
de Jean-Paul Bourre
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Mise en pages par
Jean leDuc et Alexandre Cousinier
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TABLE DES MATIÈRES
1.
Le mont Ararat, haut lieu du culte solaire
La vision du prophète - Le peuple des Tertres
Sara, la gardienne des Sphères
Sara-Artémis, reine des nomades
Le christianisme : promesse du paganisme
Un traité d’Alliance, dans les archives de Bogazköy
Le sacrifice cosmique d’Abraham
Moriah : le pays des rois lunaires
« Mes frères dans la guerre ! »
2.
Au nord : « le chaudron bruyant »
Quand les Celtes écrivaient la Bible
Les runes bibliques - « Talitha Kumi! »
La Terre promise : terre du Graal
3.
Le voyage de Joseph d’Arimathie dans l’île tournoyante
Dans les remparts d’Antioche : la lance du dieu Wotan
Le Roi endormi et le retour du Christ-Roi.
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« J’ai ouvert pour toi le livre des traditions. Reine de la tribu, je t’ai faite héritière des grands secrets de Salomon que, dès l’obscur des temps, de chef à chef, nous nous passons. Je t’ai donné les lettres et les chiffres de toute science, la clé des vérités qui suffit à tout connaître. Les dieux sont mêlés à ces choses, Sara. Parce que toutes les forces sont en toi, avec le sel et l’or et l’argent de la terre. »
Noune Judlin
« On sait que, au cours des migrations du second millénaire avant notre ère, une partie des “ Aryas orientaux ”, des “ pré-indiens ”, venus sans doute du nord de la mer Caspienne, au lieu de continuer à infléchir leur marche vers l’est jusqu’au bassin de l'Indus, prit la direction opposée et vint se fixer à l’extrême ouest du continent, sur l’Euphrate. En particulier, une dynastie “ para-indienne ” gouverna pour quelques décennies le royaume de Mitani, limitrophe de l’empire hittite... »
Georges Dumézil
Ce livre n’a pas d’autres buts : abattre des pans d’obscurité, et retrouver la Bible, dans ses formidables origines.
Nous sommes remontés aux sources, sans tenir compte des truqueurs, des réducteurs, qui depuis 2 000 ans montent la garde autour du livre sacré. On ne touche pas à la Bible, après 2 000 ans d’histoire. Les spécialistes ont défini, une bonne fois pour toutes, son origine, son message, sa destinée. La révélation n’est plus qu’un vestige préhistorique, tétanisé dans du formol. La Bible ne parle plus. Ce sont les exégètes qui parlent à sa place. Ce sont eux qui bâtissent les systèmes religieux, interviennent, d’autorité, pour trancher, retrancher, expliquer.
Mais il suffit d’être attentif à leurs propos, pour déceler la supercherie : ils sont le contraire de la ferveur, de l'incandescence. Comme d’autres raccourcissent les têtes, ils pratiquent la réduction spirituelle, l’étouffement, l’étranglement de tout ce qui ressemble à l’ancienne volonté héroïque et solaire.
Qui oserait reconnaître, aujourd’hui, l’importance des Celtes, dans la révélation du livre sacré?... Il lui faudrait d’abord vaincre 2 000 ans de tabous, d’obscurantisme, et retrouver la piste ancienne, effacée, reniée, et finalement oubliée par les hommes. Pourtant, l’histoire des civilisations prouve la présence des Celtes, sur les terres de la Bible, 3 000 ans avant J.-C., derrière tous les grands faits bibliques, les extases, les fulgurances, dans le brasier du Sinaï - et tous ces noms, qui apparaissent sur la carte, dans les déserts rouges d’Égypte et de Palestine, lieux saints, villes fortifiées, ou camps nomades, tous d’origine sanskrite, indo-européenne.
C’est un fait historique : les Indo-Européens ont atteint l’Asie Mineure 3 000 ans avant J.-C. Ils appartiennent au premier courant migrateur, venu du nord-ouest de l’Europe.
En 278 avant J.-C., Tite-Live, Plutarque et Lucien décrivent des tribus gauloises, portant la javeline et le bouclier rituel, lancées sur les routes de Palestine. Elles formeront le second courant migrateur qui s’installa sur les rives du Jourdain et fonda la ville de Rama, en Galilée, qui devint la terre des Gaëls.
Il apparaît, au terme de cette étude, que le premier courant, se mêlant aux populations locales, prépara la révélation de l'Ancien Testament, lorsque les Indo-Européens établirent leur dynastie dans le Bas-Euphrate, sur la terre du patriarche Abraham, et fondèrent le royaume de Mitani.
George Charachidzé - spécialiste des religions du Caucase - écrit :
« Au cours du troisième millénaire, les Indo-Aryens se dirigent les uns vers l’Inde, d’autres vers l’Iran. D’autres encore vers le Proche-Orient, où ils fonderont le royaume de Mitani, éphémère et sans avenir.1 »
Déjà, dans Les Mystères de Mithra, Franz Cumont affirmait :
« Les documents cunéiformes de Cappadoce nous ont révélé que les dieux indo-iraniens Mithra, Varuna et Indra étaient adorés vers le XIVe siècle avant notre ère par un peuple voisin des Hittites, les Mitani, établis sans doute dans le Nord de la Mésopotamie 2. » Il suffit de relire les pages de la Genèse - dans l'Ancien Testament - pour retrouver la trace de cette tradition primordiale, venue du Nord : le chêne des druides, qu’on retrouve à chaque fois qu’Abraham fait une alliance avec Dieu. Il est dit : « L’Éternel lui apparut parmi les chênes de Mamré. »
Avant chaque apparition, Abraham, le père des tribus, dresse sa tente rituelle sous les chênes sacrés... exactement comme le faisaient les druides d’Europe. Lorsque Jacob - devenu père des tribus - rencontre l'Éternel, il célèbre l'Alliance par une pierre plantée, un menhir :
« Jacob prit une pierre, et il la dressa comme un monument. »
Le chêne et la pierre plantée sont les deux figures centrales de la vieille tradition celto-nordique. La deuxième migration, en 278, prit possession des terres bibliques, après le pillage du temple de Delphes. Ils laissèrent des confréries d’initiés à Kouram, sur les bords de la mer Morte.
Ces premières communautés du désert prirent le nom d’Esséniens, dans la tradition ascétique de Palestine. On les rencontrait dans les palmeraies de Kouram, vêtues de la robe blanche des druides, invoquant la toute-puissance du soleil.
Ce nouveau courant migrateur prépara la révélation du Nouveau Testament, et le retour du soleil nordique, à travers la haute lumière du Christ. Il est étonnant de comparer le sacrifice du Christ Jésus pendu au bois de la croix, le flanc percé par la lance du centurion, et le sacrifice du dieu Scandinave Odin, suspendu dans l’arbre de la Connaissance. Dans la tradition Scandinave, Odin se suspend dans l’arbre sacré, neuf jours et neuf nuits, le flanc percé par sa propre lance, pour obtenir la révélation des runes magiques. Il préfigure le Sacrifice du Christ.
Cette fusion des symboles montre qu’il existe une volonté surnaturelle qui échappe au temps des hommes - une conscience primordiale, immuable, prophétique, enracinée dans l’épaisseur du monde, des univers, à un niveau de profondeur que nous ne pouvons plus atteindre.
La terre de naissance du Christ Jésus - la Galilée -est en filiation directe avec la tradition celto-nordique. C’est le grand mystère des origines, sur lequel personne ne s’est jamais interrogé : la Galilée fut une colonie gauloise, au me siècle avant notre ère : la terre des Gaëls, et c’est cette terre que choisit Dieu pour s’incarner.
Tous ces exemples montrent déjà l’influence celtique dans les pays de la Bible. Tite-Live raconte qu’en 278, le roi de Bithynie, Nicodème, fit venir en Asie Mineure des tribus celtes commandées par un chef nommé Léonnorios. Une de ces tribus s’attribua l’Hellespont, une autre la Phrygie, une troisième le Bas-Euphrate, d’où sortira la tribu d’Abraham.
Les Celtes installés sur le plateau phrygien prirent le nom de Galates. On les retrouve enrôlés dans l’armée égyptienne de Ptolémée II, dans les guerres de Haute-Egypte. Pour célébrer cet événement, le pharaon Ptolémée II fit graver un bouclier gaulois sur ses monnaies. Une inscription, sur l’un des murs du temple de Séti Ier, atteste la présence des tribus celtes en Haute-Égypte : « Nous, du corps des Galates, nous sommes venus.3 » Dans ses œuvres, Plutarque a raconté par deux fois l’histoire d’une belle Gauloise, Kamina, qui était prêtresse de la déesse phrygienne Artémis.
Dans son livre important sur les Celtes, Henri Hubert écrira : « Cette colonie d’Asie Mineure fut perdue pour le monde celtique 4. »
Dans cette étude, datée de 1932, H. Hubert constate la disparition d’un grand courant traditionnel, emporté par l’histoire, qui s’enracina dans la terre d’Orient, et finit par oublier d’où il venait : la terre du Nord.
Pourtant, tout est là, dans la fulgurance de la révélation biblique : la vision solaire des Indo-Européens, tragique, et dévorante, qui arrache l’homme à lui-même, et le transfigure - la haute cosmogonie des druides, leur science du ciel et des enfers, leur participation immédiate à l'Esprit, le sacrifice nécessaire, qui donne la vision suprême, les combats, le bruit et la fureur sacrée, le Ragnarôk nordique, le « crépuscule des dieux », révélé à l’apôtre Jean, dans l’île de Patmos.
Le soleil se lève à l’est, et c’est vers l’est que les cavaliers indo-européens lancèrent leur croisade, en espérant trouver la terre des Immortels, le lieu d’où le soleil se lève, sa demeure flamboyante, son royaume.
Pour écrire ce livre, nous avons suivi la piste des anciennes migrations, préceltiques, puis celto-européennes, qui nous ont conduits en Grèce, en Égypte, en Mésopotamie, jusque dans la Galilée du Christ. L’histoire est formelle : Il y a 3 000 ans, les Celtes se sont installés sur les terres de la Bible, avec leurs rites, leurs croyances. Ils sont là, vivants, derrière chaque vision, chaque page de la Bible, comme le montre la comparaison de l’Apocalypse de Jean -extrait de la Bible - et la Vôluspà Scandinave, tirée des Eddas :
vôluspà (Edda Scandinave)
« Et je vois émerger une seconde fois une terre de l’onde éternellement verte... »
apocalypse (Bible)
« Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre, car le premier ciel et la première terre avaient disparu. »
VÖLUSPÀ
« Alors, arrive d’en haut, au dernier jugement le Puissant, le Magnifique, celui qui tout gouverne. »
APOCALYPSE
« Puis je vis le ciel ouvert, et voici, parut un cheval blanc. Celui qui le monte s’appelle Fidèle et Véritable, et il juge et combat avec justice. »
Beaucoup plus qu’un jeu de correspondance, il s’agissait d’une même vision, comme j’essaierai de le montrer tout au long de ce livre. Les Celtes ont chevauché aux côtés des nomades d’Israël, combattu les Cananéens, dans les terres rouges de Palestine.
Il a fallu les 2 000 ans d’histoire des hommes, les chaos, les guerres, pour que l’histoire de la Bible soit falsifiée, modifiée, avec l’intention évidente de gommer définitivement la présence celtique.
L’homme a mis le soleil en exil, et il s’est tourné vers l’obscurité, en pleurant, poussé par son vieil instinct mortel, suicidaire. La Bible est devenue un opium, une sorte de sédatif spirituel, au profit des marchands de religions.
3 000 ans en arrière, sur les bords du fleuve Euphrate, les cavaliers celtes et les nomades hébreux se rencontrèrent avec cette formule rituelle : « Béni soit l’homme qui porte la Lumière! »
Dans les psaumes de Sagesse du roi Salomon, l'Éternel est un dieu de lumière. Il est le feu qui ne s’éteint pas, la Grande Force Tournoyante, qui se manifeste dans le brasier du Sinaï, dans les colonnes de flammes de l’Exode, sur les pentes du mont Horeb, dans le cœur incendié des prophètes... jusqu’à la Résurrection du Golgotha, qui ouvre les portes du Ciel.
D’ailleurs, le roi Salomon - auteur des psaumes de Sagesse, roi et prêtre devant l'Éternel - n’est autre que Salmon, dans la langue celto-saxonne : le saumon sacré, le poisson de la suprême sagesse, qui deviendra l’emblème des premiers chrétiens.
Tous les pays de la Bible, de l’Euphrate au Jourdain, du Nil à la mer Morte, ont subi l’influence des grandes migrations celtiques. Les tribus de Léonnorios ont participé à l’élaboration de la Bible, se sont mêlées aux populations nomades, ont fait le voyage au désert sous les emblèmes de Ram, le Bélier sacré.
L’histoire commence il y a 5 000 ans. Nous sommes dans le Bas-Euphrate, dans le royaume indo-européen de Mitani, sur la terre d’Abraham... Les prêtres invoquent la divinité suprême, mystérieuse, sur des montagnes entourées de ténèbres... Le Sinaï, le mont Horeb - énormes solitudes de pierres, brûlées par la foudre et le feu du désert. Jusqu’au jour où la divinité cosmique, insaisissable, va s’incarner, dans le Christ Jésus. Toute l’histoire du paganisme est la préparation de cette Nouvelle Alliance, qui ferme les portes de l'Enfer, et arrache l’homme à la mort.
LES FEUX DU DÉSERT
On peut voir au musée du Caire une tête de Gaulois, avec une expression pathétique de douleur. L’émotion est intacte. La sculpture ressemble à un masque mortuaire, saisi quelques instants avant la mort. Elle dégage une formidable énergie, comme si toute la souffrance de l’homme était concentrée là, taillée dans la pierre.
L’inscription indique qu’il s’agit d’un chef celte qui vivait en Haute-Égypte, sous le règne de Séti Ier. D’autres têtes semblables ont été trouvées dans l’île de Délos, sous le mur d’enceinte du temple d’Apollon... Même expression de souffrance, de défi.
Le musée du Caire abrite les vestiges d’une histoire ancienne, oubliée. On y voit le corps d’un guerrier celte, hurlant sa douleur, s’empalant sur sa propre épée.1
1. S. Reinach, Les Gaulois dans l'art antique, Paris, 1889.
Les têtes sculptées du musée du Caire commémorent le suicide collectif des Gaulois de Haute-Égypte, en 270 avant J.-C.
Le scholiaste Callimaque, qui a raconté leur échec, parle d’une tentative pour mettre au pillage les trésors du pharaon : « Les Égyptiens enfermèrent les Gaulois dans une île de la branche sébennytique. Ils y périrent tous, soit par la famine soit par une espèce de suicide rituel 5. »
4 000 guerriers celtes, installés dans le delta du Nil, avaient pris d’assaut le temple de Mendès, au bord de la « Grande Mer ». Pausanias parle d’un « complot pour s’emparer de l’Égypte » 6.
La colonie gauloise d’Égypte campait sur les bords du Nil depuis plusieurs générations, lorsque les tribus du delta s’armèrent contre le pharaon Séti Ier, et dévastèrent la Haute-Égypte.
Il semble bien que les Celtes d’Egypte n’aient jamais été vraiment absorbés par la civilisation égyptienne, qu’ils aient gardé leur identité, leurs rites, leurs croyances - comme le prouve le suicide collectif de 4 000 guerriers, unis dans le même esprit, le même désir d’appartenance au clan, à la vieille tribu indo-européenne.
Dans les camps nomades des bords du Nil, un autre groupe d’hommes protège jalousement ses croyances, sa tradition; ce sont les Hébreux, venus de la terre de Canaan, voilà déjà plusieurs siècles.
C’est peut-être là, autour des feux de bivouacs, que les druides et les lévites d’Israël ouvrirent les livres de la Grande Tradition, communièrent dans l’extase, la vision, tandis que les guerriers portant le bouclier et le javelot buvaient l’hydromel et les bières fermentées d’Égypte, sous les tentes noires, dans la nuit du désert.
Le désert, en hébreu, signifie quelque chose ou quelqu’un d’abandonné, une terre qui n’est pas ensemencée. Dans les langues celtiques, le désert signifie aussi le vide. C’est l’endroit privilégié, pour écouter parler l’univers, derrière les formes visibles, d’où l’on peut explorer l’âme humaine, remonter la courbe des générations, jusqu’au point de l’origine, d’où les choses se dévoilent dans une fantastique lumière. C’est ici que furent élaborés les premiers livres de la Bible : le fameux Pentateuque, dans lequel on retrouve de nombreux éléments celtiques, d’un bout à l’autre de l’histoire sacrée.
Le bivouac des nomades du désert, c’est la flamme des guetteurs, des veilleurs - les premières lampes votives installées par l’homme, sur la terre froide, la colonne de feu autour de laquelle se réunit le clan, la communauté.
Pour l’homme accroupi sur la natte d’osier, le feu c’est aussi la mémoire ancestrale, l’obscure mémoire, tout à coup éclairée. Dans la nuit du désert d’Égypte, druides et lévites sont les gardiens de la tradition primordiale, comme le prouve le texte biblique sur le Déluge, dans lequel on retrouve un nombre impressionnant d’éléments traditionnels, apportés en Égypte par les Celtes, plus de 3 000 ans avant J.-C.
La présence de ces éléments dans la tradition biblique est bien réelle. Ils constituent même le fil conducteur qui permet d’affirmer que la vision indo-européenne traverse le livre sacré, de la Genèse aux dernières pages de l’Apocalypse.
Il importe tout d’abord de comprendre que nous n’abordons pas un texte du folklore magico-spirituel, mais bien un texte révélé, surgi dans la conscience ouverte de l’homme, qu’il faut relier aux anciens cycles de l’humanité, où les rencontres, les prodiges, ne sont pas des symboles, mais la survivance d’un âge d’or, d’un état divin disparu. Il ne s’agit pas non plus d’une épopée métaphysique, mythologique, qui n’aurait laissé aucune trace dans le temps des hommes. Les Celtes d’Égypte n’ont pas quitté les terres du Nil. En 1989, on peut encore voir leurs tombes, dans le cimetière d’Hadra, au sud-est d’Alexandrie - plus de deux cents tombes peintes, gravées d’inscriptions runiques, rituelles.
Le 18 mars 1967, une expédition soviétique -mise sur pied par l’université de Kiev - découvrait deux objets d’origine celtique, en Turquie orientale, dans la région du mont Ararat, là où la Bible situe l’arrivée de l’arche de Noé : un bracelet de verre bleu, dans un tumulus, et un pot de céramique '.
Les indices matériels sont minces, pour signaler la présence des Celtes sur la montagne sainte, mais le texte de la Bible ouvre une multitude de pistes,
1. Travaux de la section d’archéologie du musée de Kiev. qui toutes aboutissent à la grande tradition indo-européenne.
Le mont Ararat apparaît, au début de la Genèse, comme la montagne que les eaux du Déluge n’atteignent pas, l’île des temps nouveaux, qui permettra à Noé d’échapper au cataclysme.
« Les eaux s’élevèrent de quinze coudées au-dessus des montagnes, qui furent couvertes. » (Genèse 7,20.) Toutes... sauf le mont Ararat. Il surgit devant Noé, immense, flamboyant, comme la montagne des Élus. Aussitôt, Noé bâtit un autel à l'Éternel, au sommet de la montagne, et « Dieu bénit Noé et ses fils, et leur dit : Soyez féconds, multipliez, et remplissez la terre. » (Genèse 9,1.)
C’est donc à partir du mont Ararat que vont naître les fils des hommes qui vont peupler la terre.
Le Déluge indique la fin d’une période, un changement d’histoire. Tout ce qui existait avant a disparu, noyé par les eaux. A partir du mont Ararat, c’est une nouvelle histoire qui commence : celle des hommes de la Bible. Il n’y aura pas d’autres déluges... jusqu’à l’Apocalypse qui ferme le Livre, et qui annonce la fin du temps des hommes et le retour de l’âge d’or.
Nous sommes au cœur de la tradition celtique. Le mont Ararat est la montagne sacrée des Indo-Européens, des Aryas de la Perse ancienne. Les légions de Darius ont gravi les pentes du mont Ararat, avec les Parsis - les prêtres du Feu - pour saluer la victoire du soleil sur l’obscurité.
Dans les langues indo-européennes, Ararat signifie « qui donne le soleil » (Ara = soleil, Ra = donner). Il suffit d’ouvrir un dictionnaire de sanskrit, ou un simple lexique des langues celto-nordiques, pour retrouver des noms de lieux, ou de personnes, présents dans la Bible.
Le mont Ararat chevauche la Turquie orientale et l’ancien empire des Perses (l’Iran). C’est un des hauts lieux du culte solaire. Il domine les plaines d’Orient où vivent les tribus celtes, de Phrygie jusqu’au nord de l’Euphrate. Il apparaît comme l’Axe du monde, autour duquel s’organise la vie des tribus, à l’est de la Cappadoce. Il surgit, magistral, aux premières pages de la Genèse, et indique que nous sommes en pleine tradition solaire. L’arche de Noé s’échoue sur les pentes du mont Ararat. Noé construit un autel à la gloire de l'Éternel, le Dieu sans commencement ni fin. Il sera le premier patriarche de la Bible, le père de l’arche (Patriarche) - et Dieu lui promet une descendance qui remplira la terre.
Le mont Ararat se tient au début du nouveau cycle. Il rayonne sur toute l’histoire biblique. C’est le point de départ de la grande aventure spirituelle, de l’épopée nomade, qui va traverser 5 000 ans d’histoire.
Que racontent les chamans, les druides, les thaumaturges, autour des feux de bivouacs, dans les déserts d’Égypte et de Palestine? Ils parlent des anciens cycles, des âges d’avant le Déluge, des races qui se sont succédé sur la terre, des îles du nord du monde, où vivaient des êtres transparents, qui puisaient toute leur énergie dans l’ardeur du soleil, et le feu des volcans, le feu du ciel, et celui de la terre, la même lumière, la même incroyable respiration, dont la maîtrise rend l’homme immortel.
Dans les villes rouges de Palestine, à l’abri des palmeraies, dans les trous de rochers où se cachent les ermites et les animaux sauvages, des prêtres celtes prédisent l’avenir, louent leurs services, comme la pythie de Delphes.
Strabon et Lucien se souviennent d’un sorcier de Palestine, qui pouvait répondre en celtique à ceux qui demandaient des consultations. L’homme ne se contentait pas de prophétiser, « il décrivait des époques antédiluviennes, que l’homme n’a pas connues, et qu’il connaissait directement par la vision, ou par les traditions orales de son peuple 7 ».
Dans toutes les traditions indo-européennes, le Déluge précède immédiatement le temps des hommes, apparu avec la mystérieuse figure de Noé, qui vient d’un temps plus ancien, d’avant le Déluge. La grande épopée biblique commence au mont Ararat, la montagne primordiale, où fut l’Éden, et qui ne fut pas submergée par les eaux du Déluge.
Le Déluge est égal au temps zéro. Avant le Déluge... la tradition se souvient de quatre races anciennes, fabuleuses, qui se sont succédé sur la terre. Les Grecs parlent des âges d’or, d’argent, de bronze et de fer, pour bien montrer la dégradation du métal pur, l’incarnation de plus en plus lourde de l’esprit. C’est l’alchimie à rebours, la chute
Les Celtes dans la Bible biblique, qui est la perte de l’homme divin, et sa descente dans l’épaisseur de la matière.
En Inde, ce sont les quatre Yugas: krita (l’âge d’or), tretâ, duâpara, et l’actuel kali-Yuga, qui correspond à l’âge de fer.
Dans le monde celtique, on trouve évidemment trace des quatre races successives. Trois races d’hommes-dieux, en relation constante avec les forces du cosmos : Partholon, Némed, Tûatha Dé Danann - et une quatrième, la race de Milé, qui correspond au temps des hommes.
L’enseignement traditionnel a toujours affirmé l’existence d’une race spirituelle, considérée comme divine, élevée en permanence à un niveau de conscience cosmique. Elle incarne l’âge d’or, c’est-à-dire la suprématie des forces solaires, le déploiement fantastique de la vision. C’est une race d’éveillés, capables d’entrer en fusion, en vision, avec les grandes forces de l’univers, accordés au diapason cosmique, doués d’une perception lumineuse, divine.
Pour certains, cette première race est celle des « grands transparents », des « invisibles », qui vivent dans la « Terre de Lumière », la « Terre des Vivants », à l’extrême nord du monde. Cette race de dieux est appelée à disparaître, selon les lois cycliques de l’évolution, mais elle ne meurt pas, elle n’est pas détruite : elle entre en sommeil, dans l’attente du retour de l’âge d’or.
Toujours dans la tradition celtique, la race qui lui succède est une race de titans, de géants, gigantesques par l’orgueil, la violence, et l’utilisation des pouvoirs magiques, capables de déchaîner des tremblements de terre, de mettre au monde des obsessions, d’énormes désirs, sous la forme de monstres, hybrides, autonomes. Ils vivent la race d’argent, c’est-à-dire le cycle de la lune - l’astre mort qui, ne portant plus en soi sa propre lumière, absorbe, vampirise, détourne la lumière solaire pour briller.
La tradition rapporte que les titans et les géants utilisent les sortilèges, et qu’ils se heurtent à la troisième race : celle des héros, considérés comme des demi-dieux.
Le héros connaît la peur de la mort. Il a perdu l’immortalité de l’âge d’or, les pouvoirs magiques des races titaniques. Il vit pour reconquérir, sauvagement, l’unité perdue. Il va se distinguer par son sens aigu du sacrifice, seul moyen de franchir la porte suprême, et de rejoindre le monde des dieux. La mort devient l’objet de sa quête - une mort qui transforme, qui purifie. C’est l’âge du bronze, des armures étincelantes, des lourdes épées forgées dans les cavernes profondes, où se sont réfugiés des magiciens, survivants des anciennes races. On se souvient d’Excalibur, l’épée du Graal, du glaive de Siegfried, de la lance de Wotan, qui tue et ressuscite.
Un formidable cataclysme balaiera la troisième race... avant que ne commence le quatrième âge, celui des hommes, privés de lumière, séparés, menacés par la mort.
La tradition celtique explique de quelle façon la mémoire des trois races qui précèdent la nôtre a été conservée : grâce à un mystérieux personnage, Fintan, âgé de 1 200 ans, qui traversa les guerres, les chaos, les cataclysmes. Les chroniques légendaires d’Irlande affirment qu’il fut le seul à échapper au Déluge : « J’avais de grands cheveux, de grands
Les Celtes dans la Bible ongles; j’étais décrépit, gris, nu - mais je n’avais rien oublié. Je me servis de ma vieille mémoire pour enseigner la race des hommes (la race de Milé) 8. »
Pour traverser les eaux du Déluge, Fintan se transforme en saumon. Dans le cycle irlandais, il deviendra le saumon de la connaissance, que l’on peut manger sans lui ôter la vie, pour être pénétré de la connaissance universelle, et retrouver la mémoire des trois races d’avant le Déluge 9.
On retrouve la grande tradition des dieux, des titans et des héros, au début de la Bible, dans les premières pages de la Genèse.
Bien sûr, les exégètes et les commentateurs bibliques ne font jamais référence aux versets VI, 4,6,7,8 de la Genèse, puisqu’il leur faudrait - du même coup - admettre l’existence des races qui nous ont précédés, et s’interroger sur la permanence des croyances indo-européennes tout au long du texte sacré :
« Les géants étaient sur la terre en ces temps-là. Il en fut de même après que les fils de Dieu furent venus vers les filles des hommes, et qu’elles leur eurent donné des enfants : ce sont ces héros qui furent fameux dans l’antiquité.
L’Éternel vit que la méchanceté était grande sur la terre, et l'Éternel dit : J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles et aux oiseaux du ciel... Mais Noé trouva grâce aux yeux de l'Éternel. » (Genèse 6-4,5,6,7,8.)
Ainsi, au début de la Bible, il est fait mention de ce credo du monde celtique : l’existence des dieux, des titans et des héros, avant le Déluge.
Le petit royaume indo-européen de Mitani, au nord de l’Euphrate, est gouverné par un roi de Justice, un dharma-râja, gardien de la Tradition, qu’on représente sur des pièces de monnaie gauloises, montant la garde à l’entrée du monde céleste, une épée dans une main, une balance dans l’autre. Il est celui qui mesure le monde, avant de le juger. Il se tient debout, revêtu de ses doubles attributs royaux, et spirituels, devant « la porte étroite ».
Dans les communautés indo-européennes d’Asie, on se souvient du Déluge. Les sorciers, les prêtres, les chamans, ont accès à la vieille mémoire. Ils enseignent que l’expérience de la mémoire ancienne n’appartient pas au passé, mais au présent immédiat, à tous les moments de l’histoire, parce qu’elle est au centre de la Roue.
L’expérience qu’ils ont faite est inscrite en paraboles dans les textes sanskrits :
« Les roues de ton char - Ô Sûrya 10 - les démons les connaissent bien. Pourtant l'Unique Roue, cachée dans le secret, les inspirés savent seuls ce qu’elle est. »
Le soleil chasse l’obscurité, révèle les coins d’ombre. Il dévoile ce qui est enfoui, dissimulé. Il n’y a pas de passé, ni de futur - simplement des zones obscures, des coins d’ombres. La lumière solaire éclabousse chaque recoin, et les choses qu’on croyait « passées » surgissent, sont révélées au présent.
C’est ainsi que les chamans du royaume de Mitani avaient accès aux mondes de l’origine. Salmon - le saumon de la connaissance - est une des nombreuses formes de la révélation solaire. C’est lui qui traverse le Déluge, et qui apporte aux hommes le souvenir des anciennes races.
Dans la Bible, c’est Noé qui va survivre au cataclysme divin. Il est choisi pour transmettre la connaissance, comme Fintan, le saumon sacré des Celtes.
Il construit l’arche, se laisse porter par le tourbillon des eaux qui emporte tout sur son passage, bêtes, hommes, et dieux. L’arche est semblable à l’île tournoyante de la tradition celtique, la nef de Salomon qui apparaît aux chevaliers du Graal.
Dans le Lebar Gabala (le Livre des Gabales, ou Livre des Conquêtes), la tradition celtique d’Irlande raconte de quelle façon Fintan - le saumon de la Connaissance - échappa aux eaux du Déluge :
« Si l’on m’interroge sur l’Irlande, je sais et je puis raconter avec plaisir toutes les conquêtes dont elle fut l’objet depuis l’origine du monde séduisant. D’Orient vint Cessaire, une femme, fille de Bith, avec ses cinquante jeunes filles, et ses trois hommes. Le Déluge atteignit Bith sur sa montagne sans mystère. Pour moi, pendant un an sous le Déluge rapide, dans l’élévation de l’onde puissante, j’ai joui d’un sommeil qui était très bon 11. »
Fintan échappe au Déluge. Une autre version du Lebar Gabala explique :
« Cessaire est fille de Bith; Bith est un des fils de Noé. Moïse, dans la Genèse, a oublié de parler de Bith et de Cessaire. Noé construisait l’arche, Bith envoya un messager à Noé et le fit prier de lui réserver dans l’arche un appartement tant pour lui que pour sa fille Cessaire. Noé refusa. Partez, dit-il à Cessaire; allez dans les régions les plus occidentales du monde, certainement le Déluge ne les atteindra pas. »
Plus loin encore, on peut lire ;
« Cessaire, fille de Bith, fils de Noé, prit possession de l’Irlande quarante jours avant le Déluge 12. »
Ainsi, les textes celtiques placent directement Fintan en relation avec le patriarche Noé. Fintan, sous la forme d’un poisson, maîtrise le Déluge, et finit par aborder sur le mont Ararat, la montagne solaire des Indo-Européens.
On retrouve Salmon, le saumon de la Connaissance, dans les Puranas de l’Inde :
« L’histoire du poisson est celle du déluge duquel le poisson sauva le septième législateur, Manu, fondateur de l’humanité présente. Manu trouva dans l’eau qui lui était présentée pour ses ablutions, un tout petit poisson qui se glissa dans sa main et lui demanda sa protection. Le poisson dit : “Je te sauverai d’un déluge qui balayera toutes les créatures de la terre. ” Ce poisson grandit et dut être mis dans des récipients de plus en plus grands jusqu’à ce que rien d’autre que l’océan ne soit assez vaste pour le contenir. C’est alors que Manu le reconnut pour une incarnation de Vishnu. Le dieu informa Manu du déluge imminent et lui ordonna de s’y préparer. Il lui fit bâtir un navire et, quand les pluies arrivèrent, lui ordonna de s’embarquer avec les sages, les plantes et les animaux. Le poisson, qui était de dimension prodigieuse, nagea vers Manu qui attacha le navire à sa corne, utilisant comme corde le serpent Vestige. Lorsque les eaux baissèrent, le serpent le mena en lieu sûr 13. »
En sanskrit, Manu veut dire « homme ». Il s’agit donc, comme pour Noé, du premier ancêtre de la race humaine, auquel Dieu prédit une nombreuse descendance « qui peuplera la terre ».
Un autre des grands thèmes celtiques retrouvé dans la Bible : Bran, le corbeau du dieu Odin (Wotan), qui navigue vers l’île des Immortels, Tir nan-Og 14.
« Bran partit sur la mer avec un équipage de trois bordées de neuf hommes. Au bout de deux jours et deux nuits de navigation, il rencontra un homme qui roulait en char à la surface des flots. C’était Manan, le souverain de l'Autre Monde, cet autre monde qui se trouve par-delà l’Océan 1. »
1. La Navigation de Bran, mythologie celtique. Yann Brekilien.
Le char sur l’eau évoque immédiatement l’arche de Noé, et Manan n’est autre que Manu, le législateur de la race des hommes. (Manu, Man = homme.)
Dans la Genèse, lorsque Noé aborde le mont Ararat, il lâche vers la terre son corbeau messager, comme le fait Odin/Wotan dans le cycle des légendes celto-nordiques :
« Le septième mois, le dix-septième jour du mois, l'Arche s’arrêta sur les montagnes d’Ararat... Au bout de quarante jours, Noé ouvrit la fenêtre qu’il avait faite à l’Arche. Il lâcha le corbeau qui sortit, partant et revenant jusqu’à ce que les eaux aient séché sur la terre. » (Genèse 8-5,6,7.)
Il s’agit des sources primitives ce que l’on est convenu d’appeler « la tradition celto-nordique », parce qu’elle s’enracine dans la prodigieuse épopée des civilisations venues de l’Arctique, à l’époque lointaine où les régions polaires abritaient les races de l’âge d’or.
C’est une civilisation primordiale qu’on retrouve dans les cycles celtiques d’Irlande, dans les épopées des Aryas de l’Inde ancienne, dans la Perse de Darius, jusqu’en Palestine - toujours associée au Centre suprême, inviolable, que certains appellent Thulé, l’île Blanche, d’autres le jardin des Hespérides, d’autres encore Avalon, l’île Verte, Shamballa, ou l’Éden, le Paradis biblique.
On peut se faire une idée des habitants du royaume de Mitani, en lisant les chroniqueurs grecs et latins. Il y a 3 000 ans, les guerriers indo-européens du nord de l’Euphrate rencontrèrent les tribus nomades d’Israël, et firent alliance avec les Lévites hébreux :
« Ils portaient le grand bouclier, à arête centrale, le casque pourvu de cornes, l’épée, portée à droite, la longue épée de la Tène II, divers types de javelots. Plutarque les dépeint au bain, avec leurs enfants, vidant des marmites de Porridge 1. »
1. Cf. Justin, XXVI, 2. Plutarque, Symp, VIII.
Il est difficile d’identifier l’hébreu ou le celte dans les fameuses douze tribus d’Abraham. Au cours des siècles de leur pérégrination, la tribu est devenue un ensemble de croyances, de coutumes, de rites communs, les hommes ont chevauché sur les mêmes pistes, vécu sous la tente, pris des femmes celtes ou hébraïques... si bien que lorsque Jacob érige la première pierre plantée, en l’honneur du dieu suprême, il célèbre le vieux culte druidique du Menhir - de même Abraham recevant les envoyés du Seigneur sous les chênes rituels de Mamré.
