) le peuple entier, en masse, s’enfonça sous la terre, et pareillement l’île Atlantide s’enfonça sous la mer et disparut. De là vient que, de nos jours encore, là-bas, la mer est impraticable et inexplorable, encombrée par les bas-fonds de vase que l’île a déposés en s’abîmant. »
Voici à peu près tout ce qu’on peut tirer d’historiquement précis du récit de Platon. Les interprètes ultérieurs se sont évidemment préoccupés, tout spécialement, de découvrir la date précise du grand cataclysme ayant englouti l’Atlantide.
Le capitaine espagnol don Pedro Sarmiento de Gamboa, par exemple, dans la seconde partie de sa grande Histoire générale dite des Indes (1572), place l’effondrement de l’Atlantide à la date de 1320 ans avant Jésus-Christ, de beaucoup postérieure aux évaluations usuelles qui placent le cataclysme à une époque bien plus ancienne : « Je fonde cette corrélation disait-il dans son livre, sur ce que Platon nous dit de la conversation de Solon et du prêtre d’Égypte. En effet, selon tous les chroniqueurs, Solon vivait au temps du roi Tarquin l’Ancien, de Rome, Josias étant alors roi d’Israël ou de Jérusalem, 610 ans avant Jésus-Christ. Entre l’époque de cette conversation et l’époque où les Atlantes avaient fait la guerre aux Athéniens il s’était écoulé neuf mille années lunaires, ce qui correspond à huit cent soixante-neuf années solaires. En calculant le tout on arrive au total indiqué ci-dessus33. »
Il y a eu bien d’autres tentatives de datation, beaucoup plus ambitieuses en général, du cataclysme ; nous aurons l’occasion d’en mentionner quelques-unes.
Que conclure ?
Il semble bien chez Platon, selon nous, ne pas s’agir d’un récit purement mythique, aux intentions moralisatrices ou philosophiques, mais de la connaissance précise (plus ou moins fidèle ou complète il est vrai) d’événements historiques s’étant déroulés à une époque bien antérieure à la Grèce classique, puisqu’ils nous plongent en pleine période pélasgique, préhellénique, celle de la première civilisation grecque qu’aurait détruite le déluge dit de Deucalion, sans doute identique au raz-de-marée gigantesque dont l’une des conséquences fut la disparition du continent atlantique, cataclysme tellurique et maritime au déroulement extrêmement précipité, tout un continent plus grand que l’Australie actuelle ayant été détruit en vingt-quatre heures...
Mais les traditions relatées par Platon ne pourraient-elles s’expliquer par le souvenir, déformé et enjolivé, de choses admirées par des navigateurs antiques ayant découvert l’Amérique, bien des siècles avant Christophe Colomb ? La question mérite d’être posée.
Toutes sortes d’exégèses ont été tentées en ce domaine... C’est ainsi que les fameuses dix tribus perdues d’Israël auraient bel et bien — nous diton — émigré franchement vers le nord et l’ouest, et fini par débarquer en Amérique. Rappelons les versets du texte biblique d’Esdras : « Ce sont les dix tribus qui ont été emmenées en captivité hors de leur pays du temps du roi Osée, que fit prisonnier Salmanazar, roi d’Assyrie, et il les emmena au-delà de la mer et ils arrivèrent dans un autre pays. Mais ils décidèrent entre eux qu’ils quitteraient la foule des idolâtres et qu’ils avanceraient jusqu’à un autre pays où les hommes n’avaient jamais habité, afin qu’ils puissent y observer leurs propres lois, qu’ils n’avaient jamais observées dans leur pays. Ils entrèrent dans l’Euphrate par les passages étroits du fleuve, car le Très-Haut leur faisait apercevoir des signes et retint le courant jusqu’à ce qu’ils eussent traversé car il y avait un grand trajet à faire dans ce pays, pendant un an et demi. Et cette région est nommée Arsareth. Ils y demeurèrent jusqu’à l’époque récente. »
Ces pérégrinations se placeraient au Ve siècle avant Jésus-Christ.
L’imagination de certains interprètes modernes a beaucoup travaillé à partir de ces données bibliques, et de telles idées semblent incertaines au savant. Pourtant une tradition indienne affirmait que la Floride avait été autrefois habitée par des hommes blancs, qui possédaient des instruments de fer ; il est vrai qu’il semble aventuré de faire de cette population des colons juifs, les bâtisseurs des énigmatiques et colossaux mounds (tertres) d’Amérique du Nord ayant été probablement de race aryenne. Mais rien ne nous oblige vraiment à nier le grand passage des dix tribus perdues d’Israël à travers l’Atlantique.
L’idée que le continent américain ait pu être connu dès l’antiquité semble d’ordinaire absurde à nombre d’historiens contemporains. On objecte couramment l’impossibilité technique de traverser l’Océan avec les petits navires des peuples méditerranéens. En fait, cet argument n’a aucune valeur : ni le tonnage relativement important, ni même de grands perfectionnements nautiques ne sont toujours nécessaires pour traverser une grande étendue océanique (que l’on songe au radeau du Dr Bombard, ou encore aux translations — involontaires celles-ci — qui, périodiquement, ont fait dériver des naufragés sur de primitifs esquifs, d’Europe ou d’Afrique en Amérique, ou vice versa)... Citons d’ailleurs ce fait significatif : les indigènes des Açores, interrogés par les Portugais, savaient fort bien qu’il existait vers l’Ouest des terres habitées. Les vents favorables peuvent conduire en quinze jours un voilier des côtes de l’Afrique aux côtes orientales des Amériques. Inversement, des courants permettent d’aller assez facilement de Chine et du Japon en Californie, ce qui explique fort bien la découverte — considérée à tort comme purement légendaire — du « Pays de Fou-Sang » (qui était, selon toute probabilité, la région californienne) vers 458 après Jésus-Christ par une expédition de jonques chinoises.
Christophe Colomb est de moins en moins considéré comme le premier découvreur du Nouveau Monde. On a déjà pu établir scientifiquement l’existence au début du Moyen Age d’expéditions des Frisons dans la mer ténébreuse, au-delà de l’Islande ; surtout, on connaît aujourd’hui très bien la colonisation (vers 680-700 de notre ère) du Groenland puis de l’Amérique du Nord par les Vikings d’abord établis en Islande. Mais la découverte par le navigateur islandais Ari Mars s on d’une terre inconnue, appelée par les Vikings Hvétramannaland (« terre des hommes blancs ») ou Irland-it-mikla (« la grande Irlande ») semble démontrer l’antériorité, dans la colonisation de l’Amérique du Nord, des Celtes et peut-être de prédécesseurs encore plus anciens. Les traditions des Peaux-Rouges faisaient de leur côté état d’un peuple d’envoyés divins, de race blanche, qui étaient venus « de l’Orient » à une date fabuleusement reculée. Ce sont ces hommes énigmatiques qui avaient sans doute édifié les mounds, si nombreux dans tout le bassin du Mississipi : or les navigateurs irlandais connaissaient fort bien, eux, dès le tout début du Moyen Age, ce qu’ils appelaient le « Pays des Tertres ».
Cette grande terre était caractérisée par des « tertres », ainsi que par la direction orientale et occidentale de rivières prenant leur source vers le milieu du continent, par l’air embaumé qu’on y respirait, et par les brumes qui l’enveloppaient parfois à quelque distance des côtes.
La Grande Irlande était néanmoins placée par les sagas islandaises plus au nord du continent : en arrière du Markland (la Nouvelle Écosse actuelle), au sud du Helluland (c’est-à-dire le Labrador) et au nord du Vinland (l’actuelle partie septentrionale des États-Unis) ; il s’agissait sans doute alors des établissements celtes de la péninsule située au sud de l’estuaire du fleuve Saint-Laurent, c’est-à-dire du Nouveau Brunswick et d’une partie du Bas-Canada.
L’Amérique en général était connue des Irlandais sous le nom poétique de Hy Brasaïl, signifiant « Iles des Bienheureux ». Il subsiste d’ailleurs des vestiges archéologiques de cette colonisation irlandaise du Nouveau Monde : la « Tour Ronde » de Newport (dans le Rhode Island) serait, le fait n’a rien d’impossible, un ancien sanctuaire celtique.
L’Amérique fut en fait, contrairement à l’opinion courante, continuellement aperçue par des navigateurs antiques et médiévaux. Les histoires de dangers horrifiques, surnaturels, démoniaques étaient volontiers inventées par les navigateurs eux-mêmes, pour écarter les concurrents commerciaux éventuels : c’est pourquoi les légendes mettent si volontiers l’accent sur le caractère « infranchissable » de l’Océan Atlantique.
De plus, les savants antiques donnaient du poids théorique à cette conviction, persuadés qu’ils étaient de la non-habitabilité absolue de certaines régions déterminées de notre globe. Voici, par exemple, ce que nous dit Cicéron dans le Songe de Scipion, reproduisant des paroles qu’il met dans la bouche de Scipion l’Africain :
« Voyez la terre. Elle est entourée de cercles qu’on appelle zones : les deux zones extrêmes, dont chacune a pour centre les pôles, sont couvertes de glaces. Celle du milieu, la plus grande, est brûlée des rayons du soleil. Il n’en reste donc que deux qui soient habitables. Ainsi les peuples de la zone tempérée australe, qui se trouvent aux antipodes, sont pour vous comme s’ils n’existaient pas. »
L’idée passera telle quelle aux premiers docteurs chrétiens, qui renchériront parfois sur cette idée de l’irrémédiable isolement des habitants de l’Ancien Monde.
Ecoutons saint Augustin : « Étant donné, disait-il, que la Bible ne peut jamais se tromper et que ses récits du passé sont la garantie de ses prédictions pour l’avenir, il est absurde de dire que des hommes ont pu, à travers l’immense océan, gagner l’autre partie de la terre pour y établir aussi l’espèce humaine. »
Déjà, les mythes égyptiens, considérant l’Occident lointain comme le séjour d’Osiris et des morts, n’incitaient pas les navigateurs à s’aventurer sur les vagues de l’Océan. Une inscription datant de la Ve dynastie, et retrouvée sur une pyramide de Saqqarah, déclare : « Ne marche pas sur ces voies d’eau de l’Occident ! Ceux qui y vont n’en reviennent plus... » Pendant des millénaires, les eaux situées au-delà des colonnes d’Hercule (l’actuel détroit de Gibraltar) resteront la « mer dangereuse »...
Et pourtant, nous avons vu34 l’antique attirance des anciens pour les « chemins sublimes de l’occident » ; conduisant aux « îles des Bienheureux », aux paradisiaques « îles Fortunées »... Cet éternel espoir résista aux craintes ancestrales, singulièrement renforcées, on le conçoit, par les navigateurs phéniciens et carthaginois, répandant à l’envi des histoires horribles pour mieux sauvegarder encore leurs privilèges commerciaux, acquis en coupant pratiquement à toutes les autres grandes nations maritimes le libre passage à travers les Colonnes d’Hercule...
Il semble incontestable que les Phéniciens se soient aventurés jusqu’à la Mer des Sargasses, et qu’ils aient même touché l’Amérique méridionale : nous aurons l’occasion de nous en apercevoir en tentant d’interpréter certains recoupements bibliques35.
Peut-on élargir le problème du Nouveau Continent, et découvrir des indices probants (linguistiques, religieux, archéologiques, etc.) des interrelations de l’Amérique avec les autres continents ?
Sur la côte occidentale de l’Amérique du Sud, de même en Californie, on a pu mettre en évidence, par exemple, l’identité des mots de certaines langues tribales indiennes avec ceux de dialectes océaniens. Et les parallèles linguistiques sont encore plus aisés à découvrir entre l’Amérique et l’Asie, l’Afrique ou même l’Europe ancienne.
Évidemment, des philosophes parfois trop aventureux ont cru tenir avec leurs « étymologies » hardies la clef bien trop facile de toutes les traditions de l’ancien et du nouveau monde. Pourtant, nous croyons que les savants contemporains ont tort de crier automatiquement à la « mystification ». Il est certaines analogies troublantes : un savant américain, Augustus Le Plongeon, a pu montrer que nombre de mots du langage maya (un tiers peut-être) ressemblent parfois étrangement au grec ancien, tandis qu’il existe des analogies entre les caractères de l’alphabet des anciens Mayas et certains hiéroglyphes de l’Égypte ancienne ; le langage chiapenec, parlé par une tribu indienne de l’Amérique centrale, contient des mots hébreux... Paul Le Cour et ses collaborateurs de la revue française Atlantis ont fait un grand effort pour mettre systématiquement en évidence tous les parallèles étymologiques possibles, et ces tentatives sont loin de mériter le dédain du monde scientifique.
Le problème des convergences significatives se repose au niveau des symboles ésotériques traditionnels : la croix, le cercle, le serpent, le disque solaire, le svastika, etc., se retrouvent aussi bien dans les civilisations de l’Amérique précolombienne que dans les grandes cultures antiques du Vieux Monde.
De même, le savant constate des analogies souvent significatives dans l’architecture religieuse : les Pyramides se retrouvent à la fois au voisinage de la Méditerranée et dans celui du golfe du Mexique (contrairement à une objection souvent faite, les Teocalli des Mayas et des Aztèques sont véritablement des pyramides, dont l’intention géométrique saute aux yeux et qui, malgré des différences indéniables, manifestent une même structure de pensée religieuse que dans la vallée du Nil).
Toutes ces analogies entre l’Amérique et l’Ancien Continent reposent le problème de l’Atlantide. En effet, de deux choses l’une : ou bien il faut admettre des relations directes entre les Mayas et les anciens Égyptiens par exemple ; ou bien nous serons obligés d’admettre une source commune à ces deux grands ensembles traditionnels, ce qui permet de rendre compte des indéniables ressemblances tout en tenant compte des différences, des oppositions non moins remarquables, aisément explicables dans l’hypothèse de deux ensembles évoluant, chacun de leur côté, à partir d’une hypothétique origine commune.
Mais nous allons devoir toucher encore, avant de retourner à l’Atlantide proprement dite, la « banlieue » du problème, en examinant les traditions et récits relatifs à diverses îles ou régions fabuleuses.
« Antilia », « Brasil » et les autres îles fabuleuses de l’Atlantique ont donné lieu à toutes sortes d’hypothèses, d’interprétations diverses.
La plus célèbre de ces terres fuyantes est l’île d’Antilia. En 1414, un navire espagnol se serait approché pour la première fois de cette grande île, d’une superficie aussi importante que l’Espagne, et située sous le 33e degré de longitude.
Toute une série de ces îles fabuleuses apparaissent dans les traités et les cartes des géographes médiévaux, sous des noms divers : Stocafixa, Roillo, Antilia, Brazil ou Brésil36 ; ces noms figureront encore maintes fois d’ailleurs sur les cartes, jusqu’au XVIe siècle et parfois même au-delà.
L’incertitude des localisations (longitude et latitude) faites par nombre de navigateurs anciens peut fort bien expliquer des erreurs ayant fait placer une terre réelle en un lieu géographique parfois notablement éloigné ; il peut aussi y avoir eu des côtes continentales aperçues d’assez loin par un navire, et prises pour celles d’une île... D’où la possibilité de diverses identifications.
« Antilia », par exemple, n’était-elle autre que certains rivages du continent américain ? C’est fort possible... Rappelons que le nom d’Antilles ne sera définitivement attribué aux îles Lucayes (Caraïbes ou Camercanes) qu’au XVIIe siècle.
Certes, outre les fausses identifications, il y a eu sans doute nombre d’illusions, causées, par exemple, par des brumes prises de loin pour une côte. Et parfois, ces histoires de découvertes d’une île inconnue peuvent s’expliquer par la rencontre d’un iceberg.
Mais, n’oublions jamais les découvertes réelles qui peuvent fort bien se cacher derrière les récits les plus fantastiques en apparence. Parfois même des mirages deviendront des réalités, bien plus tard : l’introuvable île de Bracie, Berzyl ou Brasil (l’orthographe varie beaucoup) sera dessinée, des siècles durant, sur les cartes médiévales au beau milieu de l’Atlantique ; plus tard, le nom servira à désigner le Brésil actuel.
Mais une question peut être posée : de grandes îles (ne parlons pas pour le moment, de l’Atlantide) ont-elles disparu après leur découverte ?
Des révolutions géologiques ont pu, par exemple, faire disparaître un riche archipel décrit par des navigateurs vénitiens : les frères Zeni, au-delà de l’Islande, et qui, selon Berlioux, servait jadis de relais secret aux marins empruntant un itinéraire caché reliant l’Europe au monde transocéanique.
Fut-ce le cas, aussi, pour la légendaire île des Sept Cités ?
Voici la tradition : après la conquête de la péninsule ibérique par les Arabes, sept prélats, sous la direction de l’un d’entre eux, se seraient embarqués vers l’ouest avec toutes leurs ouailles. Après une longue navigation, ils auraient finalement touché une île inconnue, qu’ils nommèrent tout naturellement Ile des Sept Cités.
A-t-on, par la suite, pu visiter cette île vouée à une inexorable et mystérieuse disparition ? Il le semble bien : en 1477, un navigateur portugais, dérivant dans l’Atlantique à la suite d’une grande tempête, aurait débarqué dans la grande île, y retrouvant les sept villes, dont les habitants parlaient encore le portugais (mais celui d’avant la conquête arabe).
Nous retrouvons de fabuleuses histoires sur les Sept Cités, mais transportées cette fois sur le continent américain par les espoirs et l’imagination des conquistadores ibériques — et de leurs successeurs d’autres nationalités.
En 1539, Père franciscain Marcos de Niza devait ainsi tenter de retrouver en Californie une région, d’une incroyable opulence : celle des Sept Cités de Cibola. L’expédition ultérieure du conquistador P. Vazquez de Coronado ne retrouva pas le royaume, mais chose curieuse, il existait en Californie un assez pauvre village indien portant précisément ce nom de Cibola. De plus, cette région de la Californie présente une particularité ethnique curieuse : l’existence d’Indiens à la peau claire et aux cheveux blonds, qu’il pourrait être tentant d’assimiler à des descendants très lointains des légendaires émigrés portugais...
C’est peut-être le lieu de parler des traditions de l’El Dorado, le royaume de l’ « Homme Doré », encore répandues aujourd’hui : périodiquement, les journaux nous apprennent le départ d’intrépides explorateurs ou aventuriers à la conquête de cette sylve mystérieuse, placée d’ordinaire dans la région amazonienne encore inexplorée : c’est dans cette région mystérieuse de grands édifices abandonnés, de peuples inconnus habitant la partie inexplorée du Mato Grosso qu’aurait disparu le célèbre colonel Fawcett. Mais le Dorado, royaume d’un légendaire roi barbu du nom de Tatarrax avait d’abord été placé par les conquistadores à Quivira, aux confins de la Californie. Vasquez de Coronado espérait même parvenir à découvrir ainsi le fameux royaume chrétien du « prêtre Jean » dans cette région de Cibola, à environ 400 lieues au nord du Mexique. On devait d’ailleurs, au cours de l’expédition, découvrir quelque chose de fort curieux, bien que d’origine diamétralement opposée : un débris des « navires du Cathay », c’est-à-dire de jonques chinoises... L’expédition de Francisco Vasquez de Coronado, entreprise à travers le désert californien pour aller découvrir le fabuleux Eldorado dans la région mythique des sept cités de Cibola, ne devait pas être la seule ; de même que les explorations tentées pour vérifier un autre mythe des conquistadores : le riche empire indien du Waïpiti (ou Païtiti).
A l’époque contemporaine, ce sont les localisations sud-américaines de l’Eldorado qui dominent : au Paraguay (légende des trois Ciudades de los Cesares), dans le massif guyanais des monts Tumuc-Humac, dans une région inexplorée de la cordillère des Andes et, surtout, dans l’impénétrable forêt vierge qui règne sur les parties encore inconnues du Mato-Grosso brésilien. Sans cesse de nouveaux explorateurs tenteront le fabuleux voyage.
Autre région fuyante à souhait — mais, cette fois, susceptible d’être localisée de manière bien plus précise : la mystérieuse région des Mines du Roi Salomon.
Ophir est d’ordinaire placé en Arabie ou en Afrique mais c’est peut-être le bassin supérieur des Amazones, aux confins de la cordillère des Andes et aussi de la Guyane brésilienne. La région proprement dite des Mines d’Ophir a pu ainsi être située près du Rio Iapura (affluent de l’Amazone), aux confins de la Colombie et du Brésil.
A première vue, cette localisation sud-américaine des régions bibliques d’Ophir, de Tarschich et de Parvaïm semble arbitraire. Pourtant, les recherches d’un explorateur érudit du siècle dernier, le vicomte Onffroy de Thoron, ont pu montrer que les voyages triennaux des flottes de Salomon et d’Hiram, dont tous les marins étaient Phéniciens, ont fort bien pu avoir pour objectif le futur fleuve des Amazones et ses grands affluents. Notre auteur invoquait des parallèles linguistiques : toutes sortes de preuves indirectes, en particulier de curieux parallèles philologiques entre la langue quichua d’Amérique du Sud (parlée par les Indiens du Pérou) et l’hébreu ancien. Les Phéniciens semblent s’être d’abord établis dans l’île d’Haïti, pour aller fonder des colonies ou des villes sur le continent sud-américain ; ils passaient sans doute par Cuba.
Il semble d’ailleurs probable que d’autres peuples antiques que les Phéniciens aient tenté la traversée de l’Atlantique. Les Grecs avaient sans doute pu établir des établissements en Amérique dès avant la fondation de Carthage. Les Egyptiens aussi, semble-t-il : des expéditions partaient régulièrement de l’Egypte ancienne vers l’ouest, c’est-à-dire à destination de l’Amérique, pour en ramener l’or, si nécessaire à la fabrication des ornements destinés aux temples et aux palais.
Platon lui-même signale que, par-delà l’Atlantide, existent de grandes et nombreuses îles (c’est-à-dire les Antilles), suivies par la Grande Terre ferme. Par-delà à son tour par la Grande Mer (qui ne peut désigner autre chose que l’Océan Pacifique).
Diodore de Sicile (45 avant J.-C.) nous signale de son côté une grande « île » transocéanique, qu’il décrit ainsi : « Elle est éloignée de la Libye de plusieurs journées de navigation et située à l’Occident. Son sol est fertile, d’une grande beauté et arrosé par des fleuves navigables. » La description s’applique exactement à l’Amérique méridionale.
Les autorités vaticanes semblent avoir conservé durant des siècles la connaissance précise mais secrète des itinéraires maritimes menant aux « terres de l’Ouest », tout spécialement aux terres nord-américaines du « sud du Groenland ».
En 1477, Christophe Colomb parvint en Islande, après un bref séjour en Irlande ; il avait fait des recherches sur les légendaires voyages de saint Brendan. Quant à l’histoire d’une route « nouvelle et plus courte » vers les Indes asiatiques, elle semble avoir été en fait destinée au grand public : le contrat signé par Colomb avec la Cour d’Espagne faisait d’ailleurs mention de toutes les îles et continents « qu’il pourrait découvrir », et non des Indes.
Mais l’Atlantide, elle, ne pourrait-elle avoir effectivement existé ? C’est maintenant la question qui se pose à nous.
a) Grande fosse de l’Atlantique.
On lit dans le Manuel rosicrucien du Dr H. Spencer Lewis37 le passage suivant, qui a le mérite de ramasser le point de vue classique des ésotéristes et occultistes actuels :
« L’Atlantide. — Nom du continent qui occupait autrefois une immense partie de l’espace recouvert maintenant par l’Océan Atlantique. L’Atlantide était, en certaines régions, d’une civilisation assez avancée et elle constitue l’ancien foyer de la culture mystique. Le Mont Pico, qui se dresse encore au-dessus de l’Océan dans l’archipel des Açores, était une montagne sacrée pour l’initiation mystique. »
Platon ne semble d’ailleurs pas être la seule confirmation de cet emplacement traditionnel : chez les anciens Celtes, nous avons d’autres détails qui recoupent le récit platonicien, mais sans que le nom même d’Atlantide soit mentionné. Des chroniques irlandaises, notamment, fournissent des précisions bien curieuses sur les témoignages disparus de la glorieuse civilisation engloutie.
Il y a, par exemple, les traditions relatives aux étranges statues indicatrices autrefois érigées dans les îles de l’Océan Atlantique : sept dans les actuelles îles du Cap-Vert ; une sur le sommet d’une montagne dans l’île de Corvo, la plus septentrionale des Açores, et qui sera encore aperçue par les marins portugais et espagnols (elle représentait un cavalier étrangement vêtu, et dont la main droite montrait l’Occident).
D’après des religieux irlandais, l’itinéraire maritime menant aux terres de l’Ouest était indiqué par la statue en airain — au sommet d’un rocher élevé, perdu au milieu des flots — d’une femme montrant l’Ouest. Des navires s’étant aventurés par là seraient demeurés trois années absents de leur patrie, mais ce laps de temps correspondait, en fait, à trois cents ans de notre temps à nous : on retrouve alors le thème « science-fiction » des univers parallèles...
Pourtant, les traditions irlandaises font bien état d’un continent situé dans notre sphère d’existence, et qui semble n’être autre que l’Atlantide platonicienne, volontiers identifiée par les Irlandais à leur « Ibérie » primordiale, à la Mag Mor des vieilles légendes celtiques, à la « grande Plaine », pays légendaire des dieux et des morts depuis qu’il s’est tout entier abîmé dans les flots. Et ces traditions-là confirment la localisation courante d’Atlantis, la ville aux Portes d’Or, l’extraordinaire capitale des Atlantes, dans l’espace aujourd’hui maritime situé au nord-ouest des Açores.
L’Atlantide a-t-elle été totalement engloutie ? Il n’en serait resté que les sommets les plus élevés, formant aujourd’hui les Açores et les îles Canaries, ces deux archipels volcaniques au large des côtes africaines.
Un navigateur américain aurait d’ailleurs prétendu, peu avant la seconde guerre mondiale, avoir pu contempler par un temps extraordinairement clair de grands vestiges de constructions ensablées au large des Açores.
Revenons aux légendes : lors de l’existence du continent atlantique, l’axe polaire aurait été dirigé vers les Pléiades ; et le pic de Ténériffe (qui était jadis le plus haut sommet de l’Atlantide) serait le dernier vestige de la vieille « terre sacrée » des fils d’Atlas.
Dans les légendes celtiques, on trouve bien des traditions faisant état de cités englouties, de pays et d’hommes « vivant sous les eaux » ; ce qui atteste le souvenir précis d’un grand cataclysme de l’Océan Atlantique.
Les druides avaient même conservé à Alésia, au temps de Vercingétorix, des traditions explicitement relatives aux Atlantes.
La bibliographie de l’Atlantide établie par Jean Gattefossé et Claudius Roux recensait, dans son second tirage (qui est de 1932), 2 500 titres ; et d’innombrables livres et articles n’ont cessé depuis de paraître...
Notre but est simplement d’essayer modestement de faire le point, en ayant toujours en vue qu’il faut toujours, dans l’énigme de l’Atlantide, considérer deux plans : celui de la réalité (historique, archéologique), et celui du mythe, des traditions.
Existe-t-il des preuves concrètes de l’effondrement du continent atlantéen ?
Les pics actuels des Canaries, de Madère et des Açores n’étant, en principe, que les sommets les plus considérables de la grande terre engloutie jadis par les flots, la réponse devrait être facile ; il est d’ailleurs tout à fait probable, géologiquement parlant, que ces îles résultent d’un gigantesque effondrement atlantique.
N’y aurait-il pourtant pas aussi des faits troublants, d’une réalité indubitable, susceptibles de confirmer le cataclysme par un autre biais ?
En 1858, pendant la pose du câble télégraphique sous-marin entre l’Angleterre et les Etats-Unis, on remonta — en un point de l’Océan situé environ à 100 km au nord des Açores et ayant une profondeur de 3 100 m. — de petits morceaux d’une roche basaltique qui ne peut se solidifier qu’à l’air libre, et qui, de plus, présentaient des arêtes aiguës, anguleuses, attestant l’absence d’érosion vraiment notable, ce qui impliquait que l’effondrement du sol s’était produit à une époque géologique récente. Ce fait a reçu les commentaires du professeur Pierre Termier — publiés dans un remarquable opuscule en 1913 et intitulé, précisément, l’Atlantide (Bulletin de l’Institut océanographique de Monaco, 1913, n° 246).
Mais Termier terminait son mémoire par cette phrase : « Un seul point reste à éclaircir, la question de savoir si le cataclysme qui amena la disparition de l’île est antérieur ou postérieur à l’apparition de l’homme dans l’Europe occidentale. »
Le point est, on le reconnaîtra, d’importance, beaucoup de géologues croyant fermement à l’existence du continent atlantique sans pour cela se ranger parmi les « atlantophiles ». Il est amplement prouvé, donc, qu’il existe dans le fond de l’Océan Atlantique, entre l’Amérique et le Vieux Continent, le contour d’un continent et que, d’autre part, cet effondrement s’est produit à une date géologique relativement récente, sans que la science puisse d’ailleurs apporter de grandes précisions à ce sujet ; de toute manière, à l’époque de ce cataclysme (sans doute fin du tertiaire ou début du quaternaire) d’après les évaluations récentes, l’homme existait déjà ; voici donc le premier problème tranché...
Les rivages européen et africain de l’Atlantique sont jalonnés par une ligne presque ininterrompue de terres volcaniques, de l’île des Oiseaux et de Jan-Mayen dans l’Arctique aux volcans du continent antarctique ; au surplus, les tremblements de terre sont fréquents dans toute cette immense région. Géologiquement, rien d’impossible donc — bien au contraire — à l’existence du grand cataclysme...
Quant à la fameuse hypothèse (celle développée magistralement par Wegener) de la dérive des continents, elle n’infirme pas du tout l’hypothèse atlantidienne, contrairement à l’opinion courante :
« De même qu’on ne sépare pas les morceaux d’un gâteau sans faire de miettes, de même on ne sépare pas l’Afrique de l’Amérique sans faire des morceaux submergés et des îles. Ceux-ci expliquent les lacunes observées dans la réunion des fragments du jeu de patience africo-américain38. »
Autant, en effet, il est possible de superposer à merveille les contours du Brésil et de la côte africaine de Guinée, autant la superposition est impossible entre l’Europe et le Maghreb d’une part, l’Amérique septentrionale et centrale de l’autre ; c’est l’effondrement de l’Atlantide qui a fait que le « puzzle » ne « colle » pas du tout en ces parties-là...
Dans tous les domaines, l’existence supposée de l’Atlantide, ce pont gigantesque entre les deux continents (que ce continent ait existé à l’époque tertiaire ou beaucoup plus tard, au moment de l’apogée de la civilisation égéenne par exemple) permet d’éliminer toutes les désagréables solutions de continuité.
L’hypothèse est bien commode, il faut l’avouer, et permet aux savants de résoudre des énigmes, des problèmes bien embarrassants.
On comprend très bien ces lignes de G.R. Carli, l’un des grands atlantologues contemporains :
« Les îles qui existent actuellement dans l’espace qui sépare les deux continents sont certainement les cimes de montagnes assez hautes pour émerger. Je conçois donc ainsi, sans difficulté, qu’il y a eu là un vaste territoire existant peut-être il y a plus de six mille ans, et comprenant, à partir des îles de Alvarez et de Tristan de Acuna, les Picos, les îles de Martin de Vaz, Sainte-Hélène, la Grande Ascension, les îles de Saint-Mathieu, les Canaries et les Açores. Ce continent aurait été plus grand que l’Afrique avec une partie de l’Europe prises ensemble, puisqu’il aurait occupé quatre-vingts degrés de latitude, la moitié au nord, la moitié au sud de l’équateur39. »
Les spécialistes de la question atlantidienne se sont donné énormément de mal pour développer le système, et pour l’appuyer sans cesse sur des faits et des théories significatifs, probants.
Un ouvrage qui fait date en ce domaine est, par exemple, Atlantis : the Antediluvian World (1882), livre qui aura jusqu’à nos jours plus de cinquante rééditions ; il est l’œuvre d’un savant américain, le sénateur Ignatius Donnelly. Mais il nous faudrait citer en fait toute une bibliothèque, s’il fallait citer tous les travaux sur l’énigme de l’Atlantide ; même en ne tenant compte pour le moment, que de la localisation classique du continent disparu... Nous nous contenterons de rappeler l’œuvre magnifique inlassablement réalisée par Paul Le Cour et l’équipe de la revue Atlantis que dirige actuellement M. Jacques d’Arès.
Mais quand a pu se produire le grand cataclysme atlantéen ? On a pu essayer de découvrir la date probable de l’engloutissement en raisonnant à partir des « neuf mille ans » auxquels se réfère la conversation décisive de Solon et du prêtre égyptien (qui se place, elle, vers 560 avant J.-C.). Ces 9 000 années remontant d’ailleurs non pas au cataclysme, mais à la date du conflit des Athéniens primitifs et des Atlantes — dont on ne nous dit pas la durée...
L’astronome russe Filippoff s’est livré à de minutieuses recherches comparatives : l’examen attentif de la tradition mexicaine relative au déluge, et l’étude du déplacement annuel du point vernal (précession des équinoxes), le point équinoxial d’automne (vernal) se trouvant au moment du grand déluge dans le signe du Cancer, ce qui correspond à la constellation Proesepe Caneri, permettant de penser que l’Atlantide aurait été engloutie vers 73 50 ans avant Jésus-Christ. Au contraire, selon l’atlantologue italien Paniagua, les 9000 ans du prêtre égyptien de Saïs devraient s’interpréter en « périodes sothiaques » de 1461 ans, ce qui aboutit au chiffre prodigieux de treize millions cent quarante-neuf mille ans. Et bien d’autres tentatives ont été faites...
On a pu essayer de donner un portrait physique de la race atlante, mais les atlantologues sont alors loin d’être toujours d’accord entre eux. Les uns en font, par exemple, une race rouge, les autres une race bleue (naturellement ou par artifice esthétique)... Pourtant, la majorité des auteurs semblent d’accord pour considérer les Atlantes comme une race d’hommes blancs, aux cheveux généralement bruns et lisses et aux pommettes un peu saillantes. C’est d’ailleurs ce que semblent confirmer les rares documents connus, présumés représenter le type physique atlante40. Quant aux grands Aryens blonds chers à certains atlantologues allemands, il semble plus probable de les rattacher à un autre continent disparu : la légendaire Hyperborée.
Comment l’Atlantide a-t-elle été détruite ? Comme Platon ne nous dit pas tout, et de loin, les atlantologues ont essayé de compléter son récit, en utilisant toutes les méthodes, tous les recoupements possibles, y compris le recours aux investigations « médiumniques ».
Tout le monde est d’accord pour attribuer la destruction finale de l’Atlantide à un formidable raz-de-marée. Voici, par exemple, ce que nous dit le romancier russe d’anticipation Alexis Tolstoï dans son roman Aélita : après avoir décrit l’existence raffinée des Magazitles, ou « Maîtres de la guerre », c’est-à-dire des membres de la caste dirigeante des Atlantes, à la redoutable technique, il nous décrit la catastrophe. Laissons-lui la parole : « Mais voici que la terre trembla, et soudain, en une vague gigantesque venue des régions boréales, l’Océan déferla, dans le crépuscule couleur de cendres, balayant toute vie de la surface du continent. Cependant, à l’abri des murs cyclopéens de la capitale, du haut d’une pyramide à degrés plaqués de feuilles d’or, les Magazitles s’envolaient à travers l’Océan qui déferlait sur eux, à travers les cendres et la fumée des brasiers, vers l’espace interstellaire. Brusquement, trois nouvelles secousses se firent sentir, disloquant le continent. La cité aux Portes d’Or s’abîma alors dans les flots déchaînés. »
Les théosophes et les occultistes contemporains ont volontiers compliqué les problèmes atlantidiens, et adjoint au mythe central toutes sortes de ramifications prestigieuses, aussi luxuriantes que dans les récits les plus fantastiques de « science-fiction » : l’Atlantide serait une civilisation d’origine extra-terrestre (certains Atlantes auraient pu se réfugier dans la Lune ou Mars après le cataclysme) ; l’Atlantide, source antédiluvienne de l’Aggartha souterrain encore plus mythique, etc.
