Page 146 - La Guerre Sainte par John Bunyan
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pour vous. Je veux être votre ami, et vous vous me tenez à l'écart,
vous m'accusez ! Et puis est-ce l'heure d'être triste ? Un festin, c'est
pour qu'on se réjouisse. En ne devriez-vous pas avoir honte d'ap-
porter ici le trouble et la mélancolie quand vous devriez manger,
boire, et être heureux comme tout le monde ?
Comment ne serais-je pas triste quand Emmanuel n'occupe plus le
trône de l'Âme, répondit Crainte de Dieu. Et c'est toi qui l'as chassé,
Sécurité mauvaise. Maintenant, Messieurs de la Ville, car mon dis-
cours est pour vous, vous qui avez été l'objet d'un si grand amour,
d'un si grand pardon, vous avez négligé le Prince, vous ne l'avez
plus cherché, vous avez ignoré ses appels ! Alors, il s'est tenu à
l'écart, et vous ne vous en êtes même pas aperçus ! Si vous vous
étiez humiliés pour votre froideur et votre oubli, Il aurait sans doute
pardonné, mais quand Il vit que personne ne pensait plus à lui, que
personne ne répondait à ses invitations, et que vous vous imaginiez
vous suffire à vous-mêmes, il a quitté la ville, et avec lui est parti ce
qui faisait votre force. Que votre fête soit changée en deuil, et votre
joie en lamentations. »
À l'ouïe de ces paroles, M. Conscience que le Prince Emmanuel avait
promu à la charge de prédicateur, sous les directions du Secrétaire
royal venu de la cour de Shaddaï pour enseigner le peuple de la Cité
de l'Âme dans toute la Vérité, M. Conscience se sentit touché au vif,
et il dit aux convives: « Mes frères, j'ai bien des raisons de croire
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