Le chêne sacré et la pierre plantée sont deux des éléments rituels du royaume de Mitani, apportés aux Hébreux par les nomades celtes des hauts plateaux d’Asie Mineure. Les prophètes d’Israël ne sont pas ces figures superbes, hiératiques, qu’on voit sur les gravures religieuses, forts comme des montagnes, auréolés de sainteté. Ils pensent, rêvent et agissent comme les chamans sibériens, à la façon des sorciers celtes, par la transe et le délire magique.
Pour désigner un prophète, la Bible emploie généralement le mot « nabi ». « Se conduire comme un nabi » veut dire « entrer en délire », c’est-à-dire « prophétiser ». On est loin des bonnes mœurs bourgeoises, où « le mal est appelé le bien, et le bien est appelé le mal ». Le délire du prophète dérange les institutions. Le prophète s’en moque. Il est là pour laisser parler l'Esprit de Dieu - et tant pis si l’Esprit le fait marcher sur les mains, courir nu dans Jérusalem avec des cornes de fer sur la tête. Il est le fou qui parle, et sa folie est sagesse aux yeux de Dieu.
Lorsque le roi Saül vint trouver Samuel, à Rama, il fut aussitôt attiré dans le cercle de lumière du prophète. Le Livre des Rois décrit le comportement mystérieux du roi, au contact du prophète Samuel :
« Il se dévêtit et fut pris de délire devant Samuel, et il resta couché, nu toute la journée et la nuit suivante. »
Ce comportement est celui des chamans qui pratiquent l’ivresse sainte, utilisent les herbes télépathiques, les champignons sacrés, l’hydromel qui chauffe le cœur et donne des visions.
C’est ce qui arriva au patriarche Noé. A peine sorti de l’arche, il plante une vigne, au sommet du mont Ararat. Il découvre les pouvoirs des plantes sacrées, qui donnent l’ivresse sainte, et il s’enivre, comme le font les druides et les chamans, lorsqu’ils veulent communiquer avec les forces de l’univers.
« Noé commença à cultiver la terre, et planta la vigne. Il but du vin, s’enivra, et se découvrit, nu au milieu de sa tente. » (Genèse 9-20,21.)
De la même façon que les pommes d’or du jardin des Hespérides donnent la connaissance, la vigne plantée par Noé communique l’ivresse sainte - jusqu’au vin bu par les disciples du Christ, qui deviendra « le sang de l'Alliance » qui réunit l’homme à Dieu, ressoude l’unité brisée, ouvre de nouveau les portes de l’Éden.
Noé plante la vigne, après avoir vaincu les eaux du Déluge. C’est le baptême par le feu, après le baptême par l’eau. Lavé, purifié, il peut goûter à la Vision. Il est prêt pour l'Alliance, fulgurante, immédiate. La purification par l’eau efface les ténèbres, l’obscurcissement de l’âme, de la même façon que le Déluge lave et nettoie la terre. L’homme redevient pur, comme les anges du Seigneur.
Dès que Noé aborde le mont Ararat, il n’est plus l’homme-dieu, venu de l’âge d’or. Il apparaît comme l’ancêtre des hommes, le père de la nouvelle humanité.
L’histoire des hommes commence avec le baptême dans les eaux du Déluge. Il s’agit d’un rite profondément initiatique, comme l’explique parfaitement Julius Evola :
« Pouvoir vivre sous les eaux, équivaut à ne pas sombrer dans les eaux, à pouvoir marcher sur les eaux 1. »
1. Julius Evola, Le Mystère du Graal et l'idée impériale gibeline. Éditions Traditionnelles, 1985.
Après le baptême par l’eau, Noé réclame le baptême par le feu. Il a besoin d’établir un contact réel avec le principe du « Seigneur universel », célébrer !,Alliance - la Nouvelle Alliance - entre Dieu et la quatrième race, qui va surgir des eaux, avec sa^ descendance. Il dresse un autel, à la gloire de l'Éternel, au sommet du mont Ararat, et plante la vigne qui donne l’ivresse et ouvre les yeux de l’âme. Il s’enivre... c’est-à-dire qu’il entre en transe, à l’exemple des chamans, des sorciers. Il a goûté « la chair des dieux ». Il est en résonance parfaite avec le cosmos. Pour montrer qu’il est dans une nouvelle conscience, pure, virginale, Noé se met nu sous sa tente, au grand scandale de ses fils qui ne savent pas qu’il communie avec Dieu. Sa nudité est sacrée, terrifiante - comme le montrent Sem et Japhet en le couvrant d’un vêtement.
La Bible n’est pas seulement le récit des épopées, des événements qui ont marqué les peuples des bords de l’Euphrate. C’est aussi un livre de sang, de feu, taillé à coups de visions, se projetant au-delà de l’espace et du temps, révélant le secret de la mort, la vie infinie de l’homme, son éternité.
Dans sa quête des textes sacrés, Sophie Schallen-berg montre que le Déluge celto-biblique est un rite de passage, une maîtrise profonde des énergies :
« La traversée du Déluge par Noé est un rite de passage, une porte nécessaire à la progression spirituelle de l’humanité. Comment être sauvé du Déluge?... En devenant poisson, comme Fintan le celte, ou Vishnu, le dieu indien. Le poisson vit dans l’eau. Il en connaît tous les méandres, tous les secrets. Il signifie la maîtrise du fluide, du courant, des énergies qui transforment. C’est pour cela qu’il devient le symbole des premiers chrétiens, “ pêcheurs d’hommes ”, après que le Christ a marché sur les eaux, pour bien montrer à ses disciples qu’il avait vaincu la matière et qu’il possédait la maîtrise des énergies 1.»
1. Sophie Schallenberg : «Le Tao de l'Explosion» dans «Les Mutants» de Brian Barrett. Éditions Henri Veyrier, 1986.
Le prophète Jean-Baptiste - qui baptise avec l’eau du Jourdain - dira du Christ Jésus : « Je vous baptise avec de l’eau, mais lui le fera avec du feu. »
Il y a 4 000 ans, dans le Bas-Euphrate, les hommes vivaient comme aujourd’hui : pour le confort et le plaisir, même si leurs coutumes nous paraissent lointaines, mystérieuses. Les plus belles femmes d’Our - en Chaldée - se paraient de bijoux et de parfums pour danser devant les chefs de tribus, au son des harpes et des tambourins.
A Our, Lagask, Ourouk, dans les terres rouges du royaume de Mitani, les cités sont d’argile cuite. Des statues de dieux se dressent dans la cour : Enlil, l’air, Anou, le ciel, Enki, l’eau qui féconde. Les ruelles s’alignent le long des façades blanches, à l’ombre des figuiers. Une rigole est creusée à l’entrée de chaque maison, pour laver les mains et les pieds des visiteurs... avant de leur offrir les plaisirs de la table, la pipe à eau sur les tapis brodés, et le parfum des femmes qui dansent, l’ivresse de la musique. Les princes des royaumes de Chaldée portent des colliers de perles, des lapis, des agates, des poignards ciselés, et boivent dans des gobelets d’or.
Le royaume indo-européen de Mitani n’est pas un monde clos, fermé sur lui-même. Les hommes portant le casque à cornes et le javelot de combat vont descendre plus au sud, et se heurter aux autres peuples du désert - comme l’explique Cari Grimberg, dans la Varldshistoria, publiée à Stockholm :
« Les Hébreux étaient à peine parvenus à s’établir en Palestine qu’ils subissaient la poussée d’autres peuples du désert, les moabites, les ammonites, les mitaniens 15... »
Les recherches entreprises par l’historien suédois prouvent que la ville d’Our - Ur - en Chaldée, appartenait bien au royaume de Mitani. Abraham était un Indo-Européen - comme le démontre Jorge Luis Borges, lorsqu’il fait l’analyse des runes celtiques :
« La rune celtique U s’appelle Ur (Our) et signifie Notre 16. »
Abraham appartenait au clan des Térahites (en sanskrit Tara-Hita, c’est-à-dire « celui qui est envoyé, le sauveur, qui fait traverser, qui fait passer »).
Les kabbalistes qui ont écrit la Bible - patriarches, prophètes - ont formidablement bien opéré. Les noms viennent souvent directement des dialectes indo-européens, comme Sara (« précieux », en sanskrit), ou arimathie (« la communauté d’Ari, du soleil »), ou mara, les eaux amères (la mort, en sanskrit), ou encore rama, en Palestine, la ville des prophètes.
D’autres fois, les kabbalistes ont procédé avec toute la science du secret. Le mot a été volontairement inversé, voilé, pour protéger sa lumière intérieure. C’est le cas pour le prophète amos = soma, la boisson sacrée des Aryas; pour aBRAHAM = brahman, le dieu suprême, inconnaissable; ou salomon = salmon, le saumon sacré des Celtes et des Scandinaves, porteur de sagesse, et de connaissance...
Lorsque Abram - du clan nomade des Térahites - décide d’abandonner le confort d’Our, c’est qu’il vient de voir autre chose que les autres n’avaient pas vu : plus loin que les villes, au-delà du désert, une vision flamboyante - qui aujourd’hui le ferait passer pour un fou -, une présence fantastique, qui dépasse tout, immense, méconnaissable, et qui pourtant vient frôler l’homme, parle à l’intérieur de son cœur, et lui dit : « Voilà Ma Vérité! »
C’est la vision du Dieu Unique, que les prêtres de Chaldée, et tous les tailleurs d’idoles, ont fini par oublier... Le Dis-Pater des Celtes, la Force de Vie des anciens Germains, capable de se renouveler à l’infini, jusque dans les flammes du « crépuscule des dieux », le Brahman suprême des Indo-Européens... Ce qui est impérissable et ne meurt jamais.
Tous sont mortels. Même les dieux périssent dans le Ragnarok, l’Apocalypse finale - tous, sauf Livskraft, la force mystérieuse de vie. Pour rencontrer ce Dieu immanent, suprême, il y a le désert. C’est le lieu d’élection du prophète. Il y prend sa force, sa certitude.
Les guerriers qui ont quitté Our, à la suite d’Abraham, portent le bouclier rond, la longue lance, le casque à cornes. La piste serpente le long des oueds, longe les rives de l’Euphrate. Le désert commence ici, de l’autre côté du fleuve. On quitte le royaume de Mitani, pour les étendues de sable et les plaines rocheuses, à perte de vue. Ici, les crânes et les ossements sèchent au soleil, entre les énormes falaises de grès creusées par le vent. Une terre de désolation, où l’on est « le jour dévoré par le chaud et la nuit par le froid» (Genèse 31- 40). Le contraire d’un jardin... du jardin d’Éden, où les dieux se nourrissent des pommes d’immortalité.
La migration d’Abram se fait d’abord d’Our à Charan, le long de l’Euphrate. Toute cette région est un lieu de passage pour les pasteurs et leurs troupeaux, les caravanes venues de Mitani, ou les guerriers venus des colonies celtes de Mésopotamie. Ils remontent l’Euphrate, et plongent vers le sud, vers le désert syrien ou les montagnes du Liban.
Les pasteurs nomades mènent leurs troupeaux et dorment sous la tente. Le soir, à la halte, le seul plaisir, c’est le feu qui réunit toute la communauté. La plainte d’une flûte rend la nuit plus profonde, plus mystérieuse. Des hommes chantent en araméen.1 Abram s’est retiré sous la tente pour méditer. Avant de quitter Charan - la dernière cité de l’Euphrate - il a eu une vision. L’Éternel lui est apparu, sous la forme d’une grande lumière. En le touchant, cette lumière est devenue Parole. Elle lui a dit :
« Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. » (Genèse 12-2,3.)
1. « Mon père était un Araméen nomade » (Deutéronome 26,5). Une fois de plus, il s’agit d’une tribu indo-européenne; en sanskrit, Ara = soleil.
Une seule condition : Abram doit quitter Charan - s’enfoncer plus avant dans le désert - dans la nuit obscure, sans jamais perdre confiance.
On assiste dès le début de la Genèse à la construction intérieure, initiatique, d’Abram. Il rompt les amarres, se détache des oueds, des palmeraies, pour le rocher qui brûle, la roche nue, le soleil immobile, et la promesse de vagues pâturages pour ses troupeaux, de l’autre côté. Il a une mission. Le Dieu qui lui parle, sous la tente nomade, ne ressemble pas aux divinités d’Our, ou de Babylone. Il n’est pas taillé dans le bois, ou la pierre. Il n’est pas une vague caricature de l’homme, avec des bras et des jambes, un faciès d’extase ou d’épouvante... C’est le brahman des Indo-Européens. Il n’a pas de visage. Il est sans forme. On ne le voit pas. On ne peut pas le montrer du doigt dans un temple.
Il vient d’abord sous la forme d’une absence, torturante, dans le silence du désert. Un besoin fou de lumière. Ce qu’Abram prend pour une absence, c’est la distance qui le sépare du Dieu des dieux. Il renonce à comprendre. Il se laisse envahir par le doute, le désespoir. Des pans de murs s’écroulent dans sa tête, dans son cœur. Ce n’est plus Our, et les palmeraies de l’Euphrate, qu’il laisse derrière lui - mais ses passions d’homme, sa peur de la mort, son attachement au monde. Il veut renouer avec la grande ferveur de ses pères, avec la force de vie qui décide du monde et emporte tout dans son jaillissement, les vivants et les morts. Le désert lui enseigne le vide. Sans le savoir, il prend de la vitesse, et remonte la distance - et Dieu vient à lui avec le même amour, la même ardeur.
Il ne reste plus qu’un voile d’obscurité entre Dieu et lui. La grâce divine est pesante. Elle écrase tout, remplit l’âme d’amertume, avant de l’illuminer :
« Au coucher du soleil, un profond sommeil tomba sur Abram; et voici une frayeur et une grande obscurité vinrent l’assaillir. » (Genèse 15-12.)
Aussitôt, la Parole résonne sous la tente du chef nomade : « Sache que tes descendants seront étrangers dans un pays qui ne sera point à eux; ils y seront asservis pendant quatre cents ans. Mais je jugerai la nation à laquelle ils seront asservis, et ils sortiront ensuite avec de grandes richesses. »
A chaque fois, le pacte d’Abram avec la Puissance est précédé d’une obscurité lourde, lancinante, d’une grande frayeur, d’une épouvante, comme dans la transe chamanique.
Dans la Bible, Dieu se manifeste souvent sous la forme d’un « feu obscur », un feu d’épouvante, qui saisit l’âme, la bouleverse de fond en comble, et l’illumine.
Dans un texte de la tradition germano-nordique - le « Fafnismal » ou « récit de Fafnir » - Siegfried mange le cœur du dragon. Il comprend alors le chant des mésanges qui lui parlent d’une montagne magique, encerclée de feu :
« Elle est à l’extérieur
de feu toute cernée;
Et fut par de sages
hommes construite
avec la plus pure
Lumière de terreur. »
Toutes les traditions celto-nordiques identifient le feu de Dieu à une « lumière de terreur ».
Abraham, le Mitanien, reçoit lui aussi la Lumière divine comme une « frayeur et une grande obscurité ». Au sommet de l’Horeb, Moïse pénétra dans une sorte de « nuée obscure ». En plein jour, la colonne de feu lui apparaissait comme une colonne de ténèbres. Lorsqu’il arriva enfin au Sinaï, le prophète Élie entra dans une caverne profonde, taillée à flanc de montagne, qu’il nommera « la Grande Chambre de la mort ».
De la même façon, les anciens Germains taillaient des fosses de méditation, dans la roche sacrée. Après un séjour plus ou moins long dans les entrailles de la terre, ils revenaient sous forme d’esprits, ou d’ombres. Dans le texte biblique, ceux qui vivent dans « la Grande Chambre de la mort », taillée dans la roche du Sinaï, sont appelés Repha’im, ce qui signifie « ombres ». Avec les Repha’im, nous sommes en présence d’une autre survivance des croyances celto-nordiques dans la Bible : l’existence d’un peuple, caché dans les grottes, les trous de rochers, à l’intérieur de la terre : le peuple des Tertres.
Il est dit que « primitivement, les immortels logeaient comme les humains dans des habitations construites sur le sol, mais, à la suite de la victoire remportée sur eux par les fils de Milé, ils ont dû se réfugier dans les entrailles de la terre. Ils ont fixé leurs demeures dans les dolmens et les tumulus, sous les collines et dans des palais de verre au fond des lacs et des océans » (Mythologie celtique).
« Les divinités, les fées, les lutins, et les esprits des défunts - les Anaon - vivent dans des tertres, et se retrouvent à certaines occasions, en particulier dans les nuits sacrées qui jalonnent l’année, principalement celle de Samain ( 1er novembre). » (Mythologie celtique.)
Les Repha’im de la Bible sont les mêmes que les habitants surnaturels du « Sid », l’autre monde celtique, peuplant les tertres, les rochers, les cavernes. Les morts rentrent à l’intérieur, mais ils ne quittent pas l’espace. Ils vont dormir sous les tertres.
Cette science du monde des morts était connue des anciens druides sacrificateurs. Merlin, prince des Tertres, possède la même figure puissante, antédiluvienne, que Noé, Abraham ou Moïse. Il traverse l’espace et le temps, s’endort, et ne meurt pas. Il est l’incarnation du souffle prophétique. Comme Abraham, l'Indo-Européen, il vient du même courant traditionnel : celui des cavaliers à la hache de combat, guidés par les druides et les sorciers du clan, à travers les steppes d’Europe et d’Asie.
Abraham rencontre Dieu en Asie Mineure. Ce n’est pas un hasard. Il y a là comme une volonté superbe, secrète, et puissante.
Pour les Celtes, les Germains, et plus tard les Vikings, l’Asie n’est pas seulement l’espace immense, oriental, qui s’ouvre à l'Est, là où le soleil se lève. L’Asie, c’est d’abord la terre des ases. Le nom lui-même rappelle cette vérité traditionnelle, volontairement oubliée des spécialistes et des exégètes : l’Asie est la terre sacrée où vivaient les Ases - les dieux des peuples celto-nordiques.
On peut lire, dans l’Ynglinga Saga :
« Le pays, à l’est du Tanakrisl, en Asie, s’appelait Aseland ou Asaheim, et la capitale de ce pays, on l’appelait Asgardr. Dans cette ville, il y avait un chef qui s’appelait Odin. Il y avait là un grand temple. Douze prêtres, selon la coutume, y avaient le pouvoir... Odin avait deux frères. L’un s’appelait Vé, et l’autre Vilir. Ses frères gouvernaient le royaume quand il était parti... Il y avait une fille de Njörd, Freyja. Elle fut prêtresse. C’est elle qui enseigna la première aux Ases le Seidr - les opérations magiques.1 »
1. Les Religions de l'Europe du Nord, textes anciens traduits par Régis Boyer. Fayard/Denoël, 1973.
Ainsi l’Asie est bien la terre des Ases - la première race mythique et surnaturelle, dont parle toute la tradition celto-nordique.
Les intellectuels, scientifiques et philosophes, du xx' siècle - qui possèdent le pouvoir des médias et usent d’un véritable terrorisme culturel - ont volontairement gommé l’importance de la civilisation celto-nordique, pour ne garder que l’image du barbare hirsute, superstitieux, acharné au pillage.
Il y a une incroyable injustice, la tentative d’un génocide éhonté : gommer, faire disparaître une civilisation entière, falsifier, modifier l’histoire.
Et pourtant, n’en déplaise aux truqueurs, aux falsificateurs : les Indo-Européens ont installé de puissants royaumes au nord de l’Euphrate, sur les plateaux d’Asie Mineure (Thrace, Lydie, Mitani...). Ils ont fondé la ville de Troie (Ynglinga Saga), sont descendus jusqu’en Palestine (Galilée, la terre des Gaëls)... Les Vikings ont colonisé l’Islande, découvert l’Amérique avant Colomb, fondé l’ancienne Russie (Novgorod, Kiev), la terre des Russ... Jusqu’aux dieux du Nord, les Ases, qui donnèrent leur nom à l’Asie - la terre des Ases.
On se souvient des Dix Commandements - la superproduction hollywoodienne. On y voit la Parole de Dieu sous la forme d’un feu découpant la pierre, pour y graver les commandements divins - exactement comme le ferait un rayon laser surpuissant.
La Parole - le Verbe - est à l’origine de toute création. Sans elle, le monde ne tient pas. Il se désagrège, explose, retourne au néant.
« Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. En elle était la vie, et la vie était la Lumière des hommes », révèle saint Jean, au début de son Évangile.
La Parole vient du Vide, du Sans-Forme, de l’inconnaissable, que les Indo-Aryens appellent Brahman. Dans l’Inde védique, elle a pour nom Sarasvati, la déesse de l’éloquence, du savoir, la gardienne des mondes, celle qui préside au Verbe, à la Parole.
Dans le Matsya-Purana - qui raconte comment Matsya, le poisson, conduisit l’arche de Manu à travers les eaux du Déluge - elle est à la fois la fille et la femme de l’être immense : le Brahman.
Sarasvati et Brahma appartiennent aux croyances cosmologiques des Aryas de l’Inde ancienne. Ce sont les figures superbes, de l'Origine, qui expliquent de quelle façon le temps des hommes fut créé. Nous allons les retrouver dans la Bible, aux premières pages de la Genèse, sous les formes d’Abraham et de sa femme Sara :
« Abram prit Saraï, sa femme, avec tous les biens qu’ils possédaient, et ils partirent pour aller dans le pays de Canaan. » (Genèse 12-5.)
Abram est bien Brahman, l’être de l’immensité, capable de multiplier à l’infini, car il est dit dans la Genèse : « L’Éternel apparut à Abram, et lui dit : J’établirai mon alliance entre moi et toi, et je te multiplierai à l’extrême... Voici mon alliance que je fais avec toi. Tu deviendras père d’une multitude de nations. On ne t’appellera plus Abram; mais ton nom sera Abraham, ce qui veut dire père d’une multitude. » (Genèse 17-2,3,4,5.)
Avant de s’appeler Sara, la femme d’Abraham se nomme Saraï dans la Genèse. Encore une fois, nous sommes en présence de la piste indo-européenne : Aï est le mantra de la déesse Sarasvati, épouse du dieu Brahma 1.
1. Le Brahman est neutre. Lorsqu’il entre en activité, il devient Brahma, principe masculin.
On peut lire, dans le Varadâ Tantra :
« Aï représente Sarasvati. La nasalisation symbolise celui-qui-détruit-la-souflfrance. C’est la formule mentale du Flot-de-la-Parole. En elle est vénéré le Verbe. »
Dès son arrivée en terre de Canaan, Abraham et Saraï font halte sous les chênes rituels de Moré. L’Éternel apparaît à Abraham, et Abraham dresse aussitôt un autel à la gloire de l'Éternel, un Béthel, une pierre plantée :
« Alors Abraham parcourut le pays jusqu’aux chênes de Moré. L’Éternel apparut à Abraham et dit : Je donnerai ce pays à ta postérité. Et Abraham bâtit là un autel à l'Éternel. Il se transporta de là vers la montagne, à l’orient de Béthel, et il dressa ses tentes, ayant Béthel à l’occident et Aï à l’orient. Il bâtit encore là un autel à l'Éternel. » (Genèse 12-6,7,8.)
Ce texte de la Bible met en présence tous les grands symboles indo-européens : le chêne - l’arbre rituel des druides -, la pierre plantée - le menhir -, et Aï, le mantra de la déesse Sarasvati.
Le patriarche plante une pierre à l’occident de Béthel, et une à l’orient d’Aï...
L’occident de Béthel, c’est le menhir, le linguam, le principe masculin cosmique. L’orient d’Aï, c’est Sarasvati, la déesse de la Parole, le principe féminin cosmique : Brahma et Sarasvati... Abraham et Sara.
Il suffit d’ouvrir un dictionnaire des langues indo-européennes. En sanskrit, « Sara » signifie « fortune, richesse, l’essentiel, l’essence des choses, la meilleure partie, ce qu’il y a de plus précieux 17 ».
Dans la Bible, Sara veut dire « princesse ». Dans les langues indo-européennes « ce qu’il y a de plus précieux ». Elle est l’éternelle jeunesse. Âgée de soixante-quinze ans, la femme d’Abraham donnera naissance à Isaac. Elle se renouvelle, avec une grâce, et une sagesse infinie. Elle porte dans son sein la descendance d’Abraham, la spirale des multitudes. Elle engendre le temps. Elle donne naissance au temps des hommes. L’humanité s’écoule d’elle comme la parole, intarissable.
Une mystérieuse figure va apparaître, à la fin du cycle biblique. C’est Sara, la bohémienne, patronne des nomades, des tziganes, qu’on verra surgir aux côtés de Lazare et des trois Maries venus de Palestine, après la mort du Christ.
La tradition dit qu’elles apportaient avec elles le sang du Christ, la coupe sainte du Graal, enveloppée dans le suaire de Lazare. L’arrivée eut lieu dans le delta du Rhône, à l’endroit qu’on appelle aujourd’hui « les Saintes-Maries-de-la-Mer ».
Les trois Maries, accompagnées de la mystérieuse Sara, évoquent les trois Nornes de la mythologie nordique, qui veillent au destin du monde, tissent le passé, le présent et le futur, jusqu’au Ragnarôk, le crépuscule des dieux, qui brise la trame, et ramène tout au point zéro, au point de singularité où se confondent le début et la fin des temps.
Les trois Maries sont les trois Nornes, qui président au destin de l’humanité, qui tissent la vie et la mort des hommes. La tradition magique des Germains et des Scandinaves les représente comme d’affreuses filandières, qui tissent sur un métier fait d’ossements, un fer de lance pour navette, les entrailles des hommes tendues par des têtes de morts.
« Qu’on les retrouve sous les apparences des Nornes, devenant les Parques, les trois Grâces, ou les vierges des Eddas nordiques, ce sont les déesses mineures de la Nature, maîtresses des terres et des eaux », écrit Patrick Rivière dans Les Sentiers du Graal. 18
En 1448, avec l'approbation du pape, des fouilles furent ordonnées par le roi René de Provence. Elles permirent la découverte de plaques de marbre sur lesquelles on pouvait lire :
HIC JACET MARIA SALOMÉ
ET
HIC JACET MARIA JACOBÉ.
Sous les plaques mortuaires, « se trouvaient les reliques des saintes femmes et, tout près de là, d’autres restes furent découverts » : incontestablement ceux de la jeune Sara que recueillit le chevalier d’Arlatan, avant que l’assemblée royale du 2 décembre 1448 constate par procès-verbal l’authenticité des reliques de Marie Jacobé et Marie Salomé qui furent par la suite déposées dans la chapelle supérieure. Et les Saintes-Maries-de-la-Mer allaient devenir, comme le souligna Frédéric Mistral, le chantre de la Provence : « La Mecque du golfe du Lion... 19 ».
Le 2 décembre 1448, les restes de la mystérieuse Sara furent authentifiés par le roi, la reine, le légat du pape : le cardinal d’Albano, ainsi que de nombreux évêques, abbés et chevaliers.
Dans les anciennes traditions gitanes, Sara vient d’Asie Mineure. Elle n’est pas la servante des trois Maries, mais la prêtresse de la déesse Artémis. Elle danse autour du feu, couverte de bracelets et de colliers rituels. Elle accompagne la longue migration de ces tribus venues d’Orient, à travers les plaines de l’Europe du Nord. Le voyage s’arrête ici, au bord des étangs de Camargue, face à la mer.
Un temple d’argile rouge, dédié à Artémis, domine l’embouchure du Rhône. Les tribus arrivent par la grande plaine liquide : hommes à cheval, bouviers poussant les taureaux noirs, le long du Vaccarès.
Dans un texte à tirage limité, publié en 1948, et préfacé par son ami Charles Maurras, Noune Judlin s’interroge sur les mystères de Sara, prêtresse d’Artémis.
Lorsque nous avons rencontré Noune Judlin, au cours de l’année 1981, la vieille dame habitait une maison de famille, sombre et altière, au lieu-dit le Gourg, dans l’arrière-pays niçois. Cette maison a été de nombreuses fois visitée par Charles Maurras, qui écrivait :
« Elle vient de ce vieux et charmant castellet du Gourg, que ses Anciens ont fait construire à Carros, un endroit où s’arrêtent toutes les routes carrossables et même les chemins de mules, pour ne laisser place qu’aux grandes, aux magnifiques roches qui s’entre-heurtent, pleines d’horreur, de soleil et de fleurs.1 »
1. Charles Maurras : « Madame Noune Judlin », préface au livre de Noune Judlin : Sara, éditions I.A.C., mai 1948, tiré à 990 exemplaires.
Noune nous montra sa correspondance avec Maurras, encore inédite à ce jour. Elle parla de ses recherches sur la Camargue, les gitans, et la mystérieuse Sara, « prêtresse d’Artémis, avant de devenir servante du Christ ».
Pour elle, la compagne biblique d’Abraham remplit la même fonction magique, rituelle. Toutes deux célèbrent les mystères d’Isis-Artémis, chasseresse lunaire et « puissance du ciel ».
Artémis est la divinité centrale de l’univers indo-européen. Elle était vénérée dans le triangle celtique d’Asie Mineure : Phrygie, Thrace, Mitani, jusqu’aux rives de l’Euphrate. C’est cette figure gigantesque que Noune Judlin s’attacha à dépeindre, dans le delta du Rhône, sur les terres de Camargue. Dans sa préface, Charles Maurras s’interroge sur les origines lointaines, antédiluviennes de Sara :
«... Vous finirez par vous dire que cela est plus nocturne, et fermé, et profond que le visage de Sara elle-même, car cela vous amène jusqu’au centre d’une race et d’une religion inconnues, plus vieilles que le monde et scellées comme lui des mêmes arcanes. »
Le texte de Noune Judlin est à la fois une œuvre mystique et la transcription fidèle de ce que lui ont dit les vieux gitans de Camargue sur les origines de Sara :
« Comme la tige du lotus sacré, Sara, issue de race noble, monte des profondeurs mystérieuses s’épanouir au soleil. Reine autochtone de sa tribu, elle campe dans les forêts de pins qui ombragent le territoire où plus tard Aigues-Mortes verra sa ville édifiée. Sylves et marécages, bœufs et chevaux sauvages font de ce pays une source d’abondance incomparable, si bien qu’un grand nombre de ceux que, faute de mieux, nous nommons les Bohémiens, longtemps avant le Christ, avaient en Camargue leur port d’attache, leur vie, leur temple. Les invasions ont chassé la plupart d’entre eux. Quelques-uns cependant demeurent attachés au sol de leurs pères 20. »
Et Noune remonte les siècles, pour retrouver la prêtresse d’Artémis, sur les bords du Vaccarès, bien avant l’arrivée des saintes Maries :
« Il n’y a pas ici que des coureurs de mers et de fleuves, que des trafiquants, il y a des gens de Camargue, les pêcheurs qui vivent de leur pêche, les pasteurs qui vivent de leurs terribles troupeaux. Presque aussi sauvages que les fauves qui mugissent là-bas, entre les bras des Rhônes, ceux-là font leur vie dans les espaces déserts où croît l’herbe chétive d’une terre salée. On les appelle les hommes des taureaux. Montés sur de rustiques chevaux, ils ne se montrent que rarement, soit pour approvisionner leurs besaces, soit pour participer aux fêtes en l’honneur d’Artémis... Du haut des tours, Artémis, la bonne déesse, veille sur la ville, sur le fleuve et sur la mer 21. »
Le vieux sorcier du clan s’entretient avec Sara, sous la tente des chamans, au bord de l’étang du Vaccarès :
« J’ai ouvert pour toi le livre des traditions. Reine de la tribu, je t’ai faite héritière des grands secrets de Salomon, que dès l’obscur des temps, de chef à chef, nous nous passons de bouche en bouche. Je t’ai donné les lettres et les chiffres de toute science, la clé des vérités qui suffit à tout connaître. Les dieux sont mêlés à ces choses, Sara. Parce que toutes les forces sont en toi, avec le sel et l’or et l’argent de la terre.22 »
Alors, dans le temple d’argile rouge, Sara lance par trois fois le cri de la déesse : « Aï! Aï! Aï!... » Elle prépare les fumigations dans un pot de terre, que les nomades de Camargue appellent toujours « le Terrai », ou « Terraio ».
« Vive la bonne déesse! » hurle la foule, rassemblée autour du temple... Elle surgit enfin, souveraine, d’une houle de chants exaltés, la toute-puissante Artémis. Jeunes gens et jeunes filles, serrés autour d’elle, célèbrent en chœur celle que les pêcheurs portent sur leurs épaules, debout dans une sorte de barque, ainsi qu’ils voulurent la présenter au peuple telle qu’elle arriva des pays d’Hellas.
Tous les regards se lèvent sur le visage casqué d’une tête de taureau, source de vie, vertu des forces de la nature, elle avance, dominatrice, présentant son buste aux multiples mamelles, les membres inférieurs prisonniers d’une gaine de cuir sur laquelle des bêtes sauvages sont gravées.
« Mère des fauves, veillez sur mon troupeau!
- Mère de la fécondité, animez ma maison silencieuse.
- Étoile de la mer, comblez mes pauvres filets, implorent les voix, à mesure que l’ombre de la barque atteint les fronts penchés 23. »
Cette vision mystique de Sara, prêtresse d’Artémis, est l’aboutissement de nombreuses années de recherches, au cours desquelles Noune Judlin a recopié, transcrit fidèlement la tradition orale des vieux gitans - ceux qui ont gardé l’ancienne mémoire, celle du temps où Sara célébrait le culte de la déesse mère, en dansant au rythme des tambours nomades, ornée de colliers de coquillages, de bracelets de fer.
On retrouve Sara-Artémis debout dans la barque d’Isis, le culte phrygien du taureau, Artémis associée à la fécondité, au culte lunaire des eaux, à celui des poissons... Tous ces attributs sont ceux de Sara-Artémis, la divinité indo-européenne. Ainsi, Sara, femme d’Abraham, est une des formidables figures du monde indo-européen. Comme nous le verrons, elle va subir de nombreuses métamorphoses bibliques, avant de surgir dans les Évangiles, sous la figure de la Vierge Mère.
Dans l'Occident romanisé, elle est Diane, la chasseresse. Derrière le nom romain, se dissimulent à peine ses origines. Elle est toujours la grande Mère asiatique, vénérée dans les colonies celtiques d’Asie Mineure. Diane évoque immédiatement Dé Anna,1 la déesse mère des Celtes d’Irlande, à laquelle on offrait des taureaux noirs, comme ceux que les tribus de Camargue offraient à Artémis :
« Dé Anna, la déesse mère, était célébrée par la race divine des Thuata Dé Danann - la race de l’âge d’or. A son adoration était lié le culte du taureau, symbole de fécondité, et de force créatrice. » (Mythologie celtique.)
1. Dé Anna, la Grande Mère, c’est aussi Anna, la grand-mère du Christ, et la mère de Marie, la Vierge.
Sara est inévitablement liée à la Lune, aux cultes lunaires - image de virginité, et de fécondité. Sara, la femme d’Abraham, attendra l’âge de soixante-quinze ans pour avoir Isaac, son premier enfant. Alors l'Éternel apparaît à Abraham, au milieu des chênes de Moré, et lui promet une nombreuse descendance.
A ce moment-là de l’histoire biblique, il est dit que Saraï devient Sara... symbole de la fécondité.
Nous sommes de nouveau au cœur des traditions celto-nordiques. Dans le culte indo-européen, Sara-Artémis est la protectrice des petits enfants, la déesse des enfantements. De la même façon, la divinité celtique est représentée tenant sur ses genoux un nourrisson emmailloté.
Voilà pourquoi Sara peut avoir des enfants, à l’âge de soixante-quinze ans, et recommencer un nouveau cycle, une nouvelle jeunesse. Elle se renouvelle, parce qu’elle est liée à la métamorphose lunaire de Diane-Artémis.