Un disciple de Mme Blavatsky, Scott Elliot, affirmait avoir obtenu par clairvoyance la description précise des quatre cataclysmes successifs subis par l’Atlantide à partir de l’année 800 000 avant Jésus-Christ (qui entraîna la séparation de la partie américaine du continent fabuleux) jusqu’au grand déluge définitif, placé en 9564 avant Jésus-Christ.
Quant à Mme Blavatsky, elle aurait réussi à lire, page par page, le manuscrit secret conservé au Vatican (l’autre exemplaire se trouverait dans un monastère secret du Tibet) et qui relate toute l’histoire et la destinée des Atlantes. Au fond, rien d’impossible, le propre de ces affirmations étant d’être supérieures à toute possibilité de vérification objective...
On dote volontiers les anciens Atlantes d’une technique au moins égale à la nôtre : armes ultra-modernes, machines volantes, véhicules terrestres se déplaçant par réaction (sans roues) et, même, procédés secrets de voyage à travers les divers niveaux temporels. Selon Rudolf Steiner, les Atlantes savaient transformer en énergie de mouvement la force germinative issue des graines végétales, d’où la possibilité de construire de fort ingénieux moteurs silencieux pour leurs véhicules : « Ceux-ci planaient à une faible hauteur au-dessus du niveau du sol, moins haut que les montagnes de l’époque atlante. Mais ils possédaient aussi des appareils particuliers qui leur permettaient de passer par-dessus les chaînes de montagnes. »
Où les Atlantes nous dépassaient prodigieusement, nous autres hommes de l’ère interplanétaire, est qu’ils avaient une puissance magique mécanique couronnant leurs connaissances occultes : leur élite avait, nous affirme-t-on, le contrôle complet des forces de la nature, par la connaissance des lois profondes présidant à la manifestation de tous les phénomènes, et ce sur tous les plans d’existence. Ils connaissaient les plus prodigieux secrets de l’alchimie et de toutes les autres disciplines thaumaturgiques. Mais, succombant à l’attrait de la conquête des « pouvoirs » magiques, les Atlantes, éveillant imprudemment les forces « noires », coururent à leur perte, — le cataclysme ayant peut-être résulté (pourquoi pas ?) de leur maîtrise démoniaque de l’énergie nucléaire.
Malheureusement, nous ne disposons sur tous ces problèmes passionnants que d’une documentation scientifiquement invérifiable, comme ces dessins automatiques coloriés qu’on montrait à l’exposition berlinoise de peinture médiumnique (1931)... Nous ne nions pas du tout de tels documents, car nous sommes prêts à concevoir la possibilité d’une découverte intuitive de vérités objectives ; simplement, nous jugeons à bon droit qu’on ne peut les faire entrer dans le domaine des investigations scientifiques, leur caractère étant justement d’y échapper par définition même.
Au surplus, il est indéniable que bien des occultistes ont fait des inférences par trop hasardeuses, comme Augustus Le Plongeon, qui nous dit que la Franc-Maçonnerie est d’origine américaine et qu’elle s’est répandue en Europe par l’intermédiaire de l’Atlantide, — l’une des « preuves » alléguées à l’appui étant la découverte d’une statuette de pierre du Yucatan où l’on voit une main symbolique sur un tablier, que l’auteur déclare allégrement « maçonnique »...
On s’est — et, là, les comparaisons sont valables — efforcé de trouver dans l’Atlantide la source primitive des grandes traditions spirituelles de l’Occident. Rien d’impossible...
Le Hiéron de Paray-le-Monial et sa revue Novissimum Organon, voulurent ainsi rattacher l’ésotérisme chrétien à l’Atlantide. Ce centre spirituel fondé par un jésuite, le Père Drevon, s’était voué à établir une filiation directe du christianisme à l’Atlantide, — par l’intermédiaire du druidisme et de la tradition sacrée d’Aor-Agni, étudiée par Paul Le Cour et ses disciples.
Selon Ignace Donnelly, la Bible serait le reflet d’un autre livre sacré, écrit jadis pour les Atlantes...
Se pose alors le problème de la survivance indirecte de l’Atlantide : au Pérou, au Mexique, en Amérique centrale, en Espagne, en Egypte, en Libye, en Irlande, etc., — lieux qu’auraient autrefois touchés la colonisation partie de l’Atlantide, nation guerrière et dominatrice.
On se demandera alors, vu l’ampleur de cette colonisation atlante, pourquoi nous trouvons si peu de vestiges archéologiques ou de traditions dont l’origine ne pourrait être attribuée qu’aux conquérants atlantes. En fait, il faut sans doute penser que le grand cataclysme ayant détruit le continent des Atlantes permit, en bien des cas, le massacre des colonies atlantes par les populations asservies — profitant de l’occasion pour se débarrasser d’un joug qui devait singulièrement leur peser, l’Atlantide ayant, sur tout le pourtour de l’Océan, établi une domination militaire qui devait être aussi dure, implacable, que la future puissance romaine ; le récit même de Platon laisse d’ailleurs entendre le caractère guerrier, expansionniste, de la puissance militaire atlante — et l’ardeur de la résistance des populations qu’elle s’efforçait de subjuguer. Et, si des peuples évolués cherchaient tout naturellement à s’assimiler tant bien que mal l’héritage de la culture atlante, le réflexe de tribus encore primitives devait être tout autre : après le cataclysme, nombre de colonies atlantes furent sans doute saccagées et pillées par les colonisés fous de rage...
Mais des populations ne pourraient-elles avoir été les descendantes, plus ou moins métissées en de nombreux cas, d’Atlantes échappés à l’engloutissement de leur continent ?
Le Pic de Ténériffe ne serait autre, dit-on, que l’extrémité la plus haute — épargnée par le raz-de-marée — de la grande montagne sacrée des Atlantes : le mont Atlas lui-même ; d’où l’idée de porter les recherches du côté des Canaries. Quand cet archipel fut découvert par les Espagnols, ceux-ci le trouvèrent occupé par un peuple de race blanche : les Guanches, qui ne devaient pas tarder à être presque complètement exterminés par les impitoyables conquérants.
Les Guanches étaient une population vivant dans un état lamentable, mais cette culture si rudimentaire, loin de se révéler une preuve de sauvagerie originelle, semblait bien plutôt la dégénérescence pitoyable d’une civilisation autrefois très évoluée, diverses techniques (momification, construction d’objets d’art, une écriture hiéroglyphique) se révélant avoir été autrefois connues des insulaires, dont les croyances religieuses semblaient au surplus avoir connu autrefois un épanouissement non moins complexe (les Guanches, par exemple, vénéraient une Vierge noire, — non chrétienne évidemment). L’idée de voir dans les Guanches les descendants dégénérés des Atlantes n’a donc rien d’absurde, bien au contraire.
Autre peuple d’origine mystérieuse, mais bien vivant et très évolué celui-là : les Basques, dont la langue et les symboles remontent peut-être à l’Atlantide, ce qui n’est pas du tout une hypothèse grotesque, l’origine ethnique du peuple basque (ces navigateurs blancs venus autrefois de l’Océan) demeurant encore une énigme non tranchée par l’anthropologie et l’ethnologie...
On rattache volontiers aux Atlantes une tout autre race : les Indiens d’Amérique. La théorie peut d’ailleurs invoquer des traditions, des faits troublants. Chez les Peaux-Rouges du Dakota, par exemple, une curieuse légende, bien significative, affirme que leurs ancêtres seraient, comme toutes les autres tribus indiennes, d’ailleurs, venues jadis d’une même île, qui était située « dans la direction du soleil levant ».
A Uxmal, dans le Yucatan, un temple maya ruiné porte des inscriptions hiéroglyphiques commémorant « les terres de l’ouest d’où nous vînmes ».
Il faut d’ailleurs remarquer que des traditions lient bien les Indiens à une intervention mystérieuse mais que cette dernière est alors plutôt conçue comme une sorte de colonisation (mais pacifique) par une autre race, de grands civilisateurs blancs. On retrouve alors les traditions aztèques qui tournent autour de l’île sacrée de l’est, de cette « terre du soleil » où régnait le grand dieu blanc Quetzalcoatl, le prestigieux civilisateur blanc et barbu dont les sujets de Montezuma attendaient le retour glorieux, — ce qui devait, on le sait, faciliter singulièrement la tâche de Cortez et de ses compagnons.
Quetzalcoatl, le « serpent à plumes », était d’origine absolument non indienne : cet être divin était, croyait-on, reparti dans son lointain pays d’Orient après avoir doté jadis les indigènes mexicains du calendrier, de l’écriture et des arts.
Partant de ces données, les atlantologues ont été parfois bien intrépides, multipliant les assimilations contestées par l’investigation scientifique objective. Voici un passage significatif de Michel Manzi : « En résumé qu’est-ce que le maya, sinon un idiome d’un peuple rouge venu de l’Atlantide ? Et le grec ? Ce n’est pas autre chose qu’une langue dérivée de l’hébreu, lequel à son tour est un dérivé de l’égyptien. Dès lors ne s’agit-il pas de deux idiomes très strictement apparentés comme deux rameaux de la même plante ? La langue atlante n’est-elle pas la clé de tout ce mystère ? »
On s’est efforcé de découvrir sur le continent américain des monuments archéologiques d’origine atlante. L’érudition atlantéenne s’est particulièrement attachée à d’étranges ruines cyclopéennes, bien imposantes il faut le reconnaître : les ruines gigantesques découvertes à Tiahuanaco, en pleine cordillère des Andes. Elles auraient été construites à une date prodigieusement antédiluvienne par une colonie atlante, — et le site est volontiers invoqué par Horbiger et ses disciples pour attester le caractère gigantesque des hommes de l’Atlantide. En fait l’exemple des Pyramides de l’Egypte, construites par des hommes de taille normale, nous rend assez sceptiques au sujet des géants.
Il est pourtant indéniable qu’à environ 4 000 mètres d’altitude, près du lac Titicaca, on trouve les ruines de plusieurs villes entassées l’une sur l’autre et formées d’édifices colossaux. Le plus étrange est peut-être le fait qu’un port important se trouvait là, et dont les vestiges révèlent des constructions orientées par rapport à un océan dont les eaux n’étaient pas horizontales comme le sont les mers actuelles par rapport à notre horizon mais étaient beaucoup plus courbées que maintenant... Les atlantologues attribuent aux étranges édifices de Tiahuanaco une antiquité fabuleuse. De toute manière, R. Dévigne a pu montrer que ces ruines extraordinaires étaient à peu près dans leur état actuel vers 2450 ans avant Jésus-Christ, date présumée de l’arrivée à Cuzco des fondateurs de la première grande dynastie indienne du Pérou. Mais nous aurons à tenir compte de l’attitude des archéologues selon lesquels les ruines de Tiahuanaco peuvent fort bien s’expliquer sans recourir à la prestigieuse hypothèse atlante...
Il est hors de doute que bien des théories invérifiables, des rêveries peu rigoureuses sur le plan scientifique, ont été soutenues par des américanistes s’étant penchés sur les problèmes de l’Atlantide. Nous citerons, comme cas significatif, les étranges imaginations d’Augustus Le Plongeon sur les liens secrets entre l’Amérique antique et les monuments égyptiens : le Sphinx de Gizeh ne serait autre qu’une effigie du prince Coh, le frère et l’époux (confondus, comme c’était courant chez les anciens Pharaons) de l’énigmatique reine Moo, et qui aurait été tué par son frère très jaloux, Aac. La reine Moo avait élevé à son époux un superbe mausolée à Chichen Itza (dans le Yucatan) où le souverain était figuré par un grand félin à la tête d’homme. Moo, fuyant la redoutable colère d’Aac, se serait ensuite réfugiée en Egypte, sous le nom d’Isis ou Isidis (qui signifiait, en maya, « petite sœur »), et les Egyptiens la prirent pour souveraine...
En revanche, l’idée même d’une source commune — atlante — aux civilisations précolombiennes et à l’Egypte, deux grands pôles de la colonisation atlante, n’a rien de grotesque. Des recoupements sont même possibles pour tenter de mettre en évidence l’héritage atlantéen de l’Egypte ancienne : celle-ci gardait le souvenir glorifié du « Pays occidental, où poussent des épis de sept coudées ».
Un égyptologue américain, Mitchell Hedges, a montré que la roche employée pour construire les pyramides de Gizeh n’est sans doute pas la syénite égyptienne, mais une roche provenant d’Amérique du Sud.
Quant aux fameuses et gigantesques Pyramides, il n’est pas absurde d’y voir des monuments bien antérieurs à l’époque des rois Chéops, Khéphren et Mykérinos, qui n’auraient sans doute fait que d’en tenter l’utilisation à leur profit posthume. Les traditions musulmanes permettent peut-être d’entrevoir l’origine atlantéenne des Pyramides. Voici d’ailleurs un récit significatif donné dans le Voyage en Orient de Gérard de Nerval que nous citons d’après le texte de l’édition H. Clouard : « ... il existait, trois cents ans avant le déluge, un roi nommé Saurid, fils de Salahoc, qui songea une nuit que tout se renversait sur la terre, les hommes tombant sur leur visage et les maisons sur les hommes ; les astres s’entrechoquaient dans le ciel, et leurs débris couvraient le sol à une grande hauteur. Le roi s’éveilla tout épouvanté, entra dans le temple du soleil... Il convoqua les prêtres et les devins. Le prêtre Akliman, le plus savant d’entre eux, lui déclara qu’il avait fait lui-même un rêve semblable (...).
« Ce fut alors que le roi fit construire les Pyramides dans cette forme angulaire propre à soutenir même le choc des astres, et poser ces pierres énormes, reliées par des pivots de fer et taillées avec une précision telle, que ni le feu du ciel, ni le déluge, ne pouvaient certes les pénétrer. Là devaient se réfugier au besoin le roi et les grands du royaume, avec les livres et les images des sciences, les talismans et tout ce qu’il importait de conserver pour l’avenir de la race humaine. »
Si les Pharaons Chéops, Khéphren et Mykérinos se firent ensevelir dans les Pyramides portant leurs noms, ces monuments-là remonteraient en fait aux constructeurs atlantes ; durant des siècles et des siècles, elles auraient permis à l’élite spirituelle égyptienne d’avoir une connaissance assez précise des hauts secrets magiques de l’Atlantide. Le pillage effectué après la conquête arabe aurait, ne l’oublions pas, fait disparaître presque tous les objets atlantes qui étaient conservés dans ces gigantesques archives de pierre — à commencer par les statues magiques qui en gardaient jalousement l’entrée :
« La garde de la Pyramide Orientale était une idole d’écaille noire et blanche, assise sur un trône d’or, et tenant une lance qu’on ne pouvait regarder sans mourir. L’esprit attaché à cette idole était une femme belle et rieuse, qui apparaît encore de notre temps et fait perdre l’esprit à ceux qui la rencontrent.
« La garde de la Pyramide Occidentale était une idole de pierre rouge, armée aussi d’une lance, ayant sur la tête un serpent entortillé : l’esprit qui la servait avait la forme d’un vieillard nubien, portant un panier sur sa tête et dans ses mains un encensoir.
« Quant à la troisième Pyramide, elle avait pour garde une petite idole de basalte, avec le socle de même, qui attirait à elle tous ceux qui la regardaient, sans qu’ils pussent s’en détacher. L’esprit apparaît encore sous la forme d’un jeune homme sans barbe, et la nuit (Gérard de Nerval, Voyage en Orient).
Gérard de Nerval, toujours dans son Voyage en Orient (à la page 353 de l’édition H. Clouard), nous explique d’ailleurs les buts poursuivis par les bâtisseurs de ces monuments fabuleusement anciens :
« La première Pyramide avait donc été réservée aux princes et à leur famille ; la seconde dut renfermer les idoles des astres et les tabernacles des corps célestes, ainsi que les livres d’astrologie, d’histoire et de science. Là aussi les prêtres devaient trouver refuge. Quant à la troisième, elle n’était destinée qu’à la conservation des cercueils de rois et de prêtres... »
Ce n’est pas du tout l’érudition occulte moderne qui a inventé ces traditions sur l’origine antédiluvienne des Pyramides, prestigieux réceptacles de tout le savoir traditionnel des Atlantes. Ouvrons, par exemple, l’ouvrage intitulé Le Murtadi ; il s’agit d’un manuscrit arabe traduit en français par Pierre Vattier (Paris, 1666). Nous y trouvons l’exposé, bien significatif, des découvertes curieuses faites par les musulmans dans la salle dite du Roi de la Grande Pyramide : ils y virent une statue d’homme en pierre noire et une statue de femme en pierre blanche — d’un type physique très différent de celui des anciens Égyptiens. Ces statues étaient debout sur une table, l’une tenant une lance et l’autre un arc. Au milieu de la table, se trouvait un vase hermétiquement clos, qui semblait avoir été taillé dans du cristal rouge :
« ... on l’emplit d’eau puis on la pesa encore et elle se trouva peser autant qu’elle faisait quand elle était vide et rien de plus41. » Les intrus découvrirent aussi un fort curieux automate : « ... ils trouvèrent une place carrée, comme un lieu d’assemblée où il y avait plusieurs statues et entre autres la figure d’un Coq faite d’or rouge. Cette figure était effroyable, émaillée de jacinthes (il s’agit de pierres précieuses), dont il y en avait deux grosses aux deux yeux qui luisaient comme deux gros flambeaux. Ils s’en approchèrent et incontinent il fit un cri épouvantable et commença à battre de ses deux ailes et en même temps ils ouirent plusieurs voix qui leur venaient de tous côtés42 ».
Tout concorderait à confirmer que les Pyramides, dans leur état ancien, n’étaient autres qu’une Arche gigantesque, conservant le compendium de toutes les traditions antérieures à la civilisation pharaonique — la connaissance de l’alchimie figurant sans doute parmi cet héritage prestigieux.
De nos jours, l’Atlantide n’a cessé non seulement de fasciner les amateurs de révélations ésotériques, mais d’alimenter leur éternel espoir d’un retour prestigieux de la grande civilisation disparue. Nous voyons même G. Lomer imaginer une prochaine catastrophe volcanique qui remonterait des profondeurs marines le continent englouti...
Mais Rudolf Steiner, lui, nous fait remarquer que l’Atlantide « ne pourra être recouvrée que par un retour de la volonté vers l’intérieur de nous-mêmes ».
Ce qui doit sans doute s’interpréter ainsi : il y a parmi nous des hommes et des femmes qui sont la lointaine « réincarnation » de l’ancienne élite atlante... Comme on le voit, l’étude des hypothèses de l’atlantologie est de celles qui nous mènent fort loin. Selon les mots de Léonard Saint-Michel, nous pourrons bel et bien dire :
« Atlantide : gemme à multiples facettes, où se mirent toutes les images du monde. Mythe total43... »
Mais l’Atlantide occupait-elle vraiment le site actuel de la grande fosse de l’Océan ? Il importe de ne pas oublier les autres localisations proposées par d’éminents atlantologues.
Cette théorie a été particulièrement illustrée vers la fin du siècle dernier par un grand géographe français, Berlioux, dont Pierre Benoit — qui suivit ses leçons, alors qu’il était jeune étudiant — a fait le « Professeur Le Mège » qui joue un rôle épisodique (mais significatif) dans l’Atlantide, ce bien remarquable roman. Mais Berlioux situait l’emplacement de l’Atlantide non dans le Hoggar (comme le fait Benoit) mais dans l’Atlas marocain. De toute manière, la localisation saharienne des Atlantes n’est pas du tout une invention inconsistante, puisqu’on peut l’appuyer sur un témoignage antique de grand poids : celui d’Hérodote. Partant du delta égyptien, Hérodote mentionne diverses peuplades dont le nom nous importe peu ; puis, franchement à l’intérieur des terres sahariennes, il énumère : les Ammoniens, les Garamantes, les Atarantes, enfin les Atlantes — le peuple qui réside autour du mont Atlas44.
Laissons d’ailleurs la parole au grand voyageur grec :
« A dix jours de marche des Garamantes (qui habitaient le Fezzan actuel), il y a un autre tertre de sel et de l’eau ; autour habitent des hommes nommés Atarantes (XLIX). Puis à dix autres journées de marche existe un autre tertre de sel, de l’eau et des hommes qui habitent autour. Auprès de cet amas de sel, se trouve la montagne qu’on nomme Atlas (XXII). Elle est étroite et ronde de tous les côtés, et si haute, dit-on, qu’il est impossible d’en voir les sommets, car les nuages ne s’en écartent jamais, ni pendant l’été, ni pendant l’hiver. Les gens du pays disent qu’elle est la colonne du ciel. C’est à cette montagne que ces hommes doivent leur nom, car ils s’appellent Atlantes (XLIX). On assure qu’ils ne mangent rien de ce qui a eu vie (LX), qu’ils ne font pas de rêves45. »
Il semble s’agir, on le voit, d’une région sacrée, habitée par des hommes suivant une discipline végétarienne et un entraînement spirituel (les Yogis indiens s’entraînent à ne plus rêver).
A l’intérieur du Sahara, un autre auteur grec, Pomponius Méla, place des populations fabuleuses — dont les Blemyes, qui ne sont autre que des hommes sans tête. Les interprètes modernes se gaussent de cette impossibilité biologique, mais l’idée cesse d’être absurde si nous méditons cette remarque de M. Henri Lhote : « Peut-être dans ces Blemyes acéphales doit-on voir les premiers porteurs de voile qui se dissimulaient la figure au point de faire penser qu’ils n’avaient pas de tête46 ? »
La possibilité de l’existence ancienne d’une civilisation très évoluée ayant autrefois existé dans le Hoggar (puisque c’est cette région qui semble vraiment la plus propice aux hypothèses atlantéennes) n’a rien d’impossible, le Sahara ayant jadis été une région très verdoyante. Mais les auteurs grecs puis romains de l’époque classique ne connurent, semble-t-il, que l’extrême aboutissement de cette vieille civilisation. Et Pline l’Ancien, en parlant de ces Atlantes, nous dit qu’ils n’ont pas de noms propres, que leurs usages ont dégénéré, qu’ils injurient le soleil qui les brûle et détruit leur champ... Décadence qui semble avoir été par la suite stoppée, les Touaregs (descendants directs de l’ancienne civilisation) ayant ensuite réussi à reconquérir, sous un régime de matriarcat politique et religieux, un état culturel bien supérieur à la décadence décrite par Pline.
On décrit volontiers les Atlantes comme ayant été des « hommes bleus ». Ce trait fait tout de suite penser aux Touaregs, qui portent des vêtements de toile fortement indigotés qui déteignent et donnent ainsi à la peau une couleur bleu foncé.
Peut-on espérer trouver confirmation de l’ancienne culture atlante du Hoggar ? Des trouvailles significatives le laissent supposer. Nous citerons les belles fouilles effectuées au Sahara en 1925-26 par le comte Byron Kühn de Prorok. Cet explorateur réussit à découvrir dans le Hoggar la tombe qui serait celle de la légendaire reine Tin Hinan (l’Antinéa de Pierre Benoit), femme mystérieuse considérée par les Touaregs comme ayant été la dernière souveraine des Atlantes. Les fouilles permirent la découverte de nombreuses pierres précieuses, d’objets en or, et de nombreux bijoux — également d’une statuette féminine ayant l’apparence des idoles préhistoriques d’époque aurignacienne, et du squelette d’une femme couchée sur le côté.
Mais la géographie africaine n’a-t-elle pu radicalement changer au cours de l’antiquité ? Une théorie intéressante est soutenue à ce sujet par Jean Gattefossé, entre autres spécialistes des recherches atlantologiques : le « Mer Atlantique » dont parle Platon aurait été une ancienne mer intérieure, qui occupait autrefois une grande partie du Sahara. Dans cette perspective, l’Atlantide était une sorte d’île géante incrustée dans l’Afrique Occidentale, bornée à l’Ouest par l’Océan Atlantique et à l’Est par une grande mer intérieure, la Mer Tritonienne, qui faisait suite à l’actuel golfe de Djerba. Des traces de cette Atlantide pourraient sans doute être retrouvées dans les déserts du Djouf actuel...
Autre hypothèse possible : les deux bassins, oriental et occidental, de la Méditerranée étaient autrefois séparés par des isthmes, qui permettaient le passage terrestre de l’Italie à la Tunisie actuelle : au large de la Sicile pourrait donc être située l’Atlantide de Platon. A la suite d’un bouleversement tellurique important, les isthmes séparateurs se rompirent, et il y eut dès lors communication maritime entre les deux grands bassins méditerranéens. Le cataclysme atlantidien peut fort bien s’expliquer par l’hypothèse d’un mouvement des fonds méditerranéens engendré par un tremblement de terre causant un formidable raz-de-marée engloutissant les guerriers grecs sous la terre et les « Atlantidiens » dans la mer. N’oublions pas que, maintenant encore, la Méditerranée demeure l’une des plus notables « lignes de fracture » de l’écorce terrestre. Souvenons-nous d’ailleurs de ce que nous disait Platon au sujet des possessions de l’Empire des Atlantes :
« De notre côté (l’Egypte), il tenait la Libye (Afrique du Nord) jusqu’à l’Egypte et l’Europe jusqu’à la Tyrrhénie (Etrurie ou Italie occidentale). » C’est ainsi que la « Mer Atlantique » de Platon pourrait fort bien être la Méditerranée occidentale...
Mais il y a d’autres identifications possibles aux atlantologues...
Des hypothèses ont situé l’Atlantide en bien d’autres régions du globe ; souvent même, on a pu faire des découvertes significatives en tous ces lieux si éloignés l’un de l’autre, ce qui, semble-t-il, nous ramène immanquablement à la théorie classique : celle d’un continent disparu sous les eaux de l’Atlantique et qui, centre civilisateur prestigieux, avait essaimé des colonies florissantes un peu partout dans le monde.
On a pu rechercher l’Atlantide au nord de l’Europe, dans la région de la
Baltique qui fut le théâtre d’un effondrement géologique important, cause de l’envahissement des eaux. De belles fouilles allemandes ont permis la découverte, au large de l’île d’Héligoland, d’un grand temple englouti et de toutes sortes d’autres vestiges.
Les marins grecs étaient fascinés par les régions nordiques de l’Europe dès l’époque homérique. Écoutons le poète :
« Le soleil se coucha, les chemins se couvrirent d’ombre, le vaisseau arriva près des abîmes profonds de l’Océan. Là, s’élève leur ville, là est le peuple des Cimmériens qui vivent toujours enveloppés dans les brumes47. »
Des traditions helléniques font état de mystérieuses civilisations situées vers le nord-est de l’Europe. C’est pourquoi l’Atlantide a pu être située à l’emplacement de la Mer d’Azov (le Palus Meotides des anciens), où la cité engloutie d’Atlantis aurait naguère fermé l’actuel détroit de Kertch à l’entrée du légendaire « Océan Scythique » d’Homère. La Colchide (Caucase actuel), le pays de la Toison d’Or conquise par Jason et ses compagnons, était également considérée comme une région étrange, magique, par les marins hellènes...
Une autre localisation atlantidienne est celle d’une Atlantide celte — ou plus précisément irlando-armoricaine — proposée par le Dr F. Gidon. Comme à toutes les autres hypothèses, les savants fanatiquement négateurs lui opposent volontiers une objection de principe : à toutes les époques protohistoriques ou préhistoriques où se placent les atlantologues, l’ère des grands bouleversements géologiques était depuis longtemps close, les phénomènes les plus spectaculaires (grands tremblements de terre ou éruptions volcaniques) ne causant aucun bouleversement notable, soudain, sensible à l’échelle de tout un continent ou même d’une province. Pourtant, on connaît au moins deux exemples — et en pleine époque historique, ceux-là — de submersion importante (et, même, notons-le, soudaine) d’une région étendue : sous Charlemagne, l’engloutissement brusque par la Manche de l’immense forêt qui entourait la première abbaye du Mont Saint-Michel ; et, surtout, l’invasion en un seul jour, par la mer du Nord, des eaux du Lac Flevo, devenu le Zuyderzee (1282).
Quant aux mouvements lents du sol, ils peuvent eux-mêmes entraîner des modifications importantes ; rappelons que le port d’Aigues-Mortes, où s’embarqua saint Louis, se trouve depuis plusieurs siècles reporté à l’intérieur des terres...
Mais revenons aux submersions rapides : l’essentiel de la théorie irlando-armoricaine de l’Atlantide s’appuie sur leur existence en Europe occidentale en pleine époque protohistorique ; selon le Dr F. Gidon, c’est l’ouverture de la Manche et les autres submersions européennes de l’âge du bronze qui ont été la cause directe de la grande migration conquérante des peuples irlando-armoricains, victimes de la submersion graduelle de leur sol. Ce fait géologique essentiel semble d’ailleurs avoir été connu des géographes grecs contemporains de Platon et d’Aristote et de leurs nombreux successeurs qui s’interrogeaient sur les causes immédiates du déferlement des populations celtes sur toute l’Europe méridionale.
C’est à l’âge du bronze que s’est opéré, mais graduellement semble-t-il, l’engloutissement de toutes les terres situées autrefois entre l’Irlande et les côtes françaises ; et c’est ainsi, également, que s’opéra l’ouverture de la communication directe Manche-mer du Nord, séparant la Grande-Bretagne du Continent. Le Dr Gidon met l’accent sur l’existence, en Europe occidentale, de deux grandes périodes d’envahissement des terres : l’une à l’époque paléolithique, l’autre — voici le point important — qui se place en plein âge du bronze ; c’est ce dernier phénomène qui a engendré l’expansion des Cimbro-Celtes sur toute l’Europe, vers le sud tout spécialement mais vers l’Orient aussi.
Il existe des preuves de la submersion assez rapide — et brusque en certains cas — de territoires notables : au large des côtes de Vendée et de Bretagne, par exemple, il existe d’assez nombreux monuments mégalithiques immergés, devenus depuis bien longtemps inaccessibles.
De toute manière, l’hypothèse permet d’expliquer les grandes invasions celtes de l’antiquité (n’oublions pas le décalage qui fait que l’Histoire proprement dite est depuis longtemps établie en Méditerranée orientale alors que l’Europe occidentale en est à l’âge du bronze). L’explication des grandes invasions par le « désir d’aventure » est loin d’être toujours convaincante...
Toute l’étendue maritime formée par la Manche et la mer d’Irlande se révèle, géologiquement parlant, comme le théâtre d’une submersion extrêmement vaste — bien que déterminée par un abaissement du plateau continental ne dépassant pas (ou dépassant de peu) une centaine de mètres d’amplitude. Et cette submersion, loin de remonter à une période très reculée, se place à une date toute récente (quand on se place, évidemment au point de vue des géologues) vers 2 500 ans avant notre ère, d’après les estimations les plus vraisemblables.
Mais essayons de nous reconnaître un peu mieux dans la localisation géographique du problème : selon le Dr F. Gidon, l’Atlantide celto-armoricaine aurait compris l’Irlande, la Cornouailles anglaise, le Pays de Galles, la Bretagne, la Normandie, la Vendée et le nord-ouest de la Germanie, mais avec un rivage atlantique allant jusqu’à la limite du plateau continental actuellement immergé.
Un passage de l’écrivain grec Timagène, cité par l’auteur romain Ammien Marcellin, confirme la grande submersion des pays celtiques : « Les druides racontent qu’une partie de la population est indigène, mais qu’une autre partie est venue d’îles lointaines ou de la contrée située au-delà du Rhin, ayant été expulsée de son ancien pays par des guerres et par les mouvements de la mer. »
On pourrait aussi faire des recoupements d’après la géographie antique, les parties les plus élevées du plateau continental ayant encore émergé au-dessus des flots à l’époque des navigateurs anciens : les fameuses îles Cassitérides, aux riches gisements d’étain, n’étaient peut-être pas les Sorlingues mais un archipel disparu qui se trouvait sur l’actuel site du banc dit de la « Petite Sole », situé au sud de l’Irlande et à l’ouest du Finistère, entre le 48e et 49e degré de latitude nord, entre le 8e et le 10e degré de longitude ouest. Ce banc se trouve en effet, comme nous le fait remarquer Édouard Le Danois, « sur la ligne qui joint les deux plus importants gisements stannifères d’Europe, celui du pays de Galles et celui d’Espagne ». Dès l’époque des dynasties thinites (3313-2895 avant J.-C.), l’ambre et l’étain étaient — rappelons-le — connus en Egypte et les rapports commerciaux des pays celtiques avec la Crète, la Phénicie, la Mésopotamie étaient en plein épanouissement vers 2500 avant notre ère.
L’étude des légendes crétoises permettrait des recoupements significatifs : les Crétois semblent en effet avoir connu le fait des grandes submersions nord-atlantiques de l’âge du bronze.
Au point de vue météorologique, on notera que le climat des terres plus tard submergées entre l’Irlande et l’Armorique devait sans doute être fort doux, puisque directement baigné par le courant principal du Gulf Stream ; d’où le caractère particulièrement nostalgique de l’aspiration des Celtes vers le merveilleux paradis océanique48.
Quant aux grandes migrations celtes du second millénaire, tout concourt à les faire considérer comme la conséquence directe des submersions qui s’étaient produites dans tout le nord et l’ouest de l’Europe en pleine époque du bronze.
Les légendes, toujours vivaces en terre celtique, de cités englouties sont loin, bien au contraire, d’être toujours fabuleuses : sur toutes les côtes du Finistère et en Cornouailles britannique, on signale à l’envi des « flèches d’église », des rues, des constructions ensevelies au fond de la mer, des cloches sonnant sous les eaux ; au milieu des récifs des Etocs, aux grandes marées d’équinoxe, les marins peuvent voir des vestiges d’édifices, de pavages géométriques ?
Rappelons aussi la fameure légende de la ville d’Ys fondée par le légendaire roi de Cornouailles Grallon et qui n’aurait pas eu moins de neuf lieues de tour ; la propre fille du roi, Dahut, aurait livré au diable les clefs commandant le complexe système de digues et de vannes sauvant la cité, construite au-dessous du niveau de la mer, de l’envahissement maritime...
La légende d’Ys est très certainement fondée sur des faits réels : submersion locale qui fut à l’origine de l’actuelle baie de Douarnenez. Une autre hypothèse place la légendaire Ys non plus à l’extrémité du Finistère, mais en plein Océan actuel : Ys aurait été engloutie dès l’époque (âge du bronze) où les Iles Britanniques cessèrent de faire corps avec le continent ; la Manche n’était avant le cataclysme que le prolongement interminable de la vallée de la Seine, qui avait alors son embouchure très loin dans l’Atlantique, dans un lieu situé à l’intersection des deux lignes prolongées, l’une depuis la pointe du Finistère, l’autre depuis la pointe occidentale de l’Irlande. C’est peut-être sur cet estuaire disparu, sur un territoire d’alluvions, que se trouvait l’immense cité d’Ys.
Certains auteurs ont placé l’Atlantide en Islande ou en Groenland, mais il s’agit alors plutôt d’un autre continent : l’Hyperborée dont nous aurons à parler en détail vers la fin du présent chapitre.
Mais, en fait, toutes les localisations géographiques ont pu être avancées : l’Amérique, la Polynésie (bien que l’on tombe alors sur les problèmes — voir le paragraphe suivant — concernant la Lémurie ou Mu), le sud-ouest de l’Arabie (le royaume légendaire de la Reine de Saba), l’ancienne île de Taprobane (c’est-à-dire, semble-t-il, l’actuelle Ceylan), l’Allemagne, le centre de la France, la Hollande, etc. Mais il est une localisation sur laquelle il nous faut nous étendre quelque peu : celle qui place la fabuleuse Atlantide sur la côte ouest de l’Afrique.