La présence de Sara, dans les pages bibliques de la Genèse, prouve déjà - s’il en était besoin -l’émergence d’un puissant courant indo-européen, que les faiseurs de religions ont volontairement gommé du texte sacré. C’est une formidable signature, qui évoque toute la tradition celto-nordique -de la déesse mère Dé Anna, à Sarasvati, en passant par Diane-Artémis, dont on célébrait le culte il y a plus de 3 000 ans, dans les colonies celtiques d’Asie Mineure - à Mitani, sur la terre sacrée des Ases.
Dans la tradition juive, la lune (Diane-Artémis) symbolise le peuple des Hébreux. Les kabbalistes de la Bible comparent la lune qui apparaît et disparaît - selon l’alternance des phases visibles et invisibles - à la fille du roi, associée à l’élément Eau.
Ainsi, dans la kabbale juive, Sara est nommée la Fille du roi 1. Elle n’est pas limitée à son rôle de mère d’Isaac, dans la Genèse. Elle est capable de se renouveler, de provoquer des métamorphoses.
1. Rappelons que dans la Genèse « Sara » veut dire « princesse ».
C’est le grand pouvoir de Sara-Artémis. Dans son rôle de fille du roi, elle traverse toutes les périodes de la Bible, jusqu’à la Vierge Mère des Évangiles. Le thème de la fille du roi se retrouve fréquemment dans toute la tradition nordique. La fille du roi est accordée au héros en récompense de son audace, de ses prouesses, au terme d’une longue et périlleuse initiation.
C’est Brynhildr, la Walkyrie sauvage, endormie sur son rocher, et qui attend la visite de Siegfried, le héros solaire. C’est Ariane, sur le rocher de Naxos, qui verra surgir devant elle la figure flamboyante de Dionysos. C’est la Fille du roi, dont parlent les légendes européennes, enfermée dans sa tour, et qui attend le chevalier qui saura vaincre le dragon gardien du seuil.
La Fille du roi est toujours associée à l’eau, en tant qu’élément primordial. Dans les récits anciens, « la Fille du roi calme le courroux de l’océan, elle sauve le naufragé. Elle est le symbole de la protection inattendue, la Vierge Mère, l’eau céleste salvatrice 24 ».
Sara, sous son aspect de fille du roi, apparaît dans l’Exode, au moment où l’enfant Moïse est confié aux eaux du Nil, dans un berceau d’osier.
L’eau possède la volonté d’amener le futur héros dans sa corbeille d’osier, jusqu’à l’endroit où la fille du roi lave son linge. Aussitôt, Moïse est recueilli par la fille du pharaon. La fille du pharaon surgit à un moment charnière de la Bible, pour une action qui va orienter et déterminer tout le cours de l’histoire. Mais c’est l’eau du Nil qui décide, et emporte l’enfant jusqu’au lieu voulu, choisi par les puissances suprêmes.
La fille du pharaon n’est pas la fille de l’ennemi du peuple hébreu retenu en captivité. Ça, c’est la vision d’Épinal, qui a malheureusement nourri plu-‘ sieurs millénaires d’histoire. La fille du pharaon est l’une des nombreuses métamorphoses de Sara, dans sa fonction de fille du roi. Déjà, les jumeaux grecs Nélée et Pélée, placés dans une auge de bois, abandonnés au hasard de l’océan, furent retrouvés par leur propre mère, la fille du roi d’Élide.
Nous voici de nouveau en présence du thème du Déluge, et du poisson relié à Sara : Elle est celle qui sauve des eaux, dans le Matsya Purana.
Sara-Artémis, ou Sara dans sa fonction de fille du roi, est véritablement une figure centrale, vers laquelle tout converge : les grands mythes indo-aryens, les cosmogonies, la magie des chamans, qui savent revêtir les formes d’animaux sauvages, et accompagner Diane-Artémis dans sa quête nocturne. Tous les courants traditionnels nordiques, celtiques, indo-européens d’Asie Mineure, et d’autres plus mystérieux encore, qui remontent aux anciennes races d’avant le Déluge, se retrouvent dans ce cercle de lumière que les Anciens appellent SARA, ARTÉMIS, OU SARASVATI.
Dans la tradition du Graal nordique, il est dit que Joseph d’Aritmathie amena la coupe du Graal dans le pays de Saraz, où vivait un roi nommé Evalac, au nord de l’Euphrate.
Ce pays de Saraz n’est autre que Mitani, le royaume de Sara, fille du roi Evalac.
Dans la langue sanskrite, Saraz veut dire « eau, rivière, étang, ou lac ». En hindi, c’est Sarad, à laquelle est dédié Matsya, le poisson lunaire.
Dans les temples de l’Inde du Nord, on représente la divinité avec un poisson d’argent, suspendu autour du cou. Il est dit que Sarad se nourrit du « trèfle sacré ». Une fois de plus, toutes les traditions indo-européennes sont là, comme amplifiées, multipliées par le pouvoir de métamorphose de Sara. Rien ne manque. A partir de sa seule figure, on pourrait retrouver tous les grands courants de la civilisation celto-nordique, les croyances, les symboles, et même l’histoire.
Dans l’Inde des Aryas, Sarad se nourrit du trèfle sacré. C’est aussi la plante dont se sert Artémis, pour nourrir les biches aux cornes d’or, qui tirent son char à travers les montagnes d’Asie Mineure. Revenons un instant à ce royaume fabuleux de Saraz, qui n’est autre que le royaume de Mitani d’où sortira Abraham. Le roi porte un nom significatif : Evalac... ce qui veut dire « la Dame du Lac », inévitablement liée au cycle de la quête du Graal.
Dans ses Mythes grecs, Robert Graves nous apprend que dans la cité guerrière de Sparte, Artémis était surnommée « la Dame du Lac ». Encore l’une de ses nombreuses et édifiantes métamorphoses.1
1. Robert Graves, Les Mythes grecs. Fayard, 1967, collection Pluriel, tome 1, page 319.
Je ne suis pas surpris, lorsque les kabbalistes appellent Sara « la Fille du roi », et qu’ils la montrent sous son aspect de « fille du Pharaon ». Nous verrons que la tradition celto-nordique n’était pas absente d’Égypte, comme le prouvent les tablettes du temple de Médinet Habou, en évoquant la terrible bataille qui opposa les guerriers venus du Nord aux légions de Pharaon... au moment historique où le peuple de Moïse quittait l’Égypte.
Le temps des hommes commence au mont Ararat, avec l’arrivée de Noé, l’Hyperboréen - figure prodigieuse, venue des temps de l’âge d’or, sans doute à travers des déluges successifs.
Nous avons vu quelle étonnante parenté relie Noé l’Hyperboréen à Fintan, le saumon des Celtes, et à Manu l’Indo-Aryen, traversant lui aussi les eaux du Déluge, dans le sillage de Matsya, le poisson.
Noé n’appartient pas au temps des hommes. Il vient de beaucoup plus loin. Comme Fintan, le Celte, il possède le pouvoir des métamorphoses. Fintan traverse les âges en revêtant à chaque fois la forme d’un animal. Matsya le poisson est lui aussi capable de métamorphoses animales. Sous sa forme de poisson (comme Fintan sous la forme d’un saumon), il est l’un des avatars du dieu Vishnu -mais il connaît d’autres incarnations animales : Karma, la tortue - Varâha, le sanglier - Narasimha, l’homme-lion...
Pour célébrer le même mystère des métamorphoses - qui permet d’assurer la continuité, le passage - Noé fait rentrer dans l’arche toutes les espèces du règne animal.
Abraham et Sara sont les glorieux descendants de Noé, l’Hyperboréen. Ce sont eux qui vont lancer la grande épopée biblique, à partir du royaume indo-européen de Mitani, le long du fleuve Euphrate, d’Égypte jusqu’en Galilée.
Nous avons vu que Sara n’était pas seulement l’épouse nomade d’Abraham. A travers elle survivait l’univers complexe de Diane-Artémis, et les cultes lunaires d’Asie Mineure.
Depuis les déserts rouges, au sud de Canaan jusqu’aux terres fertiles d’Egypte, Sara et Abraham accomplissent le long périple du retour... Le retour au Centre, inaccessible au commun des mortels, élevé, mystérieux. Les hauteurs s’entourent de nuées, attirent la foudre - les cavernes creusées dans le roc résonnent du fracas des orages. Pour la communauté errante, groupée autour d’Abraham, El-Shad-daï - le Montagneux - est à la fois le dieu de la vie et le dieu de la mort. Les Scandinaves le représentent par la rune d’Hagal, qui évoque la vie et la mort entrelacées.
Mais Abraham et Sara ne sont pas des entités ou des personnages privés d’un centre, qui tourneraient dans le vide du désert, à la recherche d’une hypothétique « terre promise ». Ils savent d’où ils viennent - depuis Noé, et qui ils sont, dans la longue tourmente des siècles. Ils gardent la mémoire de l’ancienne et puissante tradition polaire, celle d’avant le Déluge, du temps des âges d’or et d’argent, quand les dieux, les héros et les géants se partageaient la terre, et l’espace, entre les étoiles.
Ils viennent d’Hyperborée, à la suite de Noé, l’ancêtre - des îles du Nord du monde, l’Ultima Thulé des marins grecs, Thual, la Terre du Nord, où s’enracine la tradition indo-européenne.
Les Anciens situaient l’âge d’or dans les îles du Nord du monde. La Terre des Vivants, Tir nan-Og, le jardin des Hespérides, l’Éden, sont les autres noms de ce royaume au-delà des glaces.
« Thulé, ou du soleil rapproché du pôle des Ourses Jour et Nuit, toujours visibles, se répandent à torrent de flammes », écrit Denis le Périègète dans sa Description du monde.
L’île sacrée des Hyperboréens a été célébrée par Diodore de Sicile, Ptolémée, Pline l'Ancien, et bien d’autres.
Diodore de Sicile précise que « les Hyperboréens rêvèrent particulièrement d’Apollon. Ils sont tous, pour ainsi dire, prêtres de ce dieu, car ils chantent continuellement des hymnes en son honneur ».
Souvenons-nous qu’Apollon l’Hyperboréen est le frère d’Artémis. L’un représente le soleil, dans sa magnificence, et l’autre la lune, dans ses mystères. Artémis tient son nom d’Artao, Arthos, qui veut dire l'Ours. D’ailleurs, on la représente entourée d’un chœur d’enfants qui se travestissent en ours, accomplissant d’obscurs rites totémiques. Arthos, ou Arctos, l’Ours, évoque la constellation polaire : la Grande Ourse et la Petite Ourse, en équilibre -comme les plateaux d’une balance (Tula, en sanskrit) sur le pôle nordique. L’Arctique est la terre de l’Ours, symbole de la royauté polaire, dont se revêtira Arthur (Arthos), le roi polaire qui siège au centre de la Table ronde (image des constellations).
Artémis est reliée directement au courant polaire, nordique. La sœur d’Apollon l’Hyperboréen connaît la science des métamorphoses. On la rencontre entourée d’animaux, qui l’accompagnent dans sa chasse sauvage. Elle règne sur tous les clans totémiques, de l’Europe du Nord du monde aux colonies celtiques d’Asie Mineure. Elle est la « dame des fauves », Artémis-la-bruyante, fille de Zeus, à la fois Vierge et Mère. Le trèfle qu’elle donne à ses biches est cueilli dans les pâturages d’Héra, la gardienne du jardin des Hespérides, c’est-à-dire de l’antique Hyperborée.
Cette plante sacrée à trois feuilles est aussi celle de Sara, dans la tradition de l’Inde du Nord. Elle signifie les trois visages de la divinité, le Dieu des origines, en trois personnes : Indra-Varüna-Mithra, célébrées dans le royaume de Mitani... Lug-Ogma-Nuada, les trois rois des Thuata Dé Dannan... La triple Brigitte des cultes celtiques d’Irlande... Le groupe des trois anges, qui apparaît à Abraham, sous les chênes de Moré.
Robert Graves explique ainsi la présence du trèfle à trois feuilles, dans le culte de Sara-Artémis :
« La jeune fille à l’arc d’argent, que les Grecs enrôlèrent dans la famille Olympienne, était le personnage le plus jeune de la triple Artémis, “ Artémis ” étant encore un nom de la Triple-déesse-Lune; elle avait donc le droit de nourrir ses biches de trèfle, symbole de la trinité 25. »
Sur la montagne sainte d’Ida, au cœur du royaume indo-européen de Mitani, Sara-Artémis nourrit ses biches avec le trèfle d’Hyperborée, cueilli dans les îles du Nord du monde - dans les pâturages d’Héra, la gardienne des pommes d’or du jardin des Hespérides 26.
Les Germains et les Scandinaves ont gardé le souvenir de cette montagne aux Biches, sur laquelle règne Brynhildr, la vierge indomptée, la « Walkyrie », entourée d’un cercle de flammes qui défend d’approcher :
« Sigurd monta sur le Hindarfjall - le mont de la Biche - et se dirigea au sud de la France. Sur la montagne, il vit une grande lumière, comme du feu qui aurait brûlé, et l’éclat en montait jusqu’au ciel. Quand il y arriva, il s’y trouvait un rempart de boucliers dont dépassait un étendard. Sigurd pénétra dans le rempart de boucliers et vit qu’un être humain gisait là, qui dormait tout armé. Il lui enleva son heaume; alors il vit que c’était une femme » (Sigrdrifumâl - Eddas Scandinaves 1)·
1. Le texte Scandinave nous dit qu’en quittant le « mont de la Biche », le héros Sigurd se dirige vers le sud de la France, et qu’il découvre une montagne magique sur laquelle repose la Walkyrie Brynhildr. Cette montagne, découverte par Sigurd, dans « le sud de la France », ne serait-elle pas le « Mont-Sigurd », c’est-à-dire « Montségur »?... Cette remarque à laquelle personne n’a jamais pensé devrait donner lieu à une étude ultérieure, plus approfondie, et qui éclairerait d’un jour nouveau le mystère de Montségur.
La Tradition celto-nordique véhicule les mêmes images, la même vision, à travers des épopées différentes, selon qu’il s’agisse des Nordiques de l’Europe du Nord, des Germains de la Forêt-Noire, des Indo-Aryens d’Europe centrale, d’Inde ou d’Asie Mineure. Quand les Celtes d’Asie Mineure rencontrent les peuples nomades de Palestine, ils se lancent dans d’autres épopées, au fond des déserts rouges d’Asie. Mais la tradition primordiale demeure fixe, immuable, derrière les coutumes et les croyances des peuples de la Bible.
Dans les montagnes du royaume de Mitani, les guerriers portent le casque à cornes, le bouclier celtique, et ils vénèrent Yggdrasil, le frêne Scandinave planté au nord du monde par la race des géants.
L’arbre plonge ses racines dans la source de Sagesse, gardée par le géant Mimir. Chez les Germains, la chèvre Heidrun se nourrit des feuilles du frêne Yggdrasil - l’arbre polaire - et son lait coule en abondance, pour abreuver les guerriers du dieu Wotan.
Nous voyons réapparaître l’idée d’une boisson, ou d’une nourriture, qui illumine l’homme, fait de lui l’égal des dieux, et lui communique l’immortalité.
L’arbre sacré des Celtes pousse dans les pâturages d’Hyperborée, au nord du monde. On le retrouve dans la terre mythique d’Avallon, « la terre des Vivants », d’où viennent les Thuata Dé Danann, la race de l’âge d’or. Avallon représente la terre solaire hyperboréenne, l’île Blanche, considérée comme la résidence des immortels.
On attribue au nom Avallon le sens d''île des Pommes, ce qui évoque les pommes d’or du jardin des Hespérides, qui confèrent l’immortalité olympienne :
« Les femmes surnaturelles de l’île d’Avallon semblent posséder le don de guérir. Dans les sagas de Tir-nan-Og elles déclarent que sur leur terre “ on ne verra jamais la mort ni la dissolution des corps ”27. »
Comme le lait du frêne Yggdrasil, les pommes d’or confèrent l’immortalité, et empêchent la dissolution du corps. Déjà, nous entrevoyons la résurrection de la chair, la révélation définitive du christianisme. Bien sûr, l’arbre et les pommes surnaturelles du jardin d’Éden viendront tout de suite à l’esprit du lecteur. Les pommes celtiques de l’île d’Avallon, l’arbre du Bien et du Mal, sont là dans le jardin d’Éden, avant la chute de l’homme et la découverte du péché originel 28 dans ce fameux paradis terrestre, qui correspond à Hyperborée, au jardin des Hespérides, à l’île d’Avallon... aux terres de l’âge d’or, telles que les décrivent les bardes venus du Nord.
Cette terre des Immortels sous-tend toute l'histoire biblique. Il n’y a pas de vision, de révélation divine, de rencontre avec l'Éternel, en dehors de ce Centre primordial qui vivifie, et renouvelle les forces mystérieuses de l’homme et de la création.
Ainsi la localisation du Centre originel dont parlent les païens - dans les régions arctiques, boréales, au nord du monde, là où pousse l’arbre de Sagesse - correspond dans la Bible au jardin d’Éden. C’est le royaume de Dieu - la terre d’éternité, qui va disparaître, engloutie par la chute de l’âge d’or, ensevelie dans l’obscurité du péché.
Il est étonnant de contempler cette répétition des cycles du paganisme, lié aux cycles naturels de vie et de mort. C’est la grande force vitaliste de l’univers qui respire, s’effondre, et recommence - comme les vagues de l’océan, l’une chassant l’autre et ramenant sans cesse la formidable unité du flot.
La répétition des cycles est une recherche convulsive, une quête inlassable, qui essaie de rétablir l’homme dans l’âge d’or. Tout le paganisme est un désir frénétique de perfection, d’accomplissement. Le paradis des Anciens est une rêverie profonde, qui débouche sur le vertige sans commencement ni fin de l’univers. Dieu reste inaccessible, inconnaissable, à des années-lumière de l’homme perdu, isolé, effrayé, qui s’entoure de protections magiques, multiplie les sacrifices, les alliances, pour se concilier l’inconnaissable, pour atteindre l’inaccessible.
Mais l’âge d’or ne revient pas. Il est avant l’homme, et l’homme ne peut forcer les portes du paradis sans l’aide immédiate et directe de Dieu.
Le paganisme, dans sa violence sacrée, ses extases, ses visions, est une préparation, une promesse. Les peuples de la Bible - sémites, ou celto-nordiques -sont les veilleurs, les guetteurs de l'Ancienne Alliance. L’Alliance a été rompue. Ils attendent la réparation, la rémission des fautes, des malédictions.
Il faudra... une Nouvelle Alliance, pour rompre la succession des cycles, la répétition des erreurs de l’homme - la venue du christ, envoyé par Dieu, qui prendra sur lui « tous les péchés du monde ».
Tous les sacrifices de sang du paganisme cherchent obscurément à réparer la fracture, à gommer la faute, à rétablir l’union d’amour entre l’homme et Dieu. L’homme tâtonne dans l’obscurité. Il tient dans son poing la lampe éblouissante qui fait reculer les ténèbres. Il cherche l’ancien chemin obstrué -il pleure, il invoque les dieux, essaie de soulever l’énorme stratification des âges, accumulés, qui lui bouchent le Ciel.
Dieu ne répond pas, le Ciel est vide, désespérant - et c’est la grande force du paganisme d’avoir su attendre, espérer, sans jamais douter de Dieu, à travers la multitude désordonnée des cultes, des croyances.
Ce livre ne cherche pas à ramener la tradition du paganisme, en réponse aux angoisses de l’homme moderne. Il n’a pas d’autres buts que de montrer les origines mythiques, historiques, qui ont préparé la Révélation chrétienne, et la venue du Christ-Roi, devant lequel toutes les nations courbent le genou, dans l’humilité, la ferveur, la charité.
Les poètes, les prophètes de ces âges, se sont livrés à de merveilleuses rêveries, sur le royaume à venir, qu’ils appelaient l’âge d’or, dans un réflexe de nostalgie bien compréhensible. Ils ont lancé des fusées de lumière dans l’obscurité. Ils ont donné une forme, un visage, à leurs désirs - et Dieu a entendu. Il a été aspiré par la profondeur du désespoir de l’homme, par son repentir sincère, par sa qualité d’âme, royale, héroïque, disposée au sacrifice.
La grandeur tragique de l’homme païen est un feu qui s’élève très haut dans l’univers - une colonne de ferveur, qui essaie de retrouver le Dieu immense des origines. Alors, pour la première fois dans l’histoire des hommes, ce n’est plus l’homme qui agit, cherche à rompre l’encerclement, à s’élever. C’est Dieu - conscience mystérieuse - qui intervient, et se déplace vers l’homme. Ce n’est plus l’homme qui part à la conquête de l’âge d’or, dans les drakkars celto-nordiques, sur les routes de Palestine, avec les nomades du désert. C’est l’âge d’or qui vient vers l’homme, tout à coup, à une vitesse prodigieuse - et cet âge d’or n’appartient plus aux nostalgies du passé. Ce n’est pas un déplacement de cycles, comme le croyaient les anciennes peuplades, mais une incarnation, jamais vue dans le temps des hommes, unique dans l’univers, et qui porte un nom : Jésus-Christ, fils de Dieu, donné par Dieu aux hommes pour les racheter, et les sauver de la mort, de l’obscurité.
« N’ayez pas peur... dira Jésus; j’ai vaincu la mort. » Il brise l’encerclement. Il ouvre une porte, unique, étroite, qui conduit au royaume.
La Rédemption chrétienne n’est pas accomplie, dans le coeur de l’homme. Au contraire. Plus elle se rapproche du cœur de l’homme, plus l’homme se débat, dévoré par son instinct de destruction. Il injurie, blasphème, s’acharne contre l'Église du Christ, se livre pieds et poings liés aux forces d’Apostasie qui se partagent le monde. L’homme moderne est un homme diabolique, privé de tradition, refusant son salut, comme le suicidé refuse une aide, un secours. C’est un porteur de mort, funeste, contagieux, qui pollue tout ce qu’il touche.
Nous sommes aujourd’hui dans une société frileuse, repliée sur elle-même, dévorée par le remords, la frustration, enchaînée par ses propres tabous sociaux - et qui n’accepte pas que d’autres osent regarder le soleil en face. C’est un sentiment de jalousie morbide, qui vient du fait que les hommes se croient mortels, c’est-à-dire seuls, séparés. Ils rejettent Dieu, et instaurent une religion morbide, totalitaire, où l’homme occupe la place de la divinité. Ils écrivent même de nouvelles Tables de la Loi, qu’ils baptisent pompeusement : « Déclaration des droits de l’homme. »
La Chute, le Péché, ont amené la peur de la mort - c’est-à-dire le « modernisme » pathologique, une sorte d’intégrisme laïque, fanatique, c’est-à-dire désespéré. On voit nettement deux conceptions s’affronter : l’esprit moderne (parfaitement dénoncé par le pape saint Pie X) qui construit son édifice sur la peur de la mort, et la conception traditionnelle chrétienne, capable d’audace et d’éternité, qui est la merveilleuse promesse du paganisme. Les valeurs ont été inversées. L’homme moderne, affolé, frénétique, ne vise pas « le plus lointain », ne s’engage plus dans le pèlerinage du Salut, ne devient plus chevalier du Saint Graal. Il vise le court terme, s’entoure de protections ridicules, pauvrement matérielles, parce qu’il a peur que la mort le rejoigne. Le moindre rhume le terrifie. L’idée de guerres, et de cataclysmes lui donne des cauchemars, l’empêche de respirer librement. Il vit entouré d’ombres et d’illusions, de tabous fantomatiques qu’il prend pour des réalités tangibles, solides, et sur lesquelles il bâtit ses sociétés. Lorsqu’il rencontre un homme réellement libre, il n’a qu’une envie : l’enchaîner, le mettre à terre, le détruire - pour venger l'exclusion, la chute, la frustration.
Dans la grande rêverie prophétique des anciens, le besoin du royaume de Dieu ressemble aux terres nostalgiques de l’âge d’or (Hyperborée, Avallon, Thulé, le jardin d’Éden...). On les verra apparaître tout au long de la Bible, à chaque fois que les patriarches et les prophètes ont besoin de communiquer avec Dieu. Elle porte un nom, au chapitre 28 de la Genèse : Luz 1, la cité souterraine, lumineuse, image rêvée du Centre primordial.
1. Luz : cité de lumière. Lux = lumière, est la forme latinisée de Luz. Dans le panthéon celtique, c’est le dieu Lug qui est porteur de lumière.
C’est à Béthel - à l’emplacement de l’antique cité de Luz - qu’Abraham et Jacob auront la révélation de Dieu. Ils feront le détour par Luz -qui est l’image de la Terre des Vivants - à chaque fois qu’ils voudront célébrer l'Alliance avec la divinité suprême.
Les rédacteurs du texte biblique n’ont rien dissimulé. Tout est là, derrière les éléments de l’histoire, les actes des personnages, comme une autre dimension, plus profonde, secrète, souterraine. Nous voyons nettement l’ouverture, le passage qui mène à la Terre des Vivants. La Bible n’a jamais été aussi précise, quant aux origines polaires de la tradition.
Lorsque Abraham et Jacob rencontrent l'Éternel, ils se tiennent dans un lieu surnaturel, qui les surprend, et les saisit d’épouvante. Ce lieu s’appelle Béthel, ce qui veut dire « maison de Dieu ». Pour marquer l’endroit, les patriarches dressent une pierre, un menhir, qui portera le nom de « Béthel ». Nous sommes dans la Terre des Vivants - comme le montre parfaitement la Bible. Prenons le texte de la Genèse, au moment de l'Alliance entre Dieu et les patriarches :
« Dieu s’éleva au-dessus de lui, dans le lieu où il lui avait parlé. Et Jacob dressa un monument de pierres, sur lequel il fit une libation et versa de l’huile. Jacob donna le nom de Béthel au lieu où Dieu lui avait parlé. » (Genèse 35-13,14,15.)
« Abraham parcourut le pays jusqu’aux chênes de Moré... Et Abraham bâtit un autel à l'Éternel. II se transporta de là vers la montagne, à l’orient de Béthel, et il dressa ses tentes, et il bâtit encore là un autel à l'Éternel et invoqua le nom de l'Éternel. » (Genèse 12-6,8.)
Et voici les versets de la Genèse qui montrent que Béthel est bien Luz, image de la Tir-nan-Og celtique, la Terre des Vivants, sur laquelle pousse Yggdrasil, l’arbre de la Sagesse :
« Jacob arriva dans un lieu où il passa la nuit; car le soleil était couché. Il y prit une pierre, dont il fit son chevet, et il se coucha dans ce lieu-là. Il eut un songe. Et voici, une échelle était appuyée sur la terre, et son sommet touchait le ciel. Et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle. Et voici, l'Éternel se tenait au-dessus d’elle, et il dit : Je suis l'Éternel, le dieu d’Abraham, ton père, et le dieu d’Isaac... Jacob s’éveilla de son sommeil et il dit : Certainement, l'Éternel est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas! Il eut peur, et dit : Que ce lieu est redoutable! C’est ici la maison de Dieu, c’est ici la porte des cieux! Et Jacob se leva de bon matin; il prit la pierre dont il avait fait son chevet, il la dressa pour monument, et il versa de l’huile sur son sommet. Il donna à ce lieu le nom de Béthel; mais la ville s’appelait auparavant Luz. » (Genèse 28-10,11,12,13... 16,17,18,19.)
Béthel apparaît à Jacob comme la « maison de Dieu », la « porte des cieux », parce qu’il se trouve dans un lieu tenu caché jusqu’à ce jour, oublié des hommes. Étrange vision que cette échelle « appuyée sur terre » et dont « le sommet touchait le ciel ». Elle évoque Yggdrasil, le frêne du monde, qui soutient le ciel et la terre.
Béthel n’est pas une ville, ni un campement nomade. L’emplacement semble désert... rien d’autre qu’une étendue de sable et de rochers brûlés par le soleil. Même pas l’ombre paisible d’une palmeraie. Le vide, et le silence. Qui pourrait deviner que ce lieu recèle un formidable pouvoir, qu’il est réellement la « porte des cieux »?...
A l’emplacement de Béthel, la Bible parle d’une cité mystérieuse, appelée Luz.
Qu’ils viennent prier à Béthel, offrir des sacrifices d’Alliance, Abraham et Jacob sont attirés par la force irrésistible du lieu. Dans les entrailles du sol, la tradition biblique situe l’ancienne cité de Luz, « le séjour des immortels ».
La Bible n’en dit pas plus sur la mystérieuse cité et nous devons nous référer à la très sérieuse Jewish Encyclopédia, pour essayer de comprendre pourquoi Abraham et Jacob ont la révélation de Dieu à l’emplacement de l’antique cité. Il y est dit qu’on « trouve, près du lieu appelé Beith-El par les patriarches, un amandier - appelé aussi Luz en hébreu - à la base duquel est un creux par lequel on pénètre dans un souterrain, et ce souterrain conduit à la ville elle-même, qui est entièrement cachée... Luz est appelée “ la cité du Saphir ”, parce qu’elle émet une intense lumière bleue 29 ».
Dans l’Inde des Aryas, on dit que la couleur bleue est produite par la réflexion de la lumière du soleil sur l’une des faces du mont Méru, qui est faite de saphir. Le mont Méru, dans la tradition indienne, est identifié au Pôle nordique. La Cité bleue est une des émanations du Centre polaire primordial, situé dans les racines de l’arbre cosmique Yggdrasil.
Abraham et Jacob rencontrent l'Éternel à l’emplacement de la cité souterraine. La rencontre n’est pas possible hors du Centre primordial... Et Jacob peut s’écrier :
« Certainement, l'Éternel est en ce lieu, et je ne le savais pas!... Que ce lieu est redoutable! C’est ici la maison de Dieu, c’est ici la porte des cieux! »
Luz est l’une des nombreuses images de la Terre des Vivants, Tir-nan-Og, Hyperborée, l’île Blanche du septentrion, que les chroniques Scandinaves situent dans les entrailles de la terre... c’est-à-dire dans la profondeur du monde :
« Conle le Beau, fils du roi Cétchathach, se trouvait un jour, avec son père, sur la colline d’Uisnech, quand lui apparut brusquement une ravissante jeune fille habillée de façon étrange. Elle venait, disait-elle, de Tir-nam-Béo, la Terre des Vivants, où il n’y a ni mort, ni péché, ni transgression. On s’y nourrit en des festins éternels sans avoir besoin de serviteurs. La paix y règne et les batailles y sont inconnues. Comme ce pays du bonheur se trouve situé à l’intérieur d’une grande colline, ses habitants sont appelés “ le peuple du Sid ” (Saga de Conle le Beau). »
La Jewish Encyclopédia révèle que « l’Ange de la mort ne peut pénétrer dans la cité de Luz et n’y a aucun pouvoir ».
Au sujet de l’île d’Avallon, Julius Evola précisait :
« Les femmes de Tir-nan-Og déclarent que sur leur terre on ne verra jamais la mort ni la dissolution des corps. »
Une fois de plus, la parenté est évidente entre Luz, la cité souterraine, et Hyperborée, ou Tir-nan-Og, la Terre des Vivants : elle empêche la dissolution du corps. C’est une anticipation du Royaume, annoncé par le Christ.
Et s’il fallait une preuve matérielle, corporelle, à cette affirmation, nous proposerions au lecteur ce témoignage supplémentaire : il existe dans le corps humain un petit os curieusement appelé luz. Il est considéré comme un os très dur, la seule partie corporelle indestructible, à laquelle l’âme demeurerait liée après la mort et jusqu’à la résurrection.
On situe le luz vers l’extrémité inférieure de la colonne vertébrale, à l’endroit nommé mûladhara-cakra, par les Hindous, là où l’énergie cosmique -kundalini - dort, enroulée sur elle-même, comme le serpent.
Abraham et Jacob rencontrent Dieu dans un espace situé hors du temps des hommes, dans lequel la mort n’entre pas, et où les corps ne subissent pas la décomposition. Dans la cité de Luz, l’esprit et le corps sont immortels... comme dans l’île Blanche, Hyperborée, où vivent les immortels de l’âge d’or.
Lorsque le héros Netchân reprend la mer, après un séjour dans la Terre des Vivants, « il quitte la Terre-de-la-Joie, affronte les glaces de l’Arctique, et met le cap sur l’Irlande. Dès qu’il aperçoit les côtes d’Irlande, il s’adresse à des pêcheurs qui tendent leurs filets :
- Je suis Netchân, fils de Collbran.
- Netchân ? Nous ne connaissons pas de Netchân ! lui fut-il répondu... C’est dans nos très anciennes annales qu’il est question de la navigation d’un certain Netchân...
Ne pouvant contenir son impatience, Netchân saute du bateau. Mais à peine a-t-il pris contact avec le sol, qu’il tombe en cendres, comme s’il avait été en mer pendant des centaines d’années » (Immram Brain mac Febail).
Luz - Centre polaire de la tradition - illumine la Bible d’un feu souterrain. Elle se tient au centre du livre sacré, immuable, fixe, comme l’arbre Yggdrasil, qui soutient le ciel et la terre. Sans elle, l’histoire se désagrège, les hommes perdent le nord, et ils errent à la poursuite de mirages trompeurs, perdus dans le jeu infini des miroirs, sans savoir d’où vient la lumière. C’est la merveilleuse promesse, visionnaire, du Royaume pêché par Jésus.
L’arbre au centre du royaume est l’image, le blason - pourrait-on dire - du royaume indo-européen de Mitani. Le nom lui-même ne laisse place à aucun doute :
MI-TANI = L’ARBRE DU MILIEU
Il semble que la terre indo-européenne, d’où est sorti Abraham pour son long périple initiatique -ait fortement influencé les royaumes voisins : hittites, hourrites, égyptiens, cananéens...
Dans les ruines de la cité d’Hattous, dans les montagnes de Bogazköy, au lieu appelé « le nid d’aigle 30 », il fut retrouvé un traité d’alliance, entre les rois de Mitani et les peuples du désert.
Un traité d’alliance entre les Indo-Européens et les peuples de la Bible, comme le signale Georges Dumézil :
« On sait que, au cours des migrations du second millénaire avant notre ère, une partie des “ Arya orientaux ”, des “ pré-indiens ”, venus sans doute du nord de la mer Caspienne... vint se fixer à l’extrême ouest du continent, sur l’Euphrate... En particulier, une dynastie “ para-indienne ” gouverna pour quelques décennies le royaume de Mitani, limitrophe de l’empire hittite. Or, au début de notre siècle, d’admirables fouilles ont exhumé, en plusieurs exemplaires, dans les archives de Bogazköy, capitale des Hittites, le texte d’un traité d’alliance conclu avec les princes voisins, et, parmi les nombreux dieux d’origine variée que le Mitanien prend à témoin, se lit une courte liste de dieux védiques : Mitra, Varuna, Indra... 31 »
Les Mitaniens se sont mêlés aux gens du désert, ont poussé l’aventure jusqu’en Égypte, en Palestine, armés du bouclier celtique, guidés par les druides et les chefs de tribus. Ils ont communiqué à la Bible, une vision, une histoire, une certitude.
Lorsque Abraham souffle dans sa corne de bélier, pour rassembler les tribus, il utilise l’instrument rituel des hommes du Nord : la corne d’abondance, ou gjallarhorn, la trompe d’appel du dieu Heimdall, taillée dans une corne de bélier.
Le shofar - la corne d’appel des Hébreux -évoque irrésistiblement la corne de bélier dont se servaient les prêtres d’Artémis, dans le royaume de Mitani, pour leurs célébrations au pied du mont Ida. La corne se remplit indéfiniment. Elle communique aux hommes la fortune spirituelle, la vision, les dons divins. Celui qui boit à la corne, ou celui qui souffle - qu’il s’agisse de la corne d’abondance ou de la corne d’appel - met en mouvement le rythme même de la respiration. La corne sert à donner, ou à recevoir. Elle possède la double faculté de fonctionner « dehors-dedans », à l’intérieur et à l’extérieur, de maintenir la respiration secrète du monde, et d’empêcher sa désintégration.