Le grand archéologue allemand Léo Frobenius a localisé l’Atlantide en Afrique occidentale, plus précisément dans l’ancien pays de Bénin, partagé entre les États actuels de la Nigéria et du Dahomey. Frobenius est même allé plus loin, établissant l’existence d’anciens liens directs entre cette partie occidentale de l’Afrique Noire et les civilisations de l’Océan Pacifique.
Loin de se limiter au Bénin, cette civilisation atlantique africaine se répandit, à son apogée, jusque sur les côtes actuelles de l’Angola.
Léo Frobenius a pu découvrir, sous la surface des cultures proprement africaines, des traditions et coutumes attestant la survivance d’une puissante civilisation, très ancienne mais tombée depuis longtemps en décadence, masquée par les éléments beaucoup moins évolués : dans les arts, les légendes, les symboles, les rites, l’architecture même, on peut découvrir des indices certains de contact direct du continent noir occidental, à une période ancienne, avec une civilisation très avancée.
Cette civilisation, florissante à l’époque préchrétienne, devait d’ailleurs réussir à se maintenir longtemps vivace dans la région du Bénin ; encore de nos jours, la grande tribu noire des Yorubas de Nigeria conserve des traces indéniables de l’ancienne « Atlantide » africaine. Généralisant ses recherches, Frobenius a pu faire des recoupements étonnants : il existe un étrange parallélisme entre des coutumes, des symboles propres à l’Afrique occidentale et leurs correspondants du grand complexe indien Toltèques-Aztèques-Mayas ; de même, on trouve l’analogue de certains concepts étrusques dans la mythologie des Yorubas... Mais revenons aux faits indéniables : Frobenius et ses collaborateurs ont minutieusement fouillé le site archéologique de Ifé, la ville sainte de l’ancien royaume noir du Bénin, et la vraie capitale religieuse des Yorubas. Les investigations s’avérèrent très fructueuses, permettant la découverte d’innombrables objets d’une facture étonnamment raffinée, et dont certains étaient de date assez récente : la civilisation noire d’Ifé réussit en effet à subsister jusqu’aux XVIe et XVIIe siècles, pour s’effondrer par suite du catastrophique dépeuplement engendré par l’horrible traite des noirs...
Pour notre part, nous pensons que l’Afrique occidentale fut l’une des aires de colonisation atlante ; le continent englouti avait en fait essaimé et colonisé dans toutes les directions, ce qui explique l’existence de vestiges plus ou moins directs de sa prestigieuse civilisation un peu partout sur le pourtour de l’Atlantique, et parfois au-delà les traditions et les coutumes atlantes réussissant, tout au moins en partie, à se maintenir après la disparition ou l’extinction graduelle (par d’incessants métissages parfois) des colonisateurs atlantes.
Les africanistes appellent « pierres d’aigris » (aggry beads) des verroteries d’un art très ancien, dont la facture se révèle étonnamment semblable à celle d’objets analogues trouvés sur les momies égyptiennes et dans tout le Moyen-Orient.
En Afrique occidentale, ces « pierres d’aigris » proviennent d’anciennes sépultures ou bien il s’agit de parures que leurs détenteurs font remonter aux ancêtres lointains.
Quand les blancs demandent aux indigènes des précisions, les noirs répondent que ces objets furent jadis introduits dans leurs pays par des hommes au teint clair, aux cheveux longs et qui étaient « venus du ciel ».
On trouve un peu partout, chez les tribus réparties sur le pourtour du golfe de Guinée, des traditions curieuses confirmant cette idée apparemment fantastique.
M. Georges Barbarin nous en rappelle un exemple significatif : celui rapporté par un major britannique « qui vit un jour une tribu noire (de l’Afrique occidentale britannique) s’avancer au bord de la mer, chefs et sorciers en tête, à la rencontre d’une pirogue qui débarquait. Dans celle-ci étaient deux indigènes peints en blanc auxquels on multiplia les signes de soumission et qui, après une brève palabre, se rembarquèrent. Questionnés par le major sur le sens de cette cérémonie, les noirs lui répondirent qu’il s’agissait d’une coutume immémoriale destinée à perpétuer le souvenir du temps où, partant d’une île aujourd’hui disparue, des blancs venaient rendre la justice et dicter des lois49 ».
Bien que le nom de « Lémurie » soit souvent employé dans une acception très large, couvrant toute l’immense étendue continentale jadis engloutie sous les flots de l’Océan Indien, du Pacifique et de l’Océan Antarctique, il convient de préciser la terminologie : la Lémurie proprement dite est le continent légendaire englouti sous les flots de l’Océan Indien, le pendant pacifique de l’Atlantide étant appelé Continent de Mu.
Les géologues modernes, eux, parlent volontiers du Continent de Gondwana, de date beaucoup plus ancienne. Ces terres englouties auraient formé dans l’ère secondaire un immense complexe allant du Pôle Antarctique au Dekkan, de Madagascar à l’Indonésie. Ce colossal continent disparu de Gondwana s’étendait même, sans solution de continuité, du Brésil à la presqu’île indienne et sans doute aussi à l’Australie et à la Polynésie, toute l’actuelle partie méridionale de l’Afrique en faisant aussi partie. On notera que les géologues, qui font remonter cet immense continent englouti à l’époque secondaire, ne se posent donc à ce sujet aucun problème scientifique sur les origines de l’humanité. Il n’en est pas de même pour la Lémurie proprement dite, de date géologique plus récente.
Vers 1830, le zoologiste anglais Slater avait remarqué l’existence des lémures, cet ordre inférieur de primates, à la fois à Madagascar et en Malaisie, ce qui posait un problème, ces sortes de petits singes étant absolument incapables d’avoir traversé l’Océan Indien à la nage. Une seule hypothèse était donc possible : l’existence, à l’époque tertiaire, d’un continent disparu, auquel fut donné le nom commode de Lémurie, et qui englobait, en gros, tout l’actuel bassin de l’Océan Indien.
Si le mot Lémurie est d’origine scientifique, le nom de Mu, est, lui, d’emploi purement théosophique ou ésotérique ; il désigne le continent (beaucoup plus récent que l’immense Gondwana des géologues) englouti dans les profondeurs du Pacifique par un gigantesque effondrement, qui aurait été comme l’exacte compensation géologique au formidable soulèvement de la cordillère des Andes sur la côte sud-américaine occidentale et, aussi, des Montagnes Rocheuses de l’Amérique du Nord.
L’île de Pâques et la Californie seraient les plus importants des vestiges géologiques de Mu.
Donc, n’oublions pas la distinction entre la Lémurie (continent disparu de l’Océan Indien) et Mu (l’ « Atlantide » de l’Océan Pacifique, et dont les innombrables îles océaniennes, des Mariannes et des Carolines à la mystérieuse île de Pâques seraient les vestiges).
Si la Lémurie a été habitée par des êtres humains (ce que croient tous les occultistes, mais ce que nient beaucoup de savants rationalistes), ce peuplement devra se placer à une époque bien antérieure à celle de l’Atlantide : une période dont le début remonterait à cent millions et, peut-être, à des milliards d’années, si du moins on envisage l’immense Gondwana, dont la Lémurie proprement dite (celle de l’ère tertiaire) ne sera qu’un grand vestige.
Le poète Wilfrid Lucas a donné une description émerveillée de la Lémurie dans son roman La route de lumière (1927), où le continent disparu est donné comme ayant vu l’épanouissement d’une très haute civilisation.
La Lémurie, après une existence évaluée à près de cinquante mille siècles, fut engloutie sous les flots durant le tertiaire, au déclin de l’époque miocène, à la suite d’un grand cataclysme tellurique. Il en est resté d’importants vestiges : les Iles de la Sonde, Madagascar, la partie méridionale de l’Inde (le Dekkan). On peut aussi voir dans le continent antarctique, tout au moins une partie de celui-ci, le vestige de l’extrémité méridionale polaire de l’ancienne Lémurie.
Il avait été fondé à Paris entre les deux guerres, un Centre d’études de la Lémurie, dont le président d’honneur était l’écrivain Wilfrid Lucas et le président Me Lucien Barquissau, avocat à la Cour. Ce centre semble s’être intégré aux activités du groupe « Atlantis », dont la curiosité toujours en éveil ne se limite nullement au continent disparu dont on parle le plus en Europe : celui de l’Atlantide.
Alcanter de Brahm, dans un curieux article publié dans la revue Atlantis50 nous déclare : « Qui sait aussi si ces apparitions fantomales que les anciens conjuraient par des sacrifices trois jours durant, et qu’ils appelaient les Lémures, n’avaient point quelque corrélation avec les âmes de victimes restées sans sépulture, puisque englouties dans le cataclysme qui supprima ce continent ? » Impossible, évidemment de se prononcer sur la réalité d’une telle affirmation.
Sur le continent pacifique de Mu (un autre fragment de l’immense Gondwana secondaire), les occultistes nous donnent la précision géologique suivante : Mu aurait été un continent plat (sauf quelques rares collines), englouti avant la naissance des montagnes jeunes, alors que l’Atlantide, dominée par de très hautes cimes, serait postérieure à leur soulèvement.
Si les occultistes font de la Lémurie et de Mu des continents disparus bien avant le cataclysme atlantéen (ou même l’apogée de la civilisation des Atlantes), il y a quelques exceptions. C’est ainsi que Lewis Spence décrit un grand courant de civilisation, qui serait — au contraire — allé d’Atlantide en Lémurie, par l’intermédiaire de l’Amérique. Mais la thèse de Spence n’est pas, répétons-le, celle de la quasi-totalité des auteurs s’étant préoccupés de la Lémurie et du continent de Mu.
Mais, dira le lecteur, y a-t-il possibilité de découvrir des indices scientifiquement utilisables de ces merveilleuses doctrines occultistes sur les continents engloutis de l’Océan Indien et du Pacifique ?
Les présomptions indirectes, par l’étude des mythes autochtones, ne manquent pas.
Chez les Malgaches par exemple, nous avons les vieilles traditions relatives à la ville légendaire de Cerné, sorte de « ville d’Ys » de l’Océan Indien.
Les diverses traditions océaniennes ont gardé le souvenir d’un colossal déluge ; depuis, les morts sont censés résider « au fond des eaux », là où se trouvent « les dieux blancs ». Toutes sortes de légendes (d’Hawaï, des Nouvelles-Hébrides, de la Nouvelle-Zélande) nous parlent d’une race blanche d’hommes aux cheveux blonds qui avaient précédé les premiers navigateurs polynésiens.
Une tradition pascuane nous dit que Hotu Matua, le grand législateur légendaire de l’île des statues géantes, venait d’un royaume voisin submergé par un grand cataclysme aquatique. On peut aussi tenter des hypothèses beaucoup plus générales et aventureuses. C’est ainsi que les Polynésiens eux-mêmes seraient originaires d’un continent aujourd’hui en grande partie disparu. Pourtant, cette thèse tend à être niée par beaucoup de savants actuels, qui préfèrent songer à l’hypothèse de grandes navigations maritimes, hypothèse qui a le mérite de s’appuyer sur des indices tangibles. On a pu, par exemple, voir dans les peintures rupestres des Boschimans d’Afrique australe l’œuvre, non de ces primitifs mais d’un peuple de navigateurs extrêmement civilisés, venus de Malaisie ou d’Indochine.
Il est vrai que l’hypothèse lémurienne, du continent méridional disparu, offre de réels avantages explicatifs. Elle permet, en particulier, de rendre plus plausibles certains parallèles linguistiques vraiment extraordinaires : le professeur anglais Woolley a pu rechercher l’origine première du peuple de Sumer vers le grand plateau indo-australo-malgache51.
Certains savants du siècle dernier n’ont pas hésité à faire de la Lémurie le berceau même de l’humanité. Telle est notamment la conviction du biologiste allemand Ernest Haeckel, dans son Histoire de la création :
« Quantités d’indices, et spécialement des faits chronologiques, portent, dit-il, à croire que la patrie primitive de l’homme a été un continent actuellement submergé par l’Océan Indien. »
La Mélanésie, l’Indonésie, la Polynésie auraient été les premiers centres de peuplement issus du grand plateau lémurien, l’Inde ayant par la suite été le grand centre de dispersion de l’humanité.
Existe-t-il encore aujourd’hui des descendants directs des Lémuriens ou des habitants de Mu ?
Il existe au Pérou un peuple étrange, les Urus, qui vit de poisson et habite à la surface même du lac Titicaca, sur des îles flottantes de roseaux. C’est une tribu dégénérée, détestée des autres Indiens. Leurs traditions religieuses, on le notera avec intérêt, les font venir d’une grande terre de l’autre côté de la mer à l’Est.
Mais bien d’autres possibilités nous sont offertes de retrouver des Lémuriens ou des hommes de Mu.
Malheureusement, les auteurs ayant traité des Lémuriens sont loin d’être d’accord entre eux sur le type physique blanc de cette race : les Lémuriens sont considérés comme des blancs, des jaunes, des hommes olivâtres, des rouges ou des négroïdes. On a même pu considérer les fameux Yétis de l’Himalaya, ces « hommes-singes » géants, comme des survivants de la race lémurienne.
Ces interprétations si divergentes peuvent très bien être toutes vraies, mais chronologiquement, non simultanément : si nous nous plaçons à une époque extrêmement ancienne, nous pouvons fort bien trouver en Lémurie des sortes d’« hommes-singes » ; plus tard, nous pouvons trouver une succession, le mélange même de races diverses venues d’autres parties du monde.
Notre opinion personnelle est que nous avons chance de nous rapprocher de la plus grande probabilité scientifique en faisant des Lémuriens des hommes assez semblables, par la taille et leur couleur de peau, aux Malais actuels, les habitants de Mu ayant plutôt été, eux, d’un type se rapprochant de celui des Indiens sud-américains avec, sans doute, toutes sortes de métissages entre races diverses.
Y a-t-il encore des Lémuriens ayant conservé secrètement toute leur énigmatique civilisation ?
Sur les montagnes de Californie, on signale de temps à autre une étrange lumière éblouissante comme le flash d’un photographe, et qui serait produite par des hommes mystérieux. On rencontre en Californie toutes sortes d’autres récits légendaires, que l’on place plus volontiers sur le Mont Shasta, à l’extrémité nord du massif montagneux de la Sierra Nevada. Le majestueux Mont Shasta, d’accès difficile, est un ancien cône donnant encore périodiquement de légers signes d’activité volcanique.
Dans tout ce district, encore mal connu, de la Californie septentrionale, on signale des hommes « étranges » surgis parfois des forêts (où ils se cachent d’ordinaire soigneusement) pour faire du troc avec les montagnards. Ces hommes sont grands, gracieux, agiles, ont le front très élevé ; ils portent une coiffure spéciale dont une extrémité inférieure retombe sur le haut du nez.
Jusqu’ici, rien d’extraordinaire : il peut fort bien s’agir d’une inoffensive tribu indienne ayant réussi à « tenir le maquis » dans une région montagneuse peu fréquentée par les représentants de l’autorité. Mais où le mystère se corse, c’est dans ce fait, relaté par de nombreux témoins : de temps en temps de mystérieuses cérémonies sont célébrées autour de grands feux ; mais impossible de s’en approcher, les témoins étant immobilisés par des « vibrations » qui semblent littéralement les clouer au sol. On reconnaît ici un trait qui revient volontiers dans les témoignages sur les fameuses « soucoupes volantes », dont les occupants possédaient un « rayon paralysant » qui rend les spectateurs momentanément immobiles, malgré tous leurs efforts de volonté... Depuis que les « engins volants non identifiés » ont tant défrayé la chronique, les événements mystérieux du district californien du Mont Shasta sont volontiers attribués aux Vénusiens ; il est vrai que les hommes peuplant Vénus ne seraient autres que des Lémuriens, s’il faut en croire certains témoignages (invérifiables évidemment), la face invisible de la Lune et la planète Mars étant données au contraire comme des lieux d’affinités « atlantéennes ».
Quelle que soit l’invraisemblable de certains témoignages ou affirmations, il est indéniable que les parties les moins accessibles des montagnes californiennes sont parfois le théâtre de faits étranges. L’idée d’un peuple mystérieux (« lémurien » ou autre) s’étant établi là-bas dans une mystérieuse cité souterraine peut invoquer des faits bien curieux : au télescope, un astronome américain, le professeur Edgar Lucin Larkin, ancien directeur de l’Observatoire du Mont Lowe (en Californie méridionale), put apercevoir de loin un dôme métallique doré, entouré de constructions d’allure étrange. Des automobilistes circulant sur des routes forestières écartées ont rencontré à l’improviste des hommes d’une race inconnue, vêtus de blanc, aux longs cheveux bouclés, de taille majestueusement élevée, et qui disparaissaient à toute tentative faite pour entrer en contact avec eux. Bien avant la grande vague de « soucoupomanie », des témoins dignes de foi ont pu observer d’étranges « vaisseaux aériens » de cette forme particulière, aperçus d’ailleurs aussi plus au nord, vers les Aléoutiennes et l’Alaska, tous ces engins volant sans le moindre bruit (trait caractéristique des fameuses « soucoupes »).
Une tradition californienne prétend qu’il existe un tunnel sous la base orientale du Mont Shasta et qui mène à un site mystérieux, où se trouve une cité aux maisons étranges ; les fumées qui s’échappent périodiquement du vieux cratère proviendraient non de phénomènes plutoniens mais de la mystérieuse cité perdue.
Il existe une tradition analogue au Mexique : dans un district montagneux inaccessible, des « Lémuriens » vivraient dans une cité secrète également située au centre d’un volcan éteint.
La Californie demeure, quoi qu’il en soit, l’une des régions les plus fascinantes du globe. Dans le nom même de cette région, le merveilleux transparaît : le Révérend Edward Everett Hale put montrer (1862) que, tout juste avant la découverte du futur Etat américain par les Espagnols, on avait réimprimé en Espagne un vieux récit de chevalerie, très populaire au moment des croisades mais qui incorporait des traditions bien antérieures : selon celles-ci, une mystérieuse reine Califa régnait autrefois « à main droite des Indes, très près du paradis terrestre », dans une île merveilleuse appelée California.
Dans toute la Californie et les régions voisines (Oregon, Arizona, etc.), on a signalé nombre d’événements extraordinaires ; on y rencontre, en fait, toutes sortes de ruines mystérieuses, qui mériteraient une étude archéologique d’ensemble52.
Au large de la grande plage de Santa Barbara, par exemple, nous trouvons des îles où l’on peut voir les vestiges fortifiés laissés par une race disparue qui occupait autrefois le district : la tribu indienne des Chumash que les auteurs considèrent volontiers comme les descendants directs des Lémuriens, et qui réussirent durant des siècles à sauvegarder la pureté de leur race.
En 1542, il y avait encore plus de 35 000 de ces Indiens, mais leur nombre devait s’amenuiser sans cesse : en 1771, il n’y avait plus que 8 960 survivants ; en 1900, trois familles seulement. Aujourd’hui, la race semble éteinte. Au moment de leur apogée les Chumash avaient de remarquables connaissances techniques et artistiques (non seulement en poterie, vannerie, etc., mais en architecture), mais tout un savoir d’allure scientifique (en médecine notamment) faisant de l’hypothèse d’une lointaine survivance lémurienne quelque chose de concevable, après tout.
Les interrelations anciennes de l’Océanie avec les autres continents feraient l’objet de plusieurs volumes bourrés de faits et d’hypothèses.
Que de constatations curieuses !
En Papouasie, les hommes revêtent pour certaines danses guerrières des armes et des vêtements qui leur donnent la silhouette de guerriers mycéniens. Pourtant, nous quittons là le domaine des investigations scientifiquement valables, ce qui est au contraire le cas d’autres recoupements ethnographiques : on trouve à la fois en Malaisie, en Polynésie et en Amérique les mêmes hamacs, les mêmes danses masquées, les mêmes ponts suspendus en lianes, les mêmes têtes-trophées, les mêmes sarbacanes, etc.
Des hypothèses hardies ont pu être faites par des savants éminents.
Robert J. Casey (1931), par exemple, fait venir les Polynésiens de Chaldée par l’Inde, la Malaisie, l’Indochine, les archipels micronésiens, les îles Marquises et Tahiti.
Dans les fouilles faites méthodiquement dans les anciennes cités occupant les sites de Mohenjo Daro et Harappa (vallée de l’Indus) au Pendjab, on a mis au jour des briques gravées qui portaient des caractères presque semblables à ceux des énigmatiques tablettes en bois de l’île de Pâques.
Une certitude est, en tout cas, acquise : celle des grandes expéditions maritimes des anciens habitants du Pérou : le fameux voyage fait par le Kon-Tiki de Thor Heyerdahl et de ses compagnons a amplement prouvé que les anciens radeaux de balsa des Incas et de leurs prédécesseurs pouvaient bel et bien traverser le Pacifique, d’île en île.
Le fait est d’ailleurs attesté par toutes sortes de traditions orales polynésiennes.
A Mangareva, une légende affirme que le « roi Tupa » est jadis venu « de l’est » avec une grande flotte de radeaux à voile, puis est retourné ensuite dans son royaume : on recoupe ici la tradition des Incas sur l’ancienne expédition entreprise par leur grand chef Tupac.
Selon les indigènes de l’île Kusai, le peuple qui les a précédés était puissant et disposait même de grands vaisseaux sur lesquels ses marins partaient en voyage pendant des lunes entières. Mais on retombe alors sur les traditions axées sur l’ancien continent de Mu.
Généralisant son hypothèse si magistralement vérifiée par lui-même, Thor Heyerdahl, l’éminent savant norvégien, explique à merveille bien des mystères du Pacifique, et, remarquons-le, sans recourir à l’hypothèse de l’engloutissement d’un ancien continent pacifique. Laissons-lui d’ailleurs la parole :
« Pour ma part, je crois qu’ils (les Polynésiens) ont suivi le courant qui monte le long de l’Asie jusqu’à l’Amérique Nord-Ouest. On en trouve les traces les plus frappantes sur les îles au large de cette côte, où il y avait de grands doubles-canoës ; pontés pouvant, avec le même courant et le même vent, transporter hommes et femmes vers Hawaï et toutes les autres îles. Il est certain qu’ils sont arrivés en dernier lieu à l’île de Pâques, peut-être seulement un siècle environ avant les Européens, conclus-je53. »
Le même auteur a pu délimiter exactement le vaste domaine de ces civilisations où se rencontrent de grandes statues en pierre de forme humaine et dont l’origine semble à première vue mystérieuse. Ces monuments on les rencontre au Mexique, au Guatémala, au Pérou, en Bolivie, en Colombie dans l’Equateur, dans l’île de Pâques, à Pitcairn54, dans les Marquises, à Raïvaevae. Thor Heyerdahl s’est d’ailleurs employé à démolir l’idée d’une origine « antédiluvienne » des plus anciennes statues colossales : les statues de l’archipel des Marquises n’auraient été érigées qu’aux environs de l’an 1300, et neuf cents années seulement après le premier établissement connu des Polynésiens dans l’île de Pâques.
Thor Heyerdahl a pu montrer que les mêmes hommes ont bâti les colosses de l’île de Pâques et les ruines péruviennes de Tiahuanaco :
« Mais ils (les bâtisseurs de la colossale cité) avaient des routes pavées comme sur l’île de Pâques. Et certains blocs parmi les plus grands, avaient dû être transportés à une cinquantaine de kilomètres à travers le lac Titicaca sur d’immenses bateaux de jonc, car la même espèce de pierre n’existe que dans le Kapia, le volcan éteint sur l’autre rive. J’ai moi-même vu des blocs gigantesques abandonnés au pied du volcan, prêts à être transportés à travers la grande mer intérieure. Les ruines d’un môle existent toujours dans le voisinage, et les Indiens de la contrée l’appellent : Taki Tiahuanaco Kama, ou « chemin de Tiahuanaco ». Ils appellent du reste la montagne voisine le « Nombril du Monde55 ». La civilisation de Tiahuanaco est antérieure à l’Empire Inca, mais sans qu’il soit nécessaire de lui donner l’ancienneté fabuleuse que lui assignent les disciples de Horbiger.
Mais, même non construites par de formidables géants il y a plusieurs centaines de milliers d’années, les immenses ruines de Tiahuanaco, situées à 3 915 mètres d’altitude sur les rives du lac Titicaca, ne manquent pas de grandeur énigmatique. Elles apportent d’ailleurs la confirmation directe d’un déluge de l’Océan Pacifique : on trouve auprès des vestiges des canaux de Tiahuanaco, en direction de l’ouest, de nombreux coquillages marins. La mer battait donc autrefois le pied des murs de la ville, qui se trouvait alors construite juste à son niveau. Toute cette région fut vraisemblablement exhaussée lors de la dernière poussée tectonique des Andes.
L’étude méthodique des grandes migrations océaniques, frayée par les travaux de Thor Heyerdahl, réserve bien des surprises.
Information parue dans le Figaro du 17 septembre 1960 : « Selon les pètroglyphes, des hommes ont traversé les océans il y a des milliers d’années. L’explorateur Michel Perrin, qui revient d’un voyage d’études en Polynésie, est convaincu que la navigation intercontinentale était pratiquée il y a des milliers d’années. Cette théorie est basée sur une étude comparative, menée par l’explorateur, des pétroglyphes (dessins mystérieux gravés sur les rochers) trouvés en Bretagne, Irlande, Indes, Brésil, Nouvelle-Calédonie et Tahiti. »
Le dernier déluge aurait eu son origine dans l’Océan Pacifique ; les premiers habitants de l’Amérique n’étaient dans cette hypothèse que des réfugiés, venus du grand continent submergé par ce cataclysme. Dans cette perspective, les Iles du Pacifique sont les vestiges d’autres terres importantes et, tout spécialement, d’un vaste continent pacifique, appelé Mu.
Ce sont les livres du colonel anglais James Churchward qui ont révélé au public l’histoire et la destinée de ce mystérieux Pays de Mu. Nous sommes d’ailleurs obligés de croire cet auteur sur parole, Churchward nous donnant le résultat de ses recherches personnelles sur de mystérieuses tablettes, écrites dans la langue originelle de l’humanité et qui fournissaient des indications précises, nous dit Churchward :
« Continuant mes recherches, je découvris que ce continent perdu s’était étendu d’un point au nord d’Hawaï jusqu’à un point au sud aussi éloigné que les îles Fidji et l’île de Pâques et constituait, sans aucun doute, l’habitat originel de l’humanité56. J’appris que dans cette belle contrée avait vécu un peuple qui avait colonisé la terre tout entière et que le pays avait été rayé de la carte du monde par de terrifiants tremblements de terre, suivis d’une submersion il y a douze mille ans et avait disparu dans un tourbillon de feu et d’eau. »
Mais qu’était cette histoire de « tablettes » mystérieuses ? La première découverte de Churchward se serait produite durant sa jeunesse, vers 1868, et aurait eu pour théâtre un monastère hindou où il fit une longue retraite au cours de laquelle de grands initiés lui auraient fait de stupéfiantes révélations. Après 1880, le colonel Churchward entreprit de grands voyages partout dans le monde pour vérifier ses découvertes ; quittant l’Inde où il était demeuré longtemps, il visita les îles Carolines et tous les archipels du Pacifique sud, puis le Tibet et l’Asie Centrale, la Birmanie, l’Égypte, la Sibérie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, à nouveau la Polynésie, puis les États-Unis, le Yucatan, l’Amérique Centrale. C’est alors qu’il eut connaissance des fouilles pratiquées au Mexique par le géologue américain William Niven qui, sans connaître les découvertes de James Churchward, confirmait en tous points celles-ci. Niven et Churchward purent étudier attentivement 2 600 tablettes.
Contrairement à l’opinion couramment répandue dans les milieux archéologiques, cette « affaire de Mu » n’est pas de la mystification. Les fameuses tablettes existent. Quant aux fouilles de W. Niven, elles ne sont pas imaginaires ; un observateur impartial, le docteur Morlay (de l’Institut Carnegie), a visité en détail tout le site en 1924, et rendu le verdict suivant : les objets découverts sont authentiques, mais les symboles figurant sur les pierres gravées ainsi que sur l’autel mis au jour ne ressemblent à rien de connu à ce jour, au Mexique ou ailleurs, des spécialistes de l’archéologie précolombienne. Voici donc la confirmation de l’existence d’une civilisation totalement inconnue des savants classiques.
Churchward raconte que Mu était divisé en trois grandes régions « séparées par des mers étroites ou des canaux ». Ces terres étaient entièrement dépourvues de montagnes, ne comportant que des plaines immenses avec de molles collines éparpillées çà et là. C’était une contrée tropicale peuplée de 64 millions d’hommes répartis en dix tribus ou nations, mais unifiés sous un même gouvernement central. Les immenses forêts étaient habitées par des hordes de mastodontes et d’éléphants.
Il précise le physique des habitants : « La race blanche y dominait... Celle-ci avait des yeux et des cheveux noirs... Le teint de la peau était olivâtre. » Contrairement à l’opinion de certains occultistes, les sexes étaient séparés : Mu n’était pas un continent d’androgynes. Mu comptait sept cités principales. Pour la vie religieuse, voici un passage important : « Les temples de pierre taillée appelés parfois temples transparents n’avaient pas de toit afin de permettre aux rayons de Râ (le Soleil) de tomber sur la tête de ceux qui étaient en prière... »
La disparition de Mu aurait eu lieu entre douze mille et douze mille cinq cents ans avant notre ère, alors que l’apogée de sa civilisation remontait à soixante-dix mille ans avant Jésus-Christ.
Les Écritures sacrées de Mu avaient été, nous dit Churchward, transportées par des prêtres initiés, les Naacals (« Frères Saints ») dans les diverses colonies de Mu il y a plus de soixante-dix mille ans et ce, en prévision de la catastrophe.
La principale colonie fondée par les hommes de Mu aurait été l’empire Uighur, qui s’étendait il y a dix-sept mille ans de l’Océan Pacifique à l’Europe Orientale.
Un autre grand continent légendaire, l’Hyperborée, aurait occupé — avant même tous les autres — toutes les actuelles régions arctiques et ce, avant la modification de l’axe terrestre qui engendra la dernière glaciation universelle ; l’Islande, le Groenland et le Spitzberg seraient, entre autres terres, les vestiges géologiques de ce fabuleusement ancien continent hyperboréen.
L’immense continent hyperboréen des premiers âges jouissait d’un climat tropical, avec une végétation d’une luxuriance extraordinaire.
Les Grecs avaient gardé le souvenir, la nostalgie de cette « Terre du Soleil Éternel », où le dieu Apollon en personne venait tous les ans et qui s’étendait hyperboréennement, c’est-à-dire « au-delà du dieu Borée », maître du froid et des tempêtes. Mais, là comme ailleurs, des recoupements sont possibles avec d’autres traditions (nordiques, celtes, etc.).
La découverte des étranges cartes de Piri Reis (de 1513-1528), fondées sur des traditions secrètes, semblent confirmer que, loin d’être une fable, l’idée d’une Hyperborée autrefois très étendue et très civilisée repose sans doute sur des réalités57.
On s’est parfois efforcé de lier l’Atlantide à l’Hyperborée : selon D. Duvillé, l’un des collaborateurs de la revue Atlantis, le continent atlantique submergé aurait été une sorte de grande péninsule prolongeant l’Hyperborée qui permettait, elle, une jonction septentrionale directe de l’Amérique à l’Europe.
Pour certains atlantologues les noms d’Atlantide et d’Hyperborée seraient synonymes, l’Atlantide de Platon devant alors être localisée tout au nord, vers les régions arctiques.
Arne Saknussemm, alchimiste islandais du XVIe siècle, était de cette opinion, et considérait l’Islande comme un vestige du continent disparu. Saknussemm émettait par ailleurs une idée assez curieuse : les formidables phénomènes volcaniques qui engloutirent l’Atlantide ayant réalisé un chaotique brassage de toutes les terres bouleversées, le seul emplacement où l’on aurait des chances de retrouver des ruines atlantes serait... le centre de la terre. L’alchimiste islandais connaissait d’ailleurs, du moins la tradition le prétend, le chemin y conduisant58.
Un atlantologue allemand contemporain, H. Wirth, a développé une conception néo-hyperboréenne de l’Atlantide, basée sur le très haut degré de civilisation atteint jadis par les très anciens habitants des régions glaciales arctiques, du Groenland en particulier.
Un autre auteur, J. Gorsleben, a développé la théorie du « préchristianisme nordique ancestral » qui aurait été la religion des glorieux habitants de l’Atlantide-Hyperborée...
Durant le régime national-socialiste, l’Allemagne vit une floraison, orientée dans le sens que l’on devine, des recherches sur l’Hyperborée, où l’on verra le berceau des grands Aryens blonds.
Si le racisme frénétique est un privilège — si l’on peut dire ! — du nazisme, l’idée même d’une origine hyperboréenne des Aryens n’a rien d’inconcevable, bien au contraire. Elle recoupe toutes sortes de traditions relatives aux terres arctiques, aussi bien en Scandinavie qu’en Alaska et en Asie septentrionale.
Mais une question se pose : la connaissance exacte des régions franchement nordiques ne remonte-t-elle qu’au début du Moyen Age ? On peut répondre par la négative — les navigateurs grecs, par exemple, ayant eu très tôt l’impulsion d’explorer ces régions si chargées de mystère.
Pythéas de Marseille, intrépide navigateur et savant renommé, au Ve siècle avant notre ère atteindra une terre qui touche au cercle arctique. Les insulaires lui déclareront : « Si tu navigues encore un jour entier vers le nord, tu trouveras la mer solide » (c’est-à-dire la banquise permanente). Pythéas put constater que dans cette île de Thulé les nuits durent près de vingt-quatre heures à la période du solstice d’été, le contraire se produisant au solstice d’hiver.
Le nom de Thulé désigne souvent, dans l’antiquité et même au Moyen Age encore, une contrée mal délimitée, qualifiée des adjectifs latins ultima, brumosa, extrema par les vieilles cartes médiévales. Mais il a aussi une acception très précise, s’appliquant à une île assez étendue, qui n’est autre que l’Islande actuelle. C’est dans cette île que vivait encore, en pleine époque classique, un peuple de race blanche, apparenté aux Hellènes, les Hyperboréens : : l’historien grec Diodore de Sicile (Bibliothèque historique II, chap. XLVII) leur assigne pour domaine une île « de l’étendue de la Sicile », ce qui s’applique parfaitement à l’Islande. Mais il continue : « Le sol de cette île est excellent, et si remarquable par sa fertilité qu’il produit deux récoltes par an. C’est là, selon le même récit, le lieu de naissance de Latone, ce qui explique pourquoi les insulaires vénèrent particulièrement Apollon (le dieu du soleil). Ils sont tous, pour ainsi dire, les prêtres de ce dieu : chaque jour ils chantent des hymnes en son honneur. On voit aussi dans cette île une vaste enceinte consacrée à Apollon, ainsi qu’un temple magnifique de forme ronde et orné de nombreuses offrandes ; la ville de ces insulaires est également dédiée à Apollon, ses habitants sont pour la plupart des joueurs de cithare, qui célèbrent sans cesse, dans le temple, les louanges du dieu en accompagnant le chant des hymnes avec leurs instruments (...) Le gouvernement de cette ville et la garde du temple sont confiés à des rois appelés Boréades, les descendants et les successeurs de Borée59. »
On voit mal l’Islande produisant deux récoltes de blé par an ! Pourtant, même en ne remontant pas à l’époque préglaciaire, cette idée si fantastique n’offre rien d’impossible : aujourd’hui encore l’Islande a un climat franchement privilégié, eu égard à sa situation arctique ; sauf dans les régions les plus montagneuses, la température est douce (la moyenne des températures du mois de janvier est, à Reykjavik, supérieure à celle de Paris). Ce paradoxe climatique est dû en partie aux phénomènes volcaniques, mais principalement au Gulf Stream dont une branche fait tout le tour de l’île ; d’où l’hypothèse suivante : dans l’antiquité, l’intensité calorifique du grand courant marin a pu être nettement plus forte dans ces parages, d’où la possibilité d’un climat de Côte d’Azur (mais sans la sécheresse) en Islande. La situation climatique de la grande île ne semble d’ailleurs avoir qu’assez graduellement rétrocédé vers l’état actuel de très longs hivers, d’étés courts et frais (moyenne de température de juillet et d’août 8-10° centigrades) ; à l’époque de la colonisation viking (Xe-XIe siècles de notre ère), le blé poussait encore en Islande.
Autre témoignage indirect sur l’Islande antique : celui de Plutarque, qui suit le récit d’un étranger venant de la mystérieuse île d’Ogygie (autre nom de Thulé), où il était demeuré trente ans avec les fonctions de prêtre du dieu Saturne ; et, dans l’île, cet homme aurait découvert des rouleaux sacrés, sauvés lors de la destruction de la première cité et demeurés longtemps ensevelis dans une cachette souterraine.
Il semble bien toujours s’agir de la même île nordique jadis découverte et cachée par les Carthaginois mais redécouverte de loin en loin par d’autres navigateurs.
Évidemment, l’éloignement de ces mystérieuses îles nordiques n’a pas manqué de faire travailler l’imagination des anciens. Par exemple, un auteur du IIIe siècle, Elien, nous a conservé un curieux texte de Théopompe (contemporain plus jeune de Platon), histoire fantastique reprise par Cicéron et Tertullien, qui la jugeaient d’ailleurs avec quelque ironie. Ce texte fait en effet allusion à une « grande terre » située dans la direction du nord-est, habitée par les Méropes, et où existe un lieu nommé Anostos, c’est-à-dire « Sans retour » ; là-bas, il n’y a ni jour ni nuit, un crépuscule rouge règne sans cesse. Deux rivières, celle « du Plaisir » et celle de la « Tristesse », sont bordées d’arbres immenses : celui qui mange les fruits qui poussent au bord de la seconde pleurera sans cesse, jusqu’à complet épuisement ; celui qui, au contraire, mange ceux des arbres bordant la rivière du Plaisir rajeunit, parcourant à rebours tous les âges de sa vie, pour aboutir finalement à la nonexistence.
Ce récit fantasmagorique est sans doute un symbole, à moins de se complaire aux hypothèses de la science-fiction ; il existerait d’ailleurs, en Islande, dit-on, une caverne transportant celui qui y pénètre à une époque extrêmement lointaine ; impossible de vérifier par soi-même !
Hésiode, au livre I (vers 167) des Travaux et des Jours, se fait l’écho des vieux mythes plaçant le paradis terrestre au nord-ouest de l’Océan Atlantique. Il écrit, après avoir raconté l’anéantissement des demi-dieux ou titans : « A d’autres (ceux qui ne sont pas morts aussi) Zeus, fils de Chronos (le Saturne latin), a attribué une existence et un séjour en les établissant aux extrémités de la terre. C’est là qu’ils habitent, le cœur libre de peines, dans les îles des Bienheureux au bord de l’Océan aux tourbillons profonds. »
Les Grecs plaçaient volontiers le pays des Hyperboréens vers la « résidence des Hespérides », dans les parages directs du paradis terrestre, si ce n’est dans celui-là même.
Dans l’Odyssée d’Homère, nous trouvons d’autres traditions fort intéressantes aussi ; elles tendent à faire admettre que l’époque du culte masculin d’Apollon, dieu du soleil, a sans doute été précédée par le règne de grandes prêtresses-magiciennes.
L’île d’Aea, sur laquelle règne l’ensorcelante Circé, n’est autre, nous semble-t-il, que l’île de Thulé ou l’île de Saturne. L’île d’Ogygie, le doux royaume de Calypso isolé au milieu de l’Océan, n’en est peut-être qu’un doublet, symbolisant l’aspect bénéfique du règne des femmes inspirées, dont Circé représente l’aspect destructeur...
Quant à l’île des Phéaciens, ou de Scherie, on se demande s’il ne s’agit pas de l’Atlantide ; en effet, nous voyons les Phéaciens dotés de vaisseaux plus rapides que la pensée : « sans pilote ni gouvernail comme les autres vaisseaux, ils savent, nous dit Homère, les pensées des hommes et leurs désirs ». De tous côtés, soit remarqué en passant, pleuvent les allusions à la technique extraordinairement avancée des Atlantes.
La « Terre sacrée » de l’Océan Arctique c’est l’île légendaire d’Ogygie, d’Elixoia, de Thulé ou Tulé identifiée à l’Islande, dotée durant toute l’antiquité classique encore d’un climat très doux. Thulé était une grande île sacrée, l’« île des quatre maîtres », lesquels étaient peut-être symbolisés par les quatre branches du svastika et figuraient les gardiens des quatre points de l’espace, laissant au centre du symbole l’Axe, le Pôle de l’existence manifestée.
Ogygie, la « Terre de Jouvence », était aussi l’île Basilié, où l’on recueillait l’ambre et où Phaéton avait, dit-on, été précipité de son char solaire. Dans cette île qui connaissait alors un merveilleux printemps perpétuel, étaient conservées d’énigmatiques tables d’airain aux hiéroglyphes d’or.
La Tu/a mexicaine semble identique à la Thulé des Grecs, l’« île du Soleil », appelée aussi par les Hellènes Kronie ou Chronie « l’île de Chronos » (l’Océan qui l’environne étant l’Océan Kronien ou Chronien).
A l’époque du « déluge d’Ogygie », les gardiens de la tradition auraient transporté leur grand temple solaire dans un pays où le jour le plus long (seize heures) est le double du jour le plus court (huit heures), c’est-à-dire vers le 500 : c’est la latitude exacte, précisément, du temple solaire mégalithique de Stonehenge dont, d’après une vieille légende celtique, les pierres auraient été apportées de l’« île sacrée », de l’ « île des quatre Maîtres » vers 1700 avant Jésus-Christ, sur l’emplacement exact d’un monument solaire plus ancien.
L’Ogygie de Calypso, où Ulysse séjourne sept années (chiffre symbolique dans toute initiation traditionnelle), n’est autre, de toute évidence, que l’ « île des quatre Maîtres ». Homère la nomme parfois île d’Atlas (Calypso était la fille d’Atlas), ce qui tendrait à renforcer l’idée d’une Atlantide hyperboréenne. Plutarque nous fait remarquer qu’à Ogygie, le soleil est visible vingt-trois heures au moment des jours les plus longs (avec l’étoile polaire à 66°). Le trait s’applique exactement à l’Islande.
Au nord-ouest encore de cette île, Plutarque situe une autre île, plus petite (l’actuelle Jan Mayen ?), où règne une femme divine, grande prêtresse de mystères redoutables ; et dans les mêmes parages s’étendent des territoires où vivent des êtres aux pouvoirs surhumains (s’agirait-il de l’ancienne civilisation hyperboréenne, fabuleusement ancienne, du Groenland ?)
Encore au début de l’ère chrétienne on croyait que les desservants du dieu Chronos étaient « endormis »60 dans une île septentrionale, voisine de la Grande-Bretagne.
Toute l’antiquité classique n’a cessé d’être fascinée par la mystérieuse île sacrée de l’Océan, au nord-ouest de l’Europe, où règnent alternativement un jour interminable et une nuit sans fin.
Homère place l’île d’Ogygie à vingt jours de navigation (dans l’Océan Atlantique) de l’île des Phéaciens61.
On peut comparer l’île de Calypso ou celle de Circé aux îles peuplées par les resplendissantes « fées » celtiques immortelles qui font partager leur immortalité aux mortels qui s’unissent à elles.
« Ogygie » est lui-même un nom formé, semble-t-il, des deux mots gaéliques og (« jeux » ou « sacré ») et iag, « île » ; ce n’est donc autre chose que Tir na n-Og, la « terre de Jouvence ». La « terre sacrée » polaire apparaît aussi, notons-le, dans les Védas de l’Inde, où elle est appelée Vâràhî, « terre du sanglier ».
L’Ogygie d’Homère a été parfois identifiée à l’île d’Haïti, l’ « île de Saturne » en étant alors distinguée et considérée comme n’ayant été autre que l’actuelle Cuba ; mais ces interprétations vont à l’encontre des textes homériques, où l’île sacrée est toujours placée franchement vers le septentrion.
Nous avons vu les rapports (plus : l’identité) de la Tula ou Thulé hyperboréenne et de la Tula des Aztèques. Mais n’oublions pas aussi cet autre nom : île de Chronos, « de Saturne » ; Saturne, c’est le dieu légendaire de l’âge d’or. La Mare Cronium ou « Mer de Saturne » était la partie la plus septentrionale de l’Océan Atlantique.
Thulé, l’ « île de Saturne » connue des Phéniciens, des Carthaginois, des Grecs et des Romains, n’était autre, nous l’avons vu, que l’Islande actuelle. Et n’oublions pas que la fascination pour les régions où règne l’extraordinaire Soleil de Minuit n’a pas attendu le XXe siècle ; Eumène, dans le récit (qui se trouve dans le Panégyrique de Constantin) de la dernière expédition de Constance Chlore (le père de l’empereur chrétien) en Grande-Bretagne (306 après J.-C.), nous le dit bien : « ... conduit par une pensée secrète, qu’il ne confia à personne, il voulait, avant de prendre son rang parmi les puissances célestes, contempler le père des dieux, l’Océan qui nourrit les astres enflammés du ciel, et sur le point de jouir d’une lumière perpétuelle, il désirait dès cette vie voir dans ces contrées un jour presque sans nuit ».
Inversement, la hantise des fantastiques nuits polaires fut tout aussi envoûtante, mais négativement : Marco Polo fera lui-même allusion au pays de l’obscurité, la région de la nuit éternelle et des terreurs sans nom.
Sylla (l’un des interlocuteurs d’un dialogue de Plutarque) semble bel et bien supposer que les côtes de l’Amérique étaient de son temps peuplées de Grecs, et que l’île de Thulé jouait alors un rôle intermédiaire très important :
« ...chaque trente ans, en l’honneur de Saturne, ces habitants vont aborder dans des îles opposées qu’habitent des nations grecques et où ils voient, pendant un mois, le soleil se coucher à peine pendant une heure par jour ».
Il s’agit sans doute des régions tout à fait septentrionales de l’actuel Canada.
Signalons, pour mémoire, que Berlioux se refuse à l’interprétation insulaire, et place la grande cité des Hyperboréens dans le Danemark actuel : elle aurait porté le nom de Lederun vers le commencement de notre ère (actuellement c’est le site du village de Leire et du château de Lethraborg, à 12-15 kilomètres vers le sud-ouest de Roeskilde, ancienne ville épiscopale dans l’île danoise de Seeland). Cette ville de Boreâdai, centre du culte religieux d’où, toujours d’après Berlioux, seraient venus en même temps les druides et les bardes du celtisme... Pourtant les auteurs grecs et latins parlent expressément d’une île septentrionale.
Plutarque, dans son dialogue (déjà cité) sur la Figure qui se voit dans la Lune, fait signaler par l’un des interlocuteurs, Sylla, cette grande île située à cinq jours de navigation de la Grande-Bretagne, et où le soleil n’y disparaît sous l’horizon qu’une heure ou moins pendant trente jours (encore les ténèbres y sont à peu près annihilées par un éclairage crépusculaire).
Les « convulsions de Saturne » enfermé dans un antre profond symbolisent (en partie du moins car il y a toute une série de sens figurés) les convulsions volcaniques, si fréquentes en Islande, ainsi définie par un texte beaucoup plus récent dont nous garderons le savoureux français bien XVIIe siècle :
« Cette Isle est nommée Islande, à cause de la blancheur de ses glaces. On dit qu’elle a été fertile autrefois ; qu’elle a porté de beaux bleds, et qu’elle a esté couverte de grâns bois, dont les Islandais batissoient de beaux et grâns navires62. »
Le même auteur poursuit :
« Les habitants de l’Isle croyent que cette Montagne (le Mont Hecla, principal volcan islandais) est le lieu où les âmes des damnés sont tourmentées. Dequoy ils font de plaisants contes. Car ils voient quelquefois, à ce qu’ils disent, des fourmilières de Diables, qui entrent dans la gueule de ce Mont, chargez d’ames damnées ; et qui ressortent ensuite, pour en aller chercher d’autres63. »
Comme le remarque à juste titre Beau vois, « ... nous croyons comprendre que l’antre (de Saturne) avec son rocher rutilant est simplement le cratère de l’Hékla64 ».
A propos des premiers habitants de l’île de Thulé, Démétrius de Tarse (toujours cité par Plutarque) remarquait : « Les insulaires étaient peu nombreux, mais les Bretons65 les regardaient tous comme sacrés et inviolables. »
Ce sont les Celtes qui semblent, avant les Grecs, avoir localisé dans l’Océan Cronien l’île de Saturne et le séjour des Bienheureux.
De toute manière, la « Terre sacrée » conservant le précieux dépôt des traditions secrètes est volontiers située par les plus anciennes légendes dans un pays où le jour est à peu près égal à l’année (six mois de jour et six mois de nuit) : c’est alors la mystérieuse « île des Sères », la « Série au-delà d’Ortygie » dont parle Homère. Hérodote, lui, nous parle de peuples « qui dorment six mois », ce qu’il faut interpréter évidemment par six mois d’hivernage à la manière des Esquimaux.
Nous avons déjà vu la fascination (ambivalente, attirante et effrayante tout à la fois) des pays nordiques dès l’antiquité. Nous en avons l’écho lointain dans un livre étrange écrit par un certain Antonius Diogenes et intitulé : Les 24 Livres des choses incroyables de l’île de Thulé (in Magasin encyclopédique, 2e année, 1796, t. II, p. 265 ; extraits de la bibliothèque de Photius, et traduits en français par J.B.C. Grainville). C’est peut-être le plus ancien des romans d’aventures rédigé, sans doute peu après la mort d’Alexandre le Grand. On y trouve la description lyrique des nuits sans fin, l’histoire des fantastiques habitants des régions polaires, etc.
Pherecyde de Syros (floruit vers 544-3), le maître hyperboréen de Pythagore, parle en connaissance de cause de l’ « illumination constante » du Nord.
Ces Hyperboréens habitaient, dans les lointaines régions nordiques, une île plus grande que la Sicile et « perdue dans les brumes » (bien que les journées ensoleillées y soient fort nombreuses durant l’été). Les Hyperboréens étaient sans aucun doute des hommes de race blanche, entretenant d’ailleurs des relations avec les Hellènes : rien d’absurde à voir des Grecs dans les régions hyperboréennes. Y a-t-il eu, à une date fabuleusement ancienne, des Hyperboréens aquatiques et androgynes de race noire et, encore avant eux, des êtres humains au corps non encore incarné ? Nous sommes alors en pleines rêveries théosophiques invérifiables, impossibles d’ailleurs à prouver ou à infirmer.
L’Islande et les régions voisines ont continué, après l’établissement des Vikings, à faire l’objet de traditions fabuleuses : les marins scandinaves craignaient dans ces parages la rencontre de navires fantastiques, les Wafeln, aux voilures de flammes et dont le sillage engendrait un fabuleux tourbillon d’étincelles.
Toute la région maritime comprise entre le nord de l’Écosse et l’Islande serait le théâtre d’événements étranges (contact avec des univers parallèles ?). Les orages magnétiques, très fréquents en Islande, seraient, dit-on, à l’origine de manifestations fantastiques.
La légende de Thulé semble dépasser parfois l’Islande antique ou même s’appliquer à une civilisation nettement antérieure dont les habitants possédaient de redoutables connaissances magiques, leur permettant d’asservir toutes les forces cosmiques et même de dominer les redoutables « intelligences du dehors ». Voici un langage digne des contes fantastiques de H.P. Lovecraft !
Une tradition indienne66 affirme par ailleurs : « Il y a dix mille lunes que cette terre occidentale était entièrement couverte de forêts épaisses ; longtemps auparavant, des hommes pâles, qui commandaient au tonnerre et à la foudre, se jetèrent sur les ailes du vent pour détruire ce jardin de la nature. »
Le grand astronome français Bailly remarquait de son côté, dans son Histoire de l’astronomie67 :
« Quand on considère avec attention l’état de l’astronomie dans la Chaldée, dans l’Inde et la Chine, on y trouve plutôt les débris que les éléments d’une science (...) Elle est l’ouvrage d’un peuple antérieur. Ce peuple a été détruit par une grande révolution », laquelle a pu fort bien être une gigantesque chute de météores, ayant elle-même engendré un déluge.
Une légende celtique décrit le Sed Jagioug’y Magiouc (Mur de Gog et de Magog) : c’est une muraille colossale, dont la construction était attribuée à un souverain légendaire du nom d’Escander, qui avait voulu contenir les nations hyperboréennes au-delà du Caucase. Ce mur fabuleux a disparu, de même que l’immense « colonne boréale » des traditions celtiques, censée unir le ciel et la terre.
L’homme primitif aurait été blanc et serait venu de cette légendaire Hyperborée.
« Au-delà de l’Océan du Nord, disaient les Celtes, est une terre qui touche aux murs du Ciel. »
L’ésotérisme et la théosophie envisagent volontiers les Hyperboréens de l’époque la plus primitive, conçus alors comme les tout premiers représentants de l’humanité : leur existence est reportée à environ trente millions d’années et on en fait des hommes androgynes, et passant une grande partie de leur existence dans l’eau. Dotés de connaissances magiques très développées, ils auraient eu encore comme symbole l’un des plus anciens motifs religieux : la spirale. A ce niveau historique si lointain, toute confirmation objective, toute explication scientifique, s’avèrent impossibles. En revanche, il est permis de faire des conjectures assez probables sur les Hyperboréens d’époque bien plus récente, les hommes mystérieux qui habitaient au-delà de Borée, quelques millénaires avant notre ère, et bien plus tard encore, puisque leurs survivants seront encore connus des voyageurs grecs. Il semble bien s’agir d’une civilisation jadis très évoluée, et qui aura sans doute longtemps de lointains vestiges en Islande, au Groenland, en Scandinavie, en Russie septentrionale, en Sibérie, etc. (pour employer les appellations modernes de toutes ces régions situées au-delà du pays des Scythes, comme disait Hérodote.
L’Hyperborée semble avoir réussi à subsister durant la glaciation préhistorique et ses séquelles : les anciennes traditions font de l’Hyperborée tout l’immense territoire situé au-delà des grands glaciers européens quaternaires, dont les restes encore imposants étaient encore visibles au tout début des temps historiques ; par-delà les murailles de glace c’était le pays où vivait une race d’hommes aux redoutables pouvoirs magiques. D’après une légende chaldéenne les anciens voyageurs qui — jusque vers l’an 4500 avant Jésus-Christ environ — se rendaient au nord pouvaient encore contempler les gigantesques glaciers luisant au soleil, et derrière lesquels s’épanouissait encore l’énigmatique civilisation hyperboréenne, qui n’était accessible, diton, que par un tunnel intermédiaire, creusé dans la glace, aboutissant dans le Proche-Orient (près de l’Euphrate). Les grands glaciers commencèrent à fondre rapidement peu après le quatrième millénaire, et un océan de boue s’opposa à tout passage vers le pays des Hyperboréens, lui-même en grande partie victime d’un formidable déluge.
En certaines régions, des îlots d’Hyperboréens subsistèrent pendant toute l’antiquité : ce fut le cas en Islande. Mais finalement même ces vestiges de l’ancienne civilisation de Thulé disparaissent : les moines irlandais puis les Vikings trouveront, au début du Moyen Age, l’Islande absolument déserte.
Que sont devenus les Hyperboréens ?
Nombre d’hypothèses ont pu être soutenues : les envahisseurs aryens de l’Inde auraient été originaires des régions arctiques (théorie de B.G. Tilak) ; on a recherché les Hyperboréens dans le désert de Gobi, au Tibet, en Alaska, au Mexique... Mais il est une idée vraiment extraordinaire : celle selon laquelle les Hyperboréens seraient devenus un peuple souterrain. Dans un roman de H. Bulwer Lytton : La Race qui nous exterminera, nous voyons l’Islande dotée d’une voie d’accès souterraine au domaine inconnu d’hommes détenteurs d’une complète maîtrise des forces magiques. Ils habitent de fabuleuses cavernes au centre de la terre, mais ils en sortiront un jour pour devenir les maîtres du monde.
Le romancier anglais s’était inspiré d’une vieille tradition islandaise, plaçant l’entrée du royaume souterrain d’une race mystérieuse dans le cratère du Snaeffelsjokull, un volcan éteint de la péninsule occidentale de l’Islande68. Au XXe siècle, il se créera en Allemagne une société secrète : le Groupe Thulé, dont la « Loge lumineuse » se prétendra maîtresse du Vril, cette mystérieuse énergie qui rendra l’homme totalement maître de lui-même et du monde. L’influence de cette « Société du Vril » sera considérable sur la mystique nazie du Surhomme69...
On notera que, même en supposant un climat hyperboréen à peu près analogue à celui des régions arctiques actuelles, l’existence autrefois d’un peuplement plus important n’aurait rien d’impossible. Au contraire, ne voyons-nous pas un savant comme René Quinton s’élever à l’idée d’une origine polaire de la vie elle-même, les formes animales nouvelles apparaissant successivement, selon lui, en présence d’un refroidissement croissant dans les régions polaires ?
Il n’hésite pas à écrire : « Les pôles sont seuls foyers d’origine. Toute forme livrée à la vie n’est plus susceptible d’évolution. Les formes une fois
apparues s’acharnent dans leur type70 »
Les Vikings avouent avoir été précédés dans l’île par des moines irlandais ; mais ces derniers avaient, nous l’avons signalé, trouvé l’ancienne Thulé tout à fait déserte et sans nul vestige d’activité humaine. Pourtant, il y avait bien eu une population hyperboréenne, subsistant encore en partie à la fin de l’antiquité. Nous retrouvons la question : que sont donc devenus les Hyperboréens d’Islande ? A moins de penser qu’une éruption volcanique ou un tremblement de terre n’aient anéanti cette population (devenue très clairsemée), l’historien est acculé à l’alternative : ou admettre une émigration vers une autre région du globe ou prêter l’oreille à la tradition fantastique, si persistante en Islande, d’une civilisation souterraine...
Quant à l’Islande des Vikings, elle eut, on l’oublie trop souvent, une civilisation insulaire très développée, florissante vers la fin du Moyen Age, mais se prolongeant bien plus tard. On notera le grand développement des sciences occultes en Islande, de l’alchimie en particulier : les alchimistes islandais avaient d’ailleurs l’avantage d’une latitude où le magnétisme (solaire et terrestre) est beaucoup plus puissant que dans nos régions.
Mais revenons, pour terminer, à l’Hyperborée originelle, celle qui aurait connu un climat toujours chaud, avec une flore luxuriante. La géologie semble bel et bien confirmer cette légende de l’Eden polaire, qu’il suffit de placer à une période où l’axe terrestre n’avait pas son inclinaison actuelle, où les pôles se trouvaient en d’autres emplacements. Nous emprunterons à Roger Vercel une description adéquate de l’ancien climat des actuelles régions arctiques, à une époque fabuleusement reculée :
« Alors, des arbres géants remuaient d’amples frondaisons sur le Groenland et le Spitzberg. Sous un soleil de feu, la profonde végétation des tropiques se gonflait de sève, aux lieux où végètent aujourd’hui des lichens ras. Les fougères arborescentes s’entremêlaient aux prêles géants, aux palmiers du tertiaire, aux lianes de la jungle arctique. L’été y flambait, les nuages chargés de fécondité y versaient des pluies chaudes. Et dans l’immensité de la forêt polaire, vivaient des animaux à sa taille, le mammouth velu, le rhinocéros à deux cornes, le grand cerf dont les bois atteignaient quatre mètres, le lion des cavernes. Au-dessus de l’océan vert des cimes passaient des oiseaux de prodigieuse envergure. Tout cela, la houille étalée à ciel ouvert au Spitzberg ou à l’île à l’Ours le raconte clairement, cette houille où la feuille qui a verdi, voici peut-être dix millions d’ans, a inscrit la moindre de ses dentelures.
« A cette époque-là, le pôle du froid gisait sans doute près de Paris ou quelque part en Europe orientale... Et le paradis terrestre s’étendait à l’extrême nord des îles boréales, dans cette zone si bien défendue par les banquises que l’on n’a pu encore y déterminer précisément les limites de la terre et de l’eau...71. »
Si nous nous tournons maintenant vers le domaine de l’imaginaire pur et voulu, nous retrouvons la hantise de prestigieuses civilisations, antérieures aux civilisations connues de la science universitaire. De nos jours, cette obsession se retrouve dans la littérature dite de « science-fiction », où il est fait si volontiers appel à des civilisations terrestres inconnues (pré-humaines ou antérieures à l’humanité), ou à des civilisations épanouies sur les autres mondes planétaires. Cette fascination n’existe d’ailleurs pas seulement dans ces créations littéraires : il y a une étude à faire sur les innombrables tableaux ou dessins inspirés de ce grand thème des civilisations mystérieuses.
Il y a des « extra-terrestres » parmi nous : tel est l’un des thèmes les plus courants de la science-fiction. Une telle idée fascine l’homme du XXe siècle, d’autant plus qu’elle ne semble pas du tout absurde en soi, bien au contraire72... Il est vrai qu’il est aisé, en ce domaine, de franchir allégrement les limites qui séparent le mythe de la possibilité. Pour beaucoup d’auteurs, le passage semble par trop aisé de la « fiction » à l’affirmation actuelle. Ouvrons, par exemple, l’étrange livre d’un auteur du siècle dernier : La Chute du Ciel, par le baron d’Espiard de Colonge. L’œuvre ne craint pas de transférer dans les faits les conceptions les plus extraordinaires. Voici un passage caractéristique : « ... et même les animaux fossiles qu’on y remarque en tous lieux (sur la terre) pourraient bien n’avoir été que des êtres lunaires ou planétaires dont les débris y furent précipités73 ». Les monstres « antédiluviens » seraient, dans cette perspective, d’origine extra-terrestre : « ...elles (les planètes Jupiter, Saturne, Uranus) auraient, au moins dans quelques-unes de leurs parties, des contrées remplies de monstruosités indescriptibles, d’autant plus inabordables pour des êtres qui seraient semblables à nous, que ces globes célestes sont plus vastes et que tout doit y être infiniment plus colossal74 ». Un tel langage rend un son très voisin de celui employé par les romanciers et conteurs fantastiques, Lovecraft en particulier.
Le thème des civilisations inconnues se trouve sans cesse dans les œuvres de H.P. Lovecraft ; on peut même parler à juste titre d’une véritable hantise de l’auteur américain. Ouvrons, par exemple, le texte intitulé Dans l’abîme du temps, qui est la première nouvelle d’un recueil publié sous le même titre75.
« ...mes voyages (c’est le héros qui parle) furent extrêmement curieux et comprirent plusieurs visites à des lieux déserts et lointains. En 1909, je passai un mois dans l’Himalaya ; en 1911, j’entrepris de traverser à dos de chameau les déserts inconnus de l’Arabie (...). Pendant l’été de 1912, je frétai un bateau et parcourus l’Océan Arctique, au nord du Spitzberg (III). Un peu plus tard, au cours de la même année, je consacrai plusieurs semaines à errer seul, au-delà des limites du terrain déjà exploré, dans l’immense réseau des cavernes calcaires de la Virginie occidentale, labyrinthes ténébreux et si complexes que personne n’a jamais envisagé de refaire le trajet suivi par moi76 ».
Chez Lovecraft, il s’agit toujours de civilisations qui sont non seulement étranges, fantastiques, mais lourdes de secrets terrifiants. Citons au hasard :
« Il y avait de colossales fenêtres rondes, d’immenses portes et des espèces de tables aussi hautes qu’une pièce ordinaire. Les murs étaient garnis de vastes étagères de bois noir où s’alignaient des volumes de dimensions gigantesques dont le dos portait d’étranges hiéroglyphes.
« Les parties nues des parois de pierre offraient de curieuses sculptures en forme de symboles mathématiques curvilignes, et des inscriptions gravées en caractères semblables à ceux des livres. La sombre maçonnerie de granit appartenait au type mégalithique : des rangées de blocs à l’extrémité convexe encastrés dans d’autres blocs à la base concave qui reposaient sur eux.
« Il n’y avait pas de sièges, mais le dessus des tables était jonché de livres, de papiers, et d’objets servant sans doute à écrire : jarres de métal violet, baguettes métalliques à la pointe tachée (...). Sur certaines d’entre elles se trouvaient de grands globes de cristal lumineux en guise de lampes, ainsi que de mystérieuses machines formées de tubes de verre et de tiges de métal (...). Le sol était recouvert de lourdes dalles octogonales. Il n’y avait ni tapis ni tenture.
« Plus tard, je me vis parcourir, sans toucher terre, des corridors cyclopéens, ou bien monter et descendre de gigantesques plans inclinés. Pas un seul couloir n’avait moins de trente pieds de large. Quelques-uns des bâtiments où je flottais devaient s’ériger à plusieurs milliers de pieds dans le ciel.
« Sous terre se succédaient plusieurs étages de noirs caveaux, et des trappes jamais ouvertes, scellées par des bandes métalliques, suggéraient un sinistre danger77. »
Lovecraft place ses civilisations inconnues dans des espaces « magiques » situés dans des régions inexplorées de notre globe, ou dans les profondeurs redoutables qui se trouvent hors de notre monde : on quitte même volontiers le système solaire, notre galaxie ; de plus la « quatrième dimension » intervient elle aussi : le temps, la réalité se dilatent ou se contractent...
H.P. Lovecraft n’est pas le seul auteur à se complaire dans la peinture de civilisations inconnues, de monuments énigmatiques, de stupéfiants hiéroglyphes, de fantastiques cultes secrets. Innombrables sont les autres écrivains cherchant à nous communiquer le frisson que donne ce qui est prodigieusement ancien ou fantastiquement autre. Chez un autre grand auteur américain, Abraham Merritt, nous retrouvons souvent le thème des vieilles civilisations fabuleuses situées sous les abîmes du Pacifique, dans une région inexplorée de l’Alaska, voire dans un autre niveau de réalité.
Mais voici un autre thème littéraire, tout différent ; chez Noëlle Roger (Mme Pitard-Dufour), un écrivain suisse de langue française, nous trouvons une hantise de la pureté naturelle. Son roman La Vallée perdue nous raconte en effet l’arrivée d’aviateurs dans une vallée alpine inaccessible où s’est perpétuée une tribu demeurée au stade néolithique et vivant d’une innocente vie patriarcale.
Il est néanmoins plus fréquent de voir les auteurs décrire des civilisations effrayantes. Un autre roman oublié, Le peuple du Pôle de Charles Derennes, nous décrit, par exemple, la découverte par une expédition arctique en dirigeable d’une race bizarre et terrible.
D’innombrables romans ont repris à leur compte le mythe, tellement significatif, de l’engloutissement de l’Atlantide. En voici, par exemple, un spécimen caractéristique : La Fin d’Atlantis ou le Grand Soir, de Jean Carrère, qui reprend le thème de la destruction de la prestigieuse civilisation dont les Incas d’une part, les Égyptiens et les Grecs de l’autre, auraient été (du moins en partie) les héritiers. Le romancier ne manque d’ailleurs pas de comparer notre propre civilisation et celle des Atlantes dont le sort pourrait être le nôtre...
Les auteurs américains semblent avoir une imagination particulièrement luxuriante pour décrire des civilisations extraordinaires. Non content de décrire avec une précision incroyable les étranges civilisations qui existent au centre de notre globe, Edgar Rice Burroughs, par exemple, nous dépeint les diverses races qui s’affrontent sur la planète Mars, leur organisation sociale et leurs mœurs, leurs monuments, leurs croyances religieuses et leurs mythes, etc., le tout avec un degré de précision presque photographique.
Mais, s’il nous fallait choisir le texte le plus étrange, nous choisirions peut-être un récit de Robert F. Young, autre écrivain américain : La déesse de granit (« Goddess in granite »)78.
Ce conte décrit un monument extraordinaire laissé sur une planète par une civilisation depuis longtemps disparue : une chaîne de montagnes tout entière sculptée en un splendide corps féminin.
Voici d’ailleurs ce que le héros peut contempler de son astronef, dans la lumière éblouissante d’un autre soleil :
« Le ciel était d’un bleu profond, sans nuage, et Alpha Virginis scintillait dans tout ce bleu, jetant sa chaleur et son éclat sur le massif montagneux rappelant par son relief un gigantesque corps de femme et connu sous le nom de « La Vierge ». La Vierge était étendue sur le dos, et les deux lacs bleus de ses yeux regardaient éternellement vers le ciel (...). Elle avait commencé par être un phénomène naturel — un énorme soulèvement géologique — et tout ce que les sculpteurs avaient fait (ce qui avait été néanmoins un travail herculéen) avait été de fignoler l’œuvre de la nature, d’ajouter les touches, finalement d’installer le système de pompes automatiques souterraines qui, pendant des siècles, avaient fourni l’eau de la mer aux lacs artificiels des yeux79. »
Réalité de l’ « imaginaire » ?
Mais la question se pose alors : des « civilisations inconnues » n’existent-elles vraiment que dans le domaine des mythes, des rêveries, des songes ? N’existerait-il donc pas des découvertes objectives qui sembleraient prouver que ces traditions, si elles ne sont pas toujours exactes dans leurs détails (il faut d’ailleurs faire entrer en jeu tout le domaine des interprétations symboliques), sont « vraies » pourtant ? Des civilisations très évoluées n’ont-elles pas pu exister bien avant les « débuts » couramment admis de l’Histoire proprement dite ?
Un thème universel qui se rencontre partout dans le monde est celui de monstres horribles, qu’affrontent d’intrépides héros. Si ces créatures de cauchemar sont volontiers des symboles, il n’est pourtant pas absurde de chercher parfois des faits réels à l’origine de ces traditions.
Cuvier faisait déjà remarquer qu’un monstrueux animal antédiluvien comme le plésiosaure « pouvait justifier ces hydres et ces autres monstres dont les monuments du Moyen Age ont si souvent répété les figures ».
Edgar Dacqué estime, à juste titre sans doute, que les « dragons » des vieilles légendes s’expliquent directement par le souvenir des temps lointains où l’homme primitif pouvait contempler les monstrueux reptiles ayant survécu à l’époque secondaire.
De nos jours encore, l’homme a parfois l’occasion de rencontrer une créature terrifiante ou simplement bizarre : l’existence de « fossiles vivants » est non seulement probable, mais certaine même en bien des cas. Nous renvoyons d’ailleurs au bel ouvrage de Bernard Heuvelmans : Sur la piste des
Bêtes ignorées80, bourré de faits extraordinaires et pourtant toujours étayés sur une documentation impossible à révoquer en doute.
Laissons la parole au baron d’Espiard de Colonge, que nous avons déjà eu l’occasion de citer :
« Les plus anciennes traditions cosmogoniques affirment qu’à des périodes de quatre à cinq mille ans, déjà de beaucoup dépassées, des conflagrations de nature différente éclatent dans l’univers et font naître des temps difficiles aux existences ou les détruisent en majeure partie. Nous ne pouvons plus guère douter que parfois les ensembles de la matière se comportent ainsi dans l’espace des cieux, actuellement que nous connaissons les troubles et dérangements que les planètes se causent réciproquement par leur attraction en tous sens et les mille effets possibles de convulsions et collisions désordonnées des éléments81. »
Et notre auteur d’en déduire toute une théorie très cohérente, sur la construction des fameuses Pyramides d’Égypte :
« Tout porte à croire et, à mon avis, tout constate, nous dit-il, que les grandes pyramides, celles à peu de distance de Gizeh, furent construites (...) en prévision d’un fâcheux accident planétaire, dans un but de sauvetage humain, êtres et choses ; en un mot, elles furent des ouvrages grandissimes de conservation (...). Il est de la dernière évidence que c’est un amas de matières tombées qui a encombré le sol des pyramides de gravats, de pierres et de sables et a fait aussi l’Égypte telle qu’elle est aujourd’hui, une étroite région isolée entre deux déserts.