Dans le royaume de Mitani, sur la terre d’Abraham, les hommes portent le casque à cornes, symbole de la vie puissante, sans cesse renouvelée, et que la mort ne détruit pas.
Les épopées celtiques signalent un personnage à peau de corne, nommé Conganchnes. Dans les combats, il est invulnérable, sauf par la plante des pieds. La corne le protège de la mort, et le rend quasiment immortel.
Marie Bonaparte note qu’en hébreu queren signifie à la fois corne, puissance, force. Il est étonnant de retrouver dans la langue hébraïque la syllabe sacrée des Celtes : KRN.
Lorsque les guerriers mitaniens coiffent le casque à cornes, ils s’investissent d’un pouvoir, d’une puissance, et s’imaginent invincibles. La corne agit comme un bouclier solide, défensif - comme le héros celte, Conganchnes, couvert d’une peau de corne invulnérable dans les combats.
Dans les psaumes bibliques, le roi David identifie lui aussi la corne au bouclier qui protège :
« Je m’abrite en lui mon rocher, mon bouclier et ma corne de salut » (Psaume 18-4).
La corne celtique est l’attribut du guerrier, qui doit combattre pour protéger la flamme, la lumière... c’est-à-dire la Mémoire, ancienne, éternelle. Il est debout, au milieu des ruines, et il maintient sa vision dans une perspective lucide, immense. Il empêche la dissolution. Il veille, à l’entrée de l’Asgardr Scandinave, le palais aux tuiles d’or, à l’abri, derrière son bouclier de cornes. La nuit, il est visité en rêve. De sinistres visions l’assaillent. Il voit le destin des Puissances, livrées au brasier du Ragnarôk, le fameux « crépuscule des dieux ». Le monde ne se régénère pas autrement. Il lui faut le sacrifice cosmique, l’Apocalypse finale, pour perdre son opacité, et entrer en lumière.
Heimdall garde le pont de l’Asgardr. Il entend le moindre bruit, jusqu’à la laine qui pousse sur le dos des moutons. C’est dire le raffinement de sa perception, sa puissante lucidité. Rien n’échappe au dieu guerrier Heimdall. Il est debout à la tête d’un pont en feu, prêt à sonner dans sa corne d’or, pour annoncer le sacrifice cosmique.
« Quand il souffle, cela s’entend dans tous les mondes », révèle l’Edda Scandinave. La trompe rituelle du dieu Heimdall est taillée dans la corne d’or d’un bélier.32 (Et nous voyons déjà apparaître le thème de la Toison d’or, du bélier d’immortalité.)
Gjallarhorn, la corne d’appel d’Heimdall, provoque le sacrifice final, mais elle annonce le retour de l’âge d’or, après l’effondrement du temps des hommes. Alors reviennent les dieux, les héros, « autour de l’arbre éternellement vert » (Yggdrasil).
Nous voyons dans la tradition celto-nordique, la corne associée à l’arbre, et au sacrifice. Lorsqu’ils se souviennent des temps de l’âge d’Or, les Germains montrent la chèvre Heidrun, encornée dans les branches du frêne Yggdrasil - l’arbre du Centre. Ainsi fixée à l’arbre, elle peut nourrir les guerriers d’Odin, et leur donner le soma, le lait d’immortalité.
C’est en Inde, sur la terre des Indo-Aryens, qu’Alexandre le Grand atteint « la fontaine de Jouvence et l’arbre du Centre 33 », qui lui confèrent la victoire, et l'Impérium sur la presque totalité du monde. Dans sa traversée de l’Égypte, il fixe sur ses étendards l’emblème d’Amon, le bélier égyptien, que le Livre des Morts nomme « Seigneur des deux cornes ».
Alexandre le Grand a-t-il atteint le royaume de Mitani, au terme de son long voyage guerrier et initiatique sur la terre des Indo-Aryens d’Asie Mineure - dont le nom évoque l’arbre du Centre : Mi-Tani?
Abraham l'Indo-Européen venait de Mitani, le royaume de l’Arbre-du-centre. Il n’est pas étonnant qu’on retrouve dans la Genèse l’idée du sacrifice suprême, cosmique, sous les aspects de la corne et de l’arbre.
Au chapitre 22 de la Genèse, Abraham gravit la montagne du pays de Moriah, pour aller sacrifier son fils Isaac. Il selle son âne, fend du bois au pied de la colline, prépare l’holocauste :
« Lorsqu’ils furent arrivés au lieu que Dieu lui avait dit, Abraham y éleva un autel, et rangea le bois. Il lia son fils Isaac, et le mit sur l’autel, pardessus le bois. Puis Abraham étendit la main, et prit le couteau, pour égorger son fils. » (Genèse 22-9,10.)
Nous sommes au cœur du sacrifice rituel, sacré et sanglant, tel que le connaissent les Indo-Européens. La vie de l’homme n’est rien. Sa mort non plus. Les hommes et les dieux sont voués un jour ou l’autre au sacrifice suprême - seul moyen, pour eux, s’ils veulent sceller l'Alliance, l'Accomplissement. Celui qui est sacrifié est comme un pont entre les vivants et les morts, entre le temps des hommes et le temps de l’âge d’Or. Il ouvre une porte. La mort n’existe pas. Le sacrifice sanglant provoque la transfusion de l'Esprit, de la Force de vie - Livskraft - qu’on retrouvera avec l’immolation du Christ Jésus sur le bois de la croix.
Mais en sacrifiant son fils - la chair de sa chair - Abraham s’immole lui-même, et se livre totalement à la divinité. Il ne retient rien. Il ne garde rien. Sa foi est totale.
Au moment où il élève le couteau, « l’Ange de l'Éternel l’appela des cieux, et dit : Abraham! Abraham! N’avance pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais rien; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique » (Genèse 22-11,12).
La foi d’Abraham vient d’être éprouvée. Il vient de passer une sorte de test de confiance, de fidélité. Il est là, debout sur la colline de Moriah, son coutelas rituel à la main. Il pourrait quitter la colline, emporter son fils, et rejoindre le campement nomade, à l’entrée du désert. L’Éternel pourrait se contenter de cette preuve de fidélité, bénir Abraham et sa descendance. Mais la foi du patriarche ne suffit pas. Il n’y a pas de fidélité sans alliance - et l’alliance se scelle dans le sang. L’Éternel demande un sacrifice :
« Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes; et Abraham alla prendre le bélier, et l’offrit en holocauste à la place de son fils. » (Genèse 22-13.)
Le buisson placé sur les hauteurs de Moriah évoque aussitôt cet autre buisson sacré de la Bible, lorsque Moïse arrive au sommet du Sinaï :
« L’Ange de l'Éternel lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d’un buisson. Moïse regarda; et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait point. » (Exode 3-2.)
Le buisson est l’une des manifestations de la divinité. Dans les deux exemples, il accompagne l'apparition de l’Ange de l'Éternel. C’est une des représentations de l’arbre divin, sous sa forme « d’arbre de flamme ».
Nous sommes au centre du sacrifice cosmique, célébré par les Indo-Européens. Tous les éléments en place dans le sacrifice d’Abraham, au chapitre 22 de la Genèse, appartiennent aux anciens cultes védiques : Le Feu (sous la forme du buisson), la Lune (Moriah), le Bélier, et l’Enfant offert à la divinité suprême. Moriah, la colline sur laquelle Abraham prépare l’holocauste, est le nom d’une dynastie de rois indiens, attachés au culte lunaire. Moriah signifie « la montagne de la lune ».
Nous avons vu - avec l’arrivée de Moïse sur le Sinaï - que le buisson est une des manifestations du Feu. Il est l’image d’Agni, le feu, dans les cultes védiques. Le Bélier n’est autre que Ram - le bélier des Indo-Aryens, qui sert de monture à Agni, le Feu. La description d’Agni, le dieu du Feu - dans les textes indiens - est significative :
« Agni est vêtu de rouge; il monte le bélier Ram, dont les cornes impérissables sont aiguisées par Brahma lui-même. Dans une main, il brandit Parashu, la hache sacrificielle, dans l’autre une torche enflammée. Son étendard est un étendard de fumée. »
Pendant le sacrifice cosmique védique - tel qu'il est décrit dans le Rig-Véda des Indo-Européens de l’Inde - la Lune participe activement au rituel. Elle représente Soma, sous la forme d’offrande, servant de combustible au sacrifice. Elle est Soma, la semence de vie qui sert d’oblation, et que les brahmanes appellent l’Enfant.
Au chapitre 22 de la Genèse, Abraham choisit de sacrifier l’enfant, sur la colline de la Lune (Moriah), mais l'Éternel retiendra son bras, et lui substituera Ram, le bélier, qui personnifie à la fois le sacrifié, et le sacrificateur. En effet, Ram le bélier est la monture d’Agni, le feu sacré, qui accomplit le sacrifice. Par la suite, dans le Nouveau Testament, Agni deviendra Agnus, YAgneau divin, en la personne du Christ, à la fois sacrificateur et sacrifié.
Au chapitre 22, l'Éternel dit à Abraham : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t’en au pays de Moriah, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai.» (Genèse 22-1,2.)
Le pays où doit se rendre Abraham est appelé Moriah. Abraham vient du royaume de Mitani, et il sait que Moriah est le nom de la dynastie lunaire des rois indo-européens.
Quand il selle son âne, emporte son fils, et quitte le camp nomade de Beer-Schéba, Abraham se rend dans le pays où règne la dynastie des rois lunaires de Moriah. C’est le seul endroit où son sacrifice puisse avoir une valeur rituelle.
Moriah - la Lune - préside au sacrifice cosmique. Dans les textes védiques, elle est appelée « la corne parfaite ». La Mahâ-Nârâyana Upanishad enseigne que « l’esprit du Sacrifice cosmique est un dieu à quatre cornes ». Il est intéressant d’approcher les coutumes et les croyances indo-européennes du royaume de Moriah, dont les rois-prêtres étaient sans doute des souverains-sacrificateurs. Il est dit que la Lune - Soma - dans son action sacrifielle, devient « l’eau-de-vie, l’ambroisie qui stimule le feu et enivre les prêtres. Sous cet effet, l’homme aperçoit des mondes mystérieux, entre dans un état de frénésie magique et accomplit des actes au-delà de sa force. Celui qui boit cette ambroisie participe au divin 34 ».
Nous avons déjà vu de quelle façon Heidrun, la chèvre sacrée, est encornée dans les branches du frêne yggdrasil, d’où elle tire la sève miraculeuse qui nourrira les guerriers d’Odin.
Dans la dynastie des rois indiens de Moriah, le Soma rituel est représenté « sous l’aspect d’un sage de la caste des prêtres, dont la vue est de bon augure pour les dieux comme pour les hommes. Il est le fils du Ciel et fut gardé dans un château de bronze. Le musicien céleste Gandharva et l’archer Krishhanu, qui fait décroître la lune, étaient ses gardiens 35 ».
On sait peu de choses sur la dynastie des rois lunaires de Moriah, dont on trouvait sans doute un royaume en Asie Mineure, à proximité du pays des Philistins : « Des prêtres appartenant à divers degrés hiérarchiques, représentant les énergies cosmiques, accomplissaient des rites élaborés dont les gestes précis, les invocations, les hymnes et les chants étaient susceptibles d’agir sur l’ordre même du monde. Dans cet effort pour instaurer la suprématie de l’homme sur les forces cosmiques, le rituel prit des proportions inouïes. Il y eut des sacrifices dont les cérémonies duraient des années, employaient des milliers de prêtres et absorbaient les revenus de grands royaumes 1. »
1. Alain Daniélou, op. cil.
Agni - le dieu du Feu des Indo-Européens, accomplissant le sacrifice cosmique - apparaît dans la Genèse, lorsque Isaac voit son père construire l’autel des oblations. Il s’étonne et demande : « Voici le feu et le bois; mais où est l’agneau (Agni) pour l’holocauste?... » (Genèse 22-7.)
Agni (Agnus - l’agneau), surgit comme une nécessité rituelle. Rappelons la description du dieu du feu Agni, dans les textes indo-européens : Il porte Parashu, la hache du sacrifice, dans une main, et dans l’autre une torche enflammée. Au chapitre 22 de la Genèse, la description d’Abraham marchant vers l’autel de l’holocauste est la même : dans une main, il tient l’arme du sacrifice, dans l’autre une torche enflammée.
« Abraham se chargea du bois pour l’holocauste, et il prit dans ses mains le feu et le couteau. » (Genèse 22,6.)
Le sacrifice cosmique d’Agni va se perpétuer à travers toute la Bible, au même endroit, dans l’ancien royaume des rois lunaires de Moriah. Sur la colline de Moriah, Salomon bâtira le Temple à la gloire de l'Éternel. Il sera, lui aussi, le roi-prêtre, le grand-roi sacrificateur. Sur la même colline, les prophètes annonceront la venue du royaume intérieur, et le roi David offrira son glaive à Dieu, avant de lancer ses cavaliers sur le pays des Moabites.
Sur la même colline, Jésus marchera à la mort, sous les crachats de la foule et les coups de lanières des centurions... pour renouveler l'Alliance, et la sceller par son propre sang.
Plus tard, les hommes comprendront que la colline de Moriah n’est pas seulement un lieu géographique - qu’elle est au-dedans de nous, le lieu de tous les sacrifices, l’espace à partir duquel Dieu se communique à l’homme, où résonne la Parole.
Les prophètes, les voyants, les sorciers, atteignent ce lieu invisible par le sacrifice intérieur, après de longues nuits de combats, d’hésitation - comme l’aventurier égaré dans la jungle qui ouvre un passage à la machette, tranche les lianes qui l’empêchent d’avancer, et finit par découvrir l'Arche Perdue, au moment où il croyait mourir.
Le chrétien vertueux, imprégné de l’humanisme moderne, est scandalisé par l’appel à la guerre, au meurtre, à la vengeance, qui résonne dans tout l'Ancien Testament.
On y voit le prophète Élie égorger de sa propre main quatre cents prêtres de Baal, les combats sanglants du roi David contre les Moabites, ou les Philistins :
« David battit Hadadézer, il lui prit mille sept cents cavaliers et vingt mille hommes de pieds; il coupa les jarrets à tous les chevaux... » (Samuel 8,3.)
Le pillage, après la prise de Jéricho :
« Ils brûlèrent la ville et tout ce qui s’y trouvait; seulement ils mirent dans le trésor de la maison de l'Éternel l’argent, l’or et tous les objets d’airain et de fer. » (Josué 6,24.)
Le combat : « Avec Dieu, nous ferons des exploits; il écrasera nos ennemis. » (Psaumes 108-14.)
La vengeance : « Le juste sera dans la joie, à la vue de la vengeance; il baignera ses pieds dans le sang des méchants. » (Psaumes 58-11.)
« L’Éternel des armées est avec nous. Le Dieu de Jacob est pour nous une haute retraite. » (Psaumes 46-12.)
En l’an 1180 avant J.-C., Josué entre en terre de Canaan. Il agit comme un chef militaire. Les tribus nomades s’élancent à la conquête des terres, dans le fracas des armes, le hennissement des chevaux, ivres de poussière et de sang. Yahvé redevient Tsa-baoth : le Seigneur des armées.
La présence des Indo-Européens tout au long de la Bible signale un comportement, une attitude, face à la mort et à la guerre. Les passions ne sont pas éteintes, dans une sorte de nirvana paisible, extatique. Elles accomplissent le destin particulier de l’homme, lui font affronter la mort comme une porte tournoyante. Le héros se couvre de sang et de gloire mystique. Il meurt dans une superbe explosion de joie, qui fait de lui un dieu, un immortel.
Au terme de sa vie terrestre, il y a l’acte -guerrier et magique - qui fait de lui l’ultime sacrificateur.
La conception guerrière des Indo-Européens traverse les pages de la Bible, se mêle à l’ardeur belliqueuse, combative, des tribus du désert. Qu’il s’agisse des Mitaniens, des Hourrites, des Philistins, des Celtes de Phrygie, de Galilée ou d’Égypte, on assiste à la mise en place d’un rituel de la guerre, qui a pour but la célébration du sacrifice cosmique.
Lorsque Josué décide de franchir le Jourdain, et d’entrer en terre de Canaan à la tête de ses guerriers il ordonne aux sacrificateurs d’ouvrir la marche, avec l'Arche d’Alliance. Ensuite il fait planter douze pierres au milieu du fleuve, en souvenir des douze tribus.
Avant la prise militaire de Jéricho, Josué rencontre le « chef de l’armée de l'Éternel » :
« Comme Josué était près de Jéricho, il leva les yeux, et regarda. Voici, un ange se tenait debout devant lui, son épée nue dans la main... Josué tomba le visage contre terre, adora et dit : Qu’est-ce que son Seigneur dit à son serviteur?... Et le chef de l’armée de l'Éternel dit à Josué : Ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est saint. Et Josué fit ainsi. » (Josué 5-13.)
Josué, le vainqueur de Jéricho, se tient dans un lieu sacré, de grande terreur, et ce lieu est Béthel - l’antique et souterraine cité de Luz.
Il suffit de regarder la carte de Canaan, au temps de Josué et des Juges. On y voit la ville de Jéricho, au nord de la mer Salée, à guère plus de dix kilomètres de Béthel-Luz. Il n’y a pas d’autres lieux sacrés, dans tout le périmètre de Jéricho - si ce n’est Rama, la ville des prophètes, à peu près à la même distance, mais c’est à Béthel que se fait l'Alliance, la rencontre avec les anges, les puissances.
L’ange qui apparaît à Josué porte une épée à la lame nue. Il se fait connaître comme « le chef des armées de l'Éternel ». Il n’est pas là pour l'Alliance, et la fécondité spirituelle - comme ce fut le cas pour Abraham et Jacob - mais pour la guerre, le combat, et la victoire.
Avant de revêtir son armure de guerre, Josué doit s’incliner, car il se tient dans un lieu redoutable et saint. L’ange-guerrier porte une épée pour combattre. Il se tient à l’entrée de Luz, la cité mystérieuse. Il est l’ange qui garde le jardin d’Éden, la Terre des Vivants, l’épée à la main, dans les premiers versets de la Genèse :
« Quand Dieu chassa Adam du Paradis Terrestre, il plaça un ange, muni d’une épée, afin de garder le chemin conduisant à l'Arbre de Vie. »
L’apparition de Josué confirme qu’il s’agit bien de l’ange portant l’épée, celui qui garde le chemin conduisant à l’Arbre-du-centre. Josué a fait le détour par la Terre des Vivants, avant d’engager la bataille décisive. On connaît la suite : c’est par un formidable sortilège que Josué va s’emparer de Jéricho - en utilisant la puissance des sons, des mantras : Ils firent sept fois le tour de la ville, en silence - puis, sur l’ordre de Josué, les sacrificateurs soufflèrent dans leurs trompettes rituelles, et les murailles de Jéricho s’écroulèrent.
Josué venait d’utiliser la puissance du Verbe divin, pour abattre Jéricho, grâce au pouvoir de l’ange. Dans toute la tradition indo-européenne, les dieux n’hésitent pas à aider les hommes dans leurs opérations guerrières, parce qu’ils conçoivent la guerre autrement que comme un conflit d’intérêts. L’univers entier participe à la guerre. Le fracas des armes résonnent dans tous les mondes. Au moment où le guerrier celte souffle dans sa corne d’appel, sur les bords de l’Euphrate, Heimdall fait sonner sa trompe d’or, dans le monde des dieux, et Odin envoie ses meilleures Walkyries sur les champs de bataille.
L’arrivée des tribus indo-européennes sur les terres de la Bible, leurs actions, leur influence, ont parfaitement été intégrées par les gens du désert - si bien qu’on les a longtemps confondues avec les tribus nomades de Palestine. Les historiens les ont toutes rassemblées sous le terme générique d’Hébreux - ce qu’explique Georges Poisson, l’ancien président de la Société préhistorique française :
« D’autres peuples pénétrèrent par le Caucase. Ce sont ces peuples qui, en se superposant aux populations locales - créèrent les deux royaumes indo-européens Hurri et Mitani, dont le second surtout, établi sur l’Euphrate, fut un moment très puissant et balança l'influence hittite... On a discuté longtemps sur le caractère de ces envahisseurs, dans lesquels on voyait généralement des sémites.1 »
1. Georges Poisson, Les Aryens. Étude linguistique, ethnologique et préhistorique. Editions Payot, 1934.
Le rituel de la guerre, tel qu’il est pratiqué dans la Bible, rappelle la tradition indo-européenne du sacrifice cosmique. Le chef de guerre n’est pas simplement un homme de combat, portant lance, bouclier et casque à cornes. Il est à la fois homme de magie et de guerre, roi et prêtre. Il se sert de son épée pour offrir le sacrifice aux dieux.
Josué a dressé ses tentes à quelque dix kilomètres de Rama, la cité des prophètes, qui a vu le passage de toutes ces cohortes venues du nord de l’Euphrate, portant le casque celtique, les emblèmes frappés à l’effigie du sanglier sacré, et les chars de guerre ornés du Soleil et de la Lune.
La ville de Rama se souvient de cet autre dieu-guerrier indo-européen : Parashu-Râma - Rama le guerrier, portant Parashu, la hache du sacrifice. Dans le Râmâyana, le héros explique de quelle façon la guerre peut devenir le sacrifice cosmique : l’offrande des flèches est donnée par l’arc du guerrier, l’armée qui combat sert de combustible, et les rois ennemis sont le bétail sacrifié. Il fait écho au roi David qui compare les armées ennemies au « marchepied de l'Éternel », sur lequel il prend appui pour se soulever encore plus haut dans sa gloire -comme la flamme, qui monte à partir du bûcher védique.
Dans le Râmâyana, Parashu-Râma est considéré comme le grand sacrificateur, celui qui hisse la guerre au niveau du sacrifice suprême, cosmique :
« L’offrande des flèches fut délivrée par l’arc. L’armée aux quatre corps était mon combustible. De grands rois constituaient le bétail sacrifié. Je les mettais à mort avec ma hache. C’est ainsi que j’ai pu accomplir plus de mille fois le rite de la guerre 1. » (Râma-Carita-Mânasa 287,8,4).
1. Dans le Râmâyana, Parashu-Râma combat la caste des guerriers, parce qu’ils ont renié la divinité, et renoncé à la fonction magique, sacerdotale. Parashu-Râma veut ramener le temps des rois-prêtres, celui de l’âge d’or.
Josué est un combattant solaire, qui participe au sacrifice cosmique, comme le prouve son attitude pendant la conquête militaire de la Palestine (Canaan). Pendant la bataille, il fait intervenir directement le Soleil et la Lune, avant d’envoyer ses armées porter le feu et la mort chez les Cananéens :
« Alors Josué parla à l'Éternel, le jour où l'Éternel livra les Amoréens aux enfants d’Israël, et il dit : Soleil, arrête-toi sur Gabaon, et toi, Lune, sur la vallée d’Ajalon! Et le soleil s’arrêta, et la lune suspendit sa course, jusqu’à ce que la nation ait tiré vengeance de ses ennemis. » (Josué 10-13.)
Sa façon d’organiser rituellement le combat est celle des Indo-Européens qui font participer le Soleil et la Lune au sacrifice cosmique :
« Le Soleil (Sûrya), le feu céleste dans lequel réside Indra, roi du ciel, la Lune (Candra) demeure de Soma, breuvage du sacrifice... Sûrya et Candra personnifient le sacrifice cosmique 1. »
1. Alain Daniélou, op. cit., p. 91.
Le feu est identifié au roi céleste Indra - et nous savons qu’Indra fut longtemps vénéré sur les rives de l’Euphrate, dans le royaume de Mitani, sur les terres de la Bible.
Ainsi Josué immobilise le soleil et la lune, au-dessus du champ de bataille, le temps d’accomplir son œuvre guerrière rituelle. Ensuite, il capture les rois ennemis, et s’en sert de « marchepied pour l'Éternel », de la même façon que Parashu-Rama utilise les rois ennemis comme combustible, et bétail sacrificiel :
« Ils amenèrent les cinq rois qu’ils avaient fait sortir de la caverne. Lorsqu’ils eurent amené ces rois devant Josué, Josué appela tous les hommes d’Israël et dit aux chefs des gens de guerre qui avaient marché avec lui : Approchez-vous, mettez vos pieds sur les cous de ces rois. Ils s’approchèrent, et ils mirent les pieds sur leurs cous... Après cela, Josué les frappa et les fit mourir; il les pendit à cinq arbres, et ils restèrent pendus aux arbres jusqu’au soir. » (Josué 10-23,24,26.)
Les peuples du Nord qui occupèrent le royaume de Mitani suspendaient eux aussi leurs victimes dans les arbres, pour « nourrir l'Arbre de Vie ». C’est une autre manière rituelle de régénérer l’univers, comme le montre le culte d’Ésus, chez les Celtes et les Germains :
« Par la pendaison, l’être humain dont il est fait oblation est incorporé à l’arbre. Ainsi est-il associé à la végétation qu’Ésus le destructeur va ravager à l’aide de sa hache 36. »
Le culte d’Ésus est appelé le culte de « l’Arbre sanglant », que les Vikings nomment « Blot » :
« Le bosquet est si sacré pour les païens qu’ils tiennent pour divins chacun de ses arbres en raison de la mort des victimes 37. »
L’arbre des pendus est une des manifestations de l’Arbre du centre, régénéré par le sacrifice. Ésus, qui personnifie l’Arbre sanglant dans les cultes celtiques, nous amène directement à Josuah (Josué) et à Jésus, pendu au bois sanglant de la croix, comme le révèle l’étude indo-européenne des noms, à travers lesquels se poursuit la filiation :
ÉSUS
JOSUAH
JÉSUS
qu’on pourrait rapprocher de la racine sanskrite judh, qui veut dire « lutter, combattre, faire la guerre ». (Jud est aussi la racine qui désigne les Juifs qui se nomment eux-mêmes « le peuple de la Bible ».) Ésus est un prêtre-guerrier, portant Parshu, la hache du sacrifice. Josuah est connu lui aussi pour ses exploits guerriers. Jésus est celui qui dira « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée », ou « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et je veux qu’il dévore. » Dans l’Apocalypse chrétienne, il monte un cheval blanc, « ses yeux sont comme des flammes de feu, et il est revêtu d’un vêtement teinté de sang. De sa bouche sort une épée aiguë, pour frapper les nations» (Apocalypse 19-11,12,13,15).
Cette manière différente de vivre, et de mourir en se donnant joyeusement en sacrifice, dans un acte d’élévation pure, de totale transfiguration, a disparu de nos sociétés frileuses qui ne s’inscrivent plus dans une épopée héroïque, magique... c’est-à-dire qui ont limité leur champ d’action, de perception, de réflexion, au seul monde matériel et à ses besoins égoïstes, névrotiques.
Les anciens Scandinaves glorifiaient la guerre, et la mort au combat - à cause de la haute lumière rituelle qu’ils savaient donner à leurs actes, à leurs émotions. L’univers quotidien était spontanément transfusé dans la hauteur. Dans la Saga de Ragnarr, le héros est jeté dans une fosse aux serpents par un roi saxon. Il se prépare à la mort avec une joie féroce, en chantant :
« Je me réjouis de savoir que le père de Baldr (Odin) prépare les bancs pour un festin. Bientôt je boirai la bière dans les cornes recourbées. Le guerrier qui arrive à la demeure d’Odin ne se lamente pas sur sa mort. Je n’entrerai pas avec des paroles de crainte sur les lèvres... Les dieux me souhaiteront la bienvenue. Je suis impatient de partir. Les jours de ma vie sont passés. Je meurs en riant 1. »
1 Ragnarrs saga Lodbrokar, cf Jorge Luis Borges, Essai sur les littératures médiévales germaniques, C. Bourgois éditeur.
Je meurs en riant!... Dans l’explosion de ces quatre mots, on voit passer toute la force de Vie des anciens Germains : Livskraft - l’énergie impérissable, sans cesse renouvelée.
Cette vision de la mort avait fasciné le poète Chateaubriand, à la lecture de la Saga de Ragnarr. Ragnarr n’est pas attaché au monde, puisqu’il accepte de mourir... et pourtant, il ne renonce pas à la vie, quand il pousse son cri de victoire. Il est vivant, totalement identifié à la Force de vie... c’est-à-dire libre.
La liberté ce n’est pas l’attachement, ni le renoncement au monde, mais la sensation joyeuse de cette Force de vie qui brûle à l’intérieur du corps, et l’emporte vers d’autres mondes, d’autres aventures, à travers la transformation, la métamorphose -comme le feu transforme le métal, et l’amène à d’incroyables degrés de fusion.
Qu’est־ce qui rend joyeux Ragnarr, au seuil de la mort, du sacrifice?... C’est la sensation de la vie, dans son corps. Le sang bout comme du feu liquide. Ragnarr accepte d’être modifié. Il va devenir le Feu. L’univers entier est modifié, régénéré dans le sacrifice.
Le temps des hommes est passé. Ragnarr entre dans le temps des dieux.
LE TEMPS DES CONQUÊTES
Ouvrez un livre d’histoire, une Bible, un Quid, un dictionnaire des religions - ce que vous voulez -, et cherchez le chapitre consacré aux peuples d’Asie Mineure. Nulle part il n’est fait mention des Celtes de Phrygie, de Thrace, de Mésopotamie, installés sur les bords de l’Euphrate.
A en croire les historiens, il n’y a jamais eu de civilisations indo-européennes en Asie Mineure -même si les recherches archéologiques des deux derniers siècles prouvent le contraire. On ne modifie pas aussi facilement 2 000 ans de tabous, de manipulation.
Les travaux des archéologues, des linguistes, et des historiens de l’art, n’ont pas franchi les murs du laboratoire, de l’officine, du bureau d’études ou de la revue spécialisée. Deux poids, deux mesures. D’un côté la version officielle, fabriquée pour les besoins de la cause. De l’autre, la vérité historique, troublante, qui donnerait un sérieux coup de boutoir à notre civilisation affairiste, hypocrite, qui s’abrite lâchement derrière les tabous de l’humanisme et de la démocratie pour mieux exploiter l’homme, et lui voler sournoisement sa liberté.
Le piège est parfaitement construit, imparable.
Essayez d’imaginer l’influence des peuples du Nord sur la Bible, et vous vous heurterez au plus formidable des tabous. L’idée est impensable, monstrueuse, sacrilège. Vous devenez le grand criminel, celui qui fausse les règles du jeu, et cherche à faire basculer l’édifice.
Il me semble incroyable que personne n’ait encore cherché à montrer l’importance réelle des Indo-Européens sur les terres bibliques - et leur influence sur la Bible. Les sciences historiques, l’archéologie, la linguistique, ont réuni assez d’éléments pour changer notre vision du monde. Mais nous avons vu qu’il est difficile de se déshabituer, de regarder dans une autre direction, lorsqu’on installe vos intérêts de ce côté-ci de la barrière.
Pourtant, les dossiers archéologiques d’Asie Mineure sont formels : les Indo-Européens ont bâti des empires sur les bords de l’Euphrate, sur les terres de la Bible, ont rivalisé avec les royaumes les plus puissants d’Asie Mineure. L’étude des lieux, des noms, des symboles traditionnels, montre leur présence en Mésopotamie, en Égypte, en Assyrie, jusqu’en Palestine.
Dans sa Världshistoria 1, l’historien suédois Cari Grimberg trace les grandes lignes des découvertes en Mésopotamie :
« A Nippur on a découvert de cinquante à soixante mille tablettes d’argile recouvertes de textes cunéiformes. La plupart appartiennent aux archives du temple... Elles comprennent des tableaux chronologiques et des prières, des hymnes, des exorcismes et autres textes religieux. Grâce à cette découverte, il fut possible d’établir le niveau élevé atteint par la civilisation sumérienne il y a 4 000 ans...
1. Cari Grimberg, op. cit., p. 41.
« Les archéologues allemands découvrirent d’autres ruines babyloniennes presque intactes, Assur, la plus ancienne capitale de l’empire assyrien. Malgré des circonstances défavorables, on y entreprit des fouilles qui donnèrent des résultats extraordinaires. Des cargaisons entières de textes cunéiformes et d’autres documents sur l’histoire du pays des deux fleuves furent envoyés aux musées de Londres, Paris, Berlin, Constantinople et Philadelphie. »
Les plus importantes découvertes du temple d’Assur, de Ninive, de Babylone, sont d’une valeur inestimable pour l’archéologie, la linguistique, et l’histoire des religions.

D’abord, la signification même des temples et des dieux. Il est intéressant de comparer Assur - le temple assyrien - avec l'Assura indo-européen. Dans la mythologie védique, Varuna est le roi des antidieux, les Assura-s, et nous savons que Varuna fait partie des trois divinités adorées par les Mitaniens du fleuve Euphrate.
Lorsque les Américains découvrent le temple de Nippur, consacré au dieu Bel, ils sont dans un des lieux sacrés de l’histoire biblique, puisque c’est ici que le prophète Ézéchiel reçut sa révélation, sous la forme d’une roue de feu tournoyante.
La vision d’Ézéchiel est celle d’une roue solaire, comme elle se manifeste dans toute la tradition celto-nordique. La présence du temple consacré au dieu Bel nous renforce dans cette idée, lorsqu’on sait que Bel est le dieu celtique du Soleil, et que son nom signifie «le Brillant» (Bélénos, chez les Gaulois).
Les représentations des dieux, sculptés sur les bas-reliefs des temples, confirment que la civilisation sumérienne célébrait le Soleil et le Feu : le dieu Marduk est constellé de roues solaires tournoyantes. Le dieu des orages brandit la foudre dans sa main droite. Lui aussi est revêtu d’ornements solaires. Sur un bas-relief de Nimroud, on voit un dieu armé poursuivant un démon. La divinité tient dans sa main une sorte de double trident, qui rappelle le double Vajra du dieu indo-européen Indra, image de la foudre - appelé Vazra, lorsqu’il est manié par le dieu Mitra. Encore une fois, nous sommes en territoire connu. Les dieux Varuna, Indra et Mitra étaient célébrés par les Mitaniens du fleuve Euphrate.
« C’est en Mésopotamie - écrit l’historien Georges Poisson 38 - que nous avons un indice bien daté du mouvement des peuples habitant plus au nord. Déjà à la fin de son règne, vers 2700, Sargon l'Ancien lutte contre des tribus barbares apparues au nord de son royaume. Ses successeurs ont à se défendre de plus en plus de ce côté, et la fin de la dynastie, en 2571, est due au triomphe de ces ennemis, les Gotis, qui conquièrent d’abord Accad, et un peu plus tard Sumer. Ils avaient leur capitale à Kerkouk, près de Arrapkha, où l’on a trouvé des preuves de leur adaptation à la civilisation mésopotamienne. Mais les textes historiques les concernant sont rares, et ne nous renseignent ni sur la race ni sur la langue de ce peuple. Quelques noms de rois montrent que leur langue avait des affinités avec celle des Mitaniens qui occupèrent plus tard la même région, et dans laquelle on a reconnu certains caractères indo-européens. D’autre part certains textes qualifient ce peuple de namruti, qu’on a traduit par clair et même blond. »
Ces mystérieux Gotis, venus du Nord, bousculant l’empire assyrien et s’installant aux commandes du royaume, évoquent bien sûr les Goth germaniques, et les Godis islandais. A peu près à la même époque, d’autres peuples pénétraient dans la même contrée, par le côté est, c’est-à-dire le Caucase. Ce sont ces
peuples qui - en se superposant aux populations locales - créèrent les deux royaumes Hurri et Mitani. (Il serait intéressant de reprendre à ce sujet les études de l’historien Georges Poisson, et celles plus complètes de Georges Dumézil.)