« A l’appui de ceci, il a été dit, en des temps très anciens, qu’au midi de ces grandes pyramides et à l’ouest des profondes ruines de Memphis existe un Serapeum, les vestiges d’un vieux portique plus ou moins enfoui et difficile à retrouver dans le dédale du désert ; personne n’y a songé. Ce lieu, ajoute la légende, renferme les bouches de longues galeries par lesquelles on peut aller, pénétrer à des labyrinthes, à d’antiques habitations extraordinaires, servant de base aux pyramides ou dont celles-ci ne sont que les épaisses, massives et lourdes flèches étudiées. De vastes rameaux communiquant les uns avec les autres donnaient à ces constructions les apparences d’une cité souterraine enveloppée dans un abîme de substances sèches au lieu d’être
plongées sous un engloutissement par les eaux82. »
Le baron développe alors l’idée qui sous-tend toute spéculation de type occultiste :
« Les auteurs qui, dans l’antiquité, après une incertaine époque écoulée, ont révélé toutes ces choses secrètes, d’abord tenues en mystères, ont également fait savoir que des collèges d’initiés continuèrent longtemps à se retirer, à passer presque entièrement leur vie en ces sombres demeures qui aussi, en une époque alors déjà lointaine, avaient précédemment fourni des refuges à de hauts personnages de l’Occident — lesquels (...) s’étaient réfugiés en Egypte — pendant la bourrasque annoncée d’avance par des calculs de hautes et savantes observations. C’est là encore qu’avant la catastrophe avaient été déposés des objets précieux de toutes valeurs et qu’étaient conservées les archives du monde primitif en partie détruit par les effets divers de la conflagration terrestre qui, disait-on, aurait produit une grande nouveauté planétaire83. »
Beaucoup de savants haussent les épaules quand ils rencontrent ces histoires de civilisations disparues, totalement détruites, dont il ne reste rien et dont pourtant, des « initiés » ont gardé le souvenir précis grâce à des documents (« secrets » évidemment) qu’on ne nous montre pas et dont le sens s’est conservé grâce à une chaîne de tradition orale franchissant les siècles et les siècles.
Pourtant l’idée selon laquelle il y a eu autrefois des continents entiers engloutis par les flots n’a rien d’absurde, outre le fait qu’elle est très ancienne, et s’exprime de si diverses manières dans les plus vieilles légendes de peuples extrêmement variés.
Il y a plus : à les étudier de près, ces légendes, loin de former un chaos incohérent, s’ordonnent en un tout chronologiquement ordonné ; les grandes civilisations disparues (Hyperborée, Lémurie, Atlantide) peuvent se comparer, en un sens, aux grandes périodes géologiques, séparées les unes des autres par des sortes de transitions. Et à la limite, tous ces changements périodiques sur la surface de la terre pourront être expliqués par la théorie traditionnelle des cycles de manifestation.
Un problème se pose alors : peut-on envisager la découverte de preuves scientifiques de la manifestation de lois cosmiques, d’ordinaire mal connues, et qui permettent de considérer la destruction d’anciennes civilisations comme un cataclysme n’ayant rien de fortuit ? C’est ce qu’il importe de se demander devant l’existence des grands déluges périodiques auxquels doit être attribué l’engloutissement des divers continents « fabuleux ». Et, comme nous l’avons déjà constaté à propos des submersions européennes de l’âge du bronze, rien d’absurde à envisager la possibilité de confirmations d’ordre historique : l’étude des grandes migrations entraînées par les cataclysmes auxquels est due la disparition — graduelle ou brusque — d’un continent ou d’une province.
Nous considérons, quant à nous, que le savant soucieux d’objectivité ne peut — même s’il donne ainsi raison aux « occultistes » — passer sous silence la quasi-certitude des grands bouleversements telluriques ayant englouti, à diverses reprises, une civilisation prestigieuse.
Contrairement à l’opinion courante, l’ère des bouleversements telluriques n’est pas close. Voici un indice très net, entre autres : « Depuis plusieurs années, les services d’Explorations signalent l’exhaussement des fonds sous-marins. Des pics à peine à cinquante mètres de profondeur et des vallées sont découverts là où ils n’existaient pas il y a cinquante ans, par les Services de repérage hydrographique84. »
Il est vrai que certains géologues ont encore volontiers tendance à répondre négativement à la question suivante : l’homme a-t-il pu être le témoin des grandes convulsions ayant englouti l’ancien continent atlantique et les autres terres disparues ? Mais, nous l’avons vu, c’est la réponse affirmative qui semble la plus admissible, ce que confirme d’ailleurs l’étude de certains mythes révélateurs.
Donnons à nouveau la parole au baron : « Tous (les indigènes de Nouvelle-Zélande) (...) racontaient — écrit-il — qu’ils savaient d’ancienneté que le soleil est devenu ce qu’il est maintenant, étincelant, depuis le passage de corps célestes très près de terre et de l’ouest à l’est, au-dessus de leurs contrées qui s’étendaient bien loin, bien loin. Pendant l’ère périodique des ralentissements de leur marche, ces corps y avaient produit d’abord d’universelles lapidations ; eux et quelques autres avaient été beaucoup épargnés. Ils assuraient aussi que longtemps après, quand on n’y pensait plus, il s’en était détaché ou désassemblé des portions très volumineuses, des îles entières laissées au milieu des flots et qui naturellement en déplaçant, chassant les eaux, ont englouti la majeure partie du pays, tout un continent
peuplé de la puissante race des Maori...85. »
C’est à cet apocalyptique cataclysme qu’est dû le coup d’arrêt mis à la prodigieuse civilisation pacifique dont les vestiges se rencontrent sur des îles peuplées par les descendants de ce peuple très civilisé, mais rendu irrémédiablement incapable, par le cataclysme en question, de perpétuer sa civilisation.
A propos des statues gigantesques que l’on trouve dans les petites îles du Pacifique (Pâques, etc.), le baron d’Espiard de Colonge écrit (il ne sera pas le dernier) : « Il est clair que les habitants de ces territoires exigus, perdus au milieu des mers, n’ont pu sans objet de travail, réduits à une nullité absolue de moyens d’action, exécuter de semblables ouvrages : ceux-ci dépassent complètement les forces, les idées, la volonté même de ces insulaires86. »
Le même auteur remarque que l’île, beaucoup moins connue, de Tinian, « est littéralement parsemée de piliers, tous ou la plupart de figures pyramidales, ayant pour base un carré, et qui n’ont jamais pu servir à rien édifier. Ces piliers sont faits de sable, de matières diverses, amoncelées, agglomérées, et surmontées d’un demi-globe, la surface plate en dessus87 » « ... à l’île Rime-tara (...), on a reconnu des débris de colonnes fort grandes : l’une mesure vingt mètres de hauteur au-dessus d’un ancien édifice dont il n’existe plus que quelques vestiges. Sur tous les sommets de l’île de Rapa, un peu plus au sud, et qui n’a que six à sept lieues de circonférence, on aperçoit des châteaux forts cyclopéens88. »
Tout tend donc à prouver que toutes ces îles du Pacifique sont les vestiges d’un grand continent disparu. Mais comment cela s’est-il produit ? Le baron nous le dit : « Des chutes célestes en grand, éparpillées, dispersées ; et plus tard, à une époque indéterminée qui dut être assez longue, ou quand ce violent effort de la grande nature paraissait fini, calmé, il arriva un envahissement plus désastreux, absolu, inattendu, plus ou moins subit de l’Océan, qui a tout submergé, moins cette île (Pâques) et quelques autres au loin disséminées89. »
Mais il est une théorie plus extraordinaire encore : celle qui, pour expliquer la configuration spéciale du Pacifique, fait intervenir la Lune. Ou bien cette dernière sera considérée comme ayant été formée avec les matériaux arrachés à notre terre, l’Océan Pacifique étant alors le gigantesque creux formé par le titanesque arrachement. Ou bien on supposera l’existence d’un ancien satellite qui, venant s’enfoncer dans la planète mère, y a creusé ledit trou gigantesque où s’est logé le Grand Océan.
Horbiger et ses disciples sont à mentionner ici : selon eux, plusieurs lunes auraient existé avant la nôtre, et se sont écrasées sur la Terre ; la nôtre est destinée à faire de même. Le rapprochement progressif de chacune de ces lunes rendant compte des périodes de gigantisme végétal, animal et, aussi, humain.
Une théorie analogue est celle d’un géophysicien, Raymond Bachelard : il développe l’hypothèse d’une collision entre la terre et ce qu’il appelle un « Objet », vers la fin de l’âge tertiaire. L’ « Objet » toucha la terre à l’endroit où se trouve actuellement l’Océan Pacifique. Laissons d’ailleurs la parole à R. Bachelard :
« La Terre est, à la fin de l’âge tertiaire, de dimensions sensiblement plus réduites que celles que nous lui connaissons actuellement (...) (environ 10 000 km de diamètre). C’est une sphère de masse à température assez élevée et dont la consistance intérieure est plutôt visqueuse comme du verre fondu, que comme de la fonte de fer.
« Les éléments divers sont répartis selon la densité. Et la couche extérieure, d’une épaisseur d’environ 70 kilomètres est à l’état solide et repose immédiatement sur le basalte fondu. Telle qu’elle est ainsi présentée, la Terre a tous les avantages et les inconvénients d’un objet élastique. Si, pour une raison quelconque, elle subissait une déformation, elle devrait immédiatement reprendre sa forme sphérique90. »
La Terre a rencontré un gigantesque corps métallique, errant, masse colossale de nickel et de fer ayant 2 000 à 3 000 kilomètres de diamètre et dont la température était voisine du zéro absolu.
La vitesse de rencontre aurait été de l’ordre d’une vingtaine de kilomètres à la seconde. R. Bachelard nous explique ce qui s’est produit :
« L’Objet créa son logement en refoulant vers l’intérieur de la Terre d’abord les terres en contact avec lui, et ensuite les terres détachées de la croûte terrestre et entraînées par le substratum, qui est du basalte fondu à l’état visqueux91. » Et il poursuit : « Du choc, il résulte un aplatissement de la Terre suivant un grand cercle se trouvant dans le plan de l’Océan Atlantique actuel et, en même temps qu’il y a pénétration dans la Terre, il y a augmentation de volume et par conséquent de la surface, dont les éléments sont fragmentés par le choc et se séparent plus ou moins les uns des autres... »
Les mers et océans, sont, à quelques exceptions près, nés de ce cataclysme, et le Pacifique au tout premier chef.
Les théories lunaires de Hans Horbiger forment un édifice fort complexe, aux conséquences fantastiques92. Sont-elles de pures rêveries ? De tels systèmes échappent à toute possibilité de vérification vraiment scientifique ; il est pourtant possible d’invoquer certains faits troublants.
Le baron d’Espiard de Colonge faisait la constatation suivante : « ... à Tonga (...), on voit sur des armes et divers ustensiles, tabous ou sacrés, la représentation constamment reproduite d’une étoile accompagnée de deux croissants (...) ; le plus petit de ces croissants s’ajouta tout simplement à la terre en y comblant un de ses abîmes. C’est alors, avant ou après, que l’autre serait devenue la lune de l’astre terrestre, son satellite, dominé par une attraction à laquelle il put se soustraire en partie, mais dont il ne put s’échapper93... » Il nous fait ensuite remarquer que, dans la Grèce antique, les Arcadiens croyaient l’humanité antérieure à la lune.
Bien avant Horbiger, le baron ne craint pas les plus fantastiques envolées de la cosmologie lunaire : « Donc — nous dit-il — la lune, peut-être corps errant dans l’espace et débris elle-même d’une plus vaste agglomération de matière (...), en entrant dans le système terrestre ou en s’y trouvant entraînée, d’abord à une grande proximité, puis comme satellite de la Terre, a dû éprouver et faire éprouver à celle-ci dans les premiers moments un effroyable bouleversement94. »
C’est là ce qu’il faut entendre par chute du ciel. « Que sont devenues — s’interroge le baron — ces mers (de la lune) ? Évidemment sur terre, des surcroîts d’Océan, de blocs erratiques, et des monts ou plaines de cailloux roulés comme on en remarque dans le Midi de la France (...). Cet astre (...) n’est plus, dans ses 5 8 centièmes soumis à nos regards, qu’une immense pierre trouée d’au moins 50 000 puits à margelle, à orifices surhaussés qui y ressemblent, et toutes les montagnes lunaires, rasées à leur sommet, sont évidées et creuses95. »
D’où le fait, apparemment fantastique, qu’il doit être parfaitement possible de découvrir sur notre globe même des vestiges d’origine extra-terrestre. C’est ce qu’établit le baron d’Espiard de Colonge : « ... si l’on fouillait beaucoup plus bas qu’on ne l’a fait, sous quelques-uns ou dans les environs de nos plus vieux édifices et dans quelques autres lieux de notre territoire (la France), on trouverait, non moins qu’en Orient, les vestiges gigantesques d’un monde antérieur à tout ce que nous connaissons96 ». La « Cosmologie glaciale » de Hans Horbiger et de ses disciples (Fauth, E. Georg, Hans Fischer, Georg Hanspeter, Denis Saurat, etc.) repose sur un double point de départ : il existe dans le plus grand nombre des astres d’immenses quantités d’eau solidifiée ; périodiquement, le globe terrestre ingère et s’assimile de nouveaux satellites en lunes... Chacune de ces incorporations de lunes par la terre aurait mis fin, par un formidable cataclysme, à l’une des grandes ères géologiques successives.
La cosmologie horbigerienne retrouve une conception générale extrêmement ancienne, et propre à tout système ésotérique : celle des cycles cosmiques.
La fixation progressive de certaines races (Bohémiens) correspondrait elle-même au ralentissement progressif du mouvement de notre terre : telle est, entre autres, l’une des innombrables applications faites par les ésotéristes contemporains de l’idée générale de cycles. Un tel domaine est inépuisable.
Ce serait pourtant une erreur de penser que l’idée d’une évolution cyclique est d’ordre purement « occulte » ou théosophique. On la rencontre chez les plus grands savants. Écoutons, par exemple, ces paroles du géologue Wegener : « Le Spitzberg est actuellement recouvert par des glaces et soumis aux rigueurs du climat polaire, tandis qu’au tertiaire inférieur... il portait des forêts plus riches en espèces que celles de l’Europe centrale d’aujourd’hui. (...) Il dut y régner un climat analogue au climat actuel de la France, c’est-à-dire que la moyenne de la température devait y être d’environ vingt degrés supérieure à la température actuelle. Si nous nous reportons à des époques plus reculées nous trouvons des indices d’une température encore plus élevée. Au jurassique et au crétacé inférieur, il y croissait le sagoutier, qui ne se rencontre de nos jours que sous les tropiques, le gingko..., la fougère arborescente, etc. »
Le même très grand savant ne craignait d’ailleurs pas les plus grandioses généralisations :
« Les translations continentales, la disjonction et la poussée en masse, les tremblements de terre, le volcanisme, les alternances de transgressions et les migrations polaires forment, sans doute, un seul complexe grandiose, comme nous le voyons déjà au fait qu’ils ont les mêmes époques de paroxysme dans l’histoire du globe. Mais en ce qui concerne la discrimination entre causes et effets, on ne peut pas encore se prononcer. »
Le fait n’en reste pas moins : les observations scientifiques les plus rigoureuses nous obligent, sans cesse, non seulement à remarquer les grands changements géologiques, climatiques, etc., se produisant au cours des âges en une région donnée, mais le caractère cyclique de tous les phénomènes significatifs.
C’est à la fonte de l’énorme calotte glaciaire européenne qu’il faut attribuer l’un des grands déluges scientifiquement reconnus par les géologues : sa vague principale aurait brisé l’isthme de Gibraltar, rompu le pont Sicile-Afrique et peut-être submergé le continent atlantique (bien que celui-ci semble plutôt avoir été détruit par un raz-de-marée d’origine plutonienne).
Mais comment expliquer cette alternance en Europe constatée aussi bien par les géologues que par les préshistoriens, de périodes tropicales, tempérées et glaciaires ?
L’une des hypothèses les plus en faveur fait intervenir, on le sait, la plus ou moins brusque modification de l’inclinaison de l’axe terrestre sur le plan de l’écliptique.
La géologie a même pu remonter à une période originelle, « paradisiaque » dans l’histoire du globe : avant le premier changement d’axe, l’orbite terrestre était en effet circulaire ; il n’y avait alors pas de saisons sur la Terre (c’était l’été perpétuel), et la durée de l’année n’était que de trois cent cinquante jours. Voici à cet égard la théorie soutenue par Frédéric Klee, dans son ouvrage Le Déluge (Copenhague, 1842) : autrefois l’axe de la terre était droit par rapport au plan de sa révolution. Il régnait une saison toujours immuable et seul existait un immense continent unique formé par la réunion autour du Pôle Nord actuel de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique septentrionale, cette masse compacte se prolongeant d’ailleurs par trois presqu’îles (origines lointaines de l’Amérique du Sud, de l’Afrique et de l’Océanie) vers le Pôle Sud.
Mais l’axe terrestre s’est incliné de vingt-trois degrés et demi sur l’orbite, ce qui a déterminé une sorte de mouvement de bascule dans la répartition des terres continentales, accompagné d’un déluge.
Avant ce changement de l’axe terrestre, le soleil devait — précise Klee — frapper de ses rayons absolument toutes les parties du globe terrestre et l’équateur traversait les pôles : dans ce monde ancien, les bêtes et les hommes avaient pu atteindre de la sorte un développement physique remarquable, mais qui avait eu pour effet d’arrêter l’évolution spirituelle : d’où la nécessité, nous précise le cosmologue, d’une intervention divine destinée à rendre possibles les progrès de l’esprit humain.
Observant qu’en divers lieux (comme l’Écosse ou le Jura) les couches géologiques ont été « recourbées et contournées », Klee en arrivait d’ailleurs à généraliser sa théorie : selon lui, il semble indéniable que l’axe de la terre a été déplacé à plusieurs reprises.
Les préhistoriens ont pu mettre en évidence quatre offensives glaciaires : la première affectant l’Amérique septentrionale, la Scandinavie, l’Allemagne, l’Angleterre, le nord de la France ; la seconde (la plus rigoureuse) frappant toute l’Europe septentrionale et centrale ; la troisième et la quatrième ayant été franchement moins importantes.
La France a eu autrefois le climat de la Laponie actuelle : fait qui nous semble fantastique, et qui est pourtant attesté par les observations scientifiques les plus rigoureuses.
Tout concourt également à nous obliger à la reconnaissance, sur un plan tout aussi scientifique, de phénomènes cataclysmiques opérant périodiquement une formidable redistribution des terres émergées et immergées : cette « remise en place » s’accompagnant toujours d’une gigantesque submersion aquatique : la géologie la plus rationaliste rejoint ici l’universalité des vieilles traditions qui, chez tous les peuples, nous parlent d’un grand déluge.
L’ésotérisme traditionnel nous rappelle volontiers que les grandes civilisations sont mortelles, qu’elles doivent périodiquement compter avec les cataclysmes périodiques.
L’idée se trouve d’ailleurs exposée chez Platon dans le Critias97, dans les Lois et, tout spécialement, dans le Timée (le passage, que nous citons d’après la traduction Léon Robin, se trouve dans le fameux récit fait à Solon par un prêtre égyptien de Saïs)98 :
« C’est alors qu’un des prêtres, tout à fait un ancien, se serait écrié : Solon, Solon, vous autres Grecs, vous êtes perpétuellement enfants ! Vieux, pas un Grec ne l’est. A ces mots : Que veux-tu dire là ? demanda Solon. Jeunes, répondit-il, vous l’êtes tous par l’âme ; car votre âme ne renferme aucune opinion antique, de tradition reculée, ni aucun savoir blanchi par le temps. De cet état, la cause la voici. Bien des fois, en bien des façons, sont survenues ruines d’hommes, et il en surviendra d’autres ; le feu et l’eau ont fait les plus grandes, mille autres fléaux en ont causé de moindres. Ainsi, ce qu’on raconte aussi chez vous, qu’un jour Phaéton, fils du Soleil, attela le char de son père, mais que, incapable de conduire suivant la route de son père, il brûla tout sur la terre et périt lui-même foudroyé, cela se dit en forme de mythe ; mais en vérité, c’est dans les révolutions des corps célestes autour de la terre une déviation, d’où, à de longs intervalles, résulte pour ce qui peuple la terre la ruine par l’excès de feu. Alors, tous ceux qui habitent par les monts, ou en des lieux élevés et arides, sont plus frappés que ceux qui habitent au bord des fleuves et de la mer ; nous, c’est le Nil, à tant d’égards notre sauveur, qui encore en ce besoin nous sauve par sa crue. Quand au contraire les Dieux, pour nettoyer la terre, la submergent sous les eaux, ce sont les habitants des montagnes qui sont saufs, bouviers et pasteurs, mais ceux des villes de chez vous sont entraînés à la mer par les fleuves ; tandis qu’en ce pays, pas plus alors qu’en aucun autre temps, l’eau ne se précipite du ciel sur les guérets, mais, à l’inverse, c’est d’en bas que toujours elle remonte naturellement. »
Le fait essentiel, le voici bel et bien, rappelé dans le Timée, 22 b : « les hommes ont été détruits dans le passé et le seront dans l’avenir un grand nombre de fois et par des moyens d’extermination divers ».
Toutes les grandes traditions religieuses font d’ailleurs état de ces destructions périodiques, rendues nécessaires à chaque fin de cycle. Notre XXe siècle ne semble d’ailleurs pas du tout avoir le beau rôle à cet égard ! Les Jaïns de l’Inde, par exemple, placent la période actuelle dans la dernière phase du cycle, l’âge dushshama-duhshamâ (mauvais-mauvais) d’une durée totale de vingt et un mille ans et qui se terminera par le naufrage complet de toute civilisation humaine : les hommes ne vivront que vingt années, seront de pauvres êtres peureux n’osant sortir de leurs cavernes qu’à l’aube et au crépuscule, menant une vie de totale misère, car ils auront alors perdu jusqu’à la connaissance du feu... Heureusement, débutera alors un nouveau cycle cosmique.
En Occident aussi, l’ésotérisme se complaît dans l’évocation des terribles cataclysmes qui ont autrefois frappé les hommes. Ecoutons Gérard de Nerval : « La constellation d’Orion ouvrit au ciel les cataractes des eaux ; la terre, trop chargée par les glaces du pôle opposé, fit un demi-tour sur elle-même, et les mers, surmontant leurs rivages, refluèrent sur les plateaux de l’Afrique et de l’Asie ; l’inondation pénétra les sables, remplit les tombeaux et les pyramides, et, pendant quarante jours, une arche mystérieuse se promena sur les mers portant l’espoir d’une création nouvelle99. »
Normalement, ces catastrophes périodiques devraient servir d’utiles leçons aux hommes, mais comme il est dit dans l’Ecclésiaste (I, 11) : « On ne se souvient pas de ce qui est ancien ; et ce qui arrivera dans la suite ne laissera pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard... »
Mais revenons au grand déluge dont la Bible se fait l’écho. Cette tradition est universelle ; on en trouve la confirmation un peu partout. Et certains faits s’expliquent de manière très significative. Voici une intéressante remarque de Nicolas Perron, un auteur du siècle dernier, au chapitre premier de son livre De l’Egypte (1832) :
« Les terrains les plus hauts, relativement à la mer, les premiers abandonnés par les eaux, furent les premiers à recevoir les animaux aériens dont l’homme fait partie.
« C’est par suite de cela, et comme souvenir de tradition que les hommes, pendant bien longtemps, vénérèrent les lieux élevés ; ajoutons que ce respect vient encore de ce que ces hauteurs leur servaient d’asile et de refuge dans les grandes inondations. Plus tard, quand on eut oublié ces premiers souvenirs... on crut que cette vénération des lieux hauts était inspirée par l’idée que leurs sommets étaient plus près du ciel, plus près de Dieu. »
Occultistes et théosophes ont accumulé une immense littérature sur ces apocalypses à répétition ; à l’envi, ils se sont demandé pourquoi et comment les puissances supérieures déclenchent ces prodigieux bouleversements cycliques, en se servant des lois secrètes qui régissent les phénomènes terrestres, plutoniens et maritimes.
Ces révolutions cycliques sont inexorables, comme nous en avertit M. André Lefèvre :
« Rien ne peut conserver les races qui ont accompli leur cycle. Il leur faudrait en sortir. »
Et les cataclysmes sont si profonds entre deux grandes civilisations humaines qu’aucune trace, ou presque, ne subsiste des si puissantes humanités qui ont accompli leur destin :
« Les vallées sont devenues des montagnes et les montagnes se sont écroulées au fond des mers. »
Telle est la règle : à chaque cataclysme, un type complet de civilisation s’effondre, en ne laissant qu’une poignée de survivants, qui permettront quand même la transmission ultérieure d’une partie tout au moins des traditions et des secrets...
De toute manière, nous retrouvons toujours, dans les ouvrages occultistes sur les civilisations disparues, la même loi cyclique que nous rappelle M. Georges Barbarin :
« Les hommes, préoccupés uniquement de leurs intérêts matériels, ont organisé des lois factices à la surface de la terre. Et, parce qu’ils occupent une partie de la pellicule de ce globe, ils se croient les maîtres de leur habitat. L’anéantissement, au cours des âges, de civilisations nombreuses et avancées, démontre cependant qu’une force toute-puissante manie à son gré notre planète et lui assigne son destin. L’Humanité n’en agit pas moins comme si elle était seule dans l’Univers. Mais un Dieu surgit de temps en temps et donne du pied dans la fourmilière100. »
A chaque cataclysme, tout périt-il vraiment ? Ce serait vraiment contraire à tous les espoirs humains. Et Gérard de Nerval dans la préface, à la troisième édition, de sa traduction du Faust de Goethe, se fait l’écho de ces grandes espérances quand il nous dit : « ... Il serait consolant de penser, en effet, que rien ne meurt de ce qui a frappé l’intelligence, et que l’éternité conserve dans son sein une sorte d’histoire universelle, visible par les yeux de l’âme, synchronisme divin, qui nous ferait participer un jour à la science de celui qui voit d’un seul coup d’œil tout l’avenir et tout le passé. »
Mais, même sur le plan des faits matériels, il y a survivance, transmission, perpétuation ; autrement, nous n’aurions aucun souvenir, aucune idée même de l’Atlantide, de la Lémurie et des autres continents disparus.
Nous éviterons de nous prononcer sur la comparaison faite par de nombreux ésotéristes contemporains entre la fin de la civilisation atlantéenne et l’époque actuelle, qui serait également promise à l’anéantissement complet. La Terre basculerait-elle sur son axe dans un avenir proche ou lointain ? C’est ainsi qu’il faudrait peut-être interpréter cette étrange prophétie révélée par Sénèque dès le Ier siècle de notre ère :
« Le Pôle Sud écrasera dans sa chute toutes les régions de l’Afrique et le Pôle Nord couvrira toutes les contrées situées au-dessus de son axe. » Nous ne nous hasarderons évidemment pas dans ce domaine si périlleux pour le chercheur qui se refuse à sortir du domaine accessible aux investigations scientifiques ou historiques.
Les mondes souterrains.
D’antiques civilisations ont-elles trouvé refuge dans les abîmes de la terre ? L’idée est fascinante à souhait, et n’appartient pas seulement à la littérature fantastique ou de science-fiction : nous avons pu voir, par exemple, les traditions islandaises, reprises par le romancier anglais Bulwer Lytton, selon lesquelles l’ancienne Thulé posséderait une voie d’accès vers le fabuleux royaume souterrain, habité par une race mystérieuse qui n’est autre, peut-être, que l’ancienne population hyperboréenne de la grande île.
Le fait de peupler l’intérieur du globe de toutes sortes de prodiges n’a rien d’étonnant : à quelques kilomètres à peine au-dessous de ses pieds, l’homme se heurte à l’inconnu total.
Alors que la science commence à pressentir ce que peut être la véritable constitution physique de notre globe, l’imagination humaine n’a cessé, depuis des siècles, de se demander ce qu’il peut bien y avoir au centre de la Terre. On alla — et le thème est devenu classique en « science-fiction101 » — jusqu’à imaginer notre globe comme une sphère creuse entourée d’une écorce fort mince en comparaison du rayon : au centre de cet espace vide se trouve un petit soleil entouré de planètes ; sur le pourtour de l’écorce, mais « à l’envers » par rapport à nous, vivent d’autres hommes. Des Américains, puis des Allemands devaient même pousser cette idée jusqu’à son extrémité la plus incroyable : c’est nous qui vivons à l’intérieur de l’écorce ; le soleil, la lune, etc., sont en réalité au centre de notre espace. Hitler devait même donner l’ordre, en pleine guerre, de tenter une vérification expérimentale de cette conception fantastique102.
On peut lire dans l’un des livres sacrés de la mythologie Scandinave, l’Edda de Snorri : « Vers le bas et vers le nord est la route des enfers. »
S’il s’agit d’un « enfer » au sens religieux courant, une telle idée n’a aucun sens scientifique. Il n’en est pas de même si ces enfers ne se placent pas dans l’au-delà mais dans ce monde-ci : l’expression désigne alors, sinon le centre de la terre, du moins des cavernes très profondes utilisées comme temple souterrain, pour servir à une antique initiation de mystères. Citons d’ailleurs un passage de M. Pierre Gordon, l’éminent mythologue : « C’était là le monde souterrain ou les « enfers » (inferi = le monde situé au-dessous) ; au sommet, se trouvait le ciel, c’est-à-dire un ensemble rituel, composé de pierres saintes, de végétaux sacrés, d’eau transcendante, avec, au milieu, le feu sacro-saint, allumé par des procédés surnaturels. Les néophytes, une fois transformés en initiés par leur retraite dans la caverne, gagnaient le faîte de la colline, où ils étaient accueillis par des personnages sacrés, représentant les dieux de la Grande Montagne103. »
C’est ce qui expliquerait peut-être l’étrange nom d’île des Quatre Maîtres, donné à l’île de Thulé ; voici, en effet, une autre remarque de M. Gordon :
« En liaison avec le symbole de la croix, le chiffre 4 et la division quadripartite tant des êtres et objets spatiaux que du déroulement temporel tinrent une place de premier ordre dans l’antiquité ; en comptant à part le foyer central d’irradiation l’on aboutissait au nombre 5 et à une quintipartition. En différents cas, l’on ajoutait, au surplus, le zénith, qui surmontait la Grande Montagne (d’où le chiffre 6), voire, également, le nadir, au fond du monde souterrain (d’où le nombre 7, que d’autres raisons contribuèrent à faire tenir pour sacré) 104. »
Des fouilles archéologiques nombreuses permettraient sans doute de découvrir un peu partout dans le monde de ces grandes cavernes-sanctuaires, labyrinthes souterrains où se célébraient les antiques mystères chtoniens, souvent associés au culte du serpent. Le même interprète, si pertinent, nous fait d’ailleurs observer à ce sujet : « ...l’homme-serpent, ou dragon, fut, en conséquence, le personnage transcendant par excellence, celui qui transformait en initiés les néophytes. On identifia avec lui, par la suite, ces constructions sinueuses, appelées labyrinthes, que l’on édifia dans les grottes et sous la terre, puis que l’on aménagea ultérieurement sur le sol ; en pénétrant dans ces structures de pierre, c’est dans les replis du reptile surnaturel que s’engageaient les novices ; le serpent les avalait, les faisait mourir, les dévorait afin de les métamorphoser en son essence immortelle ; le séjour dans le monde souterrain équivalait ainsi à une digestion de l’homme par le surhomme, et aboutissait à une transsubstantiation105 ».
C’est, estimons-le, une grave lacune de l’histoire comparée des religions primitives que de n’avoir pas entrepris des fouilles méthodiques dans tous les lieux — aussi bien en Asie centrale qu’en Amérique, en Islande, en Grèce, dans les îles océaniennes — où les traditions décrivent des montagnes sacrées et des initiations souterraines (volontiers décrites sous le couvert des récits de voyages dans l’au-delà). Quoi de plus apte que le « monde souterrain » pour y instaurer des épreuves, des rites, toute une ascèse capable de frapper d’une manière irrémédiable tout le psychisme des récipiendaires ? Laissons encore une fois la parole à M. Pierre Gordon :
« C’est, en effet, — nous dit-il — dans les cavernes que, pendant des millénaires, les hommes se retirèrent pour se livrer aux mortifications et aux méditations transformantes : au sein des ténèbres, à huit ou neuf cents mètres parfois de l’ouverture des grottes, ils cherchaient la lumière du monde dynamique et la puissance qu’elle confère, des profondeurs de cette obscurité ; par la prière et par la soudure intime de leur pensée à l’Être, ils gouvernaient la nature ; la caverne était un microcosme, dans lequel se concentraient pour eux l’énergie qui meut l’ensemble de la création ; en d’autres termes, ils rejoignaient là la matière énergétique, substance immortelle du cosmos, et, par elle, ils dominaient l’univers physique ou phénoménal. Leur mentalité était ainsi ontologique, c’est-à-dire qu’elle recherchait l’union directe et immédiate avec l’essence interne des êtres et des choses, tandis que la nôtre est foncièrement empirique, c’est-à-dire qu’elle renonce à atteindre les objets par une autre voie que des contacts extérieurs et sensibles, établis dans le domaine du temps et de l’espace106. »
Le même auteur pousse d’ailleurs son interprétation jusqu’à ses prolongements les plus extraordinaires, en nous confrontant avec des initiés ayant acquis un prodigieux secret de longévité, ces hommes vivant sans vieillir pendant près d’un millénaire, car ils « ... passaient la plus grande partie de leur carrière terrestre en état d’extase cataleptique, après avoir suspendu totalement leur respiration grâce à des méthodes qui se sont conservées dans le Yoga du Tibet et de l’Inde. Le souvenir de ces pratiques se retrouve dans l’embaumement égyptien, qui visait à donner au corps des trépassés l’aspect des puissants ascètes en position de mort apparente et de vie transcendante 107 ».
Impossible, évidemment, de vérifier scientifiquement ces prodiges ! On tombe dans un domaine apparemment fabuleux, quand on tente d’étudier les affirmations sur l’existence, à des profondeurs incroyables, de civilisations réfugiées dans les entrailles de la terre.
La Mongolie et le Tibet possèdent de bien curieuses légendes à ce sujet, et ces traditions ont alimenté les rêveries de générations d’occultistes et de théosophes occidentaux : Louis Jacolliot, Saint-Yves d’Alveydre, Ferdinand Ossendowski, Mme Blavatsky et bien d’autres ont décrit l’Aggartha, le plus mystérieux des grands centres initiatiques ; c’est un monde souterrain immense ayant ses ramifications sous tous les continents et sous tous les Océans... Dans l’Aggartha se trouvent conservés tout l’héritage technique, magique et spirituel des grandes civilisations disparues (Lémurie, Atlantide, etc.). C’est là que résiderait le fameux « Roi du Monde », que des occultistes affirment de loin en loin avoir rencontré aux Indes et ailleurs.
On comprend les rêveries qui placent dans les entrailles du globe des choses plus belles, plus mystérieuses qu’ici-bas. Voici un texte significatif, que nous emprunterons à Gérard de Nerval : « J’entrai dans un atelier (Nerval a été transporté en imagination dans les entrailles de la terre) où je vis des ouvriers qui modelaient en glaise un animal énorme de la forme d’un lama, mais qui paraissait devoir être muni de grandes ailes. Ce monstre était comme traversé d’un jet de feu qui l’animait peu à peu, de sorte qu’il se tordait, pénétré par mille filets pourpres, formant les veines et les artères et fécondant pour ainsi dire l’inerte matière, qui se revêtait d’une végétation instantanée d’appendices fibreux, d’ailerons et de touffes laineuses. Je m’arrêtai à contempler ce chef-d’œuvre, où l’on semblait avoir surpris les secrets de la création divine. C’est que nous avons ici, me dit-on, le feu primitif qui anima les premiers êtres... Jadis il s’élançait jusqu’à la surface de la terre, mais les sources se sont taries. Je vis aussi des travaux d’orfèvrerie où l’on employait deux métaux inconnus sur la terre : l’un rouge, qui semblait correspondre au cinabre, et l’autre bleu d’azur. Les ornements n’étaient ni martelés, ni ciselés, mais se formaient, se coloraient et s’épanouissaient comme les plantes métalliques qu’on fait naître de certaines mixtions chimiques108. »
Toutes ces descriptions étant souvent ambiguës, s’appliquant à plusieurs plans d’existence : c’est ainsi que Nerval décrit le monde en fusion situé à l’intérieur de la terre et qui est en même temps le royaume des morts.
Quand la science-fiction laisse de côté notre globe, elle décrit volontiers (et avec tout autant de détails) les merveilles qui se trouvent dans les entrailles d’autres planètes 109.
De nombreuses toiles récentes de Leonor Fini nous montrent les rites souterrains célébrés dans de redoutables cavernes par les prêtresses-magiciennes d’une antique matriarchie : toujours ce thème, si vivace, des énigmes et périls du monde souterrain.
Qu’on le veuille ou non, nous aimons imaginer ce qu’il peut bien y avoir très loin au-dessous de nous, dans les fantastiques gouffres chtoniens : nous vivons, dans le film en couleurs réalisé d’après le Voyage au centre de la terre (de Jules Verne), les incroyables aventures des héros, qui finissent par découvrir les ruines mêmes de la fabuleuse Atlantis, transportées au centre même du globe par le déchaînement des forces plutoniennes.
CHAPITRE PREMIER.
Les archéologues contemporains ont désormais renoncé à beaucoup des « dogmes » de leurs prédécesseurs du siècle dernier ; des civilisations considérées naguère encore comme relativement peu importantes en regard de la civilisation classique (celles des Sumériens, des Hittites, des Gaulois, des Scythes, des peuples nordiques, etc.) ont été fortement revalorisées dans leur étendue réelle et leur influence.
Pour nous limiter à notre pays, nous ne voyons plus les Gaulois comme des « sauvages » primitifs, mais comme un peuple hautement civilisé110 — et comme les héritiers de splendides traditions, qu’atteste, par exemple, cette allégorie centrée autour du barde Sindorix111 :
« Le barde Sindorix pinçait une lyre d’ivoire enrichie d’or, présent des dryades de Sein... Des jeunes hommes assis étaient autour de lui, la tête nue ; une cuirasse d’argent sur un vêtement d’or et d’azur et des souliers pentagoniques étaient leurs vêtements. Ils écoutaient les merveilles du ciel et suivaient la marche des mondes. »
Les nombreux rapports entre Celtes et Grecs, attestés par d’innombrables témoignages, ne se limitaient pas au domaine commercial.
Inexplicablement les Français s’intéressant aux fouilles archéologiques destinées à révéler les cultures antérieures à la conquête romaine sont, au fond, assez rares en dehors des spécialistes de la préhistoire et du celtisme.
Cet état de choses est fort regrettable, d’autant plus que certaines querelles entre archéologues n’ont pas été de nature à attirer le public vers l’étude sérieuse de ces domaines... Songeons, par exemple, à la fameuse affaire de Glozel.
Des trouvailles comme celles de Glozel (près de Vichy) obligent peut-être à s’interroger sur le problème des origines de l’alphabet.
Voici les faits : entre les deux guerres, Émile Fradin, cultivateur habitant le hameau de Glozel (près de Vichy), découvrit par hasard, dans l’un de ses champs, des objets ; continuant les fouilles, il put — assisté du Dr Morlet — exhumer de nombreux vestiges archéologiques (poteries, sculptures sur os, etc.) et toute une série de tablettes portant d’étranges signes alphabétiformes.
Mais, dira-t-on, c’était une mystification !
En fait, les découvertes archéologiques de Glozel sont peut-être authentiques : l’examen impartial de toute l’ « affaire » laisse subsister des points mystérieux112. Un fait semble troublant : aucun membre de la famille Fradin n’ayant la moindre connaissance, même élémentaire, en archéologie pré et protohistorique, la mystification était difficile à monter de toutes pièces. Comment croire en effet que des objets fabriqués au hasard aient pu tromper des savants français et étrangers — qui auraient reconnu d’emblée tout objet fabriqué, tout bouleversement suspect des couches géologiques.
Donc, malgré certaines difficultés, supposons valables les objets découverts à Glozel. De quelle époque pourraient-ils dater ?
Pour certains, il s’agirait d’objets remontant à l’époque gallo-romaine. Pour Camille Jullian par exemple, les objets de Glozel auraient peuplé une officina feralis, c’est-à-dire, un antre de magicienne attenant à un sanctuaire celtique de source ou de forêt, l’ensemble des trouvailles remontant au second siècle avant notre ère, tout au plus au troisième.
« Les figurines, où l’on a cru voir des idoles, sont des poupées d’envoûtement, qui font, comme chacun sait, partie du bric à brac de tout sorcier. Quant aux briques à inscriptions, il faut y voir de ces laminae litteratae dont parle Apulée, les tablettes où l’on inscrivait les formules magiques d’incantation, d’envoûtement, de recettes. Sur les briques de Glozel, ces formes se réfèrent surtout à la chasse, à la pêche, à la vie rurale, à l’amour. Elles sont gravées, soit en cursive latine, soit par lettres liées (...) De toute manière, il faut exclure absolument l’époque néolithique ou préhistorique113. »
Mais l’interprétation la plus probable est celle qui ferait des trouvailles de Glozel des objets remontant bien plus haut dans le temps, en pleine époque protohistorique et, même, au néolithique. Dans cette perspective, les objets les plus intéressants sont les tablettes gravées de signes alphabétiques attendant toujours leur déchiffrement méthodique. On toucherait peut-être là une découverte révolutionnaire : bien avant la Phénicie, le centre de la France aurait été habité par un peuple évolué utilisant une écriture alphabétique. On est vraiment étonné de voir qu’une telle découverte, qui avait pourtant de quoi flatter le chauvinisme français, ait suscité des polémiques violentes aboutissant au « bras séculier » (police, magistrature) qui devait d’ailleurs reconnaître fort justement son incompétence en matière archéologique. Que l’on présente des objections valables, fondées sur l’examen des objets découverts à Glozel, nous ne demandons pas mieux ; mais c’est quitter le terrain scientifique que de se contenter de nier a priori la valeur de ces fouilles, avant toute expertise.
Avant de condamner ou d’exalter Glozel, il faut souhaiter un réexamen scientifique de tous les objets et du site, sans aucune idée préconçue.
Mais n’existerait-il pas d’autres documents porteurs d’inscriptions mystérieuses (alphabétiques ou non), et dont l’étude ouvrirait des aperçus nouveaux à l’archéologie ? Oui, mais les archéologues refusent d’ordinaire, par scrupule méthodologique, de les prendre en considération.
On nie souvent l’antiquité fabuleuse invoquée pour les l’ancienne écriture alphabétique des peuples germaniques et scandinaves ; pourtant tout n’est pas définitivement tranché, semble-t-il, à leur sujet.
Mais voici plus significatif : les inscriptions en écriture inconnue découvertes dans de nombreuses régions du globe, et en Amérique tout spécialement. Il y a, par exemple, les inscriptions découvertes aux chutes de Klamath (dans l’Oregon), et que certains archéologues n’hésitent pas à estimer d’origine lémurienne114.
Autre découverte significative : le Dr Ronald Strath, de Seattle, aurait mis au jour dans le Yucatan neuf inscriptions mayas, qu’il réussit à traduire : elles relataient l’histoire de l’Atlantide et de sa destruction, en 5000 ans avant Jésus-Christ.
Des inscriptions en langue atlante auraient été découvertes sur les murailles d’une mystérieuse cité en ruine enfouie sous la forêt vierge du Brésil central (Mato-Grosso)...
Il est malheureusement des découvertes non authentifiables par l’archéologie scientifique : c’est le cas du mystérieux disque de grès blanc trouvé naguère sur le mound (tumulus gigantesque) de Grave Creek, au bord du fleuve Ohio. Sur ce disque, on pouvait voir des caractères se rattachant aux signes rupestres découverts dans les îles Canaries, mais d’autres aussi ; une enquête internationale, présidée par le professeur Schoolcraft, permit de reconnaître d’incroyables correspondances : quatre signes étrusques, quatre se rattachant à l’alphabet égéen archaïque, cinq runes scandinaves, six anciens signes druidiques, des lettres phéniciennes, quatorze signes anglo-saxons. En outre on pouvait remarquer des analogies avec l’hébreu ancien et des analogies avec le numide.
Ce disque, découvert par S.W. Clemens sur le tumulus de Grave Creek, n’a malheureusement pas pu faire l’objet d’une authentification certaine.
Dans le New York American du 20 octobre 1912, on pouvait lire un article stupéfiant, intitulé Comment j’ai retrouvé /’Atlantide disparue, source de toute civilisation, dont l’auteur n’était rien de moins que le Dr Paul Schliemann, petit-fils du grand Henri Schliemann, auquel était due la découverte du site archéologique de Troie.
Malheureusement — et aucun doute n’est désormais possible — il s’agissait d’une fort habile mystification115.
Les détails alléchants ne manquaient pourtant pas : le mystère était incorporé en un vase à tête de chouette « d’un aspect particulier » et portant cette inscription en caractères phéniciens de la part du roi de/’ Atlantide. Brisant le vase, le Dr Schliemann mit au jour, adhérant au fond de l’objet, un disque quadrangulaire en métal blanc qui ressemblait à de l’argent. Le disque portait à l’envers des figures accompagnées de signes indéchiffrables mais, au revers, on pouvait lire gravée en caractères phéniciens, la phrase ci-après : « provient du temple aux murailles transparentes ».
Le vase à tête de chouette était le clou d’une collection secrète du grand-père du Dr Schliemann, les vestiges « atlantéens » comportant en outre un anneau (exécuté dans le même métal inconnu), un éléphant « d’un aspect étrange », un os pétrifié, un autre vase archaïque, plus des objets — nous avertissait le docteur — « dont la liste ne peut pas être publiée pour le moment ». Il y avait même — document sensationnel — la carte géographique utilisée par les marins de l’expédition envoyée par le Pharaon Sent (seconde dynastie), en 4571 avant Jésus-Christ, pour rechercher les vestiges du « pays de l’Atlantide ».
C’est le grand Paul Schliemann en personne qui avait pendant de nombreuses années, exploré dans le plus grand secret les côtes du Maroc, l’Egypte, le Mexique et le Pérou.
Ces fouilles avaient permis au découvreur de Troie d’entrer en possession de pièces archéologiques capitales, lui permettant de préciser : « Je ne dis rien, l’espace me manquant, des hiéroglyphes et autres documents que j’ai découverts et qui m’ont apporté la preuve que les civilisations de l’Egypte, de Mycènes, de l’Amérique centrale, de l’Amérique du Sud et des pays méditerranéens de l’Europe eurent une source commune » (laquelle était, évidemment, l’Atlantide engloutie).
Il existe d’ailleurs, nous précise-t-on, deux manuscrits secrets nous racontant l’histoire des Atlantes : un manuscrit maya, le Troano, conservé à Londres ; et un manuscrit chaldéen remontant à deux mille ans avant Jésus-Christ mais conservé dans un temple de Lhassa, capitale du Tibet.
Paul Schliemann nous disait : « Si je voulais dire tout ce que je sais il n’y aurait plus là aucun mystère. »
Malheureusement, toute l’affaire n’était qu’une habile mystification journalistique : on n’entendit plus jamais parler du « Dr Paul Schliemann » — pour une raison bien simple : Ce petit-fils du grand Schliemann n’avait jamais existé.
Devant l’existence de mystifications de ce genre, on conçoit l’attitude résolument hostile manifestée par la plupart des grands archéologues quand on prononce devant eux les noms d’« Atlantide », de « Lémurie », etc. Pourtant, ce point de vue de principe ne peut, estimons-nous, être ainsi érigé en règle méthodologique : tout ce qui existe doit être objet de science.
Faut-il aller plus loin que les archéologues classiques et croire qu’il a pu exister, à une époque reculée (de 10 000 à 100 000 ans avant J.-C., et peut-être bien plus au-delà) des civilisations très évoluées, détruites par des processus divers (invasions, auto-destructions, cataclysmes géologiques, etc...) ?
Il est certaines observations que la recherche archéologique méditerait utilement ; telle cette remarque de Churchward, le révélateur du continent englouti de Mu : « Sur la colline principale de Smyrne en Asie Mineure, à 500 pieds au-dessus du niveau de la mer, il existe des vestiges de trois civilisations préhistoriques, l’une au-dessus de l’autre, avec une couche de sable, de gravier, de galets entre chaque civilisation. Or les vestiges de ces civilisations ne gisent pas horizontalement mais à un angle de 45 degrés (...). N’étant le fait que les couches de civilisations successives suivent l’angle de la montagne nos savants pourraient prétendre qu’elles occupèrent le sommet de la colline sans avoir été soulevées. Mais cet angle prouve sans laisser matière à controverse que ces civilisations existaient avant que les montagnes fussent soulevées. »
Il est malheureusement indéniable que les savants se privent, d’une manière irrémédiable, de recherches fructueuses — mais en marge des théories officiellement établies. Retenons cet aveu, bien significatif, du Dr L. Capitan, dans son livre La Préhistoire116 :
« J’ai recueilli moi-même des lames, des racloires, des perçoirs qui présentent exactement l’aspect de certains instruments moustériens reconnus par tout le monde comme des instruments certainement façonnés artificiellement. Or, si morphologiquement on admet ceux-ci, en bonne logique il faudrait accepter leurs similaires du miocène. Mais comme l’existence de ces derniers serait très grosse de conséquences on la nie purement et simplement... »
Certes, il convient toujours de nous rappeler que les degrés de rigueur de certitude scientifiques doivent être établis avec le plus grand soin. Pourtant rien n’interdit au savant de « rêver » un peu — plus exactement de prendre en considération même les hypothèses les plus stupéfiantes ; car, ne l’oublions pas, la réalité est loin d’être toujours vraisemblable.
Rien n’empêche l’archéologie d’envisager, par exemple, cette possibilité fantastique : les temps préhistoriques ont été précédés par des périodes de très hautes civilisations ; loin de représenter un début, la « préhistoire » marquerait plutôt une fin relative — un recommencement plutôt, après l’anéantissement brusque de civilisations extrêmement évoluées.
Mais, dira-t-on, pourquoi le souvenir précis de ces civilisations disparues fait-il tant défaut ? Il est aisé de répondre : « Si la mémoire collective se réfère à des événements cataclysmiques, l’importance de ces derniers contribue évidemment à la prolonger durant de nombreux-siècles, mais quand la catastrophe est telle qu’elle ne laisse après elle que point ou peu de survivants humains, la sauvagerie ne tarde pas à suivre le dénuement et quelques générations suffisent à corrompre et même à effacer le souvenir de l’événement dans l’âme oublieuse des hommes117. »
Il est d’ailleurs facile de se remémorer que même les périodes historiquement, classiquement bien connues abondent en faits d’oubli collectif ; les siècles finissent par venir à bout, dans la mémoire des hommes, de réalités pourtant fort importantes. Citons à ce sujet cette autre pertinente remarque de M. Georges Barbarin : « Rien de plus caractéristique à cet égard que le sort de l’Artémision, ce fameux temple d’Ephèse, que les Anciens classaient parmi les Sept Merveilles du monde et qui, incendié par Erostrate en 356, dans la nuit même où naquit Alexandre le Macédonien, fut reconstruit avec un luxe encore plus grand. Le premier Artémision, celui dont Pline a fait la description, mesurait 140 mètres de long sur 75 mètres de large, soit le quadruple des dimensions du Parthénon et comprenait 127 colonnes de vingt mètres de haut. Que restait-il au XVIIe siècle de l’édifice fameux entre tous ? Si peu de chose que, pendant trois siècles, les archéologues en cherchèrent vainement la trace jusqu’au jour où M. Wood, délégué du British Museum, en retrouva, après huit ans de recherches, les fondations de marbre à six mètres de profondeur118. »
On pourrait multiplier les faits : qu’au début du siècle dernier on n’avait pu encore, malgré les fouilles déjà importantes, déterminer exactement les limites précises des cités romaines de Pompéi, Herculanum et Stabies, ensevelies sous la cendre du Vésuve en l’an 79 après Jésus-Christ...
Jusqu’au XXe siècle, les nomades plantaient leurs tentes sur les sites de Ninive et de Babylone, dont la population mésopotamienne ne connaissait d’ailleurs même plus l’existence.
Certaines constatations troublantes (ressemblances entre l’Egypte ancienne et les civilisations américaines précolombiennes, entre les traditions péruviennes et japonaises, etc.), l’existence de découvertes archéologiques franchement étranges (statues géantes de l’île de Pâques, édifices cyclopéens des îles Carolines, ruines de Tiahuanaco au Pérou, terrasse de Baalbeck au Liban, découverte d’inscriptions grecques ou hébraïques en Amérique du Sud, etc.) peuvent, nous le verrons, donner naissance aux hypothèses les plus hardies sur l’existence de civilisations complètement inconnues de l’archéologie officielle.
On voit d’ailleurs les savants prendre de plus en plus en considération des hypothèses qui auraient fait hurler leurs prédécesseurs du siècle dernier. Que l’on songe, par exemple, à la stupide fureur négatrice avec laquelle les préhistoriens accueillirent toutes les communications relatives à l’art pictural des cavernes magdaléniennes d’Espagne et de France : les officiels mirent plus de vingt ans à cesser enfin, pour la seule caverne d’Altamira, de crier ex cathedra à la « mystification », à l’« affaire commerciale », etc., pour prendre enfin la décision qui convenait : se rendre sur les lieux, voir ce qu’il y avait exactement.
L’influence ancienne de l’Inde, de la Chine sur l’Amérique semble maintenant plus que probable. Quetzalcoatl était, nous l’avons vu, un dieu blanc venu de l’est qui, prenant congé du peuple qu’il avait civilisé, lui aurait prédit la venue future d’hommes blancs et barbus, venus par mer « de la région de l’est »... Avant les Espagnols, les Atlantes — très certainement de race blanche — avaient bel et bien colonisé le Mexique et l’Amérique centrale... Il semble tout aussi probable qu’il y a eu autrefois une influence de l’Extrême-Orient sur le premier développement des civilisations indiennes d’Amérique : le grand explorateur Humboldt l’avait bien pressenti119.
Mais que de conjectures curieuses peuvent être avancées sur l’Amérique précolombienne !
Les grandes fortifications primitives et les grands « tertres » (mounds) de la vallée du Mississipi offrent beaucoup de ressemblances avec des monuments analogues européens remontant à l’époque probable des grandes invasions aryennes : à la même époque, une race préhistorique blanche semble s’être implantée en Amérique septentrionale. Même à l’époque historique, que de mystères encore ! Songeons, par exemple, à la colonisation viking des côtes du Canada et de la Nouvelle Angleterre. On a pu montrer, par exemple, que les Indiens Narragansetts qui subsistèrent dans la région de
Boston jusqu’au début du siècle dernier, avaient, dans leur étrange mythologie et dans leur très complexe magie120, incorporé tout un héritage ésotérique venu des Vikings d’Islande.
On a découvert dans le nord-ouest des Etats-Unis, entre les Rocheuses et le Pacifique, des vestiges de grandes villes détruites, et dont les environs mêmes semblent avoir été désolés par quelque impensable cataclysme : ainsi se repose à nous le vieux problème du contact entre notre planète et des envahisseurs venus d’outre-ciel.
Civilisations extra-terrestres
Les nombreux dossiers accumulés sur les fameuses « soucoupes volantes » ont redonné un regain d’activité aux croyances selon lesquelles des civilisations non-humaines auraient pu précéder (et, parfois aussi, accompagner) l’apparition des premiers hommes sur la Terre.
Adamski et d’innombrables auteurs s’efforcent même de prouver qu’il existe depuis longtemps des contacts entre notre planète et des êtres extraterrestres.
Les plus récentes acquisitions de l’astronomie donnent effectivement à penser que, contrairement aux opinions scientifiques antérieures, c’est sans doute par milliards — et même par milliards de milliards — que des planètes ressemblant à la nôtre sont réparties dans la stupéfiante immensité de l’espace sidéral. Et, de même que l’humanité voit poindre l’époque où des engins lui permettront d’aller explorer les autres mondes planétaires, n’est-il pas hautement probable de concevoir que des êtres au développement plus avancé que le nôtre observent ce qui se passe à la surface terrestre ? Malheureusement, le fait est que les extra-terrestres semblent faire tout leur possible pour se dissimuler à nos yeux — ce qui peut d’ailleurs aisément s’expliquer : « Sur terre même le contact de deux cultures humaines de niveaux différents aboutit régulièrement au même résultat ; l’écroulement et la mort rapide de la culture moins évoluée. Et cela même en l’absence de toute hostilité121. »
N’y aurait-il pourtant pas sur notre globe des objets d’origine extraterrestre ?
Assurément, on connaît de très nombreuses météorites, dont certaines ont d’ailleurs été l’objet d’une vénération religieuse : c’est le cas de certaine « pierre noire » envoyée par le légendaire « Roi du Monde » au Dalaï-Lama du Tibet, puis transportée à Ourga, capitale de la Mongolie, et mystérieusement disparue au siècle dernier ; c’est le cas, extrêmement connu celui-là, de la fameuse pierre noire enchâssée dans la Kaabah de la Mecque...
Le poète allemand médiéval Wolfram d’Eschenbach nous parle du lapis exillis, pierre tombée du ciel sur laquelle des inscriptions apparaissent en certaines circonstances.
Il n’est pas impossible de croire à la possibilité d’objets, d’appareils, etc., transportés sur notre globe dans de grosses météorites : le thème est classique en science-fiction.
Les partisans de l’origine extra-terrestre des « objets volants non identifiés » (les fameuses soucoupes volantes) se montrent d’une assurance imperturbable dans nombre de leurs affirmations. Ils ne craindront pas, par exemple, de considérer comme un fait l’hypothèse122 d’une origine extraterrestre de l’humanité tout entière, ou de certaines d’entre elles : les Lémuriens, par exemple, ne seraient autre chose que des Vénusiens.
Il faut reconnaître qu’il n’existe aucune preuve scientifiquement recevable de l’activité ici-bas d’envahisseurs extra-terrestres. Même des choses d’allure vraiment prodigieuse s’expliquent en bien des cas par des causes tout à fait terrestres et naturelles. Prenons, par exemple, l’hallucinante régularité géométrique des blocs basaltiques de la Chaussée des Géants (en Irlande du Nord) ou de la Grotte de Fingall (au nord-ouest de l’Ecosse) : l’imagination se complaît à rêver des créatures fantastiques ayant réalisé d’inconcevables cités non humaines, alors que le jeu tout mécanique des forces plutoniennes explique la formation de ces prodiges apparents.
Nous ne pouvons que faire nôtre cette salutaire mise en garde de notre ami Aimé Michel :
« Certes, il est impossible de prouver qu’il n’y a jamais eu contact entre des hommes et des êtres d’un autre monde, pour la raison très simple qu’on ne peut jamais prouver l’inexistence de quoi que ce soit (...). En revanche, il est facile de prouver que tous les contacts affirmés et publiés jusqu’ici ne sont que monumentale et stupide escroquerie123. »
Le même auteur a raison de s’en prendre aux trop belles histoires d’hommes ayant échangé leurs impressions avec des êtres splendides venus d’une mystérieuse planète :
« Le moindre contact intellectuel avec des êtres nous dominant assez pour parcourir déjà les espaces sidéraux ou seulement planétaires aurait immédiatement fait exploser les fondements de notre culture, de notre morale, de nos religions, de même que l’arrivée des hommes dans une île peuplée uniquement d’animaux et de végétaux détruit en quelques années l’équilibre vital enfanté par les millénaires d’évolution concurrentielle des espèces. Si une telle explosion s’était produite, l’humanité et la terre entière seraient dans un état de chaos dont aucune catastrophe historique ne donne une idée. Et cela, je pense, ne serait pas resté inaperçu.
Est-ce à dire qu’il faille adopter le scepticisme de trop nombreux savants ? Aimé Michel ne le pense pas, qui s’en prend à l’hypothèse « terrifiante » selon laquelle l’homme de notre XXe siècle marquerait le seuil infranchissable de l’évolution biologique :
« Cela revient à affirmer que l’aboutissement automatique de toute évolution est l’apocalypse et l’écroulement total trois mille ans après l’apparition de la science. La montée de la vie, puis de l’esprit, puis de la science, serait ainsi limitée vers le haut par un seuil infranchissable, et le fait que nous préparions actuellement les premières tentatives astronautiques nous avertirait que nous sommes précisément sur ce seuil de l’apocalypse, puisque tout dans cette hypothèse devrait s’écrouler avant la réussite de l’aventure astronautique 124. »
Les visites faites à notre globe par des êtres ayant de beaucoup dépassé notre échelon biologique se révèlent comme tout à fait probables — nous semble-t-il, sans nous faire trop d’illusions sur des possibilités réelles de communication : « J’aurai beau affirmer — nous dit M. Aimé Michel — tant que je voudrai ma pratique du langage marmotte, jamais je n’arriverai à le charger, pour ma gentille interlocutrice, d’autres messages que ceux de son niveau. On ne peut expliquer en marmotte le théorème de Pythagore. En revanche, je pourrais, à la limite, connaître intégralement les « idées » de son niveau125. »
Il s’agit d’une loi biologique, fort bien énoncée par un ami de M. Michel, le naturaliste Jacques Lecomte :
« Nous pouvons entrer en rapports avec tous les êtres vivants à leur niveau, à condition que ce niveau soit inférieur au nôtre, ou plutôt que le nôtre les cumule126. »
Aimé Michel lui-même poursuit :
« Nous manœuvrons les bêtes notamment par notre sens du temps, qu’elles n’ont pas. Elles pourront cohabiter avec nous jusqu’à la fin des âges sans soupçonner jamais que leur destin s’est constamment joué dans des régions indiscernables pour elles, quoique leurs yeux n’aient jamais cessé de les voir127. »
Il est dès lors facile de conclure :
« ... la réponse à la question : Pourquoi n’y a-t-il pas de visiteurs de l’espace ? est peut-être celle-ci, d’une prodigieuse simplicité : il n’y en a pas parce que nos yeux seuls les voient, et pas notre esprit, qui ne peut pas (...). La souris qui ronge nos vieux bouquins voit physiquement, avec ses yeux, tout ce que nous voyons. Elle le voit, mais ne peut l’apercevoir128 ».
Aimé Michel, toujours lui, nous fait remarquer ce que doit être une attitude intellectuelle objective : « Les réalités les plus sûres furent d’abord rêvées : ne refusons donc pas de rêver, sans oublier que nous rêvons 129. »
C’est pourquoi nous estimons qu’il convient toujours : 1° de vérifier la matérialité des faits, qui ne doivent pas forcément être irréels (bien que pouvant fort bien, en de très nombreux cas, être déformés ou amplifiés) ; 2° de se demander le degré de vraisemblance de telle ou telle hypothèse, même si elle semble à première vue trop stupéfiante pour être vraie. Prenons, par exemple, l’idée selon laquelle il y aurait eu autrefois de prodigieuses civilisations d’insectes sociaux géants, venus ou non d’un autre monde planétaire. Rien ne s’oppose à la possibilité d’un tel état de choses, ni même à la découverte de vestiges concrets (de fourmilières ou termitières fossiles géantes, par exemple).
On peut retrouver ici, simplifiée, la théorie du baron d’Espiard de Colonge sur la Chute du Ciel :
« On dirait à première vue (...), tant tout paraît entassé sans ordre sur la surface terrestre, qu’un autre monde est tombé sur la terre ou s’y est ajouté en y précipitant ses débris 130. »
L’auteur précise d’ailleurs :
« Mais il peut bien (...) n’y avoir pas eu de choc, mais d’immenses débris tombés au passage fortuit trop rapproché d’un de ces grands corps planétaires 131. »
Le baron ne craint pas de tenter le recours aux preuves concrètes :
« Les Pyrénées semblent, dans une certaine mesure, une agglomération de rochers superposés, tombés encore enflammés du ciel et qui seraient venus s’éteindre là sur cette partie de la terre 132. »
On pense à ce propos aux traditions des Celtes sur une époque légendaire de « chute des pierres » : pour le baron d’Espiard de Colonge, les pierres druidiques n’auraient elles-mêmes été destinées qu’à rappeler le souvenir de ces formidables catastrophes célestes, dont les Gaulois se souvenaient peut-être quand ils craignaient de voir le ciel leur tomber sur la tête.
Dans l’occultisme contemporain, nous voyons les rêveries cosmogoniques se mêler volontiers à celles de type « science-fiction » : la Terre résulterait même — on a été jusqu’à le penser — de l’assemblage progressif de plusieurs mondes, chacune de ces planètes étant venue s’incruster en une masse planétaire unique et apportant avec elle la race humaine qui l’habitait avec ses propres traditions spirituelles... Dans cette perspective, les grandes fissures profondes de l’écorce terrestre résultent d’une sorte de processus de « cicatrisation ».
Nous vivons peut-être, finalement, sur plusieurs plans planétaires de réalité : dans la vie ordinaire nous n’en aurions que des perceptions confuses, dans les rêves et les songes.
En revanche, les légendes relatives à des villes et à des hommes « pétrifiés » sont susceptibles d’une interprétation scientifique. C’est ainsi que la destruction biblique de Sodome et Gomorrhe ne signifierait pas autre chose qu’une fantastique invasion d’êtres extra-terrestres dotés d’armes nucléaires.
Manfredus de Monte Imperiali, De herbis, un manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Paris, décrit les ruines fantastiques qui sont au fond du Lac Asphaltite (autre nom de la mer Morte). Des fouilles archéologiques entreprises en ces régions désolées ne manqueraient sûrement pas de révéler des surprises au savant ne craignant pas d’être obligé de recourir aux hypothèses les plus fabuleuses en apparence.
L’île de Pâques fut ainsi nommée parce que sa découverte officielle eut lieu précisément un lundi de Pâques (le 6 avril 1722), par le capitaine hollandais Jacob Roggeween, bien qu’elle ait été déjà signalée trente-six ans auparavant par le flibustier anglais Davis.
L’île de Pâques est aujourd’hui peu peuplée : au recensement de 1952, 762 indigènes et quelques blancs.
Cette faible population augmente la situation pathétique de cette île de 12 000 hectares, aride, perdue dans l’océan : l’île de Pâques est aussi éloignée de sa mère patrie : le Chili, que Paris l’est de l’Islande et en supprimant par la pensée toutes les terres qui se trouvent entre la capitale française et les côtes islandaises méridionales.
On a volontiers parlé de statues géantes au sujet desquelles les hypothèses les plus hardies ont été avancées : on a pu mettre en évidence, par exemple, la curieuse ressemblance qui existe entre l’écriture idéographique des inscriptions découvertes dans l’île et celle des tablettes d’argile mises au jour par les archéologues dans les ruines pré-aryennes de Mohenjo-Daro (dans la vallée de l’Indus).
Mais, même par elle-même, l’île de Pâques est pleine de mystères troublants. C’est déjà le cas pour le simple transport des statues colossales ou moai : à première vue, il semble que seuls des géants aient pu réaliser l’érection de ces colosses de pierre... Pourtant, les archéologues n’ont nul besoin de cette hypothèse fantastique :
« Il existe à ce sujet (le transport des statues) diverses traditions. D’après l’une, on plaçait des cailloux ronds sous le moai, on poussait, on tirait et il roulait ainsi jusqu’à destination. D’après une autre, les statues auraient été placées sur des troncs d’arbres, sortes de traîneaux roulant dans des rigoles existant encore aujourd’hui. Pour le transport, d’énormes poutres auraient été enfoncées dans le roc de la montagne, lesquelles poutres auraient soutenu de puissants câbles descendant jusqu’aux plates-formes. C’est en se penchant à ces câbles que les indigènes auraient transporté les plus lourdes charges133. »
La plupart de ces statues géantes reposent sur des socles élevés ; elles ont été taillées dans un seul bloc. Ces statues sont si nombreuses en certains points du rivage, qu’elles y forment une sorte de muraille presque ininterrompue. Le visage de ces colosses est toujours d’aspect sévère, avec des oreilles aux lobes très allongés ; le front est coiffé d’une sorte de cylindre.
Emerveillé par ces colosses, le capitaine Cook pouvait écrire, à la fin du XVIIIe siècle : « On ne peut concevoir comment ces Indiens, qui n’ont aucune connaissance en mécanique, ont pu élever des masses aussi étonnantes et ensuite placer au-dessus de grosses pierres cylindriques. » Nous avons vu que le transport et l’érection de ces colosses pouvaient pourtant s’expliquer sans faire intervenir des géants, et sans recourir, non plus, à une technique prodigieusement avancée.
Les fouilles récentes de Thor Heyerdahl semblent avoir montré que l’hypothèse d’un grand peuple navigateur permet de résoudre l’irritant mystère de l’île de Pâques : aux colonisateurs pré-incas venus du Pérou auraient succédé les Polynésiens. Thor Heyerdahl et ses collaborateurs ont eu le loisir de faire des fouilles longues et minutieuses, qui leur permirent de découvrir de nombreuses cavernes secrètes et, aussi, d’étudier les fameuses statues d’une manière approfondie : c’est ainsi que fut réalisé le dégagement complet de nombreuses statues, qui demeuraient depuis des siècles ensevelies dans le sable jusqu’au cou. Ainsi purent enfin être complètement éclaircis les problèmes de la taille, du transport, de l’érection des colosses, et de présumer avec quelque certitude l’origine du peuple auquel sont dus ces bien étranges merveilles134.
Thor Heyerdhal pouvait conclure :
« Les colosses roux aux traits classiques ont été faits par des marins venus d’un pays auquel l’expérience de plusieurs générations avait appris à manœuvrer les monolithes135. »
L’éminent archéologue norvégien put ainsi mettre en évidence des ressemblances significatives entre les colosses pascuans et les statues géantes érigées au Pérou à l’époque pré-inca : l’érection de celles-ci est bien antérieure à la réalisation des sculptures de l’île de Pâques. Voici donc ce qu’il en est : un peuple très civilisé, venu autrefois de l’ancien Pérou, est responsable de l’étrange civilisation pascuane.
De plus, Thor Heyerdahl réussit à obtenir la confiance de membres de l’aristocratie indigène : les descendants directs des « longues-Oreilles » ayant érigé les statues géantes ; ces Pascuans permirent aux savants d’étudier les objets pieusement conservés par chaque famille dans des cavernes secrètes scellées.
Et il n’y a pas que les colosses comme vestiges archéologiques :
« A l’extrémité sud de l’île il y a — nous fait observer M.J. Thomson — de 80 à 100 maisons de pierre, bâties en ligne régulière contre une terrasse de roc ou de terre qui, dans certains cas, forme le mur du fond des constructions. Les murs de ces habitations particulières mesurent cinq pieds d’épaisseur et quatre pieds et demi de hauteur. Les portes... n’ont pas plus de vingt pouces de haut et dix-neuf pouces de large. Les murs sont faits de pierres irrégulières. Ces dernières sont peintes en rouge, blanc et noir, montrant des oiseaux, des visages et différentes figures. Près des maisons les rochers sont sculptés en formes étranges et rappellent des faces humaines, des tortues, des oiseaux, des poissons et des animaux mythiques. »
Mais, dira-t-on, l’île de Pâques ne serait-elle que le mince vestige d’un ensemble autrefois plus important ? Selon Macmillan Brown, Rapa-Nui formait autrefois le centre de tout un archipel aujourd’hui disparu, et dont elle constituait l’île sacrée, avec les tombeaux des grands chefs. Le fait est que l’île de Pâques se révèle incapable de subvenir par elle-même aux besoins de sa population ; même autrefois, c’était une terre d’une désolante stérilité. Pourtant, tous les archéologues sont loin de croire au grand archipel disparu ni même au continent légendaire de Mu.