Georges Poisson décrit l’avancée des tribus indo-européennes, à partir des découvertes archéologiques et linguistiques de Mésopotamie :
« Peu après apparaît dans les montagnes à l’est de la Mésopotamie un peuple de Cassites qui menacent longtemps le royaume babylonien, et qui finissent par le conquérir vers 1750, c’est-à-dire après que les Hittites eurent ruiné Babylone sans s’y établir. Les Cassites s’installèrent au contraire dans le pays et y restèrent maîtres pendant cinq siècles. Leur langue est à peu près inconnue, mais certains de leurs dieux ont des noms à aspect indo-européen, et même indien, tels que Sourias (Surya, ind.), Maroutas (Marouts, ind.), Bourias (Boréas). Les noms de leurs rois ont également une physionomie indo-européenne. Ici encore nous pouvons reconnaître une aristocratie de conquérants aryens superposée à un peuple indigène, auquel elle communique des qualités guerrières. On sait d’autre part que les Hycsos envahirent l’Égypte également à peu près vers la même époque, soit vers 1700. On a discuté longtemps sur le caractère de ces envahisseurs, dans lesquels on voyait généralement des Sémites. La concordance de cette invasion avec celles dont nous venons de parler conduit aujourd’hui à y voir un élément venu de pays situés plus au nord. »
Les bas-reliefs du temple égyptien de Médinet
Habou décrivent eux aussi des envahisseurs venus en Égypte sur des bateaux à tête de cygne, coiffés du casque à cornes. Les tablettes trouvées dans le temple de Thèbes parlent des « Phrs », que les Hébreux appellent « Phelestins » ou « Philistins ». Certains spécialistes identifient les Philistins aux Frisons, aux Saxons, aux Danois : « Les guerriers venus du Nord pour attaquer les Égyptiens sont des “ pré-Vikings ”, qui annoncent la grande épopée maritime que connaîtra le monde atlantique deux millénaires plus tard 39. »
Les tablettes retrouvées à Médinet Habou disent : « Rien ne résistait devant eux... Ils avançaient vers l’Égypte tandis qu’un feu était préparé devant eux. Ils s’emparèrent de tous les pays jusqu’au bord de la terre. »
L’égyptologue américain Breasted écrit, au sujet des 10 000 m² de textes et de dessins muraux encore lisibles sur les murs du temple :
« On y voit les hordes des peuples du Nord et de la mer combattant contre les mercenaires de Ramsès; la première bataille navale que connaisse l’histoire est représentée ici. Ces reliefs nous permettent d’étudier l’équipement, les vêtements, les armes et les bateaux de guerre des peuples du Nord. »
Environ 3 000 ans avant J.-C. des tribus indo-européennes se sont ruées sur l’Asie mineure, pour y installer des empires, des royaumes, dont le plus puissant fut celui de Mitani. Toutes ces tribus venues du Septentrion - Gotis, Mitaniens, Hourites, Cassites, Hycsos, Philistins - avaient une tradition et une mythologie communes, qui préparèrent la révélation biblique. Georges Poisson - du haut de sa chaire, à l'École d’anthropologie de Paris, - s’interroge sur l’origine de cette migration indo-européenne, qui modifia l’histoire de l’Asie Mineure :
« De quelle région d’Europe venait donc cette migration? La question demeure obscure; mais l’hypothèse la plus probable est celle qui place l’origine du mouvement dans la Thrace.41 »
L’historien semble superposer les deux grands courants celto-nordiques : celui du troisième millénaire, et celui du troisième siècle avant J.-C. En effet, c’est en Thrace que les guerriers celtes fondèrent, au troisième siècle, un royaume, qui dura jusqu’en 193 :
« Une armée ayant appartenu à l’armée du chef celte Brennus, se retira sur les pentes de l’Hoemus sous la conduite d’un chef nommé Comantorios. Elle prit peu à peu la haute main sur les tribus thraces du voisinage et fonda un royaume celtique de Thrace qui dura jusqu’en 193 avant J.-C. Sa capitale était Tyle ou Tylis, dont l’emplacement est difficile à fixer. Le peuple s’étendit : au sud de l’Hoemus, dans le bassin d’Andrinople; au nord sans doute jusqu’au Danube 42. »
Les empires et les royaumes se succédèrent, mais pendant plus de 3 000 ans, les Celtes ne quittèrent pas les rives de l’Euphrate et le plateau central d’Asie Mineure.
A consulter une carte du Moyen-Orient, on s’aperçoit que tous les pays dont nous parlons forment comme une couronne, au sud du mont Ararat. La montagne de Noé les tient sous son formidable envoûtement. Elle est là, comme un point ultime, au-delà duquel flotte le brouillard des origines -Hyperborée, la terre polaire.
Nous avons vu de quelle manière le jardin d’Éden - la Terre des Vivants - est devenu un jardin de perdition, un lieu de déchéance divine. Il suffisait d’inverser la tradition, faire de la Citadelle solaire « le repaire du diable ».
Il existe ainsi plusieurs endroits de la Bible où les éléments de la Tradition primordiale sont renversés, occultés, niés, modifiés, pour favoriser une vision totalitaire qui affirme : « Il n’y a pas d’autres dieux que Dieu », et transforme l’ancienne relation d’amour entre l’homme et l’univers en complexe morbide, en sentiment de vengeance, en peur de la mort.
Au chapitre 1 du prophète Jérémie, on entend les imprécations du prophète, qui lance l’anathème sur le royaume de Juda, qui a oublié l’ancienne Alliance avec l'Éternel.
Aux versets 13, 14 et 15, Jérémie se souvient de la tradition primordiale, celle de l’âge d’or, d’avant le Déluge. Il se souvient des tribus septentrionales, qui ont apporté la lumière du Nord sur les terres de la Bible. Les terres froides du Septentrion hantent la mémoire visionnaire de Jérémie. Il les confond avec la vengeance de Dieu, une obscure malédiction qui viendrait secouer le peuple infidèle. Mais ce que dit Jérémie n’est pas seulement un appel à la violence, à la vengeance de l'Éternel. On y décèle les vestiges de l’ancienne tradition, intacts, dans la bouche du prophète. Tout à coup, au milieu des hurlements, des imprécations, Jérémie emploie des mots qui sont ceux des druides, des bardes Scandinaves. Il n’invente pas. Il n’improvise pas. Il se souvient, lorsqu’il dit :
« La parole de l'Éternel me fut adressée une seconde fois, en ces mots : Que vois-tu ? Je répondis : Je vois une chaudière bouillante, du côté du septentrion. Et l'Éternel me dit : C’est du septentrion que la calamité se répandra sur tous les habitants du pays. Car voici, je vais appeler tous les peuples des royaumes du septentrion, dit l'Éternel; ils viendront, et placeront chacun leur siège à l’entrée des portes de Jérusalem, contre ses murailles tout autour, et contre toutes les villes de Juda» (Jérémie 1-13,14,15).
Retenons bien cette image de Jérémie, pour désigner le Septentrion, d’où viendront les peuples des royaumes du Nord : « Je vois une chaudière bouillante, du côté du septentrion... »
Dans la mythologie Scandinave 1, on retrouve la même image traditionnelle :
« A l’origine, il y avait le Chaos. Un gouffre insondable, vide, béant, peuplé de glace et de givre au nord, d’où coule une source appelée Hvergelmir, ce qui veut dire “ chaudron bruyant »
1. Entendons-nous bien sur le mot « mythologie ». Il ne s’agit pas d’un recueil de croyances, ou de légendes, plus ou moins imaginaires, mais d’une révélation vivante, qui fait référence aux anciens âges, et rend accessible l’âge d’or, c’est-à-dire le lieu à partir duquel l’homme comprend l’univers, traverse la mort, et atteint la libération.
Dans d’autres traductions de la Bible, la « marmite bouillante » devient « une marmite inclinée dont le contenu penche à partir du nord ».
Les Eddas Scandinaves révèlent que le chaudron bruyant (Hvergelmir) a basculé pour laisser couler les rivières originelles, les Elivâgor (flots fouettés de rafales).
Cette image du chaudron renversé est commune aux Scandinaves, et aux prophètes de la Bible, comme on vient de le voir avec Jérémie. Elle évoque sans doute le basculement de l’axe polaire, dont parlent certaines traditions, et qui aurait déclenché la glaciation, provoqué le Déluge, et la chute de l’âge d’or.
Après Jérémie, les exégètes et les commentateurs bibliques ne se gêneront pas pour faire du Nord « le siège du diable », le pays de l’idolâtrie, de la perdition. Le truquage et la falsification deviendront « vérités admises ». Par un monstrueux mécanisme d’inversion, le Nord apparaîtra comme le principe du mal, le lieu de l’infortune.
C’est l’interprétation qu’en donnent tous les commentateurs, dans leur acharnement anti-traditionnel. Ainsi, on peut lire dans le Dictionnaire des symboles :
« Jérémie voit une marmite inclinée, dont le contenu penche à partir du nord. Cette marmite symbolise le point de départ d’une révélation; mais cette révélation n’est pas celle de Yahvé. Le dieu de Jérémie se prononce contre les royaumes du nord, d’où viennent la malice et l’idolâtrie 1. »
1. Dictionnaire des symboles, Jean Chevalier et Alain Gheerbant. Éditions Robert Laffont et éditions Jupiter, 1969 et 1982.
Il y a derrière cette image du Nord, une volonté subversive : celle d’opposer les deux révélations, de les montrer comme des ennemis théologiques, donc irréconciliables.
Nous ne tenterons pas dans ce livre une analyse des groupes, et des courants qui ont entretenu cette vision, de leurs motifs et des buts qu’ils poursuivent. Nous retiendrons seulement ceci : il existe une conjuration antitraditionnelle à l’échelle planétaire, qui a su infiltrer les médias, toute la culture humaniste du XXe siècle. Présentée comme un soi-disant progrès, une soi-disant évolution morale, humaine, cette conjuration est dangereuse pour l’homme libre, car elle manipule à sa guise l’éducation, l'information, la formation, et qu’elle s’acharne à effacer de l’histoire les traces des mentalités d’avant la chute, qui n’ont pas été polluées par l’idée de péché, de culpabilité.
Le piège est parfait. Les sociétés modernes n’osent plus porter la casquette du dictateur, alors elles prennent le masque sournois de l’humanisme, pour dissimuler leurs vraies intentions.
Ce système dictatorial peut durer mille ans, car il a su intégrer les révoltes, les contradictions, les revendications. L’homme qui accepte et celui qui refuse font partie du piège. Sans eux, le piège n’existerait pas. Le piège est tissé à partir des besoins de l’homme, de ses passions, de ses rêves, de ses haines. Le machiavélisme d’un tel système est redoutable. Pour le démonter, il faudrait agir de l'intérieur, dynamiter le centre de l’homme, la fausse conscience qu’il a de lui-même, en l’interpellant profondément dans sa vie, dans sa mort -en le plaçant en état d’urgence, de vision.
Comment ne pas évoquer le concept d’un Ordre, d’un Templarisme moderne qui interviendrait sur les forces historiques, antitraditionnelles, du monde, et lutterait contre l'Apostasie?
Aujourd’hui, nous avons besoin d’aventuriers, de chasseurs d’esprits, capables de voir l’univers dans une fraction de seconde, explorant les jungles énergétiques de l’univers, avec l’agilité du feu, du vent. Une Nouvelle Chevalerie, capable de voir autrement, donc d’AGIR et de vivre autrement.
Dans les temples d’Assur, ou de Babylone, les scribes gravaient les signes sur des tablettes d’argile qui étaient ensuite passées au feu, convaincus que le feu rendait les signes indestructibles. On appelait ça « brûler la lettre », et cette méthode a permis la longue conservation des écrits cunéiformes de Mésopotamie.
On gravait aussi directement sur les murs ou les colonnes des temples, à l’aide d’une pointe d’or, sur la poignée des armes, la lame des épées, parce que l’écriture était le lien magique, entre l’homme et les dieux.
Par la suite, les archéologues essayèrent d’en extraire un modèle syllabique, où les lettres s’enchaînent, se répondent, donnent un sens à la phrase. On s’aperçut bien vite que les écritures primitives gravées dans les temples de Mésopotamie n’étaient pas syllabiques, mais idéographiques. Les signes s’enchaînaient et se répondaient, mais d’une autre manière, qui défiait la logique de l’homme moderne. La signification venait de l’intérieur du signe, comme un feu qui couve sous la cendre. La forme était une façon de saisir, d’appréhender le contenu insaisissable. Toute la puissance du signe, sa magie, étaient là, dans la forme. Graver le signe devenait dangereux, comme de manier de la dynamite, ou de jouer avec le détonateur d’une bombe. Regarder le signe, sur la tablette d’argile, ou sur la pierre du temple, suffisait pour déclencher le charme, l’envoûtement, la malédiction, ou la vision.
Nous sommes loin de notre conception linéaire de l’écriture, où les mots n’ont aucune force, aucune substance. La Bible ne fut pas écrite autrement, et nous verrons que pour les rédacteurs du texte biblique, les mots n’étaient pas des mots, mais des signes, chargés d’une force, d’une puissance, capables d’agir immédiatement sur le lecteur. Saint Jean prévient, aux derniers versets de son Apocalypse :
« Si quelqu’un y ajoute quelque chose, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre; et si quelqu’un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l’Arbre de la vie et de la Ville Sainte, décrits dans ce livre. » (Apocalypse 22-18,19.)
Ajouter ou retrancher un signe peut déclencher des calamités, provoquer des extases, ou des terreurs. Toute la force du signe, de l’écriture, est d’abord celle de la parole, de l’incantation. Lorsqu’elle est gravée, la parole ne cesse pas d’être vivante, active. Les signes ne sont, bien sûr, que des manifestations de la parole suprême, originelle - le Verbe.
La Bible a été écrite entre l’Égypte et la Mésopotamie, entre le Nil et l’Euphrate, sur le trajet de la grande migration indo-européenne. En comparant les runes celtiques, les dialectes indo-européens, avec l’écriture du Moyen-Orient biblique, nous sommes surpris des concordances. Il y a là une écriture de base commune, qui a servi à écrire le livre sacré, dont nous savons que les trois quarts ont été rédigés en araméen.
C’est en 1802 que Georg Friedrich Grotefend découvre les inscriptions cunéiformes du palais royal de Persépolis. Il sera l’un des premiers linguistes à tenter d’arracher le mystère de l’écriture assyro-babylonienne. En 1830, c’est Henri Rawlinson, officier de Sa Majesté, qui déchiffre les inscriptions cunéiformes perses, sans connaître Grotefend.
« Ces inscriptions étaient gravées sur une haute paroi rocheuse, près de Behistoun, sur l’ancienne route militaire qui reliait Babylone à la Médie Centrale... écrit Cari Grimberg. Nous savons aujourd’hui que ces inscriptions rupestres sont dues à l’empereur perse Darius. »
Friedrich Grotefend fut le premier qui donna une clé, pour traduire l’écriture cunéiforme. Il s’en tint à la méthode syllabique, considérant les signes par blocs, comme des mots composés de lettres. Le graphisme du signe ne l’intéressait pas, il tenait compte seulement de sa place numérique, mathématique, dans le texte.
Grotefend allait ouvrir la route à toute une école de linguistes modernes, à d’énormes études sérieuses et rébarbatives - et pourtant, sa découverte était fondée sur une hypothèse de départ entièrement gratuite, comme l’explique l’historien suédois Cari Grimberg :
« Deux inscriptions permirent à Grotefend de trouver la clé de l’énigme. Elles avaient été découvertes sur le portail d’un palais royal de Persépolis. Grotefend conclut donc qu’elles donnaient les noms et les titres des rois qui avaient fait bâtir le palais. D’après l’ancien usage, les noms des rois perses devaient venir en premier lieu et être suivis de leurs titres traditionnels : “ Grand Souverain, Roi des Rois ”, »
Pas une seconde il ne vint à l’esprit de Grotefend que l’inscription du temple de Persépolis, gravée au sommet du portail, pouvait signifier autre chose. C’était oublier l’écriture primitive de Mésopotamie, l’ancienne écriture primitive, toujours présente dans les signes du rocher de Darius, du temple de Persépolis, des tablettes gravées de Babylone, de Nimroud ou d’Assur.
Il est étonnant que la clé des écritures des pays de la Bible ait été découverte en Perse, sur des vestiges appartenant à la civilisation indo-européenne.
Les inscriptions gravées sur le portail du temple de Persépolis, et celles, gigantesques, du rocher de Darius, en pleine Perse aryenne, semblent confirmer que le cunéiforme était une forme d’expression magique, religieuse, propre aux Indo-Européens.
La tentation était grande de comparer les écritures bibliques avec les dialectes celto-nordiques, et l’alphabet runique des anciens Scandinaves. Déjà, nous avons vu que le Queren hébraïque, qui désigne la corne, la puissance, la force, contient la syllabe celtique KRN. On peut le rapprocher sans erreur du quairn breton, de kernunos, le cerf portant les cornes sacrées dans les croyances druidiques, ou du vieil allemand krône, qui veut dire couronne.
Le mot hébreu men, qui signifie l’eau sensible, primordiale, semble surgir lui aussi du monde celtique. Il évoque le dieu Mann, qui roule en char à la surface des eaux, et dont le royaume se situe de l’autre côté de l'Océan.1
1. Le dieu celtique Mann a donné son nom à l'île de Man - terre sacrée des Celtes - ainsi qu’à l’homme (man) tiré des eaux primordiales, et à Manu, le législateur de la race des hommes, sauvé des eaux, comme Noé.

I Phénicien; II : grec primitif; III : grec oriental; IV: grec classique; V: grec occidental; VI et VII : étrusque; VIII: vieux latin; IX: latin classique; X : runes celto-nordiques.
Revenons aux signes cunéiformes, qui composent l’écriture des pays de la Bible. Comparons-les avec l’écriture des peuples du Nord : les runes, dont se servaient les anciens Scandinaves pour leurs opérations magiques.
Nous sommes en face d’une même vision, du même système magique, rituel. Comme les runes, l’écriture cunéiforme n’est pas destinée à être écrite, mais gravée. Chaque signe est un idéogramme, avec sa signification, qu’on peut graver seul sur la pierre, le bois, ou l’argile, pour demander une protection, ou sceller une alliance. Une saga Scandinave montre de quelle façon les hommes du Nord utilisaient la force magique des runes : Egill Skallagrimsson, à qui l’on offre de la bière empoisonnée, fait éclater la corne après y avoir gravé des runes de protection teintes de son sang.
Pour un profane, l’écriture cunéiforme apparaît « comme une collection de traits en forme de coins, rangés de manière apparemment arbitraire 43 ». Deux signes seulement reviennent sur les tablettes mésopotamiennes, souvenir de l’ancien système idéographique : le bâton
(horizontal ou vertical), et le coin
, dont la variété de combinaisons donne le sens
(cf Tableau comparatif des écritures, p. 122). Nous retrouvons ces deux signes dans l’écriture runique Scandinave. Le premier signifie
l’homme
(Mdr), et le second le
Kaun (Kn) qui veut dire « vaillance ».
Nous conseillons au lecteur l’étude attentive du tableau des écritures comparées (cf. page 122): cunéiforme, phénicien, grec primitif, grec oriental, grec classique, étrusque, comportent tous des signes qu’on retrouvera dans l’écriture runique de base.
Quelques exemples : le Sieg runique
, qui veut dire « victoire », et représente la lettre S. On le retrouve dans tous les alphabets, avec la même signification
(cf tableau). La même chose pour le
, ou le
runiques (B et L).
Nous sommes en présence d’une forme d’écriture sans ornementation, qui ne cherche pas à séduire l’œil, à traduire une complexité artistique. On notera la rigueur du trait, sa sobriété, sa pureté élémentaire - simple comme le feu, ou la glace. Chaque signe est tendu vers le haut, aspire à la verticalité, indique des lois, des mouvements dans l’espace.
Les Celtes savaient tracer des ornements rituels sur la poignée de leurs épées, ou sur leurs boucliers (entrelacs celtiques) - mais l’ornementation rituelle ne se mêle jamais à l’écriture runique, qui reste essentielle.
Toute l’écriture runo-cunéiforme s’organise autour du bâton - qui symbolise l’axe du monde, l’homme debout, entre ciel et terre. Le bâton runique a toujours la même signification, comme l’arbre, la montagne, la lance, le linguam indo-européen, ou la colonne de feu. Il est l’Axis Mundi, le pilier cosmique, le bâton brahmanique, l’arbre des Séphirots de la Kabbale juive, Yggdrasil, l'Arbre du centre. Dans l’écriture runique, il représente l’homme, qui cherche à unir le centre du monde au centre du ciel, figuré par l’étoile Polaire. Comme l'Yggdrasil des Scandinaves, l’homme se tient au nord du monde, dans la Terre des Vivants. Sa colonne vertébrale imite l’axe des pôles, et laisse passer un formidable courant d’énergie (Kundalini). Tout l’univers tourne et s’organise autour de lui, autour de sa divinité profonde, suprême, comme le double serpent du caducée d’Hermès. A travers les âges, l’homme a subi de nombreuses métamorphoses. Il porte en lui, dans les mystères de son sang, dans le tourbillon de ses atomes, l’âme des géants, des héros et des dieux. Tous les dieux dorment dans ses entrailles.
Le bâton runique est à la base de tous les systèmes d’écriture des pays de la Bible. Il indique le sens de la révélation divine, la colonne de lumière qui rattache l’homme à la vision, au principe supérieur.
« La colonne lumineuse - écrit Clément d’Alexandrie - est le symbole de la lumière sainte qui, de la terre, franchit l’espace et remonte au ciel à travers le bois de la croix, à travers lequel il nous est donné de la contempler en esprit. » Le bois de la croix, dont parle Clément d’Alexandrie, c’est aussi le signe de la croix, gravé sur la pierre, ou sur le bois, image du soleil tournoyant - la roue solaire des Indo-Européens, le svastika polaire, tel qu’il fut retrouvé à Samarra, en Mésopotamie, sur une céramique du cinquième millénaire.
Le bâton et la roue: nous sommes en présence des éléments les plus simples, et les plus subtils, puisqu’ils ont le pouvoir de recomposer tout l’univers, de fixer la nature de l’homme, son mystère dans la création.
Le monde moderne, avec sa complexité apparente, n’est qu’une ornementation, une déviation, une diversion, qui éloigne l’homme chaque jour un peu plus du Centre primordial, représenté par l’arbre (le bâton) et le soleil (la roue tournoyante). C’est le contraire de l’évidence, de la simplicité vertigineuse. Mais la complexité de l’homme moderne touche seulement la surface des choses. Il n’a pas accès à l’épaisseur, à la profondeur. On appelle « langues mortes » les anciens systèmes magiques de communication... et « langues vivantes » l'utilisation pratique et superficielle du langage. L’inversion est totale.
S’il fallait une preuve, pour convaincre définitivement les sceptiques, conditionnés par 2 000 ans de désinformation, je retiendrai un seul exemple, parce qu’il est surprenant, et qu’il remet en question nos croyances sur l’histoire et les origines de la Bible.
La Bible a été écrite en araméen, affirment les exégètes. Nous n’avons jamais prétendu le contraire... A une différence près : l’araméen est une langue celto-nordique, utilisée par les Gaëls, comme nous allons le démontrer.
D’après la version officielle - celle des lexiques bibliques - la langue araméenne est « un idiome sémitique du nord de la Palestine, devenu une langue internationale au IXe siècle av. J.-C. Certains passages bibliques furent rédigés originellement en araméen. Le Christ s’exprimait en araméen, et c’est dans cette langue que furent rédigés les Évangiles. C’était la langue usuelle des Juifs après l’exil ».
Qui sont les Araméens, et quelle langue parlaient-ils? Nous avons un exemple de formule rituelle employée par le Christ Jésus, dans l'Évangile de Marc :
« Comme il parlait encore, survinrent de chez le chef de la synagogue des gens qui dirent : Ta fille est morte; pourquoi importuner davantage le maître? Mais Jésus, sans tenir compte de ces paroles, dit au chef de la synagogue : Ne crains pas, crois seulement... Ils arrivèrent à la maison du chef de la synagogue, où Jésus vit une foule bruyante et des gens qui pleuraient et poussaient des cris. Il entra, et leur dit : Pourquoi pleurez-vous? L’enfant n’est pas morte, mais elle dort. Et ils se moquèrent de lui... Il entra là où était l’enfant. Il la saisit par les mains, et lui dit : Talitha Kumi, ce qui signifie : Jeune fille, lève-toi, je te le dis. Aussitôt la jeune fille se leva, et se mit à marcher; car elle avait douze ans. Et ils furent dans un grand étonnement. » (Marc 5-35,36,38 à 42.)
Talitha Kumi est la forme magique utilisée par le Christ dans un village de Galilée, pour réveiller une jeune fille morte. Il est important que cette formule ait été conservée par Marc dans sa forme originale, car il s’agit d’une incantation rituelle en araméen. Puisque nous savons qu’une grande partie de la Bible a été écrite dans la langue araméenne, et que l’araméen était la langue dont se servait Jésus pour prêcher l'Évangile, nous allons faire un pas décisif en montrant que l’araméen est un idiome celto-nordique.
Les dictionnaires des langues sanskrites vont nous servir de vérificateurs, s’il en était encore besoin.
Les deux mots de la formule magique Talitha et Kumi existent dans les idiomes indo-européens.
talitha : racine tala ou tali, désigne « le palmier, l’arbre, l’emplacement au pied d’un arbre, les paumes de la main, la plante des pieds, le fait de frapper des paumes, de battre des mains ».
kumi - qui est une contraction de kumari, désigne « une jeune fille vierge de dix à douze ans ».
Lorsqu’il décide de ressusciter la jeune fille morte, le Christ « la saisit par les mains et prononça les mots Talitha kumi ». Aussitôt la jeune fille se lève, et se met à marcher.
Le comportement du Christ est conforme à la signification de la formule magique. Il prend la jeune fille par la paume des mains, et la met debout sur ses pieds.
Talitha évoque à la fois l’arbre debout, la paume des mains, la plante des pieds, donc le fait d’être debout sur ses pieds. (Frapper des mains donne l’idée de la vie, du réveil.) Kumi indique qu’il s’agit d’une « jeune fille vierge, de dix à douze ans ».
Effectivement... Marc l'Évangéliste précise : « Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher; car elle avait douze ans... » pour bien montrer que l’âge de la jeune fille est en relation avec la formule rituelle employée par le Christ.
Talitha Kumi est une formule rituelle indo-européenne, dont on trouve l’explication parfaite dans les dictionnaires sanskrits. Elle nous ramène au royaume indien de Mitani, sur les bords de l’Euphrate, aux limites de la Galilée.
Les collines rouges dominent la mer de Galilée. Elles descendent en pente dure, le long des escarpements rocheux. L’eau rapide traverse la steppe poussiéreuse, se jette à travers les roseaux géants, roule en direction du mont Méron, qui culmine à 1 200 mètres d’altitude.
Plus au nord, on devine les villes massives du pays d’Aram, les vergers, enfermés derrière les murailles d’argile. Des cavaliers en tenue de guerre remontent vers les monts du Liban.
Nous sommes en terre de Galilée, sur la frontière du royaume d’Aram, que les Grecs appelleront Syria 1. Ici, on parle l’araméen, la langue du pays d’Aram. Les tribus nomades se souviennent des anciens habitants, descendus de l’Euphrate, armés à la manière des guerriers norvégiens, montant de petits chevaux nerveux, et maniant avec dextérité la lance redoutable des Germains - la framée. Certains combattaient entièrement nus, le corps tatoué des pieds à la tête de dragons crachant des flammes, de runes magiques, de roues solaires. Au-dessus des chars de guerre flottaient les bannières rouges, frappées du bélier Ram, symbole du sacrifice cosmique.
1. A l’époque de Canaan, une partie de la Galilée - la partie nord - appartenait au royaume d’Aram.
Les Gaëls venus du Nord fondèrent la ville de Rama, en l’honneur du héros Parashu-Rama. Des monts du Liban au lac de Galilée, le pays s’appelle terre d’Aram - la terre des Araméens - que les Grecs nommèrent Syria 1.
1. Dans la langue hébraïque, la Syrie s’appelle toujours « Aram ».
L’étude toponymique des lieux confirme cette nouvelle migration indo-européenne, qui donna naissance à la Galilée - la terre des Gaëls. Il suffit d’observer attentivement la carte. A une quarantaine de kilomètres - à l’est de la mer intérieure de Galilée - une ville araméenne porte le nom de Karnaïm. Au nord-ouest, à peu près à la même distance, culmine le mont Méron, à 1 200 mètres d’altitude. La végétation brûle sous la lumière du soleil. C’est ici la montagne sacrée des Gaëls de Galilée.
Les noms font immédiatement surgir d’autres noms, d’autres lieux de la tradition celto-nordique :
Karnaïm = Karnac, Kairn, Karnix, Kernunos, KRN... qui signifient la corne, ou la pierre rituelle.
Le mont Méron = le mont Mérou, la montagne sainte des Indo-Européens, dont il est dit qu’elle est « la montagne du milieu du monde, l’axe de l’univers, le séjour des immortels ».
Il est surprenant de rencontrer le mont Méron, au bord de la mer de Galilée - terre des Gaëls -lorsqu’on sait que le mont Mérou est appelé « la montagne polaire du Nord », dans le Mahabhârata indien.
Remarquons, une fois de plus, que le mont Méron se trouve en Galilée, sur la terre d’Aram, et que le royaume indien de Mitani n’est pas très loin du pays d’Aram.
Jésus le Galiléen ressuscite la jeune fille dans un village de la région de Gadara, de l’autre côté de la mer de Galilée. Sur la carte de Palestine au temps de Josué et des Juges (cf la carte de Canaan, dans n’importe quelle Bible), cette région désertique s’appelle Jaïr. Encore un souvenir de la grande migration celto-nordique sur les terres de la Bible. Jaïr est un mot indo-européen qui signifie « conquérant », « vainqueur », mais aussi « Soleil ».
Dans l’Asgard - la cité sainte des Germains et des Scandinaves - l’homme est soit un héros, soit un dieu. Il a dépassé la mort, en faisant l’expérience profonde et terrifiante du sacrifice.
Il n’utilise plus la vision horizontale des hommes, pour envisager l’existence. Il voyage dans l’épaisseur du monde. Il possède une vision transfigurante, illuminatrice. La vie n’a pas d’importance, la mort non plus. Il vise la transcendance, la hauteur qui dégage, et purifie - une sorte de raffinement suprême de l’âme et du corps. C’est en ça que l’homme d’Asgard est un héros, ou un dieu. Il est déjà engagé au-delà - et quand il porte les armes ou déploie une bannière de guerre, il n’agit pas avec la passion aveugle et morbide des autres hommes : il met en mouvement la grande roue cosmique, et son ombre remplit tout l’univers.
La tradition Scandinave (les Eddas) raconte que les dieux et les héros arrivèrent dans une prairie où ils élevèrent des autels, des temples et des forges, et où ils façonnèrent des outils d’or, «jusqu’à ce que surviennent trois puissantes vierges, filles de Trolls, c’est-à-dire de géants, venus de Jotunheim, contrée située au nord-ouest, où l’océan atteint le bord du monde 44 ».
Nous sommes sur la terre des dieux du Nord -Aseland - la terre des Ases - plus tard appelée Asie. Dans les prairies heureuses de l’âge d’or, les dieux et les héros célèbrent les cycles cosmiques. Ils demandent à la race originelle des géants de construire l’Asgard - la cité des Ases - ce que feront les géants Fafnir et Fasolt 45.
Au milieu de l’Asgard, les Ases plantent l’Arbre-du-Centre, vertigineux, dont les branches touchent le ciel, et dont les racines plongent aux enfers. La cité est construite en or pur, au-dedans comme au-dehors, ornée de pierres précieuses, protégée par des remparts de flammes.
Les Eddas la décrivent comme une maison d’or, entourée d’un mur d’épées éblouissantes :
« Elle a cinq cents portes; par chacune, au dernier jour, sortiront huit cents hommes. Les guerriers qui sont morts sur les champs de bataille hantent ce lieu. Chaque matin ils s’arment, combattent, se tuent et renaissent, s’enivrent d’hydromel et mangent la chair d’un sanglier immortel. »
Lorsque la mythologie islando-norvégienne parle de l’Asgard... on croirait entendre saint Jean, décrivant la Jérusalem céleste :
« La muraille était construite en jaspe, et la ville était en or pur. Les fondements de la ville étaient ornés de pierres précieuses de toute espèce. Elle avait douze portes, et aux douze portes douze anges, et des noms écrits, ceux des douze tribus d’Israël. Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre y apporteront leur gloire... Au milieu de la place de la ville, et sur les deux bords du fleuve, il y a un arbre de vie. » (Apocalypse 21-18,19,24,22-2.)
A l’entrée du pont qui mène à Asgard, le dieu Heimdall veille. Il guette les signes qui annonceront le crépuscule des dieux, le Ragnarök, et la destruction d’Asgard par les forces du cycle : la mort des dieux - le grand sacrifice cosmique, nécessaire pour le renouvellement de la création. Dans la ville, les dieux et les héros festoient, à la table du dieu suprême Odin (Wotan). Les bardes chantent les épopées qui racontent l’histoire des anciennes races.
La cité sainte d’Asgard - dont parlent les Eddas - existe-t-elle seulement dans l’inconscient mythologique des peuples du Nord, ou dans un monde parallèle, mystérieux et inaccessible?...
La tradition celto-nordique est formelle : Asgard existait, dans un lieu géographique, qui est nommé dans l'Ynglinga Saga:
« Le pays, à l’est du Tanakrisl, en Asie, s’appelait Asaland, ou Asaheim, et la capitale de ce pays, on l’appelait Asgard. Dans cette ville, il y avait un chef qui s’appelait Odinn. Il y avait là un grand temple.
Douze prêtres, selon la coutume, y avaient le pouvoir... Odinn avait deux frères. L’un s’appelait Vé, et l’autre Vilir. Ses frères gouvernaient le royaume quand il était parti. »
L'Ynglinga Saga précise :
« Non loin du centre de la terre, on édifia la plus belle et la meilleure des demeures divines : Troie fut son nom, et nous l’appelons aujourd’hui Turquie. Le nom d’un des rois était Menon. Il épousa la fille de Priam, qui se nommait Troan. Son fils s’appela Tror et nous le nommons Thor. Lorsqu’il atteignit l’âge de dix hivers, il s’empara du royaume de Thrace, parcourut la face de la terre, vainquit tous les Berserker (hommes-loups) et les géants, ainsi qu’un dragon, le plus grand des dragons, et quantité de bêtes féroces. »
Ainsi, la cité troyenne aurait été la forteresse sainte des Nordiques : Asgard.
Qui règne sur Asgard, en l’absence du dieu suprême Odin, lorsqu’il parcourt les champs de bataille, chevauche avec ses Walkyries, s’en va graver les runes à l’autre bout du monde?... Son frère Vé, qui devient définitivement roi d’Asgard, le jour où Odin quitte l’Asgard terrestre, et regagne la Terre des Vivants, l’île de Tulé, située au nord du monde :
« Puis il alla vers le nord, jusqu’à la mer, et se fixa une résidence dans une île » (Ynglinga Saga).
Vé organise la vie rituelle de la cité. Comme son frère Odin, il interroge la tête du géant Mimir, qui connaît les secrets des temps anciens, et futurs...
Mimir, dont le nom est resté à travers le mot « mémoire 46 ».
Dans le temple d’Asgard, les Ases vénèrent les Tables d’or, sur lesquelles Odin a gravé les runes magiques. La communauté guerrière se réunit dans le temple, autour de l’anneau des serments, près du vaisseau contenant le sang des sacrifices. C’est ici que les dieux et les héros communient avec Livsk-raft, la Force de vie qui transforme, purifie, et renouvelle le monde.
Vé règne sur Asgard qui n’est autre que Troie, la cité d’Hélène et de Priam.
Cette révélation des Eddas Scandinaves est confirmée par les recherches récentes des historiens, archéologues et mythologues, comme Jean Hubaux 47 ou Georges Dumézil 48.
Les deux auteurs montrent les étranges correspondances historiques entre la cité troyenne, et une cité guerrière appelée Véies, détruite après un siège semblable à celui de l’Iliade. Mais il n’est pas venu à l’esprit de Jean Hubaux et de Georges Dumézil que Véies aurait pu être la cité du roi d’Asgard : Vé - surtout lorsqu’on sait que la tradition Scandinave (Ynglinga Saga) compare Troie à la citadelle solaire Asgard. Le siège de Véies est raconté dans les textes latins de Tite-Live, et dans ceux de Dio-dore de Sicile. Les habitants de Véies (les Véiens) sont identifiés comme étant des Étrusques. On les voit se ruer par les portes de la ville assiégée, brandissant des torches, au moment où les murailles s’écroulent (Tite-Live V, 7,2 - épopée du siège de Véies).
Véies - cité du roi Vé - n’est autre que l’ancienne Troie détruite dans l’Iliade - qui n’est autre que Asgard, la cité des dieux, dont il est dit qu’elle fut détruite au « crépuscule des dieux » - le Ragnarôk.
Dans les Eddas, la voyante de l'Asgard prévient les dieux de l’imminence du cataclysme final :
« Que font les dieux?... Ils s’assoient sur les sièges du jugement et se consultent. Ils sont pris en défaut. Le cas n’est pas prévu par la Loi. Ils cherchent la formule qui palliera cette défaillance. Ne la trouvant évidemment pas, ils se précipitent sur les armes et marchent vers leur propre mort '. »
Debout dans la grande salle du Temple, la prophétesse décrit le Ragnarôk : les dieux combattent contre les géants de glace. Les géants tentent d’escalader le firmament par l’arc-en-ciel qui se brise. Le soleil s’obscurcit, la terre est couverte par les eaux, les étoiles vacillent dans le ciel. Le palais-forteresse d’Asgard n’est plus que ruine. Jusqu’au jour où les dieux et les héros reprennent leur place dans la prairie, comme au début du monde. Ils retrouvent dans l’herbe les Tables d’or gravées par Odin, et s’entretiennent des batailles passées.
Où sommes-nous?... Les Eddas nomment le lieu, dans lequel se retrouveront les Ases, après l’effondrement d’Asgard :
« Les Ases se rassemblent
dans la plaine d’Ida,
du Serpent Puissant
s’entretiennent,
se remémorent
les grands événements,
et les runes anciennes...
Là vont se retrouver
dans la verdure
les merveilleuses Tables d’Or
qu’aux jours d’autrefois
possédaient les peuples »
(Eddas. Vôluspà).
La plaine d’Ida est facilement identifiable. Ida est le nom d’une montagne sacrée de Phrygie, en Asie Mineure, sur laquelle les Grecs firent apparaître Zeus, et la chèvre Amalthée, dont le lait rend immortel (Heidrun, chez les Germains). La piste se resserre, lorsqu’on sait que les habitants de Véies sont cités par Tite-Live comme étant des Étrusques.
En effet, les Étrusques descendirent un jour des hauts plateaux de Phrygie, pour envahir l’Asie Mineure, jusqu’en Égypte.
La terre phrygienne, colonie celtique, bastion des Indo-Européens, terre sacrée de l’Asgard, sur laquelle régnait le dieu Vé, frère d’Odin!
Les Étrusques seraient donc les tribus indo-européennes rescapées de l’Asgard, qu’on retrouvera sur les bords du Nil.
La précision a son importance. Les Étrusques se mêleront aux populations nomades du Nil. On les verra surgir aux côtés de Moïse, lors de la sortie d’Égypte, combattre le pharaon Ramsès IL Sur la montagne du Sinaï, Moïse aura la vision du dieu Ancien, et le dieu se nommera, à travers le buisson de flammes : Yahvé.
Ne soyons pas surpris par la présence de ce dieu. Il a été amené par les survivants d’Asgard. C’est un mot indo-européen qui fait référence au dieu Vé, frère d’Odin et souverain d’Asgard :
Yah = participer à (sanskrit)
Vé = roi d’Asgard. Signifie aussi « le Temple » dans les Eddas Scandinaves.
Yahvé indique la participation au pouvoir divin, à la royauté de Vé... mais aussi l’entrée dans son temple, l’Asgard primordiale, la terre des Immortels. Les Tables de pierre, gravées par la puissance du Yahvé, sur les hauteurs du Sinaï, ne sont autres que les Tables d’or d’Asgard,
« les merveilleuses
Tables d’Or
qu’aux jours d’autrefois
possédaient les peuples ».
Moïse sauvé des eaux - de la même façon que Noé, Manu, ou les jumeaux grecs Nélée et Pelée -voilà de quoi ramener la sortie d’Égypte à, ses vraies proportions, mythiques, et initiatiques, puisqu’il s’agit encore et toujours du passage de l’ombre à la lumière, de la terre des hommes à la Terre des Vivahts, Tir-nan-Og la celtique, appelée « Terre promise » dans le Livre de l’Exode.
Nous verrons que la sortie d’Égypte, les combats contre Pharaon, la traversée de la mer Rouge, coïncident avec l’invasion de l’Égypte par les peuples venus du Nord, dont parlent les bas-reliefs du temple de Médinet Habou.
L’effet de l’influence nordique apparaît clairement au moment où Moïse construit l’arche d’Al-liance. L’arche de Moïse accomplira elle aussi le rite mystérieux du passage, comme l'Arche de Noé, et celle de Manu, le législateur des Indo-Européens.
Le peuple persécuté en Égypte, sous le règne du pharaon Ramsès II, est la tribu du chef nomade Manassé, installée depuis plusieurs générations dans la terre de Gosen, à l’est du Nil.
La tribu de Manassé n’est pas la seule à camper aux abords des grandes citadelles d’Égypte. La plaine fertile du delta attire les caravanes nomades, poussant leurs troupeaux de chèvres et de moutons. Les hommes vivent dans des huttes de briques sèches, dorment sous des tentes de poils noirs, survivent en vendant la laine des moutons, ou s’engagent comme « hommes de peine » au service du pharaon.
Hébreux, Nubiens, nomades venus de Syrie... On les verra sur les chantiers de Pithom et de Ramsès, dans les plantations, travaillant aux canaux d’irrigation, livrés aux caprices des chefs de corvées.
D’autres se contentent d’installer leurs paniers, leurs étals, sur les places de Thèbes, ou de Memphis, les jours de grand marché, négociant la laine, le blé, ou l’encens de Syrie.
De retour dans leurs campements, ils célèbrent leurs cultes, offrent des agneaux sur l’autel des immolations, prophétisent au fond du désert, à la lueur des torches. Les plus ardents de ces mystiques sont invités au palais royal, par les magiciens du pharaon. On veut tester leurs connaissances, leurs pouvoirs.
Les chefs de clan mènent leurs troupeaux à travers le delta du Nil, vendent leur laine, écoutent, s’informent sur la vie du pays, avec une curiosité aiguë. Les guerriers Hycsos constituent la garde personnelle du pharaon. On les apprécie pour leur courage, et leur détermination au combat. Ils viennent d’un pays brumeux, mythique, qui ne ressemble pas à la grande plaine du Nil. Les chamans Hycsos décrivent leur pays d’origine : une enclave rocheuse, sur les hauts plateaux d’Asie Mineure, au bord du ciel. On les écoute avec une crainte mêlée de respect. Ce sont eux les nouveaux maîtres de l’empire égyptien.
L’Égypte n’est pas un royaume de fer, qui contrôle les populations nomades, et les tient parquées dans des camps de travail. Les tribus hébraïques, ou les nomades syriens, sont des hommes libres, capables de tirer l’épée, de faire vivre leurs familles dans un désert. Ils sont là, parce que l’Égypte est une terre fertile, qui fait vivre les hommes et engraisse les troupeaux. Une sorte d’immense et prodigieuse palmeraie, en plein milieu du désert, avec la mer au bout.
Dans ce tourbillon des ethnies, des populations, on vit apparaître des cavaliers portant des boucliers de bronze, ornés de sangliers stylisés... Ce sont les Étrusques, descendus des lointains plateaux de Phrygie, après l’effondrement d’Asgard.
Ils ont progressé le long de l’Euphrate, traversé la terre d’Aram - la Syrie - la Galilée, le pays des Philistins... et ils arrivent dans le delta du Nil, surpris de découvrir les oueds, les palmeraies, accrochés à la roche brûlante.
Nous sommes à un moment de l’histoire où une formidable migration s’est produite, à partir des hauts plateaux d’Asie Mineure.
Hébreux, Hycsos, Hittites, Étrusques... tous ne sont pas de paisibles nomades poussant leurs troupeaux vers la plaine fertile du Nil. Les tablettes des temples d’Égypte racontent de quelle façon les Hycsos et les Étrusques entrèrent en Égypte, la lance en avant, dans le fracas des machines de guerre.
La plupart des tribus qui surgissent du nord de l’Euphrate, pour envahir la plaine du Nil, sont des tribus indo-européennes. Nous avons vu que ce mot désigne un ensemble de peuplades, de tribus, ou de royaumes, possédant les mêmes axiomes, les mêmes croyances, et la même origine mythique : le Nord hyperboréen.
Les royaumes celtiques d’Orient s’étendent des montagnes de Phrygie, Thrace, Lydie, Galatie (terre des Galates), jusqu’en Mésopotamie (terre des Mitaniens), descendent au sud de l’Euphrate, traversent le pays d’Aram, et viennent buter sur les frontières est du royaume d’Égypte.
Cet immense territoire de montagnes, de vallées et de déserts n’est pas autonome, bien sûr. Il est secoué par le mouvement des tribus, le grand flux des migrations, le passage des caravanes nomades, les tentatives d’invasions, de pillages. Les Étrusques, les Hycsos, les Galates descendent des hauts plateaux d’Asie Mineure. Les Mitaniens quittent le royaume indo-européen de l’Euphrate...
Ils n’arrivent pourtant pas tous des hautes terres. Les bas-reliefs du temple égyptien de Médinet Habou décrivent des hommes portant des casques à cornes, et des boucliers ronds celtiques, surgissant par la Grande Mer, à bord de bateaux à têtes de cygnes. Ceux-là ont longé les côtes de Palestine, depuis le plateau phrygien, appelé justement « pays de la mer ».
Les archéologues Spanuth et Breasted comparèrent les gravures du temple de Médinet Habou avec les découvertes de l’âge du bronze, dans l’Europe du septentrion : « La parenté apparaît évidente. Épées à “ langue de carpe ”, poignards à antennes, casques à cornes, bateaux à proue et à poupe à tête de cygne, boucliers ronds, chars de combat à roue pleine, coiffure de style couronne à rayons. »
L’archéologue américain Breasted a transcrit minutieusement les dix mille mètres carrés de textes et de dessins muraux qui ornent les murs du temple, sur la rive occidentale du Nil. Il confirme : « On y voit les hordes des peuples du Nord et de la mer combattre les armées de Ramsès. » Le texte égyptien, gravé sur les murs du temple de Médinet Habou, montre l’ampleur de l’invasion, la puissance guerrière qui déferla sur l’Égypte et imposa ses croyances, ses moeurs, ses traditions, de l’Euphrate jusqu’au Nil :
« Rien ne résistait devant eux. Ils avançaient vers l’Égypte tandis qu’un feu était préparé devant eux. Ils s’emparèrent de tous les pays jusqu’au bord de la terre. »
Devant l’importance de la migration indo-européenne, à travers la Palestine et l’Égypte, on peut se poser la question : Alors, d’où viennent les Hébreux?...
Nous avons vu qu’une partie du peuple d’Abraham - le noyau originel - venait du royaume indo-européen de Mitani. Après un long périple sur la rive sud de l’Euphrate, les tribus d’Abraham atteignirent la terre de Canaan et se mêlèrent aux populations locales. Il faudra attendre plusieurs générations avant que les descendants du patriarche ne tentent l’aventure égyptienne.
La Bible raconte l’épopée de Joseph, fils de Jacob, sur la terre du Nil. Séduit par sa clairvoyance, et sa puissance visionnaire, le pharaon le fait gouverneur d’une province d’Égypte, et lui donne la terre de Gosen, à l’est du Nil. Joseph fait venir ses frères, et la tribu s’installe en Égypte, dans la plaine de Gosen, entre le delta du Nil et le désert de Schur.
Nous sommes en 1560 avant J.-C. et l’Égypte vient de passer sous la domination des Hycsos 49. L’historien Georges Poisson - s’appuyant sur des recherches contemporaines - a démontré l'appartenance des Hycsos à la grande migration indo-européenne 50. Leur influence sur l’empire égyptien sera considérable. Aux Hycsos se mêlent les Étrusques descendus de Phrygie, rescapés d’Asgard, et les Mitaniens issus d’Abraham. Les Indo-Européens sont fortement installés sur les terres d’Égypte. Ils n’en bougeront pas pendant de longues décennies.
Les descendants d’Abraham fixés sur la terre de Gosen se sont constitués en une tribu autonome, placée sous le commandement de Manassé, fils de Joseph. Le nom de ce chef de clan nous renvoie aux origines indo-européennes du peuple d’Abraham :
Manassé = Man, dieu de la mer chez les Celtes, ou Manassa, dieu de la mer indo-européen, l'équivalent de Neptune.
Les Hycsos ont remporté une éclatante victoire sur les Egyptiens. Les bannières de Ram flottent sur les temples de Thèbes et de Memphis. Les Kairn celtiques, les pierres rituelles, font leur apparition sur les rives du Nil : Kurna, Kair (le Caire), et le fameux Karnak, qui évoque le Carnac celto-breton.
« Les conquérants hycsos introduisent en Égypte le cheval, le char, l’armure et de nombreux types d’armes », écrit Carl Grimberg... « Ils laissèrent les pharaons poursuivre à Thèbes un pouvoir fantôme, et se contentaient de percevoir des impôts réguliers. Ils maintinrent leur domination sur l’Égypte pendant près de deux siècles.1 »
1. Carl Grimberg, op. cit., p. 41.
On comprend que ces tribus indo-européennes accueillirent comme des frères de clans les Étrusques d’Asgard, et les Mitaniens d’Abraham. Ils avaient en commun la même origine mythique, lointaine, dont se souvenaient les bardes, le soir autour des feux : Hyperborée - la terre du Nord.
Joseph - fils de Jacob - épousa une prêtresse du temple d’Héliopolis, Asnath, fille d’un prêtre étrusque d’Asgard. Le nom indo-européen de la prêtresse solaire, femme de Joseph, est significatif; il vient du sanskrit As = être, exister et Nath = protecteur, maître.
Une fois de plus, la Bible nous présente des personnages qui appartiennent à la grande migration celto-nordique : Asnath, venue de l’Asgard phrygien - et Manassé, descendant du royaume de Mitani.
« Pharaon appela Joseph du nom de “ Celui qui découvre les choses cachées ”, puis il lui donna pour femme Asnath, fille de Poti-Phéra, prêtre d’Héliopolis » (Genèse 41-45).
Aujourd’hui, quand on parle des Hébreux, on imagine un peuple soudé, qui n’aurait subi aucune influence extérieure, adorateur du dieu unique. Nous sommes loin de la vérité. Les Hébreux de la Bible sont constitués du noyau originel, venu du royaume de Mitani, et qui composera la Garde sainte -auquel s’ajouteront des groupes nomades d’Égypte, de Syrie, au fur et à mesure des générations, jusqu’au jour où les tribus d’Abraham perdront la mémoire, et s’éloigneront de la source, à partir de laquelle l’histoire biblique a commencé.
Les royaumes indo-européens d’Asie Mineure apparaissent aux Égyptiens auréolés des brumes du Septentrion. Lorsqu’ils envahissent le delta du Nil, on les considère comme des envahisseurs venus du Septentrion - du nord du monde.
Dans ses Lamentations, Jérémie prévoit l’arrivée des tribus du Septentrion, et la chute de l’Égypte :
« L’Égypte est une très belle génisse... Le destructeur vient du Septentrion, il arrive... Sa voix se fait entendre comme celle du serpent; car ils s’avancent avec une armée, ils marchent contre elle avec des haches, pareils à des bûcherons. Ils abattent sa forêt, dit l'Éternel, bien qu’elle soit impénétrable; car ils sont plus nombreux que les sauterelles, on ne pourrait les compter. La fille de l’Égypte est confuse. Elle est livrée entre les mains du peuple du Septentrion. » (Jérémie 46-20,22,23,24.)
Les armées des royaumes de Mésopotamie sont appelées « les armées du Septentrion » par tous les prophètes de la Bible, et leur lieu d’origine fixé à l’extrémité nord du monde.
Ainsi, Ézéchiel :
« Alors tu partiras de ton pays, des extrémités du Septentrion, toi et de nombreux peuples avec toi, tous montés sur des chevaux, une grande multitude, une armée puissante. » (Ézéchiel 38-15.)
Le prophète Ézéchiel précise l’endroit d’où sont issus les guerriers des royaumes de Mésopotamie: « Des extrémités du Septentrion » - c’est-à-dire des régions arctiques, polaires, où la tradition indo-européenne situe Hyperborée, Tulé, l’île Blanche. Daniel, le prophète, décrit lui aussi l’arrivée des tribus du Nord, apportant sur la terre d’Égypte de nouveaux dieux, de nouvelles croyances, une nouvelle façon de concevoir le monde :
« Un rejeton de ses racines s’élèvera à sa place; il viendra à l’armée, il entrera dans les forteresses du roi du Septentrion, il en disposera à son gré, et il se rendra puissant. Il enlèvera même et transportera en Égypte leurs dieux et leurs images de métal fondu, et leurs objets précieux d’argent et d’or » (Daniel 11-7,8).
Les prophètes de la Bible ont tenu les chroniques régulières de la migration nordique, indo-européenne.
Que ce soit sur les tablettes égyptiennes de Médinet Habou, ou dans les Livres de prophètes, l’arrivée des hommes du Nord est montrée comme un événement terrifiant, qui transforma profondément les civilisations, les mœurs, les croyances^
Dans la mémoire ancestrale des Égyptiens, les royaumes de Mésopotamie (Hourrite, Hittite, Mitanien) appartiennent à l’univers féerique des légendes, où il est question de montagnes qui touchent le ciel, de citadelles dorées, de guerriers invincibles, qui ne connaissent pas la mort.
Les historiens Cari Grimberg et R. Svanström 51 parlent du « merveilleux pays de Mésopotamie que les Égyptiens commençaient à connaître à cette époque (1500 avant J.-C.)... Ce pays devint un pays de légendes, comme l’Inde le fut pour les hommes du XVIe siècle ».
Deux contes égyptiens révèlent le prestige mystérieux de la Mésopotamie, et l’influence dominante de la tradition celto-nordique : « Le Voyage dans l’Ile » et « La Mort du prince ». Le premier nous propose une autre version du voyage celtique de Bran vers Hyperborée, la Terre des Vivants, appelée « pays de Pount » par les Égyptiens :
« Le héros - un marin, raconte lui-même comment il partit sur un grand navire vers le pays où se trouvaient les mines de cuivre du pharaon. “ L’équipage - dit-il - se composait de cent marins d’Égypte, parmi les meilleurs. ” Mais une terrible tempête se leva, le navire chavira et notre narrateur fut le seul survivant. Il avait pu s’accrocher à une planche et après trois jours de dérive, il aborda sur une île. Il y poussait quantité de fruits délicieux et le naufragé put apaiser sa faim. “ Mais soudain, raconte-t-il, j’entendis un bruit de tonnerre, comme celui d’une vague géante. Les arbres s’abattirent sur le sol, la terre se mit à trembler et j’eus si peur que je me cachai la tête dans les mains. Lorsque je jetai enfin un regard aux alentours, je vis un grand serpent qui venait vers moi. Son corps brillait comme l’or au soleil. ” Le serpent prit le naufragé dans sa gueule et l’emmena dans sa caverne, sans lui faire aucun mal. Il parla amicalement au naufragé et lui dit qu’il devait rester quatre mois dans l’île, car tel était le bon plaisir des dieux. Le marin promit au serpent de demander au pharaon d’envoyer dans l’île un navire chargé de tous les trésors de l’Égypte. Mais le serpent éclata de rire et lui répondit : “ Tu ne peux rien me donner de ce que je convoite, car je suis le roi du Pount. Tous les trésors odorants de ce pays sont à moi. Et de plus, cette île s’engloutira dans la mer dès que tu l’auras quittée 1. ” »
1. Récit cité par l’historien Carl Grimberg, op. cit., p. 41.
Le second récit est moins précis, beaucoup plus mystérieux, mais on y retrouve des personnages et des lieux de la tradition Scandinave :
« Il était une fois en Égypte un roi qui n’avait pas de fils. Il en était très affecté, et il priait chaque jour les dieux de lui envoyer un fils. Après quelque temps, un fils lui fut donné. Trois fées vinrent le voir dans son berceau, et elles déclarèrent : “ Son destin est de mourir à cause d’un chien. ” Lorsque le roi entendit cette prédiction, il eut très peur pour le jeune prince, et i l’emmena dans un lieu retiré du monde. Il lui fit donc construire un château en plein désert, protégé par des loups. Le prince grandit donc en toute sécurité dans sa maison du désert, jusqu’au jour où il décida de parcourir le monde. Il dit au roi son père : “ Pourquoi m’enfermes-tu ici? Les fées ont prédit mon destin. Laisse-moi au moins jouir un peu de la vie; Dieu agit comme bon lui semble! ” Le roi accéda au désir de son fils, lui donna un cheval, un char et toutes sortes d’armes, et lui dit : “Va où tu veux! ” Le prince se dirigea d’abord vers la frontière orientale de l’empire et, de là, il piqua à travers le désert en direction du nord. Il arriva enfin en Mésopotamie. Le roi qui régnait sur le pays avait une fille éblouissante, et il lui avait fait bâtir un palais sur un rocher escarpé, à une hauteur de cinquante mètres. Ensuite il avait convoqué tous les princes de la Syrie et leur avait dit : “ Celui qui pourra arriver à la fenêtre de ma fille la recevra en mariage. ” Alors tous les jeunes princes avaient dressé leur tente aux environs du château de la belle princesse et, chaque jour, ils essayaient de grimper jusqu’à sa fenêtre. Mais aucun n’y parvint, - la roche était trop haute et trop escarpée. Mais un jour qu’ils tentaient inutilement leur chance, ils virent arriver le prince d’Égypte sur son cheval. Ils lui racontèrent pourquoi ils essayaient d’escalader la roche. A ces mots, l’étranger voulut aussi tenter sa chance. Et, ô surprise, il atteignit la fenêtre de la princesse. Lorsqu’elle le vit, elle fut si charmée de sa belle tournure qu’elle l’étreignit et lui donna des baisers. »
Le jeune prince égyptien épouse la princesse mésopotamienne, et la ramène chez lui, en Égypte. Un soir, alors qu’il chevauchait aux abords du cimetière d’Hadra, il est attaqué par une horde de chiens sauvages, dépecé et mis à mort.
Ce conte égyptien est directement inspiré par les Eddas Scandinaves. Derrière la trame du récit, il est assez facile de reconnaître l’initiation nordique, à travers le voyage du héros Siegfried (Sigurd), le combat du fils des loups (Siegmund) contre la race des chiens (Hunding), et la périlleuse escalade du rocher de Brynhildr - telle qu’elle est racontée dans la Vôlsunga Saga.
Le prince égyptien sera dévoré par des chiens sauvages qui rôdent autour du cimetière de Hadra. Cette précision du récit a son importance, puisque c’est dans le cimetière d’Hadra, au sud-est d’Alexandrie, que les archéologues ont découvert des tombes de guerriers celtes, ornées de symboles solaires.52 Dans une autre version de la Vôlsunga Saga (Eddas), le rocher de Brynhildr est devenu une tour inaccessible, que doit escalader le héros Sigurd.
Au chapitre xxiv, il est dit : « Sigurd s’en va chasser avec son faucon, mais l’oiseau lui échappe pour aller se poser sur la fenêtre d’une haute tour. Sigurd escalade la tour jusqu’à la fenêtre, et il voit avec stupeur une belle femme et reconnaît Brynhildr. Il apprécia beaucoup sa santé et ce qu’elle était en train de faire. Il revint auprès de ses compagnons restés au sol et leur dit : “ Bons amis, écoutez ce qui me fait réfléchir et m’interroge. Mon faucon s’est posé sur une tour, et quand je l’ai rattrapé, j’ai vu une belle femme; elle était assise devant une tapisserie d’or et j’y ai vu représentés mes hauts faits passés 53. ” »
Dans le même récit Scandinave, Siegmund - père de Sigurd - appartient au clan des loups. Il sera tué par Hunding, du clan des chiens (hund = chien). Ce mystérieux combat magique évoque la tradition totémique du clan. Le loup de l’ancienne race est détruit par le chien, pour bien montrer qu’il y a changement de niveau, altération, - le chien étant la copie grossière du loup.
Le passage du loup au chien indique le passage de la lumière à l'obscurité, la perte de l’ancien savoir, la descente dans les ténèbres du temps et de la matière. C’est l'accomplissement du destin, la transformation nécessaire, tragique. C’est justement dans un lieu voué à la mort et à la transformation - le cimetière celte d’Hadra - que le prince égyptien subira son destin. L’histoire ne dit pas ce que devint la jeune princesse de Mésopotamie, quel rôle elle joua au moment de la mort de son époux.
Le récit est tout entier placé sous le signe de l’inéluctable, de l’accomplissement lucide - ce que l’homme des sagas nordiques appelle son honneur : accomplir volontairement sa destinée, d’autant plus qu’il connaît la sentence des Nornes, et qu’il sait de quelle manière exacte il va mourir. Par sa lucidité, il participe au grand remuement des forces et des énergies dans l’univers. Il ne subit pas son destin. Il l’accomplit, en le portant à un niveau d’ultime incandescence. Les trois fées du conte égyptien préviennent le jeune prince qu’il sera tué par un chien. Les trois Nornes Scandinaves prédisent aussi à Sigurd la manière dont il périra.
Un homme va paraître, sur cette terre d’Égypte, qui va réunifier l’esprit des tribus, et protéger la Mémoire primordiale des peuples du Nord. Il surgit comme un fantôme dans l’histoire égyptienne, sans passé, sans généalogie, comme tous les grands fondateurs (Noé, Melchisédech, Abraham). Il arrive sous la forme d’un bébé miraculeux, porté par les eaux du Nil, dans sa minuscule arche d’osier. Il est le germe, la semence d’or, à partir desquels tout recommence, et se fait l'Éternel Retour. Il est né du Fleuve. Le Fleuve est sa mémoire. L’enfant dort dans l’arche, comme le serpent enroulé autour du trésor. Par son sommeil, il monte la garde - une garde sainte, silencieuse, méditative.
On imagine son cerveau d’enfant, dans lequel tournoient les visions, les univers. Il dort, rempli d’étoiles, ouvert sur de prodigieuses immensités. Le Fleuve le protège, prend soin de lui, l’amène où il faut, doucement, au rythme médiumnique de l’eau, sans le réveiller. Le Fleuve l’amène jusqu’à la fille du roi - qui est descendue sur la berge, poussée par un lumineux pressentiment. Elle recueille l’enfant, l’apporte au palais, et l’élève comme un prince d’Egypte, un fils du pharaon. Il est dit dans la Bible qu’elle l’appela Moshé (Moïse) - un mot hébreu qui signifie « tiré de », « sorti de ».
On imagine mal la fille du pharaon donner un nom hébreu à l’enfant qu’elle vient d’adopter - si l’on accepte la version biblique qui fait du peuple hébreu un peuple réduit à l’esclavage.
Imagine-t-on la fille d’un roi de France donner à l’enfant qu’elle vient d’adopter le nom d’un esclave, ou d’un serviteur du château? Il faut plutôt chercher derrière le nom de Moshé l’influence magique, religieuse, des tribus nordiques, dominant l’Égypte pharaonique, mais aussi l’esprit traditionnel, conforme aux origines d’Abraham.
Moshé vient du mot indo-européen Musha (Mose et Mause, dans les langues anglo-saxonnes), qui signifie la souris, le pillard, le voleur - celui qui vit caché à l’intérieur, et qui arrive sans prévenir.
Dans l’Inde des Aryas, Musha, la souris, représente « le domaine intérieur des choses, le Soi, l’Atman omniprésent, à l’intérieur du cœur de tous les êtres ».
C’est cette flamme intérieure, primordiale, que Moïse entend réveiller, ranimer.
Élevé au palais, devenu prince d’Égypte, Moïse porte les insignes des dignitaires égyptiens. On le verra pilotant son char, sur les chemins de Thèbes ou de Memphis, la tête haute, coiffé d’un casque orné de pierreries. Il est convaincu que le sang royal coule dans ses veines. Dans tout le royaume, on apprécie son sens de la justice, mais personne ne devine la force mystérieuse qui se cache derrière les^ passions et les impulsions du nouveau prince d'Égypte. Il vient de beaucoup plus loin. D’un temps d’avant les hommes - comme Noé, ou Manu le Législateur. Lui aussi, il arrive au moment voulu, pour permettre le passage à travers les eaux tumultueuses du cycle. Pour Moïse, les eaux de la mer Rouge auront la même signification que les eaux du Déluge, et l’arche d’Alliance transportée au-delà des eaux évoquera l’arche de Noé, et celle de Manu.
C’est au désert qu’il obtient la vision immémoriale, qui jaillit du buisson ardent. Vé, le dieu resplendissant, le roi divin d’Asgard, se manifeste à lui et lui rappelle ses origines : « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu de tes pères. » Vé, ou Yah-Vé (« Force de Vé », « affirmation de Vé ») est l’un des aspects du dieu nordique Odin... son frère, c’est-à-dire son double, l’une de ses manifestations. Nous avons vu que Vé représente Odin dans l’Asgard terrestre, c’est-à-dire dans le monde glorieux de la manifestation. Dans la forteresse sainte d’Asgard, il interroge la tête de Mimir, la Mémoire des mondes, et veille sur les Tables d’or d’Odin.
On comprend mieux que ce soit lui qui apparaisse à Moïse, au sommet du Sinaï, pour sceller l'Alliance, et lui révéler les Tables de la Loi.
Yah-Vé communique à Moïse les Tables d’or d’Asgard, dans une ténèbre de feu, au sommet d’une montagne environnée d’éclairs, dans une apothéose de gloire et d’horreur. La foudre heurte les rochers du Sinaï. Moïse contemple la « flamme de Feu », au milieu du buisson, et la parole de Vé résonne hors de lui, et au-dedans de lui :
«Moïse! Moïse! Et il répondit: Me voici! Dieu dit : N’approche pas d’ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. Et il ajouta : Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et de Jacob!»
Et Yahvé ajoute : « Sors mon peuple d’Égypte, et conduis-le dans le pays des Cananéens, où coulent le lait et le miel... C’est ainsi que tu répondras à ton peuple... Celui qui s’appelle Yahvé m’a envoyé vers vous » (Exode 3-14).
Moïse se tient le visage dans les mains, debout devant la manifestation surnaturelle. Quand il descend de la montagne, il dégage une lumière insoutenable :
« Aaron et tous les enfants d’Israël regardèrent Moïse, et voici que la peau de son visage rayonnait, et ils craignaient de s’approcher de lui. » (Exode 34-30.)
Moïse est revêtu de lumière, transfiguré, divinisé. Il porte l’ancienne mémoire. Il se souvient de tout. Il sait d’où il vient, où il doit aller, ce qu’il fait dans ce désert d’Égypte, d’où viennent ses compagnons, à travers les tribulations du temps et de la matière. Sa nature secrète explose au-dehors, devient visible aux yeux des hommes. Alors peut commencer la longue marche hors d’Égypte, dans le désert de Madian, à la recherche de la Terre promise : la Terre des Vivants.
Au sommet de la montagne, Yahvé prévient Moïse : « N’approche pas d’ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte! »
Ce sont les paroles du « chef des armées de l'Éternel », quand il s’adresse à Josué, avant la bataille de Jéricho. Josué venait de planter sa tente à l’emplacement de la mystérieuse cité de Luz - la Terre des Vivants - lorsque l’Ange des armées lui apparut.
C'est le leitmotiv sacré de la Bible : les hommes sont en marche vers la Terre promise, la Terre des Vivants, depuis la fin de l’âge d’or, et la chute du Paradis terrestre. Toute l’histoire biblique raconte l’exode, et le retour à la Tradition primordiale, à l’âge de cristal, à travers les chaos, les effondrements, les sacrifices et les pactes d’Alliance avec les dieux. Il est nécessaire que l’homme éclaircisse sa mémoire, se souvienne de l'Ancien Chemin qui mène à l’Asgard des dieux. Il est nécessaire qu’il combatte, donne sa vie, et qu’il meure, dans une haute lumière qui le fait participer au banquet des dieux. Il faut que la terre craque, se déchire, pour enfanter la lumière. C’est un long et terrible travail d’alchimie, qui élève l’homme de degré en degré, l’épure, le raffine, le spiritualise.
Moïse est devenu le prophète de l’urgence. Un nouveau Déluge se prépare. Un nouveau Passage. Yahvé informe Moïse sur les prodiges de la Terre des Vivants « où coulent le lait et le miel ». Nous avons vu qu’au centre de la Terre des Vivants, poussait Yggdrasil, le Grand-Arbre des Germains et des Scandinaves, l’Arbre-du-Milieu dont parle toute la tradition celto-nordique. Le lait et le miel sont les attributs de Soma, la boisson d’immortalité qui s’écoule de l’arbre du Centre. Heidrun - la chèvre sacrée des Germains - encornée à l’arbre Yggdrasil, donne un lait surnaturel qui va nourrir les guerriers d’Odin et leur conférer l’immortalité - et c’est le miel céleste - la boisson des dieux - qui s’égoutte des branches d’Yggdrasil :
« La rosée qui tombe d’Yggdrasil sur la terre, nous l’appelons miellat et les abeilles en vivent. » (Gylfaginning 1.)
1. Les Religions du Nord, textes traduits par Régis Boyer, op. cil.
Ainsi, lorsque la Bible parle de la Terre promise, comme d’une terre où coulent le lait et le miel, elle fait directement écho à la tradition nordique, à sa description de l’Arbre-du-Milieu, planté au cœur de la Terre des Vivants.
Moïse poursuit l’âge d’or, remonte la courbe des temps, comme les anciennes tribus du Nord poursuivaient le Soleil, toujours plus à l’est, à la recherche de la « Terre du Soleil ».
Aussitôt après avoir reçu la vision de Yahvé - le dieu-roi d’Asgard - le prince Moïse s’enfonce dans le désert de Madian. Il est important de retenir le nom de ce désert, qui signifie « désert du Milieu » dans les langues indo-européennes :
madian = midi, milieu, le centre d’une région.
Il y a un désert du Milieu, comme il y a un jardin du Milieu (Éden, les Hespérides) appelé « Terre promise », ou « Terre des Vivants ». Le désert, c’est le jardin devenu stérile, qui attend le retour de l’âge d’or pour fleurir, et redevenir un jardin.
Nous pourrions énumérer tous les noms d’événements et de lieux bibliques qui évoquent la « Terre du Centre », si nous voulions désigner au lecteur ce leitmotiv de la Terre ou de l'Arbre du Milieu, qui montre que nous sommes en présence de la Tradition polaire, primordiale. Ils sont nombreux, et ils reviennent tout au long de la Bible.
Moïse est prince d’Égypte, fils adoptif du pharaon Ramsès II. Au fond du désert de Madian, il rencontre Yahvé - le dieu-roi d’Asgard - et décide de guider son peuple à la recherche de la Terre des Vivants : la Terre Promise.