Tout aussi fascinant se révèle le mystère des tablettes hiéroglyphiques de l’île de Pâques : il s’agit de petites tablettes de bois couvertes sur les deux faces de signes hiéroglyphes ; ceux-ci se chantent, et toujours en suivant les lignes d’écriture alternativement de droite à gauche et de gauche à droite, en débutant par l’extrémité inférieure du recto pour remonter vers le haut, puis tourner la tablette et suivre alors les lignes du haut du verso jusqu’en bas. Il ne s’agit pas du tout de lettres, mais de caractères idéographiques, dont chacun représente un objet, un être ou une idée.
On a pu montrer qu’il y a similitude parfaite entre cette écriture des tablettes rongo-rongo de l’île de Pâques et celles découvertes sur des vestiges (vieux de près de cinq millénaires) des sites archéologiques de la vallée de l’Indus (situés à 20 000 kilomètres de distance de Rapa-Nui) : ce fut le patient travail du grand savant hongrois Hevesy (1933.
G. de Hevesy, s’écriait, dans la conclusion de sa conférence faite à Paris le 14 décembre 1932 :
« ... que voyons-nous en Polynésie ? Nous n’y trouvons pas encore les émanations les plus anciennes de la culture humaine, comme la roue, les appareils à filer et à tisser, le bronze. Jamais on n’en a découvert, nulle part, en Océanie. Mais on y a découvert une écriture ».
L’écriture pascuane se trouve sur les énigmatiques bois parlants découverts dans l’île. Malheureusement, une double fatalité s’est acharnée sur la plupart de ces documents, dont il ne reste que de rares spécimens : le zèle évangélique des premiers missionnaires chrétiens, qui a entraîné la destruction de nombre de ces tablettes ; et surtout, en 1862, une féroce expédition de pirates péruviens, venus razzier de la main-d’œuvre indigène et qui massacrèrent les « sorciers » qui connaissaient toutes les traditions ésotériques de l’île.
Le mystère de l’île de Pâques a donné lieu à toutes sortes d’interprétations. La plus extraordinaire de ces tentatives est celle de l’astrologue français Dom Néroman, qui se fonde sur les « révélations » faites au printemps 1935 par un médium italien.
Dom Néroman commence par nous rappeler ce qu’est l’île de Pâques, terre incroyablement isolée, ayant la forme approximative d’un triangle rectangle (dont les côtés ont respectivement 16, 18 et 20 kilomètres, et dont les sommets seraient les trois anciens pitons volcaniques de l’île). Rapa-Nui est une île désolée, ne possédant ni sources, ni cours d’eau, et où ne pousse qu’une végétation rare et squelettique. Un témoin oculaire, l’amiral de Lappelin, a fort bien défini l’impression ressentie en ces lieux : « Les dolmens néolithiques, les immenses temples des Incas, les monuments de l’Égypte, sont moins étonnants que les statues colossales de l’île de Pâques, quand on réfléchit à la pauvreté du lieu et à son isolement. »
On songera qu’il n’est pas rare de rencontrer des colosses de vingt mètres de haut dont le poids atteint parfois vingt-cinq tonnes ; et rappelons-nous que les officiers du navire de guerre français « Topaze », pour enlever une statue de deux mètres cinquante seulement, durent employer à cette tâche plus de cinq cents marins et un matériel moderne. Et les hommes qui sculptèrent ces gigantesques monuments ne disposaient pas, eux, de ces appareils perfectionnés, ni par ailleurs, d’animaux de trait (chevaux ou bœufs).
Mais Dom Néroman oriente alors notre attention vers de tout petits vestiges archéologiques pascuans : il s’agit, cette fois, des bois sculptés de l’époque pré-archaïque (c’est-à-dire de l’époque où se sont établis dans l’île les premiers hommes, qui venaient d’une autre région du monde). Ces petites statuettes nous montrent des hommes parvenus à un horrible état de misère physiologique : amaigrissement squelettique, dos voûté, etc. ; mais les yeux de ces êtres sont extraordinairement vifs, lumineux, comme en extase, ce qui fait penser à l’un des noms archaïques de l’île de Pâques : Mata-kiteragi, « les yeux qui regardent le ciel ».
Mais d’où venaient ces hommes ?
Dom Néroman se refuse à considérer l’île de Pâques comme le sommet d’un continent englouti ; il considère Rapa-Nui comme une colonie lointaine fondée à l’extrémité du Pacifique par une ancienne civilisation qui se développait, plusieurs millénaires avant notre ère, de la vallée de l’Indus à la Mésopotamie : ce peuple serait passé de l’Inde à l’île de Pâques par l’intermédiaire de l’Indochine et de l’Indonésie, des archipels micronésiens, des îles Marquises, de Tahiti et enfin des Gambier.
Voici la révélation étonnante faite à Dom Néroman par son médium : l’Italienne Béatrice Valvonesi. Ce n’est pas du tout par hasard, nous dit cette explicatica « mediumnique », que l’île de Pâques se trouve aux antipodes mêmes de la vallée de l’Indus. Le peuple qui habitait autrefois cette dernière région est parti à la recherche, précisément, de l’exacte terre antipode :
« ... il y a sept mille ans, le peuple le plus cultivé, le plus instruit des secrets du Cosmos, était celui de la vallée de l’Indus. Il savait, en particulier, que notre globe se meut dans un champ d’ondes cosmiques, analogue aux champs magnétiques ou électriques que nous connaissons aujourd’hui et qu’il leur est perméable, se comportant dans ce champ comme le fait une boule de fer intercalée dans l’entrefer d’un électroaimant ; il savait en outre et surtout que l’on peut polariser le globe, par un dispositif qui crée en lui deux pôles identiques à ceux que crée le champ magnétique dans une boule de fer, de façon telle que les ondes cosmiques entrent par le pôle positif et traversent le globe pour en ressortir au pôle négatif, diamétralement opposé, « antipode », apportant les dons du ciel à la terre, et l’abandonnant à la sortie » ; ils savaient enfin que deux pôles opposés sont également chargés des contraires, que par exemple le degré de fertilité du pôle positif est constamment égal au degré de stérilité du pôle négatif. Dès lors, désirant pour leur patrie le maximum d’ondes bénéfiques, se traduisant par la fertilité du sol, la santé de la race, l’épanouissement de la vie, ils ont décidé d’installer au pôle opposé le « collecteur » d’ondes maléfiques, traduites par la stérilité végétale, le dépérissement de la race, la généralisation de l’état morbide entraînant vers la mort136 ». —
Le « collecteur » des ondes maléfiques n’était autre que les statues colossales.
Ainsi, des volontaires se vouaient délibérément à la maladie, à la faim, à la soif et finalement à la mort et, ce par pire charité : à chaque homme-squelette du « pôle de la mort » correspondait un homme florissant de santé au « pôle de la vie » (la vallée de l’Indus).
Thèses occultistes ou théosophiques, on trouve une prédilection manifeste pour la romantique hypothèse d’une sorte d’Atlantide pacifique : le continent de Mu révélé par Churchward, et dont l’île de Pâques serait l’un des vestiges.
A l’opposé, nous trouvons l’opinion de nombreux océanistes, qui s’efforcent de montrer que l’île de Pâques est loin, au fond, d’être un paradoxe océanien.
M. Henri Lavachery, par exemple, nous fait observer : « Si on analyse une à une toutes les manifestations de la civilisation pascuane antique, on constate aussi bien un parallélisme constant avec les faits observés depuis longtemps en Polynésie. » Le même auteur pense que l’île des colosses a dû n’être peuplée qu’au XIIe ou XIIIe siècle de notre ère, par des naturels polynésiens venus des îles Gambier.
Pourtant, l’île de Pâques ne se laisse pas aisément priver de tout mystère. On n’aura pas fini de rêver sur ce roc solitaire, qui semble monter la garde à l’extrême pointe orientale des archipels océaniens, par de latitude sud et 109°20’ de longitude ouest.
L’île de Pâques n’est pas le seul site océanien doté de monuments énigmatiques, capables de nous faire rêver au légendaire continent de Mu.
Les douze sommets de l’île de Rapaïti sont dotés de ruines envahies par la végétation mais où les fouilles de Thor Heyerdahl et de ses compagnons ont pu dégager des terrasses, des pyramides137.
Selon l’archéologue américain Macmillan Brown, il a autrefois existé tout un puissant empire polynésien du Pacifique ; sa capitale était à Ponape, dans les Carolines, là où se trouvent des ruines cyclopéennes vraiment extraordinaires, ainsi décrites par Jean Dorsenne : « D’immenses constructions dressées sur des îlots carrés ou rectangulaires artificiels exhaussés par un parapet, d’énormes blocs de basalte font de Ponape une extraordinaire Venise cyclopéenne. »
Le grand romancier américain de science-fiction Abraham Merritt place dans ce site l’entrée d’une civilisation, réfugiée depuis des millénaires dans les abîmes incroyables situés sous le Pacifique lui-même, en plein centre de la terre138.
Signalons aussi : les ruines importantes de Kukii, aux îles Hawaï ; la mystérieuse plate-forme de pierre rouge qui se trouve au sommet des îles Navigator ; les lourdes colonnes, en forme de cône tronqué, qui se trouvent réparties dans les îles Mariannes.
Donnons également l’intéressante coupure de presse ci-après :
« Les frères Bruce et Sheridan Fahrestack sont de retour à New York après une expédition de deux années aux îles du Pacifique. Ils ont notamment découvert dans l’île de Vanua Levu, appartenant au groupe des Fidji, un monolithe de 40 tonnes où sont gravés des caractères inconnus et qui constitue un véritable mystère archéologique.
« Etant donné l’état actuel d’inculture des insulaires des mers du Sud, on ne s’explique pas le degré d’habileté avec laquelle ce monolithe a été gravé. Ce monolithe serait le témoin d’une civilisation disparue ou encore d’un continent englouti et connu légendairement sous le nom de Mu139. »
Dans l’île de Mangaia (au sud des îles Cook), on a découvert des vestiges ressemblant à ceux de l’île de Pâques. Sur l’atoll de Tonga-Tabou on trouve une grande arche de pierre pesant plus de 170 tonnes.
Mais l’ensemble le plus significatif reste les vastes ruines — déjà citées — qui se trouvent aux îles Carolines : à Ponape, nous trouvons les ruines d’un extraordinaire temple en basalte, dont les murs ont encore plus de 10 mètres de haut ; ce colossal édifice est entouré de nombreuses ruines secondaires, d’un labyrinthe de canaux, de terrassements, etc. Sous l’ensemble court tout un dédale de souterrains. Churchward considérait ce site fascinant comme les ruines de l’une des sept cités saintes de Mu...
Il faudrait évidemment poursuivre des fouilles archéologiques très poussées avant de pouvoir se prononcer ; mais le jeu, croyons-nous, en vaudrait la chandelle.
Mais nous n’en avons pas fini avec les monuments étranges : voici, cette fois, les rochers sculptés découverts par M. Daniel Ruzo sur le plateau de Marcahuasi (au Pérou), et qui sont peut-être contemporains des alignements de Stonehenge et de Carnac, des personnages sculptés du Somerset, des rochers de la rivière Nam-Ou (au Laos), etc.
Les rochers sculptés de Marcahuasi sont l’œuvre d’une civilisation sud-américaine inconnue, que notre ami Daniel Ruzo a, nous le verrons, baptisée du nom de culture Masma. Ces bizarres monuments sont de type mégalithique, mais diffèrent de tout ce qui était jusqu’ici connu, dans les Andes et ailleurs dans le monde. Ces rochers sculptés sont en effet à deux dimensions : de plus, ils doivent être regardés d’un endroit déterminé du site si l’observateur veut voir clairement tous les détails (il faut, par exemple, se placer dans un siège de pierre situé sur un rocher tout juste devant le roc nommé « Santa Maria » pour être à même de voir le Lion mexicain). Il y a plus : la plupart des monuments doivent être regardés à un certain moment du jour pour devenir vraiment évidents pour l’observateur. Autre trait : la simultanéité, les côtés et le derrière des rochers étant également à prendre en considération, et non seulement la face principale d’un roc.
Les mystérieux créateurs de cette innombrable réunion de rochers sculptés sont partis, semble-t-il, des contours déjà suggérés par les particularités géologiques, par les jeux différents de l’érosion atmosphérique en particulier. Les réalisateurs des monuments de Marcahuasi ont pu ainsi choisir des blocs dont la forme était suggestive (un lion, un homme, etc.) ; ils se sont ensuite affairés à « perfectionner » les fantaisies de la nature en accentuant les traits les plus significatifs. C’est ainsi que l’archéologie peut distinguer les périodes suivantes dans l’histoire du site : 1. Epoque « géologique » (formations naturelles) ; 2. La réalisation progressive des monuments par un peuple inconnu ; 3. La destruction brusque de la civilisation de Marcahuasi par une submersion peut-être aquatique, qui aurait enlevé toutes les « superstructures » telles que maisons d’habitation, etc. ; 4. L’érosion naturelle continuant de s’exercer sur les rochers sculptés.
Le plateau de Marcahuasi comporte vraiment trop de rochers sculptés sur une étendue relativement petite et présentant des formes très spéciales (« tête d’Inca », lions, oiseaux, crapauds, tortues, pachydermes, etc.) pour n’être rien de plus que des fantaisies géologiques. Le site tout entier forme, de toute évidence, une vaste enceinte sacrée, servant à l’accomplissement de rites religieux et magiques.
Tous ces rochers sculptés ne deviennent — on l’a vu — apparents qu’à un certain moment de la journée (le matin, midi, le soir) ou même à une période très précise de l’année, les deux solstices en tout premier lieu.
Ces sculptures, qui représentent des hommes ou des animaux, ne sont bien visibles, au surplus, que par un seul observateur privilégié. Le rocher sculpté en forme de « Lion mexicain » par exemple, est visible à midi, puis s’efface graduellement dès qu’arrive 1 heure.
M. Daniel Ruzo a pu, par d’inlassables observations, découvrir que les étranges rochers de son plateau péruvien ne sont pas un splendide caprice de la nature mais une sorte de primitif temple solaire :
« On peut affirmer qu’il y a des rapports entre certains points de ces monuments et les lignes extrêmes ou médianes de la déclinaison du soleil ; on peut affirmer pareillement que les ombres que projettent ces monuments ont été calculées parfois pour produire des représentations anthropomorphes et zoomorphes ; parfois, aussi, pour parcourir, de juin à décembre et de décembre à juin, un secteur déterminé 140. »
Utilisant la délicate technique de la photographie infra-rouge, notre ami péruvien a même pu révéler des figures qui n’apparaissent pas à l’observation normale, ce qui laisse pressentir l’existence de connaissances techniques, en certains domaines très particuliers, d’un niveau élevé... Pourtant, la civilisation de Marcahuasi semble remonter à une dizaine de milliers d’années, bien avant les origines lointaines mêmes de la puissance militaire et politique de l’Empire inca.
Le nom même de ce plateau de Marcahuasi est, lui, une appellation donnée durant la période inca.
Ces rochers sculptés et orientés forment un ensemble situé à 11° 46’ 40,9״ de latitude sud et 76° 35’ 26,3״ de longitude ouest, dans le département de Lima ; long de 3 kilomètres et large de 1 kilomètre, ce plateau est situé au cœur des Andes, entre les vallées de Santa Eulalia et de Rimac. Sur tout le site, les travaux se révèlent comme ayant été exécutés à l’époque préhistorique, soit dans le roc vif lui-même, soit par l’assemblage d’énormes blocs de pierre. L’altitude du site est remarquable : ce plateau, accessible seulement par un sentier muletier, est situé à 3 600 mètres d’altitude. Cet extraordinaire ensemble est étudié méthodiquement par M. Daniel Ruzo, depuis 1952, date de la découverte initiale. Une seule conclusion s’est inexorablement imposée à lui : l’existence d’une très ancienne civilisation que M. Ruzo appelle la culture Masma. Voici d’ailleurs pourquoi ce nom a été choisi : « J’ai appelé Masma ce peuple de sculpteurs, car, depuis un temps immémorial, on désigne, par ce nom, une vallée et une ville qui se trouvent dans la région centrale du Pérou, habitée par les Huancas jusqu’à l’arrivée des Espagnols141. »
Notons aussi que M. Ruzo a pu également prouver l’existence en ces lieux d’un complexe système hydrographique destiné à emmagasiner l’eau des pluies et à la répartir ensuite, durant les six mois de sécheresse, dans toute la contrée avoisinante. Le système comportait ainsi douze lacs artificiels, dont deux sont d’ailleurs encore utilisés par les Indiens de la région. Remarque significative : « Sur les rives de ces lacs, des figures ont été sculptées qui devaient se refléter dans l’eau, formant des effets étonnants142. »
D’après les chroniques de la conquête espagnole du Pérou, l’Inca Tupac Yupanqui aurait eu connaissance de ces sculptures en pierre anthropomorphiques et zoomorphiques réparties en diverses régions du Pérou, et attribuées — il faut le noter — à une race légendaire d’hommes blancs et barbus : on retombe ici encore sur l’une des facettes du mythe de l’Atlantide.
Le plateau de Marcahuasi est d’ailleurs fort riche en détails significatifs : c’est ainsi qu’on y rencontre des figures anthropomorphiques qui représentent quatre races humaines, dont la race noire. Ainsi se trouve attestée cette grande vérité pressentie par les mythes et par les théosophies : le fait que, même dans la plus haute antiquité, l’Amérique n’a jamais constitué un continent se développant en vase clos...
Même en laissant de côté toute hypothèse atlantidienne, les découvertes de Marcahuasi sont bien significatives. Écoutons M. Daniel Ruzo : « Tout cela incite à croire à l’existence d’une race de sculpteurs au Pérou qui fit de Marcahuasi son plus important centre religieux et, pour cette raison, le décora à profusion. Nous pourrions rapprocher cette race de sculpteurs des artistes préhistoriques qui ont décoré, avec des peintures murales, les cavernes d’Europe143. »
Il semble y avoir une parenté manifeste entre les sculptures primitives de Marcahuasi et celles, beaucoup plus élaborées, qui décorent l’île de Pâques ; la technique est, au fond, la même dans les deux cas, et se marque par des traits significatifs : par exemple, la tête des personnages est représentée sans yeux, c’est l’ombre même des sourcils qui dessine l’œil au fond de son orbite...
Il y a plus étrange : l’examen attentif des rochers de Marcahuasi nous prouve que leurs constructeurs connaissaient des animaux préhistoriques comme le stégosaurus... des espèces animales depuis longtemps disparues en Amérique ou n’y ayant jamais vécu (le lion, le cheval, l’éléphant, le chameau), des races humaines venant des autres continents (Europe, Asie, Afrique).
Même si l’archéologie scientifique peut se permettre de laisser de côté ces parallélismes stupéfiants, il n’en reste pas moins que la magnifique découverte du plateau de Marcahuasi restera l’une des plus belles de l’archéologie préhistorique. Comme le dit M. Daniel Ruzo, « le monde savant se verra bientôt obligé d’admettre que, sur toute la surface de la terre, des préhistoriques, postérieurs aux peintres des cavernes, ont sculpté la roche naturelle pour exprimer leurs plus hautes conceptions ».
Le plateau péruvien de Marcahuasi n’est pas un site isolé : en s’en donnant la peine, on pourrait découvrir dans tous les continents des sites analogues.
On peut penser aux fameux « chaos » rocheux de Fontainebleau, des Vaux de Cernay et d’autres sites forestiers des environs de Paris ; il s’agit — semble-t-il — de travaux sculptés de la plus haute antiquité, mais qui sont si rognés depuis des siècles que seul l’œil exercé parvient à reconnaître le travail ancien des hommes. Un peu partout dans le monde, nous voyons ainsi de ces fantastiques lieux magiques et religieux, où les rocs naturels ont été taillés par des civilisations complètement inconnues de l’archéologie classique.
L’usage des fort nombreux abris rocheux du massif de Fontainebleau par des populations préhistoriques ne fait aucun doute. Le grand préhistorien Baudet a pu recenser environ 1 700 grottes ou abris comportant des gravures, graffiti, voire même des peintures (ces dernières représentant des motifs géométriques ou au contraire, des scènes figuratives)... Il ne serait donc pas du tout absurde de procéder, méthodiquement, à des recherches portant cette fois sur l’utilisation religieuse de l’aspect si tourmenté des grès, singulièrement propices à un ensemble rituel144.
On notera d’ailleurs avec intérêt qu’il semble exister encore une société secrète, pratiquant des rites lunaires et dont les fidèles se réunissent dans un chaos rocheux de la Forêt bellifontaine.
Le célèbre château de Montségur se révèle établi sur un soubassement (qui était à l’origine un temple druidique) de rochers bruts.
Un ensemble significatif est constitué par les grandes statues menhirs qui se trouvent dans la région de la vallée du Taravo (en Corse), à une quarantaine de kilomètres au sud d’Ajaccio : ces découvertes ont été magistralement étudiées par M. Roger Grosjean, du C.N.R.S. et élève de l’abbé Breuil, l’éminent préhistorien français.
La moitié des statues mégalithiques de Corse sont d’ailleurs concentrées dans cette vallée du Taravo.
En 1955, M. Grosjean put aussi découvrir, près du hameau de Filitosa, toute une très ancienne forteresse : des murs cyclopéens comportant, à l’extrémité, une tour en gros appareil et, au centre, un tumulus de pierres et de terre.
A l’inverse de celles du Midi de la France et d’Italie, les statues-menhirs de Corse ne semblent pas avoir été des effigies de divinités, mais des monuments funéraires élevés à de hauts personnages. Tout laisse présumer que cette civilisation mégalithique du sud de la Corse est sans doute originaire de la Méditerranée orientale. Elle n’est sans doute pas postérieure au second millénaire avant notre ère, et semble avoir été détruite vers 1500 avant Jésus-Christ par une autre civilisation, celle des « constructeurs de tours ».
Il y a eu très certainement, dans la protohistoire et au début de l’antiquité, des liens entre la Corse d’une part, et la Bretagne, l’Ecosse, le Pays de Galles de l’autre.
En Asie, par exemple, nous aurions les rochers sculptés du lac Baïkal, en Sibérie : « ... les légendes locales — remarquait un voyageur français empruntant le Transsibérien au cours de l’année 1900 — font au Baïkal une beauté particulière. Son nom signifie Mer Riche ; les indigènes l’appellent souvent Mer Sainte, car ses caps rocheux, parfois taillés en forme de face humaine, sont visiblement des divinités. Tel le cap Chamansk qui est le dieu Dianda lui-même, un dieu paterne dont tout un peuple tourbillonnant d’oiseaux habite la bouche et les yeux145. »
Les spécialistes les plus éminents estiment maintenant que la civilisation dite mégalithique — celle des constructeurs de dolmens — s’est infiltrée en Europe entre 2 500 et 3 000 avant notre ère et qu’elle venait sans doute de l’Inde et du Moyen-Orient, pour s’établir dans tout le bassin de la Méditerranée occidentale ; elle se serait dirigée ensuite vers le nord, pour atteindre, environ un millénaire plus tard, la Bretagne, les Iles Britanniques, les pays germaniques et scandinaves. C’est ainsi que cette civilisation mégalithique aurait constitué un vaste lien protohistorique entre des régions européennes bien distantes l’une de l’autre : la Corse, la Bretagne, l’Allemagne du Nord, le Pays de Galles, l’Irlande et l’Écosse... Divers indices tendent à confirmer cette hypothèse : pour le monument de Stonehenge, par exemple, les évaluations récentes (celles au carbone 14) sembleraient fixer l’ancienneté vers 1800-2000 ans avant notre ère.
Il est vrai qu’il faut se méfier des hypothèses trop exclusives ; l’idée d’une origine orientale de la civilisation mégalithique n’élimine peut-être pas complètement une autre hypothèse : celle d’une origine hyperboréenne, que sembleraient confirmer certains mythes.
L’aspect étrange, fantastique des dolmens, menhirs, etc., explique, dans le folklore populaire, l’association fréquente des mégalithes aux génies, aux géants, aux nains, aux fées... Naturellement aussi, il y a les histoires de trésors fabuleux. Cambry, par exemple, nous relate une curieuse tradition, selon laquelle l’une des grosses pierres de Carnac recouvrirait un immense trésor : « Un calcul, dont on ne trouverait la clef que dans la Tour de Londres, pourrait seul en indiquer la place... »
Toutes sortes de prodiges sont relatés, en Bretagne tout spécialement : les menhirs poussent comme des arbres, décroissent, vont boire ou se baigner à la rivière, marchent ou dansent, parlent, pivotent sur eux-mêmes !
Un vieux matelot breton révéla au celtologue Cambry qu’au mois de juin de chaque année les anciens ajoutaient une pierre aux alignements de Carnac, et que ceux-ci étaient mystérieusement illuminés la nuit précédant la fantastique cérémonie.
Quand on passe à la réalité archéologique, des problèmes passionnants se posent aux chercheurs.
Les mégalithes ne sont pas du tout disposés au hasard, bien au contraire : ces monuments ont incontestablement été dressés par des hommes qui connaissaient très bien l’astronomie de position et, aussi la marche apparente périodique du soleil.
Un préhistorien français de grand renom, le Dr Marcel Baudouin, a procédé, par exemple, à l’étude méthodique des représentations gravées sur la grande Table du dolmen connu sous le nom de Hy-zogée, de La Source, au Castellet (commune de Fontvieille, dans les Bouches-du-Rhône). On y remarque le grand symbole du Cheval solaire attelé au Char solaire décrivant sa course sur la voûte céleste de l’Orient à l’Occident. Il existe bien d’autres représentations symboliques de chevaux, gravées sur des mégalithes... Généralisant les résultats des recherches analogues, extrêmement poussées, méthodiquement poursuivies pendant des années, le Dr Baudouin pouvait conclure, dans un mémoire présenté en 1917 à la Société parisienne d’Anthropologie : « ... la Préhistoire terrestre, c’est l’histoire, jadis inconnue, des relations astronomiques forcées du Soleil et des étoiles, que les monuments, par leurs orientations, ont écrites sur le sol,... c’est le mythe des constellations, prises pour des divinités, mythe qui seul est la cause de l’évolution de la civilisation. »
Sans cesse s’impose à l’archéologue le rôle des observations des astres dans l’érection et l’orientation des divers monuments mégalithiques : menhirs, dolmens, cromlechs, etc. Il s’agit toujours de monuments dressés par des peuples dont les fêtes cultuelles devaient être célébrées aux dates adéquates, déterminées par la connaissance précise des diverses lignes stello-solaires, des déplacements journaliers et saisonniers des rayons solaires, bref de toute l’astronomie des apparences.
Le Dr Baudouin a pu étudier dans l’île d’Yeu (en Vendée) des rochers à cupules, d’époque mégalithique et qui ne peuvent s’expliquer qu’en les considérant comme la représentation matérielle de la constellation des Pléiades, à diverses époques allant de dix mille ans environ avant Jésus-Christ au sixième millénaire avant notre ère. L’étude des monuments mégalithiques peut ainsi nous permettre de savoir avec précision la remarquable précision des connaissances astronomiques des hommes ayant érigé dolmens et menhirs et pour qui la voûte céleste semblait tourner tout autour du même axe ; ces populations connaissaient bien le mouvement et l’éclat des diverses constellations, la marche apparente du soleil sur la sphère céleste, etc.
L’orientation solaire voulue des monuments mégalithiques est particulièrement manifeste dans les grands ensembles comme Stonehenge ou les alignements du Morbihan.
Les alignements du Morbihan, par exemple, sont orientés dans des directions extrêmement précises, déterminées par la variation du levant durant l’année, les dates cruciales étant, à cet égard, les débuts des mois de novembre, février, mai et août (c’est-à-dire — notons-le — les dates moyennes des principales périodes de l’année agricole dans la région considérée)...
Si un observateur se place en un point donné du cromlech du golfe du Morbihan, il verra le soleil se lever au-dessous de certains menhirs placés en travers des alignements de Carnac ; les dates significatives sont alors celles des solstices et des équinoxes.
On a depuis longtemps abandonné l’hypothèse romantique qui faisait des dolmens les autels utilisés par les druides pour leurs sacrifices sanglants. Les druides ont hérité de monuments qui leur étaient antérieurs : menhirs, dolmens, alignements sont les lieux de culte édifiés par des populations néolithiques, qui suivaient un calendrier rituel déterminé par la place du soleil aux solstices et aux équinoxes respectivement.
Certains mégalithes sont ornés de curieux signes ou symboles : les plus étranges sont sans doute les pictogrammes serpentiformes de la chambre souterraine du tumulus de Gavr’inis146, dont la majorité — 23 sur 29 — des supports sont entièrement gravés. On y reconnaît des serpents réduits au schéma de la spirale, des cornes, des pieds humains, une effigie de la déesse des morts... Le fantastique caveau de Gavr’inis fait irrésistiblement songer le visiteur aux cryptes redoutables décrites dans certains contes de Lovecraft ; contrairement à l’opinion courante, il ne s’agit sûrement pas d’une ancienne tombe, mais, bien plutôt, d’un petit temple servant de « sépulcre » pour des rites d’initiation... A l’époque où fut érigé ce tumulus de Gavr’inis dont le nom signifie « île de la chèvre », il n’était pas — notons-le — au milieu d’une île, mais sur la terre ferme : le golfe du Morbihan ne s’est en effet creusé que lors d’une submersion tardive. Pourtant l’étrange tumulus de Gavr’inis semble encore plus imposant isolé dans son île ; et notre ami Marius Le-page nous fait (dans une lettre du 24 septembre 1960) la fort intéressante remarque suivante : « Or, un jour que j’allais justement à Gavr’inis (en barque), et que je regardais les tourbillons de la marée descendante, j’ai reconnu dans certains de ces tourbillons — notamment dans les doubles spirales qu’ils forment par endroits — exactement les tracés de l’intérieur du tumulus. » Le fait mérite d’être médité : ne pourrait-on imaginer que les constructeurs de Gavr’inis savaient que la région était destinée à connaître une submersion marine, qui donnerait à Gavr’inis sa véritable situation ?
On peut associer aux constructeurs des mégalithes tout un déjà complexe ésotérisme religieux. De cette période datent divers monuments étranges, qui figurent, en relief sur le sol, le grand symbole du serpent. C’est le cas pour le site d’Abury (en Angleterre) et pour le grand monument américain qui se trouve dans l’Ohio, près de la rivière de Busch-Creek : là, nous pouvons voir la figure d’un immense serpent en partie enroulé sur lui-même et en partie déroulé ; il ondule et sa gueule ouverte est en train d’ « avaler » l’enceinte ovale qui entoure un petit tumulus oblong.
La construction des mégalithes se révèle comme un phénomène d’une ampleur significative ; et dont la cause immédiate fut peut-être la fin de la dernière glaciation préhistorique : vers le dixième millénaire avant notre ère, les formidables glaciers qui avaient si longtemps recouvert l’Europe se retirent enfin vers le nord ; ce grand changement climatique entraînera évidemment une grande transformation des modes d’existence. C’est alors qu’apparaît en Europe la culture, l’élevage, les premiers véritables villages. Un commerce intense caractérise cette période, qui est celle de la civilisation dolménique proprement dite : celle-ci se répandra de l’Inde à l’extrémité de l’Europe, sans doute par la Russie méridionale et le Proche-Orient. L’apogée de cette culture se plaçant entre le quatrième et le premier millénaire avant notre ère.
L’époque où se place la construction de dolmens et menhirs est donc antérieure à celle des Gaulois, qui débute à l’âge du bronze alors que les mégalithes sont axés sur l’âge néolithique. Il est vrai qu’il faut faire intervenir les interférences culturelles : l’idée populaire de « pierres druidiques » a partiellement raison, les druides ayant effectivement utilisé pour leur culte les étranges monuments édifiés avant eux par les néolithiques adorateurs de la Terre-Mère.
Quant au nom même de ces monuments, il est emprunté au grec : « mégalithiques » vient de megas, « grand » et lithos, « pierre » ou « rocher ».
Dans les traditions populaires, on voit dolmens et menhirs volontiers associés à une mystérieuse population d’êtres à la taille exiguë, assimilés à des créatures surnaturelles : c’est le « petit peuple » des légendes populaires anglaises.
En Bretagne, les dolmens sont considérés comme les habitations des Poulpiquets ou des Kérions, peuples nains qui habitaient autrefois le pays et dont le souvenir s’est conservé dans la région.
A propos de l’époque où placer l’érection des monuments mégalithiques, des thèses extrêmes se sont affrontées — séparées par un intervalle de onze ou douze mille ans, allant du dixième millénaire avant notre ère, jusqu’au premier après Jésus-Christ. Pourtant, on tend à mieux délimiter maintenant la date d’établissement du peuple migrateur qui a, en Europe occidentale, précédé les Celtes et auquel il faut attribuer les prétendues « pierres druidiques » et les autres monuments d’origine analogue. Il semble donc bien qu’il faille renoncer aux datations fabuleuses que l’on serait parfois tenté d’assigner aux dolmens et menhirs : en Europe occidentale nous trouvons cette culture chevauchant la fin de l’époque néolithique et l’âge des métaux ; en gros, c’est de 3 000 à 1 500 avant Jésus-Christ que les grands ensembles mégalithiques semblent avoir été érigés.
Les mégalithes révèlent une civilisation technique assez évoluée, mais non parfaite : inutile de songer à des appareils mystérieux pour en expliquer l’érection ; quant à l’existence d’hommes gigantesques, elle ne s’impose nullement.
Il est désormais possible, nous avons pu déjà nous en rendre compte, de connaître les tendances religieuses des constructeurs des monuments mégalithiques. Les symboles de ce culte nous ont été conservés par des figurations gravées comme celles des supports du dolmen sous tumulus de l’île de Gavr’inis.
Il est désormais permis de faire des hypothèses générales sur l’expansion des croyances religieuses mégalithiques. Le professeur Henri Bar, par exemple, a pu montrer l’universalité, aux troisième et second millénaires avant notre ère, de croyances et de rites centrés autour de deux grands héros coiffés l’un d’une tête de lion (il deviendra l’Héraclès grec), l’autre d’une tête d’animal encorné (souvent le cerf, quelquefois le mouflon ou bouquetin, rarement le bison).
De toute manière, il faut en finir avec l’idée selon laquelle l’Europe occidentale formait dans l’antiquité un monde à part. Il existe même une tablette de l’empereur assyrien Sargon (vers 2750 av. J.-C.) où le souverain, énumérant ses conquêtes, y place « le Pays de l’Etain, qui est au-delà de la Méditerranée147 ». Même si l’hypothèse d’une conquête assyrienne (même très éphémère) de ces régions stannifères n’est pas admise, le fait reste des incessants contacts commerciaux entre l’Europe occidentale et l’Orient méditerranéen.
Mais les mégalithes sont-ils vraiment les seuls monuments significatifs de toute cette période ? La Grande-Bretagne, par exemple, possède des sites archéologiques bien étranges, en particulier des sortes de grands labyrinthes primitifs que les traditions locales associent bizarrement à l’ancienne ville de Troie. Le plus important était le Mig-Maze de Leigh, dans le Dorset, qui a presque complètement disparu mais dont le tracé était encore bien reconnaissable en 1800.
A une date très ancienne, des hommes mystérieux ont donné à de nombreuses îles montueuses de l’actuel comté de Somerset des formes curieuses ; dans la même région, on signale une sorte de demi-marécage drainé, dans un passé, extrêmement reculé, d’une manière très spéciale, puisque le contour des affleurements et des canaux dessine une carte de la voûte céleste.
Ces grandes figures du Somerset ont été attribuées à des colons ou réfugiés sumériens venus s’établir en Grande-Bretagne. Les traditions locales parlent, elles, du Caer Ariamhod, le « temple du Ciel » en langue gaëlique, et qui aurait été le premier grand monument réalisé en Grande-Bretagne : bien avant la survenue des Celtes.
Citons également le géant de Cerné Abbas et d’autres curieuses figures colossales, découvertes cette fois-ci sur les collines dites Gog et Magog, près de Cambridge.
Ces figures de la Grande-Bretagne préceltique posent une énigme : elles ne sont en effet pratiquement visibles que vues d’une hauteur assez notable. Faut-il admettre que les réalisateurs de ces étranges monuments de terre disposaient de machines volantes (atlantes ou autres) ? On ne peut évidemment se prononcer à ce sujet ! Mais le Dr Gardner avance deux autres explications possibles, supposant une technique ingénieuse mais d’une réalisation matérielle très facile : l’usage de cerfs-volants ; l’utilisation des propriétés ascensionnelles de l’air chaud (principe de la montgolfière)... Pourtant souvenons-nous que (bien plus tard il est vrai) le druide irlandais Ruith aurait, au premier siècle de notre ère, possédé une machine « magique », le Roth Fail, qui pouvait « naviguer à la fois sur terre et sur mer148 ».
Stonehenge se prête à de significatives explications d’après le symbolisme religieux ancien.
Le « fer à cheval » intérieur de pierres qui se trouve au centre de ce vaste ensemble représenterait le sein féminin, la matrice : or ce que les spectateurs peuvent y voir lors du solstice d’été du soleil est l’ombre portée par la Pierre Hele, ombre qui entre dans ce « sein » et le féconde pour l’année qui vient ; c’est le vieux symbolisme des rites de fertilité qui apparaît ici.
On a pensé que le monument de Stonehenge fut érigé par des ouvriers étrangers, peut-être crétois, qui appliquaient eux-mêmes des techniques égyptiennes de construction.
Sur les piliers de Stonehenge on a, par ailleurs, découvert en 1953 des empreintes de haches et poignards en bronze de type mycénien : tout cela fait réfléchir... Il n’en reste pas moins que Stonehenge demeure, abstraction faite de ces éventuels apports méditerranéens, le type même du monument mégalithique — au symbolique solaire fondé sur la situation respective des rayons solaires tout au long de l’année, mais avec deux moments vraiments essentiels : le solstice d’hiver et le solstice d’été.
Mais, répétons-le, c’est une abstraction que de vouloir isoler la civilisation mégalithique des autres cultures protohistoriques — historiques même, l’élan ayant continué bien après l’avènement des grandes civilisations méditerranéennes.
De 2000 avant Jésus-Christ à 1200 avant Jésus-Christ, il y eut déjà des communications entre la Méditerranée occidentale et la Grande-Bretagne : de ces régions occidentales, les pays méditerranéens faisaient venir l’étain, l’or, les perles, l’ambre...
Dès 2500 avant Jésus-Christ, les habitants de la Grande-Bretagne semblent avoir possédé des navires capables d’entreprendre de longs voyages. Des navires venaient régulièrement de Crète et de Mycènes en Grande-Bretagne : on a découvert des objets d’origine égyptienne, apportés par ces vaisseaux égéens et remontant sans doute à 1400 avant Jésus-Christ, dans des tombes du Wessex.
En 1200 avant Jésus-Christ, la conquête de la Grèce mycénienne par les Doriens, qui n’étaient pas des marins, entraîna le passage de ce « commerce de l’étain » aux Phéniciens puis à leur grande colonie de Carthage.
Il est des monuments mystérieux pouvant être rapprochés des mégalithes.
On pense, par exemple, aux nouraghes de Sardaigne, ces tours coniques d’aspect cyclopéen dont on ne sut pratiquement rien durant des siècles.
La civilisation sarde dite nouraghique apparut aux environs de 1500 avant Jésus-Christ, pour atteindre son apogée vers le début du premier millénaire.
L’origine de cette culture pose un grand problème archéologique, car il faut faire intervenir, semble-t-il, une influence d’origine égéenne : celle de la civilisation minoenne crétoise antérieure à 1400 avant Jésus Christ149.
Autres monuments qui ont rendu perplexes maints préhistoriens et archéologues : les « Mounds » d’Amérique du Nord. C’est une série de tumuli d’allure étrange et aux dimensions gigantesques ; ils sont l’œuvre d’un peuple préhistorique américain d’origine mystérieuse que l’on appelle les Mound-Builders (constructeurs de tertres) sans pouvoir mieux préciser.
Les Mounds, ces immenses ouvrages en terre souvent mêlée de pierres, semblent avoir eu des buts variés : travaux de défense militaire, sanctuaires (temple mounds), sépultures (sepulcral mounds), lieux de sacrifice (sacrificial mounds). On ne les rencontre — précisons-le — que dans des régions bien déterminées : Wisconsin, Illinois, les vallées de l’Ohio et du Mississipi. Certains de ces « tertres » sont de dimensions imposantes, ayant jusqu’à 550 000 mètres cubes (le volume de la grande Pyramide étant — rappelons-le — deux millions de mètres cubes). On les rencontre tantôt isolés, tantôt réunis par groupes. Quant à leur forme, elle peut varier : circulaire, elliptique, en forme d’un animal (par exemple l’Alligator Mound, dans la vallée du Mississipi, ou le Great Serpent’s Mound, dans le comté d’Adam, Ohio), silhouette humaine, objet inanimé à destination rituelle (pipes gigantesques).
Les fouilles entreprises dans ces tumuli ont permis de découvrir des couteaux d’obsidienne, des pipes rituelles, des autels à sacrifice, des pointes de flèches ou de lances, des poteries non vernissées, des ossements humains brisés et à moitié consumés... A noter que les armes et les autels sont en cuivre.
Les énigmatiques Mounds-Builders semblent avoir entretenu des relations régulières avec l’Amérique du Sud, et aussi avec les contrées américaines plus septentrionales.
On ne peut encore se prononcer avec certitude sur cette race mystérieuse, sauf sur un point : ce n’étaient sûrement pas des Peaux-Rouges, mais des hommes de race blanche.
En France même, nous possédons un monument aussi extraordinaire dans son genre que les Mounds de la vallée du Mississipi : le prétendu « camp d’Attila », près de Châlons-sur-Marne150.
Contrairement à la tradition populaire locale qui en fait l’enceinte gigantesque édifiée pour abriter la formidable armée du roi des Huns avant la bataille des
Champs Catalauniques, ce gigantesque terrassement circulaire est de date beaucoup plus ancienne, peut-être de l’époque des mégalithes : quelles mystérieuses armées ont bien pu s’agglomérer derrière ces murailles de terre encore si imposantes aujourd’hui ?...
Au cœur de l’Afrique australe, en Rhodésie, se dressent les ruines imposantes d’une grande cité, qui semble avoir été mystérieusement abandonnée, et d’une manière soudaine, par ses anciens habitants, dont aucun souvenir n’est resté dans la région... C’est à la suite d’une longue rêverie solitaire dans ces édifices énigmatiques à souhait (palais, temples, etc.) que le romancier anglais H. Rider Haggard écrivit son étrange roman fantastique She (« Elle »)151, où nous voyons une mystérieuse souveraine régnant, au cœur de l’Afrique australe, sur les ruines d’une ancienne civilisation : celle de Kôr... Peu avant la seconde guerre mondiale, l’écrivain français André Falcoz écrivit un roman d’aventures africaines dont le centre était Zimbabwe la Secrète, titre du livre152...
Les ruines de Zimbabwe ont rendu perplexes des générations d’archéologues : la perfection de ces édifices, le raffinement des objets découverts dans le site (en particulier, d’extraordinaires oiseaux de cristal) forment un contraste parfait avec les cultures indigènes de toute l’Afrique australe.
Quels hommes ont bâti Zimbabwe ? Des Égyptiens, peut-être : on a pensé à une colonie établie en ces lieux, lors de la grande expédition envoyée par la grande reine Hatchepsout vers le légendaire pays de Pount ; les descendants de ces premiers colons égyptiens auraient ensuite développé, à l’écart, une prestigieuse civilisation, détruite bien des siècles plus tard par les tribus environnantes.
Une autre théorie voit dans Zimbabwe l’ancienne cité sainte d’une tribu noire : celle des Lubedu ou Faiseurs de Pluie ; après avoir mystérieusement abandonné leur ville et graduellement rétrocédé à un état inférieur de civilisation, ils auraient pourtant réussi à conserver presque jusqu’à nos jours leurs traditions ésotériques : encore à la fin du siècle dernier, les Lubedu étaient encore gouvernés par une souveraine prêtresse de race blanche — précision importante, car elle indiquerait peut-être que la civilisation de Zimbabwe n’était pas noire, la dynastie régissant les Lubedu étant issue en ligne directe des tout derniers survivants des anciens colons.
Pour l’âge probable des ruines, voici l’opinion autorisée du grand archéologue sud-africain, le professeur J.-P. van S. Bruwer (de l’Université de Stellenbosch, Transvaal) : elles remontent sans doute à l’époque comprise entre 700 et 400 avant Jésus-Christ et pourraient même être plus récentes encore.
Il est vrai que les interprétations plus aventureuses ne manquent pas au sujet des fantastiques ruines rhodésiennes !
On rencontre, tout naturellement, les habituelles rêveries (pas nécessairement inexactes, qui sait ?...) sur les colonies atlantes ou lémuriennes.
On a pensé, cette fois avec plus d’approfondissement archéologique, à l’hypothèse d’une ancienne colonisation de l’Afrique australe par un groupe péruvien venu de la région andine et ce, par voie maritime...
Zimbabwe aurait-elle été à l’origine une colonie phénicienne ? Cette dernière idée n’a rien d’impossible : on retrouverait alors les grands voyages des Phéniciens vers Ophir dont parle la Bible (Rois, I, chap. IX, 26-28 ; chap. x, 10-11). Le savant allemand V. Dahse a pu ainsi montrer, en 1911, la grande étendue de la colonisation phénicienne dans l’Afrique ancienne : d’une part, sur toute la côte orientale de Massaoua jusqu’à la région de Zimbabwe, de l’autre sur la côte de Guinée, où les Phéniciens ont peut-être été les premiers fondateurs de l’antique cité d’Uphas, qui deviendra par la suite la ville sainte d’Ifé, théâtre des importantes fouilles de Frobenius.
La Grèce possède divers monuments qui rendaient déjà perplexes les Hellènes : c’est le cas des immenses canaux souterrains creusés à une époque inconnue pour faire communiquer la mer et le lac Copaïs, appelé aujourd’hui lac de Topalios ou de Livadie153 : dès les temps les plus anciens de l’histoire grecque telle qu’elle nous est connue, ils étaient engorgés et ne servaient plus à rien.
Les travaux de ce genre ne sont l’œuvre ni des Grecs proprement dits (les Hellènes), ni des Crétois : on les attribue aux tout premiers habitants ayant vécu sur le sol grec, les Pélasges. Ceux-ci auraient eux-mêmes été les derniers survivants au fabuleux cataclysme ayant englouti une très haute civilisation, dont le lieu d’origine et d’épanouissement avait été totalement enseveli par les flots.
Nous retrouvons encore l’Atlantide...
Les premières mines de fer de l’île d’Elbe, et d’autres exploitations souterraines extrêmement anciennes ont été rattachées à la civilisation des Pélasges, peut-être d’origine atlantéenne.
Salomon Reinach avait d’ailleurs développé l’hypothèse d’un grand courant de civilisation pélasgique, qui aurait pris naissance quelque part dans l’ouest de l’Europe, pour gagner de là l’Italie, les Balkans, l’Asie Mineure. Rien n’interdit, après tout, d’en reporter le point de départ encore plus vers l’occident, c’est-à-dire sur le site du fabuleux continent atlantique. Les Pélasges, premiers occupants de la Grèce antique, étaient peut-être bel et bien des Atlantes, de race blanche mais peut-être non aryenne...
Existe-t-il des vestiges devant être attribués aux Hyperboréens ? Il semble bel et bien que ce problème ait été négligé par les archéologues.
Des traditions laissent pourtant entrevoir que des monuments de ce genre ont existé, telle la légendaire « Muraille du diable », qui séparait jadis l’Écosse de l’Angleterre154. Nous sommes persuadé que, si les savants creusaient profondément le sol de pays comme l’Écosse, l’Islande, la Norvège, la Sibérie septentrionale et orientale, l’Alaska, le Groenland, les fouilles mettraient au jour de nombreux vestiges, d’une ancienneté fabuleuse et ne s’expliquant par aucune des civilisations aujourd’hui bien connues de la science officielle.
Il est vrai qu’il faut aussi faire entrer en ligne de compte la diffusion tardive de l’ancienne culture hyperboréenne : ce n’est pas par hasard qu’une hypothèse envisage les pays septentrionaux comme la lointaine origine de la grande culture primitive ayant érigé les mégalithes, et qui a rayonné en éventail à travers toute l’Europe.
L’existence de vestiges incroyablement anciens dans tous les pays où se déroulent les tout premiers événements décrits par les Bibles n’aurait rien d’étonnant ; et c’est d’ailleurs le cas, effectivement !
On a même pu retrouver, sur le mont Ararat, des vestiges ligneux, et qui n’étaient peut-être qu’une partie d’un très vieux navire. S’il faut évidemment abandonner l’espoir de prouver l’existence d’une Arche de Noé conforme à l’imagerie courante (avec logements pour chaque couple d’espèce animale, etc.), l’idée de « retrouver des vestiges de « l’Arche » n’est pas absurde : le fait que des hommes aient pu échapper à une gigantesque submersion maritime en se réfugiant sur un ou plusieurs grands vaisseaux répond à une quasi-certitude.
Mais il y a plus : dans le Proche-Orient nous trouvons peut-être la confirmation de l’événement le plus étonnant de tous les temps : l’invasion de notre planète par des êtres extra-terrestres disposant de terrifiantes armes nucléaires. Il existe au Liban, à Baalbeck, une terrasse cyclopéenne dont les éléments atteignent des proportions gigantesques : là seulement, devant des blocs vraiment titanesques, on est obligé d’abandonner toute prudence dans l’hypothèse ; seuls des êtres disposant d’une machinerie incroyablement puissante et perfectionnée ont pu réaliser cette terrasse — « terrasse » qui n’en est d’ailleurs pas une, la destination réelle de ce monument demeurant encore un mystère. Peut-être s’agit-il de l’une des rampes de lancement édifiées, pour leurs astronefs, par les envahisseurs extra-terrestres auxquels on peut attribuer la destruction des cinq villes bibliques de Sodome, Segor, Gomorrhe, Séboïm et Adama, qui occupaient la riche vallée de Siddim à l’époque du patriarche Abraham : « Alors, dit la Genèse, l’Éternel fit pleuvoir du ciel sur Sodome et Gomorrhe du soufre et du feu, de par l’Éternel. Il détruisit ces villes, toute la plaine et tous les habitants des villes et toutes les plantes de la terre. La femme de Loth regarda en arrière et elle devint une statue de sel.
« Abraham se leva de bon matin, pour aller au lieu où il s’était trouvé en présence de l’Éternel. Il porta ses regards du côté de Sodome et de Gomorrhe et sur tout le territoire de la plaine ; et voici, il vit s’élever de la fumée comme la fumée d’une fournaise. »
S’il est évidemment impossible de dire si ce formidable cataclysme était dû ou non à l’effet de la colère divine, le fait est que la Bible ne nous raconte pourtant pas, à ce propos, des histoires absurdes : le cataclysme a eu lieu. Tout l’état actuel de la région le prouve. Les eaux de la mer Morte ou lac Asphaltite ont une proportion absolument inusitée de soude, de chaux, de sulfate de magnésie. Rien de plus extraordinaire que cette étendue aquatique, aux flots que le vent ne parvient jamais à rider, où les poissons ne peuvent vivre. Et tout autour de cette mer maudite, c’est un spectacle de désolation. Nous avons là un témoignage concret de ce que serait l’état de toute une région massivement « atomisée », quand l’accès en deviendrait possible après disparition des radiations fatales. Il semble que des êtres extra-terrestres aient, à l’époque d’Abraham, atterri au Proche-Orient, et méthodiquement arrosé l’actuelle région du Jourdain avec des bombes nucléaires de forte puissance. Nous sommes ainsi conduits, et ce sera la conclusion de ce livre en marge du « raisonnable », à renverser totalement — comme le font d’ailleurs nos amis Louis Pauwels et Jacques Bergier dans leur stupéfiant Matin des Magiciens — la perspective habituelle : la science et la technique des civilisations disparues étaient parvenues à un niveau au moins égal à celui que nous vivons en l’an 1961.
Nous y apprenons que la femme de Loth « s’est retournée » ; il est sous-entendu : pour voir la destruction nucléaire de Sodome et Gomorrhe, la « pluie de feu et de soufre » était bel et bien l’explosion d’une bombe A ou H. La femme de Loth connut le sort de l’imprudent qui fixerait une explosion nucléaire sans masque et verres protecteurs...
L’Arche d’Alliance du Temple de Jérusalem était peut-être une machine très perfectionnée, une sorte de concentrateur attractif engendrant des phénomènes électriques d’un caractère foudroyant...
On a découvert de véritables piles électriques dans les ruines de Ninive.
De plus en plus, on est obligé d’admettre que les élites sacerdotales antiques avaient hérité de prestigieuses connaissances scientifiques : on a découvert en Égypte des représentations symboliques des mouvements de translation de la Terre et de la Lune autour du Soleil. Et les Pyramides révèlent un état prodigieusement avancé de l’astronomie.
Il y a plus : des peuples très anciens, comme les Atlantes, auraient parcouru les airs dans des « chars flamboyants155 ». Tout concourt à doter les Atlantes d’une technique très évoluée : en métallurgie, ils connaissaient un métal aujourd’hui inconnu, l’orichalque (étymologiquement « cuivre de montagne »). Platon en parle comme d’un composé naturel : ce n’est donc pas le laiton (alliage de cuivre et zinc), qui n’a d’ailleurs pas l’« étincellement de feu » prêté à l’orichalque.
Il est vrai que les Atlantes et les autres très anciens peuples semblent avoir axé leur technique sur des fondements d’ordre magique, ésotérique, où l’on a pu voir l’origine première du tantrisme :
« Par le tantrisme, les élites des civilisations avancées — remarque un éminent ésotériste français — disposaient d’archives non écrites, un peu comme si ces élites avaient pu capter les « ondes du temps »... Un étrange pouvoir de télévision peut être développé en l’homme, si celui-ci est à même de supporter l’incorporation d’un support psychique osirien156. »
Le grand secret des Atlantes n’était autre qu’une science complète des énergies qui meuvent l’univers et les hommes, science prodigieuse dont l’héritage redoutable passera ensuite à l’Égypte, à l’Inde, au Tibet, aux alchimistes occidentaux :
« La civilisation humaine a toujours disposé — observe le même auteur — d’une science psychique exacte, basée sur la Révélation, sur le contact effectif avec le divin et sur l’expérimentation personnelle ou collective. C’est le tantrisme. Science irréfutable, la seule qui soit à même de transcender le labyrinthe de l’âge noir, de briser le silence de Dieu et d’ouvrir une issue vers l’éternel présent157. »
Il s’agit d’une incroyable, d’une prodigieuse maîtrise totale des forces mêmes qui font et défont le monde visible ; le résultat final recherché par l’adepte étant la finale évasion libératrice au-delà des voiles nombreux de la Nature, visible et invisible.
Les Chinois connaissaient déjà la poudre à canon quatre cents ans avant notre ère. Ils se servaient du Ho-yao (feu dévorant), du Ho-toung (tube à feu), et aussi du tien-ho-kieou (globe contenant le feu du ciel) ; cette dernière arme ne serait-elle pas la bombe atomique ?
Il existe de nombreux témoignages qui tendent à montrer qu’il existait, en pleine antiquité classique, des peuples mystérieux se déplaçant dans des véhicules aériens. Dans ses Guerres de Judée, l’historien juif Flavius Josèphe écrit : « Quelques jours après la Fête, le 21 du mois artémisius, il se produisit un phénomène incroyable et prodigieux. Avant le coucher du soleil, la foule put contempler des chariots, des troupes de soldats armés, soudain apparus dans les airs. »
Nous nous arrêterons ici dans notre long et étrange voyage à travers toutes sortes de peuples, de cités, de faits prodigieux. Certes nous reconnaissons nous être aventuré ici sur un terrain qui n’est plus celui de la pleine et entière rigueur scientifique ; mais pourquoi s’obstiner, comme le font tant de chercheurs, à se priver délibérément des ressources supplémentaires offertes par l’examen, la méditation même de ces faits « hors-la-loi », à condition, évidemment, de garder notre bon sens sans cesse aiguisé ?
A ceux qui nous reprocheraient notre attitude trop ouverte à « ce qui n’est pas la science », nous répondrons par un petit apologue, bien maladroit certes :
Il y avait dans un village une maison où le diable était censé apparaître chaque nuit : les villageois avaient peur de s’y risquer, et les savants, eux, refusaient même d’y aller voir, croyant dogmatiquement qu’il ne pouvait rien y avoir ; l’un d’entre eux eut quand même l’idée d’aller se rendre compte par lui-même des faits ; il ne trouva évidemment pas le diable, mais il put étudier des phénomènes lumineux permettant de bien mieux comprendre la formation de l’électricité tellurique... En archéologie aussi, c’est sans doute tout à fait la même chose : avant de hurler rageusement et sans appel à la « mystification », il importe bel et bien d’aller reconnaître une découverte, même si celle-ci semble d’abord « absurde » à notre bon sens ; le savant doit toujours éviter les négations systématiques — bien commodes, certes, mais qui n’ont jamais fait que nuire au développement de la recherche.
Chroniques bimensuelles spécialisées dans Planète, revue dirigée par Louis Pauwels (8, rue de Berri, Paris, VIIIe).
La revue française Atlantis (fondée par Paul Le Cour et dirigée par Jacques d’Arès), permet de se mettre sans cesse à jour des travaux, enquêtes, publications sur/’Atlantide, la Lémurie, les grandes traditions ésotériques.
On trouvera de nombreux articles dans de nombreuses revues spécialisées d’ésotérisme, comme The Rosicrucian Digest (San José, Californie, U.S.A.)1, Le Lotus bleu (journal de la Société théosophique), etc.
Sur le thème des civilisations inconnues dans la littérature, on se reportera à la revue mensuelle Fiction (édition française de : The Magazine of Fantasy and Science-Fiction) ; elle donne des contes récents, des chroniques bibliographiques, etc., permettant de se tenir au courant.
PEDRO ASTETE, Los signos. Develacion del Languaje de los Simbolos. Mexico, Ediciones Sol, 1953.
ALEXANDRE BESSMERTNY, L’Atlantide. Édition française chez Payot, Paris.
BARON ALFRED D’ESPIARD DE COLONGE, La Chute du Ciel, ou les antiques méthodes planétaires, preuves, aperçus historiques sur les plus vieilles antiquités et traditions du monde occidental, archéologie des pierres et des monuments d’origine inconnue, astronomie, météorologie, géologie. Paris, E. Dentu, 1865.
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L’Univers matériel. Premier récit : Les traditions. Première Livraison. Paris,
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Payot éditeur, Paris.
C’est de cette période que datent les plus belles peintures préhistoriques, celles des grottes de Lascaux, d’Altamira (en Espagne), etc.
On trouvera une très riche iconographie dans de nombreux ouvrages de vulgarisation préhistorique, par exemple : 40 000 ans d’art moderne, de J.A. Mauduit, Plon, éditeur.
L’Égypte et la Genèse du Surhomme, Paris (La Colombe), 1957, p. 14.
L’Élysée transatlantique, p. 273.
L’Élysée transatlantique, p. 282.
Pharsale, Livre I, vers 454-57.
Cité par Beauvois, L’Élysée transatlantique, p. 288.
Voir tout spécialement, dans ledit ouvrage, le second chapitre de la première partie.
SAURAT, L’Atlantide et le règne des géants, p. 135.
El Mundo primitivo, o examen filosofico de la antigüedad y cultura de la nacion Bascongada.
Harold Preece, La véritable mission de Christophe Colomb (« Rose-Croix », n° 20, décembre 1956, p. 15-23), p. 15.
Gand, 1806, 3 volumes.
C’est le thème d’une nouvelle fantastique de l’auteur belge Jean Ray : Le Psautier de Mayence.
Station veut dire ici : « exercice » religieux.
D’après Henri WHEATON, Histoire des peuples du Nord, traduit de l’anglais par Paul GUILLOT, Paris, 1844, planche face la page XXXII.
Bêtes, hommes et dieux, édition française (réédition), Paris (Plon, 1953, chap. XLVI, p. 240 et 241-42.)
Wesak (2900, 1947) Eléments de Réalisation spirituelle Essentielle. L’auteur de cette proclamation, compromis dans de louches affaires de magie sexuelle et d’abus de confiance, fut expulsé de France en 1948.
Baron d’ESPIARD de Colonges, La chute du Ciel, p. 182.
Voir infra, première partie, chap. III, § C.
Voir infra, au chapitre sur l’Atlantide.
En fait, ce squelette d’un « géant » de 25 pieds de haut fut présenté en septembre 1842 à l’Académie des Sciences, qui s’aperçut que ces ossements appartenaient à un animal fossile du genre de mastodontes (sortes d’éléphants gigantesques).
Il faut avouer que l’ouvrage de Denis SAURAT : L’Atlantide et le règne des géants (Denoël, éditeur), apporte un ensemble d’hypothèses fascinantes et qui sont loin d’être incohérentes.
L’Amour et l’Occident (Plon, éditeur), édition remaniée et augmentée, p. 277.
Edition française chez Payot, Paris.
La Libye désignait, dans l’antiquité, tout l’Ouest et le Nord de l’Afrique.
Marcel BRION, Leonor Fini et son œuvre, Paris (J.-J. Pauvert, 1955) (non paginé).
On remarquera que les datations les plus récentes tendent à se rapprocher des évaluations fabuleuses, « exagérées », des occultistes...
Edition française aux Editions Adyar, Paris.
Mexico (Editorial Sol), 1953.
Page 1465 du t. II de l’édition des Œuvres complètes de Platon (Bibliothèque de la Pléiade, chez Gallimard).
Note sur la correspondance métrique des mesures utilisées par Platon : un stade : un peu moins de 178 mètres ; deux stades = 355 mètres environ ; trois stades = à peu près 530 mètres ; cinq stades = près de 900 mètres : un plèthre = moins de 30 mètres.
Passage cité in Imbelloni et Vivante, Le livre des Atlantides, trad. franç. (Payot éditeur, Paris), p. 36.
Supra, au chapitre 1er.
Voir infra ; sur les voyages triennaux des Phéniciens dans les régions « d’Ophir » et de « Tharsis ».
Ce n’est que par la suite que les noms d’Antilia et de Brazil seront employés pour désigner des découvertes réelles. Remarquer que Stocafixa (« île de la morue séchée ») était peut-être Terre-Neuve, connue de certains marins médiévaux.
Page 160 de l’édition française (Villeneuve-Saint-Georges. 1958).
G. BARBARIN, La danse sur le volcan, p. 43.
Carli, cité in Imbelloni et Vivante, Le Livre des Atlantides, p. 49-50.
Notre ami Antoine Gérard possède une remarquable tête casquée, d’origine
mystérieuse, qui confirme ces données.
Page 59-60.
Page 57.
Aux sources de l’Atlantide, Bourges (typographie Marcel Boin), 1953, p. 155.
Voyez : Henri LHOTE, Les Touaregs du Hoggar, Paris (Payot), 1944, p. 91 et suiv.
Cité par H. LHOTE, Les Touaregs du Hoggar, p. 95.
Les Touaregs du Hoggar, p. 100.
Odyssée, XI, 14.
Voir supra, chapitre Ier.
G. BARBARIN, La danse sur le volcan, p. 70.
N° spécial, 6e année, n° 45, janvier-février 1933, p. 62.
Les Sumériens, Payot, Paris.
W.S. Cervé, Present-day mystic Lemurians in California, chap. XI du livre
Lemuria. Voir aussi l’Appendice N° III.
Aku-Aku, p. 331.
L’île des révoltés du Bounty.
Heyerdahl, Aku-Aku, p. 329.
Churchward s’oppose ici aux partisans de la primauté du continent lémurien.
Voir Science et vie, septembre 1960.
Jules Verne, qui avait fait dans sa jeunesse un séjour dans l’étrange île, connut cette tradition et l’utilisa pour son Voyage au centre de la Terre.
Nous citons d’après la traduction française de Ferdinand Hoefer.
S’agirait-il d’un sommeil cataleptique à la manière des yogis de l’Inde ?
Laquelle est peut-être l’Atlantide de Platon...
LA PEYRERE, Relation de l’Islande (1644) in : Recueil de Voiages au Nord, t. I, Amsterdam, 1715, p. 28.
Ibid., p. 33.
L’Eden transatlantique..., p. 280.
Il s’agit des habitants celtes de la Grande-Bretagne.
Citée in : Mercure étranger, t. III, p. 280.
A la p. 18-19.
C’est par le même orifice que les héros de Jules Verne entreprennent leur voyage dans les entrailles du globe.
Louis PAUWELS et Jacques BERGIER, Le Matin des Magiciens, Gallimard, édit. 1960, p. 280 et suivantes.
Page 26 de sa communication posthume à la Société Française de Philosophie.
A l’assaut des pôles (Coll. « Marabout »), p. 7-8.
Voir Aimé MICHEL, Mystérieux objets célestes, 6e partie, p. 365 et suiv.
ESPIARD DE COLONGE, La Chute du Ciel, p. 48.
Ibid.
Ce livre a été traduit en français par Jacques Papy : Paris (Denoël), 1954.
Page 13.
Page 21.
Texte français dans la revue mensuelle « Fiction », n° 64 (mars 1959), p. 87106.
Pages 87 et 88.
Chez Plon, 2 volumes.
L’Egypte et l’Océanie, p. 4.
Ibid., p. 5.
Ibid., p. 5-6.
Angel L’HERMITE, L’ère atomique et les prophéties, Paris (Gérard Nizct), 1958, p. 31.
Baron d’ESPIARD de COLONGE, L’Egypte et l’Océanie, p. 15.
Ibid., p. 10.
Ibid., p. 10.
Ibid., p. 13-14.
Ibid., p. 13.
Le vrai visage de la Terre, p. 14-15.
Ibid., p. 15-16.
Voir PAUWELS et BERGIER, Le Matin des magiciens, p. 289 et suivantes. Denis SAURAT, L’Atlantide et le règne des géants (Denoël éditeur).
ESPIARD DE COLONGE, L’Egypte et l’Océanie, p. 16.
ESPIARD DE COLONGE, La Chute du Ciel, p. 38.
ESPIARD DE COLONGE, L’Egypte et l’Océanie, p. 19.
La Chute du Ciel, p. 519.
109d-110b. III, 677 a et suiv.
Tome II bibliothèque de la Pléiade.
Aurélia, 1re partie, VIII.
La danse sur le volcan : Atlantide, Lémurie, continents futurs. Paris (Adyar), 1938, Avertissement.
Voyez Pellucidar d’Edgar Rice BURROUGHS, La Cité des Premiers
Hommes de Maurice CHAMPAGNE, etc.
PAUWELS et BERGIER, Le Matin des Magiciens, p. 333 et suiv.
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L’image du monde dans l’Antiquité, p. 18.
L’image du monde dans l’Antiquité, p. 20-21.
Pierre GORDON, L’image du monde dans l’Antiquité, p. 12.
GORDON, L’image du monde..., p. 13.
Aurélia, 1re partie ; X.
Cf. Les dieux de Mars, d’Edgar RICE BURROUGHS, le film Planète interdite, etc.
Cf. l’excellent petit livre de Régine PERNOUD : Les Gaulois (Édition du Seuil, Paris).
Récit donné par CAMBRY dans son Voyage au Finistère.
Voir la belle étude du Chanoine Léon CÔTE : Glozel trente ans après. Saint-Étienne (Imprimerie Dumas, 1959).
Communication à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 3 septembre 1926.
Voir W.S. CERVÉ, Lemuria, p. 240 et suiv.
Cf. IMBELLONI et VIVANTE, Le Livre des Atlantides, Édit. franç., F. Gidon, p. 128 et suiv.
Paris (Payot), 1931.
BARBARIN, La danse sur le Volcan, p. 130.
La danse sur le Volcan, p. 129. —
Cf. HUMBOLDT, Vues des Cordilières et des monuments des peuples indigènes de l’Amérique, tome I, p. 31-39.
Il en est question dans maints contes fantastiques de H.P. LOVECRAFT.
Aimé MICHEL, Mystérieux objets célestes, p. 369.
Qui n’a, précisons-le, rien d’absurde en soi.
Mystérieux objets célestes, p. 367.
Mystérieux objets célestes, p. 378.
Mystérieux objets célestes, p. 381.
Ibid., p. 382.
Ibid., p. 384.
Ibid., p. 385.
Ibid., p. 386.
ESPIARD DE COLONGE, La chute du Ciel, p. 26.
Ibid., p. 27.
Ibid., p. 28-29.
Jean DORSENNE, L’énigme du Pacifique (« Mercure de France »), 1er mars 1925, p. 500.
Thor HEYERDAHL, Aku-Aku, p. 81 et suiv.
Ibid., p. 84.
L’énigme de l’ile de Pâques révélée par un médium, p. 99.
T. HEYERDAHL, Aku-Aku, p. 302 et suiv.
Voyez le roman The Moon Pool (édition française chez Denoël, sous le titre : Le gouffre de Lune).
Cité par G. BARBARIN : La danse sur le Volcan, p. 122.
Ruzo, La culture Masma, 2e conférence, p. 84.
La culture Masma (1re conférence), p. 46-47.
D. Ruzo, La culture Alasma, 1re conférence, p. 47.
La culture Masma, 1re conférence, p. 51-52.
Frédéric EDE, Une roche à gravure (Bulletin de la Société Préhistorique, 1911. p. 207 ; 1912, p. 537 ; 1913, p. 250. Bulletin de l’Association des Naturalistes de la Vallée du Loing, 1920, p. 115. Travaux des Naturalistes, etc..., 1930, p. 25-30).
Gaston STIEGLER, Le tour du Monde en soixante-trois jours (Paris, Société française d’Imprimerie et de Librairie), 1901, p. 82 et 85.
Dans l’île du même nom (golfe du Morbihan).
L.A. WADDELL, Phoenician Origin of the Scots and Britons, p. 43, Appendice.
G.B. GARDNER, The Meaning of Witchcraft, London (The Aquarian Press), 1959, p. 64.
Voir le splendide ouvrage de Christian ZERVOS, La civilisation de la Sardaigne. Paris, Éditions « Cahiers d’Art ».
Voir la plaquette de Geneviève DEVIGNES.
Il en existe une traduction française par J. HILLEMACHER et qui a été rééditée par la Librairie Hachette dans la « Bibliothèque Verte », sous le titre : La cité sous la Montagne.
Publié d’abord en feuilleton (1938-39) dans « Jeunesse-Magazine ».
Voir ESPIARD DE COLONGE, La Chute du Ciel, p. 127 et suiv.
Ne pas confondre cette Muraille, dont on n’a encore retrouvé aucune trace, avec le mur construit par les soldats romains pour interdire l’accès de l’Angleterre aux guerriers écossais.
Cf. ESPIARD DE COLONGE, La Chute du Ciel, p. 404.
J.-L. BERNARD, L’Égypte et la Genèse du Surhomme, Paris (Éditions de la Colombe), 1958, p. 56.
J.-L. BERNARD, L’Égypte et la Genèse du Surhomme, p. 18.