La vision de Moïse agit comme une déflagration. Elle le frappe au centre de lui-même, dans sa substance, dans sa vie, dans sa mort, et réveille la mémoire du Fleuve. Il se souvient. Il sait d’où il vient, et où il va. Les eaux du Nil représentaient l’oubli, le sommeil nécessaire au passage, comme le montre la traversée du Déluge par Fintan le Celte :
« Pour moi, pendant un an sous le déluge rapide dans l’élévation de l’onde puissante, j’ai joui d’un sommeil qui était très bon '. »
1. H. d’Arbois de Jubainville - Cours de littérature celtique 2, Otto Zeller, Osnabrück, 1969.
Moïse sauvé des eaux se tient debout sur la montagne, auréolé d’éclairs. Une voix parle dans sa chair, dans ses os, et lui révèle son nom : yahvé. Lorsqu’il descend de la montagne, il tient dans ses mains les Tables d’or d’Asgard. Il est prêt pour le voyage du Retour. Il avance dans le désert rouge d’Egypte, transfiguré, illuminé. Il n’est plus le prince de Thèbes, mais le prophète du Retour.
Le voici dans le delta du Nil, sur la route poussiéreuse de Gosen. Les soldats égyptiens saluent Moïse, prince d’Égypte - mais Moïse n’appartient déjà plus à l’Égypte. Il vient de bien plus loin. Il s’étonne lui-même, se remplit de vertige, quand il contemple son propre passé, qui contient tous les âges d’avant le Déluge. Le voici porteur d’une intense et prophétique lucidité : il sait que la Terre des Vivants n’est pas située dans le passé des hommes et des dieux, mais qu’elle se tient devant lui, à un niveau de conscience jamais atteint par les hommes. Il ne suffit pas d’avancer, de marcher, comme le feront les Hébreux, pour atteindre la Terre Promise. Il faut se hisser, à un niveau de conscience, à une hauteur d’âme, qui sont les seules vérités géographiques de cette fameuse « Terre Promise ».
La Terre des Vivants est visible dans l’ascension verticale, sur l’axe polaire du monde, qui est l’arbre du Milieu, la Voie Royale reliant le ciel à la terre.
Après la traversée du désert, le peuple d’Israël arrivera aux limites de Canaan. C’est Josué qui guidera le peuple vers les terres irriguées, les vallées et les pâturages. Moïse ne quittera pas le désert. Il laisse les plaines de Moab, escalade le mont Nebo, s’enferme définitivement dans la « Gloire de Dieu » et ne redescend plus vers les hommes. Il entre dans la Terre des Vivants, et laisse aux autres les terres riches et fertiles de Canaan, la corruption, le déclin, la décadence.
Moïse fait un bond dans la Terre des Vivants, par-delà l’histoire des hommes. Il accède au vrai paradis, dont il sera dit un jour : « Le Royaume est au-dedans de vous. »
En escaladant le mont Nebo il accède au royaume du Centre. Dans les langues indo-européennes, Nebo signifie le Centre (en sanskrit = Nabi). « Personne n’a connu son sépulcre à ce jour », explique le Deutéronome. Moïse disparaît corps et âme. Il entre vivant dans la Terre des Immortels. Son voyage au désert n’avait pas d’autre destination.
Les hommes qui l’accompagnent confondent les terres fertiles de Canaan - le bien-être matériel - avec la vraie Terre Promise qui demande une terrible ascèse de l’esprit et du corps, un dépassement total de soi, un désir d’altitude, de transfiguration.
La terre sainte de Moïse (Terre des Vivants, Terre Promise, Terre du Graal), demeure cachée aux yeux des profanes. Elle s’étend hors du monde, de l’espace et du temps, mais elle touche la limite extrême du monde qu’elle prolonge, dans le sens de l’altitude, à }'intérieur - ce qui fait que certains la comparent à un abîme.
Toutes les notions humaines de temps et d’espace s’effondrent. Il faudrait un fabuleux retournement de l’être organique, et de sa conscience, pour qu’il perçoive cette autre dimension.
« Dans la période actuelle de notre cycle terrestre, c’est-à-dire dans le Kali-Yuga, cette “ Terre sainte ” défendue par des “ gardiens ” qui la cachent aux regards profanes tout en assurant pourtant certaines relations extérieures, est en effet invisible, inaccessible, mais seulement pour ceux qui ne possèdent pas les qualifications requises pour y pénétrer 54 », écrit René Guénon, pour montrer que cette terre sainte n’est pas séparée du monde, même si elle paraît inaccessible.
Comme la Shamballa tibétaine 1, elle est en relation avec le temps des hommes, envoie des messagers, intervient dans les affaires politiques du siècle, agit dans les rêves, les visions, parle à travers les présages, les signes, les symboles, provoque des événements.
1. La Shamballa des traditions tibétaines n’est pas différente de la Terre des Vivants dont nous parlons. Elle se situe, elle aussi, dans les hautes neiges, à l’extrême nord du Tibet. Il s agit de la même tradition polaire primordiale, comme le prouve l’emploi rituel de la svastika dans les pratiques tibétaines : roue de vie tournoyante, image de l’axe polaire, autour duquel se fait et se défait la Création. Cf. dans ce livre le chapitre sur la Svastika.
Terre des Vivants, Terre Promise, jardin d’Éden, Avallon, Thulé, l’île Blanche, ou le jardin des Hespérides, sont autant de dénominations pour représenter le Centre hyperboréen, et la Race de l’âge d’or, qui habita le continent polaire, avant la glaciation, mais dont la conscience n’a pas déserté le monde.
Comme l’indiquent parfaitement les légendes celtiques, les dieux anciens ne sont pas morts. Ils se sont réfugiés à l’intérieur.
Le « peuple » de Moïse, qui abandonne le delta du Nil pour le désert, est composé des survivants d’Asgard, descendus des plateaux d’Asie Mineure, exilés sur la terre d’Égypte - mais aussi de familles égyptiennes et de nomades syriens, hantés par la vision d’une terre promise, quelque part, au bout du voyage. Le départ d’Égypte se fait dans le bruit et la fureur. Il coïncide avec l’invasion des hommes du Nord, portant les casques à cornes.
Il y a là beaucoup plus qu’un hasard de l’histoire. On pourrait aligner les deux événements, et les mettre en relation directe.
En effet, lorsque Moïse quitte l’Égypte, avec sa tribu nouvellement constituée, l’Égypte subit de puissants remous politiques. Depuis quelques années, le Pharaon règne sans partage sur les terres du Delta. Les guerriers hycsos ont été chassés du pouvoir, refoulés jusqu’aux frontières de l’empire. Des années ont passé, lorsque des cavaliers nordiques se présentent de nouveau sur la frontière Est de l’empire. Les peuplades du delta sont en effervescence. Certaines préparent le terrain aux envahisseurs, agissent de l’intérieur, comme des maquisards, ou des guérilleros.
La tribu constituée par le prince Moïse entre aussitôt en conflit avec le Pharaon. On se souvient de la guerre occulte opposant Moïse et Aaron aux magiciens de la Cour : combats de pouvoirs, démonstrations de prodiges... Il y a là une réminiscence fort ancienne, souvenir d’une manière différente de combattre. L’arme magique a autant de pouvoir que l’épée ou le bouclier du guerrier... ou plutôt, l’épée et le bouclier sont au service du pouvoir magique, comme le montrent ces épées ou ces haches forgées par des maîtres-sorciers, gravées de signes rituels, capables de frapper dans plusieurs mondes à la fois — selon les croyances du clan -, de boire la substance vitale de l’adversaire, de lui enlever la possibilité d’atteindre l'Autre Monde.
Au début de l’Exode, le prince Moïse - fils adoptif du Pharaon - tue un soldat égyptien, avant de fuir dans le désert de Madian. Il revient s’opposer aux magiciens de Thèbes, réunit son peuple, essaie d’échapper aux chars du Pharaon lancés à sa poursuite.
Il semble qu’il y ait là une guerre de pouvoir, et d’autorité, puisque Moïse était prince d’Égypte, et membre de la famille royale. Sa fuite au désert est couverte par l’entrée des cavaliers nordiques, qui ravagent le delta du Nil. Ce sont eux les «Dix Plaies d’Égypte » dont parle l’Exode : l’eau changée en sang, les prodiges magiques, et la mort des nouveau-nés d’Égypte, tous passés au fil de l’épée.
A ce propos, il n’est pas sans intérêt de signaler un passage de l’Exode où l’on voit Moïse s’inquiéter de^ troubles guerriers, sur la frontière Est de l’Égypte :
« Lorsque Pharaon laissa aller le peuple, Dieu ne les conduisit point par le chemin du pays des Philistins, quoique le plus proche; car Dieu dit : le peuple pourrait se repentir en voyant la guerre » (Exode 13-17).
Ces rumeurs de guerre, signalées par Moïse, sur les frontières orientales de l’Egypte, coïncident avec l’invasion des hommes du Nord, à la même époque.
Nous savons, par la Bible, qu’il s’agit du peuple des Philistins, installé sur la Grande Mer, au bord du désert égyptien. Souvenons-nous des gravures et des tablettes du temple de Médinet Habou. « On y voit les hordes des peuples du Nord et de la mer combattant contre les mercenaires de Ramsès », précisait l’archéologue américain Breasted... « Les tablettes de Médinet Habou parlent des “ Phrs ” que les Hébreux appellent “ Phelestins ” ou “ Philistins ”, et que certains spécialistes identifient aux Frisons, aux Saxons, aux Danois 55. »
Nous sommes en présence du même événement : l’invasion de l’Égypte par les guerriers du Nord, au moment historique où Moïse quitte le delta du Nil. Les éléments nous manquent, pour affirmer que les tribus venues du Nord ont libéré le clan prophétique du prince Moïse, détenteur de l'Ancienne Tradition. Ce n’est qu’une hypothèse de travail, que nous proposons aux chercheurs qui oseront affronter le tabou biblique - et s’avancer sur la Voie, avec la certitude d’être en marche vers la Citadelle solaire, l’Asgard des dieux, la Terre des Vivants.
Tout n’est pas dit, et tout n’est pas encore révélé. Nous souhaitons cette levée d’hommes volontaires, capables de lucidité, dans un monde brouillé, confondu, qui a perdu la hauteur, l’altitude.
Moïse a regroupé autour de lui une sorte de chevalerie spirituelle, à la tête de laquelle il place Aaron 56. Ils sont les gardiens de la Flamme, à la fois prêtres, sacrificateurs, et porte-glaive. N’oublions pas que Moïse est accompagné par les survivants d’Asgard, ceux qui « se souviennent ».
Le caractère celto-nordique de la tribu du Centre
- la confrérie des prêtres-guerriers - est attesté par la mystérieuse et redoutable Arche d’Alliance. D’abord, par son pouvoir :
L’Arche est placée à l’avant des troupes, comme une machine de guerre (Cf Josué et David).
« Quiconque s’approche du tabernacle de l'Éternel, meurt» (Nombres 17-12).
« David rassembla encore toute l’élite d’Israël. Ils mirent sur un char neuf l’arche de Dieu, et l'emportèrent sur la colline. Lorsqu’ils furent arrivés, Uzza étendit la main vers l’arche de Dieu et la saisit, parce que les bœufs la faisaient pencher. La colère de l'Éternel s’enflamma contre Uzza, et il fut foudroyé sur place » (2 Samuel 6).
Des éclairs jaillissent entre les deux chérubins d’or, placés aux deux extrémités du propitiatoire -le couvercle de l’arche. Quiconque pose la main sur l’arche est foudroyé. Les prêtres du clan peuvent utiliser le Feu de Yahvé contre leurs ennemis.
L’arche est en bois d’acacia, recouvert d’or. L’acacia est un bois solaire, attaché au sacrifice suprême. Dans l’Inde des Aryas, la louche sacrificielle (Sruk) utilisée par Brahmâ pour le Sacrifice cosmique est taillée dans du bois d’acacia. La couronne d’épines du Christ sera tressée d’épines d’acacia, image du sacrifice solaire, triomphant.
La description biblique de l’arche de Moïse est une évocation parfaite du temple d’Asgard, dans lequel le dieu-roi Vé abritait les Tables d’or d’Odin. Comme le temple d’Asgard, l’arche est revêtue d’or fin, au-dedans comme au-dehors, et elle abrite les Tables de la Loi gravées par Yahvé, et confiées à Moïse.
Un arc-en-ciel brille au-dessus de l’arche. Yahvé est présent dans l’arc-en-ciel, comme il est présent dans le buisson de feu, ou la colonne de nuée.
Lorsque l’arche de Noé atteignit le mont Ararat, un arc-en-ciel jeta un pont, entre l’arche et les hautes sphères célestes. C’est Bifrost, le pont arc-en-ciel qui domine l’Asgard dans les Eddas Scandinaves.
Le chandelier d’or qui accompagne l’arche de Moïse imite à merveille l'Arbre aux pommes d’or d’Avallon :
«Tu feras un chandelier d’or pur; sa tige, ses calices et ses fleurs seront d’une même pièce. Il y aura une pomme sous deux des branches sortant de la tige du chandelier, une pomme sous deux autres branches, et une pomme sous deux autres branches encore. Il en sera de même pour les six branches sortant du chandelier» (Exode 25,31,35).
Examinons le contenu de l’arche d’Alliance. Le mystérieux coffret d’acacia contenait :
- les Tables de la Loi.
-une urne de manne.
- la verge d’Aaron qui avait fleuri.
Ainsi que nous l’avons dit, les Tables de la Loi, gravées par le Feu de Yahvé, rappellent d’une façon nette et significative les Tables d’or d’Asgard, gravées par le dieu Odin, et confiées à la garde du roi d’Asgard Vé, le frère d’Odin.
L’urne de l’arche d’Alliance est remplie de manne céleste. Rappelons que la manne est la nourriture magique du peuple de Moïse, qui fleurira au désert, pendant les quarante années de l’Exode. C’est le soma, la nourriture d’immortalité des Indo-Européens, qui coule du frêne Yggdrasil sous les formes du lait (la chèvre Heidrun) et du miel (miellat, la boisson céleste).
Au chapitre 16 de l'Exode, il est dit :
« Le peuple d’Israël donna à cette nourriture le nom de manne. Elle était blanche, et avait le goût d’un gâteau au miel. »
Une note biblique indique : Manne, hébreu : man, tiré de l’exclamation man-hou, « qu’est-ce » 57.
Sur le plan des significations spirituelles, la manne céleste est véritablement soma, la nourriture des dieux indo-européens. Le nom lui-même renvoie à la tradition celtique des origines : l’hébreu man évoque le dieu man, le souverain de l’Autre Monde, « qui se trouve par-delà l’océan, et qui roule en char à la surface des flots 58 ». Une autre référence à la tradition celto-nordique : Man viendrait de l’exclamation hébraïque « man-hou ». Man, le dieu celtique, pilote son char à la surface des eaux, à l’extrême nord du monde. Manou (man-hou) conduit son arche à travers le Déluge indo-européen, guidé par ke oiussib Latsya. La Manne céleste, enfermée dans l’arche de Moïse pendant la longue traversée du désert, est une sorte de résumé lapidaire, fulgurant, de l'Ancienne Mémoire. Elle a le pouvoir de nourrir l’homme, pendant l’épreuve du passage.
Le troisième élément enfermé dans l’arche s’appelle « la verge fleurie d’Aaron ». Il s’agit du bâton de commandement du grand-prêtre Aaron, qui s’est mis subitement à fleurir, par le seul pouvoir de Yahvé. Le thème du bâton fleuri appartient à l’univers des légendes germaniques. Souvenons-nous du bâton que Tannhâuser laisse dans les mains du pape, juste avant son départ pour le Vénusberg, la montagne de Vénus. Le chevalier Tannhâuser retourne au paganisme des origines, à la vieille magie du Vénusberg. Le pape le considère comme un renégat, un idolâtre qu’il faut excommunier... Et voilà qüe le bâton de Tannhâuser se met à fleurir dans les mains du chef de l'Église. Avec lui, c’est tout le paganisme ancien qui refleurit, opère la merveilleuse transformation, et prouve au Saint Père que l'Ancienne Mémoire ne meurt pas, qu’elle est vivante, comme autrefois.
Le bâton, comme le désert, ne donne jamais de fleurs. Il est comme la mort - c’est-à-dire privé de vie. Sauf pour celui qui voit tourner la Grande Roue cosmique. Comme pour tous les prophètes, démiurges et sorciers, la réponse est dans les fondements mystérieux de l’univers, au cœur même de toute la création, là où la Volonté Cosmique respire, au rythme des atomes, des planètes, des galaxies.
Rien n’est perdu. Tout est toujours repris, redonné, modifié sans cesse. C’est la formidable loi d’échange de l’univers. On la retrouve dans le cœur de l’homme, sous la forme d’un élan, d’un vertige.
C’est la grande leçon initiatique que suggère le thème du bâton fleuri : Nous avons pris la triste habitude de mourir, parce que nous croyons à la mort. Dans l’univers vivant, toute vie se transforme, et la mort n’existe plus. Celui qui fait entrer dans son cœur d’homme le cœur de l'univers... celui-là entend la Parole puissante qui dit : Je Suis. Et la Parole habite en lui, et peut faire des miracles.
L’arche d’Alliance, sous sa forme guerrière, peut foudroyer, détruire, ou donner la vie éternelle. L’amour divin est au-delà des notions humaines de bien et de mal. Sa subtilité, sa sensibilité sont tellement aiguisées, qu’il est difficile de prévoir de quelle manière l’homme va les recevoir... sous forme d’amour infini, ou d’incendie dévastateur.
L’arche d’Alliance abrite les Tables d’or du dieu Odin (Wotan). A deux reprises, dans la Bible, l’arche est tirée par deux bœufs ou deux vaches sacrées, comme le char d’Odin, dans l’ancien rituel germanique :
Dans le Livre 1 du prophète Samuel :
« L’arche de l'Éternel fut sept mois chez les Philistins. Et les Philistins appelèrent les prêtres et les devins, et ils dirent : Que ferons-nous de l’arche?... Faites un char tout neuf, et prenez deux vaches qui allaitent. Attelez les vaches au char. Vous prendrez l’arche et vous la mettrez sur le char. » (Samuel 6-1,2,7,8.)
Au Livre 2 de Samuel, le roi David rassemble l’élite guerrière d’Israël. Il place l’arche sur un char tiré par deux bœufs et l’emporte jusqu’à Jérusalem (2 Samuel 6-1,6).
L’arche d’Alliance, abritant les Tables d’or d’Odin, le Soma des dieux d’Asgard et l'Arbre toujours vert, n’est autre que la mystérieuse Arche d’Odin, montée elle aussi sur un char tiré par des bœufs, et citée par Tacite, au chapitre 40 de sa « Germania » :
« Protégées par les fleuves et les rivières vivent les tribus du Nord. Aucun trait particulier ne distingue ces tribus qui ont en commun le culte de Nerthus, c’est-à-dire de la Terre Mère, qui, suivant leurs croyances, intervient dans les affaires humaines et circule parmi les Nations. Il est dans une île de l’océan une forêt sainte où se trouve un char consacré couvert d’un voile; le prêtre seul a le droit d’y toucher et sentir la présence de la déesse dans le sanctuaire secret. Le char est traîné par des génisses et on l'accompagne avec une grande vénération. Ce sont alors jours de liesse, et c’est fête dans tous les lieux qu’elle daigne honorer de sa visite et de son séjour. La trêve est respectée; on dépose les armes, que l’on garde en lieu sûr. Paix et tranquillité prévalent, jusqu’à ce que ce même prêtre rende à son temple la déesse fatiguée du commerce des humains. Le char, le voile et, s’il plaît au lecteur de le croire, la divinité elle-même, sont lavés dans un lac secret. Les esclaves commis à ce service sont précipités dans les eaux du lac. De là, une terreur religieuse et une sainte ignorance de ce qu’on ne peut voir sans périr 59. »
Dans la tradition germanique, le roi Goth Atanaric, « fidèle aux anciennes divinités, donna ordre qu’un char, portant l’effigie du dieu Odin, parcourût le pays. Ceux qui se refusaient à l’adorer étaient livrés au feu 60 ».
Une légende veut que l’arche d’Alliance réapparaisse à l’aube d’un Nouvel Age, pour une nouvelle traversée, un nouveau passage. Le prochain Déluge est décrit en lettres de feu dans l’Apocalypse de Jean, et dans les pages flamboyantes du Kalki Purana indien. Il semble bien qu’il faille un effondrement du monde, pour que l’homme puisse jaillir libre, et divin.
C’est le principe même de l'Alchimie. Les guerres conventionnelles, les exterminations, l'empoisonnement radioactif, le chaos des civilisations, les fumées noires de Tchernobyl, mettront au monde un nouvel homme, une nouvelle terre. Moïse ou Noé, grandeur nature, transfigurés sur le mont Sinaï, ou sur les hauteurs du mont Ararat, se rapprochant des états de Pure Lumière. Moïse ou Noé, déjà programmés dans nos cellules, avec l’éclair mortel d’Hiroshima, et la résurrection atomique du Christ. Une même énergie venue des abîmes de la matière, surgissant de l’origine, comme au commencement, et rappelant à l’homme qu’il est fait de lumière, tissé de lumière, construit avec de la lumière.
Les guerres, les épidémies et les cataclysmes sont monstrueux parce qu’ils nous font du mal et qu’ils peuvent nous tuer, détruire des millions de gens, réduire en cendres notre civilisation.
Le sage ne s’effraie pas du mouvement des tempêtes. Il écoute... il entend la terre qui cherche à vivre, qui se convulse, explose, cherche à naître. Quelle différence entre le buisson ardent de Moïse et dix mille bombes d’Hiroshima? Aucune. Ou plutôt, une autre manière de s’approcher du Feu.
Bifrost, le pont arc-en-ciel des Eddas Scandinaves, brille sur l’arche de Moïse. L’homme nouveau se tient debout dans sa lumière. Il ne meurt pas. Il est transformé. La lumière est comme une substance matérielle, palpable : un corps de Gloire.
L’arc-en-ciel ouvre une route, jette un pont à l’extérieur de l’homme, mais aussi à l’intérieur de son corps. Le pont arc-en-ciel plonge l’une de ses extrémités dans le cœur de l’homme. L’autre se perd dans l’abîme effrayant de la hauteur, et c’est le même fluide, la même respiration puissante - Livskraft qui relie le cœur de l’homme au cœur du Ciel.
Le guerrier s’agenouille dans la lumière du Tabernacle. Il boit le lait surnaturel d’Heidrun, goûte le miel d’Yggdrasil. Il est dans la Terre des Vivants. L’arc-en-ciel jette un pont entre les hommes et les dieux. L’échange est ininterrompu. C’est une des autres formes de l’échelle de Jacob sur laquelle montent et descendent les anges, les esprits, les puissances - l’arbre du Centre, planté dans la Terre des Vivants.
L’arc-en-ciel illumine l’arche de Noé et de Moïse, brille au-dessus d’Asgard - et c’est encore et toujours la même Haute Lumière, issue des origines, qui flamboie au centre du monde. Dans les traditions indiennes du royaume de Mitani - qu’on retrouvera dans l’Atharva Véda, le livre des Aryas de l’Inde -la Terre des Vivants est appelée « Jardin de Kubéra ». Au centre se dresse un palais construit par le « Grand Architecte ». Des rivières de pierres précieuses coulent des quatre points cardinaux.
Kubéra est représenté comme un nain blanc, au large ventre, qui forge les métaux précieux. Son corps est couvert d’armes. Il siège dans une immense salle d’assemblée, au nord de l'Himalaya, près du mont Kailâsa.
Le seigneur Kubéra évoque les étranges Nibelung des légendes germaniques, forgeant l’or dans des salles souterraines, ou les nains gardiens des trésors, dans les Eddas Scandinaves.
Pour le lecteur, il ne fait aucun doute que le « Paradis » est une expression chrétienne. Pour les férus de linguistique et de religions comparées, « paradis » viendrait du « Pardès » de la Kabbale hébraïque. Nous ne monterons pas plus haut dans la filiation. Nous restons bien au chaud, sur la ligne judéo-chrétienne, en refusant d’envisager les autres influences, plus anciennes, parce que nous éprouvons un terrible besoin sectaire, d’enfermement, d’appropriation.
Et pourtant, ce fameux paradis biblique échappe à la manipulation, à la volonté de puissance des faiseurs de religions. La preuve?... On le retrouve en Chaldée, sous l’appellation « Pardès », où il signifie le centre primordial, dans lequel la mort n’entre pas. Une terre d’immortalité, hors de l’espace et hors du temps.
Déjà, en 1930, René Guénon pose le problème de l’influence celtique sur les textes bibliques :
« Sans doute faudra-t-il, si l’on voulait rechercher les conditions dans lesquelles s’opéra cette jonction, donner une importance particulière à la Celtide et à la Chaldée, dont le nom, qui est le même, désignait en réalité non pas un peuple particulier, mais bien une caste sacerdotale; mais qui sait aujourd’hui ce que furent les traditions celtique et chaldéenne, aussi bien d’ailleurs que celle des anciens Égyptiens 61 ? »
Les Chaldéens eux-mêmes ne sont pas les « inventeurs » du Pardès, qui deviendra le paradis biblique. Derrière eux, il existe d’autres peuplades, descendues du Septentrion, indo-européennes, dont certaines créeront la dynastie indienne de Mitani, au nord de l’Euphrate, en pleine terre biblique. Ceux-là utilisaient une langue sacrée qu’on appellera le sanskrit, en Inde. Dans leur conception spirituelle du monde, le paradis se nomme « Paradeça » - ce qui veut dire, en sanskrit : « Contrée Suprême. »
Une fois de plus, l’expression biblique qui désigne le Paradis est un terme de la langue sanskrite. Elle montre la présence des guerriers et des prêtres de Ram, le héros celtique, sur les terres de la Bible.
A LA COUR DU CHRIST POLAIRE
« Le christianisme garde la semence de tous les dieux dans ses entrailles. »
Drieu la Rochelle.
Comment le Christ Jésus est-il devenu le grand continuateur de la tradition celto-nordique?
A travers l’épopée chrétienne du Graal, qui illumina l’Europe médiévale, nous assistons au déploiement d’un formidable courant traditionnel, qui s’enracine dans les terres froides d’Hyperborée, se poursuit avec l’apparition des tribus indo-aryennes venues du Septentrion, franchit le cercle arctique, pénètre la Mongolie, le Turkestan, la Perse, l'Afghanistan, le Tibet, l’Inde, les pays du nord de l’Europe... jusqu’aux pays de la Bible.
Ce déplacement du centre traditionnel polaire n’est pas seulement dû à des conditions climatiques nouvelles, comme la glaciation, ou un cataclysme, mais bien à la nécessité cyclique, à la volonté du passage, de la transmission, qui coïncident avec la fin de l’âge d’or dont parlent toutes les traditions.
L’arche biblique de Noé signifie la même chose : la transmission du Savoir Primordial, malgré la destruction et l’effondrement de l’ancien monde. L’arche de Noé apparaît - dans la Bible - comme la première arche d’Alliance - bien avant l’alliance de Moïse au désert. Ce n’est pas l’homme qui porte l’arche mystérieuse jusqu’en Terre Promise, mais l’arche qui porte l’homme, qui choisit sa route, et décide pour lui. Elle révèle le caractère divin de Noé, son intimité avec la transcendance. Le prêtre est à l’intérieur de l’arche, enveloppé dans son mystère, jusqu’au jour où il deviendra l’Arche, s’identifiant totalement à la Lumière divine, et où il ne sera plus possible de dissocier l’homme et le divin. Ce suprême médiateur ne formant qu’un seul corps, une seule chair avec le véhicule spirituel, surgira avec le Christ Jésus, à la fois totalement homme, et totalement Dieu.
Les royaumes celtiques de Phrygie vont guerroyer contre les rois d’Asie, s’opposer aux armées égyptiennes de Ptolémée. On les retrouve aux côtés d’Alexandre, dans sa marche vers l’Inde, associés au mythe de l'Arbre Solaire, « l'Arbre du Centre ».
Selon la légende, Alexandre arrive dans une contrée sublime où il découvre l’arbre prophétique - à la fois Lune et Soleil — qui lui annonce son destin impérial.
L’arbre est intimement lié à la Tradition Primordiale. On le retrouve chez les Celtes d’Europe, et dans les royaumes de Phrygie, comme l’expression de la conscience cosmique incarnée, subissant les mouvements cycliques du temps. Il est la preuve que l’univers meurt et ressuscite.
Athys - le dieu phrygien, né d’un arbre - se met lui-même à mort chaque année. Il s’émascule au pied de l’arbre, pour bien montrer que sa fonction vitale va s’endormir, et entrer en sommeil... jusqu’au printemps suivant, qui le verra refleurir, et ressusciter. Ce culte de l’arbre ensanglanté est aussi celui d’Ésus, chez les Celtes d’Europe, « le dieu-dans-l’arbre » auquel on offrait des victimes sanglantes, suspendues aux branches.
Ces mythes solaires rappellent évidemment l’émasculation du dieu Kronos (Saturne), le roi de l’âge d’or, qui règne dans les îles Bienheureuses (Hyperborée). Par son geste, il indique la chute de l’âge d’or, et l’entrée dans le Satya-Yuga (l’âge de bronze). Il se met en sommeil, prévoyant déjà la loi d’involution qui va dégringoler les cycles, jusqu’au Kali-Yuga actuel, appelé « âge noir », ou « âge de fer ».
Kronos s’endort, se replie sur lui-même, se place en léthargie - comme la Belle au bois dormant (associée, elle aussi, au sommeil de l’arbre), dans l’attente du prochain âge d’or, du Prince Charmant (Parsifal, le héros au cœur pur.)
L’arbre sanglant qui doit reverdir, c’est Athys -le dieu des Phrygiens - ou Ésus, le dieu de l’Europe celtique; mais c’est aussi le Christ de Galilée, suspendu au bois sanglant de la croix, et qui ouvre définitivement le ciel à l’homme, par sa formidable résurrection.
La transmission du Graal à travers le prophète de Palestine n’est pas étonnante, puisque les adorateurs d’Athys - ou d’Ésus - régnent sur les royaumes celtiques de Phrygie, de Mésopotamie, de Galilée - terre des Gaëls.
Le Graal - la Lumière des Hyperboréens - va trouver son accomplissement dans le merveilleux sacrifice du Christ Jésus, suspendu lui aussi à l’arbre sanglant. C’est un lieutenant de Pilate - Joseph d’Arimathie - qui va recueillir le sang du Sauveur, dans la Coupe sainte. Dans l'Évangile apocryphe de Nicodème, il est dit que Joseph d’Arimathie commandait à un groupe d’hommes armés, réunis en fraternité autour de lui. Sa fonction était à la fois celle d’un prêtre et d’un chef de guerre. Nous avons vu que son nom traduisait l’appartenance à cette caste solaire : arimathie - dont on peut trouver l’explication dans tous les lexiques de langues indo-européennes :
ari = la roue solaire
math - matha - mathi = une communauté spirituelle. (En Inde on appelle math les monastères dans lesquels vivent les shaddous).
Il s’agit donc d’un ordre de chevalerie ascétique, gardien du Graal : le sang du Christ, porteur de l'Esprit.
Le village de Joseph d’Arimathie - Arimathée -cache un autre grand mystère de la tradition, auquel personne n’a pensé. Dans l'Ancien Testament, Arimathée s’appelle Rama. Le village porte le nom du grand conquérant indo-aryen : Rama. Et c’est dans le village de Rama que vivait le prophète Samuel, qui sacra les deux premiers rois d’Israël : Saül et David.
Arimathie est donc rattaché au grand mystère de la royauté spirituelle et temporelle. Joseph d’Arimathie protège la Coupe sainte du Graal. Il salue le Christ Jésus comme « Roi des rois » et « Seigneur des seigneurs ».
Des bas-reliefs du Moyen Age et de l'Antiquité montrent Joseph d’Arimathie quittant la Palestine, avec la Coupe du Graal, et abordant le sud de la France, avec Lazare et les trois Maries. Sur les bas-reliefs, Joseph d’Arimathie est représenté... coiffé d’un bonnet phrygien. L’image est fulgurante. Là aussi, personne n’a vu la filiation. Elle nous ramène immédiatement à ce plateau d’Asie Mineure, aux colonies celtes installées en Phrygie.
Joseph d’Arimathie assure la continuité, la transmission. Le Graal hyperboréen est devenu le Graal chrétien - mais derrière la vision superbe, transfigurante du Christ, il y a le Feu Immortel, qui brûle, resplendit, et ressuscite l’homme. La Restauration de l’âge d’or... puisque l’arbre ensanglanté est devenu l’arbre de lumière : l’arbre d’or.
Dans son apocalypse, l’apôtre Jean décrit la Nouvelle Jérusalem comme une ville d’or pur, ornée de pierres précieuses, et « qui n’a besoin ni du soleil ni de la lune pour l’éclairer, car la Gloire de Dieu l’éclaire». Au centre de cette ville d’or, en son milieu, « il y avait un arbre de vie, produisant douze fois des fruits, et dont les feuilles servaient à la guérison des nations ».
De la même façon, dans la Quête du Graal de Wolfram von Eschenbach, Titurel habite le château du Graal, avec l’élite de ses chevaliers. Au centre du château, en son milieu, pousse un arbre d’Or -magnifique image de l’âge d’Or retrouvé.
Selon des textes apocryphes - « les Actes de Pilate » - et les chroniques de Grégoire de Tours, Joseph d’Arimathie aurait été un riche marchand de la ville de Jérusalem.
A la mort de Jésus, il vient demander à Pilate l’autorisation de prendre le corps de crucifié et de l’ensevelir. Face à la croix, il hésite, à la vue du sang qui coule des plaies du Sauveur. Avant que le corps ne soit détaché du gibet, il recueille un peu de sang dans une coupe sertie d’émeraudes. Il se souvient des paroles de Jésus : « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour beaucoup, pour la rémission des péchés. »
Le sang du Salut!... Joseph d’Arimathie scelle le sang dans le vase et emporte chez lui la sainte relique. Au moment des premières persécutions chrétiennes, Joseph décide de partir vers les terres d’Occident.
« Il s’en va donc, à bord de son bateau, vers une terre lointaine, avec un groupe de chrétiens, dont sa sœur Enygeüs, son beau-frère Bron, un raisonneur du nom de Petrus, et un hypocrite nommé Moÿsset. Mais le péché se glisse dans la communauté. Alors, Joseph, sur l’ordre de Dieu, établit un rituel : les membres de la communauté devront se réunir pour un repas fraternel - analogue à celui des premiers chrétiens - autour d’une table au milieu de laquelle se trouvera la Sainte Coupe.62 »
Dans la Quête de Robert de Boron, le saint vase trône au milieu de la Table, à côté d’un plat contenant un poisson.
Le poisson - l’Ichtus grec, le symbole de ralliement des premiers chrétiens. Il permet à Robert de Boron d’établir un lien entre le Roi-pêcheur du Graal et la Cène chrétienne.
Joseph d’Arimathie instaure la première communauté du Graal, à l’exemple du cénacle des apôtres. Boudon-Lashermes indique son passage à Antoune, remontant du Sud par la route de l’Étain. Régis Sahuc écrira - dans Terres maudites 63 :
« Il est de tradition que Joseph d’Arimathie débarqua avec le Graal en Provence, et alla finir ses jours en Angleterre “ en suivant la route de l’Étain ”, c’est-à-dire qu’il passa à Sant Abelio et au camp d’Antoune. De fait, le Graal est devenu la grande affaire occitane, et sa recherche, toujours active depuis le Moyen Age, a dépassé le cadre des écritoires de quelques moines inédits, originaux ou rats de bibliothèque provinciaux. » Joseph Mandement - qui fut l’ami d’Otto Rahn, dans sa Quête du Graal en Ariège 1, décrivait - dans les années trente - la Quête de Joseph d’Arimathie :
« La légende nous raconte qu’après la résurrection du Christ, Joseph d’Arimathie fut soupçonné par les prêtres juifs d’avoir dérobé le cadavre du supplicié. Furieux, ils s’empressèrent de s’emparer de sa personne et de le précipiter dans une basse-fosse où ils le murèrent vivant. Mais le Christ apparut à Joseph, qui lui avait rendu les derniers devoirs. Il lui remit la Coupe sainte et dit : “ Le calice où mon corps sera consacré sous la forme d’une hostie représentera la pierre où tu me mis. La patène qui le couvrira signifiera le couvercle qui ferme le tombeau; le drap qui recouvrira le calice représentera le suaire avec lequel tu m’enveloppas; et ainsi apparaîtra toujours le symbole de ton action; et tous ceux et toutes celles qui le verront en auront joie éternelle et satisfaction de cœur pourvu qu’ils soient vrais, ‘ confés ’ et repentants de leurs péchés. ” Puis il lui apprit les paroles qu’on prononce au moment de la consécration du Graal. Puis, il lui déclara que toutes les fois qu’il en aurait besoin, il pourrait demander conseil aux trois puissances qui sont une même chose, et à la bienheureuse dame qui porta le fils, et qu’aussitôt le Saint-Esprit lui viendrait parler...
1. Otto Rahn, La Cour de Lucifer et Croisade contre le Graal. 1976.
C’est ainsi que quarante-deux ans plus tard, ayant été délivré de sa prison par Vespasien, empereur romain dont il guérit le fils atteint de la lèpre, Joseph d’Arimathie gagna l'Occident, en emportant la Coupe sainte. Il évangélisa les peuples de l’Afrique en compagnie de ses disciples. Comme ceux-ci demandaient, un jour, comment ils nommeraient le calice, il leur fut répondu : “ Ceux qui voudront lui donner son véritable nom l’appelleront le ‘ Graal ’ parce qu’il agrée (agrada) et plaît à tous ceux qui peuvent durer en sa compagnie... ” Puis, sur les conseils de la voix, Joseph construisit une arche (tabernacle) dans laquelle il enferma le Graal. Avait-il besoin d'un conseil, il ouvrait le tabernacle et, aussitôt, la voix du Saint-Esprit lui donnait la réponse qu’il désirait.
Or, un jour, Joseph entendit la voix qui lui criait : “ Ouvre l’arche! Et ne sois pas ébahi de ce que tu verras dedans! ” Et Joseph ouvrit la porte de l’arche avec “ moult grande peur ”, Et, dès qu’il eut ouvert, il aperçut à l’intérieur un homme vêtu d’une robe d’un rouge plus éclatant que le feu le plus ardent et autour de lui se tenaient cinq anges vêtus de robes couleur de flammes rutilantes et tous avaient six ailes qui semblaient embrasées par le feu. L’un tenait dans sa main trois clous ensanglantés, un deuxième portait une lance dégoutante de sang vermeil, le troisième présentait une croix également ensanglantée, le quatrième une éponge imbibée de sang, le cinquième un fouet sanguinolent. Puis, cette vision se transforma et Joseph vit le Christ sur la croix entouré de cinq séraphins portant les instruments de son supplice. De ses pieds, percés par un clou, découlait son sang qui venait de tomber, goutte à goutte, dans la Coupe sainte du Graal 1... »
1. Joseph Mandement. Cf. «Otto Rahn ».
Dans son livre sur « le mystère Otto Rahn », Christian Bernadac essaie de montrer le chercheur allemand comme un fanatique, adepte du nazisme, accumulant de fausses déclarations, de faux documents - mais bien malgré lui il fait resurgir la grande et mystérieuse image donnée par Isabelle Sandy : « Entre les deux guerres, un météore apparut dans le ciel d’Ariège, le cisailla comme un diamant le verre, et disparut à jamais. Il portait un nom d’homme : Otto Rahn. »
L’écrivain allemand apparut dans le sud de la France, un jour de 1932. Il avait lu le Parsifal de Wolfram von Eschenbach, et il cherchait le Graal, derrière le message des troubadours cathares 1. Il se donna la mort en mars 1939, sur un sommet dominant la forêt de Kufstein, d’où sont venus les prêtres sacrificateurs du peyrol, la cuve de pierre, autre image du vase du Graal (Kufstein = cuve de pierre).
1. On peut lire d’Otto Rahn La Cour de Lucifer, aux éditions Tchou (épuisé), et Croisade contre le Graal, publié chez Stock et réédité aux éditions Philippe Schrauben.
Toute la tradition chrétienne du Graal s’enracine dans l’immense épopée celtique, où l’on montre les saints et les héros à la recherche du Paradeça, le paradis suprême, la montagne polaire, le Cœur du monde.
Un texte du IXe siècle, écrit en ancien français, raconte les aventures d’un moine irlandais - saint Brandan - parti à la recherche de l'Ile tournoyante. Conservé sous le titre latin : la « Navigatio sancti Brendani Abbatis », le récit de voyage de saint Brandan raconte la découverte du royaume de l’âge d’or, dans une île du nord du monde, et la découverte d’une fabuleuse coupe de cristal :
« Enfin le roi divin leur permet d’approcher du rideau de brouillard qui cerne de toutes parts le Paradis dont Adam avait été le seigneur. Les gros nuages obscurcissent tout; l’énorme rideau empêche de voir à tel point que celui qui le pénètre est complètement aveuglé, à moins que Dieu ne lui fournisse une vision qui lui permette de traverser le brouillard. Alors l’hôte déclara : “ Il n’y a pas de temps à perdre; mettez toutes voiles dehors! ” A mesure qu’ils approchent, le nuage se déchire et leur ouvre un passage étroit. Ils s’aventurent à travers le brouillard, et leur chemin s’élargit. Flanqués de part et d’autre d’énormes murailles de brouillard dense qui s’accumule à droite et à gauche, ils mettent toute leur confiance dans leur hôte. Pendant trois jours ils font voile en ligne droite, suivant le chemin qui s’est ouvert pour eux. Le quatrième jour, à la grande joie des pèlerins, ils sortent du nuage...
... Les moines continuant leur voyage, distinguèrent clairement en haute mer un énorme pilier. Il était de couleur de saphir, fait d’hyacinthe pure, sans trace d’autre matériau. Celui qui en serait maître posséderait une grande richesse. Il s’élevait jusque dans les nuages et descendait au fond de la mer. Tout autour, depuis le sommet jusqu’à la surface de l’eau, s’étendait un auvent d’or précieux travaillé avec finesse; toutes les richesses du monde n’auraient pas suffi pour le construire. Brandan met le cap sur ce pilier, et il a hâte d’y parvenir. Sans amener la voile, il arrive sous l’auvent avec son bateau et ses moines. Là où le pilier s’enfonce dans la mer, il voit un autel d’émeraude dont le tabernacle est en sardoine et le pavement en calcédoine, le tout soutenu par une poutre d’or pur ancrée dans le pilier. Les lampes sont en béryl. Les moines ne craignant plus aucun danger restent ici jusqu’au troisième jour, et chantent la messe à tour de rôle. Brandan se résout à ne pas essayer de pénétrer le secret de Dieu. Il dit aux moines : “ Faites-moi confiance; je suis d’avis que nous partions d’ici; allons-nous-en! ” L’abbé emporte un magnifique calice tout en cristal. Il est certain de ne pas se détourner de Dieu en le prenant, puisqu’il le destine à l’office divin 1. »
1. Le Voyage de Saint Brandan, Bibliothèque médiévale, U.G.E., 1984. (éd. 10/18) et éditions Trédaniel, 1989.
Dans le récit de la Quête du Graal, Joseph d’Arimathie quitte la Palestine, et se rend sur les terres celtiques de Phrygie.
« Là il arrive dans une cité qu’on appelait Sarras. En cette ville régnait un roi nommé Évalac le Méconnu. »
Il est intéressant d’étudier le nom de ce roi « méconnu » : Évalac, c’est-à-dire Éva-lac, la Dame du Lac.
C est une main surgie du lac qui brandira Excalibur, l’épée sainte, dont devra s’emparer le roi Arthur pour accomplir la Quête... C’est dans un royaume « sous le lac » que Merlin aima la fée Viviane, la « Dame du Lac », qui usa des sortilèges du mage pour l’enfermer dans une prison d’air, hors du temps, comme les rois du Graal endormis pour mille ans.
.,« A l’endroit où l’eau paraissait justement la plus profonde, on voyait les belles maisons du domaine de Viviane... C’est là qu’elle aima Merlin, et éleva le jeune Lancelot, l’enfant trouvé, que les uns appelaient “ Beau Trouvé ”, les autres “ Fils de Roi ”. Lui il croyait que la Dame du Lac était sa mère 1... »
1. Merlin l’Enchanteur, Les enfances de Lancelot. Nouvelle Bibliothèque Plon, 1939.
Le nom du roi de Phrygie - Évalac - suggère tous les mystères de la Quête : Merlin, la Dame du Lac, l’épée Excalibur qui finira par retourner dans les eaux sombres du lac, à la mort d’Arthur -comme l’or des Nibelungen retourne aux eaux du Rhin au moment du Crépuscule des Dieux (la fin de l’âge d’or).
Nascien - beau-frère du roi Évalac - accomplira un voyage dans l’île Tournoyante, non pas par la route géographique - à la façon de Saint Brandan - mais par la route verticale, celle de l’extase, de la conscience modifiée, comme le montre l’épopée du Graal :
« Cependant, une nuit que Nascien reposait en son lit dans la cité de Sarras, une grande main vermeille l’enleva dans les airs et, bientôt après, le déposa tout pâmé dans l’île Tournoyante. Et je vous dirai pourquoi cette île était ainsi nommée, car il y a des gens qui commencent une chose et qui n’en savent venir à fin, mais je ne veux rien avancer que je n’explique. Il y a là, dedans la terre, une immense quantité d’aimant dont la force en attira et retint les parties ferrugineuses, mais sans être assez puissante pour en empêcher les parties de feu et d’air d’entraîner la masse de l’île vers le ciel : de façon qu’elle demeura à la surface de l’eau. D’autre part, elle se mit à pivoter sur elle-même à cause de l’aimantation, selon le mouvement du firmament auquel elle appartenait par ses parties ignées. Si bien que les gens du pays l’appelèrent île, parce qu’elle était au milieu de la mer, et tournoyante, parce qu’elle virait ainsi. C’est là que fut déposé Nascien évanoui. Quand il reprit son droit sens, il ne vit autour de lui que le ciel et l’eau, car ni herbe ni arbre ne pouvait croître, ni bête durer sur cette matière. Alors il se mit à genoux, tourné vers l'Orient, et pria Notre Seigneur; et, quand il se releva, il vit approcher sur la mer une nef très haute et riche, qui bientôt accosta l’île. Après avoir levé la main et fait le signe de la vraie croix, il y entra : nul homme mortel ne s’y trouvait; il n’y vit qu’un lit magnifique, sur le chevet duquel gisait, à demi dégainée, l’épée la plus belle et précieuse qui ait jamais été.1 »
1. Merlin l'Enchanteur, Plon, 1939.
L’Ile tournoyante se situe au pôle Nord, comme l’explique la rotation magnétique de l’île. Nascien découvre le vaisseau fantôme des légendes, la nef mystérieuse, silencieuse et vide, qui contient Excalibur, l’épée redoutable, dont la lame « éclaire comme dix torches et peut couper des collines ».
Nascien voyage dans l’île sans quitter son lit... par un seul déplacement de conscience, qui lui permet de modifier l’espace et le temps.
On retrouve cette expérience verticale du Graal dans certains récits, où l’on parle du « lit tournoyant ». Dans le récit de Wolfram, Gauvain -chevalier du Graal - aperçoit un lit mobile qui fuit dès qu’il s’en approche et on dit que « celui qui s’y couchera verra ses cheveux devenir blancs ». (Ce qui prouve que le lit tournoyant accélère le temps des hommes, et modifie l’espace-temps.) Dans « Diu Crône 1» « Gauvain s’endort dans le lit qui commence à tourner; les avalanches magiques le laissent indemne et le lendemain matin on le trouve profondément endormi ».
1. Diu Crône, d'Heinrich von dem Turlin, Stuttgart, 1852.
Gauvain voyage en esprit, comme Nascien, comme Merlin, qui connaissent les méandres du temps, et savent se déplacer dans les mondes parallèles. En modifiant l’espace et le temps, ils changent de monde.
Dans le drame liturgique de Richard Wagner, Parsifal et Gurnemanz arrivent au château du Graal par un simple déplacement de conscience :
« Parsifal :
Qui est le Graal?
Gurnemanz :
Le dire est vain,
mais si c’est toi qu’il vient d’élire,
à tout jamais il va t’instruire.
Et vois!
Je crois avoir vu clair en toi.
Vers lui ne s’ouvre aucun sentier
et nul ne peut trouver la route
qu’il n’ait pas dirigée lui-même.
Parsifal :
je marche à peine
et suis déjà bien loin.
Gurnemanz :
Tu vois, mon fils,
l’espace ici naît du temps. »
(Tandis que Gurnemanz et Parsifal s’avancent lentement, le décor insensiblement se transforme; le bois disparaît; de grands rochers apparaissent où s’ouvre un large passage, dans lequel ils s’engagent. Ils montent à travers des galeries de pierres montantes; la scène s’est complètement transformée. Ils sont entrés dans la grande salle du Burg du Graal 64.)
Dans le Moyen Age chrétien, la Quête du Graal est faite par des guerriers nomades - les fameux «chevaliers de la Table Ronde» - groupés en fraternités, en chevalerie.
Cette structure traditionnelle est celle du clan, de la tribu - dont la famille chrétienne aurait bien fait de s’inspirer, pour échapper aux forces de dissolution et de décadence.
La Quête est toujours celle de l’homme déraciné, privé de son identité profonde, qui ne reconnaît plus sa terre. C’est une tragédie, aux dimensions cosmiques. La Table ronde des chevaliers du Graal signifie la même chose que le Chœur antique des tragédies grecques, dans les rites de Dionysos : l'Unité, l'Harmonie.
Les Héros vivent la tragédie en dehors du Chœur, parce qu’ils sont expulsés, arrachés, et qu’ils ont perdu l'Unité, l’âge d’or - tout comme les chevaliers du Graal quittant la Table ronde pour accomplir la Quête qui les ramènera, peut-être, au Centre.
Les chevaliers du Graal sont des chevaliers errants, des vagabonds intemporels, qui se déplacent d’un monde à l’autre, explorent les mers lointaines, combattent des monstres, visitent des îles où le temps n’est plus le même, sont frappés par des armes redoutables qui brillent comme de la lumière, des épées vivantes, qui boivent l’âme à travers le corps.
La Grande Épopée ne se contente pas d’une terre géographique. La Terre sainte s’étend aussi dans la hauteur, dans la profondeur, et touche aux autres mondes. Elle se déplace dans l’espace et le temps -et l’homme se modifie au fur et à mesure de la Quête. A chaque épreuve, il se purifie, comme le feu qui chauffe le métal, et de cuisson en cuisson le transforme en or liquide.
Nombreux sont les voyageurs qui ont accompli la Quête. Ils sont revenus porteurs d’images, de visions. Tous décrivent le Sid - le paradis celtique, les îles d’Éternelle jeunesse - le pays d’Hyperborée, d’où sont venus les maîtres de la pierre sacrée :
« Cette île est aussi appelée “ île fortunée ” parce que toute végétation y est naturelle. Il n’est point nécessaire que les habitants la cultivent. Toute culture est absente, sauf celle que fait la nature elle-même. Les moissons y sont riches et les forêts y sont couvertes de pommes et de raisins. Le sol produit tout comme si c’était de l’herbe. On y vit cent années et plus. Neuf sœurs y gouvernent par une douce loi et font connaître cette loi à ceux qui viennent de nos régions vers elles. De ces neuf sœurs, il en est une qui dépasse toutes les autres par sa beauté et sa puissance. Morgane est son nom, et elle enseigne à quoi servent les plantes, comment guérir les maladies 1... »
1. Vita Merlini. de Geoffroy de Monmouth (La Vie de Merlin).
« Il y a une île lointaine; alentour, les chevaux de la mer brillent, belle course contre les vagues, écumantes; quatre pieds la supportent. Charme des yeux, glorieuse étendue est la plaine sur laquelle les armées jouent... Jolie terre à travers les siècles du monde, où se répandent maintes fleurs. Un vieil arbre est là avec les fleurs, sur lequel les oiseaux appellent aux heures... Inconnue la plainte ou la traîtrise dans la terre cultivée bien connue; il n’y a rien de grossier ni de rude, mais une douce musique qui frappe l’oreille. Ni chagrin, ni deuil, ni mort, ni maladie, ni faiblesse, voilà le signe d’Émain; rare est une pareille merveille. Beauté d’une terre merveilleuse, dont les aspects sont aimables, dont la vue est une belle contrée, incomparable en est la brume... Des richesses, des trésors de toute couleur sont dans la Terre calme, fraîche beauté, qui écoute la douce musique en buvant le meilleur vin 65... »
« Je suis allée d’une allure alerte dans un pays merveilleux, bien qu’il me fût familier... Il y a un arbre à la porte du château; l’harmonie qu’il émet n’est pas déplaisante, arbre d’argent où brille le soleil; sa splendeur est pareille à l’or. Il y a là trois vingtaines d’arbres; leurs sommets se touchent, ne se touchent pas; trois cents hommes se nourrissent de chaque arbre, de leur fruit multiple et simple... Là est une cuve d’hydromel joyeux que l’on partage à la maisonnée; elle reste toujours, la coutume est établie qu’elle soit pleine à tout jamais 66 . »
C’est vers cette île merveilleuse que se dirigent les héros païens comme Bran, fils de Fébal et Cûchulainn, des personnages à peine christianisés comme Maelduin,67 ou le roi Arthur, après la bataille où il est blessé mortellement, des saints du christianisme celtique comme Brandan, « à la recherche du Paradis.68 »
Plutarque raconte qu’une certaine île Ogygie se trouve « à cinq jours de navigation de la Bretagne, vers l’ouest». Dans l’île, Kronos (K.RN) aurait été emprisonné par Zeus. Il arrive que des humains puissent aborder dans cette île : « Il leur est permis de partir une fois qu’ils ont célébré pendant treize ans le culte du dieu. Mais la plupart préfèrent rester, les uns parce qu’ils se sont habitués, les autres parce que, sans peine et sans travail, ils ont tout en abondance 69. »
Dans le Moyen Age chrétien, la Terre sainte c’est d’abord une terre géographique, située en Asie Mineure, la terre des peuples de la Bible, avec son centre de gravité : le tombeau du Christ.
En l’an 1000, les chroniqueurs des croisades -comme le chanoine du chapitre de la cathédrale du Puy - parlent de la présence d’une arme sainte, surnaturelle, dans les remparts d’Antioche : la lance du Graal, qu’on retrouve dans toute la tradition celto-nordique, depuis le sacrifice rituel du dieu Wotan, qui préfigure celui du Christ.
Dans la Quête de la Nouvelle Alliance, le Graal est devenu le sang du Christ. Il est l'Esprit de Dieu Il peut donner la vie éternelle, et changer le cœur de l’homme. Les croisés d’Antioche l’utilisèrent pour briser l’encerclement des Sarrasins, mettre fin à la mort, à la famine. C’est l’utilisation guerrière du Graal. La lance porta les dix mille hommes de Raymond de Saint-Gilles jusqu’à Jérusalem. La cité sainte tomba aux mains des croisés le 14 juillet 1099.
Aux esprits spirituels, la lance peut donner l’amour de Dieu, et le renoncement aux valeurs matérielles du monde. Ainsi Godefroy de Bouillon, qui fut élu roi de Jérusalem, mais refusa d’accepter le titre de « Baron du Saint-Sépulcre » disant qu’il ne prendrait jamais une couronne royale dans une ville où le Sauveur des hommes avait porté une couronne d’épines. La première croisade était achevée.
Un chanoine du chapitre de la cathédrale du Puy, Raymond d’Aiguilhe, décrivit le combat d’Antioche et l’apparition de la lance :
« Dans Antioche, les croisés trouvèrent l’angoisse, car ils furent bientôt assiégés par une armée perse venue au secours des Turcs. Et ce fut à nouveau la famine et le désarroi. Les soldats désertaient, d’autres se rendaient, et les princes eux-mêmes envisageaient de regagner la France. Le Ciel enfin montra par un miracle où allait son soutien. Un pauvre prêtre du Puy-en-Velay, qui avait suivi la Croisade - il s’appelait Pierre Barthélemy - demanda audience au comte de Saint-Gilles et à l’évêque du Puy. Il campait en dehors de la ville et avait eu un songe. Il voulait en faire part à ses chefs. Mis en leur présence il leur parla ainsi : “ Deux hommes revêtus d’habits éclatants me sont, la nuit dernière, apparus. L’un d’eux me dit : Je suis l’apôtre André. Viens, je te montrerai la lance de notre Père Jésus-Christ que tu donneras au comte. Alors j’ai suivi l’apôtre dans la ville. Nous sommes entrés dans l’église Saint-Pierre, dont les Sarrasins ont fait une mosquée et l’apôtre, parvenu près de l’autel, est descendu sous terre puis en a remonté la lance. Voici, me dit-il, la lance qui a percé le flanc d’où est sorti le salut du monde entier. Va et dis au comte de venir ici, et tu chercheras la lance en ce lieu d’où je l’ai retirée et où je vais la renfermer. Et lorsqu’il l’aura recouvrée la victoire lui sera acquise. Et l’apôtre me ramena dans mon campement. ”
Le comte, ému de ce récit, se rendit au vœu du prêtre et fit rechercher la lance. Douze hommes s’y employèrent et enfin on la retrouva. La nouvelle en est aussitôt proclamée, la foi des Croisés est émerveillée, leur courage raffermi et tous demandent le combat. Il eut lieu le 20 juin 1098. Les soldats se confessèrent, assistèrent à la messe puis se rendirent à leur quartier. Douze bataillons furent constitués, dont Adhémar commandait le cinquième, portant la Sainte Lance, qu’aucun des barons n’avait voulu prendre, de peur de la briser. Et l’armée sortit de la ville.
Splendide et fantastique vision!
L’un après l’autre les bataillons apparaissent à toutes les portes de la ville, chacun précédé de ses porteurs d’oriflammes et de ses officiers, à cheval, et en tête le prince qui les commande. Voici le duc Godefroy et puis les barons et les chevaliers aux cuirasses étincelantes, armés de la lance, de l’épée, et du bouclier de cuir... Et voici l’évêque du Puy dans son costume de guerre, son étole jetée sur les armes, bien campé sur son destrier, tenant la Sainte Lance, et, derrière lui, les prêtres revêtus de leurs habits sacerdotaux, et, enfin, l’armée, l’immense armée des soldats qui rejoignent leurs chefs et prennent position au-devant des murailles. Et puis la plus émouvante cohorte, celle des femmes des chevaliers, qui ont voulu servir aussi, et mourir s’il le faut. Enfin l’heure du combat est venue. L’évêque du Puy lance une ultime exhortation et les armées avancent dans la plaine. L’affrontement est terrible. La mort fauche autour d’elle, et le duc Godefroy ne dut son salut qu’à l’intervention de ses barons. Mais tous, soutenus par leur foi, offrent leur vie pour le Christ. Les femmes elles-mêmes assaillent les Turcs avec des pierres et apportent de l’eau aux combattants assoiffés. Pendant longtemps le combat fut indécis, mais c’est enfin la victoire des Croisés. Alors, au soir du combat, s’éleva dans le silence la voix d’Adhémar de Monteil, voix inspirée qui rendait à la croisade son sens et sa juste valeur :
“ Ce n’est pas vous qui avez défait les Turcs, mais le glorieux Jésus, seul, par ses saintes bontés. ”
Les soldats du Christ avaient offert leur vie pour leur divin Maître, mais une telle cause exigeait plus encore, et c’est leur victoire même qu’ils offraient, suprême dépouillement à l’image et au service de Celui qui s’était dépouillé pour eux jusqu’à la mort sur la Croix. Tout au long de la bataille l’évêque du Puy s’était efforcé de protéger ses hommes et il n’avait pas eu de blessés sinon le vicomte de Polignac qui, généreusement, avait voulu combattre au premier rang et qui avait reçu une flèche au visage, blessure dont il devait mourir quelques jours plus tard, le 28 juin .70... »
Le miracle, la Révélation, les apparitions, sont les éléments dynamisants de la Quête.
Peut-on douter des forces obscures qui dirigent nos existences, et respirent à travers nous? Nous ne sommes pas seuls. Nous sommes reliés. Ce que nous appelons la « conscience », celle qui décide, éprouve des émotions, n’est que l’écume d’un iceberg fantastique qui s’enracine hors du temps. Le sentiment d’être séparé, voilà la souffrance. Les héros sont des êtres dissociés, et qui recherchent l’harmonie perdue. Ils ont conscience d’une totalité disparue, et dont l’immensité, la profondeur les appelle, les tourmente.
L’Esprit de Dieu les visite en extase, pendant le rêve, la prière, les états de conscience modifiée. Il descend sur eux comme la foudre, et les fait participer à sa haute altitude. L’homme est bouleversé par cette mystérieuse relation. Il s’interroge sur les limites de sa propre identité - avec vertige - et prend conscience qu’il est, lui aussi, infini, sans limite. Ce qu’il prend pour son identité, ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Il s’étend au-delà, dans l’avant comme dans l'après - mais il a subi une sorte de convulsion, de pliure de la conscience, qui lui a donné l’illusion d’une identité séparée. La Quête du Graal va le sortir de lui-même, l’arracher à ses limites, le déployer hors du temps, et lui rendre un corps glorieux, incorruptible, au terme de la Quête. Dans le Christ qui contient tout.
On assiste aujourd’hui à un détournement de significations, où les images, les mots, les symboles n’ont plus d’épaisseur. Ce ne sont que des slogans de papier, qui ne pèsent plus leur poids de lumière, de chair et de sang. En vérité, nous sommes emportés dans un vaste mouvement de reconquête, de retour à l’âge d’or, à travers les chutes, les effondrements, les trépidations du monde moderne qui aspire à la dissolution, c’est-à-dire à la phase ultime de reconversion, bien connue des alchimistes... comme le montre la récente révolution française de 1789, qui a volontairement décapité la fonction royale.
L’arbre - qu’il soit généalogique ou végétal - est toujours relié à la royauté suprême, à la fois spirituelle et temporelle. Saint Louis l’exprime avec une parfaite conscience, lorsqu’il se coiffe de la couronne, élève le sceptre, et vient rendre la justice sous un chêne celtique. Il récapitule toute l’histoire du Graal, des premières tribus nordiques, au sang précieux du Christ Jésus.
En 1789, pour détruire l'Ancien Régime, les révolutionnaires s’arment de piques, et se coiffent du bonnet phrygien. Sans le savoir, ils accomplissent un véritable rituel de transformation, de mutation, comme le faisaient les prêtres phrygiens, lorsqu’ils évoquaient le sacrifice du dieu païen Athys - image de la fonction royale, solaire - mis à mort devant l'Arbre de Vie.
Avant sa décapitation, Louis XVI sera coiffé lui aussi du bonnet phrygien. A la chute de l'Ancien Régime, les républicains vont planter sur les places des villes et des villages - en leur milieu - le fameux « arbre de la liberté », constellé de cocardes bleues et rouges, symbole du nouveau régime. Ils obéissent à une volonté souterraine, dont ils n’ont aucune conscience, qui les emporte dans une histoire de fureur et de sang. Ils ne savent pas qu’ils célèbrent un sacrifice païen, celui d’Athys - roi solaire - qui renonce à sa fonction royale visible, dans l’attente du Rédempteur.
C’est la grande tradition du Roi endormi, qui s’éveillera de son long sommeil lorsque l'Arbre refleurira : l’empereur Charlemagne, ou Frédéric II, endormi dans une grotte profonde, sous un chêne immense - Ogier le Danois, l’un des douze paladins de Charlemagne, qu’on dit endormi dans les souterrains de son château de Kronburg. C’est aussi le Grand Monarque, le Roi de Gloire annoncé par l’Apocalypse biblique, déjà évoqué dans les Eddas Scandinaves sous le nom de Balder-le-Brillant, et devant lequel toutes les nations courberont la tête : Jésus-Christ, Fils de Dieu.
La mort sainte du roi Louis XVI (qui refuse de faire tirer sur la foule et pardonne à ses meurtriers) est l’un des signes visibles qui marquent nettement l’entrée dans ces temps d’Apostasie, de confusion diabolique, de décadence, dans l’attente du Christ-Roi de la Tradition Chrétienne, Dieu d’amour, et de charité, espéré dans la longue nuit du paganisme, crucifié par les hommes, ressuscité dans la Gloire, et dont le Règne s’étend sur tous les âges.
G. Charachidzé, La Mémoire indo-européenne du Caucase, Hachette, 1987.
Franz Cumont, Les Mystères de Mithra, éditions Lamartine, Bruxelles, 1913.
Henri Hubert, Les Celtes, depuis l’époque de la Tène, 1932.
Op. cit.
Suicide collectif des Gaulois de Haute-Égypte - cf. Justin, XXVI, 2. Callimaque - Hymne à Délos, 185-188. Traduction d’Émile Cahen. Éditions Budé.
Pausanias : propagande de Brennus pour l’expédition de 279, VII, 2.
Strabon, XII. Lucien: «Alexandre», 37.
Lebar Gabala, ou Livre des Conquêtes. Cf. aussi Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique. 1884. Réédition 1969, Otto Zebler. Osnabrück.
Saumon, « Salmon » dans les langues celto-saxonnes. A rapprocher du roi divin biblique Salomon, connu pour sa sagesse et sa clairvoyance.
Sûrya, le Soleil, la roue solaire en mouvement.
Lebar Gabala, ou Livre des Conquêtes.
« Ro-s-gab iarum Cessair, ingen betha maie Noé, proediximus, cethorcha lea rian dilind. » Livre de Leinster.
Bhâgavata Purana, cf. Alain Daniélou, Le Polythéisme hindou. Buchet/Chastel, 1982.
Dans la tradition indo-européenne, Hyperborée, l’île des Terres Dernières, la Terre des Vivants, à l’extrême nord du monde.
Cari Grimberg, Varldshistoria, Stockholm, traduit en français sous le titre Histoire universelle, tome 1, « L’Aube des civilisations». Éditions Marabout, 1983.
Jorge Luis Borges : Essai sur les littératures médiévales germaniques. Éditions Christian Bourgois, 1981.
Dictionnaire sanskrit-français, par N. Stchoupak et Louis Renou. Librairie d’Amérique et d’Orient. Adrien Maisonneuve, 1980 (pour tous les termes sanskrits rencontrés dans cet ouvrage).
Éditions Robert Laffont, 1984.
Patrick Rivière, Les Sentiers du Graal, Laffont, 1984.
Sara, Noune Judlin, op. cit.
Sara, Noune Judlin, op. cit.
Sara, Noune Judlin.
Sara, Noune Judlin, op. cit., p. 55.
Dictionnaire des symboles. Robert Laffont/Jupiter, 1969.
Robert Graves, Mythes grecs, p. 64.
Lorsque Sara arrive aux Saintes-Maries-de־la-Mer, elle connaît l’ancienne tradition qui situe dans le delta du Rhône, Hérakléa, la cité engloutie, construite par Héraklès, après qu’il eut « volé » les pommes d’or du jardin des Hespérides. Son rapt initiatique fait de lui un Hyperboréen. On le retrouvera dans la nef d’Argo, à la conquête de la Toison d’or - toujours en quête de la Connaissance primordiale. Hérakléa, la cité engloutie, aurait été bâtie à l’emplacement exact des Saintes-Maries-de-la-Mer.
Julius Evola, Le Mystère du Graal, éditions Traditionnelles, 1985.
Lorsque Ève, et Adam, subissent la Tentation et goûtent l’arbre du Bien et du Mal, ils commettent la faute théologique qui amène la souffrance, et la mort. Ils ont perdu la pureté originelle. Le Christ viendra rappeler aux hommes qu’il faut être comme les « petits enfants » (c’est-à-dire sans conscience du Bien et du Mal) pour retrouver l’état d’avant la chute.
Jewish Encyclopédia (VIII, 219). Cf. aussi René Guénon : Le Roi du monde, Gallimard.
Cari Grimberg, op. cit.
Georges Dumézil, Apollon sonore, esquisses de mythologie. Éditions Gallimard, 1982.
Dans les Eddas Scandinaves, le géant Mimir se sert d’une corne appelée gjallarhorn pour boire l’eau du puits de Sagesse. Gjallarhorn sert aussi bien de cor de guerre (Heimdall) et de corne d’abondance (Mimir).
Julius Evola : Le Mystère du Graal, op. cit.
Cf. le Rig-Véda et le Sâma Véda, entièrement consacré à Soma.
Alain Daniélou : Le Polythéisme hindou. Buchet-Chastel, 1982.
Yann Brekilien, La Mythologie celtique, Picollec, 1981.
Les Vikings, rois des mers. « Découverte ». Gallimard, 1987.
Georges Poisson, op. cit., p. 97.
Jean Mabire, Thulé, les Hyperboréens, Robert Laffont. Cf. aussi l’étude de l’archéologue Jürgen Spanuth, L’Atlantide.
Frankfort Studier in Early Pottery of near East. 1927 - Mitteil - Wien et Georges Poisson, op. cit., p. 97.
Henri Hubert, Les Celtes, op. cit., p. 15.
Cari Grimberg, op. cit., p. 41.
Cf. Les Eddas, traduction Régis Boyer, op. cil., p. 49.
Fafnir et Fasolt apparaissent seulement dans la tradition wagnérienne. Dans Les Eddas, les géants portent d’autres noms - ce qui ne change rien à la révélation des Eddas : les géants ont construit l’Asgard.
La tête coupée du géant Mimir, qui sert d’oracle au dieu Odin dans la cité d’Asgard, rappelle étrangement la tête adorée par les Templiers, dès leur retour de Jérusalem : le Baphomet. S’agit-il de la même filiation?... Sur une des pierres de Moes-howe, dans les Orcades, le graveur se vante d’être le meilleur graveur de runes du pays. On peut lire : « Les croisés de Jérusalem fracturèrent le tertre des Orcades. Au nord-est gît le grand trésor caché qui fut abandonné. Heureux celui qui pourra découvrir cette grande richesse. » (Traduction R. Boyer.)
Jean Hubaux : Rome et Véies, Bibl. de la Faculté de Philosophie de l'Université de Liège, 1958.
Georges Dumézil : Apollon sonore - « Troie et Véies ». Gallimard, 1982.
1. R. Boyer, op. cit., p. 49.
Cf. la chronologie de l'Ancien Testament, « Les patriarches et les juges », dans n’importe quelle édition de la Bible.
Georges Poisson, op. cit., p. 97.
Op. cil., p. 41.
Cf. Henri Hubert, Les Celtes, op. cit.
Les Religions du Nord, Régis Boyer, op. cit.
René Guénon : Le Roi du Monde. Éditions Gallimard, 1958.
Jean Mabire, op. cit., p. 111.
Le nom lui-même indique la filiation solaire. «Aaron » contient la même racine sacrée que Ararat (la montagne solaire de Noé), ou Aram, la terre de Ram.
Sainte Bible — traduite des textes originaux hébreu et grec par Louis Segond. Édition de Genève.
Mythologie celtique, op. cit., Picolec, 1981.
Tacite: Germania.
Cité par Jorge Luis Borges, op. cit., p. 41.
René Guénon, Tradition atlantéenne dans le Manvan-tara. dans « Formes traditionnelles et cycles cosmiques », Gallimard.
La Quête du Graal, dans la version cistercienne de Robert de Boron, mort en 1212 en Palestine: «Grant Estoire Dou Graal ».
Imprimerie Jeanne d’Arc, Le Puy, 1981.
Richard Wagner, Parsifal, Acte 1. Avec José Van Dam, Kurt Moll, Peter Hofmann. Direction Herbert von Karajan. Deutsche Grammophon.
La navigation de Bran. George Dottin. L’Épopée irlandaise.
La maladie de Cûchulainn, in Mythologie celtique.
J. Markale, L’Épopée celtique en Irlande, édit. Picolec, 1981.
Bénédeit, Le Voyage de saint Brandan. Paris, 1984.
Plutarque, Sur la face de la Lune. p. 26. (Textes recueillis par J. Markale : le Druidisme.)
Le Velay, tome IV, par Jacques Viscomte, Le Puy-en-Velay, 1980.